Les politiciens nous prennent vraiment pour des imbéciles.
Vous aurez observé que j'ai employé ici volontairement le mot "politicien", dans le vrai sens qu'il a en français et qui est, le plus souvent, péjoratif ce qu'ignorent la plupart des gens qui usent de ce terme ; si l'on vise une dénotation pure et simple, il vaut mieux dire les hommes politiques, les femmes politiques ou, plus brièvement, les politiques.
Mais là n'est pas le sujet dont je veux traiter!
La commedia dell'arte politique à laquelle nous assistons en ce moment et qui a commencé bien avant l'éviction inopinée (surtout pour elle !) de cette pauvre Delphine Batho et qui se prolonge avec l'affaire du Tricastin tient essentiellement à ce qu'en réalité, le parti socialiste et les Verts d'EELV sont des ennemis naturels, puisque leurs électorats sont partiellement communs. L'alliance, que Martine Aubry a conclue naguère avec les Verts et qui leur accordait un nombre d'élus sans le moindre rapport avec leur poids électoral réel, avait fortement déplu à François Hollande (comme sans doute à Martine Aubry elle même), mais il avait été secrètement ravi sans doute d'avoir eu la chance de ne pas être obligé de la conclure lui-même, ce qu'il aurait bien été forcé de faire s'il s'était trouvé dans la même situation à la tête du PS.
Comme dit le bon peuple, il y a donc, clairement et depuis le début, de "l'eau dans le gaz" entre les socialistes et les Verts ; on ne comprend d'ailleurs pas qu'Hollande n'ait pas fait de Placé, la grande gueule de service, un sous-secrétaire d'Etat adjoint aux anciens combattants ce qui lui aurait aussitôt fermé la dite gueule.
En tout état de cause, le PS et EELV se tiennent, les uns et les autres, par la barbichette. S'il y a trop d'eau dans le gaz ou pire encore du gaz dans l'eau et que ça pète, ils n'arriveront pas à faire listes communes pour les municipales ; les socialistes risquent alors une lourde défaite et il en est de même pour les Verts, sans compter les postes de députés, de sénateurs ou de ministres auxquels celles et ceux qui les occupent n'ont aucune envie de renoncer, tandis que les autres Verts, qui rêvent simplement d'être califes à la place des califes devront s'asseoir sur leurs ambitions. On s'en tiendra donc inévitablement à des escarmouches dont cette pauvre Delphine Batho a fait les frais et cela d'autant que si elle était elle-même, en principe, socialiste, elle s'était elle aussi brouillée avec sa bienfaitrice d'antan, l'infortunée Ségolène qui n'est pas le meilleur appui au sein du PS.
Que voulez-vous ? La politique c'est comme ça ! Comme disait l'autre : "Ces choses-là sont rudes, il faut, pour les comprendre, avoir fait des études ». Et de préférence dans la promotion Voltaire de l'ENA.
Il y a donc de "l'eau dans le gaz" entre les alliés de la coalition au pouvoir et une partie de leurs différends vient curieusement de ce qu'on craint qu'il n'y ait un jour du "gaz dans l'eau !".
Ce titre m'est venu suite à la double considération de la chose politique française et de la résurgence de plus en plus fréquente de l'affaire du gaz de schiste. Un documentaire sur le sujet, "Gazland" a même été diffusé à la télé il y a quelques jours, à une heure de grande écoute. Je pense que ce n'était pas tout à fait par hasard. Très critique, il concernait essentiellement l'exploitation du gaz de schiste aux États-Unis. On y voyait, à de nombreuses reprises, des gens mettre le feu à l'eau qui sortait de leur robinet (car il y avait dans cette eau du gaz inflammable) et tout autant de responsables politiques ou industriels qui, tout en affirmant que ladite eau était parfaitement consommable, refusaient tous obstinément d'en boire la moindre goutte (ce gag a été répété à plusieurs reprises au cours du film).
