Une fois de plus les médias français ont fait très fort.
En ce matin du 14 mai 2011, jour de l'investiture du nouveau président de la République d’Haïti, j'entendais sur France-Info, au bulletin de 8:00, l'annonce suivante : « Le président Préval, obligé de se désister au deuxième tour, remettra le drapeau haïtien à Michel Martelly ». Il est donc clair que les divers événements du feuilleton de l'élection présidentielle haïtienne ont largement échappé à la rédaction de France-Info puisque René Préval ne s’est même pas présenté (il ne le pouvait pas d’ailleurs) et que le deuxième tour a opposé Myrlande Manigat à Michel Martelly.
Contrairement aux craintes que j'avais moi-même exprimées ici, l'imbroglio juridico-administrativo-constitutionnel que je craignais n'a pas eu de conséquences. En effet, dans la mesure où les 18 élus du deuxième tour des législatives (sénateurs et députés) qui avaient été déclassés par la commission électorale en contestaient les décisions (ils avaient été éliminés au profit de candidats réputés « prévalistes » classés derrière eux lors du scrutin), on pouvait craindre, comme cela avait commencé à se produire, qu'on ne puisse pas atteindre le quorum des deux-tiers indispensable pour toute réforme constitutionnelle. Dans la mesure où la date limite était le 9 mai 2011 et où Michel Martelly devait absolument être investi le 14 mai, on avait tout lieu de craindre une semaine très difficile.
Il n'en a rien été dans la mesure où, sur les 18 candidats déclarés élus au terme du deuxième tour et qui avaient été ensuite déclassés par la CEP, 15 ont été rétablis à la première place et donc déclarés élus, ce qui est du coup a réglé les problèmes, tout en jetant, toutefois, les doutes les plus sérieux sur la commission électorale qui avait procédé à ces déclassements. Tout est donc pour le mieux dans la meilleure des Haïti possibles (ce féminin est un peu étrange pour nous, mais il est dans les habitudes haïtiennes).
Tout est donc prêt pour la cérémonie (son coût sera, dit-on, de 4,5 millions de dollars avec 2000 invités) ; on ne sait pas encore lesquels des huit anciens présidents seront présents à la fête et on se demande si le Président poussera la chansonnette comme beaucoup l’espèrent.
L'investiture du nouveau président se fera symboliquement en présence de deux invités de marque dont l'arrivée dans le pays n'est pas sans signification : Bill Clinton et Alain Juppé. Naturellement ils ne sont pas venus les mains vides ; on annonce du côté américain une petite partie des crédits promis et, du côté français, on présente le plan de la reconstruction de l'ambassade de France sur le Champ-de-Mars, ce qui est symbolique évidemment puisque, à la suite du séisme du 12 janvier 2010, nombre d'institutions envisagent de quitter le centre de Port-au-Prince.
Cette double présence, américaine et française, symbolise, en quelque sorte, la concurrence, larvée mais incontestable, entre les États-Unis et la France qu’on observe en Haïti. Elle ne peut être qu'inégale bien entendu et cela d'autant que la France n'utilise pas toujours dans cette affaire les atouts qui pourraient être les siens.
On pourrait dire que cette rivalité est symboliquement marquée par les deux surnoms de Michel Martelly, le nouveau président de la République haïtienne. On l'appelle, en effet, à la fois « Sweet Micky », ce qui se passe de commentaires pour un chanteur populaire, mais aussi, en créole cette fois, « Tèt kale » qui semble familière à un francophone, mais qu'en réalité personne ne comprend véritablement ni en France ni en Haïti.
Le mot haïtien « kale » est, en réalité, tout à fait français, même s’il est sorti de l’usage courant dans notre langue. Pour ne pas faire le savant sans citer mes sources, je me bornerai à reproduire ici l’article « écaler » du Trésor de la langue française :
ECALER : verbe trans. Dépouiller de l'écale; p. ext. décortiquer. Écaler des noix. Des moulins hydrauliques qui écrasaient le grain, l'écalaient (LA VARENDE, Manants du Roi, 1938, p. 208). Au fig. Il épluchait les fautes des copistes, écalait les interpolations, rétablissait le texte primitif (HUYSMANS, Oblat, t. 1, 1903, p. 63). [ekale]. Ds Ac. dep. 1694. 1res attest. 1. 1531 esqualer « écailler (des poissons) » (J. DU BOIS [SYLVIUS], Isagoge ds GDF. Compl.) 1616, CRESPIN; 2. a) 1660 escaler des noix (OUDIN Fr.-Esp.); b) 1838 s'écaler d'une pièce de bois (Ac. Compl. 1842); 3. 1838 terre écalée (ibid.); de écale, dés. -er. Fréq. abs. littér. : 2.
BBG. SAIN. Sources t. 1 1972 [1925] p. 150 (s.v. écaler), t. 2 1972 [1925] p. 102 ».
En somme, sans manquer de respect au nouveau président de la République haïtienne, on le surnomme « tèt kale » car son crâne, chauve et /ou rasé, lui donne un peu une tête d’œuf !
Affichage des articles dont le libellé est clinton. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est clinton. Afficher tous les articles
samedi 14 mai 2011
mardi 29 mars 2011
Libye. Lubie. Alibi. N°4.
Avec la conférence de Londres qui s'est ouverte aujourd'hui, mardi 29 mars 2011, en début d'après-midi, on pouvait espérer voir les choses se clarifier un peu et surtout l'information gagner en cohérence et en fiabilité.
