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mardi 30 juillet 2013

Jean-François Copé est-il un "zeru zeru" ?

Jean-François Copé est-il un "zeru zeru" ? Vous n'en savez rien et la question vous paraît de toute évidence saugrenue. Vous n'avez pas à rougir de cette ignorance car un zeru zeru est, en swahili et dans l'Afrique orientale et centrale, un "fantôme" et, plus particulièrement c'est le nom que l'on donne aux albinos, dont j'ai parlé dans un précédent billet sans m'attirer les remarques que je craignais.

Les albinos passent en effet pour jouer un rôle important dans les pratiques magiques traditionnelles ; posséder une partie du corps d'un albinos donnerait un pouvoir immense pour guérir (forniquer avec une femme albinos guérit même le sida!), acquérir la richesse ou réussir en politique. C'est ce qui explique les disparitions et les meurtres de ces pauvres albinos que l'on enlève et dépèce ensuite pour faire commerce de leurs membres et de leurs organes ; un bras d'albinos se négocie aux environs de 2000 $ en Tanzanie et la tête ou le sexe bien davantage encore, en raison des puissances magiques qu'ils recèlent.

Rassurez-vous, Jean-François Copé n'est assurément pas un albinos et il n'est pas exposé à un sort si cruel dans son séjour africain, mais ses singularités font qu'il semble en avoir les vertus magiques aux yeux de certains Africains, en raison sans doute de ses caractères exceptionnels. Ils peuvent évoquer celui des mélanodermes sans mélanine, quand on entend ce contempteur vengeur de la xylolalie pratiquer la langue de bois avec autant de constance que de talent. N'est-il pas d'ailleurs, selon Wikipédia, le fils d'un proctologue-comédien réputé, lauréat de nombreux prix pour ses films sur l'anus et par ailleurs acteur dans la série "Plus belle la vie"?

La presse française fait, en ce moment grand cas des 30 000 € (son entourage conteste le chiffre et parle d'un simple défraiement) qu'il aurait touchés pour faire une conférence à Brazzaville. La somme paraît assurément considérable pour certains, mais elle modeste pour d'autres, puisque le tarif de Nicolas Sarkozy est considérablement plus élevé, ce qui n'est sans doute pas pour plaire à Jean-François Copé,. La presse française fait ses choux gras de cette affaire, dénonçant "l'affairisme" de l'UMP, en oubliant simplement que certains dignitaires du PS en font tout autant.

Peu importe d'ailleurs, car l'intérêt de cette affaire est ailleurs et en particulier dans l'organisme qui finance toute cette opération. Cette prétendue conférence du 23 juillet 2013 à Brazzaville n'a sans doute pas été prise en charge, en dépit des apparences, par l'État congolais (il s'agit du Congo-Brazzaville qui n'est pas la RDC, le Congo dit démocratique, situé de l'autre côté du fleuve), mais par le magazine américain Forbes dont on ne connaît que le côté pipole mais qui est bien autre chose. Depuis deux ans, en effet, il tente, avec lui-même des financements plus discretssans doute, de s'installer sur le terrain africain. Il y a juste un an dans cette même ville de Brazzaville, on a lancé le magazine Forbes Afrique, à grand son de trompe, avec comme parrains françafricains Dominique de Villepin et Jean-Pierre Raffarin. L'offensive américaine double celle de la même entreprise éditoriale : Forbes Africa, lancé en 2011 à Johannesburg et reprise, il y a quelques semaines, à Libreville au Gabon, à travers le « New York Forum for Africa ». Ne comptez pas sur la presse française pour vous en parler, allez plutôt faire un tour dans le réseau Nerrati-Press !

Tout cela procède naturellement de l'offensive américaine sur l'Afrique et ces divers avatars de Forbes sont naturellement des chevaux de Troie africains des Etats-Unis qui s'efforcent, sur des terrains différents, de contrer la mainmise de plus en plus forte des Chinois sur l'Afrique. Si officiellement, le président Obama a choisi de s'opposer à la Chine essentiellement en Asie, cela n'empêche nullement de placer des pions sur le terrain africain, au Nord comme au Sud, en essayant de jouer la carte des dirigeants et des industriels sur un terrain différent de celui de la Chine. Il n'est d'ailleurs pas indifférent que les trois versions du Forbes Magazine lancent leurs offensives depuis le Gabon, la RSA et le Congo. Ce n'est évidemment pas par hasard si n'ont pas été choisis des Etats qui auraient pourtant plus besoin encore de l'aide au développement qui est la tarte à la crème de ces nouveaux forums.

