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dimanche 5 février 2012

Les malices du hasard : « Etonnants voyageurs ».

Comme vous le savez, chère lectrice, cher lecteur, je me plais souvent à souligner les malices du hasard qui se fait volontiers farceur en tout temps mais également, comme vous allez le voir, en tous lieux, même quand ils paraissent les moins propres à la facétie

Ainsi, vient de se tenir en Haïti une réunion d'écrivains et de cinéastes qui avait pourtant titre « Etonnants voyageurs ». Elle devait se tenir à Port-au-Prince il y a deux ans, en février 2010, mais le séisme "Goudou Goudou" (c'est le nom qu'on lui a donné ensuite dans le créole local) survenu le 12 janvier 2010 et qui avait fait dans le pays 200.000 ou 300 000 morts en détruisant quasi complètement la capitale Port-au-Prince avait provoqué son annulation. Pour le coup, les voyageurs prévus étaient moins « étonnants » qu’« étonnés ». Dans la suite, au séisme de 2010 a succédé en 2011, une épidémie de choléra qui a conduit à différer, pour la deuxième fois, ce festival qui, entre temps, s’était tenu à Saint Malô.

Cette année le festival a eu lieu comme prévu et il vient de s’achever, sans la moindre catastrophe. En revanche, au même moment mais commencée depuis quelques mois, se joue, en Haïti, une comédie politique où il est fort question aussi de "voyageurs" qui sont tout aussi étonnants, quoique à des titres différents et qui tous appartiennent au monde politique local.

On sait que c'est avec de grandes difficultés qu'ont eu lieu, il y a maintenant plus d'un an, les élections présidentielles haïtiennes ; le nouveau président, Michel Martelly, un ancien chanteur surnommé, en créole, « tèt kalé » en raison de son absence de cheveux (du verbe français « écalé », dont on usait surtout pour les œufs, ce qui, en la circonstance, est particulièrement convenable) , a été élu non sans difficultés, avant d'en connaître plus encore dans la formation d’un gouvernement.

Le problème majeur du président est que, quelles que soient les conditions de son élection par le peuple, il ne dispose d'aucun soutien parlementaire et que, par conséquent, il a eu beaucoup de mal à constituer un gouvernement dont le Premier Ministre Garry Conille, choisi après le refus parlementaire de deux ou trois autres propositions, a été fortement contesté dès sa nomination.

Le problème d'Haïti tient à ce que la plupart des hommes politiques, vu le contexte économique général du pays, ont passé quelques années en Amérique du Nord, aux États-Unis ou au Canada, où ils se sont, pour beaucoup, cherché des fonctions diverses, en particulier dans des organismes internationaux.

De ce fait les rapports entre les Haïtiens demeurés au pays et ceux qui ont choisi, pour des périodes plus ou moins longues, voire définitivement, de faire carrière hors d'Haïti dans la diaspora nord-américaine, sont, pour le moins, complexes ; les premiers reprochent aux seconds d'avoir fui les réalités nationales, alors même que beaucoup d'entre eux seraient prêts à le faire s'ils en avaient la possibilité. La fuite des cerveaux est un problème constant d'Haïti, à un degré plus élevé encore que dans de nombreux pays qu'on disait autrefois en voie de développement, quand on croyait encore à cette illusion.

De ce fait, au sein de l'opposition parlementaire à laquelle le président Martelly se trouve confronté, de nombreux hommes politiques, revenus au pays ou qui n’en sont pas partis, s’emploient à tailler des croupières aussi bien au président lui-même qu'à la plupart des ministres qu'il a désignés. S’ajoutent à cela les rivalités entre les partisans des anciens présidents puisque trois d’entre eux au moins (Duvalier dit « Baby Doc », Aristide et Préval) sont toujours au pays !

La voie de la contestation politique de l'équipe présidentielle et ministérielle consiste, vu les dispositions de la loi électorale locale, à tenter d'établir que le président comme nombre de ses ministres disposent, outre leur passeport haïtien, de passeports d'autres pays, ce qui permet de contester leur droit à exercer en Haïti ce genre de fonction.

