Comme souvent, je vais céder à ma fâcheuse manie de parler de choses que je ne connais pas bien. Vous observerez toutefois que j'ai la prudence d'intituler ce post "impressions de Turquie" car ce sont véritablement des impressions que je vais livrer ici et qui, en outre, reposent non pas sur des observations récentes et prolongées, mais sur la comparaison de souvenirs que j'ai de la Turquie d'il y a dix ou quinze ans avec les images que nous en donnent quotidiennement les télévisions, suite aux événements qui s'y déroulent.
Je suis bien loin d'être un spécialiste de la Turquie, mais je m'y suis rendu, à la fois professionnellement et en touriste, à diverses reprises entre la fin des années 1990 et le début des années 2000. Je ne suis allé en fait qu'à Istanboul surtout et à Izmir (mais les télés ne nous montrent rien d'autre que ces villes) et naturellement j'ai fait, en la circonstance, toutes les promenades classiques sur le Bosphore et les visites des monuments que fréquentent tous les touristes. Néanmoins comme j'y ai séjourné quelques jours chaque fois, sans contraintes particulières, j'ai eu l'occasion de me promener pas mal dans les rues de ces villes (surtout à Istanboul).
Je ne puis qu'être frappé et interrogé à la fois en comparant les souvenirs que j'en ai gardés (assez forts car c'était pour moi une expérience nouvelle et intéressante) avec les images actuelles qu'on nous en présente et qui sont fort éloignées de mes propres souvenirs.
Je ne suis pas assez naïf pour penser que les quelques séjours que j'ai pu lui faire là-bas m'ont permis de connaître la Turquie, mais, néanmoins, je ne vois pas pourquoi je mettrais en doute des souvenirs précis que j'en ai, d'autant que les événements qui se sont déroulés depuis une douzaine d'années me paraissent confirmer et, pour partie, expliquer, l'impression que me donne la comparaison de mes souvenirs avec les images actuelles.
Je pense ici surtout à Istanboul mais les impressions que j'ai eues à Izmir vont tout à fait dans le même sens. Je ne fais ici en rien référence aux visites des monuments ou des bazars, largement peuplés de touristes, mais surtout à mes déambulations dans les rues où je vois encore la foule animée qu'on y rencontrait, avec des femmes dont beaucoup étaient blondes (naturellement par des décolorations) et portaient des tenues tout à fait comparables à celles qu'on trouvait alors dans nos villes de France avec des minijupes et des hauts décolletés et colorés. Toute cette foule était bigarrée et apparemment joyeuse ; la Turquie donnait l'impression d'un pays moderne, qui était engagé, très fortement et très résolument, dans l'occidentalisation comme dans le développement économique.
C'est pourquoi, tout en ayant suivi les événements qui se sont déroulés depuis une douzaine d'années sous le gouvernement Erdogan, j'ai été extrêmement étonné, (c'est même là l'origine précise de ce post) lorsque depuis quelques mois, on a commencé à nous donner, de plus en plus fréquemment, des vues de la rue turque, prises essentiellement à Istanboul.
Aux images en technicolor que j'avais conservées dans mes souvenirs (je m'étais pas mal déplacé à pied dans le centre-ville puisque je logeais près de Taksim) s'étaient substituées maintenant des images, essentiellement en noir et blanc, de foules urbaines où l'on voyait plus aucune de ces femmes blondes autrefois si nombreuses ; en revanche, beaucoup de foulards et de voiles islamiques naguère rares ; la population me paraissait aussi infiniment moins joyeuse que dans mes souvenirs, même lorsqu'il s'agissait pourtant de foules, jeunes et contestataires, comme celles qui occupaient Taksim ces jours derniers.
Cette évolution de la Turquie a sans doute fortement tenu aux choix politiques et idéologiques du gouvernement Erdogan mais aussi, me semble-t-il, aux comportements de l'Union Européenne face au souhait de l'État turc, maintes fois exprimé, d'entrer dans cette communauté. Il y a une douzaine d'années, une majorité de Turcs était extrêmement favorable à l'entrée de leur pays dans la Communauté européenne et croyait en cette possibilité. Ce sont les réticences, voire les refus, de moins en moins voilés, de nombreux pays d'Europe qui ont peu à peu ruiné ces espoirs au sein de la population turque. Cette déception a sans doute facilité largement l'évolution du gouvernement national qui s'est détourné d'une certaine façon de l'Europe en direction du Moyen-Orient, après avoir compris que ses chances d'y entrer étaient des plus minces, car même s'il satisfaisait aux exigences prétendument démocratiques de l'UE, on ne manquerait pas de trouver d'autres motifs pour s'opposer à son entrée dans cette communauté.
Tout cela est naturellement trivial mais ce qui me paraît le plus curieux dans toute cette affaire, c'est que (mais peut-être suis-je mal informé ?) le gouvernement turc, au lieu de chercher à se faire une place dans une zone instable et dangereuse, comme le montrent les événements actuels, n'ait pas choisi de se rapprocher davantage des Républiques musulmanes de l'ancienne Union soviétique. Non seulement en effet, ce sont là des pays économiquement fort intéressants par leurs grandes richesses naturelles, mais, ce que l'on sait moins, (ce qui évite de l'oublier), leurs langues et leurs cultures sont apparentées à celles de la Turquie ! Tout cela ne serait-il pas à prendre en compte, d'autant que de telles relations ne seraient pas pour déplaire à l'indéfectible allié américain qui ne saurait se fâcher de petites misères faites à Poutine ?
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mardi 11 juin 2013
Impressions de Turquie
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mardi 8 février 2011
Tiercé, quarté ou quinté explosifs au Moyen Orient ?