Pour comprendre quelle est la finalité réelle de ces actions, il suffit de voir d'ailleurs quels en sont les invités (en dehors de Jean-François Copé lui-même qui ne fait pas mystère du fait qu'il a le soutien des principaux industriels français implantés en Afrique;  ils auraient même promis quelques millions d'euros de dons, selon une stratégie bien connue mais qui est rarement suivie d'effet). Un des principaux est l'inévitable Kofi Annan qui, avant d'être secrétaire général des Nations Unies, avait été à la tête de la "United Bank for Africa"! Tout cela n'a rien d'étonnant, quand on se souvient que le magazine Forbes, depuis sa création, a toujours été très proche du parti républicain des États-Unis, à travers les présidents Reagan et Bush et du lobby de l'immigration cubaine pré-castriste, très présente aux États-Unis. Forbes et le développement MDR ou LOL au choix !

Une des curiosités de ce forum africain est la présente de deux Français dont on ne parle guère ; le premier est Bernard Kouchner qui a curieusement fait une réapparition soudaine dans les médias et dont les honoraires étaient infiniment supérieurs à ceux de ce pauvre Jean-François Copé puisqu'on se souvient qu'il avait touché d'Omar Bongo, dit-on, 400 000 € en 2004 pour un rapport d'une vingtaine de pages, ce qui met le record du prix de la page très au-delà de celui qu'avait établi Madame Tiberi. Le second Français, ou plutôt la seconde Française (quoiqu'elle soit d'origine belge) est Christine Ockrent qui, réduite aux maigres émoluments de France-Culture, ne dédaigne pas de faire des "ménages" pour les Américains, mettant ainsi à profit ses compétences linguistiques si rares dans le milieu journalistique français. Sa présence favorisera-t-elle, selon la thématique de la réunion "l'émergence des classes moyennes en Afrique", on peut en douter. Espérons pour elle que ses honoraires seront au moins égaux à ceux de Jean-François Copé. De toute façon on ne peut que souhaiter que l'émergence des classes moyennes en Afrique affecte, de ce fait, au premier chef, le Congo Brazzaville puisque cet Etat n'est qu'à la 142e place selon l'indicateur de développement humain du PNUD.

mardi 23 avril 2013

Compatissons, que diable !


La chose vous a peut-être échappé, mais, fort heureusement, Usbek veille. C'est en effet aujourd'hui la journée de la compassion qu'il faut naturellement se garder, comme vous allez le voir, de confondre avec la pitié.

Dans la situation où se trouve notre pauvre et malheureux pays, le problème est de choisir, parmi les innombrables cas qui pourraient être l'objet de notre compassion, ceux ou celui qui la mérite le plus. Face à cette immense difficulté, j'ai donc fait le choix d'exprimer ma compassion pour ceux qui le méritent le moins, ce qui, sans résoudre le problème précédent que j'ai jugé insoluble, permet au moins de l'éviter.

Il ne vous a, en revanche, pas échappé qu'en avril 2012, juste avant l'élection présidentielle que d'aucuns redoutaient sans le dire, le gouvernement Fillon avait prit la décision de permettre aux parlementaires et anciens ministres de devenir avocats, sans formation ni examen spécifiques. Il leur suffisait d'être titulaires d'une maîtrise en droit (même acquise trente ans avant!) et de prouver huit années d'exercice de "responsabilités publiques", sans que celles-ci soient d'ailleurs nécessairement liées à une élection ni à une activité juridique. Point n'était donc besoin du fameux CAPA (Certificat d'Aptitude à la Profession d'Avocat) qui constituait le vrai mode d'accès à cette profession. Inutile de vous dire que les avocats, qui sont fort légitimement attachés au CAPA, ont protesté de toutes leurs forces, sans le moindre résultat bien entendu.

