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samedi 18 mai 2013

Gazole et essence : raffinage et enfumage.


Devrais-je préciser, une fois de plus, que je ne suis en rien spécialiste ni même vraiment informé des questions que je vais aborder et que mon propos n'est que celui du simple citoyen qui ne connaît que ce dont on veut bien l'informer et applique à cette information, qu'il s'efforce de vérifier, des raisonnements d'un simple bon sens qui ne paraît pas caractériser nos dirigeants politiques ou industriels.

En moment où notre Président de la République se voit "soldat de l'an II" et entreprend de sauver la nation des menaces qui pèsent sur elle, je me permets, en la circonstance et vu l'urgence, de lui faire une suggestion qui me paraît à la fois facile à mettre en œuvre et porteuse d'avenir.

Un des problèmes de la France tient au déficit de son commerce extérieur et une bonne partie de ce déficit est de nature énergétique. Il tient, en particulier, à ce que nous n'avons pas de pétrole (et hélas pas beaucoup plus d'idées, comme on va le voir !) et que nous refusons de réfléchir sur les énergies fossiles que pourrait nous fournir le gaz de schiste. Nous nous refusons à l'exploiter selon les techniques actuelles (ce que je comprends tout à fait), mais dont nous refusons même à laisser évaluer l'existence et les potentialités, ce qui pourrait conduire à mettre en oeuvre des recherches sur des formes d'exploitation moins nuisibles à l'environnement, puisque l'énergie fait partie, semble-t-il, des préoccupations de notre gouvernement.

Pour en revenir à notre déficit énergétique, il tient à ce que, non seulement nous devons importer du pétrole mais également et en plus une énorme quantité de gazole, sans cesse croissante, que nous ne sommes pas en mesure de produire, alors que nous produisons, de façon totalement absurde, des excédents d'essence qu'il nous faut ensuite essayer de vendre ailleurs. C'est Gribouille qui se jette à l'eau pour ne pas être mouillé par la pluie ! Dans ce domaine comme dans bien d'autres, nous marchons sur la tête en particulier grâce au génie industriel Monsieur Jacques Calvet (en son temps PDG de Peugeot et grand apôtre du diesel et du secret des feuilles d'impôts) qui à 82 ans jouit d'une fortune des plus confortables (250 millions dit-on) et parvient même à se maintenir dans la rubrique people.

Bref le diesel (ou gazole) représente plus de 80 % des carburants consommés en France c'est-à-dire une quantité que nous sommes pas en mesure de produire puisque il nous manque 27% du total consommé. Notre déficit énergétique dépasse les 13 milliards et l'importation du gazole en constitue une bonne partie même si le vague est naturellement de rigueur en la matière. Entre 2002 et 2010, l'importation de gazole a augmenté de plus de 15 % par an. Je vous laisse le soin de faire le total ! En revanche, nous exportons de l'essence ; naguère encore, les tankers chargés de gazole américain croisaient au milieu de l'Atlantique ceux qui apportaient aux États-Unis les excédents de notre essence française. Les États-Unis, qui sont réalistes eux, se sont désormais libérés de cette sujétion et nous n'en avons que plus de difficultés à vendre notre essence en Europe.

Je résume : nous produisons beaucoup trop d'essence et beaucoup trop peu de gasoil ; de ce fait, non seulement notre balance du commerce subit les conséquences ce cette inégalité mais nos raffineries sont en crise, comme l'a montré la fameuse affaire de Petroplus. Ces grands capitaines d'industrie, que le monde nous envie, et que nous sommes obligés de payer des fortunes pour les empêcher de partir à l'étranger (Quelle douce rigolade !) ont été incapables depuis 20 ans de voir venir cette évolution (à moins qu'ils n'aient de bonnes raisons qu'ils nous cachent, comme toujours drapés qu'ils sont dans le drapeau) et ils ont continué à investir dans les unités de production d'essence Thomas Porcher, économiste spécialisé dans le pétrole, résume ainsi les choses à propos des raffineries françaises : "Les raffineries se sont tirées une balle dans le pied". Des milliers d'emplois sont menacés et les raffineries Total de Dunkerque et Petroplus du Bas-Rhin ont déjà fermé ; ça ne vous rappelle rien ?