Comme je le fais quelquefois, je reprends ici, en forme de bilan, le débat qui s’est ouvert, après la lettre de Rica publiée hier et les commentaires d’Expat et de Marc qui l’ont suivie. Par expérience, je sais que les commentaires ne sont pas toujours lus, soit qu’on les négligent, soit, plus fréquemment encore, qu’ils échappent, fatalement, à des lecteurs qui ont visité le blog avant que ces commentaires soient mis en ligne.
Dans le présent cas ; non seulement ces textes, écrits par des lecteurs anciens et fidèles, sont fort intéressants, mais, en outre, ils abordent un aspect du problème que j’avais volontairement évité, comme Rica lui-même qui, de ce fait même, m’avait suivi dans ce choix.
Marc a écrit :
« J'ai le plaisir de constater que nos analyses convergent, tant sur l'Egypte que sur Gaza. Je serai un peu moins affirmatif que vous en disant que Moubarak a parfaitement joué le coup et sera tranquille jusqu'en septembre. Il reste à mesurer l'impact de l'influence de la RII sur les couches populaires et à valider si le Hamas intervient ou non en Egypte.
J'ai parlé sur mon blog d'alliance objective Egypte-Israël basée sur la lutte anti-fondamentaliste et terroriste et je réitère que le point d'achoppement entre le pouvoir égyptien (donc l'armée) et les manifestants réside dans le positionnement futur avec Israël. ».
Expat, quant à lui, écrit :
« Je souhaiterais apporter quelques nuances aux propos de Rica.
Concernant Gaza, il est vrai qu'une partie de la population vit dans le dénuement. ce qui n'empêche pas effectivement de voir une autre partie de la population vivre dans l'opulence. Peut-on ou doit-on imputer cet état de fait au fameux blocus israélien qui n'empêche pas en tout cas, et au moins, l'aide alimentaire d'entrer à Gaza ? Ou peut-on se permettre une comparaison avec ce qui se passe dans d'autres pays arabes, mais pas seulement ? En fait est-ce que le blocus ne constituerait pas un alibi destiné à masquer des pratiques assez largement répandues dans la région et au-delà, et parfois, de type mafieux ?
Car c'est tout de même bien le Hamas qui contrôle l'aide internationale et en assure la répartition, comme pour toutes les autres ressources d'ailleurs. Donc imputer des inégalités de conditions au seul blocus me semble un peu facile.
Il faudrait d'ailleurs se rappeler les raisons de ce bouclage de Gaza et bien comprendre qu'il ne s'agit pas pour Israël de tracasser les habitants de Gaza, mais d'assurer sa sécurité. Et les résultats dans ce domaine, depuis le bouclage et depuis la construction du mur en Cisjordanie, ont été probants.
La judéité du père de Hessel (d'ailleurs le père de Hessel n'était pas juif, mais protestant, bien qu'issu d'une famille juive) ne suffit pas à le dédouaner de toute hostilité vis-à-vis d'Israël. En tout cas, on le sent bien plus proche du Hamas, dont il prétend qu'il veut la paix, que d'Israël qui semble être pour lui un point de fixation. Car l'indignité de Hessel est pour le moins sélective et laisse de côté des atteintes aux droits de l'homme qui paraissent bien plus graves et dommageables que celles dont on accable les Palestiniens.
On peut avoir eu un passé digne de tous les éloges, il n'en reste pas moins que ce passé ne peut jamais justifier les actes et les paroles présentes. Sinon vivent Pétain et Darnand ! Et c'est pour cela qu'il faut cesser de regarder Hessel à travers un prisme destiné à occulter toute critique de sa personne. Parce que le personnage est aussi critiquable dans ses prises de position. Juste un exemple : Hessel qui voit dans le Hamas un mouvement qui veut la paix, malgré sa charte et ses actions passées et présentes, minimise naturellement les tirs de roquettes, fussent-elles artisanales, sur le Sud d'Israël, en déclarant qu'ils n’ont eu pour conséquences que d’obliger « quelques enfants à courir très vite dans les abris ». Certains y verront peut-être de l'humour. Bof ! Imaginons juste que, sorti de déportation, on ait dit à Hessel que son séjour avait été bénéfique pour sa silhouette ; je ne pense pas que ça aurait été pris comme tel. Pourtant c'est à peu près du même acabit. ».
Je laisse de côté la situation et les propos de Stéphane Hessel à qui je reproche, d’abord et surtout, de s’être laissé affubler de ce bonnet phrygien ridicule, cadeau empoisonné et pavé de l’ours des militants pro-palestiniens ! Sur le plan géopolitique, on peut facilement passer du quarté que proposait Rica à un quinté. Il suffit d’y ajouter Israël dont je m’étais volontairement et soigneusement abstenu de parler.
A cela deux raisons parmi d’autres. La première est que je doute que l’exploision redoutée au Moyen Orient vienne d’une initiative d’Israël lui-même. La deuxième est, même si Israël,, par la voix de son Premier Ministre, a réagi, au départ, trop vite et trop fort, aux événements d’Egypte, avant de comprendre que, comme souvent, le silence était d’or, surtou en la circonstance.
Un des aspects les plus intéressants (même si la presse française en a peu parlé) de l’affaire Wikileaks a tenu aux révélations touchant les contacts entre les Palestiniens et Israël, en particulier pour ce qui concerne les « colonies » israëliennes. Ces nouvelles sont importantes et intéressantes, mais si Netanyahou a vite compris, dans les événements d’Egypte, les vertus du silence, en revanche, on peut tout redouter du ministre israëlien des affaires étrangères, l’imprévisible Lieberman.
Dans le présent cas ; non seulement ces textes, écrits par des lecteurs anciens et fidèles, sont fort intéressants, mais, en outre, ils abordent un aspect du problème que j’avais volontairement évité, comme Rica lui-même qui, de ce fait même, m’avait suivi dans ce choix.
