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samedi 18 mai 2013

Gazole et essence : raffinage et enfumage.


Devrais-je préciser, une fois de plus, que je ne suis en rien spécialiste ni même vraiment informé des questions que je vais aborder et que mon propos n'est que celui du simple citoyen qui ne connaît que ce dont on veut bien l'informer et applique à cette information, qu'il s'efforce de vérifier, des raisonnements d'un simple bon sens qui ne paraît pas caractériser nos dirigeants politiques ou industriels.

En moment où notre Président de la République se voit "soldat de l'an II" et entreprend de sauver la nation des menaces qui pèsent sur elle, je me permets, en la circonstance et vu l'urgence, de lui faire une suggestion qui me paraît à la fois facile à mettre en œuvre et porteuse d'avenir.

Un des problèmes de la France tient au déficit de son commerce extérieur et une bonne partie de ce déficit est de nature énergétique. Il tient, en particulier, à ce que nous n'avons pas de pétrole (et hélas pas beaucoup plus d'idées, comme on va le voir !) et que nous refusons de réfléchir sur les énergies fossiles que pourrait nous fournir le gaz de schiste. Nous nous refusons à l'exploiter selon les techniques actuelles (ce que je comprends tout à fait), mais dont nous refusons même à laisser évaluer l'existence et les potentialités, ce qui pourrait conduire à mettre en oeuvre des recherches sur des formes d'exploitation moins nuisibles à l'environnement, puisque l'énergie fait partie, semble-t-il, des préoccupations de notre gouvernement.

Pour en revenir à notre déficit énergétique, il tient à ce que, non seulement nous devons importer du pétrole mais également et en plus une énorme quantité de gazole, sans cesse croissante, que nous ne sommes pas en mesure de produire, alors que nous produisons, de façon totalement absurde, des excédents d'essence qu'il nous faut ensuite essayer de vendre ailleurs. C'est Gribouille qui se jette à l'eau pour ne pas être mouillé par la pluie ! Dans ce domaine comme dans bien d'autres, nous marchons sur la tête en particulier grâce au génie industriel Monsieur Jacques Calvet (en son temps PDG de Peugeot et grand apôtre du diesel et du secret des feuilles d'impôts) qui à 82 ans jouit d'une fortune des plus confortables (250 millions dit-on) et parvient même à se maintenir dans la rubrique people.

Bref le diesel (ou gazole) représente plus de 80 % des carburants consommés en France c'est-à-dire une quantité que nous sommes pas en mesure de produire puisque il nous manque 27% du total consommé. Notre déficit énergétique dépasse les 13 milliards et l'importation du gazole en constitue une bonne partie même si le vague est naturellement de rigueur en la matière. Entre 2002 et 2010, l'importation de gazole a augmenté de plus de 15 % par an. Je vous laisse le soin de faire le total ! En revanche, nous exportons de l'essence ; naguère encore, les tankers chargés de gazole américain croisaient au milieu de l'Atlantique ceux qui apportaient aux États-Unis les excédents de notre essence française. Les États-Unis, qui sont réalistes eux, se sont désormais libérés de cette sujétion et nous n'en avons que plus de difficultés à vendre notre essence en Europe.

Je résume : nous produisons beaucoup trop d'essence et beaucoup trop peu de gasoil ; de ce fait, non seulement notre balance du commerce subit les conséquences ce cette inégalité mais nos raffineries sont en crise, comme l'a montré la fameuse affaire de Petroplus. Ces grands capitaines d'industrie, que le monde nous envie, et que nous sommes obligés de payer des fortunes pour les empêcher de partir à l'étranger (Quelle douce rigolade !) ont été incapables depuis 20 ans de voir venir cette évolution (à moins qu'ils n'aient de bonnes raisons qu'ils nous cachent, comme toujours drapés qu'ils sont dans le drapeau) et ils ont continué à investir dans les unités de production d'essence Thomas Porcher, économiste spécialisé dans le pétrole, résume ainsi les choses à propos des raffineries françaises : "Les raffineries se sont tirées une balle dans le pied". Des milliers d'emplois sont menacés et les raffineries Total de Dunkerque et Petroplus du Bas-Rhin ont déjà fermé ; ça ne vous rappelle rien ?