On avait appris, de sa bouche même, quoiqu'à mots couverts, mais par ailleurs fort clairement, que Delphine Batho, ministre de l'écologie, avait été virée sur intervention de lobbys industriels favorables au gaz de schiste. Détail pittoresque mais fâcheux, on a appris, en cette même circonstance, que l'épouse de Monsieur Crouzet, patron de Vallourec, grande société productrice de tuyaux dans les domaines pétrolier, gazier et nucléaire, est, en fait, contre toute attente, le mari de Madame Sylvie Hubac, directrice de cabinet de François Hollande. Cette-ci, fort opportunément, ne porte pas le nom de son mari, quoiqu'ils soient mariés depuis trente ans et que la chose ne soit guère dans les habitudes françaises, surtout dans le milieu en cause et quand on n'est ni artiste ni auteur !
Au même moment ou à peu près, Arnaud Montebourg, le rebelle de service, a remis sur le tapis médiatique l'affaire du gaz de schiste, en demandant, non sans une solide dose de bon sens, qu'on "explore" (c'est le terme dont il use) la question au lieu d'interdire purement et simplement l'exploitation du gaz de schiste, sans même savoir de quoi on parle, comme le fait la loi Jacob de 2011 que conteste actuellement, en justice, une société américaine Schuepbach qui s'était vu accorder, auparavant, un permis d'exploitation qu'on lui a ensuite retiré (l'affaire va aller devant le Conseil constitutionnel). Des esprits chagrins pourraient noter et faire valoir que Monsieur Jacob, qui s'est surtout illustré dans le débat parlementaire sur les déclarations de patrimoine des parlementaires, en défendant un amendement qui visait à supprimer la pénalisation des déclarations « sciemment » erronées, texte qu'il dut finalement retirer, semble quelque peu lui, le représentant de lobbys agro-machin, puisqu'il a fait à peu près toute sa carrière pré politique au Centre national des jeunes agriculteurs.
Le problème est que, comme toujours en France, nous ne disposons d'aucune information sérieuse sur cette affaire ; la seule émission un peu intelligente et informée que j'ai pu voir sur la question était le "C plus clair" du 12 juillet, qui ,fort heureusement, s'est tenu en l'absence d'Yves Calvi (déjà en vacances chez son pépé), ce qui nous a dispensé de l'inévitable présence à l'écran de Christophe Barbier et des diverses plumes du Figaro. On a pu enfin avoir des informations de gens qui savaient de quoi ils parlaient au lieu de se borner à écouter les platitudes éculées des journalistes ignorants qui peuplent notre PAF.
Arnaud Montebourg prend donc des positions, dont certains s'étonnent, non sans candeur, qu'elles n'entraînent pas son éviction du gouvernement ; cette crainte est évidemment totalement infondée puisqu'il est clair qu'Arnaud Montebourg, Monsieur 17% aux primaires du PS, dit des choses que n'osent et ne peuvent nous dire ni François Hollande ni Jean-Marc Ayrault! En la circonstance, elles sont d'ailleurs l'expression du simple bon sens et j'ai personnellement tenu dans mon blog des propos quasi identiques depuis longtemps, en pensant qu'avant de se prendre aux cheveux sur la question de la fracturation des schistes bitumineux, on ferait mieux d'abord de faire un inventaire géologique sérieux des richesses dont nous disposons réellement, des bénéfices que nous pourrions éventuellement en tirer, des modes d'exploitation possibles (méthane ?) comme des risques qui pourraient s'attacher à cette fracturation et qui ne sont pas seulement celui de la pollution de l'eau, mais également celui de la dispersion dans l'atmosphère de gaz qui ne serait pas retenu dans le sous-sol comme dans l'exportation pétrolière et gazière traditionnelle.
Bien entendu pour informer l'Etat et orienter ses choix stratégiques, il faut avoir des informations et des données incontestables sur ces questions. Tout cela ne peut résulter que de programmes de recherche, sérieux et porteurs (on en cherche!); c'est là ce qui doit compter dans les décisions et les choix à venir et non pas l'avis ni des représentants des lobbies céréaliers ni d'hurluberlus, si verts qu'ils soient.
