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lundi 31 mars 2014

Lendemain d'élections :

Je suis un peu étonné de constater que les Quatari et les innombrables margoulins des jeux de hasard du « Paysage Audiovisuel Français » qui nous inondent de leurs publicités, aussi racoleuses que mensongères, sur les paris et autres entreprises de brigandage audiovisuel avec la complicité cupide de nos ex-vedettes sportives, n'aient pas songé à ajouter au poker et aux matches de foot les élections. Pensez à la fin de ce billet, où je me sens un peu à court d'inspiration vu le caractère répétitif de nos élections, à me faire vous raconter la blague de Monsieur Littré sur cette distinction oubliée entre  « étonné » et « surpris » que ne fait pas, à l’instant même sur RMC, Monsieur O. Truchot, à moins que ce ne soit son alter ego dont je ne le distingue pas vu la vacuité des leurs communs propos.

Nous n’en manquons pas d’élections en France et on en aura au moins trois ou quatre cette année j'ai bien compté. On pourrait même, avec une grande mauvaise foi (mais nous n’en manquons pas non plus !), ajouter que la création de tels paris seraient un moyen efficace de lutter contre l’abstention. À la glorieuse incertitude du sport, qui est le fondement même de ce genre d'activité, s’ajouteraient, outre le civisme comme on vient de le voir, l'incertitude et l’illogisme qui sont susceptibles de procurer les plus gros profits. Qui en effet aurait risqué, à Marseille, le moindre sou sur la déculottée de Monsieur Menucci qui fanfaronnait depuis des semaines ou sur le tsunami bleu évoqué, ce matin, par Monsieur Jean-François Copé lui-même, réélu maire de Meaux au premier tour, alors qu'il est perdu de réputation et au plus bas dans tous les sondages ?

Bref il y a là une belle occasion se remplir les poches, non pas tant pour les organisateurs de ces paris, dont c’est la pratique courante, mais pour quelques heureux et rares mortels de base qui auraient prévu des résultats imprévisibles.

La chose est d'autant plus intéressante qu'on peut ne pas se limiter aux élections, mais ouvrir également aux paris leur suite et leurs conséquences souvent tout aussi imprévisibles. Ainsi le peut-on sur le choix final de François Hollande, toujours porté à différer et à hésiter, parmi les candidats au poste de Premier Ministre, si toutefois il s’y résout ! Le pauvre doit naviguer entre les diktats de Madame Duflot, les ambitions secrètes d’un Delanoë au chômage et le retour d’âge ministériel de son ex.

Belle occasion de lancer des paris, sans compter qu'on pourrait les étendre aisément à la courbe du chômage qui prend toutes les allures d'un mirage pour la ceux qui distinguent sans cesse sans la voir jamais ou au déficit public toujours hésitant entre les exigences de Bruxelles et les réalité de nos finances. Bref je fais court, car il n'y a pas grand chose de plus à dire et surtout je vous ai promis une jolie anecdote sur ce brave Monsieur Émile Littré. Elle est aujourd'hui d'autant plus nécessaire que le résultat même de ce scrutin fait, on l’a vu, dans le discours des commentateurs, l'objet d'une regrettable mais permanente confusion entre les participes passés « étonnés » et « surpris ».

Adonc Monsieur Littré, le génial auteur du dictionnaire qui continue à faire référence pour notre belle langue, était un jour au lit avec la bonne durant une absence prévue de Madame Littré. Cette dernière, revenue plus tôt que convenu, pénètre de façon inopinée dans la chambre du couple et découvre Monsieur Littré et la bonne fort occupés dans le lit conjugal. Madame Littré de s'indigner : « Monsieur, je suis surprise… ». Monsieur Littré, s'interrompant alors sans perdre pour autant sa conscience lexicographique, interrompt également le propos réprobateur de son épouse par cette remarque de bon sens et fort opportune : « Non, Madame, vous n'est pas surprise, vous êtes étonnée ! En revanche, c’est nous qui sommes surpris ! ».

mardi 20 novembre 2012

Élections à l'UMP : Allez savoir et surtout allez apprendre à compter !


 



On nous bassine sans cesse avec la rapidité et la fiabilité de l'information, mais à neuf heures du matin, en ce mardi 20 novembre 2012,  j'ai été totalement hors de mesure et ce n'est pas faute d'avoir essayé!) de trouver les VRAIS résultats et donc les CHIFFRES PRECIS de l'élection à la présidence de l'UMP sur mon ordinateur, en dépit de la multiplicité des prétendues annonces de ces résultats qui, pour la plupart, datent de la veille, car il est clair que, dans ces boutiques, on a passé une bonne nuit et on se couche tôt puisque, me semble-t-il, le résultat global (50,03 % pour Copé) était déjà connu dès 23 heures hier soir.
 Les vrais malins sont ceux de la presse écrite qui, comme le Figaro, font deux "unes", la première, bouclée avant, pour les abonnés (servis tôt le matin) où l'on ne se mouille pas sur les résultats, et la seconde, l'édition normale mise en kiosque, dont la "une" prend en compte l'issue du scrutin !
Revenons à l'internet. Prenons un tout petit exemple ; au cours de ma promenade électronique matinale, s'agissant de l'écart de voix, entre Fillon et Copé, j'ai entendu successivement entre 7 heures 30 et neuf heures ( et je vous jure que c'est vrai) qu'il était de 99, 98, 97, 94 ou 93 voix (manquent inexplicablement 96 et 95 ! ). Si l'on ne sait même pas faire une addition et une soustraction élémentaires (je ne sais pas si c'est la Commission bidule, bégayante dans son nom comme dans son travail, ou les "journalistes-sic" qui sont en cause), il ne faut pas s'étonner que l'on ait quelque difficultés à donner des résultats en essayant de calculant des pourcentages.
J'aurais voulu savoir aussi exactement les chiffres précis de la participation, c'est-à-dire le nombre de votants, car naturellement, Monsieur Copé que j'entendais ce matin sur je ne sais quelle radio, nous parle sans cesse d'un parti qui compte 300 000 adhérents (dans la seconde qui suit, il est même allé jusqu'à 310 000). On se fout d'ailleurs, de ce nombre, de toute évidence bidon, comme toujours et partout ; à vue de nez et sans savoir les vrais chiffres car ils ne se trouvent nulle part, la moitié de l'effectif total des prétendus adhérents de l'UMP a jugé bon de ne pas participer à cette farce  scrutin, ce qui est,  me semble-t-i, un élément intéressant.
Mais le mieux est à venir ! Le seul chiffre que l'on avance pour la victoire de Jean-François Copé est qu'il aurait obtenu 50,03 % des voix c'est-à-dire en termes arithmétiques simples 3 pour 1000 des voix des adhérents qui ont voté de plus que Fillon.
Si l'on retient le chiffre de la différence de voix entre les candidats le plus élevé qui est apparemment inconnu de tous comme on l'a vu (99), cela voudrait dire, si 99 voix représentent trois pour mille (0,03 du total des suffrages exprimés étant ce qui fait passer à Copé la barre fatidique des 50%), 33 de ces voix en serait donc UN POUR MILLE. Le nombre total des votants serait donc égal à 33 multiplié par 1000 soit 33.000. !!!!!!! Ce pourcentage officiel de 50,03% est donc faux ; on a simplement oublié un zéro ou l'on triche sur le nombre des votes exprimés qui reste inconnu, ou les deux!
A transmettre d'urgence à Fillon pour faire annuler l'élection!
 


