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samedi 22 mars 2014

L'islam russe (n° 1)


L'islam ne tient qu’une place modeste dans l’affaire de Crimée et l’on ignore que le khanat de Crimée appartint, en droit et/ou en fait, durant trois siècles à l’Empire ottoman. Il n’en est pas tout à fait de même, si l’on resitue les problèmes actuels dans l'ensemble disparate que constitue la Russie qui est plus un empire qu’un Etat.
En Crimée même, les Musulmans représentent peu de chose puisque les Tatars ne constituent que 12 % de la population totale et ne sont, de toute façon, descendants des Tatars d’origine. Cette population tatare n’est revenue en Crimée que, après la mort de Staline, longtemps après la Seconde Guerre Mondiale, dont le souvenir est loin d’être oublié ; en effet, Staline, leur faisant grief de leur complicité avec Hitler lors de l'invasion allemande, avait totalement vidé la Crimée de ses Tatars, cet exil entraînant la mort de la majorité de ses victimes. Si l’on oublie les liens de la Crimée avec l'empire ottoman (nous y reviendrons car la question est d’importance), l'islam russe pose bien des questions originales qu'il faudra bien poser et se résoudre à examiner à un moment ou à un autre.
Les problèmes sont si complexes et les données si incertaines qu'on ne peut envisager de ne leur consacrer qu’un seul de ces modestes billets ; dans celui-ci, le premier,  il me paraît logique de s'attaquer surtout aux problèmes de population et de démographie ; ils sont essentiels et sont d'autant plus difficiles à considérer que les chiffres, pourtant décisifs sont incertains et que leur variations ne sont pas, en général, sans visées idéologiques et politiques latentes.
Pour ce qui concerne l'ensemble de la population russe  (Crimée non comprise !), la CIA, comme toujours, est extrêmement précise ; elle estime pour juillet 2013 la population russe à 142.500.482 (on ne saurait être plus précis) ! Quoiqu'on l'ignore souvent, sauf pour des zones précises identifiées comme telles ( les sept Républiques musulmanes) car les Musulmans y sont plus ou moins majoritaires (en République d’Adygué toutefois, les Russes sont majoritaires), comme l'Asie Centrale et le Caucase, les Musulmans forment une portion importante de la population russe. La CIA compte 10 à 15% de Musulmans, tandis que d’autres sources, un peu plus précises, en mentionnent de 13 à 14 % soit 19 à 22 millions d’individus. D'autres sources actuelles indiquent des chiffres plus élevés, certains allant jusqu'à 25 % de la population russe totale, ce qui conduirait à y compter de 30 à 40 millions de Musulmans. Ces décomptes, fondés sur des déclarations d’appartenance religieuse sont donc peu fiables, ceux de la CIA se prononçant, à cet égard, sur moins de 60 % de la population totale dans un pays où la religion a été regardée et traitée des décennies durant comme l’opium du peuple.
Si l'on se réfère aux données des recensements, celui de 2002 indique la présence de 16,64 millions de Musulmans en Russie, soit un peu moins de 10 % de la population du pays à cette date.
Pour l’avenir, selon le Pew Research Center, un « think tank » américain, en 2030, on devrait arriver à 18,6 millions de Musulmans, soit 12% d’une population totale de 150 millions. Toutefois ces calculs reposent sur une base, elle-même incertaine, qui est évidemment le taux de croissance de cette partie de la  population.
Jusque dans les années 80, on estimait que les femmes musulmanes ayant beaucoup plus d'enfants que les orthodoxes ; la population musulmane devait donc croître dans des proportions très fortes ; on estimait, de ce fait, que, d'une certaine façon, l'avenir appartenait aux Musulmans. Il en est toutefois autrement dans les dernières décennies, en raison à la fois de l'élévation d'une partie de la communauté musulmane dans l'échelle sociale, grâce à des formations universitaires et des parcours professionnels réussis comme du fait de la dispersion géographique d'une partie de ces populations qui émigre vers les grandes villes comme Moscou et Saint-Pétersbourg et, enfin, de la tendance naturelle dans les communautés musulmanes à une forme de limitation des naissances.
En dépit de la variation du détail des données démographiques, il est clair que cette communauté musulmane ne pourra que jouer un rôle important, sinon déterminant, dans l'évolution de la Russie. Il en résulte que la situation actuelle et les évolutions qu’elle engendre comme celles qu’elle pourra susciter est particulièrement importante pour l'avenir de cet Etat. Comme l’écrit Daniel Pipes : « Ce que les Musulmans font a une importance primordiale pour l'URSS car, en collaboration avec les Russes et les Ukrainiens, ils sont l'un des trois seuls peuples qui détermineront l'avenir de ce pays. S'ils suivent leur propre chemin, un pilier majeur de la puissance soviétique s'effondrera ».
On comprend donc l'importance capitale pour l'avenir de la Russie de la crise actuelle ; si elle ne semble concerner, dans l’immédiat, que la seule Ukraine, elle risque d’avoir des répercussions très fortes, loin de là, dans les républiques musulmanes russes qui sont, comme le dit D. Pipes, le troisième pilier de la puissance de la Russie ; même si on nous parle déjà des Etats baltes (Hollande veut y envoyer des avions !), les Républiques musulmanes seront le prochain chapitre de l’histoire russe que devra écrire Poutine, qu’il le veuille ou non, et ce n’est pas celle de la Crimée ni de la Transnistrie !

