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vendredi 25 mai 2012

Flying Dutchman ( le Hollandais volant).

Quand on ne s'y prend pas aux cheveux (et c'est très loin d'être fini!), on doit pleurer dans les chaumières de l'UMP devant les succès qui s'accumulent dans les débuts de la présidence de François Hollande, alors qu'on prévoyait pour lui, selon ses adversaires, les pires désastres, tant sur le plan international qu'intérieur et même financier.

Mauvaise nouvelle pour eux ce matin encore ! L'agence Moody, nous dit-on, a maintenu les trois A à la France, alors qu'on en prédisait la dégradation immédiate ; la Bourse a monté hier alors qu'on prévoyait la débandade ; ce matin même, sur RMC, 70% des Français ne croient pas à une déroute bancaire en France. Après celles des Etats-Unis, la réunion de Bruxelles s'est bien passée et a marqué, en gros, le succès diplomatique de François Hollande que de plus en plus d'Etats rejoignent sur ses positions, tandis que celle de Mme Merkel se dégrade de jour en jour ; même la presse allemande le constate, en soulignant que c'est la première fois qu'elle a perdu sa suprématie dans des assemblées qu'elle dominait totalement, Sarkozy s'alignant lui sur ses positions.

Voilà en plus, que notre François s'embarque, sans coup férir, pour l'Afghanistan pour aller causer avec nos soldats qu'il entend faire revenir avant la fin de l'année de 2012. Je ne suis pas sûr d'ailleurs que ce soit à Kaboul qu'il ait été le mieux accueilli car, pour les militaires, le séjour en Afghanistan est très loin d'être une catastrophe, sur le plan de la retraite comme sur celui de la solde !

Comment éviter la référence, pour tous ces voyages aériens et ces apparitions triomphantes,  au "Hollandais volant" de la célèbre légende des gens de mer ?

Il reste à notre nouveau président à gérer ses succès sans arrogance et sans excès ; dans le genre, pour aller à Bruxelles, il a même pris le train à l'aller et la voiture au retour, au grand étonnement de la presse qui n'a pas manqué de souligner les difficultés technique d'un tel choix de transport. Nos journalistes sont-ils trop jeunes ou trop ignorants pour se souvenir que le général De Gaulle qui allait chaque semaine à la Boisserie, s'y rendait en voiture? Cela ne manquait pas de poser des problèmes dans une période, qui, du fait de l'OAS, était, à cet égard, beaucoup dangereuse que la nôtre. On a d'ailleurs pu le constater lors de l'attentat dont il a été victime. Cela ne l'a d'ailleurs en rien empêché de poursuivre dans ses habitudes automobiles. Notre période est beaucoup moins agitée et je ne pense pas qu'il y ait un terroriste à chaque carrefour ou virage pour guetter le véhicule présidentiel.

Petite ombre au tableau : l'affaire de la condamnation de Montebourg pour avoir traité d'"escrocs" des dirigeants de la société SeaFrance . Je ne sais pas comment les leaders de l'UMP qui, faute de mieux, mettent cette affaire sur le tapis, peuvent arriver à le faire sans rire ; je les admire fort pour cette maîtrise de soi quand on connaît la nature des affaires qui ont concerné (et concernent encore) certaines vedettes de leur mouvement. Nous vivons une étrange époque où la justice est saisie pour la moindre épithète quelque peu leste ; je vois venir le temps où l'on intentera un procès à l'automobiliste qui, à un carrefour ou dans un dépassement, en aura traité un autre de connard.

Nous n'en sommes pas encore aux fatidiques cent jours, mais, en tout cas, cette première semaine présidentielle aura été semée de roses et couronnée de lauriers. « Pourvu que ça doure » comme disait Mme Laetitia Ramolino, la maman de notre Napoléon que je viens d'évoquer avec les Cent Jours !

mercredi 23 mai 2012

23 mai 2012. Bruxelles : soupe à la grimace ou bouillon d'onze heures ?

On dîne ce soir à Bruxelles à l'invitation du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Au menu officiel de ce dîner de travail, dont on ne connaît pas le détail gastronomique, une question "Comment doper la croissance en Europe ?".

Le président Van Rompuy qu'on ne savait pas si déluré, a lancé une invitation "sans tabou" . On dirait l'annonce alléchante d'un club échangiste ; on en est pourtant bien loin, car il ne s'agit que de préparer la réunion du Sommet européen des 28 et 29 juin prochains. Sans doute n'y aura-t-il pas de communiqué final puisqu'il s'agit d'une simple (mais qui ne l'est guère!) réunion de travail ; c'est donc là une chance car l'élaboration d'un texte commun ne l'aurait pas été (simple).

Le chef du protocole a dû déjà avoir du pain sur la planche (si l'on peut dire en pareil cas) avec la composition du plan de table. Qui faire voisiner avec Mme Merkel qu'il faut portant bien flanquer de deux messieurs ? Eviter sans doute François Hollande, mais aussi l'Espagnol, l'Italien et le Belge. On ne peut quand même pas mettre la représentante autrichienne à côté de l'Allemande.