Eau dans le gaz ou gaz dans l'eau ? Les deux questions sont finalement plus liées qu'on pourrait le croire.
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mercredi 17 juillet 2013
samedi 18 mai 2013
Gazole et essence : raffinage et enfumage.
En moment où notre
Président de la République se voit "soldat de l'an II" et entreprend
de sauver la nation des menaces qui pèsent sur elle, je me permets, en la
circonstance et vu l'urgence, de lui faire une suggestion qui me paraît à la
fois facile à mettre en œuvre et porteuse d'avenir.
Un des problèmes de
la France tient au déficit de son commerce extérieur et une bonne partie de ce
déficit est de nature énergétique. Il tient, en particulier, à ce que nous
n'avons pas de pétrole (et hélas pas beaucoup plus d'idées, comme on va le voir
!) et que nous refusons de réfléchir sur les énergies fossiles que pourrait
nous fournir le gaz de schiste. Nous nous refusons à l'exploiter selon les
techniques actuelles (ce que je comprends tout à fait), mais dont nous refusons
même à laisser évaluer l'existence et les potentialités, ce qui pourrait
conduire à mettre en oeuvre des recherches sur des formes d'exploitation moins
nuisibles à l'environnement, puisque l'énergie fait partie, semble-t-il, des
préoccupations de notre gouvernement.
Pour en revenir à
notre déficit énergétique, il tient à ce que, non seulement nous devons
importer du pétrole mais également et en plus une énorme quantité de gazole,
sans cesse croissante, que nous ne sommes pas en mesure de produire, alors que
nous produisons, de façon totalement absurde, des excédents d'essence qu'il
nous faut ensuite essayer de vendre ailleurs. C'est Gribouille qui se jette à
l'eau pour ne pas être mouillé par la pluie ! Dans ce domaine comme dans bien d'autres,
nous marchons sur la tête en particulier grâce au génie industriel Monsieur
Jacques Calvet (en son temps PDG de Peugeot et grand apôtre du diesel et du
secret des feuilles d'impôts) qui à 82 ans jouit d'une fortune des plus confortables
(250 millions dit-on) et parvient même à se maintenir dans la rubrique people.
Bref le diesel (ou
gazole) représente plus de 80 % des carburants consommés en France c'est-à-dire
une quantité que nous sommes pas en mesure de produire puisque il nous manque
27% du total consommé. Notre déficit énergétique dépasse les 13 milliards et
l'importation du gazole en constitue une bonne partie même si le vague est
naturellement de rigueur en la matière. Entre 2002 et 2010, l'importation de gazole
a augmenté de plus de 15 % par an.
Je vous laisse le soin de faire le total ! En revanche, nous exportons de
l'essence ; naguère encore, les tankers chargés de gazole américain croisaient
au milieu de l'Atlantique ceux qui apportaient aux États-Unis les excédents de
notre essence française. Les États-Unis, qui sont réalistes eux, se sont
désormais libérés de cette sujétion et nous n'en avons que plus de difficultés
à vendre notre essence en Europe.
Je résume : nous produisons
beaucoup trop d'essence et beaucoup trop peu de gasoil ; de ce fait, non
seulement notre balance du commerce subit les conséquences ce cette inégalité
mais nos raffineries sont en crise, comme l'a montré la fameuse affaire de
Petroplus. Ces grands capitaines d'industrie, que le monde nous envie, et que
nous sommes obligés de payer des fortunes pour les empêcher de partir à
l'étranger (Quelle douce rigolade !) ont été incapables depuis 20 ans de voir
venir cette évolution (à moins qu'ils n'aient de bonnes raisons qu'ils nous
cachent, comme toujours drapés qu'ils sont dans le drapeau) et ils ont continué
à investir dans les unités de production d'essence Thomas Porcher, économiste
spécialisé dans le pétrole, résume ainsi les choses à propos des raffineries
françaises : "Les raffineries se sont tirées une balle dans le pied".