Il n'en est rien ; au poker diplomatique menteur, à la guerre psychologique fondée sur les rumeurs et les fausses nouvelles volontaires, aux reportages de terrain que les envoyés spéciaux, prudents, font à 50 km du théâtre des opérations (c’est mieux qu’au Japon où ils se tiennent à 200 km de Fukushima) s'ajoutent désormais les présentations nationales fallacieuses qui visent, pour toutes sortes de raisons, à favoriser les points de vue des uns ou des autres.
Ainsi sur Europe 1, ce matin, a-t-on pu entendre Pascal Boniface, spécialiste de géopolitique et de football, tenir des propos un peu insolites comme « Ce qui est important, c'est de montrer qu'il y a une option politique [sic] et qu'il y a une vaste coalition [resic] qui soutient un projet global, que ça n'est pas une guerre occidentale contre un pays arabe [re-re-sic] ». Comment a-t-il pu échapper à P. Boniface que, dans un choc fratricide entre équipes musulmanes, la Lybie vient de battre les Comores 3-0, dans le cadre de la Coupe d’Afrique des Nations, au cours d’un match délocalisé au Mali. On apprend que le nom de Kadhafi a été scandé avec enthousiasme dans les tribunes par le public malien ! On espère qu’avec « l’exclusion aérienne », les footballeurs libyens n’ont pas dû faire à pied le trajet Tripoli-Bamako !
Pour laisser ce sujet sérieux , on se demande comment peuvent s'accorder Obama qui, aux Etats-Unis, dans une déclaration télévisée, déclarait hier que « Les Etats-Unis ne peuvent pas se permettre de refaire les erreurs de la guerre d’Irak en essayant de renverser militairement le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi » et Hillary Clinton qui, à Londres, s'entretient avec l'émissaire de la rébellion Mahmoud Jibril. Il est à craindre qu’elle ne lui tienne des propos un peu différents de ceux de son président ; on voit en cela la grande sagesse d’Obama qui l’a envoyée à sa place à Londres.
Comment peut-on raisonnablement discuter à Londres du départ de Kadhafi et du sort de la Lybie ou faire croire qu'on en discute ou en discuter en feignant de parler d'autre chose, alors que la résolution 1973 de l'ONU, leur bible à tous, n'évoquait en rien ce problème? Le porte-parole du gouvernement français François Baroin est bien le seul à juger qu’on « ne s'éloigne en aucune façon de la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies".
Si vous voulez, sinon comprendre quelque chose à tout cela, du moins être un peu objectivement informé, ne comptez pas sur la presse française, une fois de plus aux ordres du pouvoir, même quand ce dernier ne lui demande rien. Mieux vaut donc, ce qui est facile grâce à Internet, aller lire le Devoir de Montréal, le Washington Post ou , plus près de nous, la Tribune de Genève.
La révolution libyenne avait pris, nous disait-on il y a quelques jours, la ville de Syrte, patrie et bastion de Khadafi, mais voilà qu'hier on nous montre des images et on nous fait des récits de la tournée dans Syrte organisée par le pouvoir de Tripoli pour la presse étrangère. Il y a quelques jours, on avait fait grand cas aussi de la mort du plus redouté des fils du colonel, Khamis, chef du groupe le plus féroce de la garde du Colonel ; on le prétendait tué par l'une de nos frappes aériennes. Or Khamis est apparu en public lundi soir, à la télévision nationale libyenne, filmé à Bab el-Aziziya à Tripoli, « en direct, en live et en uniforme ».
On se demande comment cette télévision libyenne, cible première et facile, peut continuer à fonctionner, comme si de rien n'était, après les frappes aériennes dont on ne cesse de louer la précision et l’efficacité.
La coalition gagnerait en cohérence et en étendue, nous dit-on, du côté français surtout, mais force est de constater que, seuls des 190 Etats du monde, la France et le Qatar ont, à ce jour, reconnu le Conseil révolutionnaire. On sait naturellement que, dans les conflits, ce qui se trame en coulisses est souvent plus important que ce qui est montré sur le devant de la scène et on ne peut que constater la singulière convergence, dont nul ne parle, entre les propositions qui semblent s'être fait jour durant le week-end à Addis-Abeba au sein de l'Union Africaine et les perspectives qui paraissent s’ouvrir dans le cadre de la conférence de Londres où se trouve précisément aussi, par le plus grand hasard, le président de la commission de l'Union Africaine.
Tout cela n'est toutefois pas non plus sans rapport avec ce qui se passe en Libye même et l'offensive manifestement lancée à nouveau par Kadhafi n'a probablement pas d'autre but que de renforcer sa position dans les négociations qui ont lieu en ce moment.
Dernière minute. Les espoirs évoqués ci-dessus reculent. Les "révolutionnaires libyens", quoique invités et présents à Londres, n'ont pas pris part aux séances et l'Union Africaine, invitée et présente, n'a pas été intégrée au "groupe de contact" mis en place en cette occasion. Tout cela n'a guère de cohérence et reflète, en fait, les désccords de fond entre les principaux protagonistes. On le savait déjà!
Il n'en est rien ; au poker diplomatique menteur, à la guerre psychologique fondée sur les rumeurs et les fausses nouvelles volontaires, aux reportages de terrain que les envoyés spéciaux, prudents, font à 50 km du théâtre des opérations (c’est mieux qu’au Japon où ils se tiennent à 200 km de Fukushima) s'ajoutent désormais les présentations nationales fallacieuses qui visent, pour toutes sortes de raisons, à favoriser les points de vue des uns ou des autres.