En outre, nos pétroliers viennent régulièrement pleurnicher dans les médias (leur porte-parole, est, en général, un monsieur d'apparence fort respectable, dont le nom est quelque chose comme Chianski ) ;ils soulignent régulièrement, les pauvres, que les raffineries ne gagnent pas d'argent et que leurs marges sont trop réduites. En fait, elles sont surtout gérées par des incapables puisque ils continuent selon les errements antérieurs alors que la production d'essence correspond à 113 % des besoins français ; sur la centaine de millions de tonnes de capacité de nos raffineries, le taux d'utilisation est de 85 %, alors que pour le gasoil nous ne pouvons même pas couvrir 75 % de la consommation nationale. N'importe quel petit entrepreneur provincial illettré comprendrait que ça ne peut pas durer, à moins que l'on ne souhaite justement que cela ne dure pas !

En effet, ce que nous disent moins ces pétroliers "mittaliens" et en particulier Total c'est qu'ils sont en train de construire une immense raffinerie à Jubaïl en Arabie Saoudite dont les coûts de production seront moindres du fait des salaires (rassurez-vous les travailleurs ne sont pas saoudiens) et de la proximité des puits de pétrole.

Un esprit simple comme vous et moi (mais non pas un de nos grands capitaines d'industries avec salaires mirobolant, stocks options, parachute doré et retraite chapeau), aurait tenté, depuis 20 ans, devant la généralisation folle du diesel, d'adapter les capacités de production des raffineries à cette nouvelle situation. Je n'entre pas dans le débat sur l'adaptation écologique du gazole qui a mobilisé de façon absurde l'attention puisque rien ne prouve qu'elle ait eu, sur le plan sanitaire, les effets escomptés.

Qu'on ne vienne pas me parler ici du prix de revient de ces deux carburants puisque, hors-taxes bien entendu, le prix de revient du gasoil est, en gros, équivalent à celui de l'essence. Pour prendre le cas du marché de Rotterdam, quand le gasoil coûtait 0,64 € du litre en moyenne, il était de 0,61 pour l'essence sans plomb 95. Là aussi, les chiffres varient à l'infini, mais les ordres de grandeur sont les mêmes. Donc l'argument est sans portée ; il est évident que la différence de prix est absolument sans commune mesure avec le coût imposé à la France sur le plan du commerce extérieur.

On est parfaitement en mesure de tirer plus de gazole d'un baril de pétrole en particulier grâce un outil qu'on appelle "l'hydrocraqueur" qui d'ailleurs est en usage en France à Gonfreville et à Lavera. Un hydrocraqueur, qui permet d'augmenter la part du gazole, coûte 600 millions d'euros mais l'évolution des deux raffineries citées prouve que la chose est possible.

Le problème n'est d'ailleurs, à mes yeux, même pas là. Comme le Président de la République nous l'a appris, le problème de l'énergie est en Europe et en France au centre de ses préoccupations ; par ailleurs, on envisage de lancer des programmes de recherche dans différents domaines très vastes dont celui de l'énergie. Au lieu de faire de vastes projets et immenses programmes (dans le style du mythique Grand Emprunt), pourquoi ne pas cibler une recherche précise sur une question précise : "Comment produire, en France et à moindre coût, (en réduisant bien sûr la production d'essence dont on ne sait que faire) le gasoil dont notre pays a besoin ?" Il s'agit de lancer sur cette question un programme de recherche avec un cahier des charges et un calendrier précis, avec un jury associant chercheurs et techniciens industriels et, à la clé, un prix ou quelque chose d'approchant et de financer totalement les projets sélectionnés.

Une telle opération serait de coût très réduit par rapport aux milliards que nous coûte chaque année l'importation de gasoil produit à l'étranger. Bien entendu, il faut, sur ce point, agir de façon très indépendante des pétroliers eux-mêmes dont le lobby empêchera sans doute la réussite de cette opération car il est infiniment probable que si la situation ubuesque que je viens de décrire s'est prolongée, des décennies durant, c'est que l'industrie pétrolière y trouve son compte.

Sur ce point, et comme sur bien d'autres, comme disaient les troubadors toulousains : "On nous ment !" ou, comme on dit désormais, "On nous enfume!".
 

vendredi 19 avril 2013

Essence vs gazole. Et vive la Père Ubu !


 

Faut-il que je rappelle une fois de plus que je suis nullement spécialiste de certaines des questions dont je parle mais que je me borne, à la différence de la plupart de nos médias, à une simple consultation des organes et des documents spécialisés.