vendredi 2 décembre 2011

Chancelière ?


Je devrais désormais éviter tout blog qui comporte des observations lexicographiques puisque je suis mis en examen pour avoir tenté d'expliquer à l’un des notables majeurs de notre régime quel était le véritable sens du mot « errement » pour lequel il avait, en revanche, un goût particulier. La chose a déplu et me voilà mis en examen pour diffamation.

Je suis toutefois un peu agacé par l'emploi qui est fait, depuis quelque temps, du mot « chancelière ». Je sais bien que les Québécois, sous la pression de leurs féministes, ont tenté de nous entraîner à la féminisation systématique des noms de métier ou de fonctions. Nul n'ose plus dire désormais (pas même celles qui, dans ces fonctions, étaient favorables à une telle solution) « Madame le ministre » ou « Madame le recteur » ! Dans le second cas, il est facile et inodore de féminiser le mot « recteur » par la simple adjonction d'un e final muet ; dans le cas du terme « ministre », les choses sont plus délicates ; je ne sais pas quel choix officiel a été fait et si l'on est allé jusqu'à la « ministresse » que je n’ai pas entendu à ce jour. Je ne sais pas davantage comment les choses se sont réglées « officiellement » entre nos cousins québécois et l'Académie française qui au départ était tout à fait réticente devant les réformes proposées par les enfants de nos anciens « arpents de neige ».

Je trouve, en revanche, tout à fait étonnant l'emploi actuel qui est fait du terme « chancelière » par la presse audiovisuelle française qui, de toute évidence, ne connaît pas le sens, ni même l’existence d’un mot « chancelière » en français. Ne consultez surtout pas sur ce mot Google qui n’en sait pas davantage. De toute évidence, comme le grand personnage que j'évoquais en commençant, on ne connaît pas l’existence du vrai terme « chancelière » que je me permets de rappeler ici à partir de ma source permanente et unique, le Trésor de la langue française :

« Chancelière : subst. fém..AMEUBL. Coussin ou, parfois, boîte, garnie intérieurement de fourrure et dont l'ouverture d'un seul côté permet de glisser les pieds pour les tenir au chaud. Devant elle, était une sorte de chancelière où l'autre pied restait douillettement enfoui (GIDE, Si le grain ne meurt, 1924, p. 529).
Prononc. et Orth. : [ ]. Pour [ ] cf. chancelier. Ds Ac. 1798-1932. Étymol. et Hist. 1762 (Ac.). Peut-être issu de chancelier* pour des raisons inconnues, cf. les emplois techn. de chambrière*, servante*. Fréq. abs. littér. : 19. »

Je pense que l'on croit, en la circonstance, s'autoriser de l'exemple allemand ou le mot « chancelier » ( Bundeskanzier) a effectivement une forme féminine « Bundeskanzierin » sans toutefois que cette forme, qui est, semble-t-il, utilisée par Angela Merkel elle-même, figure dans la constitution allemande. Comme je ne connais pas l'équivalent allemand du TLF s'il y en a un, je m’abstiendrai d'aller plus loin sur ce terrain. J’espère toutefois que Madame la chancelier ne me fera pas un procès en diffamation pour l’avoir implicitement comparée à un meuble !

Est-ce pour se mettre les pieds au chaud, afin de se prémunir contre les probables froidures d'une campagne électorale hivernale, que notre président a envoyé le texte de son discours à Madame Merkel avant de le prononcer à Toulon ? Ce n'était en tout cas pas très habile et ses adversaires ne se font déjà pas faute de lui reprocher d’être allé ainsi non pas à Canossa (on connaissait leurs différends sur nombre de points car ils n’en faisaient guère mystère !) mais à Berlin !

lundi 4 avril 2011

Election présidentielle, rumeurs et bruits de rangers en Haïti.

Comme on pouvait le redouter, les multiples et incessants délais apportés à la proclamation des résultats du second tour de l'élection présidentielle sont une cause majeure de perturbations et pourraient être, une fois encore, à l'origine d'incidents infiniment plus graves.

La leçon du premier tour fin novembre début décembre 2010 n'a assurément pas été tirée. On se souvient que l'annonce que le candidat Michel Martelly, le populaire « tèt kale », n'arrivait qu'en troisième position, avait déclenché des violences qui avaient fait plusieurs morts. La solution imaginée (procéder à des recomptages amenant à écarter de la deuxième place Jude Célestin au profit de Michel Martelly), était, d'une certaine façon, un mal potentiel puisqu'elle donnait à penser qu'il suffisait de jeter quelques milliers de manifestants dans les rues pour amener à modifier les résultats proclamés en première instance. On comprend aussi que cela jetait, du même coup, comme en Côte d’Ivoire, un sérieux doute sur la validité des dépouillements et des comptages.

Le deuxième tour de l'élection présidentielle a remis la politique haïtienne dans la même ornière ; les résultats du vote du 20 mars, qui devaient être proclamés fin mars, ont été d’abord différés au 4 avril ; il semble maintenant que les résultats définitifs ne sont attendus que pour le 16 avril 2011. Comment peut-on prendre au sérieux de tels atermoiements, sauf à penser qu’ils permettent d’accommoder les résultats à des volontés occultes dont on ne perçoit pas très bien ni la nature ni l’origine ni les buts?

