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jeudi 27 mars 2014

L'art francophone du ricochet pédagogique

En octobre 2012, encore toute récente nouvelle ministre de la Francophonie et sans doute encore peu au fait des réalités du domaine,  Yamina Benguigui avait-fait adopter, en conseil des ministres, un vaste plan d'action pour la francophonie doté de 15 millions d’euros sur trois ans.
Le plus simple est de citer la ministre : « Pour renforcer notre soutien aux systèmes éducatifs des pays en développement [fort heureusement pour nous beaucoup de ces Etats ne sont pas membres de la Francophonie !], je lance le projet intitulé « 100.000 professeurs de français pour l’Afrique ». Ces professeurs seront formés par le biais du réseau culturel français en Afrique [ Je m’interroge sur un tel propos puisque ce réseau ne cesse de se réduire ] et deviendront eux-mêmes formateurs [ !!!!]. Pour financer cette action, la France engage 15 millions d’euros sur 3 ans. Je propose aussi de développer, en lien avec l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), le rayonnement de la francophonie dans le monde et de renforcer nos actions dans le domaine de la gouvernance démocratique, de l’Etat de droit, des droits de l’homme et des libertés fondamentales. On est loin de la Françafrique… [nous sommes en octobre 2012, ce qui explique la remarque finale qui se veut perfide ]».
En somme, rien de très nouveau sous le soleil africain ; on poursuit selon les errements antérieurs et le seul élément saillant est le caractère dérisoire des moyens affectés à ce prétendu projet dont les ambitions, aussi étranges que démesurées («  la gouvernance démocratique, de l’Etat de droit, des droits de l’homme et des libertés fondamentales ») ne sont qu’une simple recherche de connivence ave l’OIF, qui prétend, sans effet visible, intervenir dans ces domaines. Quant à la Françafrique, il faut toute l’innocence juvénile (dans la fonction de Y. Benguigui ) pour oser y faire référence !
Aimable lectrice et cher lecteur sans doute vous interrogez-vous déjà, comme souvent, sur le titre insolite de ce billet, en vous demandant ce que vient faire dans cette affaire « le ricochet pédagogique » ? Je vais d'emblée satisfaire votre légitime curiosité, puisque, au cas où cette information majeure vous aurait échappée,  Monsieur François François Jarraud, dans la rubrique « Expresso » du Café pédagogique, le 21 mars 2014, donc près de deux ans après l’annonce du projet de Madame Benguigui, nous annonce triomphalement que le ministère des affaires étrangères et l'Institut de France « lancent » un grand projet intitulé, lui aussi, « 100 000 profs pour l'Afrique », avec l'intention affirmée grâce à cette action nouvelle, de « consolider la place du français en Afrique » et par là d’assurer « l'avenir de la francophonie ».
Naturellement, vous aurez compris, vu la date choisie,  que cette nouvelle présentée le 20 mars 2014, s’inscrit  dans le cadre de la « Semaine de la Francophonie » qu’on entend célébrer à moindres frais. Vous aurez évidemment compris qu'il y a là une simple resucée du projet 2012 que Madame Benguigui, sans doute actuellement trop occupée par ses affaires financières en Belgique, a sans  doute oublié, à moins qu'elle n’ait simplement repris son discours d'octobre 2012 sur le même sujet. Le Café pédagogique, qui rend compte de ce discours, a semble-t-il lui aussi oublié le projet de 2012 à moins qu’il n’en ait jamais eu connaissance, ce qui n’est pas trop grave puisqu’il n’a jamais eu le moindre commencement réel d’exécution. Le projet pédagogique, lancé d’une main adroite mais sans force, a simplement ricoché sur les eaux du marigot, dans la boue duquel il s’enfoncera très vite, comme tant d’autres avant lui.
Il est clair que le Café pédagogique et son rédacteur en chef, grand amoureux du numérique,  mentionnent surtout ce projet avec l'espoir de voir entrer en faveur  avec lui les projets numériques (naturellement aussi chimérique que le reste) qui accompagnent le projet « 100 000 profs pour l'Afrique ». Tous ces braves gens ne voient pas que le problème n’est pas le numérique, mais l’Afrique !
Je l’ai dit et montré cent fois et je serai donc bref ! Je ne retiendrai de la réflexion de François Jarraud que la formule finale de ce paragraphe sur l'usage d'une « déclinaison de Wikipédia adoptée aux conditions locales » ;  l'auteur ajoute : Wikipédia est « proposé sur clé USB ou sur serveur Wifi permettant ainsi de se passer des connexions Internet fluctuantes ». Il pourrait ajouter «  et surtout fort coûteuse pour la plupart des utilisateurs qui sont hors d’état de se les offrir quand elles existent ». Il ne reste plus en effet aux écoliers africains ou haïtiens (car on mentionne Haïti !) qu'à s'acheter un ordinateur et à prier Dieu, Allah ou les esprits locaux pour qu'il y ait de l'électricité… moyennant quoi naturellement, le numérique triomphera de toutes les difficultés, y compris la formation des enseignants africains. Que ne met-on L. Fabius, Y. Benguigui et F. Jarraud pendant un mois au fin fond du Tchad ou des « mornes » , eux qui ne connaissent de l’Afrique que les salons VIP des aéroports, les Hyatt et les Sheratons !
Je ne retiendrai de ce texte , car je répugne à tirer sur les ambulances et plus encore sur les corbillards, que  l'interrogation finale de François Jarraud qui se demande : « ce projet ambitieux très ambitieux, présenté par pas moins de deux ministres [Foutre !] tiendra-t-il ses promesses ? ».
On commence à comprendre le but poursuivi par F. Jarraud quand on lit la suite : « Les projets sont dirigés par l’Institut français et financés par les affaires étrangères, avec le soutien de l’OIF, du CIEP et de partenaires privés comme TV5monde et la Fondation Orange. L’expertise du CIEP et de la CCI sont des appuis importants ».
Nous y voilà enfin et François Jarraud passe la brosse à relire à tout ce petit monde dont il quémande sans doute l’appui et les moyens ; j’espère qu’on n’a pas oublié d’inviter le « Café pédagogique » au grand colloque (un de plus !) du CIEP qui se tient actuellement en ces lieux, les 27 et 28 mars 2014 ; à lire le programme, on aurait pu assurément en faire l’économie pour augmenter un peu les maigres ressources de ce projet !