En outre, nos pétroliers viennent régulièrement pleurnicher dans les médias (leur porte-parole, est, en général, un monsieur d'apparence fort respectable, dont le nom est quelque chose comme Chianski ) ;ils soulignent régulièrement, les pauvres, que les raffineries ne gagnent pas d'argent et que leurs marges sont trop réduites. En fait, elles sont surtout gérées par des incapables puisque ils continuent selon les errements antérieurs alors que la production d'essence correspond à 113 % des besoins français ; sur la centaine de millions de tonnes de capacité de nos raffineries, le taux d'utilisation est de 85 %, alors que pour le gasoil nous ne pouvons même pas couvrir 75 % de la consommation nationale. N'importe quel petit entrepreneur provincial illettré comprendrait que ça ne peut pas durer, à moins que l'on ne souhaite justement que cela ne dure pas !

En effet, ce que nous disent moins ces pétroliers "mittaliens" et en particulier Total c'est qu'ils sont en train de construire une immense raffinerie à Jubaïl en Arabie Saoudite dont les coûts de production seront moindres du fait des salaires (rassurez-vous les travailleurs ne sont pas saoudiens) et de la proximité des puits de pétrole.

Un esprit simple comme vous et moi (mais non pas un de nos grands capitaines d'industries avec salaires mirobolant, stocks options, parachute doré et retraite chapeau), aurait tenté, depuis 20 ans, devant la généralisation folle du diesel, d'adapter les capacités de production des raffineries à cette nouvelle situation. Je n'entre pas dans le débat sur l'adaptation écologique du gazole qui a mobilisé de façon absurde l'attention puisque rien ne prouve qu'elle ait eu, sur le plan sanitaire, les effets escomptés.

Qu'on ne vienne pas me parler ici du prix de revient de ces deux carburants puisque, hors-taxes bien entendu, le prix de revient du gasoil est, en gros, équivalent à celui de l'essence. Pour prendre le cas du marché de Rotterdam, quand le gasoil coûtait 0,64 € du litre en moyenne, il était de 0,61 pour l'essence sans plomb 95. Là aussi, les chiffres varient à l'infini, mais les ordres de grandeur sont les mêmes. Donc l'argument est sans portée ; il est évident que la différence de prix est absolument sans commune mesure avec le coût imposé à la France sur le plan du commerce extérieur.

On est parfaitement en mesure de tirer plus de gazole d'un baril de pétrole en particulier grâce un outil qu'on appelle "l'hydrocraqueur" qui d'ailleurs est en usage en France à Gonfreville et à Lavera. Un hydrocraqueur, qui permet d'augmenter la part du gazole, coûte 600 millions d'euros mais l'évolution des deux raffineries citées prouve que la chose est possible.

Le problème n'est d'ailleurs, à mes yeux, même pas là. Comme le Président de la République nous l'a appris, le problème de l'énergie est en Europe et en France au centre de ses préoccupations ; par ailleurs, on envisage de lancer des programmes de recherche dans différents domaines très vastes dont celui de l'énergie. Au lieu de faire de vastes projets et immenses programmes (dans le style du mythique Grand Emprunt), pourquoi ne pas cibler une recherche précise sur une question précise : "Comment produire, en France et à moindre coût, (en réduisant bien sûr la production d'essence dont on ne sait que faire) le gasoil dont notre pays a besoin ?" Il s'agit de lancer sur cette question un programme de recherche avec un cahier des charges et un calendrier précis, avec un jury associant chercheurs et techniciens industriels et, à la clé, un prix ou quelque chose d'approchant et de financer totalement les projets sélectionnés.

Une telle opération serait de coût très réduit par rapport aux milliards que nous coûte chaque année l'importation de gasoil produit à l'étranger. Bien entendu, il faut, sur ce point, agir de façon très indépendante des pétroliers eux-mêmes dont le lobby empêchera sans doute la réussite de cette opération car il est infiniment probable que si la situation ubuesque que je viens de décrire s'est prolongée, des décennies durant, c'est que l'industrie pétrolière y trouve son compte.

Sur ce point, et comme sur bien d'autres, comme disaient les troubadors toulousains : "On nous ment !" ou, comme on dit désormais, "On nous enfume!".
 

vendredi 19 avril 2013

Essence vs gazole. Et vive la Père Ubu !