Commençons donc par le plus simple et le plus évident : la France consomme chaque année,10 millions de tonnes d'essence qu'elle produit en excès, et plus de 33 millions de tonnes de gazole dont elle manque ; selon d'autres sources (l'Union française des industries pétrolières, mais les ordres de grandeur sont, en gros, les mêmes), en 2012, le gazole aurait représenté 80,1% des carburants consommés en France, ce qui constitue un record. La chose est, en somme, assez normale puisqu'en 2012, 72,9 % des voitures particulières vendues en France étaient des modèles diesel contre 55,2 % en moyenne en Europe de l'Ouest, seuls le Luxembourg et l'Irlande devançant la France sur ce terrain.

Jusque-là, au fond rien d'anormal, si ce n'est que cette situation dure depuis trente ans et que la France est totalement incapable de produire de telles quantités de gazole et que, pire encore, elle doit en importer des quantités de plus en plus considérables. Y-a-t-il un pilote dans l'avion ?  Entre 2002 et 2010, ses importations françaises de gazole (en valeur) ont été multipliées par plus de trois, tandis qu'en revanche, elle persiste à  produire trop d'essence et doit en exporter. Toutefois, en valeur (ce qui est une autre dimension très importante du problème), le déficit des échanges est très inégal ! La valeur des importations de gazole, qui était de 8,9 milliards d'euros en 2010, serait proche de 13 milliards pour 2011, tandis que les exportations d'essence, pour la même année 2011, ne seraient que de 2,8 milliards. Notre déficit énergétique est là !

Nous nous trouvons ainsi en face d'une situation absurde, puisque, dans le même temps où nous importons du gazole en quantités énormes, nous fermons des raffineries avec tous les problèmes sociaux qui en découlent (cette situation étant illustrée par le cas de Petroplus), ce qui amène à une réflexion sur ce problème, réflexion que nos compagnies pétrolières ont apparemment négligé ou refusé de prendre en compte – en fonction de leurs intérêts propres bien entendu.

Commençons assez logiquement la question du prix de revient et d'achat de ces produits. Hors-taxes, le gazole n'est pas moins cher que l'essence comme on pourrait le croire. Il est même un peu plus cher puisque sur le marché de Rotterdam, il coûte 64 centimes en moyenne contre 61 pour l'essence sans plomb 95. On pourrait même dire que ce coût relativement moins élevé de l'essence est largement annulé par le fait que la consommation de diesel est moindre, puisque sur un même trajet automobile et à motorisation équivalente, on consomme 15 % de moins de gazole que d'essence.

Comme je le disais précédemment, la France est donc obligée d'acheter à l'étranger du gazole et d'y vendre, sans doute à perte, ses surplus d'essence. Jusque vers 2006, ce trafic se faisait essentiellement en direction des États-Unis ; les navires transportant, les uns notre essence vers les États-Unis, les autres le gazole américain vers la France, devaient se croiser au milieu de l'Atlantique, à moins qu'on ait eu l'idée ingénieuse de charger en gazole américain au retour, les navires une fois vidés de leur essence française. Depuis 2006, ce commerce transatlantique s'est étiolé, la consommation d'essence américaine s'étant réduite et les échanges se faisant désormais essentiellement avec la Russie et l'Asie pour le gazole que nous importons, tandis que l'Europe constitue le principal client à l'exportation notre essence qui est achetée essentiellement par les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Belgique.

Il faut évidemment mettre en évidence l'explication historique d'une situation aussi absurde qui a conduit à multiplier par trois en gros nos importations de gazole et par deux nos exportations d'essence, sans que nous ayons jamais songé à changer les productions de nos raffineries, alors que nous développions, d'une façon totalement artificielle et volontariste au départ, la production française de véhicules diesel.