Ainsi sur Europe 1, ce matin, a-t-on pu entendre Pascal Boniface, spécialiste de géopolitique et de football, tenir des propos un peu insolites comme « Ce qui est important, c'est de montrer qu'il y a une option politique [sic] et qu'il y a une vaste coalition [resic] qui soutient un projet global, que ça n'est pas une guerre occidentale contre un pays arabe [re-re-sic] ». Comment a-t-il pu échapper à P. Boniface que, dans un choc fratricide entre équipes musulmanes, la Lybie vient de battre les Comores 3-0, dans le cadre de la Coupe d’Afrique des Nations, au cours d’un match délocalisé au Mali. On apprend que le nom de Kadhafi a été scandé avec enthousiasme dans les tribunes par le public malien ! On espère qu’avec « l’exclusion aérienne », les footballeurs libyens n’ont pas dû faire à pied le trajet Tripoli-Bamako !
Pour laisser ce sujet sérieux , on se demande comment peuvent s'accorder Obama qui, aux Etats-Unis, dans une déclaration télévisée, déclarait hier que « Les Etats-Unis ne peuvent pas se permettre de refaire les erreurs de la guerre d’Irak en essayant de renverser militairement le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi » et Hillary Clinton qui, à Londres, s'entretient avec l'émissaire de la rébellion Mahmoud Jibril. Il est à craindre qu’elle ne lui tienne des propos un peu différents de ceux de son président ; on voit en cela la grande sagesse d’Obama qui l’a envoyée à sa place à Londres.
Comment peut-on raisonnablement discuter à Londres du départ de Kadhafi et du sort de la Lybie ou faire croire qu'on en discute ou en discuter en feignant de parler d'autre chose, alors que la résolution 1973 de l'ONU, leur bible à tous, n'évoquait en rien ce problème? Le porte-parole du gouvernement français François Baroin est bien le seul à juger qu’on « ne s'éloigne en aucune façon de la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies".
Si vous voulez, sinon comprendre quelque chose à tout cela, du moins être un peu objectivement informé, ne comptez pas sur la presse française, une fois de plus aux ordres du pouvoir, même quand ce dernier ne lui demande rien. Mieux vaut donc, ce qui est facile grâce à Internet, aller lire le Devoir de Montréal, le Washington Post ou , plus près de nous, la Tribune de Genève.
La révolution libyenne avait pris, nous disait-on il y a quelques jours, la ville de Syrte, patrie et bastion de Khadafi, mais voilà qu'hier on nous montre des images et on nous fait des récits de la tournée dans Syrte organisée par le pouvoir de Tripoli pour la presse étrangère. Il y a quelques jours, on avait fait grand cas aussi de la mort du plus redouté des fils du colonel, Khamis, chef du groupe le plus féroce de la garde du Colonel ; on le prétendait tué par l'une de nos frappes aériennes. Or Khamis est apparu en public lundi soir, à la télévision nationale libyenne, filmé à Bab el-Aziziya à Tripoli, « en direct, en live et en uniforme ».
On se demande comment cette télévision libyenne, cible première et facile, peut continuer à fonctionner, comme si de rien n'était, après les frappes aériennes dont on ne cesse de louer la précision et l’efficacité.
La coalition gagnerait en cohérence et en étendue, nous dit-on, du côté français surtout, mais force est de constater que, seuls des 190 Etats du monde, la France et le Qatar ont, à ce jour, reconnu le Conseil révolutionnaire. On sait naturellement que, dans les conflits, ce qui se trame en coulisses est souvent plus important que ce qui est montré sur le devant de la scène et on ne peut que constater la singulière convergence, dont nul ne parle, entre les propositions qui semblent s'être fait jour durant le week-end à Addis-Abeba au sein de l'Union Africaine et les perspectives qui paraissent s’ouvrir dans le cadre de la conférence de Londres où se trouve précisément aussi, par le plus grand hasard, le président de la commission de l'Union Africaine.
Tout cela n'est toutefois pas non plus sans rapport avec ce qui se passe en Libye même et l'offensive manifestement lancée à nouveau par Kadhafi n'a probablement pas d'autre but que de renforcer sa position dans les négociations qui ont lieu en ce moment.
Dernière minute. Les espoirs évoqués ci-dessus reculent. Les "révolutionnaires libyens", quoique invités et présents à Londres, n'ont pas pris part aux séances et l'Union Africaine, invitée et présente, n'a pas été intégrée au "groupe de contact" mis en place en cette occasion. Tout cela n'a guère de cohérence et reflète, en fait, les désccords de fond entre les principaux protagonistes. On le savait déjà!
dimanche 30 janvier 2011
Démocratie et conflits d'intérêts. D'Haïti à l’Egypte
Au moment où, dans le débat public national, « démocratie » (pour le Sud) et « conflits d'intérêts » (en France) sont les maîtres-mots de l'information comme toutes les discussions, personne ne semble se poser la question des rapports qui peuvent s'établir entre ces termes et les notions qu’ils portent.
Commençons donc par Haïti puisqu'en ce dimanche 30 janvier 2011, Hillary Clinton, dans quelques heures (il est 9 heures en France et le décalage horaire est de moins 6 heures) va débarquer de son jet privé sur l'aéroport de Port-au-Prince, où l'on aura assurément fait de la place pour elle au parking.
Elle estime, sans le moindre doute, apporter en Haïti les valeurs de l'humanisme et de la démocratie ; elle vient en effet, plus précisément, faire pression sur le président René Préval comme sur les candidats au second tour de la présidentielle pour permettre un déroulement rapide d'un scrutin, en panne depuis le 28 novembre 2010, jour du premier tour dont les résultats n'ont toujours pas été officiellement proclamés, comme on a pu le lire dans mes précédents posts sur Haïti.
La date de cette proclamation a été sans cesse remise et elle est actuellement annoncée pour le 2 février 2011. Le second tour aurait lieu le 20 mars avec des résultats donnés le 16 avril 2011. René Préval, dont le mandat se termine le 7 février et avait été prolongé (mais avec contestation sur ce point), resterait donc en place jusqu’au 14 mai au moins, comme il le souhaitait lui-même, bien entendu, mais comme la pression internationale le lui refusait.