« Étonnants voyageurs » aussi, quoiqu'ils soient revenus au pays, qu’on soupçonne d’avoir eu ou de détenir encore plusieurs passeports, l'un d'entre eux étant naturellement le passeport haïtien. De ce fait, si les faits sont avérés, ils ne peuvent légalement prétendre à exercer en Haïti les fonctions qui sont actuellement les leurs.

Tout cela est bien compliqué et les faits paraissent des plus difficiles à établir, même au prix de recherches approfondies dans les documents de voyage auprès des compagnies aériennes et des services d’immigration.

Le vrai festival « Etonnants voyageurs » vient de s’achever à Port-au-Prince, mais le psychodrame politique autour des ministres et du président qui, à leur façon, sont aussi « d'étonnants voyageurs » ne fait que commencer et bien malin qui peut véritablement en prévoir le dénouement. Témoigne de cette difficulté la dernière réplique du Président Martelly, vendredi dernier, au moment où il partait pour le Vénézuéla : « Le passeport du président restera dans sa poche » !

samedi 23 juillet 2011

Etre Premier Ministre en Haïti!

En Haïti, depuis deux mois, Michel Martelly ("Sweet Micky" ou encore, en créole, "Tet kale") le nouveau président brillamment élu (deux tiers des votants!), n'a toujours pas pu se doter d'un Premier Ministre et donc d'un gouvernement. Les affaires courantes sont réglées par l'ancien Premier Ministre Jean-Max Bellerive démissionnaire. La chose n'a rien d'étonnant puisque le nouveau président ne dispose, au sein de l'Assemblée que constitue la centaine de députés et de sénateurs qui doivent approuver le choix d'un nouveau chef de gouvernement, que de trois partisans avérés!

Ce jeudi encore, le chef de l'Etat n'était pas parvenu à une entente avec le groupe des 16 sénateurs qui s'opposent à la désignation de Bernard Gousse, le second candidat proposé par Michel Martelly, le premier n'ayant même pas pu entamer le parcours du combattant qu'on va voir. La veille du dépôt des pièces de B. Gousse, les deux parties ont encore passé sept heures (comme Merkel et Sarkozy à Berlin! Fatalitas!) à discuter en vue d'une solution à la crise.

Le processus de ratification du choix de Bernard Gousse est toutefois enclenché mais il faut dire qu'il n'est pas simple.

B. Gousse, ancien ministre de la Justice, a soumis à la commission compétente "son acte de naissance et ceux de sa mère, de son père, de sa grand-mère, et de son grand-père", ainsi que "son certificat de nationalité, quatre passeports haïtiens, son matricule fiscal, sa carte d'identification nationale, un certificat de la police judiciaire, une attestation de résidence, un certificat de décharge". "Entre autres..." ajoute l'article qui rend compte de la chose, ce qui donne à penser que ces quatorze pièces ne seront sans doute pas suffisantes!

"Mais c'est pas tout! Mais c'est pas tout!" comme chantait Bourvil dans la "Tactique du gendarme".

Il faut en effet que ces pièces soient authentifiées "au plan technique" par une commission spéciale de neuf membres qui, pour gagner du temps, travaillera en sous-commissions a précisé le sénateur Jean William Jeanty. Toutefois, dans la mesure où cinq des neuf membres de Commission spéciale font clairement partie du groupe des seize sénateurs anti-Gousse et y détiennent donc la majorité, on peut craindre qu'elle ne soit pas très favorable au candidat proposé comme le donnent à penser certains propos de ce même sénateur : « Un certain nombre de pièces a été déposé en fonction de l'article 157 de la Constitution. Nous allons les analyser. Si nous avons besoin d'autres, nous allons les lui demander. On ne peut pas dire d'avance que les documents sont complets... ». Tout cela prend du temps car il faut vérifier l'authenticité de chaque document auprès de chacune des institutions qui les a délivrés. Normal, après tout, Monsieur Gousse est un ancien ministre de la justice !

La candidature de B. Gousse, même acceptée par la commission spéciale, aura toutefois à affronter alors le vote de l'Assemblée dont tout donne à penser qu'il sera négatif.