Certains ont donc profité de cette facilité dont Monsieur de Villepin qui, en outre, ne s'est pas trompé dans le choix de ses clients, en se faisant avocat du Qatar. Le nouveau gouvernement n'a pas tardé à revenir sur cette décision et, dès janvier 2013, la Garde des Sceaux a fait l'annonce de la future mesure d'abrogation de ce décret qui est intervenue le 17 avril de cette même année. Coïncidence du calendrier, cette mesure a été prise au moment même où l'on envisageait des dispositions sur les conflits d'intérêts et la "transparence" des activités des élus ; une des professions mises en cause et visées est précisément celle d'avocat (d'affaires, même s'il n'y a pas là une catégorie spécifique dans la profession).

C'est sans doute ce qui a conduit le président de l'UMP, Jean-François Copé a annoncer, dès le lundi 22 avril 2013 qu'il mettait un terme à sa fonction d'avocat dans une déclaration qui vaut son pesant de plaidoiries :

"A titre personnel, j'ai pris la décision de me consacrer maintenant exclusivement à ma famille politique et à mon pays, je vais donc cesser mes fonctions d'avocat. Je vais les cesser maintenant, parce que je considère que la situation de la France est tellement grave qu'il faut nous mobiliser."
Je me dis que je suis peut-être le seul à trouver drolatique une telle déclaration, car j'ai entendu plusieurs journalistes en donner lecture en gardant le plus grand sérieux.

Compatissons donc aujourd'hui au moins avec ces anciens élus ou ministres qui vont peut-être, dans la suite, être conduits à interrompre ou à limiter des activités fort rémunératrices, en se disant toutefois qu'ils auront eu la chance de profiter de l'année d'existence du décret Fillon pour accéder définitivement à une profession à laquelle rien ne les avait ni préparés, ni qualifiés. C'est toujours ça de pris et cela devrait d'ailleurs quelque peu tempérer la compassion que j'éprouve à leur endroit.

Monsieur Copé peut toutefois susciter la compassion. Après avoir été égratigné par Martin Hirsch dans son livre, et étant, ces derniers temps, déjà fort bas dans l'opinion, il a même été l'objet, dans son propre parti, de critiques discrètes sur sa "transparence". Ainsi, Laurent Wauquiez, son propre vice-président de l'UMP, a-t-il suggéré (suivez mon regard !) que tout parlementaire exerçant, par exemple, la profession d'avocat communique le nom de ses clients et ses honoraires.

Or les honoraires de J.F. Copé avaient déjà fait débat, il y a trois ans. En effet, en 2007, M. Copé était entré dans le grand cabinet d'affaires parisien Gide-Loyrette-Nouel, comme collaborateur à temps partiel. Cela avait fait jaser à gauche bien entendu, mais aussi chez certains UMP, qui jugeaient une telle activité incompatible avec la fonction de président de groupe à l'Assemblée Nationale. Sa rémunération au sein de ce cabinet (qui bien entendu restait, sur ce point, aussi muet que l'intéressé) avait été évoquée, dans Rue89 comme dans Mediapart, 200.000 euros annuels étant le montant le plus souvent avancé, sans qu'il soit confirmé. Devenu Secrétaire Général de l'UMP en novembre 2010,J.-F. Copé avait abandonné son activité d'avocat dans ce cabinet, mais décidé de poursuivre cette activité à titre individuel, en tant qu'avocat indépendant.
Il vient de se résoudre à y renoncer, pour assurer le salut national... Dont acte !

 

jeudi 29 novembre 2012

De l'UMP aux Propos d'O.L. Barenton, confiseur.


Vous me pardonnerez de prendre les choses d'un peu loin, mais la figure que je vais évoquer ici, celle d'un auteur injustement méconnu, Auguste  Detœuf, mérite pourtant  d'être considérée un moment, car ce personnage singulier dans sa carrière comme dans sa vie, possédait un robuste sens de l'humour. Je résume les choses et j'en viendrai ensuite à mon propos du jour.