Michel Martelly et ses partisans, instruits par les événements du premier tour, ont pris les devants et annoncé, depuis plusieurs jours, leur victoire, précisant même qu'elle était obtenue avec plus de 64 % des voix. De cette façon, ou bien ils auront eu raison et les résultats définitifs confirmeront leur victoire ; ou bien ils auront eu tort et naturellement ils seront alors d'autant plus portés à crier à la fraude ou à la tricherie et à déclencher des incidents qui conduiront, sans doute, à nouveau, à des violences.

Il semble bien qu'on le craigne comme le montrent différentes mesures d'ordre public qui vont du retrait des machettes des magasins spécialisés au contrôle des réunions publiques. Le bruit a même récemment couru que des troupes américaines allaient débarquer en Haïti, sans qu'on sache trop à quelle fin exacte elles étaient acheminées. Si l’on se réfère sur ce point à Frantz Duval et au Nouvelliste qui demeurent la meilleurs source d’information, cette rumeur vient d’être confirmée par l'arrivée, dimanche 3 avril 2011 au matin, par un vol de Delta Air Lines, d'un groupe de soldats américains. Officiellement, ils constituent les premiers contingents d'une Task Force nommée « Bon vwazen » qui devrait être déployée dans le pays dans le cadre d'une mission humanitaire. Elle devrait réunir, en tout, 500 soldats et comprendre des militaires d'autres pays que les États-Unis dont en particulier le Canada.

On allègue dans les milieux officiels que ces militaires sont envoyés en particulier pour intervenir, à titre préventif, en cas de cyclone. On ne manque pas toutefois de faire observer sur ce point que la saison cyclonique ne commence guère qu'au mois de juin et que nous ne sommes qu'au tout début du mois d'avril. En revanche a été démentie officiellement la rumeur de la présence d'un bateau de l'US Navy au large de Port-au-Prince.

Il n’empêche que, dans le contexte actuel, ces « bruits de rangers » ne contribuent pas à calmer les esprits et donnent à penser qu’on redoute que les résultats du second tour de l’élection présidentielle ne soient pas publiés dans le calme, mais, une fois de plus, dans « dans le bruit et la fureur ».

DERNIERE MINUTE (d'après le Nouvelliste en version internet)

"Le gouvernement haïtien a lancé un appel au calme lundi [aujourdhui] avant l'annonce des résultats préliminaires du second tour de l'élection présidentielle, redoutant des violences comme celles qui avaient suivi les résultats du premier tour en décembre dernier.

Le secrétaire d'Etat à la Sécurité publique, Aramick Louis, a demandé aux candidats d'inviter leurs partisans "à ne pas manifester violemment dans les rues" quel que soit le résultat.

[...]

Interrogé par l'AFP, le Conseil électoral haïtien n'a pas voulu préciser l'heure à laquelle les résultats seraient annoncés. "Les résultats seront proclamés au cours de la journée" s'est borné à déclarer un fonctionnaire du Conseil électoral provisoire (CEP).

Le CEP avait annoncé la semaine dernière que la consultation avait été entachée de fraudes et que plusieurs centaines de procès-verbaux envoyés par différents centres de vote avaient été annulés."

samedi 19 mars 2011

Haïti : vers un tsunami électoral ?

Dans quelques heures (j’écris cette note le vendredi 18 mars 2011 à 10 heures du matin, à l’heure française, donc au moment même où, à l’heure d’Haïti (donc avec six heures de décalage) l’avion qui ramène dans son pays Jean-Bertrand Aristide (localement surnommé Titid), ancien président de la la République haïtienne est en plein vol, quelque part au-dessus de l’Atlantique. Je ne donne cette précision qu’après avoir appris que Cécile Duflot, titulaire, à ce que je lis, d’un DEA de géographie, a, dans une interview sur BFMTV, situé le Japon dans l’hémisphère sud !

"Titid est arrivé" va peut-être chanter "Tèt kale", en parodiant la rengaine de Zorro! Un mot de présentation du personnage pour celles et ceux qui ne sont pas familiers des réalités haïtiennes.

Avant d’être un « ex-président », Aristide a été un ex-prêtre, ce premier état étant à l’origine de sa carrière et la seconde mutation ayant succédé à sa montée au firmament politique local.

La carrière politique de Titid s’inscrit au départ dans la « théologie de la libération », venue d’Amérique latine et symbolisée par la figure d’Helder Camara. Titid et sa « bourrique » (il n’en était pas encore aux Cadillacs) ont été une figure marquant de la chute du duvaliérisme en 1986. Aristide échappera de justesse en 1988 à un massacre dont on attribue la responsabilité à d’anciens « macoutes » du précédent régime.

Son rôle dans le « déchoucage » des Duvalier et son charisme font qu’en 1990, il est choisi comme candidat à la présidence par le FNCD (Front National pour le Changement et la Démocratie ; ce qui ne constitue pas un programmé électoral particulièrement original !). Il est élu, avec plus de 67% des voix contre Marc Bazin, qui passe pour le candidat des Etats-Unis. Son mandat durera moins d’un an car le coup d’Etat est, avec la « borlette », une spécialité haïtienne ! Il doit alors s’exiler et est remplacé par un militaire, le général Cédras.

Il s’en suit une période de plus de trois ans de troubles politiques, de misère encore accrue par un embargo et qui suscite le départ d’une foule de boat-peoples. Aristide est revenu en faveur auprès des Etats-Unis qui, empétrés qu’ils sont dans les affaires somaliennes, veulent calmer le jeu en Haïti et faire cesser les afflux de réfugiés. Fin 1994, Cedras s’exile à son tour, tandis qu’après le débarquement d’une force américano-internationale sans trop de casse (10 morts à Cap-Haïtien) Aristide revient au pouvoir en reprenant son mandat !

Fin novembre 1995, lors de la campagne des nouvelles élections présidentielles, Aristide, qui, selon la constitution, ne peut exercer deux mandats consécutifs, annonce, deux jours avant le vote, son soutien à la candidature de René Préval qui est élu en février 1996. En janvier 1997, Titid crée un nouveau parti politique, « Fanmi lavalas » ( = famille l'avalasse ; « lavalas » est, en créole comme en français, une « avalasse », une pluie torrentielle qui emporte tout). Il entend ainsi damer le pion à l'« Organisation politique lavalas » qui soutient René Préval. En décembre 2000, Aristide qui « a remis le compteur à zéro » est donc , à nouveau, élu président de la République par 93% des voix, mais une participation de 5% !