Marc a écrit :
« J'ai le plaisir de constater que nos analyses convergent, tant sur l'Egypte que sur Gaza. Je serai un peu moins affirmatif que vous en disant que Moubarak a parfaitement joué le coup et sera tranquille jusqu'en septembre. Il reste à mesurer l'impact de l'influence de la RII sur les couches populaires et à valider si le Hamas intervient ou non en Egypte.
J'ai parlé sur mon blog d'alliance objective Egypte-Israël basée sur la lutte anti-fondamentaliste et terroriste et je réitère que le point d'achoppement entre le pouvoir égyptien (donc l'armée) et les manifestants réside dans le positionnement futur avec Israël. ».
Expat, quant à lui, écrit :
« Je souhaiterais apporter quelques nuances aux propos de Rica.
Concernant Gaza, il est vrai qu'une partie de la population vit dans le dénuement. ce qui n'empêche pas effectivement de voir une autre partie de la population vivre dans l'opulence. Peut-on ou doit-on imputer cet état de fait au fameux blocus israélien qui n'empêche pas en tout cas, et au moins, l'aide alimentaire d'entrer à Gaza ? Ou peut-on se permettre une comparaison avec ce qui se passe dans d'autres pays arabes, mais pas seulement ? En fait est-ce que le blocus ne constituerait pas un alibi destiné à masquer des pratiques assez largement répandues dans la région et au-delà, et parfois, de type mafieux ?
Car c'est tout de même bien le Hamas qui contrôle l'aide internationale et en assure la répartition, comme pour toutes les autres ressources d'ailleurs. Donc imputer des inégalités de conditions au seul blocus me semble un peu facile.
Il faudrait d'ailleurs se rappeler les raisons de ce bouclage de Gaza et bien comprendre qu'il ne s'agit pas pour Israël de tracasser les habitants de Gaza, mais d'assurer sa sécurité. Et les résultats dans ce domaine, depuis le bouclage et depuis la construction du mur en Cisjordanie, ont été probants.
La judéité du père de Hessel (d'ailleurs le père de Hessel n'était pas juif, mais protestant, bien qu'issu d'une famille juive) ne suffit pas à le dédouaner de toute hostilité vis-à-vis d'Israël. En tout cas, on le sent bien plus proche du Hamas, dont il prétend qu'il veut la paix, que d'Israël qui semble être pour lui un point de fixation. Car l'indignité de Hessel est pour le moins sélective et laisse de côté des atteintes aux droits de l'homme qui paraissent bien plus graves et dommageables que celles dont on accable les Palestiniens.
On peut avoir eu un passé digne de tous les éloges, il n'en reste pas moins que ce passé ne peut jamais justifier les actes et les paroles présentes. Sinon vivent Pétain et Darnand ! Et c'est pour cela qu'il faut cesser de regarder Hessel à travers un prisme destiné à occulter toute critique de sa personne. Parce que le personnage est aussi critiquable dans ses prises de position. Juste un exemple : Hessel qui voit dans le Hamas un mouvement qui veut la paix, malgré sa charte et ses actions passées et présentes, minimise naturellement les tirs de roquettes, fussent-elles artisanales, sur le Sud d'Israël, en déclarant qu'ils n’ont eu pour conséquences que d’obliger « quelques enfants à courir très vite dans les abris ». Certains y verront peut-être de l'humour. Bof ! Imaginons juste que, sorti de déportation, on ait dit à Hessel que son séjour avait été bénéfique pour sa silhouette ; je ne pense pas que ça aurait été pris comme tel. Pourtant c'est à peu près du même acabit. ».
Je laisse de côté la situation et les propos de Stéphane Hessel à qui je reproche, d’abord et surtout, de s’être laissé affubler de ce bonnet phrygien ridicule, cadeau empoisonné et pavé de l’ours des militants pro-palestiniens ! Sur le plan géopolitique, on peut facilement passer du quarté que proposait Rica à un quinté. Il suffit d’y ajouter Israël dont je m’étais volontairement et soigneusement abstenu de parler.
A cela deux raisons parmi d’autres. La première est que je doute que l’exploision redoutée au Moyen Orient vienne d’une initiative d’Israël lui-même. La deuxième est, même si Israël,, par la voix de son Premier Ministre, a réagi, au départ, trop vite et trop fort, aux événements d’Egypte, avant de comprendre que, comme souvent, le silence était d’or, surtou en la circonstance.
Un des aspects les plus intéressants (même si la presse française en a peu parlé) de l’affaire Wikileaks a tenu aux révélations touchant les contacts entre les Palestiniens et Israël, en particulier pour ce qui concerne les « colonies » israëliennes. Ces nouvelles sont importantes et intéressantes, mais si Netanyahou a vite compris, dans les événements d’Egypte, les vertus du silence, en revanche, on peut tout redouter du ministre israëlien des affaires étrangères, l’imprévisible Lieberman.
lundi 7 février 2011
Moyen-Orient : Tiercé ou quarté explosifs ?
De Rica à Usbek
Votre blog d’hier (6 février 2011) m’inspire quelques réflexions au sujet du « tiercé explosif » du Moyen-Orient ainsi que sur la présentation que vous faites, incidemment, de Stéphane Hessel..
S’agissant du « tiercé explosif », je suis, en gros, d’accord avec vous, à quelques réserves près concernant la place que vous y attribuez à l’Egypte. Si la situation de ce pays paraît être en voie de règlement avec le maintien au pouvoir de Moubarak jusqu’au terme de son mandat (souhaité désormais par les Etats-Unis ainsi que par Israël pour des raisons évidentes de tranquillité à sa frontière sud), peut-on dire, pour autant, que l’issue de cette affaire ne sera pas que provisoire et que s’esquisse un processus démocratique ? Même si la crainte que les Frères musulmans s’emparent immédiatement du pouvoir peut paraître exagérée, la haine que beaucoup d’opposants à Moubarak (je ne soutiens aucunement un tel autocrate) ont exprimée à l’égard de ce dernier, lors des manifestations (« valet d’Israël et des Occidentaux »), ajoutée au dernier discours du « guide suprême » iranien Kamenei appelant le peuple égyptien à imiter la révolution de 1979 en Iran peuvent susciter quelque inquiétude… Et puis, mais c’est une autre histoire, l’Egypte risque de revenir sur le devant de la scène avec, cette fois, sa frontière sud et les répercussions de la partition prochaine du Soudan.