Va-t-on mettre tout sur la table (comme on l'annonce) à défaut de la renverser (la table) puisqu'il est de plus en plus commun de s'exprimer en  métaphores ?

Arrivera-t-on à parler de croissance ? Pourquoi pas, mais encore faudrait-il savoir de quoi l'on parle et s'accorder d'abord sur la définition. Certes les mesures de conciliation commencent ; François Hollande échangerait volontiers contre "un pacte de croissance" (sur cette question l'Allemagne est rejointe dans le refus par l'Autriche et les Pays-Bas) contre, de sa part, un accord du bout des lèvres pour ratifier "le traité européen de discipline budgétaire". Les "eurobonds" sont en train de se muer en "projects bonds" destinés à financer de grands projets européens, ce qui est tout autre chose mais on garde quand même le "bonds" (en souvenir !).

Espérons que le Grec, qu'on ne peut pas davantage mettre à côté de Mme Merkel, ne viendra pas troubler cet accord qui semble se dessiner.

Angela Merkel, en tout cas, en dépit de quelques ultimes rodomontades de dernière minute et de principe, est assez mal barrée avec les élections à l'horizon, après la déroute de son parti aux élections de Westphalie. Une alliance Rouges-Verts se profile et, en plus, voilà que la Banque européenne d'investissement comme la Commission européenne semblent lui mesurer, à présent, un accord et un soutien qu'elles lui avaient jusqu'à présent consentis.

Pour Angela, ce sera en tout cas, à coup sûr, ce soir (au moment où j'écris ce blog, on doit être, à Bruxelles, entre la poire et le fromage) "la soupe à la grimace" ; reste à espérer que pour l'Europe elle-même, ce ne soit pas le "bouillon d'onze heures" !

samedi 12 mai 2012

Après Merkozy Françangela ?

À lire, à écouter ou à regarder les journalistes français, je me demande toujours ce qui, chez nombre d'entre eux, l'emporte de l'ignorance et de la sottise.

L'épisode du départ éclair pour Berlin de notre président, à peine entré en fonction, afin d'y rencontrer Angela Merkel fait couler beaucoup d'encre et de salive, et ce n'est pas fini. Certains ont même leurs hypothèses, d'autres leurs conseils sur ce que l'un dira ou devrait dire à l'autre; des organes de presse ont même fait appel à des spécialistes de l'économie, de la finance, la politique, pour imaginer, en particulier, les arguments de notre président qu'ils jugent sans doute trop fraîchement émoulu pour trouver lui-même des fondements à ses points de vue.

Il est certain que les choses ont bien changé, et de façon très inattendue pour la plupart de ces augures patentés, depuis le moment où l'on saluait unanimement le règne de Merkozy sur l'Europe. La chancelière (ce mot, au féminin, m'amuse toujours par les évocations sémantiques qu'il suscite inévitablement) a perdu de ses superbes certitudes qui ravalaient notre président au rôle de bambin, quêtant sans cesse, d'un oeil inquiet, l'approbation de la maîtresse ; désormais, en dépit des apparences, les élections qui se profilent en RFA "sapent les fondements encore mal assurés" d'Angela!.

Par ailleurs, contre toute attente aussi, le "pacte de croissance" de notre futur président réunit désormais nombre de sectateurs, même si tout le monde n'est pas d'accord sur le sens à donner à ce terme de "croissance" qui est effectivement un peu ambigu.

Toutefois, mon propos est tout autre et, pour ce qui me concerne, je cherche pas un instant à imaginer ce que se diront François Hollande et Angela Merkel pour deux raisons dont chacune est suffisante seule.

La première est que je m'en fous complètement car cette rencontre est sans la moindre importance réelle ; ce voyage précipité est, à un tel moment et dans un tel contexte politique dans les deux Etats (élections décisives à venir), aussi diplomatique qu'inutile (excusez la tautologie) !

La seconde raison est que, comme souvent en pareil cas, Angela et Nicolas ne se diront à peu près rien (je reviendrai ensuite à la fin de ce blog sur leur impossible dialogue mais laissons pour le moment ce point).
Chacun sait ou devrait savoir que, dans ce genre de réunion, et surtout si elle est sérieuse, (ce qui n'est pas le cas ici), lorsque les protagonistes majeurs se rencontrent, tout est déjà arrêté et écrit à la virgule près. Les sherpas sont là pour ça ; les déclarations "finales" n'ont de "finale" que l'adjectif et on ferait mieux de les considérer comme "liminaires".

Il en est de même dans toutes les réunions internationales, qu'elles soient à deux, à trois, à sept ou à vingt . En pareil cas, on pourrait assurément faire l'économie du voyage aller-retour du "Air François One" à Berlin, à la vive satisfaction de celui ou sans doute de celle qui sera déjà, à ce moment-là, notre ministre de l'écologie (et peut-être des transports).

Le dialogue qu'on imagine entre Mme Merkel et M. Hollande ne fait irrésistiblement penser à une vieille interrogation de linguistes qui consiste à se demander dans quelle langue ont bien pu se parler Jésus-Christ et Ponce Pilate lorsque ce dernier a conclu leur entretien en se lavant les mains.