La situation actuelle devrait ans doute donner des inquiétudes, voire des craintes et des insomnies à B. Obama, car s'il est évident que, dans le passé, la politique américaine, toute simple, a été de contribuer à affaiblir l'Union soviétique puis la Russie, en encourageant, plus ou moins discrètement, les mouvements d'autonomie musulmane, avec des résultats divers et variés (de la promotion d’un Ben Laden aux émissions en ouzbek de la Voix de l’Amérique).

La montée de l'islamisme et le 11 septembre ont fait que cette arme politique est clairement devenue à double (voir à triple) tranchant et que voir une partie de la Russie se changer en califat n'arrangerait sans doute pas les affaires des États-Unis et le succès de la lutte antiterroriste.

mercredi 5 mars 2014

"Ça va faire une maudite poutine ! » ou "Où Usbek Consulting & Co se mêle de politique"


Ce titre, avec , dans sa seconde moitié, son allure très roman picaresque du XVIIIe siècle, annonce que je vais sortir un peu des sentiers que je bats le plus souvent. J'aurais pu tout aussi bien intituler ce billet (plus clairement peut-être) «  La digue du gaz » ou « De Nantes à la Crimée » en référence, un peu lointaine je l’avoue , à l’une de nos vieilles chansons françaises , bien connue. Quant à la "maudite poutine" je laisse à Succus aceris le soin de nous l'expliquer (si possible !)
Comment entendre, en fait un tel rapprochement ?
C'est tout simple pourtant. Quand on prend une décision politique, il faut toujours prévoir le deuxième coup (qui sera peut-être le troisième voir le quatrième) ce qu’on dit souvent, de façon plus générale, « Gouverner c’est prévoir ».
Commençons par le plus simple, en l'occurrence le choix par François Hollande de Jean-Marc Ayrault comme Premier Ministre. Quelles que soient les raisons qui ont pu être avancées en faveur d'un tel choix pour un siège inévitablement éjectable ? Il me semble qu'il a été l'objet de diverses interprétations, un peu branlantes souvent, comme celle qui expliquait cette décision par le fait que JMA avait été longtemps président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale. Cette explication ne tenait guère la route puisque ce groupe avait été entièrement renouvelé ou presque par les élections législatives de 2012, mais passons sur ces détails.
Je crois personnellement que le choix initial de François Hollande s'explique par l'affaire de l'aéroport de Nantes (Notre-Dame des Landes) dans laquelle Jean-Marc Ayrault était très engagé et dont on savait très bien qu’elle serait à la fois une pomme de discorde avec les écologistes et, de ce fait même, un excellent et imparable prétexte pour se séparer de ce Premier Ministre, au cas où les choses conduiraient à l’envisager, quels qu’en soient les vrais motifs. Rien de plus simple, si besoin est, que de souffler un peu sur le feu aéroportuaire pour justifier l'éviction de Jean-Marc Ayrault, bien entendu dans un pur esprit de conciliation.
Les choses sont un petit peu plus compliquées, quand il s'agit de la Crimée que Nikita Krouchtchev a, généreusement et contre toute attente, rendue indépendante en 1954. Il s’agissait en fait pour lui surtout de faire oublier ou de compenser un peu, symboliquement, les atrocités commises par Staline (mort en 1953, ne l’oublions pas et dont les vraies raisons ne tenaient guère la route !). Il est piquant, en effet, de reprocher aux Tatars leur collaboration avec Hitler quand on a soi-même signé avec lui, le premier, le pacte germano-soviétique ! A la fin de l’URSS, en 1990, Eltsine, bourré peut-être ce jour-là comme souvent, a oublié ces détails et a maintenu les choses en l’état, sans corriger le tir ! Pas si sûr toutefois comme on va le voir !
Quelle que soit sa position géographique, la Crimée n'est pas tout à fait l'Ukraine et l'importance stratégique de Sébastopol (le port de la flotte russe sur la Mer Noire et vers le Sud, de toute façon jusqu’en 2042 au moins au terme des plus récents accords ) rendait le cas de cette minuscule péninsule très particulier par rapport à l'immensité ukrainienne. En dépit des apparences, Khrouchtchev (suivi en cela plus tard par Eltsine) avait compris que la Crimée et surtout Sébastopol constitueraient toujours, quelle que soit la suite des événements, un excellent et très efficace prétexte pour intervenir dans les conflits en Ukraine, quels qu’ils soient, si le besoin s'en faisait sentir.