Polytechnicien, Ingénieur général des Ponts et Chaussées, Auguste Detœuf débute en 1908 aux Travaux hydrauliques de la marine à Cherbourg avant d'être ensuite nommé au Havre en 1912. Passionné par les problèmes d'exploitation portuaire, il met en œuvre ses idées pendant la guerre 14-18 où il est affecté à la commission des voies navigables. Directeur du port de Strasbourg, il deviendra ensuite Directeur général de Thomson-Houston et est, de 1928 à 1940, le premier président d’Alsthom. De ce fait, sous l'Occupation, Auguste Detœuf sera président du comité d'organisation des industries de la construction électrique, l'un des comités d'organisation mis en place par Vichy. Auguste Detœuf est toutefois demeuré plus connu pour son recueil intitulé les Propos d’O.L. Barenton, confiseur que par ses autres activités.

Me voici rendu à mon sujet comme on dit dans les neiges ! Puisque j'en suis aux confidences (elles sont rares dans ce blog, vous en conviendrez), je vous dirai que j'ai lu ce livre il y a très longtemps car mon frère aîné l'avait offert à mon père en je ne sais quelle circonstance et, comme tous les enfants de mon époque, j'étais friand de lectures ... faute d'autre chose.

Auguste Detœuf y raconte une histoire dont je me suis toujours souvenu (j'ai oublié le reste) et que je crois avoir déjà utilisée dans mon blog, mais il y a si longtemps que nul ne peut plus s'en souvenir. La voici telle qu'elle restée dans ma mémoire. A peine en ferai-je une très légère adaptation  à la situation présente pour justifier le titre que j'ai donné à ce post.

Dans une campagne riante, deux gendarmes, le maréchal des logis François et le gendarme Jean-François cheminent paisiblement sur un agreste sentier. Ce sont depuis longtemps des compagnons de travail et ils se connaissent bien, même s'ils ne s'estiment pas forcément l'un l'autre autant qu'on pourrait le penser.

A un détour du sentier, voici qu'ils découvrent, au beau milieu du chemin, une énorme bouse de vache toute fraîche. Le maréchal des logis François, d'humeur facétieuse, sort de sa poche une belle pièce de cinq francs et propose à son collègue : « Si tu manges cette bouse de vache, je te donne ces cinq francs ! ». Le gendarme Jean-François est tenté par la proposition car il a furieusement besoin de cinq francs. Il se résout donc, non sans répugnance et hauts-le-coeur à manger la bouse de vache. Le maréchal des logis François est fort désappointé et regrette son imprudente proposition, car il espérait bien que son collègue ne parviendrait pas au bout de cette épreuve. Mais ce qui est dit est dit et il doit remettre sa belle pièce à son collègue.

Un peu plus loin, sur ce même sentier où la vache a dû les précéder de peu, ils découvrent à nouveau une bouse de vache, aussi grosse et fraîche que la précédente. Le maréchal des logis François voit là une occasion de récupérer sa pièce car il ne parvient pas à se consoler de sa perte. Aussi propose-t-il au gendarme Jean-François : « Si je mange à mon tour cette bouse de vache, est-ce que tu me rends mes cinq francs ? ».

Le gendarme Jean-François est partagé, il hésite mais finalement se résout à accepter la proposition. François, malgré quelques hauts-le-cœur et difficultés qu'on imagine volontiers, mange la bouse de vache. son collègue lui rend donc la pièce de cinq francs, non sans quelque regret.

Nos deux gendarmes reprennent alors leur chemin, comme si rien ne s'était passé, mais en ayant mangé chacun une belle bouse de vache. Tout cela est évidemment sans rapport avec l'élection à la présidence de l'UMP ; la preuve c'est que le livre d'Auguste Detœuf date de 1948 !

 

 

 

 

lundi 26 novembre 2012

L'UMP à l'école : arithmétique et géographie


Si la bataille de chiffonniers qui se déroule actuellement à l'intérieur de l'UMP m'amuse, comme toute la France, pour reprendre une formule chère à Jacques Chirac et à laquelle je ne me risquerais pas sans cette illustre référence que j'assortis ici de prudents guillemets "ça m'en touche une sans faire bouger l'autre !". En d'autres termes, je suis totalement indifférent aux dissensions internes d'un parti qui ne me concerne en rien.