Je pense aussi comme vous que la Jordanie risque bientôt de prendre place, en tête des facteurs d’instabilité au Moyen-Orient et que le Liban reste sans doute la poudrière actuellement la plus dangereuse avec l’influence quasi totale du Hezbollah et comme depuis longtemps, de la Syrie…
Quant à Gaza il est vrai que des groupes salafistes extrémistes tentent d’y installer un « émirat islamique » et qu’ils se heurtent au Hamas dont la bourgeoisie bénéficie d’un changement économique considérable avec la bénédiction d’Israël. La mise en exergue de ce dernier point peut faire oublier à ceux qui ne suivent pas de trop près les événements dans cette région ou qui ont la mémoire courte, que l’opération « Plomb durci » a fait des dégâts humains et matériels considérables dont les traces, malgré les centres commerciaux modernes construits avec des matériaux israéliens, sont encore bien visibles et que la grande majorité de la population de Gaza ne peut pas profiter de ce renouveau économique.
C’est sur ce point que je rejoins Stéphane Hessel quand il condamne la politique de l’Etat d’Israël concernant Gaza et les Palestiniens. Hessel, qui s’est rendu quatre fois à Gaza entre 2008 et 2009, a été frappé par la misère que le blocus continue d’imposer au petit peuple de cette enclave plutôt que par la construction récente de super centres
commerciaux, où la bourgeoisie du Hamas vient s’approvisionner. Ayant un père juif, il proteste, par ailleurs, contre l’accusation qu’on lui fait parfois d’être hostile au peuple israélien. C’est pourquoi, même si certains blogs montrent le vieil homme affublé d’un bonnet phrygien, se prêtant ainsi à plusieurs reprises, à Paris, mardi 18 janvier, à une pitrerie regrettable, devant des militants pro-palestiniens, je préfère mettre en exergue mon admiration pour un homme de 93 ans dont la vie a été jalonnée d’épisodes beaucoup moins ridicules. Il ne faut quand même pas oublier qu’il fut en des temps plus sombres déporté, résistant évadé deux fois des camps et engagé, depuis Londres, dans la Seconde Guerre mondiale, épisodes au sujet desquels il se montre très discret, préférant, comme je viens de l’entendre dans l’interview que lui consacre Daniel Schneidermann dans son émission « Arrêt sur images » sur Internet, parler avec enthousiasme du programme du Conseil national de la Résistance et de la Déclaration universelle des droits de l’homme, auxquels il a profondément adhéré à la Libération ou encore dire son admiration pour un homme politique comme Pierre Mendès France qu’il compare, à son grand avantage, à nos dirigeants actuels.
Bref, je suis, mon cher Usbek, comme aurait dit le « regretté Georges Marchais »
« globalement d’accord » avec vous sur le tiercé explosif du Moyen-Orient que je transformerais volontiers en un quarté en y adjoignant la Jordanie. Je ne crois pas, en revanche, que la pitrerie du bonnet phrygien suffise à discréditer Stéphane Hessel dont je souhaiterais, si Dieu me prête vie jusqu’à 93 ans, avoir alors sa lucidité d’esprit et sa clarté d’expression.
Votre blog d’hier (6 février 2011) m’inspire quelques réflexions au sujet du « tiercé explosif » du Moyen-Orient ainsi que sur la présentation que vous faites, incidemment, de Stéphane Hessel..
S’agissant du « tiercé explosif », je suis, en gros, d’accord avec vous, à quelques réserves près concernant la place que vous y attribuez à l’Egypte. Si la situation de ce pays paraît être en voie de règlement avec le maintien au pouvoir de Moubarak jusqu’au terme de son mandat (souhaité désormais par les Etats-Unis ainsi que par Israël pour des raisons évidentes de tranquillité à sa frontière sud), peut-on dire, pour autant, que l’issue de cette affaire ne sera pas que provisoire et que s’esquisse un processus démocratique ? Même si la crainte que les Frères musulmans s’emparent immédiatement du pouvoir peut paraître exagérée, la haine que beaucoup d’opposants à Moubarak (je ne soutiens aucunement un tel autocrate) ont exprimée à l’égard de ce dernier, lors des manifestations (« valet d’Israël et des Occidentaux »), ajoutée au dernier discours du « guide suprême » iranien Kamenei appelant le peuple égyptien à imiter la révolution de 1979 en Iran peuvent susciter quelque inquiétude… Et puis, mais c’est une autre histoire, l’Egypte risque de revenir sur le devant de la scène avec, cette fois, sa frontière sud et les répercussions de la partition prochaine du Soudan.
Je pense aussi comme vous que la Jordanie risque bientôt de prendre place, en tête des facteurs d’instabilité au Moyen-Orient et que le Liban reste sans doute la poudrière actuellement la plus dangereuse avec l’influence quasi totale du Hezbollah et comme depuis longtemps, de la Syrie…
Quant à Gaza il est vrai que des groupes salafistes extrémistes tentent d’y installer un « émirat islamique » et qu’ils se heurtent au Hamas dont la bourgeoisie bénéficie d’un changement économique considérable avec la bénédiction d’Israël. La mise en exergue de ce dernier point peut faire oublier à ceux qui ne suivent pas de trop près les événements dans cette région ou qui ont la mémoire courte, que l’opération « Plomb durci » a fait des dégâts humains et matériels considérables dont les traces, malgré les centres commerciaux modernes construits avec des matériaux israéliens, sont encore bien visibles et que la grande majorité de la population de Gaza ne peut pas profiter de ce renouveau économique.