En 2003, une rébellion débute à la suite de l'assassinat par le pouvoir en place, près de Gonaïves, d'un leader de l’opposition. Le mouvement gagne du terrain et une opposition armée se regroupe dans une nouvelle coalition, le « Front pour la Libération et la Reconstruction Nationales ». Le 29 février 2004, le président Aristide quitte Haïti à bord d'un avion américain, accompagné (ou « enlevé ») par le personnel de sécurité de l'armée américaine.

En février 2006, René Préval est candidat pour un second mandat ; il l’emporte dès le premier tour avec 51,15 % et est proclamé vainqueur après accord entre le gouvernement intérimaire et la commission électorale. Investi le 14 mai 2006, il est toujours en fonction aujourd’hui, en principe jusqu’au 14 mai 2011. Titid, lui, s’est réfugié en Afrique du Sud et il est employé depuis à l’université de Prétoria et s'est initié au zoulou.

Parti, jeudi 17 mars au soir de l’aéroport de Lanseria , près de Johannesburg, Titid est arrivé, ce vendredi 18 mars à dix heures locales ; son parti « Fanmi lavalas » a invité à un grand rassemblement à l’aéroport de Port-au-Prince. Un tract, en créole annonce : "Enfin, les carottes sont cuites, demain (vendredi) 8 heures. Dites-le à tout le monde, à l'aéroport nous allons attendre le président Titid dans la solidarité". Les choses se sont passées calmement.

Les Etats-Unis et la France ayant tenté de retarder cette arrivée (prévue pour l’avant-veille du second tout de l’élection présidentielle, le 20 mars). Titid n’est pas arrivé par un vol régulier mais « en avion privé » (celui d’un ami peut-être), comme l’avait annoncé Maryse Narcisse son porte-parole.

Même si ses partisans officiels s’emploient à tenter d’ôter à son retour des visées politiques en affirmant : « Il a clairement fait savoir que son but est de s'impliquer dans le secteur éducatif ». L’avenir éducatif des jeunes Haïtiens est donc assuré car ce point figure aussi dans le programme des deux candidats. Ces derniers, tout en se gardant de conteste la légitimité de son retour, ont néanmoins clairement fait savoir qu’ils auraient préfére que ce retour ait lieu après l’élection.

On peut en effet redouter que ce second tour, quel qu’en soit l’issue, ne donne lieu à nouveau à des violences. Le chanteur hip-hop Wyclef Jean, qui vit aux Etats-Unis et qui avait tenté d’être candidat lors du premier tour, dit craindre « des fraudes aux dépens du chanteur populaire Michel Martelly », ce qui peut aider à les susciter, à défaut de les prévenir. Il a ajouté : « Haïti est la terre des surprises et, soyons clairs, l'endroit le plus corrompu au monde. Ils sont en train de planifier le vol de l'élection de Martelly, c'est évident ».

Il y a en Haïti près de 4,7 millions d’électeurs mais le vote aura lieu, dans des conditions que les destructions et les 230.000 morts du séisme du 12 janvier 2010, rendent pour le moins incertaines. Les résultats du premier tour n’ont jamais été donnés, puisqu’on s’est borné, après le déclassement de Jude Célestin, annoncé d’abord comme second, à admettre pour le deuxième tour Mirlande Manigat (une juriste constitutionnaliste) et Michel Martelly (« Sweet Micky » dit aussi en créole « tèt kale » à cause de son crâne rasé). Un sondage publié début mars par un institut haïtien a placé Michel Martelly en tête des intentions de vote avec 50,8% contre 45,2% à sa rivale, alors qu’au premier tour elle semblait avoir, en gros, 10% d’avance sur Martelly, le pourcentage de la participation demeurant inconnu.

Dans la mesure où les résultats ne seront donnés que le 16 avril 2011, soit près d’un mois après le vote, on a tout lieu de craindre des flambées de violences voire un tsunami social!

Post scriptum ; le point le plus récent :

Extraits de l’article de Valéry Daudier dans le Nouvelliste du 18 mars 2011

"Malgré ses sept ans d'exil en Afrique du Sud, le leader de Lavalas, Jean-Bertrand Aristide, a confirmé sa popularité dans le pays. Son retour sur le sol natal, ce vendredi, l'a bien prouvé. Très tôt, plusieurs dizaines de ses partisans s'étaient déjà massés devant l'aéroport Toussaint Louverture à Port-au-Prince où allait atterrir le jet privé qui le transporte lui et sa famille. Banderoles de « Bienvenue » à l'ancien président étaient remarquées un peu partout. Annoncé pour 10H00 (heure locale), l'avion a cependant atteri avec près d'une heure d'avance, soit à 9h07 locales (14h07 GMT). Les journalistes étaient déjà sur place, mais cette avance a visiblement pris de court la majorité des partisans de « Titide » qui se préparaient à venir accueillir leur leader.

[ ...]

« Pa pale nou de Tèt kale (en référence au candidat à la présidence Michel Martely), papa nou vini kounye a », (Ne nous parlez plus de « Tèt kale », notre père est revenu », lance un jeune homme, dans la vingtaine, portant un t-shirt frappé à l'effigie de Jean-Bertrand Aristide et brandissant aussi des photos du leader en toge, prise lors de sa graduation comme docteur.

[...]

Les mini-restaurants situés dans les parages de l'aéroport se transforment en salles de cinéma pour les supporteurs de l'ancien prêtre catholique. Un public de tout âge se presse pour voir Aristide parler en direct à la télévision. Ceux qui ne peuvent rien voir se contentent d'écouter le discours de l'ancien président à la radio. Autant le discours les pénètre, autant ils lancent des propos témoignant leur divorce d'avec les deux candidats à la présidence qui s'affronteront au second tour le dimanche 20 mars. « Tèt kale pouse cheve jodi a » (Le crâne n'est plus rasé aujourd'hui), ironise un groupe de jeunes dans la foule.