Il est, en effet, clair que François Hollande (même si à la différence de son prédécesseur, il connaît tout de même assez d'anglais pour ne pas confondre "weather" et "time"!) n'a pas un anglais qui lui permette d'affronter une discussion diplomatique et financière (je l'ai entendu parler anglais !). Cette circonstance interdit donc l'usage de l'anglais dont Mme Merkel a assurément, elle, une excellente pratique. En revanche, elle ne connaît pas plus le français que François Hollande l'allemand. Il leur est donc impossible d'avoir le dialogue direct que certains imaginent.

Revenons au lavage de mains de Ponce Pilate. Le procurateur romain ne connaissait assurément pas l'araméen qui était la langue de Jésus et ce dernier ne parlait évidemment pas le latin était la langue de Ponce Pilate. Cependant, plus chanceux que la chancelière et le président, ils ont pu toutefois s'entretenir en grec, car cette langue était, en ces lieux et ces temps, la plus répandue et la plus utilisée (bien plus que le latin) dans la zone orientale du bassin méditerranéen ; elle était en outre familière à beaucoup de Romains, connue qu'elle était de l'aristocratie (Jules César avait appris, en même temps, dès l'enfance, le latin et le grec) comme du peuple, car elle était la langue quotidienne de communication dans la communauté servile de Rome.

vendredi 2 décembre 2011

Chancelière ?


Je devrais désormais éviter tout blog qui comporte des observations lexicographiques puisque je suis mis en examen pour avoir tenté d'expliquer à l’un des notables majeurs de notre régime quel était le véritable sens du mot « errement » pour lequel il avait, en revanche, un goût particulier. La chose a déplu et me voilà mis en examen pour diffamation.

Je suis toutefois un peu agacé par l'emploi qui est fait, depuis quelque temps, du mot « chancelière ». Je sais bien que les Québécois, sous la pression de leurs féministes, ont tenté de nous entraîner à la féminisation systématique des noms de métier ou de fonctions. Nul n'ose plus dire désormais (pas même celles qui, dans ces fonctions, étaient favorables à une telle solution) « Madame le ministre » ou « Madame le recteur » ! Dans le second cas, il est facile et inodore de féminiser le mot « recteur » par la simple adjonction d'un e final muet ; dans le cas du terme « ministre », les choses sont plus délicates ; je ne sais pas quel choix officiel a été fait et si l'on est allé jusqu'à la « ministresse » que je n’ai pas entendu à ce jour. Je ne sais pas davantage comment les choses se sont réglées « officiellement » entre nos cousins québécois et l'Académie française qui au départ était tout à fait réticente devant les réformes proposées par les enfants de nos anciens « arpents de neige ».

Je trouve, en revanche, tout à fait étonnant l'emploi actuel qui est fait du terme « chancelière » par la presse audiovisuelle française qui, de toute évidence, ne connaît pas le sens, ni même l’existence d’un mot « chancelière » en français. Ne consultez surtout pas sur ce mot Google qui n’en sait pas davantage. De toute évidence, comme le grand personnage que j'évoquais en commençant, on ne connaît pas l’existence du vrai terme « chancelière » que je me permets de rappeler ici à partir de ma source permanente et unique, le Trésor de la langue française :

« Chancelière : subst. fém..AMEUBL. Coussin ou, parfois, boîte, garnie intérieurement de fourrure et dont l'ouverture d'un seul côté permet de glisser les pieds pour les tenir au chaud. Devant elle, était une sorte de chancelière où l'autre pied restait douillettement enfoui (GIDE, Si le grain ne meurt, 1924, p. 529).
Prononc. et Orth. : [ ]. Pour [ ] cf. chancelier. Ds Ac. 1798-1932. Étymol. et Hist. 1762 (Ac.). Peut-être issu de chancelier* pour des raisons inconnues, cf. les emplois techn. de chambrière*, servante*. Fréq. abs. littér. : 19. »

Je pense que l'on croit, en la circonstance, s'autoriser de l'exemple allemand ou le mot « chancelier » ( Bundeskanzier) a effectivement une forme féminine « Bundeskanzierin » sans toutefois que cette forme, qui est, semble-t-il, utilisée par Angela Merkel elle-même, figure dans la constitution allemande. Comme je ne connais pas l'équivalent allemand du TLF s'il y en a un, je m’abstiendrai d'aller plus loin sur ce terrain. J’espère toutefois que Madame la chancelier ne me fera pas un procès en diffamation pour l’avoir implicitement comparée à un meuble !

Est-ce pour se mettre les pieds au chaud, afin de se prémunir contre les probables froidures d'une campagne électorale hivernale, que notre président a envoyé le texte de son discours à Madame Merkel avant de le prononcer à Toulon ? Ce n'était en tout cas pas très habile et ses adversaires ne se font déjà pas faute de lui reprocher d’être allé ainsi non pas à Canossa (on connaissait leurs différends sur nombre de points car ils n’en faisaient guère mystère !) mais à Berlin !