 

Faut-il que je rappelle une fois de plus que je suis nullement spécialiste de certaines des questions dont je parle mais que je me borne, à la différence de la plupart de nos médias, à une simple consultation des organes et des documents spécialisés.

Commençons donc par le plus simple et le plus évident : la France consomme chaque année,10 millions de tonnes d'essence qu'elle produit en excès, et plus de 33 millions de tonnes de gazole dont elle manque ; selon d'autres sources (l'Union française des industries pétrolières, mais les ordres de grandeur sont, en gros, les mêmes), en 2012, le gazole aurait représenté 80,1% des carburants consommés en France, ce qui constitue un record. La chose est, en somme, assez normale puisqu'en 2012, 72,9 % des voitures particulières vendues en France étaient des modèles diesel contre 55,2 % en moyenne en Europe de l'Ouest, seuls le Luxembourg et l'Irlande devançant la France sur ce terrain.

Jusque-là, au fond rien d'anormal, si ce n'est que cette situation dure depuis trente ans et que la France est totalement incapable de produire de telles quantités de gazole et que, pire encore, elle doit en importer des quantités de plus en plus considérables. Y-a-t-il un pilote dans l'avion ?  Entre 2002 et 2010, ses importations françaises de gazole (en valeur) ont été multipliées par plus de trois, tandis qu'en revanche, elle persiste à  produire trop d'essence et doit en exporter. Toutefois, en valeur (ce qui est une autre dimension très importante du problème), le déficit des échanges est très inégal ! La valeur des importations de gazole, qui était de 8,9 milliards d'euros en 2010, serait proche de 13 milliards pour 2011, tandis que les exportations d'essence, pour la même année 2011, ne seraient que de 2,8 milliards. Notre déficit énergétique est là !

Nous nous trouvons ainsi en face d'une situation absurde, puisque, dans le même temps où nous importons du gazole en quantités énormes, nous fermons des raffineries avec tous les problèmes sociaux qui en découlent (cette situation étant illustrée par le cas de Petroplus), ce qui amène à une réflexion sur ce problème, réflexion que nos compagnies pétrolières ont apparemment négligé ou refusé de prendre en compte – en fonction de leurs intérêts propres bien entendu.

Commençons assez logiquement la question du prix de revient et d'achat de ces produits. Hors-taxes, le gazole n'est pas moins cher que l'essence comme on pourrait le croire. Il est même un peu plus cher puisque sur le marché de Rotterdam, il coûte 64 centimes en moyenne contre 61 pour l'essence sans plomb 95. On pourrait même dire que ce coût relativement moins élevé de l'essence est largement annulé par le fait que la consommation de diesel est moindre, puisque sur un même trajet automobile et à motorisation équivalente, on consomme 15 % de moins de gazole que d'essence.

Comme je le disais précédemment, la France est donc obligée d'acheter à l'étranger du gazole et d'y vendre, sans doute à perte, ses surplus d'essence. Jusque vers 2006, ce trafic se faisait essentiellement en direction des États-Unis ; les navires transportant, les uns notre essence vers les États-Unis, les autres le gazole américain vers la France, devaient se croiser au milieu de l'Atlantique, à moins qu'on ait eu l'idée ingénieuse de charger en gazole américain au retour, les navires une fois vidés de leur essence française. Depuis 2006, ce commerce transatlantique s'est étiolé, la consommation d'essence américaine s'étant réduite et les échanges se faisant désormais essentiellement avec la Russie et l'Asie pour le gazole que nous importons, tandis que l'Europe constitue le principal client à l'exportation notre essence qui est achetée essentiellement par les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Belgique.

Il faut évidemment mettre en évidence l'explication historique d'une situation aussi absurde qui a conduit à multiplier par trois en gros nos importations de gazole et par deux nos exportations d'essence, sans que nous ayons jamais songé à changer les productions de nos raffineries, alors que nous développions, d'une façon totalement artificielle et volontariste au départ, la production française de véhicules diesel.