La démocratie, poussée à ce point, n'a sans doute pas que de bons côtés, surtout face aux urgences de la situation actuelle d'Haïti!

samedi 14 mai 2011

Haïti : "Sweet Micky" ou "Tèt kale" ?

Une fois de plus les médias français ont fait très fort.

En ce matin du 14 mai 2011, jour de l'investiture du nouveau président de la République d’Haïti, j'entendais sur France-Info, au bulletin de 8:00, l'annonce suivante : « Le président Préval, obligé de se désister au deuxième tour, remettra le drapeau haïtien à Michel Martelly ». Il est donc clair que les divers événements du feuilleton de l'élection présidentielle haïtienne ont largement échappé à la rédaction de France-Info puisque René Préval ne s’est même pas présenté (il ne le pouvait pas d’ailleurs) et que le deuxième tour a opposé Myrlande Manigat à Michel Martelly.

Contrairement aux craintes que j'avais moi-même exprimées ici, l'imbroglio juridico-administrativo-constitutionnel que je craignais n'a pas eu de conséquences. En effet, dans la mesure où les 18 élus du deuxième tour des législatives (sénateurs et députés) qui avaient été déclassés par la commission électorale en contestaient les décisions (ils avaient été éliminés au profit de candidats réputés « prévalistes » classés derrière eux lors du scrutin), on pouvait craindre, comme cela avait commencé à se produire, qu'on ne puisse pas atteindre le quorum des deux-tiers indispensable pour toute réforme constitutionnelle. Dans la mesure où la date limite était le 9 mai 2011 et où Michel Martelly devait absolument être investi le 14 mai, on avait tout lieu de craindre une semaine très difficile.

Il n'en a rien été dans la mesure où, sur les 18 candidats déclarés élus au terme du deuxième tour et qui avaient été ensuite déclassés par la CEP, 15 ont été rétablis à la première place et donc déclarés élus, ce qui est du coup a réglé les problèmes, tout en jetant, toutefois, les doutes les plus sérieux sur la commission électorale qui avait procédé à ces déclassements. Tout est donc pour le mieux dans la meilleure des Haïti possibles (ce féminin est un peu étrange pour nous, mais il est dans les habitudes haïtiennes).

Tout est donc prêt pour la cérémonie (son coût sera, dit-on, de 4,5 millions de dollars avec 2000 invités) ; on ne sait pas encore lesquels des huit anciens présidents seront présents à la fête et on se demande si le Président poussera la chansonnette comme beaucoup l’espèrent.

L'investiture du nouveau président se fera symboliquement en présence de deux invités de marque dont l'arrivée dans le pays n'est pas sans signification : Bill Clinton et Alain Juppé. Naturellement ils ne sont pas venus les mains vides ; on annonce du côté américain une petite partie des crédits promis et, du côté français, on présente le plan de la reconstruction de l'ambassade de France sur le Champ-de-Mars, ce qui est symbolique évidemment puisque, à la suite du séisme du 12 janvier 2010, nombre d'institutions envisagent de quitter le centre de Port-au-Prince.

Cette double présence, américaine et française, symbolise, en quelque sorte, la concurrence, larvée mais incontestable, entre les États-Unis et la France qu’on observe en Haïti. Elle ne peut être qu'inégale bien entendu et cela d'autant que la France n'utilise pas toujours dans cette affaire les atouts qui pourraient être les siens.

On pourrait dire que cette rivalité est symboliquement marquée par les deux surnoms de Michel Martelly, le nouveau président de la République haïtienne. On l'appelle, en effet, à la fois « Sweet Micky », ce qui se passe de commentaires pour un chanteur populaire, mais aussi, en créole cette fois, « Tèt kale » qui semble familière à un francophone, mais qu'en réalité personne ne comprend véritablement ni en France ni en Haïti.