La Crimée est donc dans la politique de la Russie envers l'Ukraine, ce que l'aéroport de Nantes est pour le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault dans les rapports du PS avec les écologistes comme dans l'avenir primo ministériel de ce brave Monsieur dont les récents événements de Nantes n’ont pas renforcé la position comme on le voit chaque jour. Je pense que, dans un cas comme dans l'autre, n Crimée comme à Matignon, les préservatifs politiques rempliront leur office, si besoin en est car ils là pour ça !
Pour ce qui concerne la politique française, les choses sont tellement évidentes qu'il me paraît inutile de s’y attarder ; le temps est désormais  du choix de son successeur pour lequel je serais assez tenté d'organiser à cette fin une course en sac qui aurait au moins l'avantage d'amuser le petit peuple de France, plus que ne le feront les tractations secrètes qui ont déjà commencé entre des candidats et des candidates qui ont bien du mal à dissimuler leurs ambitions. Même les radios bignoles en font leurs choux gras et lancent des concours de pronostics !
Le cas de l'Ukraine est plus complexe quoique tout aussi évident.
Sans remonter au déluge, l'Ukraine qui était autrefois le grenier à blé de l'Europe a toujours constitué un enjeu économique ou politique de tout premier plan ; dès la fin de la Première Guerre Mondiale, les « Rouges », les « Blancs » (russes) et « Verts » (ukrainiens) s’y sont battus comme des chiens, les principales victimes étant ukrainiennes, car c'étaient essentiellement les ressources alimentaires que se disputaient les premiers au détriment naturellement de la population locale.
Laissons l’histoire de côté car elle n'intéresse guère et est ignorée. J’ai même entendu, il y a quelques jours, un de nos journalistes éminents rappeler avec émotion que la Première Guerre Mondiale avait commencé car l'assassinat de l'Empereur d’Autriche ! Je vous jure que c'est vrai mais ce n'est qu'un détail parmi beaucoup d'autres.
Quoiqu'on soit bien loin de Marseille dans tout cela, c'est une pagnolade à deux comme toujours entre le Kremlin et Washington sous le signe de : «  À moi i me fend le cœur et à toi i te fait rien ! » et « Alors on ne retient plus ici ! ». Le tout  avec un accent marseillais que l'informatique ne permet pas encore de reproduire !
Il est bien évident que Poutine, qui joue toujours les Rodomonts, en fait un peu trop même, s’il se borne à faire des moulinets qui n'impressionnent guère, et même s'il revêt, pour la circonstance, sa tenue de judoka poids mouche. Il a, en effet, de bonnes raisons de se calmer en son for intérieur, en dépit de ses coups de gueule et de ses mouvements de menton ! Soyons brefs !
La première raison est que les Russes, déjà en crise,  détiennent l'essentiel de la dette ukrainienne ; ces rodomontades ont eu, pour l’instant, un seul effet immédiat, quoique très bref, (jusqu'à ce que les financiers aient pris le temps de la réflexion et donc de la rigolade) qui a été l'effondrement de la Bourse à Moscou. Heureusement que les milliards de Poutine sont planqués ailleurs !
La seconde raison  est que le seul et unique client pour l'achat du gaz russe est hélas l'Europe et, que faute de cette clientèle, l'économie moscovite peut mettre la clé sous la porte. En effet, il suffit de regarder la carte des tubes (si fragiles et si aisément sabotables par ailleurs – encore un conseil gratuit de Usbek Consulting & Co aux séditieux Ukrainiens !) qui acheminent le gaz russe vers l’Ouest, pour voir que chacun tient l’autre par la barbichette et que celle de Poutine est la plus courte car il n’a aucun autre client pour son gaz ! Vous pourrez alléguer avec bon sens que les Européens seraient aussi ennuyés de ne plus avoir le gaz russe ! C'est vrai, pour un temps du moins, sauf que lesdits Européens peuvent acheter du gaz liquéfié, en particulier au Qatar qui a investi des sommes colossales dans une puissante industrie de liquéfaction, faute de pouvoir songer lui à utiliser des tuyaux et possède des réserves infinies à court terme. Il faudrait tout de même vérifier que les révolutionnaires ukrainiens ne sont pas financés par le Qatar 
Tout cela et en particulier les grands gestes et les propos vigoureux de Monsieur Poutine sont en fait à interpréter à lumière de la seule politique intérieure russe à laquelle ils sont destinés en réalité ! Ils visent à peine à faire peur aux Européens que Poutine ne juge tout de même pas assez stupides pour prendre au sérieux toutes ces gesticulations.
Le seul à tirer quelque profit sur les deux plans que j'ai évoqués est Monsieur Laurent Fabius qui se donne des allures de sauveur du monde, sans y croire un seul instant (je parle bien sûr des risques que présente la situation globale) set non d ses chances de se voir désigné comme Premier Ministre.
Tabernac ! Maudite poutine
!