Naturellement comme on cachait à notre pauvre Président ce qui se passait en Tunisie, on ne dit pas tout sur la situation et l’opinion haïtiennes à Madame Clinton !
La pauvre Hillary ne sait sans doute pas (on se garde bien de le lui dire) que le bruit court là-bas que le couple Clinton tirerait des profits (cachés mais considérables) de l'assistance internationale et humaine au désastre haïtien. Dans la « Clinton Global Initiative » qui « coordonne » tout cela, Bill ne tirerait pas que le dollar, symbolique et annuel, qui lui est attribué comme unique rémunération.
Le couple Clinton lui-même fait aussi un peu problème et il est « improbable », comme dirait notre « Fredo », dans la mesure où on sait pas, au juste, où en sont leurs relations personnelles (hors des images pieuses destinées à la presse people).
On ne sait pas davantage si Hillary s'est enfin convertie au système d'humidification de ses cigares qu'affectionne tant ce cher Bill.
Bien des gens, sans doute mal intentionnés, se demandent donc si l'intérêt d'Hillary Clinton dans cette affaire ne tient qu'au seul bonheur du peuple haïtien. Le plus grave est que les actions qu’elle conduit dans ce cadre, quels qu’en soient les vrais motifs, sont pour partie contre-productifs et constituent, dans les faits, autant de « boomerangs » ou de « pavés de l'ours » (à vous de choisir la métaphore qui vous conviendra le mieux).
De l’autre côté de l’Atlantique, « nan Ginen » comme on dit en créole haïtien, l'intérêt américano-français porté au processus électoral ivoirien fait l'objet d'analyses du même genre et la propagande très intense de Laurent Gbagbo ne se prive naturellement pas d’exploiter, à tort ou à raison, cet argumentaire comme je l’ai montré dans un précédent post. Naturellement les photos du mariage de Alassane (Dramane, ce second prénom étant amovible en fonction des circonstances et des visées) Ouattara avec la blonde Dominique Novion , célébré à Neuily par Nicolas Sarkozy, sont partout ; on ne manque pas de rappeler aussi que cette femme d’affaires fut la gestionnaire des biens d’Houphouët-Boigny et d’Omar Bongo (une sorte de Patrick de Maistre en tailleur Channel en somme). Comme on ne la voit guère voilée, on ne sait pas si elle s’est convertie à l’islam pour épouser Alassane Dramane (ce qui est une obligation pour tout bon musulman), mais il est clair que tout cela fait parfaitement les affaires de Laurent Gbagbo, sans pour autant militer vraiment en faveur de la démocratie.
Mais revenons à Haïti et à Hillary Clinton, nul doute que le président Préval sera tout sourire pour l’accueillir à sa descente d'avion ; il écoutera assurément avec la même courtoise aménité et sans doute en hochant du chef, ses fermes et pressants conseils en faveur de la reprise du processus électoral et donc de l’éviction définitive de son propre candidat, Jude Célestin. Ce dernier, quoique son retrait ait été annoncé par son parti INITE, ne l’a pas confirmé, jusqu'à présent et, dit-on, à l’instigation de Préval (qui veut faire durer les choses) alors que cette démarche personnnelle, selon la loi haïtienne, est absolument indispensable pour que ce retrait soit effectif.
À n'en pas douter, Hillary reprendra donc, dans quelques heures, son avion avec la conviction qu'elle a une fois de plus rempli sa mission et triomphé de ces maudits blacks qui, non contents de l'avoir odieusement écartée de la présidence des États-Unis, lui mettent maintenant des bâtons dans les roues dans le cadre de ses actuelles activités.
Nul doute non plus qu'aussitôt Hillary envolée, René Préval dénoncera, plus ou moins discrètement et/ou par séides interposés, les insupportables manoeuvres américaines et internationales, qui visent, une fois de plus, à imposer au peuple haïtien des choix qui ne sont pas les siens. Ce genre de numéro marche toujours en Haïti où le nationalisme reste très présent, puisque, ne l'oublions pas et chacun se fait fort de nous le rappeler à tout moment, Haïti, première république noire, a été aussi la première colonie a secouer victorieusement le joug du colonialiste.
Et la Tunisie me direz-vous ? Et l'Égypte, poursuivrez-vous, non sans raison ?
Au moment où la France découvre, après deux siècles de cette situation, que la démocratie et les conflits d'intérêts font tout à fait bon ménage, tant dans la politique que dans l'économie, ne devrait-elle pas s'interroger aussi sur ces mêmes rapports dans les pays du Sud ou le Nord se livre à tant de déclarations enflammées en faveur de cette même démocratie, sans jamais faire mention de ses intérêts?
Certes, à l'aune de nos moeurs et de nos habitudes de pensée, la liberté d'expression est une valeur que nous ne cessons de mettre en avant pour contester les régimes policiers instaurés dans nombre de pays du Sud, avec lesquels nous avons par ailleurs les meilleurs rapports et où nous aimons tant à passer nos vacances.
Sommes-nous cependant tout à fait sûrs que le fait de pouvoir acheter en Tunisie « Le monde » ou « Libération » (à un prix quotidien, que, comme l’accès internet, ne peuvent guère se permettre les marchands de légumes tunisiens, fussent-ils titulaires d'une maîtrise de sociologie) va changer de façon définitive leur mode de vie et leurs conditions d'existence ?
Ne devrait en pas se demander, plus sérieusement et pour un instant, ce que signifie d'ailleurs la liberté d'expression dans un Etat comme l'Italie où la plupart des médias sont aux mains ou aux ordres d'un Silvio Berlusconi, sans parler de la France de Hersant et désormais de Lagardère ? Moi-même victime naguère, dans mes blogs, de la censure du Nouvel Obs puis de TF1, ne suis-je pas bien placé pour en parler et en juger ?