Le mot haïtien « kale » est, en réalité, tout à fait français, même s’il est sorti de l’usage courant dans notre langue. Pour ne pas faire le savant sans citer mes sources, je me bornerai à reproduire ici l’article « écaler » du Trésor de la langue française :
ECALER : verbe trans. Dépouiller de l'écale; p. ext. décortiquer. Écaler des noix. Des moulins hydrauliques qui écrasaient le grain, l'écalaient (LA VARENDE, Manants du Roi, 1938, p. 208). Au fig. Il épluchait les fautes des copistes, écalait les interpolations, rétablissait le texte primitif (HUYSMANS, Oblat, t. 1, 1903, p. 63). [ekale]. Ds Ac. dep. 1694. 1res attest. 1. 1531 esqualer « écailler (des poissons) » (J. DU BOIS [SYLVIUS], Isagoge ds GDF. Compl.) 1616, CRESPIN; 2. a) 1660 escaler des noix (OUDIN Fr.-Esp.); b) 1838 s'écaler d'une pièce de bois (Ac. Compl. 1842); 3. 1838 terre écalée (ibid.); de écale, dés. -er. Fréq. abs. littér. : 2.
BBG. SAIN. Sources t. 1 1972 [1925] p. 150 (s.v. écaler), t. 2 1972 [1925] p. 102 ».

En somme, sans manquer de respect au nouveau président de la République haïtienne, on le surnomme « tèt kale » car son crâne, chauve et /ou rasé, lui donne un peu une tête d’œuf !

mardi 5 avril 2011

Haïti : Michel Martelly Président !

Depuis cette nuit (j'ai entendu la nouvelle à trois heures et demie sur France-Infos) Michel Martelly a remporté l'élection présidentielle en Haïti avec 67,57% des suffrages exprimés, selon les résultats préliminaires du Conseil électoral provisoire (CEP). Ces résultats, quoique attendus puisqu'il avait lui-même annoncé sa victoire avec un score voisin, a donné lieu à des manifestations de joie à Port-au-Prince.

A Pétionville, des centaines de partisans de "Tèt kale", dont le nom de scène est "Sweet Micky", se sont rassemblés, après que le CEP a annoncé vers 18 heures locales les résultats, toujours provisoires sous réserve de contestations, du second tour de l'élection présidentielle.

Mirlande Manigat, a obtenu 31,74% des suffrages exprimés. Les résultats définitifs doivent être annoncés le 16 avril 2011, à l'issue d'une période au cours de laquelle les deux candidats peuvent contester ces résultats. Il semble peu probable que Mirlande Manigat, qui a repris, à l'université Quisqueya, ses enseignements de droit constitutionnel fasse un recours.

lundi 4 avril 2011

Election présidentielle, rumeurs et bruits de rangers en Haïti.

Comme on pouvait le redouter, les multiples et incessants délais apportés à la proclamation des résultats du second tour de l'élection présidentielle sont une cause majeure de perturbations et pourraient être, une fois encore, à l'origine d'incidents infiniment plus graves.

La leçon du premier tour fin novembre début décembre 2010 n'a assurément pas été tirée. On se souvient que l'annonce que le candidat Michel Martelly, le populaire « tèt kale », n'arrivait qu'en troisième position, avait déclenché des violences qui avaient fait plusieurs morts. La solution imaginée (procéder à des recomptages amenant à écarter de la deuxième place Jude Célestin au profit de Michel Martelly), était, d'une certaine façon, un mal potentiel puisqu'elle donnait à penser qu'il suffisait de jeter quelques milliers de manifestants dans les rues pour amener à modifier les résultats proclamés en première instance. On comprend aussi que cela jetait, du même coup, comme en Côte d’Ivoire, un sérieux doute sur la validité des dépouillements et des comptages.

Le deuxième tour de l'élection présidentielle a remis la politique haïtienne dans la même ornière ; les résultats du vote du 20 mars, qui devaient être proclamés fin mars, ont été d’abord différés au 4 avril ; il semble maintenant que les résultats définitifs ne sont attendus que pour le 16 avril 2011. Comment peut-on prendre au sérieux de tels atermoiements, sauf à penser qu’ils permettent d’accommoder les résultats à des volontés occultes dont on ne perçoit pas très bien ni la nature ni l’origine ni les buts?