mardi 11 juin 2013

Impressions de Turquie

Comme souvent, je vais céder à ma fâcheuse manie de parler de choses que je ne connais pas bien. Vous observerez toutefois que j'ai la prudence d'intituler ce post "impressions de Turquie" car ce sont véritablement des impressions que je vais livrer ici et qui, en outre, reposent non pas sur des observations récentes et prolongées, mais sur la comparaison de souvenirs que j'ai de la Turquie d'il y a dix ou quinze ans avec les images que nous en donnent quotidiennement les télévisions, suite aux événements qui s'y déroulent.

Je suis bien loin d'être un spécialiste de la Turquie, mais je m'y suis rendu, à la fois professionnellement et en touriste, à diverses reprises entre la fin des années 1990 et le début des années 2000. Je ne suis allé en fait qu'à Istanboul surtout et à Izmir (mais les télés ne nous montrent rien d'autre que ces villes) et naturellement j'ai fait, en la circonstance, toutes les promenades classiques sur le Bosphore et les visites des monuments que fréquentent tous les touristes. Néanmoins comme j'y ai séjourné quelques jours chaque fois, sans contraintes particulières, j'ai eu l'occasion de me promener pas mal dans les rues de ces villes (surtout à Istanboul).

Je ne puis qu'être frappé et interrogé à la fois en comparant les souvenirs que j'en ai gardés (assez forts car c'était pour moi une expérience nouvelle et intéressante) avec les images actuelles qu'on nous en présente et qui sont fort éloignées de mes propres souvenirs.

Je ne suis pas assez naïf pour penser que les quelques séjours que j'ai pu lui faire là-bas m'ont permis de connaître la Turquie, mais, néanmoins, je ne vois pas pourquoi je mettrais en doute des souvenirs précis que j'en ai, d'autant que les événements qui se sont déroulés depuis une douzaine d'années me paraissent confirmer et, pour partie, expliquer, l'impression que me donne la comparaison de mes souvenirs avec les images actuelles.