C’est sur ce point que je rejoins Stéphane Hessel quand il condamne la politique de l’Etat d’Israël concernant Gaza et les Palestiniens. Hessel, qui s’est rendu quatre fois à Gaza entre 2008 et 2009, a été frappé par la misère que le blocus continue d’imposer au petit peuple de cette enclave plutôt que par la construction récente de super centres
commerciaux, où la bourgeoisie du Hamas vient s’approvisionner. Ayant un père juif, il proteste, par ailleurs, contre l’accusation qu’on lui fait parfois d’être hostile au peuple israélien. C’est pourquoi, même si certains blogs montrent le vieil homme affublé d’un bonnet phrygien, se prêtant ainsi à plusieurs reprises, à Paris, mardi 18 janvier, à une pitrerie regrettable, devant des militants pro-palestiniens, je préfère mettre en exergue mon admiration pour un homme de 93 ans dont la vie a été jalonnée d’épisodes beaucoup moins ridicules. Il ne faut quand même pas oublier qu’il fut en des temps plus sombres déporté, résistant évadé deux fois des camps et engagé, depuis Londres, dans la Seconde Guerre mondiale, épisodes au sujet desquels il se montre très discret, préférant, comme je viens de l’entendre dans l’interview que lui consacre Daniel Schneidermann dans son émission « Arrêt sur images » sur Internet, parler avec enthousiasme du programme du Conseil national de la Résistance et de la Déclaration universelle des droits de l’homme, auxquels il a profondément adhéré à la Libération ou encore dire son admiration pour un homme politique comme Pierre Mendès France qu’il compare, à son grand avantage, à nos dirigeants actuels.
Bref, je suis, mon cher Usbek, comme aurait dit le « regretté Georges Marchais »
« globalement d’accord » avec vous sur le tiercé explosif du Moyen-Orient que je transformerais volontiers en un quarté en y adjoignant la Jordanie. Je ne crois pas, en revanche, que la pitrerie du bonnet phrygien suffise à discréditer Stéphane Hessel dont je souhaiterais, si Dieu me prête vie jusqu’à 93 ans, avoir alors sa lucidité d’esprit et sa clarté d’expression.
dimanche 6 février 2011
Moyen-Orient : le tiercé explosif?
Depuis plusieurs jours, on n’évoque la situation du Moyen-Orient qu’à la seule lueur des événements égyptiens. Ce matin encore, dimanche 6 février 2011, j'ai constaté, à la lecture de la livraison quotidienne de Marianne2, dans l'article consacré au Moyen-Orient intitulé « La réaction de l’Europe face au monde arabe » (ou à peu près ça) qu’il n'était guère question que de l'Égypte et, que, en tout cas, on n’y mentionnait ni le Liban ni Gaza.
Je ne suis nullement un spécialiste du Moyen-Orient, que je ne connais qu'un peu et partiellement, mais j’y suis allé parfois, je m'y intéresse depuis longtemps et je tente de me tenir informé de ce qui s’y passe.
Je pense donc que ce que je nommé le « tiercé explosif » du Moyen Orient est constitué, actuellement et dans le désordre, même si, on le verra, ce n’est pas tout à fait sûr, par l'Égypte, dont je ne dirai pas à grand-chose car on en parle beaucoup, par le Liban et par Gaza dont je parlerai un peu plus en détails.
Pour ce qui est de l'Égypte, j'ai le sentiment que Moubarak, assez adroitement, a, d'une certaine façon, gagné son pari de conduire son mandat actuel jusqu'à son terme. Il semble en effet, à en croire l'ambassadeur d'Égypte en France, qui était sur Canal + chez Denisot, vendredi 4 février (il est très clairement aux ordres du pouvoir, mais intelligent et habile), que le départ de Moubarak, pour des raisons constitutionnelles qu’on a mal comprises, faute de connaissances de la constitution de l’Egypte (inspirée de la nôtre, a souligné ce perfide diplomate) bloquerait le processus de transition au lieu de favoriser. En effet (prétend-il du moins) le vice-président désigné ne pourrait pas assumer les charges qu'impliquerait, en fait, légalement, un tel processus.
Si, comme on peut le penser désormais, Moubarak est obligé de quitter le pouvoir au terme de ces 200 jours, lui laisser ces quelques mois pour mettre en place le processus démocratique qui s'esquisse, n’apparaît pas un délai exorbitant au terme de 30 années de dictature. Les choses semblent d’ailleurs aller dans ce sens puisque les Frères musulmans, la principale pour ne pas dire la seule force politique constituée, qui refusaient de participer à toute discussion, viennent, aujourd'hui même d'accepter l'offre faite par le vice-président et consentent désormais à s'asseoir à la table des négociations, alors qu'ils refusaient très fermement de le faire hier encore. L’affaire égyptienne, de façon certes un peu chaotique, semble donc en voie de réglement/
En revanche, les événements, qui se sont déroulés au Liban depuis le changement de gouvernement opéré le 25 janvier 2011, n’ont guère attiré l’attention de nos médias, uniquement fixée sur l’Egypte, alors qu'ils sont évidemment d'une importance capitale. Même s'il s'en défend dans son interview du 1er février 2011, le nouveau Premier Ministre Najib Mikati n'a dû son accession au pouvoir qu'au Hezbollah dont les voix lui étaient indispensables.
Il avait succédé à Rafik Hariri, après l’assassinat de ce dernier ; il succède aujourd’hui à son fils, Saad Hariri, renversé par un changement de majorité sur lequel on s’interroge. Milliardaire (comme déjà Hariri), c’est un Sunnite (ce qui ne devrait pas favoriser pourtant ses relations avec le Hezbollah chiite) et il est regardé depuis toujours comme l’homme de la Syrie.