Les choses remontent en fait à la décision du général De Gaulle sur le nucléaire français qui a conduit, en particulier, à promouvoir massivement le chauffage électrique en France et par là a diminué les besoins en fioul domestique. Le choix du moteur diesel dans la suite allait dans le même sens. Le grand propagandiste en fut Jacques Calvet, le patron du groupe PSA, partisan si enthousiaste du gazole et adversaire si résolu de la publication de ses propres augmentations de salaires. il joua avec assez d'adresse sur le chauvinisme français qui est une réaction qui ne fait jamais défaut chez nous, en affirmant que nous étions "les meilleurs du monde en matière de diesel". L'industrie automobile française s'est donc employée, à partir des années 80-90, à améliorer avec succès les moteurs diesel, ce qui d'ailleurs conduisait à se gagner le puissant lobby des transporteurs routiers si prompts, pour appuyer leurs revendications, à bloquer les routes. Cette victoire du lobby routier a été marquée en 2007 lorsque l'Union européenne a accepté le principe du "gazole professionnel", pratiqué par la France, qui permettait aux transporteurs de se faire rembourser une partie de la taxe sur les produits pétroliers, à raison de cinq euros par hectolitre.

Les prix très bas du gazole en France résultent donc purement et simplement de la défiscalisation, ce qui veut dire, en d'autres termes, que c'est l'Etat c'est-à-dire l'ensemble des citoyens français (y compris ceux qui roulent avec des véhicules à essence) qui finance depuis trente ans les divers abaissements du prix du diesel.

Le vrai, et pourrait-on dire, le seul problème est le suivant : pourquoi l'industrie pétrolière française, dont on a souvent l'occasion souvent de sécher les larmes tout en constatant les colossaux bénéfices, ne s'est pas adaptée à cette situation?

Un mot sur la production de l'essence et du diesel ; les données sont, sur ce point,. à la fois précises mais variables selon les experts. Suivant sa masse volumique, 1 tonne de pétrole brut représente entre 7 et 9,3 barils, puisque curieusement le pétrole n'est pas vendu au kilo mais au litre ! La moyenne mondiale se situe aux alentours de 7,6 barils par tonne de pétrole Arabian Light courant ; on en tire 22 % d'essence, 9 % de kérosène et 27 % de gazole ; selon l'Institut français du pétrole, c'est plutôt 12 % d'essence, 37 % de kérosène de diesel et de fuel léger et 47 % de fuel lourd. Bizarre m'enfin !
 
Le problème est que, à partir des années 80, quant la France a fait le choix du diesel de façon massive, les pétroliers, en bonne logique, auraient dû s'adapter et tenter d'augmenter la proportion de production du gazole par rapport à celle de l'essence. Ils n'en ont clairement rien fait pour des raisons qu'ils sont sans doute les seuls à connaître, mais qui sont probablement d'ordre financier. On peut penser que, pressentant la crise mondiale liée surtout à la montée des producteurs asiatiques qui raffinent leur essence et leur gazole à moindres coûts, ils ont préféré (comme Monsieur Mittal et pour les mêmes raisons) fermer les raffineries françaises pour en ouvrir ailleurs plutôt que d'investir en France pour modifier leurs productions.

Le plus bel exemple et la preuve évidente est la future raffinerie Total en Arabie Saoudite qui permettra non seulement des coûts bien moindres, mais surtout est un outil moderne et efficace, susceptible de faire varier le ratio de la production entre le gazole et essence. Pourquoi ne pas l'avoir fait en France puisque différents outils techniques permettent de modifier ce ratio ? L'outil le plus commode et le plus efficace est sans doute "l'hydrocraqueur" qui permet de faire plus de gazole qu'une raffinerie classique. Deux raffineries seulement en ont en France, celle de Gonfreville et celle de Lavera (qui produit deux fois moins de gazole que la première). Un hydrocraqueur qui permet d'augmenter le pourcentage de production du gazole coûte certes, dit-on, 600 millions d'euros, mais vu les profits de Total, un tel investissement n'apparaît pas considérable et l'Etat qui engloutit en vain des dizaines de milliards depuis trente ans aurait pu intervenir!

On se trouve, une fois de plus, en présence d'une absence totale de vision et de stratégie industrielles de la part de ces grands patrons, que le monde entier nous envierait, mais qui, apparemment, sont surtout attentifs à leurs propres rémunérations comme à celles de leurs actionnaires, surtout quand par ailleurs, comme toujours chez nous, c'est l'État qui crache au bassinet comme dans le présent cas, à travers la défiscalisation du gazole dont je n'ose même pas imaginer ce qu'elle a pu coûter à la France depuis 30 ans !