Je pense ici surtout à Istanboul mais les impressions que j'ai eues à Izmir vont tout à fait dans le même sens. Je ne fais ici en rien référence aux visites des monuments ou des bazars, largement peuplés de touristes, mais surtout à mes déambulations dans les rues où je vois encore la foule animée qu'on y rencontrait, avec des femmes dont beaucoup étaient blondes (naturellement par des décolorations) et portaient des tenues tout à fait comparables à celles qu'on trouvait alors dans nos villes de France avec des minijupes et des hauts décolletés et colorés. Toute cette foule était bigarrée et apparemment joyeuse ; la Turquie donnait l'impression d'un pays moderne, qui était engagé, très fortement et très résolument, dans l'occidentalisation comme dans le développement économique.

C'est pourquoi, tout en ayant suivi les événements qui se sont déroulés depuis une douzaine d'années sous le gouvernement Erdogan, j'ai été extrêmement étonné, (c'est même là l'origine précise de ce post) lorsque depuis quelques mois, on a commencé à nous donner, de plus en plus fréquemment, des vues de la rue turque, prises essentiellement à Istanboul.

Aux images en technicolor que j'avais conservées dans mes souvenirs (je m'étais pas mal déplacé à pied dans le centre-ville puisque je logeais près de Taksim) s'étaient substituées maintenant des images, essentiellement en noir et blanc, de foules urbaines où l'on voyait plus aucune de ces femmes blondes autrefois si nombreuses ; en revanche, beaucoup de foulards et de voiles islamiques naguère rares ; la population me paraissait aussi infiniment moins joyeuse que dans mes souvenirs, même lorsqu'il s'agissait pourtant de foules, jeunes et contestataires, comme celles qui occupaient Taksim ces jours derniers.

Cette évolution de la Turquie a sans doute fortement tenu aux choix politiques et idéologiques du gouvernement Erdogan mais aussi, me semble-t-il, aux comportements de l'Union Européenne face au souhait de l'État turc, maintes fois exprimé, d'entrer dans cette communauté. Il y a une douzaine d'années, une majorité de Turcs était extrêmement favorable à l'entrée de leur pays dans la Communauté européenne et croyait en cette possibilité. Ce sont les réticences, voire les refus, de moins en moins voilés, de nombreux pays d'Europe qui ont peu à peu ruiné ces espoirs au sein de la population turque. Cette déception a sans doute facilité largement l'évolution du gouvernement national qui s'est détourné d'une certaine façon de l'Europe en direction du Moyen-Orient, après avoir compris que ses chances d'y entrer étaient des plus minces, car même s'il satisfaisait aux exigences prétendument démocratiques de l'UE, on ne manquerait pas de trouver d'autres motifs pour s'opposer à son entrée dans cette communauté.

Tout cela est naturellement trivial mais ce qui me paraît le plus curieux dans toute cette affaire, c'est que (mais peut-être suis-je mal informé ?) le gouvernement turc, au lieu de chercher à se faire une place dans une zone instable et dangereuse, comme le montrent les événements actuels, n'ait pas choisi de se rapprocher davantage des Républiques musulmanes de l'ancienne Union soviétique. Non seulement en effet, ce sont là des pays économiquement fort intéressants par leurs grandes richesses naturelles, mais, ce que l'on sait moins, (ce qui évite de l'oublier), leurs langues et leurs cultures sont apparentées à celles de la Turquie ! Tout cela ne serait-il pas à prendre en compte, d'autant que de telles relations ne seraient pas pour déplaire à l'indéfectible allié américain qui ne saurait se fâcher de petites misères faites à Poutine ?

lundi 28 mars 2011

Libye. Lubie. Alibi (N° 3). « Enfin plus seuls... »

Au moment où j'écris ce texte, et c'est d'ailleurs cette nouvelle qui m'a poussé à l’écrire car je n’avais pas prévu de le faire en ces termes, ce lundi 28 mars à 12:07, j’apprends qu’enfin nous ne sommes plus seuls.

« Que veux-je dire par là ? » vous impatientez-vous déjà, fougueuse lectrice et impétueux lecteur !

Vous ne savez donc pas ? Je me sens donc enfin utile à mon pays. Le Qatar est, en effet, selon Al-Jazira, le deuxième Etat du monde, après la France (observez que je n'ose pas dire le second car cela tendrait à insinuer qu'il n'y aura pas de troisième) à reconnaître le « Conseil national de transition » qui est l'organe de direction de la rébellion libyenne contre le colonel Kadhafi.