En France même personne ne semble faire le lien entre le cumul des mandats électoraux et/ou des fonctions ministérielles et les fameux conflits d'intérêts dont on vient soudain de découvrir, avec stupeur, l'existence. Personne n'avait donc jamais remarqué que les fonctions électorales (maires de grandes villes ou présidents de conseil régional ou général) permettent, d'abord et surtout, de détourner au profit de ces mêmes zones et de leurs électeurs (villes, départements ou régions) une bonne partie des crédits de l'État (quand il s'agit d'installer de nouveaux services ou équipements) ou, au contraire, de protéger ces mêmes zones quand elles sont menacées de restrictions dans ces mêmes matières !
Les hommes politiques du Sud ne sont pas forcément tous des imbéciles. Préval ou Gbagbo actuellement et peut-être bientôt Moubarak (moins exposé car regardé comme très utile à nos intérêts stratégiques au Moyen Orient) sauront, de toute évidence, faire apparaître ou donner à soupçonner, sous les revendications du Nord en faveur de la démocratie, le jeu des intérêts de ces mêmes Etats, grands donneurs de leçons de démocratie.
En fait, Hillary Clinton ou Nicolas Sarkozy font le jeu, sur le plan interne, de ceux dont ils pensent cnaïvement contester la position. On le voit depuis deux mois en Côte d'Ivoire ; on risque de le voir en Haïti mais, dans ces deux cas, les choses sont, somme toute et comme en Tunisie, moins graves qu'en Égypte où la chute de Moubarak risque d'avoir des conséquences catastrophiques, dont ne semblent réellement conscients pour le moment, à en juger par leurs réactions, qu’Israël, la Cisjordanie et la Jordanie qui sont naturellement en première ligne.
Quant à savoir quel profit réel tireront les fellahs égyptiens de la présence, dans les kiosques cairotes, du « Monde » et de « Libération » (dans l'hypothèse où ces journaux auraient été interdits comme en Tunisie) j'avoue ne pas trop savoir à quoi m'en tenir sur ce point.
Commençons donc par Haïti puisqu'en ce dimanche 30 janvier 2011, Hillary Clinton, dans quelques heures (il est 9 heures en France et le décalage horaire est de moins 6 heures) va débarquer de son jet privé sur l'aéroport de Port-au-Prince, où l'on aura assurément fait de la place pour elle au parking.
Elle estime, sans le moindre doute, apporter en Haïti les valeurs de l'humanisme et de la démocratie ; elle vient en effet, plus précisément, faire pression sur le président René Préval comme sur les candidats au second tour de la présidentielle pour permettre un déroulement rapide d'un scrutin, en panne depuis le 28 novembre 2010, jour du premier tour dont les résultats n'ont toujours pas été officiellement proclamés, comme on a pu le lire dans mes précédents posts sur Haïti.
La date de cette proclamation a été sans cesse remise et elle est actuellement annoncée pour le 2 février 2011. Le second tour aurait lieu le 20 mars avec des résultats donnés le 16 avril 2011. René Préval, dont le mandat se termine le 7 février et avait été prolongé (mais avec contestation sur ce point), resterait donc en place jusqu’au 14 mai au moins, comme il le souhaitait lui-même, bien entendu, mais comme la pression internationale le lui refusait.
Naturellement comme on cachait à notre pauvre Président ce qui se passait en Tunisie, on ne dit pas tout sur la situation et l’opinion haïtiennes à Madame Clinton !
La pauvre Hillary ne sait sans doute pas (on se garde bien de le lui dire) que le bruit court là-bas que le couple Clinton tirerait des profits (cachés mais considérables) de l'assistance internationale et humaine au désastre haïtien. Dans la « Clinton Global Initiative » qui « coordonne » tout cela, Bill ne tirerait pas que le dollar, symbolique et annuel, qui lui est attribué comme unique rémunération.
Le couple Clinton lui-même fait aussi un peu problème et il est « improbable », comme dirait notre « Fredo », dans la mesure où on sait pas, au juste, où en sont leurs relations personnelles (hors des images pieuses destinées à la presse people).
On ne sait pas davantage si Hillary s'est enfin convertie au système d'humidification de ses cigares qu'affectionne tant ce cher Bill.
Bien des gens, sans doute mal intentionnés, se demandent donc si l'intérêt d'Hillary Clinton dans cette affaire ne tient qu'au seul bonheur du peuple haïtien. Le plus grave est que les actions qu’elle conduit dans ce cadre, quels qu’en soient les vrais motifs, sont pour partie contre-productifs et constituent, dans les faits, autant de « boomerangs » ou de « pavés de l'ours » (à vous de choisir la métaphore qui vous conviendra le mieux).
De l’autre côté de l’Atlantique, « nan Ginen » comme on dit en créole haïtien, l'intérêt américano-français porté au processus électoral ivoirien fait l'objet d'analyses du même genre et la propagande très intense de Laurent Gbagbo ne se prive naturellement pas d’exploiter, à tort ou à raison, cet argumentaire comme je l’ai montré dans un précédent post. Naturellement les photos du mariage de Alassane (Dramane, ce second prénom étant amovible en fonction des circonstances et des visées) Ouattara avec la blonde Dominique Novion , célébré à Neuily par Nicolas Sarkozy, sont partout ; on ne manque pas de rappeler aussi que cette femme d’affaires fut la gestionnaire des biens d’Houphouët-Boigny et d’Omar Bongo (une sorte de Patrick de Maistre en tailleur Channel en somme). Comme on ne la voit guère voilée, on ne sait pas si elle s’est convertie à l’islam pour épouser Alassane Dramane (ce qui est une obligation pour tout bon musulman), mais il est clair que tout cela fait parfaitement les affaires de Laurent Gbagbo, sans pour autant militer vraiment en faveur de la démocratie.