 

lundi 11 février 2013

Diesel


Rassurez-vous, je ne vais pas vous parler mode, sujet auquel je n'entends rien (c'est toutefois un point commun à divers sujets que j'ai le front de traiter ici) ni automobile et carburant, sujet auquel je n'entends pas davantage et qui ne m'intéresse pas plus. Comme toujours, le point de vue que j'exprime ici est celui d'un Huron pourvu de ce bon sens élémentaire dont semblent dénué nombre de nos grands capitaines d'industrie comme, hélas, la plupart de nos politiques.

La France est, en effet, le pays du monde où l'usage du diesel (ou gaz-oil ou encore gazole) comme carburant est le plus répandu, puisque 75 % des véhicules qui circulent dans notre beau pays, utilisent ce type de carburant. Commençons donc par un doigt d'histoire l'explication de ce qui est, avec les droits de l'homme et le vaudeville une des spécificités françaises.

Le père de cette mode est Monsieur Jacques Calvet qui, après avoir été chez Giscard et dans la banque (j'espère qu'il y a mieux réussi), est entré chez PSA comme PDG et y resté entre 1983 et 1997. Il y était, vous en souvenez peut-être, somptueusement rémunéré, du fait en particulier des augmentations qu'il s'était consenties et, suite à la publication de sa feuille d'impôt par le Canard enchaîné, il a traîné cet hebdomadaire en justice dans un interminable procès qui a fini devant la Cour européenne de justice avec le triomphe de notre effronté palmipède et la défaite de la justice française.

C'est Monsieur Calvet, en grand capitaine d'industrie qu'il était, a entraîné la production automobile française sur la voie du diesel, ce qui était relativement facile moins pour les avantages que fournissait ce type de motorisation que pour des raisons économiques, puisque c'est l'État qui est, en fait, le maître du prix des carburants par les taxes qui forment 75% des prix. Pour imposer le diesel, on y a pratiqué une réduction des taxes afin qu'il coûte beaucoup moins cher que l'essence elle-même. CQFD!

Calvet et l'État jouaient sur le velours dans ce domaine et on se garda de parler à la fois de la pollution, qui est infiniment plus grande dans l'usage du diesel (même si elle s'est un peu réduite au fil des années, pour le CO² surtout, mais par pour les microparticules) mais surtout, et c'est beaucoup plus grave, du fait que, pour des raisons obscures mais incontournables, la production française de diesel est tout à fait insuffisante pour le niveau de consommation que l'on a provoqué dans notre pays.

Durant des décennies, on s'est naturellement abstenu de nous dire cela; on a jeté un voile, devenu de plus en plus impudique au fil des ans, sur ces deux aspects majeurs la pollution et la nécessité d'acquérir ce carburant à l'étranger.

Avec cette totale et rare cécité qui est, à la fois, celle de nos grands capitaines d'industrie comme de nos décideurs politiques majeurs, nous avons développé en France une énorme consommation d'un carburant qui, non seulement pollue notre atmosphère mais surtout que ne peuvent couvrir que, dans une très faible mesure, nos propres moyens de production, alors qu'on ferme les raffineries locales ! Va comprendre Charles ! Je laisse au représentant du lobby diesel le soin de vous expliquer pourquoi nous produisons si peu de diesel dont nous avons grand besoin depuis un quart de siècle ; cela, paraît-il coûte très cher mais alors l'État (Monsieur Calvet s'en foutait lui !) aurait dû réfléchir à cet aspect avant d'encourager la généralisation de l'usage de ce carburant que nous ne produisons pas.

Pour faire court, comme toujours je reviens directement aux faits saillants et absurdes à la fois.

Nous achetons donc une grande partie de notre carburant diesel aux États-Unis, qui apparemment, produisent, eux, du gazole qu'ils ne consomment pas et nous exportons, vers ces mêmes États-Unis, de l'essence que nous produisons en grande quantité mais que nous ne consommons pas non plus. Vive le Père Ubu!

Des norias de tankers se croisent donc au milieu de l'Atlantique ; les uns viennent de l'Est (de chez nous) et vont vers l'Ouest, chargés d'essence française ; les autres vont d'Ouest en Est, chargés de gasoil américain! Ils doivent se faire coucou au passage!