« Michel Martelly a contribué au départ d'Aristide; pas question d'appuyer sa candidature à la présidence. Nous avons vécu sept ans de misère. Pas de Martelly ni de Manigat. Ban nou Titid », enchaîne un homme, portant des photos d'Aristide accrochés à ses habits.

Après une quinzaine de minutes, l'ancien président termine son discours et s'apprête à se rendre chez lui à Tabarre.

[...]

Un embouteillage monstre règne entre le boulevard Toussaint Louverture et le boulevard 15 octobre où se trouve la résidence privée de l'ancien président revenu d'exil du pays de Nelson Mandela. Une foule en liesse poursuit le cortège. Les gens dansent, crient, fument...Une fois arrivée devant la maison de l'ancien président, la police nationale a dû faire usage de gaz lacrymogène, à plusieurs reprises pour frayer un passage au cortège. Le président rentre enfin chez lui, mais la foule le suit. Des centaines de personnes arrivent à entrer avant qu'on parvienne à fermer la barrière principale. La barrière fermée, la passion ne s'estompe pas pour autant. Les gens grimpent sur les murs d'enceinte et se jettent dans la cour. Ils arrivent même à monter sur le toit de la maison. Certains d'entre eux cueillent des mangues...Le phénomène Aristide est reparti! ».

samedi 5 mars 2011

Haïti : le diable et le bon dieu (suite)




Dans le film « Bondye bon », ce qui m'a frappé aussi est que la propagande politique en Haïti se greffe sur des actions religieuses.

Le premier point de doctrine est que le séisme de janvier 2010 a été envoyé par Dieu pour punir Haïti en particulier de sa dérive en direction du vaudou donc du diable. Cette vérité d'évidence est répétée à satiété et revient à de multiples reprises dans le film. En revanche, ce qui est plus curieux est que cette action des évangélistes est couplée avec la promotion d'un candidat à l'élection présidentielle, car le film a dû être tourné à l'automne de 2010. Il s'agit du pasteur Chavannes Jeune que l’on voit à plusieurs reprises, dans diverses situations. Il apparaît toujours vêtu d'un costume sombre et portant cravate comme ses promoteurs évangélistes, mais lui parle créole et, plus rarement français, pour souligner que Haïti est, selon ses termes, « dans le collimateur de Dieu ». Espérait-on, du côté américain, en faire un nouvel Aristide, protestant pour le coup ?

Ces clivages socio-vestimentaires correspondent naturellement, pour partie, à des choix et des usages linguistiques ; ils sont obligés pour les Américains qui, évidemment, ne peuvent s'exprimer ni en créole et en français ; les choix sont plus intéressants pour les Haïtiens qui s'expriment peu en français (sauf Max Beauvoir et parfois Chavannes Jeune) mais dans des variétés différentes du parler haïtien, tour à tour très décréolisé ou, au contraire, plus basique. Ainsi, par exemple, dans la séance de vaudou, le houngan s'exprime assez longuement dans cette langue et développe le thème de la lutte de la religion nationale contre les religions « importées »! En revanche, seul le diable est polyglotte puisque l’on voit un jeune évangéliste américain se livrer à un exorcisme dans sa propre langue et chasser le diable créole sans avoir recours à un interprète ! Le diable, non seulement s'habille en Prada, mais, en plus, il parle anglais.

Il est évident que les troupes évangélistes américaines sont arrivées en force et en nombre et qu’elles disposent là-bas de moyens considérables et d’équipements modernes comme de stratégies méditées. On organise des cortèges où l’on scande « Non au vaudou ! Non au diable ! » ; on appâte les foules, selon les âges, par des distributions de friandises ou d'objets (des bonbons pour les enfants ou des T-shirts pour les adultes) et en se livrant à des shows mystiques où la danse et la musique tiennent une place qui, évidemment, les rend particulièrement attirants pour les Haïtiens. En effet, c'est l’un des traits qui marquent le film où, quels que soient l'horreur et la désolation des cadres où l’action se déroule, au milieu des décombres et dans la fange des abris de fortune, on nous donne à voir une population haïtienne que caractérise à la fois son goût de la musique et la danse (on a l’impression que les Haïtiens ne peuvent se déplacer autrement qu'en esquissant des pas de danse) et son attirance pour la religion et la religiosité, quelles qu'elles soient. Comme le souligne, à un moment, Frantz Duval, rédacteur en chef du quotidien national Le nouvelliste, les Haïtiens passent, sans encombre ni gêne, de la cérémonie vaudou au temple ou à l’église !

On peut dire que cet aspect est symbolisé par le titre même du film car « Bondye bon » est l’inscription qu’on voit un Haïtien « taguer » à la bombe sur un mur en ruines ! Tout un programme !

Si ce film est fort intéressant comme témoignage, il contient, en revanche, aussi un certain nombre d'assertions, avancées par l’un ou l’autre des témoins qui s’y expriment, mais qui sont clairement des contre-vérités. Les hommages appuyés rendus par divers intervenants à l'empereur Jean-Jacques Dessalines ne font pas mention du fait que ce « père de l'indépendance », qui, une fois au pouvoir, n’avait guère tardé à se faire empereur, a été lui-même assassiné, peu après, par des compatriotes qui ne lui ont guère su longtemps gré de les avoir libérés.

Selon les évangélistes américains, le pacte d’Haïti avec le diable, scellé par le vaudou, daterait du fameux serment du Bois Caïman qui relève plus du mythe que de l’histoire. Celui qui aurait donc entraîné Haïti sur la voie de la perdition serait le fameux Boukman, présenté comme un prêtre vaudou venu la Jamaïque et qu’on appelle dans le film, de façon amusante, « Boukemane », comme "Superman" ou « Spiderman » ! Significatif !

La note finale du film, contre toute attente optimiste, est donnée par les propos du fameux peintre Prefete Duffaut (né en 1923 et que je croyais mort ). Il pense, et c’est la conclusion, qu'Haïti finira par présenter au monde la vision édénique sous laquelle il s'emploie souvent, depuis un demi-siècle, à représenter son pays.

mardi 22 février 2011

La rue plus radicale que les urnes ?

Faudrait-il sur ce point consulter les astres à notre façon et étudier leurs conjonctions spécifiques ? L’astrologie chinoise, pourtant millénaire, ne nous laissait guère prévoir de tels événements pour 2011 ! Le lapin (ou le lièvre), quatrième animal du zodiaque chinois, est en effet présenté comme « prudent et conservateur », ce que l’on ne constate guère jusqu’à présent, même si force est de constater que les bouleversements n’ont guère concerné la Chine elle-même, à moins qu’elle soit plutôt sous le signe du lièvre.