Mais revenons à Haïti et à Hillary Clinton, nul doute que le président Préval sera tout sourire pour l’accueillir à sa descente d'avion ; il écoutera assurément avec la même courtoise aménité et sans doute en hochant du chef, ses fermes et pressants conseils en faveur de la reprise du processus électoral et donc de l’éviction définitive de son propre candidat, Jude Célestin. Ce dernier, quoique son retrait ait été annoncé par son parti INITE, ne l’a pas confirmé, jusqu'à présent et, dit-on, à l’instigation de Préval (qui veut faire durer les choses) alors que cette démarche personnnelle, selon la loi haïtienne, est absolument indispensable pour que ce retrait soit effectif.
À n'en pas douter, Hillary reprendra donc, dans quelques heures, son avion avec la conviction qu'elle a une fois de plus rempli sa mission et triomphé de ces maudits blacks qui, non contents de l'avoir odieusement écartée de la présidence des États-Unis, lui mettent maintenant des bâtons dans les roues dans le cadre de ses actuelles activités.
Nul doute non plus qu'aussitôt Hillary envolée, René Préval dénoncera, plus ou moins discrètement et/ou par séides interposés, les insupportables manoeuvres américaines et internationales, qui visent, une fois de plus, à imposer au peuple haïtien des choix qui ne sont pas les siens. Ce genre de numéro marche toujours en Haïti où le nationalisme reste très présent, puisque, ne l'oublions pas et chacun se fait fort de nous le rappeler à tout moment, Haïti, première république noire, a été aussi la première colonie a secouer victorieusement le joug du colonialiste.
Et la Tunisie me direz-vous ? Et l'Égypte, poursuivrez-vous, non sans raison ?
Au moment où la France découvre, après deux siècles de cette situation, que la démocratie et les conflits d'intérêts font tout à fait bon ménage, tant dans la politique que dans l'économie, ne devrait-elle pas s'interroger aussi sur ces mêmes rapports dans les pays du Sud ou le Nord se livre à tant de déclarations enflammées en faveur de cette même démocratie, sans jamais faire mention de ses intérêts?
Certes, à l'aune de nos moeurs et de nos habitudes de pensée, la liberté d'expression est une valeur que nous ne cessons de mettre en avant pour contester les régimes policiers instaurés dans nombre de pays du Sud, avec lesquels nous avons par ailleurs les meilleurs rapports et où nous aimons tant à passer nos vacances.
Sommes-nous cependant tout à fait sûrs que le fait de pouvoir acheter en Tunisie « Le monde » ou « Libération » (à un prix quotidien, que, comme l’accès internet, ne peuvent guère se permettre les marchands de légumes tunisiens, fussent-ils titulaires d'une maîtrise de sociologie) va changer de façon définitive leur mode de vie et leurs conditions d'existence ?
Ne devrait en pas se demander, plus sérieusement et pour un instant, ce que signifie d'ailleurs la liberté d'expression dans un Etat comme l'Italie où la plupart des médias sont aux mains ou aux ordres d'un Silvio Berlusconi, sans parler de la France de Hersant et désormais de Lagardère ? Moi-même victime naguère, dans mes blogs, de la censure du Nouvel Obs puis de TF1, ne suis-je pas bien placé pour en parler et en juger ?
En France même personne ne semble faire le lien entre le cumul des mandats électoraux et/ou des fonctions ministérielles et les fameux conflits d'intérêts dont on vient soudain de découvrir, avec stupeur, l'existence. Personne n'avait donc jamais remarqué que les fonctions électorales (maires de grandes villes ou présidents de conseil régional ou général) permettent, d'abord et surtout, de détourner au profit de ces mêmes zones et de leurs électeurs (villes, départements ou régions) une bonne partie des crédits de l'État (quand il s'agit d'installer de nouveaux services ou équipements) ou, au contraire, de protéger ces mêmes zones quand elles sont menacées de restrictions dans ces mêmes matières !
Les hommes politiques du Sud ne sont pas forcément tous des imbéciles. Préval ou Gbagbo actuellement et peut-être bientôt Moubarak (moins exposé car regardé comme très utile à nos intérêts stratégiques au Moyen Orient) sauront, de toute évidence, faire apparaître ou donner à soupçonner, sous les revendications du Nord en faveur de la démocratie, le jeu des intérêts de ces mêmes Etats, grands donneurs de leçons de démocratie.
En fait, Hillary Clinton ou Nicolas Sarkozy font le jeu, sur le plan interne, de ceux dont ils pensent cnaïvement contester la position. On le voit depuis deux mois en Côte d'Ivoire ; on risque de le voir en Haïti mais, dans ces deux cas, les choses sont, somme toute et comme en Tunisie, moins graves qu'en Égypte où la chute de Moubarak risque d'avoir des conséquences catastrophiques, dont ne semblent réellement conscients pour le moment, à en juger par leurs réactions, qu’Israël, la Cisjordanie et la Jordanie qui sont naturellement en première ligne.
Quant à savoir quel profit réel tireront les fellahs égyptiens de la présence, dans les kiosques cairotes, du « Monde » et de « Libération » (dans l'hypothèse où ces journaux auraient été interdits comme en Tunisie) j'avoue ne pas trop savoir à quoi m'en tenir sur ce point.
dimanche 16 janvier 2011
« Sauvez Haïti » : reconstruction et langues.