On croit rêver. Cela me rappelle, puisque la viande est aujourd'hui à l'honneur avec "l'effet canasson" que j'évoquais hier dans mon blog, ce que me disait un ami qui était dans le commerce international des viandes; il m'expliquait alors que l'on exportait des porcs bretons vers l'Europe de l'Est tandis que l'on expédiait vers notre pays des cochons hongrois. Je lui avais suggéré, par le simple robuste bon sens, d'installer de chaque côté un employé, munis de tampon avec la mention "breton" d'un côté et "hongrois" de l'autre qui aurait pu tout simplement tamponner, au départ, comme "hongrois" les porcs bretons et comme "bretons" les cochons hongrois, en évitant, en outre par là même, à ces pauvres animaux, un long et pénible voyage.

Tout cela est évidemment absurde, mais l'État, bien loin de reconnaître son erreur et de battre sa coulpe, s'emploie depuis des années, subrepticement d'abord et désormais ouvertement, à augmenter progressivement le prix du gasoil pour l'amener à peu près au niveau du prix de l'essence, ce qui évidemment réduira peu à peu la consommation de diesel mais n'évitera pas, dans l'immédiat et aussi longtemps qu'il se vend en France autant de véhicules diesel, la noria alternée des tankers dans l'océan Atlantique. C'est aussi (mais qui le dit?) un élément de la crise de l'industrie automobile française:

Et dire que ce pauvre Descartes essayait de nous faire croire que "le bon sens est la chose du monde la mieux partagée". On oublie toujours la suite de cette phrase qu'il faut mentionner, surtout à l'intention de nos décideurs et de nos politiques : "Chacun pense en être si bien pourvu, que même ceux qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont".

mercredi 22 août 2012

22 août 2012 Super, Roms et sous-préfectures

Je ne sais si le 22 août 2012 fera date dans l'histoire de France mais c'est en tout cas en ce jour de canicule finissante que ce tient le premier conseil des ministres de Jean-Marc Ayrault après les vacances, mais surtout c'est celui où, pour la première fois, me semble-t-il, à Paris,  le litre de super sans plomb 95 a franchi de la barre des deux euros. Pompidou et son essence à dix balles a dû faire un bond dans sa tombe!

Deux détails à propos de notre Premier Ministre. En prévision du conseil interministériel de l'après-midi sur les Roms, il faudrait tout de même lui dire que la Roumanie et la Bulgarie ne sont pas ENCORE dans l'espace Schengen car à l'entendre ce matin sur RMC, il l'ignore.
Second détail. Curieusement, alors que les prix du carburant crèvent le plafond, le PM semble renoncer à l'idée du candidat-président de limiter la hausse de ces prix. Étrange! Les prix ont grimpé de près de 25% mais personne n'y trouve son compte. Je ne parle pas bien sûr des cochons de payants d'automobilistes  mais des pétroliers dont le porte-voix, Monsieur Machinsky ferait pleurer un seau à charbon par ses propos désespérés sur la limitation de leurs marges. Il faudrait vérifier tous les circuits car il y a certainement une fuite quelque part.

L'autre sujet du jour, dans le cadre des économies, est une réflexion que le ministère de l'intérieur entendrait engager sur le problème des sous-préfectures. Il y a là, avec la baguette et le béret basque, une vieille spécificité de la France qui n'en compte pas moins de 238 !

En tout cas, il y a des Français qui sont résolument contre cette suppression  : les sous-préfets. Contre toute attente, j'entends que le salaire d'un sous-préfet s'établirait aux alentours de 7.000 euros par mois (ce qui semble dépasser le plafond de rémunération des fonctionnaires, ce qui est pour le moins une curiosité). Plus encore, si l'on prend en compte que ces fonctionnaires sont en général logés ; il y en a même un qui dispose d'un logement de fonction de 1000 m² pour une sous-préfecture qui ne compte que 400 m² de locaux administratifs !

Si l'on compte qu'une sous-préfecture coûte, à la louche, 1 million d'euros par an, cela fait donc sans doute près de 250 millions chaque année, ce qui rend l'heure sous-préfectorale très chère surtout si l'on prend en compte que les heures d'ouverture de ces établissements sont en général très limitées.

Ajoutons, pour celles et ceux qui commencent à se tordre les mains sur la disparition du service public qu'une sous-préfecture ne sert à peu près à rien et qu'elle n'est, en fait, qu'une simple boîte à lettres puisqu'elle n'a pratiquement aucune autonomie administrative ; tout se décide et se fait à la préfecture elle-même, le passage à la sous-préfecture ne sert, en général, qu'à retarder d'une bonne quinzaine de jours la démarche. Pour moi qui habite Aix-en-Provence, ville qui dispose d'une fort jolie sous-préfecture en centre-ville (donc impossible de se garer), je crois bien n'y avoir jamais mis les pieds ; toutes les fois qu'une affaire doit se régler efficacement et rapidement, il faut évidemment se rendre à Marseille. Je conçois en revanche que M. le sous-préfet d'Aix-en-Provence soit tout à fait hostile à la disparition de ce service public qui lui est bien utile à lui.