Michel Martelly et ses partisans, instruits par les événements du premier tour, ont pris les devants et annoncé, depuis plusieurs jours, leur victoire, précisant même qu'elle était obtenue avec plus de 64 % des voix. De cette façon, ou bien ils auront eu raison et les résultats définitifs confirmeront leur victoire ; ou bien ils auront eu tort et naturellement ils seront alors d'autant plus portés à crier à la fraude ou à la tricherie et à déclencher des incidents qui conduiront, sans doute, à nouveau, à des violences.

Il semble bien qu'on le craigne comme le montrent différentes mesures d'ordre public qui vont du retrait des machettes des magasins spécialisés au contrôle des réunions publiques. Le bruit a même récemment couru que des troupes américaines allaient débarquer en Haïti, sans qu'on sache trop à quelle fin exacte elles étaient acheminées. Si l’on se réfère sur ce point à Frantz Duval et au Nouvelliste qui demeurent la meilleurs source d’information, cette rumeur vient d’être confirmée par l'arrivée, dimanche 3 avril 2011 au matin, par un vol de Delta Air Lines, d'un groupe de soldats américains. Officiellement, ils constituent les premiers contingents d'une Task Force nommée « Bon vwazen » qui devrait être déployée dans le pays dans le cadre d'une mission humanitaire. Elle devrait réunir, en tout, 500 soldats et comprendre des militaires d'autres pays que les États-Unis dont en particulier le Canada.

On allègue dans les milieux officiels que ces militaires sont envoyés en particulier pour intervenir, à titre préventif, en cas de cyclone. On ne manque pas toutefois de faire observer sur ce point que la saison cyclonique ne commence guère qu'au mois de juin et que nous ne sommes qu'au tout début du mois d'avril. En revanche a été démentie officiellement la rumeur de la présence d'un bateau de l'US Navy au large de Port-au-Prince.

Il n’empêche que, dans le contexte actuel, ces « bruits de rangers » ne contribuent pas à calmer les esprits et donnent à penser qu’on redoute que les résultats du second tour de l’élection présidentielle ne soient pas publiés dans le calme, mais, une fois de plus, dans « dans le bruit et la fureur ».

DERNIERE MINUTE (d'après le Nouvelliste en version internet)

"Le gouvernement haïtien a lancé un appel au calme lundi [aujourdhui] avant l'annonce des résultats préliminaires du second tour de l'élection présidentielle, redoutant des violences comme celles qui avaient suivi les résultats du premier tour en décembre dernier.

Le secrétaire d'Etat à la Sécurité publique, Aramick Louis, a demandé aux candidats d'inviter leurs partisans "à ne pas manifester violemment dans les rues" quel que soit le résultat.

[...]

Interrogé par l'AFP, le Conseil électoral haïtien n'a pas voulu préciser l'heure à laquelle les résultats seraient annoncés. "Les résultats seront proclamés au cours de la journée" s'est borné à déclarer un fonctionnaire du Conseil électoral provisoire (CEP).

Le CEP avait annoncé la semaine dernière que la consultation avait été entachée de fraudes et que plusieurs centaines de procès-verbaux envoyés par différents centres de vote avaient été annulés."

jeudi 31 mars 2011

Haiti : Michel Martelly se proclame vainqueur

Vu l'urgence et l'importance de la nouvelle, j'espère que Frantz Duval, rédacteur en chef du Nouvelliste me pardonnera de reproduire ici, sans autre forme de procès, l'éditorial qu'il vient de publier dans son journal:

"Michel Martelly a annoncé vendredi matin sa victoire aux élections du 20 mars avec 69,74% des voix exprimées.

L'ancien chanteur s'est autoproclamé président élu de la République d'Haïti à partir d'une communication sur son compte twitter émise vers dix heures du matin [seize heures en France] vendredi quelques heures avant une conférence de presse de son équipe de campagne.