En revanche, deux aspects me paraissent extravagants et je suis étonné qu'ils ne fassent ni l'objet d'un débat interne à l'UMP (ce qu'explique évidemment la mauvaise foi totale du président potentiel qui, sur ce terrain, bat, de très loin et très nettement, son adversaire), ni surtout d'observations de la part de la presse que j'ai pu lire.

Si j'ai bien compris (et vous m'arrêterez et me corrigerez si je me trompe), les élections UMP ont eu lieu le dimanche 18 novembre 2012. Alors qu'on attendait les résultats pour le soir même, il n'en a rien été et, après que les candidats, contre toute attente, eurent, chacun de leur côté, annoncé leur victoire, il a fallu attendre le mardi 20 novembre 2012 pour que la commission bégayante (dans sa dénomination de COCO je ne sais quoi comme dans son activité) annonce enfin que Jean-François Copé était vainqueur avec un écart de voix très réduit qui, dans les premières annonces, allait de 93 à 98 avant de s'arrêter pour finir sur 98. Edifiant !

Il a été unanimement constaté que le vote lui-même avait été extrêmement long et que certains électeurs, au bout d'une heure ou deux d'attente, avaient renoncé (sans doute vu leur âge) à participer à ce scrutin, lassés qu'ils étaient d'attendre ou pris de malaises. L'explication avancée était que, outre le choix d'un candidat (entre Copé et Fillon), ils avaient à se prononcer sur des motions (quatre je crois), procédure dont on voit mal pourquoi elle pouvait si considérablement retarder les opérations de vote. Tout cela était-il une ruse pour expliquer qu'à peine plus de la moitié des 310.000 adhérents avaient pris part à ce scrutin si important?

Les deux candidats ont dénoncé, en termes vagues, des manœuvres frauduleuses de leur adversaire, mais, comme la commission électorale avait rendu son verdict à partir de résultats (que personnellement je n'ai jamais vus nulle part avec mention des scores de chacun des deux candidats ni de mention des bulletins nuls) et que les partisans de l'un et l'autre camp, qui se trouvaient dans cette commission, avaient approuvé ces résultats le mardi 20, on peut admettre qu'ils étaient, dès lors, définitifs, quelles que soient, par ailleurs, les réserves qui pourraient être faites dans la suite.

Bref ! Mardi 20 novembre 2012 au soir, tout était donc réglé de façon définitive.

Mais est apparu mercredi 21 un élément nouveau, de nature tout à fait différente car il ne s'agit en rien d'une fraude classique mais d'une erreur de la Commission électorale et qui, de ce fait, est SEUL, en revanche, susceptible de modifier ces résultats car il s'agit de l'omission (inouïe) par la commission électorale des votes de divers lieux exotiques. On a parlé d'abord de Mayotte, puis ensuite de la Nouvelle-Calédonie et de Wallis-et-Futuna dont les résultats n'auraient pas été pris en compte par la commission dans la totalisation et le décompte opérés du 18 au 20 novembre 2012. Ces omissions ont été dans la suite reconnues et confirmées par le président de ladite commission.

La seule issue possible à pareille situation était dès lors des plus simples. On gardait les résultats annoncés mardi (qui donnaient Copé vainqueur de 98 voix) et on ajoutait à ces résultats, approuvés par tous et entérinés par la commission pour tous les autres lieux de vote, les voix qui résultaient de la prise en compte des trois lieux omis (Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna). On peut évidemment s'étonner d'un tel oubli et le fait que ces votes aient eu lieu avant ( le samedi 17 et non le dimanche 18), comme toujours, en raison du décalage horaire, n'est évidemment pas une excuse, même s'il peut, éventuellement, constituer une explication.

Pourquoi cette solution si simple, si logique et ajouterais-je la seule qui soit égale n'a pas été retenue ? Je n'en sais rien mais vu les conditions dans lesquelles se sont déroulés ce scrutin et l'établissement de ces résultats, il n'y a pas lieu de s'étonner. Tout semble indiquer que les membres de cette commission ne savent pas compter et les lenteurs sur l'établissement des résultats comme les incertitudes concernant les écarts de voix, si minimes qu'ils soient, le confirment. Tout cela me fait penser aux dernières présidentielles congolaise ou haïtienne, ce qui est tout sauf flatteur pour une démocratie !