Dans sa déclaration du 1er février 2001, il se défend de toute alliance avec le Hezbollah (mais qui s’attendait à le voir l’admettre ?), en alléguant que dans la majorité qui l’a investi, seuls une dizaine de députés viennent de cette mouvance. Il reconnaît toutefois : "Avant de me soutenir, le Hezbollah m'a certes demandé des engagements mais j'ai répondu que je ne pouvais pas les assurer. ». Le Hezbollah serait bien naïf de se contenter de tels propos, mais il sait bien que, sur ce point, les intérêts de la Syrie et du Hezbollah (qui sont désormais reconnus comme co-organisateurs de l’attentat) sont parfaitement convergents, ce qui sufit en la circonstance à garantir le comportement du nouveau Premier Ministre, même s’il affirme ne pas pouvoir agir contre la résolution 1757 qui a créé le Tribunal spécial pour le Liban et qui enquête sur l’attentat contre Hariri père.
Même s'il dit ne pas pouvoir arrêter le processus d'enquête sur l'assassinat de Rafik Hariri et, en dépit du fait que le rôle conjoint de la Syrie et du Hezbollah dans cet attentat est désormais établi, grâce à une enquête de la police libanaise (dont le maître d'oeuvre a été depuis assassiné !), il est clair que cette enquête risque de traîner encore longtemps et peut-être même de ne jamais aboutir. Les propos et les menaces du leader du Hezbollah libanais, Nasrallah sont, en tout cas, d'une extraordinaire violence et ne laissent aucun doute sur le climat explosif qui règne à nouveau au Liban, d'autant que les partisans de Saad Hariri qui, naturellement, a refusé de participer au nouveau gouvernement, sont aussi dans un état d'extrême excitation, alors que le Hamas de Gaza est, comme on va le voir, dans un état de division qui conduit à l’affrontement, tant avec Israël qu’entre Gazaouites. Le Liban est donc, de ce fait, de nouveau, une poudrière que le moindre incident peut faire exploser.
Mais dans le tiercé de l'explosivité moyen-orientale, la première place me semble revenir, sans le moindre doute, à Gaza. Là encore, nos médias n'accordent aucune attention à la situation dans ce territoire. On voit même nos belles âmes préparer, à nouveau, une expédition maritime en faveur de la levée du blocus de Gaza, sans qu’elles sachent, de toute évidence qui se passe là-bas.
Comme il faut en tout « positiver », retenons les bons aspects de cette entreprise. Espérons que Stephane Hessel, qui semble choisi pour la conduire, n’oubliera pas de prendre ce bonnet phrygien rouge qu’il affectionne tant désormais et qui lui va si bien. Si cette expédition ne sert pas à grand-chose (ce qui est à craindre), elle aura au moins le mérite d’alimenter de façon cocasse les « zappings » de l’info, en fournissant à nos télévisions des images grotesques de ce nonagénaire (on ne devrait pas se moquer ainsi des vieux !), coiffé de son bonnet rouge. Si on lui fait jouer « la liberté guidant le peuple », comme dans le fameux tableau de Delacroix, conseillons-lui toutefois de ne pas dénuder sa poitrine, qu'on imagine facilement décharnée, et non triomphante comme celle de l’opulente créature du tableau (au moins 95 D à mon avis).
En effet, même si nul n’en parle, la situation de Gaza a évolué très rapidement et les images qu'on en a qui sont le plus souvent totalement dépassées.
Un « blogueur » de blogspot.com, dont je vous donne ici l’adresse (expat.spb.blogspot.com) et dont je ne saurais que vous recommander la lecture, à donné, le 20 juillet 2010, un excellent article sur le sujet dont le titre est « Gaza outragé, Gaza affamé, Gaza martyrisé... mais où l'on inaugure un super centre commercial ».
Faute d'espace comme toujours, je n'en puis citer qu'un bref passage : « Samedi dernier, le 18 juillet 2010, en présence des ministres de Hamas a été inauguré en grande pompe le centre commercial Gaza Hall dont on notera la rapidité exceptionnelle, dépassant tout entendement, avec laquelle il a été bâti. Ben oui quoi! L'embargo sur les matériaux de construction a été levé partiellement depuis à peine un mois[...] Mais me direz-vous, à quoi peut bien servir un centre commercial, dont les étagères des magasins ne peuvent rester que désespéréments vides du fait de cet ignoble blocus.
Eh bien là aussi miracle ! Les étagères sont pleines : vêtements d'hiver pour les hommes et les enfants, les femmes se contentant du rayon fair wear voilé, bijoux, chaussures, jouets, électroménager, nourritures et boissons diverses et variées. Vous pourrez même si vous êtes curieux et allez faire un tour dans la rubrique « vêtements homme" constater que les Gazaouites ne sont pas chiens avec les sionistes, puisqu'ils mettent à la disposition de leurs clients des pantalons made in Israël ».
Nos médias ne nous parlent guère de l'évolution à la fois politique et économique de Gaza. La construction de cet immense centre commercial symbolise le changement économique que doit intelligemment favoriser Israël ; quant au changement politique, il tient surtout à l'émergence de plus en plus forte, de groupes extrémistes salafistes, « les soldats des partisans de Dieu », dont le but politique, clairement affiché, est la création d'un « émirat islamique », opérée d’ailleurs, au moins en théorie, en août 2009.
On l'a un peu oublié et les médias n'en ont guère parlé faute de comprendre, mais le 15 août 2009 ces groupes armés salafistes ont affronté la police du Hamas. Résultat des courses : 24 ou 26 morts (selon les sources) et 130 blessés. Alors que depuis deux ans s'est établie une sorte de paix informelle et silencieuse entre Gaza et Israël, marquée essentiellement par l'arrêt des envois réciproques de roquettes, ce groupe islamique veut au contraire les reprendre (il l'a d'ailleurs fait) et se livrer à des opérations de commandos contre les Israéliens.