Lapin ou lièvre, il semble en tout cas que, pour ce qui concerne l’occident, la période soit favorable aux grands changements politiques dans le monde, d'Haïti à Bahreïn !

Il est vrai qu'en politique comme ailleurs, un clou chasse l'autre. La Côte d'Ivoire a éclipsé Haïti, non seulement sur le plan électoral mais également sur le plan humanitaire, après le séisme du 12 janvier 2010, puisque bon nombre d'engagements pris alors dans l'émotion du moment n’ont pas été tenus ni même rappelés dans la suite. Haïti et la Côte d'Ivoire, qui, en décembre 2010, ont quelque temps occupé le devant de la scène, ont été à leur tour retirés de l'affiche par les événements du Maghreb puis du Moyen-Orient dans son ensemble.

« La rue est plus radicale que les urnes » disais-je en titre et, en effet, les processus électoraux haïtiens et ivoiriens, faute de s’en tenir à leurs résultats, se sont enlisés peu à peu, tandis que les événements des rues conduisaient à des solutions tant en Tunisie qu'en Égypte plus rapides et radicales que nos experts et diplomates ne l’imaginaient, même si comme toujours, ils nous ont alors proclamé qu’ils l’avaient bien prévu. Hélas pour eux, enregistrements et images sont là pour rétablir la vérité de leurs annonces comme de leurs comportements.

On ne sait trop que penser de ce qui se passe en Libye, où la dinguerie du colonel Kadhafi, ces dernières années « mis sous le tapis » (comme on dit désormais) moyennant quelques milliards de commandes, de préférence militaires (bien utiles en cas de tentatives de révolution) peut naturellement l'entraîner dans les pires folies sanguinaires. Quant au Yémen et surtout à Bahreïn (où est basée la cinquième flotte américaine), on ne peut guère savoir ce qui s'y passera car les choses se décideront sans doute dans le secret du bureau ovale de la Maison-Blanche.

La nouvelle la plus étrange du jour, est sans doute l’annonce du franchissement du canal de Suez, ce matin même 22 février 2011, par deux navires de guerre... iraniens. Un tel fait ne s’était pas produit depuis 1979, mais il est rendu possible par la convention internationale qui précise que le canal de Suez est "ouvert à tout navire de commerce ou de guerre". On se demande un peu ce qu'ils ont à faire, dans les circonstances présentes, en Méditerranée. Le prétexte invoqué tient à des manoeuvres en relation avec la Syrie, mais elles semblent plutôt destnées aux Chiites du Liban et surtout de Gaza où l’on cause élections. Israël a déjà qualifié le fait de provocation. Peut-être la chose n’est-elle pas sans rapport non plus avec le projet de nouvelle expédition humanitaire en direction de Gaza (avec, à bord, Stéphane Hessel et son bonnet phrygien) puisque la flotte israëlienne avait eu un rôle décisif dans l’arraisonnement des navires qui avaient tenté déjà de rompre le blocus de Gaza.

En Côte d'Ivoire comme en Haïti, les processus électoraux s'éternisent puisque les premiers tours des élections présidentielles y ont eu lieu il y a déjà quatre mois.

A Abidjan, tout semble indiquer que, contrairement aux prévisions de nos augures politiques internationaux, Gbagbo semble plutôt conforté dans sa position au fil des mois, car il n’est pas tombé « comme un fruit pourri » dans le délai que lui avait accordé, fort imprudemment, son adversaire Ouattara. Le bel ensemble que constituait la CDEAO est en train de se fissurer ; non seulement on attend toujours les actions militaires qui devaient déloger Laurent Gbagbo d'Abidjan, mais ce dernier, qui était déjà assuré du soutien de l'Angola, a désormais celui, moins puissant mais plus proche et plus décisif, du Ghana qui semble s'être retiré de la coalition. Le plus pittoresque de la chose est qu'on paraît s'acheminer désormais vers un prétendu recomptage des bulletins de vote, ce qui paraît une décision plutôt insolite dans la mesure où il a été indiqué que les bulletins du second tour ont été détruits. Tout cela me paraît plutôt, en réalité, une forme de remise en cause discrète du processus électoral qui avait conduit à la désignation de Ouattara comme président.

En Haïti, les choses semblent, non sans mal, se mettre en place en vue de la tenue du deuxième tour fixé au 20 mars 2011, sans que le président Préval ait réussi à prolonger davantage encore son maintien au pouvoir limité au 14 mai 2011. L'intervention inattendue des anciens présidents, Duvalier et Aristide, a paru toutefois, un moment, remettre en question ce calendrier.

Si l'on ne parle plus guère de Duvalier (au point qu'on se demande même parfois s'il n'est pas reparti d'Haïti), Aristide occupe désormais le devant de la scène depuis que le gouvernement haïtien lui a accordé un nouveau passeport diplomatique qui lui permet de rentrer au pays. Ses partisans se sont employés à remettre en état sa magnifique propriété dans les hauts de Port-au-Prince, mais ils ont aussi entrepris une action purement politique avec, en particulier, des manifestations récentes dans la capitale qui se sont, fort heureusement, déroulées sans incident.

Les États-Unis et diverses autorités, nationales et internationales, répètent à l'envi qu'Aristide ne pourra revenir qu'après le deuxième tour des élections mais les choses changent tant et si vite qu'on ne peut pas en être tout à fait certain et on voit mal par ailleurs ce qui pourrait légalement s’opposer à son retour.

Si l'élection de Mirlande Manigat paraissait devoir être acquise sans trop de problèmes (elle avait 10 % des voix d'avance au premier tour, du moins si l'on se fie aux résultats provisoires de début décembre 2010, puisque les résultats définitifs n'ont jamais été communiqués !) les choses évoluent puisque Wyclef, qui avait été écarté du premier tour, s'est prononcé en faveur de Michel Martelly. Il est même venu en Haïti spécialement pour soutenir le chanteur, réalisant par là une alliance autour du thème « sortez les sortants », visant à écarter du pouvoir les politiques proprement dits, dont naturellement sa rivale.