Si, à l'UMP, on ignore l'arithmétique élémentaire, on n'est guère meilleur en géographie. L'association de territoires du Pacifique (la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna) et de Mayotte (qui se situe dans l'océan Indien) a de quoi étonner. L'explication par le décalage horaire aurait dû conduire, dans ces conditions, à intégrer à cet ensemble La Réunion qui, faut-il le rappeler, se situe à l'Est de Mayotte (les Comores sont dans le Canal de Mozambique!) et qui donc aurait dû être incluse dans la zone oubliée.

Tout cela est parfaitement abracadabrant(esque) comme disait l'autre et on ne peut que frissonner rétrospectivement en pensant que ce parti a gouverné la France dans la décennie qui vient de s'écouler.

Petite blague sans rapport avec ce sujet pour finir un peu plus gaiement. On a lu, dans toute la presse, un à peu près sur l'"ayraultport de Nantes", mais on ne semble pas avoir pensé à le prolonger avec "l'Ayraultport de Notre Dame d'Hollande", Ségolène, dans sa Charente voisine, est pourtant parfaite en Notre Dame pour compléter le trio de l'Ouest socialiste!

dimanche 27 mai 2012

"Je t'aime moi non plus" (version UMP)

Si les antagonismes et les dissensions au sein de l'UMP sont multiples (mais pas plus qu'ailleurs sans doute sauf lorsqu'apparaît un fromage à l'horizon), tout le monde les connaît depuis longtemps. Les Guignols de l'Info ont même, naguère, fait une de leurs spécialités des affrontements entre les uns et les autres, Bertrand et Chatel rivalisaient dans la flagornerie auprès du maître ; on savait aussi que le "collaborateur" Fillon n'était pas non plus, forcément, en odeur de sainteté auprès de Nicolas ni des ténors de son propre parti qui tous, de ce fait même, guignaient sa place.

On sait aussi que pour des raisons, qui lui appartenaient sans doute, Nicolas Sarkozy, sans élection, avait mis Jean-François Copé à la tête de l'UMP, en le flanquant toutefois, explicitement et étroitement, de son cher Hortefeux chargé de le surveiller et de le contrôler sur tous les points et qui, dans les circonstances présentes est curieusement absent.

On s'est interrogé sur la prise de position soudaine de François Fillon alors qu'elle était pourtant parfaitement claire et totalement prévisible, si l'on avait écouté, dans les jours précédents, Jean-François Copé. Celui-ci, en effet, se prévalait de sa position à la tête de l'UMP pour revendiquer la gouvernance du parti, au moins jusqu'au congrès de l'automne et plus si affinités! Il avait bien l'intention de mitonner la suite à son profit.

Il est clair que François Fillon ne pouvait laisser s'accomplir ce plan ; faute d'être en mesure de laisser les choses en l'état, il fallait qu'il provoque un incident propre à remettre les cartes sur la table. C'est très exactement ce qu'il a fait et la suite à montré que c'était effectivement là le comportement à tenir. Jean-François Copé a été conduit à battre aussitôt en retraite, affirmant, toujours sans rire (car cet homme est d'un sérieux imperturbable), qu'il n'était pas question que quiconque revendique la direction du mouvement qu'il s'était pourtant lui-même approprié, explicitement et publiquement, quelques jours auparavant.

Comble de malheur, dans tout cela, nous avons été hélas privés des commentaires éclairés de Jean-Michel Patati, le grand expert en la matière, qu'une situation économique difficile avait conduit, durant la présidentielle, à accepter de faire des "ménages" alimentaires dans Gala (Je vous jure que c'est vrai car j'ai eu en mains les pièces à conviction chez mon coiffeur !). En plus gravement touché, en ces lieux insalubres, par le virus people, il a, dans la foulée, retour de Gala, fait sa valise pour filer à Cannes faire le pitre au Grand journal festivalier de Denisot où l'on n'a guère causé politique !  

Bref ! On a donc eu samedi 26 mai 2012, une jolie reprise de "je t'aime moi non plus" par les duettistes de l'UMP ( en attendant l'entrée en scène ultérieure d'un choeur plus étoffé car piétinent et font des vocalises, derrière le rideau NKM - si elle survit aux législatives -, Wauquiez, Juppé, Bertrand, etc.).