Des milliers d'emplois sont menacés et les raffineries Total de Dunkerque et
Petroplus du Bas-Rhin ont déjà fermé ; ça ne vous rappelle rien ?
En outre, nos
pétroliers viennent régulièrement pleurnicher dans les médias (leur
porte-parole, est, en général, un monsieur d'apparence fort respectable, dont
le nom est quelque chose comme Chianski ) ;ils soulignent régulièrement, les
pauvres, que les raffineries ne gagnent pas d'argent et que leurs marges sont trop
réduites. En fait, elles sont surtout gérées par des incapables puisque ils
continuent selon les errements antérieurs alors que la production d'essence
correspond à 113 % des besoins français ; sur la centaine de millions de
tonnes de capacité de nos raffineries, le taux d'utilisation est de 85 %, alors
que pour le gasoil nous ne pouvons même pas couvrir 75 % de la consommation
nationale. N'importe quel petit entrepreneur provincial illettré comprendrait que ça
ne peut pas durer, à moins que l'on ne souhaite justement que cela ne dure
pas !
En effet, ce que nous
disent moins ces pétroliers "mittaliens" et en particulier Total c'est
qu'ils sont en train de construire une immense raffinerie à Jubaïl en Arabie
Saoudite dont les coûts de production seront moindres du fait des salaires
(rassurez-vous les travailleurs ne sont pas saoudiens) et de la proximité des
puits de pétrole.
Un esprit simple
comme vous et moi (mais non pas un de nos grands capitaines d'industries avec
salaires mirobolant, stocks options, parachute doré et retraite chapeau), aurait
tenté, depuis 20 ans, devant la généralisation folle du diesel, d'adapter les
capacités de production des raffineries à cette nouvelle situation. Je n'entre
pas dans le débat sur l'adaptation écologique du gazole qui a mobilisé de façon
absurde l'attention puisque rien ne prouve qu'elle ait eu, sur le plan
sanitaire, les effets escomptés.
Qu'on ne vienne pas
me parler ici du prix de revient de ces deux carburants puisque, hors-taxes bien
entendu, le prix de revient du gasoil est, en gros, équivalent à celui de l'essence.
Pour prendre le cas du marché de Rotterdam, quand le gasoil coûtait 0,64 € du
litre en moyenne, il était de 0,61 pour l'essence sans plomb 95. Là aussi,
les chiffres varient à l'infini, mais les ordres de grandeur sont les mêmes. Donc
l'argument est sans portée ; il est évident que la différence de prix est
absolument sans commune mesure avec le coût imposé à la France sur le plan du
commerce extérieur.
On est parfaitement en
mesure de tirer plus de gazole d'un baril de pétrole en particulier grâce un
outil qu'on appelle "l'hydrocraqueur" qui d'ailleurs est en usage en
France à Gonfreville et à Lavera. Un hydrocraqueur, qui permet d'augmenter la
part du gazole, coûte 600 millions d'euros mais l'évolution des deux
raffineries citées prouve que la chose est possible.
Le problème n'est
d'ailleurs, à mes yeux, même pas là. Comme le Président de la République nous
l'a appris, le problème de l'énergie est en Europe et en France au centre de
ses préoccupations ; par ailleurs, on envisage de lancer des programmes de
recherche dans différents domaines très vastes dont celui de l'énergie. Au lieu
de faire de vastes projets et immenses programmes (dans le style du mythique
Grand Emprunt), pourquoi ne pas cibler
une recherche précise sur une question précise : "Comment produire, en
France et à moindre coût, (en réduisant bien sûr la production d'essence dont
on ne sait que faire) le gasoil dont notre pays a besoin ?" Il s'agit de lancer
sur cette question un programme de recherche avec un cahier des charges et un
calendrier précis, avec un jury associant chercheurs et techniciens industriels
et, à la clé, un prix ou quelque chose d'approchant et de financer totalement les
projets sélectionnés.