Si la rue est plus radicale que les élections, encore faut-il espérer, dans ces deux cas, que la rue et la violence ne finissent pas par se substituer aux processus électoraux, si difficiles et contestables qu’ils puissent être.

samedi 5 février 2011

« Résultats » du premier tour des élections présidentielles en Haïti ?

Proclamés en décembre 2010 à titre provisoire, dans un tollé quasi général, puis annoncés, à diverses reprises et enfin, de façon solennellement définitivement définitives, pour le 2 février 2011, les résultats du premier tour de l'élection du 28 novembre en Haïti ne l’ont pas été au jour dit. Le retard n’a été que de quelques heures puisque finalement la Commission électorale provisoire, la CEP, a donné son classement des deux candidats retenus à l’aube du 3 février sans que je puisse être ici plus précis puisque le communiqué de la CEP a été connu, en France (6 heures de décalage horaire) vers 12 heures 15 le 3 février 2011.

Ces résultats sont, sans surprise, car ils confirment ce que préconisait le comité d'experts de l'Organisation des Etats américains (OEA) mais que contestait le président René Préval.

Comme je l'ai raconté dans un texte précédent, les pressions internationales et en particulier celles des États-Unis et de la France lors de la dernière réunion en République Dominicaine, ont fini par imposer au président haïtien le point de vue des experts de l’OEA. Qu'en est-il et comment en est-on arrivé là ? il est bien difficile de le savoir ; tout donne à penser que René Préval ne croyait plus guère aux chances de son candidat, Jude Célestin, et qu'il s'employait surtout, en fait, en accumulant les délais avant le deuxième tour, à ménager, par là même, son maintien intérimaire jusqu'au 14 mai 2011 (son mandat initial prenant fin, en effet, le 7 février). S'il a perdu sur un point (le maintien en deuxième position de Célestin), il semble avoir gagné sur l'autre, puisque les élections du deuxième tour n’étant prévues que pour le 20 mars 2011, tout donne à penser qu'avec les délais liés au dépouillement, il finira par rester en place jusqu'au 14 mai 2011.

Le plus curieux, dans toute cette affaire, est que, si l'on avait annoncé des résultats pour le 2 février, le 3 février au matin, quand ils ont été « publiés », on s'est aperçu alors qu'en fait, on a donné, non pas des résultats mais un simple palmarès, le classement des deux candidats admis à continuer (première Mirlande Manigat, second Michel Martelly).

Aucun résultat n'a été, à proprement parler, donné. J'entends, bien entendu, par « résultats », comme dans toute élection dans tout pays du monde, le nombre et le pourcentage de voix obtenus par chaque candidat. On s’attendait d’autant plus à de telles informations que les chiffres donnés d’abord avaient été l’objet de très vives contestations et que les recomptages et vérifications de tous ordres avaient pris des semaines et encore occupé la CEP, nous a-t-on dit, durant les dernières heures, dans la nuit du 2 au 3 février.

En dépit de nombreuses recherches dans toutes sortes de médias et en toutes sortes de lieux (en Haïti bien sûr mais aussi en France et au Québec), je n’ai pu trouver nulle part le nombre des voix qu'ont respectivement obtenu les deux candidats classés.

Ce détail peut paraître secondaire, puisque la question était avant tout de savoir qui était au deuxième tour derrière Mirlande Manigat. Néanmoins je ne connais pas d’exemple d’une telle pratique électorale et je ne saurais trop la recommander aux futurs dictateurs, dont on raille trop souvent les scores pharamineux et qui s’épargneraient les quolibets, en s’abstenant tout simplement de donner des chiffres et en se contentant de se proclamer élus.

Encore plus étonnant est le fait que, dans tous les écrits de presse que j'ai pu consulter et, comme je l’ai dit, ils sont fort nombreux, je n’ai lu aucune remarque sur un comportement si étranger. On nous avait, en effet, annoncé des résultats et non un simple classement, sans le moindre détail. Etonnante pour l’observateur, cette absence de vrais résultats est, en outre, fort incommode pour les deux candidats restant en lice, pour lesquels il serait tout de même important de savoir combien de voix ils ont obtenu et dans quelles régions ils ont attirés sur leur nom ces suffrages.

Frantz Duval, dans le Nouvelliste, ne fait pas mention expresse de cette curieuse absence de données chiffrées, mais il constate néanmoins (ce qui revient au même, mais comme disait l'autre "ce qui va sans dire va encore mieux en le disant") que les deux candidats sont dans un « trou noir » et ne savent ni où ni dans quelles proportions, ils doivent faire des efforts, ici ou là, au cours de la campagne électorale en vue du second tour du 20 mars 2011.

On doit donc s'interroger sur les raisons d’un si étrange silence. L'hypothèse la plus vraisemblable me semble qu'on ne souhaite pas mettre en évidence, de façon trop criante, à la fois la faiblesse de la participation retenue après contrôle (il y a eu, semble-t-il, des dizaines de milliers de votes annulés) et les fraudes qui, selon les experts, ont entaché le premier tour de l’élection présidentielle.

Cette hypothèse se trouve renforcee par le fait que les observateurs du premier tour en avait jugé normal le déroulement, alors que les experts de l’OEA ont eu, dans leur mission de contrôle ultérieure, des conclusions très différentes. Mettre l’accent sur ces aspects pourrait donc conduire à penser qu’on risque, à l’occasion de ce second tour, de voir se reproduire des pratiques du même genre.

mardi 25 janvier 2011

Vers une solution de la crise haïtienne ?

Alors qu'en Côte d'Ivoire, où le second tour des élections présidentielles a eu lieu, comme le premier tour en Haïti, le 28 novembre 2010, la crise semble se diriger vers une solution finale radicale, peut-être militaire, alors qu’au contraire, en Haïti, la voix de la raison semble se faire entendre.

On avait pu penser que les choses allaient se régler, il y a quelques semaines, lorsque le président Préval a sollicité de l’Organisation des Etats Américains (OEA) la mise en place d'une commission internationale d’experts, chargée de vérifier les résultats du premier tour de l'élection présidentielle. Celle-ci avait, à titre provisoire, placé en tête Myrlande Manigat, précédant, avec environ 10% d’avance, Jude Célestin (deuxième), candidat d’INITE, suivi lui-même, de très près, par le populaire chanteur Michel Martelly.