Je n’ai vu que récemment, car la chose m'avait échappé vu l’heure tardive de l'émission, le documentaire « Sauvez Haïti » que la chaîne Arte a diffusé le 12 janvier 2011, me semble-t-il.
Ce documentaire est long (76 minutes) et cette production, allemande, est remarquable d’intérêt et de qualité. Elle retrace, sur l’ensemble de l’année 2010, la reconstruction du « marché de fer » de Port-au-Prince qui, construit en 1889, était inspiré, de toute évidence, des Halles parisiennes de Baltard. Il est d'ailleurs curieux de constater que, sauf erreur de ma part, dans le commentaire français de cette émission, on ne désigne l'ancien marché de la capitale haïtienne que comme « les halles », alors que le nom local a toujours été « le marché de fer », expression qui est, à mon sens, beaucoup plus parlante et pittoresque.
Cette reconstruction a été assurée, sur ses fonds propres, par le milliardaire irlandais Dennis O’Brien, qui, ne nous le cachons pas, a fait, dans cette action généreuse et surtout efficace qu’il a conduite et surveillée d’un bout à l’autre, une large publicité de sa société Digicel, dont le nom est répété et reproduit à l'envi dans tout le documentaire, jusque sur les T-shirts des ouvriers haïtiens !
Si on laisse de côté les aspects de propagandes diverses (où Bill Clinton joue un rôle tout à fait central à travers la « Global Clinton Initiative »), il y a, dans ce documentaire, un tableau, sans doute partiellement involontaire d'ailleurs, de la vie et de la société locale et, plus précisément, de la situation administrative et politique d'Haïti après le séisme du 12 janvier 2010.
Je connais trop et depuis trop longtemps Haïti pour être, dans cette affaire, un témoin « normal » et, par là, objectif, mais je trouve qu'on a dressé dans ce film, pour partie sans vouloir sans doute, un tableau assez juste à la fois de la société haïtienne dans son fonctionnement habituel, des relations entre les affaires et le pouvoir, et enfin du rapport entre la prétendue reconstruction d'Haïti et les événements politiques, centrés en cette fin d'année 2010, sur les élections présidentielles qui demeurent d’ailleurs dans une totale impasse,en ce 16 janvier 2011. C’est, en effet, la date où devait avoir lieu le second tour d’une élection présidentielle, dont les vrais résultats de premier tour ne sont même pas encore connus, un mois et demi après ce vote.
Le post étant une forme brève, je me limiterai ici à ce qui m'a le plus intéressé dans ce documentaire : l'usage des langues par les personnes filmées (en excluant, bien entendu, celle du commentaire lui-même qui était évidemment le français).
La première remarque est que, alors que 99 % de la production linguistique quotidienne en Haïti doit s'opérer en créole haïtien, on n’a, à peu près, jamais vu personne s’exprimer dans cette langue dans ce film d'une heure et quart. Le peuple haïtien, pourtant très présent comme élément du décor ou acteur des activités, des marchands aux passants et aux ouvriers, y est muet. Je ne suis pas sûr d'avoir été parfaitement attentif, mais je n'en ai guère entendu quelques mots de créole qu'au moment où Leslie Voltaire, architecte local du projet et, pour finir, candidat malheureux à la présidence, prend la parole dans une réunion publique de sa campagne électorale. Il s'exprime alors, à la fois et alternativement, en créole et en français.
Ce même Leslie Voltaire, qui, dans sa campagne, semble vouloir mettre le vaudou de son côté, est filmé, un moment, dans la maison d'un « houngan » (prêtre vaudou) important. Il est étonnant de voir alors que le prêtre vaudou s'exprime lui-même en anglais, comme la plupart des Haïtiens qui, dans ce film, prennent la parole, des architectes au ministre du tourisme. Un seul Haïtien parle en français, à New-York, lorsque dans une réunion manifestement très chic de la « Global Clinton Initiative », et c’est, lorsque Bill Clinton lui donne la parole en public, le président René Préval qui, avant et devant Barrack Obama, hésitait sans doute à parler anglais et qui, dans un tel cadre, ne pouvait guère songer à user du créole.
Il y a bien sûr deux mondes dans ce film, outre celui que forme le petit peuple haïtien totalement muet : celui des anglophones comme O’Brien lui-même et son architecte Mac Aslan qui, logiquement, fonctionne en anglais et, par ailleurs, celui de l'élite haïtienne très présente dans ce film et que caractérisent, au-delà de la langue, ses vêtements et, pourrait-on dire, ses phénotypes. En effet, sauf quand il s'agit des ouvriers des chantiers, des passants ou des marchands des rues, on voit surtout, dans ce film, des « milat », désormais de plus en plus anglophones, et très peu de ces « nèg fèy » ou « nèg mòn » (noirs de la campagne et des « mornes ») qui sont le plus souvent du plus beau noir et créolophones unilingues.
Le français, dans cette affaire, n’a donc guère de place, (pas plus que le créole en tout cas), sauf, dans les affichages publics ou dans quelques écrits qu’on entrevoit ici ou là. Il est clair que la catastrophe de janvier 2010 aura des incidences fortes sur le plan linguistique et éducatif, en donnant encore plus de place à l’anglo-américain et en accroissant l'influence non seulement des États-Unis, mais aussi, pourrait-on dire, de toute l’Amérique du Nord, car même si l’essentiel de l'émigration haïtienne au Canada se concentre au Québec, il est clair qu'à terme, toutes les élites haïtiennes, qui se forment de plus en plus en Amérique du Nord, seront très majoritairement et de façon très dominante anglophones.
Il serait temps sans doute que la France et la Francophonie, qui se donnent pour préoccupation l’avenir de la langue française dans le monde fassent ce genre d’observation et réfléchissent à des stratégies qui permettent d’y faire face.