Une telle opération
serait de coût très réduit par rapport aux milliards que nous coûte chaque
année l'importation de gasoil produit à l'étranger. Bien entendu, il faut, sur
ce point, agir de façon très indépendante des pétroliers eux-mêmes dont le
lobby empêchera sans doute la réussite de cette opération car il est infiniment
probable que si la situation ubuesque que je viens de décrire s'est prolongée,
des décennies durant, c'est que l'industrie pétrolière y trouve son compte.
Sur ce point, et
comme sur bien d'autres, comme disaient les troubadors toulousains : "On
nous ment !" ou, comme on dit désormais, "On nous enfume!".
vendredi 26 avril 2013
Qatar "bifrons" (1)
J'aime bien le
titre du livre de Nicolas Beau et Jacques-Marie Bourget qui vient de
paraître chez Fayard : Le vilain petit
Qatar. Il est assurément bien trouvé, mais je lui préfère néanmoins celui
que j'ai donné à ce post, même s'il est un peu pédant. L'épithète "bifrons" était celle que les
Romains donnaient au dieu Janus qui, vous vous en souvenez peut-être, avait
deux visages. Je crois assurément que si le Qatar est incontestablement petit,
peut-être vilain, il est en tout cas, assurément, "bifrons" et en
joue de façon systématique et, il faut bien le dire, assez réussie, pour
l'instant du moins.
On l'a dit et
écrit cent fois déjà, le Qatar est grand comme la Corse et il a, en gros, la
population ; aux alentours de 200 000 habitants pour ne prendre en compte
que ceux qui sont d'authentiques nationaux, les deux millions n'étant atteints
que par l'adjonction 1.600.000 émigrés dont la grande majorité, les plus
humbles, sont dans une condition qui est proche de celle de l'esclavage. En
revanche ses richesses pétrolières et surtout gazières lui garantissent, selon
les experts, le maintien de la manne financière dont il bénéficie pour cent
soixante dix ans ! Le Qatar n'est dépassé, dans le classement des pays les plus
riches, que par le Luxembourg qui assurément n'a pas de gaz, mais beaucoup de
sociétés fort occupée à l''évasion et à la fraude fiscales.
Cela dit l'un et
l'autre de ces leaders de la richesse mondiale pourraient être menacés dans
leurs œuvres vives financières. Le Luxembourg par une réforme enfin sérieuse de
la finance internationale qui assurément prendra beaucoup de temps et ne
parviendra pas nécessairement son terme. Le Qatar par le fait que le fabuleux
trésor gazier de North Dôme qu'il partage avec l'Iran, en dépit de son
immensité et de sa richesse, est une ressource, sinon fragile du moins menacée,
en raison de la folie belliqueuse de l'autre co-exploitant, l'Iran. En effet,
si les événements liés aux ambitions nucléaires de l'Iran entraînaient des
réactions violentes des États-Unis, probablement via Israël, les menaces sur le
Golfe Persique et une éventuelle fermeture du détroit d'Ormuz pourraient, du
jour au lendemain, interrompre les activités et les exportations gazières dans
cette région, suspendant par là même la manne financière dont bénéficie le
Qatar.
Contre toute
attente, le Qatar a donc deux ennemis, bien différents, avec lesquels il vit
pourtant en relativement bonne intelligence surtout le premier : l'Iran et
l'Arabie Saoudite. Il est clair que la présence de ce puissant voisin qu'est
l'Arabie saoudite est la menace la plus réelle. Une bonne partie de la
politique du Qatar vise d'abord à s'assurer contre tout risque de ce côté-là.
C'est probablement ce qui a conduit le Qatar accueillir deux bases américaines
sur son territoire et même, semble-t-il, à assumer une bonne partie du coût de
leur fonctionnement.