Naturellement la bourgeoisie Hamas de Gaza, qui a remis en marche l'économie, qui construit des centres commerciaux et se bâtit des villas luxueuses à 2 millions de dollars (ce que nous a montré le samedi 5 février 2011 un reportage de l’excellente émission de Canal+ , « L'effet papillon ») ne voudrait pas que reprennent des opérations militaires israéliennes qui pourraient être des plus fâcheuses, en particulier pour les superbes villas que les nouveaux hommes d'affaires gazaouites se sont construites. On les comprend ! Le pouvoir politique et économique Hamas n'a donc d'autre choix que de mener des opérations militaires et de tuer les opposants (comme en août 2009) ou de les mettre en prison, l'un d'excluant d’ailleurs pas l'autre.
Dans le tiercé explosif du Moyen-Orient, je ferai donc ma grille dominicale avec Gaza, le Liban et l'Égypte, celle-ci ne venant qu'en dernière position, car elle ne donne plus, au fond, de véritable inquiétude, Moubarak semblant avoir repris en mains la situation. Ce pronostic est conforté par un détail que l'on oublie toujours : Israël qui est , au centre de toutes ces poudrières, n'a de traité de paix qu'avec l'Égypte et... la Jordanie qui pourrait bien (et je ne suis pas loin de le penser) tenir bientôt, en lieu et place de l'Égypte elle-même, la troisième place du tiercé explosif moyen oriental.
Je ne suis nullement un spécialiste du Moyen-Orient, que je ne connais qu'un peu et partiellement, mais j’y suis allé parfois, je m'y intéresse depuis longtemps et je tente de me tenir informé de ce qui s’y passe.
Je pense donc que ce que je nommé le « tiercé explosif » du Moyen Orient est constitué, actuellement et dans le désordre, même si, on le verra, ce n’est pas tout à fait sûr, par l'Égypte, dont je ne dirai pas à grand-chose car on en parle beaucoup, par le Liban et par Gaza dont je parlerai un peu plus en détails.
Pour ce qui est de l'Égypte, j'ai le sentiment que Moubarak, assez adroitement, a, d'une certaine façon, gagné son pari de conduire son mandat actuel jusqu'à son terme. Il semble en effet, à en croire l'ambassadeur d'Égypte en France, qui était sur Canal + chez Denisot, vendredi 4 février (il est très clairement aux ordres du pouvoir, mais intelligent et habile), que le départ de Moubarak, pour des raisons constitutionnelles qu’on a mal comprises, faute de connaissances de la constitution de l’Egypte (inspirée de la nôtre, a souligné ce perfide diplomate) bloquerait le processus de transition au lieu de favoriser. En effet (prétend-il du moins) le vice-président désigné ne pourrait pas assumer les charges qu'impliquerait, en fait, légalement, un tel processus.
Si, comme on peut le penser désormais, Moubarak est obligé de quitter le pouvoir au terme de ces 200 jours, lui laisser ces quelques mois pour mettre en place le processus démocratique qui s'esquisse, n’apparaît pas un délai exorbitant au terme de 30 années de dictature. Les choses semblent d’ailleurs aller dans ce sens puisque les Frères musulmans, la principale pour ne pas dire la seule force politique constituée, qui refusaient de participer à toute discussion, viennent, aujourd'hui même d'accepter l'offre faite par le vice-président et consentent désormais à s'asseoir à la table des négociations, alors qu'ils refusaient très fermement de le faire hier encore. L’affaire égyptienne, de façon certes un peu chaotique, semble donc en voie de réglement/
En revanche, les événements, qui se sont déroulés au Liban depuis le changement de gouvernement opéré le 25 janvier 2011, n’ont guère attiré l’attention de nos médias, uniquement fixée sur l’Egypte, alors qu'ils sont évidemment d'une importance capitale. Même s'il s'en défend dans son interview du 1er février 2011, le nouveau Premier Ministre Najib Mikati n'a dû son accession au pouvoir qu'au Hezbollah dont les voix lui étaient indispensables.
Il avait succédé à Rafik Hariri, après l’assassinat de ce dernier ; il succède aujourd’hui à son fils, Saad Hariri, renversé par un changement de majorité sur lequel on s’interroge. Milliardaire (comme déjà Hariri), c’est un Sunnite (ce qui ne devrait pas favoriser pourtant ses relations avec le Hezbollah chiite) et il est regardé depuis toujours comme l’homme de la Syrie.
Dans sa déclaration du 1er février 2001, il se défend de toute alliance avec le Hezbollah (mais qui s’attendait à le voir l’admettre ?), en alléguant que dans la majorité qui l’a investi, seuls une dizaine de députés viennent de cette mouvance. Il reconnaît toutefois : "Avant de me soutenir, le Hezbollah m'a certes demandé des engagements mais j'ai répondu que je ne pouvais pas les assurer. ». Le Hezbollah serait bien naïf de se contenter de tels propos, mais il sait bien que, sur ce point, les intérêts de la Syrie et du Hezbollah (qui sont désormais reconnus comme co-organisateurs de l’attentat) sont parfaitement convergents, ce qui sufit en la circonstance à garantir le comportement du nouveau Premier Ministre, même s’il affirme ne pas pouvoir agir contre la résolution 1757 qui a créé le Tribunal spécial pour le Liban et qui enquête sur l’attentat contre Hariri père.
Même s'il dit ne pas pouvoir arrêter le processus d'enquête sur l'assassinat de Rafik Hariri et, en dépit du fait que le rôle conjoint de la Syrie et du Hezbollah dans cet attentat est désormais établi, grâce à une enquête de la police libanaise (dont le maître d'oeuvre a été depuis assassiné !), il est clair que cette enquête risque de traîner encore longtemps et peut-être même de ne jamais aboutir. Les propos et les menaces du leader du Hezbollah libanais, Nasrallah sont, en tout cas, d'une extraordinaire violence et ne laissent aucun doute sur le climat explosif qui règne à nouveau au Liban, d'autant que les partisans de Saad Hariri qui, naturellement, a refusé de participer au nouveau gouvernement, sont aussi dans un état d'extrême excitation, alors que le Hamas de Gaza est, comme on va le voir, dans un état de division qui conduit à l’affrontement, tant avec Israël qu’entre Gazaouites. Le Liban est donc, de ce fait, de nouveau, une poudrière que le moindre incident peut faire exploser.