Copé qui avait préparé la salle était installé au premier rang de la manifestation (normal car c'est lui qui recevait, somme toute) ; Fillon est arrivé après et l'a rejoint dans une scène d'anthologie, où les deux rivaux se sont tout de même serré la main pour la photo, mais sans s'accorder le moindre regard ni échanger la moindre parole.

Après "Je t'aime moi non plus", ce fut donc, deux heures d'horloge durant, "Embrassons-nous Folleville" avec toute la gamme des protestations d'unité ("dans la diversité" bien sûr) et de parfait accord dans la campagne des législatives ; chaque grosse nuque de l'UMP a repris tour à tour ce refrain aussi éculé qu'inattendu, avant qu'un farceur, en fin de séance, pose la question de savoir s'il n'aurait pas fallu faire appel, en ces circonstances difficiles, au « meilleur d'entre nous », comme à l'accoutumée « droit dans ses bottes ».

L'histoire ne dit pas si Alain Juppé a modestement rosi en la circonstance.

jeudi 25 août 2011

Fiscalité : niches à chiens ou niches à saints?

Selon Wikipedia "Une niche fiscale peut être, soit une dérogation fiscale qui permet de payer moins d'impôts lorsque certaines conditions sont réunies, soit une lacune ou un vide législatif permettant d'échapper à l'impôt sans être en infraction".
Une nouvelle fois, il n'est plus question que de niches fiscales sans que, dans les commentaires qu'on en fait, nous soyons mieux éclairés sur le registre métaphorique de cette expression.

La niche est, de façon commune, la maison du chien. Toutefois, on voit pas comment le fisc peut s'introduire dans une telle métaphore, le contribuable étant moins, en général, un chien qu'un cochon (de payant)! Certes, on est porté à penser que nombre de ces niches sont occupées par des molosses, à voir la crainte qu'elles inspirent à tous ceux qui semblent avoir l'idée, sincère ou feinte, de leur porter atteinte ou de les supprimer. Pourtant, sans être un grand connaisseur en matière de chiens, j'observe que ces animaux préfèrent souvent se tenir n'importe où plutôt que dans la niche qui leur est en principe dévolue.

Si les chiens sont censés être les occupants de niches qu'ils délaissent souvent et volontiers, il est d'autres niches, celles des saints dont leurs occupants ne sortent guère. Elles ne constituent pas pour eux des abris ou des refuges, mais visent plutôt à les mettre en évidence, souvent dans des poses avantageuses ou traditionnelles, pour permettre à leurs admirateurs de venir les solliciter ou les prier.

J'incline à croire que, contre toute attente, celui qui a inventé cette expression et qui est assez modeste ou prudent pour ne pas se faire connaître, avait plutôt en tête les saints que les clébards, même si à voir la difficulté qu'il y a à y toucher ou même à s'en approcher, on pourrait penser qu'il s'agit plutôt des seconds que des premiers.

C'est à cette réflexion sur le sens réel de cette expression que j'en suis venu en écoutant ce matin Jean-François Copé qui devait être interviewé par Jean-Jacques Bourdin sur RMC-BFM TV. Ce dernier, comme à son habitude, s'était livré à quelques rodomontades liminaires en annonçant qu'il allait recevoir cet homme politique et qu'il allait lui parler, en particulier, de la "niche" Copé, qui fait beaucoup jaser, en ce temps de restrictions, en raison des milliards qu'elle a coûtés à l'État depuis sa création.

Il est probable que Jean-François Copé avait écouté ces propos préalables et qu'il s'était préparé à un éventuel assaut du journaliste sur ce point, même si il est suffisamment habitué à ce genre d'exercice, pour savoir que les choses n'allaient sans doute pas aller très loin. Copé, sentant la faiblesse de sa propre position, a toutefois eu la prudence de museler d'emblée Bourdin qui commençait à parler des riches et du grand capital. Le sujet est à la mode en ce moment puisque ses représentants, qui poussent habituellement des cris d'orfraie à la moindre menace sur leurs capitaux, ont poussé le culot communicationnel, jusqu'à proposer d'augmenter (rassurez-vous légèrement et provisoirement) leur contribution fiscale personnelle au budget de la France, sans doute pour couper court à des augmentations plus fortes et définitives! Copé a donc été assez rusé à ce moment pour évoquer immédiatement, quand Bourdin a abordé le sujet, la situation de son propre employeur, RMC-BFM TV qui est le média avéré du grand capital. Cette allusion menaçante, si légère qu'elle ait été, a sur le champ calmé son intervieweur qui est aussitôt passé à autre chose.