Il y a également
une autre menace plus lointaine et d'un tout autre ordre. Elle tient à
l'exploitation de nouvelles ressources pétrolières ou gazières ; on pourrait même
dire que le principal ennemi, sur le plan économique, est pour le Qatar le gaz
de schiste qui a déjà rendu les Américains quasi autarciques en matière
d'énergie et dont l'exploitation ne peut qu'aller croissant malgré les cris des
écologistes. Par ailleurs l'Australie va développer considérablement, dans les
années à venir, ses infrastructures en matière de production gazière et
concurrencer de plus en plus le Qatar en Asie. Dès lors, le principal client du
Qatar pour son gaz ne peut être que l'Europe et il ne peut l'y acheminer
facilement, comme il pourrait le faire, si l'Arabie Saoudite lui permettait
d'établir des gazoducs sur son territoire, ce que refuse bien évidemment ce grand
méchant voisin au gentil petit Qatar!
Il faut bien
tout de même que j'en vienne à justifier cette insolite épithète latine dont
j'ai affublé ce pauvre Qatar. On peut dire que les relations que le Qatar
entretient avec les États-Unis illustrent parfaitement le double jeu du Qatar.
En effet des relations bilatérales, comme on dit chez les diplomates, sont bonnes
en apparence et les deux Etats ont même un pacte de défense. Pourtant, en même
temps, le Qatar soutient, un peu partout, les Frères musulmans, ce qui est un
peu étonnant vu la guerre que les États-Unis font au terrorisme. Ce double jeu
est apparu nettement, comme j'ai eu l'occasion de le préciser dans l'un de mes
posts intitulés "Honni soit qui Mali pense", à travers l'aide que le
Qatar, sous couvert d'action humanitaire, a apporté aux djihadistes du
Nord-Mali pourtant baptisés terroristes par la France et les USA.
Les choses sont toutefois
rendues très compliquées par le fait que, non seulement le Qatar soutient des
mouvements islamistes réputés terroristes, mais, en même temps, garde, ici ou
là, des objectifs nationaux spécifiques qui l'ont conduit, par exemple, en
Libye, à apporter son aide à la France et à la Grande-Bretagne dans la lutte contre
le colonel Kadhafi. Il en est de même en Syrie où le Qatar soutient et arme les
mouvements contre Assad, alors que naturellement l'Arabie Saoudite favorise le
régime en place. La chose tient, dans le premier cas, à ce que le Qatar avait
fait des investissements importants et entendait les protéger et même les faire
fructifier, quelle que soit l'issue du conflit. Il n'a donc pas mis tous ses
oeufs dans le même panierr, comme souvent ("bifrons"). En Syrie, les choses se présentent un peu
différemment, même si le Qatar souhaite le départ d'Assad dans l'espoir d'installer là-bas aussi les
Frères musulmans.
Le double jeu
qatari est illustré parfaitement aussi dans leur comportement à l'égard du
football. Il est bien évident que ce sport n'est en rien enraciné dans la
culture du Qatar; il y a là, sous couvert d'intérêt sportif, des ambitions à la
fois financières et géopolitiques comme toujours avec le Qatar. L'affaire s'est
jouée en particulier à travers les "influences" individuelles sur des personnages que ne tourmentent pas exagérément la déontologie et la question
des conflits d'intérêts. C'est ainsi que, après Zidane, Michel Platini, membre
du comité exécutif de la FIFA, qui a soutenu l'étrange projet du Qatar pour
l'organisation de la Coupe du monde 2022, a vu son fils nommé conseiller
juridique de Qatar Sports Investment ....par le plus grand et les plus heureux des
hasards. De la même façon, le gendre du roi d'Espagne, accusé dans son pays de détournement
de fonds publics, vient de se voir offrir la proposition d'être le coach de
l'équipe de handball du Qatar. Tout cela permet naturellement de favoriser des
décisions qui pourraient être discutables ou incertaines, car les traditions sportives, tant
pour le football que pour le handball, ne sont pas totalement ancrées dans la
culture de cet émirat.
Le vrai sport auquel
devrait s'intéresser le Qatar est plutôt le billard, car il y possède
manifestement des dispositions pour jouer à la fois sur plusieurs bandes.
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mercredi 25 juillet 2012
S.O.S.