Mais dans le tiercé de l'explosivité moyen-orientale, la première place me semble revenir, sans le moindre doute, à Gaza. Là encore, nos médias n'accordent aucune attention à la situation dans ce territoire. On voit même nos belles âmes préparer, à nouveau, une expédition maritime en faveur de la levée du blocus de Gaza, sans qu’elles sachent, de toute évidence qui se passe là-bas.
Comme il faut en tout « positiver », retenons les bons aspects de cette entreprise. Espérons que Stephane Hessel, qui semble choisi pour la conduire, n’oubliera pas de prendre ce bonnet phrygien rouge qu’il affectionne tant désormais et qui lui va si bien. Si cette expédition ne sert pas à grand-chose (ce qui est à craindre), elle aura au moins le mérite d’alimenter de façon cocasse les « zappings » de l’info, en fournissant à nos télévisions des images grotesques de ce nonagénaire (on ne devrait pas se moquer ainsi des vieux !), coiffé de son bonnet rouge. Si on lui fait jouer « la liberté guidant le peuple », comme dans le fameux tableau de Delacroix, conseillons-lui toutefois de ne pas dénuder sa poitrine, qu'on imagine facilement décharnée, et non triomphante comme celle de l’opulente créature du tableau (au moins 95 D à mon avis).
En effet, même si nul n’en parle, la situation de Gaza a évolué très rapidement et les images qu'on en a qui sont le plus souvent totalement dépassées.
Un « blogueur » de blogspot.com, dont je vous donne ici l’adresse (expat.spb.blogspot.com) et dont je ne saurais que vous recommander la lecture, à donné, le 20 juillet 2010, un excellent article sur le sujet dont le titre est « Gaza outragé, Gaza affamé, Gaza martyrisé... mais où l'on inaugure un super centre commercial ».
Faute d'espace comme toujours, je n'en puis citer qu'un bref passage : « Samedi dernier, le 18 juillet 2010, en présence des ministres de Hamas a été inauguré en grande pompe le centre commercial Gaza Hall dont on notera la rapidité exceptionnelle, dépassant tout entendement, avec laquelle il a été bâti. Ben oui quoi! L'embargo sur les matériaux de construction a été levé partiellement depuis à peine un mois[...] Mais me direz-vous, à quoi peut bien servir un centre commercial, dont les étagères des magasins ne peuvent rester que désespéréments vides du fait de cet ignoble blocus.
Eh bien là aussi miracle ! Les étagères sont pleines : vêtements d'hiver pour les hommes et les enfants, les femmes se contentant du rayon fair wear voilé, bijoux, chaussures, jouets, électroménager, nourritures et boissons diverses et variées. Vous pourrez même si vous êtes curieux et allez faire un tour dans la rubrique « vêtements homme" constater que les Gazaouites ne sont pas chiens avec les sionistes, puisqu'ils mettent à la disposition de leurs clients des pantalons made in Israël ».
Nos médias ne nous parlent guère de l'évolution à la fois politique et économique de Gaza. La construction de cet immense centre commercial symbolise le changement économique que doit intelligemment favoriser Israël ; quant au changement politique, il tient surtout à l'émergence de plus en plus forte, de groupes extrémistes salafistes, « les soldats des partisans de Dieu », dont le but politique, clairement affiché, est la création d'un « émirat islamique », opérée d’ailleurs, au moins en théorie, en août 2009.
On l'a un peu oublié et les médias n'en ont guère parlé faute de comprendre, mais le 15 août 2009 ces groupes armés salafistes ont affronté la police du Hamas. Résultat des courses : 24 ou 26 morts (selon les sources) et 130 blessés. Alors que depuis deux ans s'est établie une sorte de paix informelle et silencieuse entre Gaza et Israël, marquée essentiellement par l'arrêt des envois réciproques de roquettes, ce groupe islamique veut au contraire les reprendre (il l'a d'ailleurs fait) et se livrer à des opérations de commandos contre les Israéliens.
Naturellement la bourgeoisie Hamas de Gaza, qui a remis en marche l'économie, qui construit des centres commerciaux et se bâtit des villas luxueuses à 2 millions de dollars (ce que nous a montré le samedi 5 février 2011 un reportage de l’excellente émission de Canal+ , « L'effet papillon ») ne voudrait pas que reprennent des opérations militaires israéliennes qui pourraient être des plus fâcheuses, en particulier pour les superbes villas que les nouveaux hommes d'affaires gazaouites se sont construites. On les comprend ! Le pouvoir politique et économique Hamas n'a donc d'autre choix que de mener des opérations militaires et de tuer les opposants (comme en août 2009) ou de les mettre en prison, l'un d'excluant d’ailleurs pas l'autre.
Dans le tiercé explosif du Moyen-Orient, je ferai donc ma grille dominicale avec Gaza, le Liban et l'Égypte, celle-ci ne venant qu'en dernière position, car elle ne donne plus, au fond, de véritable inquiétude, Moubarak semblant avoir repris en mains la situation. Ce pronostic est conforté par un détail que l'on oublie toujours : Israël qui est , au centre de toutes ces poudrières, n'a de traité de paix qu'avec l'Égypte et... la Jordanie qui pourrait bien (et je ne suis pas loin de le penser) tenir bientôt, en lieu et place de l'Égypte elle-même, la troisième place du tiercé explosif moyen oriental.
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