Il serait temps que la réflexion aussi pure et simple que bête et méchante, sur les économies à faire se double ou, pour être plus précis, soit précédée d'une réflexion sur l'adaptation de l'administration aux réalités du moment, qu'elles soient administratives ou techniques.

Tous ceux qui versent des larmes sur la disparition éventuelle des bonnes vieilles petites sous-préfectures des zones rurales ou peu peuplées devraient réfléchir qu'une permanence EFFECTIVE et EFFICACE, tenue deux jours par semaine par deux ou trois fonctionnaires munis de téléphones, de fax et d'ordinateurs serait beaucoup plus utile et même précieuse pour les administrés que le régime actuel. Sans se déplacer davantage, ils pourraient voir leurs problèmes réglés de façon bien plus rapide et plus efficace qu'ils ne le sont actuellement dans la quiétude et l'incurie somnifères qui sont celles de la plupart des actuelles sous-préfectures.

jeudi 10 mars 2011

« Les bonnes recettes de Tatie Christine ».

Une fois de plus, ce vendredi matin 10 mars 2011, notre ministre Christine Lagarde (familièrement dite « Tatie Christine » selon l'usage de nos bons vieux livres de cuisine, depuis Tante Marie) a délaissé ses fourneaux économiques de Bercy pour nous livrer les secrets de sa cuisine d’économie d'énergie.

Elle semble pourtant avoir délaissé sa précédente recommandation de l'usage du vélocipède qu'elle conseillait naguère encore pour ménager le super et le gasoil, mais elle reprend néanmoins quelques-unes de ces bonnes vieilles recettes qui ont fait de notre cuisine la meilleure du monde comme l’UNESCO l’a enfin reconnu.

La première et la plus simple est celle de la mise en concurrence des fournisseurs de carburants. Naturellement, en ministre responsable et patriote ne saurait recommander d'aller faire le plein dans les pays étrangers limitrophes qui, Dieu seul sait comment, fournissent l'essence à de meilleurs prix. Si vous habitez Armentières, il vous est difficile de gagner l'Espagne, de même que si vous êtes à Bayonne, si avantageux que soient les tarifs du carburant en Belgique ou au Luxembourg, mieux vaut n’y pas trop songer.

En revanche dans l'espace hexagonal il faut absolument vous renseigner et ne pas acheter, aveuglément et sottement, votre essence dans les stations proches de votre domicile ; la chose est évidemment commode mais elle peut se révéler économiquement malheureuse. Fort heureusement, vous disposez désormais d'un site où le gouvernement vous donne tous les renseignements indispensables.

Il s’agit de prix-carburants.gouv.fr où, à 9 heures 30 ce jour, je suis allé, par curiosité, faire un tour pour y découvrir que son usage est fort incommode (avec des rubriques inaccessibles remplies de mentions « erreur » ou mieux encore « warning », alors que je croyais l’usage de l’anglais interdit dans les textes administratifs français).

Dès lors, et si plus malin que moi, vous arrivez à vous informer, vous pouvez envisager de vous rendre dans des stations où vous trouverez le super 95 où le gasoil à des prix inférieurs de plusieurs centimes dans certains cas. Si vous prenez en compte l'aspect touristique de votre déplacement et même éventuellement, si vous ne consommez pas trop d'essence, la possibilité de faire ce plein si économique pendant vos vacances, vous pouvez très bien aller passer vos congés tout près de cette si attrayante et économique station-service, en Charente-Maritime, où se trouve, me semble-t-il, la station de France qui vend le moins cher le super 95. Le risque est évidemment que ce plein si économique que vous aurez fait en ce lieu charentais béni soit épuisé par votre trajet de retour chez vous. Cela vous obligera donc inévitablement à faire, derechef, le parcours inverse pour refaire un plein que votre retour épuisera à nouveau, inévitablement, de la même façon. C'est là une sorte de version moderne et automobile du mythe de Sisyphe. Néanmoins vous aurez la satisfaction de vous être inscrit dans la formule favorite de Tatie Christine qui est : « Acheter le plus malin possible ! ».