Si nous ne sommes plus seuls depuis une vingtaine de minutes puisque le Qatar nous a rejoints pour reconnaître, avec nous, le Conseil national de transition, en revanche cette information majeure faisait immédiatement suite à une autre qui témoignait d’un point de vue très différent.

A 11 heures 30, on a en effet appris, de la bouche même du ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, dans une conférence de presse, que la Russie contestait la légitimité de l'intervention en Libye et que cet Etat jugeait cette action non conforme au mandat du Conseil de sécurité de l'ONU.

Si vous voulez, sur la situation en Libye et dans le monde, des informations autres que celles des ministères français, ne comptez pas sur nos médias pour vous en donner. Une rapide recherche dans Google, ce matin, m'a montré que les seules informations sur les activités diplomatiques essentielles qui se tiennent à Addis-Abeba depuis le vendredi 25 mars 2007 se trouvent, en tout et pour tout, dans deux dépêches de l'AFP du 25 mars et dans de brèves notes du journal électronique du Nouvel Observateur.

Le Figaro en a parlé que de façon très indirecte, le 24 mars et essentiellement de façon assez curieuse à l'occasion d'une conférence faite à l'École normale supérieure, sans doute à l'occasion de la Journée de la francophonie organisée en ce lieu par le cercle francophone de l'ENS. Cette conférence a été donnée par Jean Ping, un diplomate gabonais qui est depuis 2008 à la tête de la Commision de l'Union Africaine. Il était sans doute de passage à Paris, précisément en partance pour Addis-Abeba où le vendredi 25 mars s'ouvrait la conférence en cause.

En termes mesurés mais clairs, il a dénoncé « l'intervention militaire extérieure en Libye » et évoqué les travaux qui devaient s'ouvrir à Addis-Abeba, tout en marquant son scepticisme à l'égard de la suite des opérations militaires consécutives à la mise en place de la zone d'exclusion aérienne. « On se dispute, on se querelle entre membres de la coalition » a-t-il affirmé, non sans bon sens. Il a, par ailleurs, déploré que les Africains n'aient pas été suffisamment consultés par la coalition et aient été absents lors du sommet international de Paris convoqué par Nicolas Sarkozy, juste avant le déclenchement des frappes.

Il est très curieux que la presse française soit manifestement si peu intéressée par la réunion de l’Union africaine et qu’elle fasse le silence à son propos, alors que au-delà même des membres de l'Union africaine s'y trouvent réunis, outre cinq membres du gouvernement libyen (le Conseil national de transition invité n'est pas venu), des représentants de la Ligue arabe, de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), de l’ONU et même peut-être aujourd'hui de l'Union européenne.

Je vous conseille donc, si vous voulez des informations sur tout cela, de vous adresser aux médias électroniques non français et en particulier africains ou algériens, dans la mesure où l'Algérie a été une participante très active à la réunion d'Addis-Abeba.

Un autre problème tout différent consiste dans la validité de l’information sur ce qui se passe effectivement en Libye.

On ne peut être qu’étonné en constatant que, semble-t-il, la télévision libyenne continue à fonctionner, alors que ses installations auraient dû constituer l'une des premières cibles des frappes de la coalition, puisqu'elle est l'outil d'information majeur dans ce pays et qu'elle est totalement aux mains du colonel Kadhafi.

La situation militaire n’est pas des plus claires. Ainsi, hier, les autorités libyennes de Tripoli ont pu organiser et faire filmer à Syrte, qu'on disait, la veille, aux mains de la rébellion, une visite guidée officielle où ont été invités des journalistes non libyens, dont en particulier un correspondant de l'agence Reuters. Il n’a constaté à Syrte aucun signe de combat et la visite s'est déroulée en présence de policiers et de militaires qui étaient toujours présents sur place.

L’information est désormais une arme plus puissante et plus efficace que les autres. On le sait depuis Timisoara où quelques images, d’ailleurs fabriquées à cette fin, ont suffi à renverser Ceaucescu !

Dernière minute : reçu un courriel anonyme d'un certain Mouamar K. : "Cher Usbek, Puis-je reprendre ton titre du jour car moi aussi "enfin je ne suis plus seul!". Dieudonné vient d'arriver à Tripoli. Dieu (donné) seul sait comment il est venu avec cette foutue zone d'exclusion aérienne! Il a dû passer dans le noir ! Il va me distraire un peu avec ses histoires juives! Mouamar K."