Un mot sur la fameuse "niche Copé". Si l'on en parle beaucoup, on ne nous dit guère ce qu'elle est et moins encore ce qu'elle nous a coûté. Il s'agit, en fait, d'une mesure qui a été prise par Jean-François Copé quand il était ministre du budget en 2007 et qui exempte du paiement de plus-values les ventes de filiales par une société ou un holding. La justification de la chose à l'époque était, que pour éviter les plus-values dans leurs ventes de filiales, les sociétés françaises, toujours aussi patriotes, allaient se domicilier en Belgique ou ailleurs, pourvu que ces pays n'imposent pas la plus-value dans ce type d'opération. Copé, avocat d'affaires à ses heures, connaissait bien le truc.

Le résultat est qu'en 2007 l'État français a perdu 3,4 milliards d'euros de plus-values, puis 12,5 milliards d'euros en 2008, selon les chiffres mêmes de Bercy. Pour éviter toute discussion oiseuse, sur ces données, disons qu'en trois ans la "niche Copé" a coûté au moins 12 milliards d'euros, soit ce que Fillon cherche désespérément. Autant dire que les 200 millions d'euros que l'on entend faire payer, à titre exceptionnel et provisoire, aux "riches" ne représentent pas grand-chose à côté !

Le coût de la "niche Copé" s'est réduit depuis 2008, pour la simple raison que la crise a fait que les industriels ont craint de vendre des filiales à perte et ont préféré attendre que les choses s'arrangent, si elles doivent s'arranger un jour.

Naturellement Jean-François Copé nous a refait le numéro habituel : si l'on s'en prend aux riches, ils iront à l'étranger et en particulier en Belgique, ce qui au moins aura l'avantage, un jour peut-être, de faciliter la réunion de la Wallonie à la France. Toutefois, il faudra maintenir pour ces riches Français expatriés ce régime fiscal, comme l'Alsace et la Lorraine ont gardé des dispositions antérieures à la loi de séparation de l'église d'État !

De toute façon, chacun sait que la plupart des riches (les vrais bien sûrs !) ont soit choisi un domicile fiscal à l'étranger, soit utilisent, dans toute leur diversité et leur étendue, les dispositions fiscales qui leur permettent d'échapper largement à l'impôt, sans parler des évasions fiscales qui sont bien connues de tous, à commencer par les services du Trésor. Au fait que sont devenus les 3000 évadés fiscaux de Suisse que le ministre Woerth avait débusqués à son époque?

On parle ici ou là de déchéance de la nationalité française pour des naturalisés condamnés, mais c'est par là qu'on devrait commencer ! Il y aurait une mesure simple, efficace et gratuite qui serait, tout simplement, de déchoir de la nationalité française tous ces Français qui sont, plus ou moins, domiciliés à l'étranger (et qui continuent, pour bon nombre d'entre eux, à vivre, eux et/ou leurs familles, en France). On pourrait surtout, de ce fait, leur interdire tout usage des services publics français. Ainsi les écoles et les universités de France seraient fermées à leurs enfants (sauf à payer des droits extrêmement élevés - les coûts réels - pour leur inscription). L'accès aux services de santé français ne leur serait possible, en quelque sorte, qu'à prix coûtant, plein pot, c'est-à-dire à 5 000 ou 10 000 € la journée d'hospitalisation. De telles dispositions ne permettraient sans doute pas de combler le déficit abyssal qui est le nôtre, mais elles auraient au moins le mérite de moraliser quelque peu cette situation; de telles dispositions, évidemment, seraient étendues à tous ceux qui seraient surpris dans le cadre d'un grave délit de fraude et d'évasion fiscales.

Le seul moyen de vider les niches fiscales de leurs saints et/ou de leurs chiens est de les rendre tout simplement assez inhospitalières pour les en chasser définitivement.