Ce documentaire est long (76 minutes) et cette production, allemande, est remarquable d’intérêt et de qualité. Elle retrace, sur l’ensemble de l’année 2010, la reconstruction du « marché de fer » de Port-au-Prince qui, construit en 1889, était inspiré, de toute évidence, des Halles parisiennes de Baltard. Il est d'ailleurs curieux de constater que, sauf erreur de ma part, dans le commentaire français de cette émission, on ne désigne l'ancien marché de la capitale haïtienne que comme « les halles », alors que le nom local a toujours été « le marché de fer », expression qui est, à mon sens, beaucoup plus parlante et pittoresque.
Cette reconstruction a été assurée, sur ses fonds propres, par le milliardaire irlandais Dennis O’Brien, qui, ne nous le cachons pas, a fait, dans cette action généreuse et surtout efficace qu’il a conduite et surveillée d’un bout à l’autre, une large publicité de sa société Digicel, dont le nom est répété et reproduit à l'envi dans tout le documentaire, jusque sur les T-shirts des ouvriers haïtiens !
Si on laisse de côté les aspects de propagandes diverses (où Bill Clinton joue un rôle tout à fait central à travers la « Global Clinton Initiative »), il y a, dans ce documentaire, un tableau, sans doute partiellement involontaire d'ailleurs, de la vie et de la société locale et, plus précisément, de la situation administrative et politique d'Haïti après le séisme du 12 janvier 2010.
Je connais trop et depuis trop longtemps Haïti pour être, dans cette affaire, un témoin « normal » et, par là, objectif, mais je trouve qu'on a dressé dans ce film, pour partie sans vouloir sans doute, un tableau assez juste à la fois de la société haïtienne dans son fonctionnement habituel, des relations entre les affaires et le pouvoir, et enfin du rapport entre la prétendue reconstruction d'Haïti et les événements politiques, centrés en cette fin d'année 2010, sur les élections présidentielles qui demeurent d’ailleurs dans une totale impasse,en ce 16 janvier 2011. C’est, en effet, la date où devait avoir lieu le second tour d’une élection présidentielle, dont les vrais résultats de premier tour ne sont même pas encore connus, un mois et demi après ce vote.
Le post étant une forme brève, je me limiterai ici à ce qui m'a le plus intéressé dans ce documentaire : l'usage des langues par les personnes filmées (en excluant, bien entendu, celle du commentaire lui-même qui était évidemment le français).
La première remarque est que, alors que 99 % de la production linguistique quotidienne en Haïti doit s'opérer en créole haïtien, on n’a, à peu près, jamais vu personne s’exprimer dans cette langue dans ce film d'une heure et quart. Le peuple haïtien, pourtant très présent comme élément du décor ou acteur des activités, des marchands aux passants et aux ouvriers, y est muet. Je ne suis pas sûr d'avoir été parfaitement attentif, mais je n'en ai guère entendu quelques mots de créole qu'au moment où Leslie Voltaire, architecte local du projet et, pour finir, candidat malheureux à la présidence, prend la parole dans une réunion publique de sa campagne électorale. Il s'exprime alors, à la fois et alternativement, en créole et en français.
Ce même Leslie Voltaire, qui, dans sa campagne, semble vouloir mettre le vaudou de son côté, est filmé, un moment, dans la maison d'un « houngan » (prêtre vaudou) important. Il est étonnant de voir alors que le prêtre vaudou s'exprime lui-même en anglais, comme la plupart des Haïtiens qui, dans ce film, prennent la parole, des architectes au ministre du tourisme. Un seul Haïtien parle en français, à New-York, lorsque dans une réunion manifestement très chic de la « Global Clinton Initiative », et c’est, lorsque Bill Clinton lui donne la parole en public, le président René Préval qui, avant et devant Barrack Obama, hésitait sans doute à parler anglais et qui, dans un tel cadre, ne pouvait guère songer à user du créole.
Il y a bien sûr deux mondes dans ce film, outre celui que forme le petit peuple haïtien totalement muet : celui des anglophones comme O’Brien lui-même et son architecte Mac Aslan qui, logiquement, fonctionne en anglais et, par ailleurs, celui de l'élite haïtienne très présente dans ce film et que caractérisent, au-delà de la langue, ses vêtements et, pourrait-on dire, ses phénotypes. En effet, sauf quand il s'agit des ouvriers des chantiers, des passants ou des marchands des rues, on voit surtout, dans ce film, des « milat », désormais de plus en plus anglophones, et très peu de ces « nèg fèy » ou « nèg mòn » (noirs de la campagne et des « mornes ») qui sont le plus souvent du plus beau noir et créolophones unilingues.
Le français, dans cette affaire, n’a donc guère de place, (pas plus que le créole en tout cas), sauf, dans les affichages publics ou dans quelques écrits qu’on entrevoit ici ou là. Il est clair que la catastrophe de janvier 2010 aura des incidences fortes sur le plan linguistique et éducatif, en donnant encore plus de place à l’anglo-américain et en accroissant l'influence non seulement des États-Unis, mais aussi, pourrait-on dire, de toute l’Amérique du Nord, car même si l’essentiel de l'émigration haïtienne au Canada se concentre au Québec, il est clair qu'à terme, toutes les élites haïtiennes, qui se forment de plus en plus en Amérique du Nord, seront très majoritairement et de façon très dominante anglophones.
Il serait temps sans doute que la France et la Francophonie, qui se donnent pour préoccupation l’avenir de la langue française dans le monde fassent ce genre d’observation et réfléchissent à des stratégies qui permettent d’y faire face.
Libellés :
clinton,
élections,
francophonie,
haiti,
préval,
reconstruction
Inscription à :
Articles (Atom)