Ces résultats avaient donné lieu à de très vives protestations des partisans du chanteur qui considéraient que la fraude avait fait passer devant leur favori Jude Célestin, regardé comme le candidat du président Préval. Les choses sont assez compliquées dans le cas de Jude Célestin, dont certains prétendent qu'il est le père de l'enfant qu’a eu la fille du président Préval, alors que l'intéressée nie qu'il en soit ainsi. Peu importent ces aspects familiaux ! Toujours est-il que Jude Célestin passait pour la créature de René Préval.

Il faut reconnaître que le président Préval a eu des comportements dont la logique est un peu difficile à suivre. Après avoir lui-même réclamé de l’OEA la mise en place de cette commission électorale de contrôle, pensant sans doute qu'elle allait entériner des résultats du premier tour qui semblaient convenir au gouvernement haïtien. Toutefois, avant même la publication du rapport final (dont le contenu avait toutefois circulé), René Préval en a contesté le résultat car il conduisait à faire passer Martelly en deuxième place devant Jude Célestin. La commission des experts de l’OEA avait, disait-on, constaté des fraudes et recommandé d'intervertir le classement des deuxième et troisième candidats. Michel Martelly se serait retrouvé alors en deuxième position avec 22,2%, après invalidation de 7.150 votes en sa faveur. Jude Célestin passerait donc alors de la deuxième à la troisième place, avec 21,9%, après avoir perdu 17 220 votes. Myrlande Manigat resterait toujours en tête, avec 31,6% des voix, quoique 13 830 voix lui aient été supprimées pour irrégularités.

On en était là avant le dernier week-end où les choses se sont soudain précipitées, probablement sous le double effet d'une réunion tenue en République Dominicaine et à laquelle a assisté le président Préval et surtout des pressions américaines, qui ont été si vives qu’on est allé jusqu'à prétendre que les États-Unis voulaient refuser désormais le visa d’entrée aux Etats Unis à neuf des membres de la plate-forme INITE.. Tout cela a dû assurément aider le président à changer de position !

À partir de là, les événements se sont succédé, en se précipitant.

Divers représentants de la communauté internationale se sont rendus lundi 24 janvier au siège du Conseil électoral provisoire haïtien (CEP) pour inciter cette instance à réviser les résultats contestés de l'élection présidentielle, ce qui, comme on l’a vu, conduirait à écarter du second tour le candidat du pouvoir.

Edmond Mulet, représentant du Secrétaire Général de l'ONU, a déclaré qu’un accord avait été acquis et, avec une prudence toute diplomatique, il a fait une déclaration concernant la publication des résultats revus par les experts de l’OEA et désormais acceptés par la CEP (qui, comme René Préval, les contestait jusqu'à présent sans qu'ils aient été officiellement publiés) et annoncé la publication imminente à la fois des résultats définitifs et du calendrier de la suite des opérations. Naturellement ce diplomate guatémaltèque, parfait francophone au demeurant (allez donc voir dans le Nouvelliste, sur internet, la video de sa déclaration), s'est gardé de répondre à toutes les questions qu'on a pu lui poser, tant sur les résultats eux-mêmes (mais il est clair qu'ils conduiront au déclassement de Jude Célestin) que sur la date du deuxième tour ou sur les intentions du président Préval quant à la date à laquelle il pourrait quitter ses fonctions.

On avait, en effet, l'impression nette, à tort peut-être, que René Préval cherchait à gagner du temps et à prolonger son mandat jusqu'au 7 février 2011, date à laquelle le nouveau président devait prendre ses fonctions (si le calendrier électoral initial avait été respecté), voire à effectuer un intérim jusqu'à mi-mai 2011 dans l'hypothèse où le deuxième tour des élections aurait été encore différé.

Il est très probable, dès lors, que l'effet conjoint des pressions de l’OEA et surtout des Etats-Unis, qui se sent accentuées de façon nette pendant le week-end et du caractère désormais inéluctable de la rétrogradation de Jude Célestin à la troisième place ont conduit ce dernier a choisir de retirer, de lui-même, sa candidature. Ce geste lui évite naturellement l'infamie de la reconnaissance et de l'officialisation des fraudes électorales dont il avait bénéficié.

Tout donne donc à penser que, désormais, les principaux obstacles sont levés ; le deuxième tour pourrait avoir lieu assez rapidement (sans doute, selon le calendrier secret annoncé par E. Mulet,) et le nouveau président de la république d'Haïti être élu selon ce même calendrier.

Tout donne à penser que ce président sera une présidente, en la circonstance, la juriste constitutionnaliste Myrlande Manigat, qui aura la particularité singulière d'avoir déjà été l’épouse d’un président de la République d'Haïti, Leslie Manigat, et donc la « Première Dame » de l'Etat, avant d'en occuper elle-même la fonction présidentielle. Cette circonstance fait penser à l'Argentine et au couple Kirchner, mais les choses se sont déroulées d'une façon bien différente et on espère pour Leslie Manigat que cela continuera !

lundi 6 décembre 2010

D Abidjan a Port au Prince

Autant Abidjan occupe tous les medias et non sans raisons...autant le black out est a peu pres complet sur Port au Prince ou pourtant, en termes puremement, betememt et simplement comptables, il y a eu, suite a l election presidentielle, plus de morts, a ce jour, qu en Cote d Ivoire. Puisse cesser et surtout ne pas s installer ce sinistre concours entre les deux Etats.

La situation ivoirienne a le triste merite d une forme de clarte , chaque president de la republique s est empresse de se donner un premier mimistre lequel s empresse a son tour aussitot de proceder a la distribution des portefeuilles histoire de s assurer le plus de soutiens possibles dana les jours qui viennent et qui seront tres difficiles.

Les conseillers du president ivoirien n ont pas ete meilleurs que ceux du president francais en 1997 . On murmurait qu un accord secret avait ete passe entre Gbagbo et Soro [le premier se faisant elire en 2010 pour laisser la place au second en 2015] et voila que Soro devient premier ministre de Ouatarra [A qui se fier et qui a trahi qui?]. Les Baoule qui ne devaient, en aucun cas, voter pour Ouatarra lui ont apporte massivement leurs voix...

Du cote de Port au Prince silence total et on remanifeste a nouveau dans les rues contre des elections dont les resultats demeurent inconnus apres une semaine, On ne parle plus guere que des chanteurs...