Sans opiner sur les statistiques avancées par Michel Martelly, Edmond Mulet, interrogé par Le Nouvelliste a appelé toutes les parties engagées dans le processus électoral à la patience. « Ce n'est qu'une attente de trois jours, les résultats officiels vont être proclamés. »
« Il ne faut pas tomber dans la précipitation, il faut attendre les résultats officiels, on peut tous patienter et attendre les résultats officiels du Conseil Electoral Provisoire", insiste Mulet.
Le représentant du Secrétaire général des Nations unies en Haïti se veut rassurant : « Ce qui se passe au Centre de tabulation des votes est un processus rigoureux et sérieux, attendons les résultats officiels ».

Dans sa communication sur Twitter Martelly a dit : « Vre rezilta eleksyon prezidansyel yo dapre pwose vebal yo, montre Martelly prezidan Ayiti ak 69,74%. An nou tann pou nou we sa KEP a ap di » (d'après les procès-verbaux, les vrais résultats de l'élection présidentielle montrent que Martelly est président avec 69,74% des voix. Nous attendons de voir ce que le Conseil Electoral Provisoire va publier).

Le message provient de son compte presidentmicky que le candidat alimente depuis le début de la campagne électorale sur ce réseau social.

Carel Pèdre, animateur de radio et gourou des réseaux sociaux en Haïti qui a l'habitude d'échanger avec Michel Martelly par ces médias a confirmé au Nouvelliste que « l'annonce est bien de Martelly » et que « le compte est opéré par le candidat lui-même » comme cela est de coutume sur le réseau social twitter.

Cette revendication de la victoire tombe deux jours après que le Conseil Electoral ait décidé du report au 4 avril de la proclamation des résultats préliminaires prévue pour le 31 mars et coïncide avec l'annonce le jeudi 31 mars que tous les procès-verbaux des votes pour la présidentielles ont été traités au centre de tabulation des votes.

C'est la première fois que l'un des deux candidats engagés dans la course pour la présidentielle se déclare vainqueur en avançant des pourcentages.

Les avocats et l'équipe de campagne du candidat de Repons Peyzan donnent une conférence de presse à une heure trente cet après-midi au Plaza Hotel au centre de Port-au-Prince"

mercredi 30 mars 2011

Haiti : Myrlande-Michel 0-0

Un simple communiqué du Conseil électoral provisoire (CEP), ce mardi 29 mars 2011, a, une fois de plus, reporté la publication des résultats « préliminaires » (et par là, une fois de plus, provisoires) de l’élection présidentielle : « Les dispositions qui se sont avérées nécessaires pour la fiabilité des résultats ont malheureusement affecté le rythme de travail du Centre de Tabulation, lequel n'est plus en mesure de produire son rapport à la date initialement prévue. [...]. Le Conseil Électoral Provisoire est donc amené à reporter au lundi 4 avril 2011 la publication des résultats préliminaires ».

On se souvient pourtant qu’après le 20 mars 2011, les observateurs nationaux et surtout internationaux (de l’ONU à l’UE en passant par le Canada et la France) étaient d'avis que le second tour de ce scrutin s'était déroulé dans des conditions bien meilleures que le premier, avec moins d'irrégularités et de potentialités de fraude.

Or voici qu’on avance le chiffre de 18 à 20% de mises en cause voire d’invalidations des suffrages. Selon le collectif des organisations d'observation électorale, près de 15 000 procès-verbaux sur environ 25 000 ( élections présidentielles et législatives) ont été mis en examen au Centre de tabulation, alors qu’à peine plus du tiers des procès-verbaux auraient été traités.

Comme souvent, une des meilleures analyses locales est celle que donne Frantz Duval, rédacteur en chef du Nouvelliste, dans un éditorial qu’il intitule avec humour « Coup d’étau ». En voici quelques extraits significatifs.