Il m'a semblé déceler dans les recettes de Tatie Christine une faille épistémologique que j'hésite à qualifier de contradiction interne voire de « double bind ». Elle nous a affirmé en effet, confirmant la question de la journaliste, que le prix de l'essence est libre en France. Toutefois, dans le même mouvement, la ministre nous a précisé que des meutes de contrôleurs étaient lancées sur la piste des pompistes indélicats qui pratiquent des prix trop élevés. J'avoue ne pas bien comprendre comment on peut sanctionner des prix dans la mesure où ces prix sont réputés libres. Va comprendre Charles! Mais enfin tout s grand chef de cuisine a, comme elle, ses petits secrets qu'il se (la)garde de nous révéler.

Il y a une solution très simple et immédiate mais Tatie Lagarde l'a écartée d'emblée. Elle serait de baisser les taxes que sont la TIPP (25 milliards annuels de recette) mais aussi la TVA puisqu'elles forment de très loin, à elles deux, la majeure partie du prix de l'essence à la pompe. Je reviendrai sur cette question pour avoir entendu hier des spécialistes des questions pétrolières affirmer que l'essence devrait être en gros vendue aux alentours d'un euro le litre et non pas, comme on constate chaque jour, à 1,50 € ou davantage, alors qu’elle coûte, en gros, deux fois moins aux Etats-Unis par exemple.

Tatie Lagarde, parodiant Guillaume d’Orange après Tante Marie, nous a sorti la fameuse formule « Je maintiendrai ». Il me semblait pourtant que cette taxe est perçue sur les volumes, et non sur le prix de vente du produit. C'est le super qui supporte la TIPP la plus élevée : 0,6069 euro pour un litre de sans plomb en 2008. Or, on avait créé la TCP/IP précisément pour maintenir les prix des carburants à des niveaux raisonnables en cas d'augmentation du prix du pétrole.

Mais je m'écarte des bonnes recettes de Tatie Christine. Proche de la France d'en bas en dépit des apparences et soucieuse du moindre détail, Tatie Christine nous livre quelques recettes d'une grande simplicité et l'application facile auquel on ne songe pas nécessairement toujours. Ainsi conseille-t-elle au bon peuple des automobilistes français de gonfler davantage leurs pneus, d’éviter de conduire de « manière saccadée » (j’avoue ne pas avoir compris en quoi consiste ce mode de conduite), de rouler plus lentement (ça j’y avais pensé) et surtout de couper le moteur longtemps avant de s'arrêter ! Quoique Tatie Christine se soit limitée à ces quatre conseils, on serait tenté d'en rajouter quelques-uns, parfois un peu difficiles à mettre en oeuvre, comme, par exemple, d'installer des voiles sur le toit de sa voiture ou, plus simple et plus radical encore, de laisser sa voiture au garage et de rester chez soi.

Une piste plus intéressante et sans doute plus efficace, que Tatie Christine n’a fait qu’évoquer en conclusion et en passant (encore un des chers zeugmas). Christine Lagarde nous a appris, en effet, que le gouvernement va s'intéresser enfin à la manière dont les prix sont formés et aux marges qui sont celles de chacun des intervenants. La question est d'importance et on l’a gardée de ce fait pour la bonne bouche, car on pourrait s'étonner que Christine et notre gouvernement n'y aient pas songé plus tôt. Il est vrai que sans doute, comme pour toute question que l'on veut noyer, depuis Clémenceau, la démarche consistera à créer une commission. Or, dans les circonstances présentes, vu l'augmentation du prix de l'essence, les membres de cette commission auront la plus grande difficulté à se déplacer pour se réunir, d'autant que tous le font toujours dans de puissantes voitures, dont les pneus sont souvent mal gonflés et dont les chauffeurs, à la conduite rendue fatalement saccadée par la vitesse, ne songent guère à ralentir leurs véhicules puisqu'il leur faut bien suivre le train d’enfer des motards qui leur ouvrent la route.

On peut se référer à mon post d'hier pour voir qu’une fois encore, Tatie Christine s'est muée en fin de discours en Tatie Coué et nous a annoncé des lendemains qui chantent, même si, pour le moment, les accents du présent sont plutôt moroses.