Le désarroi de nos politiques fait peine à voir, même si, pour la plupart, ils continuent à plastronner ce qui, après tout, est bien normal et logique après deux mois d'exercice du pouvoir.
L'énergie et la bagnole sont à l'ordre du jour.
Pour la seconde, on murmure ce matin sur nos antennes que la solution miracle du "redressement économique" serait une prime de 7000 € pour une voiture électrique. MDR! Ça va coûter bonbon ! Encore pire que la prime à la casse !
Cette solution, que j'ai peine à prendre au sérieux est vraiment un emplâtre sur une jambe de bois, mais posé en outre à côté de la jambe! Par définition, il faudra mettre de l'électricité dans les voitures électriques et on nous annonce, en même temps, des hausses faramineuses du prix de l'électricité, sans même parler de la baisse de la production quand le nombre de centrales nucléaires va baisser.
C'est vraiment une version automobile et énergétique de L'aveugle au pistolet, le grand roman de Chester Himes.
Se greffe là-dessus l'affaire du gaz de schiste, qui a entraîné aux États-Unis une énorme baisse du prix du gaz ; on est passé, de ce fait, de 100 à 30 $ ; les immenses dégâts écologiques ne gênent pas les Américains puisque je crois bien que le gros de leur gaz vient du nord-est canadien et qu'après tout, si les Canadiens veulent massacrer toute une partie de leur territoire, c'est, en tout cas à court terme, leur problème et non celui du Texan qui consomme ce gaz.
Notre problème est que notre gouvernement écolo-socialiste, qui a subi sa première crise du fait de l'exploitation pétrolière en Guyane (qui a entraîné l'éviction de l'éphémère ministre de l'écologie) paraît frappé de terreur devant cette affaire ; ce n'est pas Mme Delphine Batho, si charmante qu'elle soit, qui paraît en mesure de régler la crise qui se profile.
Il faut dire que le problème est assez mal posé et que, comme dans le cas des OGM, on cède à la pression des plus extrémistes des militants écologistes ; il me semble bien avoir vu le patron de Greenpeace aller causer avec notre Premier Ministre à Matignon sur ces questions ; voilà qui n'est pas fait pour rassurer.
Nous ne manquons pas en France d'instituts de recherches ; nous pourrions parfaitement demander à l'un d'entre eux (sans aller jusqu'à réunir des états généraux du gaz de schiste !) de faire une étude sur cette question à la fois pour évaluer exactement nos réserves réelles (qui seraient immenses mais sans la moindre certitude) et surtout étudier les modalités d'exploitation de cette ressource si elle existe réellement et si l'on peut s'y livrer sans massacrer totalement l'environnement et en particulier les réserves d'eau.
Reste l'affaire d'Aulnay-sous-Bois qui ne comporte qu'un élément positif : le bilan de la société ; on nous annonçait 200 millions d'euros de pertes chaque mois or la société n'en a perdu que 135 ! Toujours ça de pris ou en tout cas de sauvé.
En revanche, ce qui est totalement ridicule est le débat sur la date de l'annonce de la décision de fermer l'usine en cause ; en effet, depuis un an, bien avant l'élection présidentielle, tout le monde savait (et toute la presse s'en était fait l'écho) que l'usine allait fermer, mais que le gouvernement précédent avait demandé de différer l'annonce officielle de la chose, pour ne la faire intervenir qu'après les élections. Comment peut-on maintenant discuter sur ce qui n'était un secret de polichinelle et alors que nous avons tous les documents dans la presse de cette période?.
Quant à la solution à tous ces problèmes, je n'en ai pas ; toutefois j'ai été content de voir Michel Rocard dire publiquement tout ce que j'avais écrit dans un blog des semaines avant, c'est-à-dire que les seules économies réelles, efficaces et importantes qu'on peut faire, résident dans le budget militaire et en particulier dans cette force nucléaire désuète, à laquelle nous nous accrochons et qui est aussi coûteuse qu'inutile.
Une fois de plus Michel Rocard a allié, dans cette affaire, le bon sens et le courage. Bravo !
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