« Toutes les spéculations sont permises après la publication de cette note [celle que j’ai citée en commençant] qui tombe comme une douche froide. Ceux qui croient que le CEP est constitué d'une collection d'incapables estiment ce retard normal: ils ne peuvent pas remettre leur devoir à temps, ironisent-ils.Ceux qui pensent que le Conseil est aux ordres de la communauté internationale, du pouvoir sortant ou d'une coalition d'intérêts inavouables, avancent que le CEP a besoin de temps pour modifier les résultats dans le sens des diktats de ses tuteurs. Ce maquillage prend du temps.D'autres voient dans le renvoi une manoeuvre pour pousser à la faute l'un ou l'autre des candidats engagés dans la course. Les stratèges espèrent que la population chauffée à blanc par un candidat inquiet provoquera des troubles pour faire disqualifier celui qu'elle tentera d'imposer.Enfin, il y a une partie des observateurs qui pensent que tout va bien. Les résultats sont si massivement exprimés dans un sens ou si proches qu'il faut regarder à deux fois avant de les proclamer. La prudence et le souci de bien faire seraient les seuls guides du CEP.Toutes ces spéculations ont une seule source, l'étau d'acier trempé que le CEP a dressé autour du processus dont il a la charge et qui empêche les informations de circuler. [...]. Ce coup d'étau est-il les premières prémices d'un coup d'Etat comme les black-out précèdent les coups de force en Haïti ? Trop tôt pour le dire. »

Revenant sur l’absence d’observations au moment même du vote, Frantz Duval poursuit : « Le CNO et ses près de cinq mille observateurs, comme les autres observateurs en provenance de l'OEA, du Caricom, de l'Union Européenne et tutti quanti ont donc tous raté l'observation de la journée du vote, le dimanche 20 mars ?Tous ces observateurs qui engloutissent des millions ont-ils mal fait leur travail, lundi et mardi dernier, pendant le transport des procès-verbaux ? Le niveau élevé de fraudes et d'irrégularités de diverses natures décelées lors de la tabulation des votes ce mardi 29 mars par le CEP, a-t-il échappé à leurs radars ? Que vont-ils nous annoncer encore qu'ils n'avaient pas vu ces acteurs du processus électoral ?Vous avez bien lu acteurs. C'est bien le mot qui convient dans cette affaire ».

Quant aux équipes et aux partisans des deux candidats, selon la loi du genre, ils se montrent à la fois optimistes et déjà soupçonneux.

Du côté de Mirlande Manigat, le CTV doit « prendre le temps de bien faire son travail ». Du côté de Michel Martelly, on pense que le CEP est une boîte noire [au sens anthropologique du terme, c’est-à-dire un lieu à l’abri des observations, où l’on voit ce qui entre et ce qui sort sans savoir ce qui s’y passe] et on a du mal à comprendre les mobiles réels de tels retards. « Le CEP est une boîte noire. Il ne travaille pas pour son compte personnel, mais il travaille pour nous et avec nous. Quand il prend les décisions, il devrait avoir la décence de nous contacter pour nous mettre au courant des changements », a déclaré Fritz Jean-Louis, membre de « Repons Peyizan » et qui croit fermement en la victoire finale de « Tèt kale ».

Le responsable de la « l’Initiative de la Société civile », l’ancien ministre de l’éducation nationale, Rosny Desroches observe, avec raison, sans prendre parti : « Il est à craindre, que le secret d'Etat ne devienne raison d'Etat et que, pour raison d'Etat, on décide de qui va remporter les présidentielles ». R. Desroches, dans le même esprit, avait déjà critiqué la décision du CEP d'interdire aux médias, sous peine de poursuites, de publier les résultats partiels affichés.

Secret d’Etat (ou d’étau !) et coup d’Etat ? Espérons ne pas voir se reproduire, une fois de plus, des événements si présents dans l’histoire d’Haïti !

Dernière minute : « Quatorze pour cent des procès-verbaux constatant les résultats du deuxième tour des élections législatives et présidentielle en Haïti du 20 mars sont frauduleux, a annoncé mercredi le Conseil électoral provisoire.

Concernant le seul scrutin présidentiel, quelque 1.518 procès-verbaux envoyés par les différents centres de vote ont été "jugés visiblement frauduleux" et mis à l'écart, en attendant une décision du tribunal électoral à leur sujet, a indiqué un responsable du CEP, Widmack Matador, lors d'une conférence de presse à Port-au-Prince.

Interrogé pour savoir si le taux de fraude pouvait remettre en question le 2e tour des élections, il n'a pas répondu. ». Le nouvelliste, 30 mars 2011.