Les choses remontent en fait à la décision du général De Gaulle sur le nucléaire français qui a conduit, en particulier, à promouvoir massivement le chauffage électrique en France et par là a diminué les besoins en fioul domestique. Le choix du moteur diesel dans la suite allait dans le même sens. Le grand propagandiste en fut Jacques Calvet, le patron du groupe PSA, partisan si enthousiaste du gazole et adversaire si résolu de la publication de ses propres augmentations de salaires. il joua avec assez d'adresse sur le chauvinisme français qui est une réaction qui ne fait jamais défaut chez nous, en affirmant que nous étions "les meilleurs du monde en matière de diesel". L'industrie automobile française s'est donc employée, à partir des années 80-90, à améliorer avec succès les moteurs diesel, ce qui d'ailleurs conduisait à se gagner le puissant lobby des transporteurs routiers si prompts, pour appuyer leurs revendications, à bloquer les routes. Cette victoire du lobby routier a été marquée en 2007 lorsque l'Union européenne a accepté le principe du "gazole professionnel", pratiqué par la France, qui permettait aux transporteurs de se faire rembourser une partie de la taxe sur les produits pétroliers, à raison de cinq euros par hectolitre.

Les prix très bas du gazole en France résultent donc purement et simplement de la défiscalisation, ce qui veut dire, en d'autres termes, que c'est l'Etat c'est-à-dire l'ensemble des citoyens français (y compris ceux qui roulent avec des véhicules à essence) qui finance depuis trente ans les divers abaissements du prix du diesel.

Le vrai, et pourrait-on dire, le seul problème est le suivant : pourquoi l'industrie pétrolière française, dont on a souvent l'occasion souvent de sécher les larmes tout en constatant les colossaux bénéfices, ne s'est pas adaptée à cette situation?

Un mot sur la production de l'essence et du diesel ; les données sont, sur ce point,. à la fois précises mais variables selon les experts. Suivant sa masse volumique, 1 tonne de pétrole brut représente entre 7 et 9,3 barils, puisque curieusement le pétrole n'est pas vendu au kilo mais au litre ! La moyenne mondiale se situe aux alentours de 7,6 barils par tonne de pétrole Arabian Light courant ; on en tire 22 % d'essence, 9 % de kérosène et 27 % de gazole ; selon l'Institut français du pétrole, c'est plutôt 12 % d'essence, 37 % de kérosène de diesel et de fuel léger et 47 % de fuel lourd. Bizarre m'enfin !
 
Le problème est que, à partir des années 80, quant la France a fait le choix du diesel de façon massive, les pétroliers, en bonne logique, auraient dû s'adapter et tenter d'augmenter la proportion de production du gazole par rapport à celle de l'essence. Ils n'en ont clairement rien fait pour des raisons qu'ils sont sans doute les seuls à connaître, mais qui sont probablement d'ordre financier. On peut penser que, pressentant la crise mondiale liée surtout à la montée des producteurs asiatiques qui raffinent leur essence et leur gazole à moindres coûts, ils ont préféré (comme Monsieur Mittal et pour les mêmes raisons) fermer les raffineries françaises pour en ouvrir ailleurs plutôt que d'investir en France pour modifier leurs productions.

Le plus bel exemple et la preuve évidente est la future raffinerie Total en Arabie Saoudite qui permettra non seulement des coûts bien moindres, mais surtout est un outil moderne et efficace, susceptible de faire varier le ratio de la production entre le gazole et essence. Pourquoi ne pas l'avoir fait en France puisque différents outils techniques permettent de modifier ce ratio ? L'outil le plus commode et le plus efficace est sans doute "l'hydrocraqueur" qui permet de faire plus de gazole qu'une raffinerie classique. Deux raffineries seulement en ont en France, celle de Gonfreville et celle de Lavera (qui produit deux fois moins de gazole que la première). Un hydrocraqueur qui permet d'augmenter le pourcentage de production du gazole coûte certes, dit-on, 600 millions d'euros, mais vu les profits de Total, un tel investissement n'apparaît pas considérable et l'Etat qui engloutit en vain des dizaines de milliards depuis trente ans aurait pu intervenir!

On se trouve, une fois de plus, en présence d'une absence totale de vision et de stratégie industrielles de la part de ces grands patrons, que le monde entier nous envierait, mais qui, apparemment, sont surtout attentifs à leurs propres rémunérations comme à celles de leurs actionnaires, surtout quand par ailleurs, comme toujours chez nous, c'est l'État qui crache au bassinet comme dans le présent cas, à travers la défiscalisation du gazole dont je n'ose même pas imaginer ce qu'elle a pu coûter à la France depuis 30 ans !