Le pire de tout est que ces chimères sur la Francophonie et l’avenir du français se nourrissent désormais, grâce à R. Marcoux et nos amis démographes québécois de l'institut de démo-linguistique de l'université Laval, des données aberrantes mises sur le marché, pour des raisons inavouables ou, en tout cas, inavouées par cette officine.
Très préoccupés, comme tous les Québécois francophones, à juste titre et légitiment (mais ne devraient-ils pas balayer aussi devant leur porte ?), les membres de cet Institut de Laval, récemment créé par un co-financement du Québec et de l’OIF), croient nécessaire (alors que ce n’est qu’absurde) de renvoyer l'ascenseur à l'OIF donc à la Francophonie, en produisant des chiffres mirifiques sur la diffusion et l’avenir du français ; j’hésite à les reproduire ici tant ils sont aberrants. Selon ces données québécoises, reprises naturellement par l’OIF comme par la France, « le nombre des francophones double tous les 25 ans et en 2050 il devrait être plus de 700 millions et environ 600 millions d'Afrique [ce qui, entre nous, n'est pas très aimable pour les francophones d’Europe ou des autres zones du monde dont le nombre tomberait dès lors au-dessous de 100 millions].
Tout cela est évidemment absurde et, en particulier, pour l’Afrique démontre, d »abord et surtout, une totale ignorance des réalités du terrain, travers courant chez les démographes que sont, en fait, R.Marcoux et les siens. Si ces perspectives avaient la moindre validité, je ne vois pas pourquoi il faudrait s'occuper, dans le monde, de la diffusion du français qu'il conviendrait plutôt de modérer. L'article du Café pédagogique manifeste à peine quelques doutes sur ces aspects ; pour ne pas être taxé de travestissement de sa pensée (dans la mesure où on peut appeler ces élucubrations des « pensées »), on lit : « les francophones devraient être plus de 700 millions en 2050… À condition que la transmission du français soit assurée dans des pays où le corps enseignant est vieillissant, qui ont beaucoup d'urgence et peu de ressources humaines ou financières. Laurent Fabius évoque une course de vitesse entre les croissances démographiques éducatives. La France espère que le numérique permettra de la gagner ». Fermez le ban !
Ces propos mériteraient plus attention et surtout de critiques, car ils sont évidemment absurdes ; tout le monde, sans la moindre exception,  constate que la situation de l'enseignement africain ne cesse de se dégrader, quoique la plupart des Etats sacrifient, pour l’école, une portion considérable de leurs budgets nationaux (le quart en général) avec des résultats extrêmement médiocres, pour ne pas dire nul ! Il y a trois ou quatre ans, dans ce même CIEP à Sèvres, on a tenu (déjà) un grand colloque international pour savoir si on ne pouvait pas employer , dans le Sud, des enseignants sans aucune formation ! La course de vitesse entre les croissances démographiques et éducatives qu'évoque Laurent Fabius n’existe que dans les absurdités des démographes québécois qui sont reprises par la France qu’elles arrangent (elles sont même faites pour ça !). Dans cette prétendue course, l'accroissement des populations est déjà sur la ligne d'arrivée voire sous la douche, tandis que l'amélioration du système éducatif n’est même pas encore dans les starting-blocks, faute d’être jamais sortie des vestiaires !
La dernière blague à la mode est le recours aux « langues nationales », (le projet ELAN « Enseignement en Langues Nationales ») que, depuis un demi-siècle, l’immense majorité des Etats d’Afrique se gardent bien d’utiliser quoique, pour la plupart, ils possèdent des dispositions officielles qui permettraient de le faire. En fait, ces Etats, qui ne parviennent même pas à se doter de systèmes éducatifs unilingues, seraient bien incapables, même s’ils le voulaient de les rendre plurilingues ! Or, vu leur histoire et leur mode de formation, ces Etats sont à peu près tous hautement multilingues (de 4 à 400 langues pour schématiser !). Comment choisir parmi ces langues, celles qui seraient celles de l’école et sur lesquelles on devrait faire les immenses investissements indispensables à leur usage éducatif. Des expériences, comme celles du Mali (toujours cité car vu de loin), de la Guinée de Sékou Touré (à la mort duquel le modèle guinéen devient un repoussoir !), de la Côte d’Ivoire (avec le ministre Kipré !) et même de Madagascar (pourtant le cas le plus favorable qu’on puisse imaginer) montrent les immenses risque politiques de telles entreprises qui sont de véritables bombes politiques pour les Etats !

mercredi 26 février 2014

Stages en RCA

J'ai toujours pensé que tout  gouvernement devrait prendre en compte davantage, comme le faisaient les Anciens, les signes discrets que le hasard nous accorde pour orienter nos choix et nos décisions et parfois pour nous en faire prendre certaines que nous n’avions pas envisagées. 

Ainsi, les Grecs ou les Latins prenaient-ils une décision selon qu'ils avaient vu tel ou tel oiseau à droite et à gauche ou que les entrailles d’un animal sacrifié à cette fin avaient une apparence ou une autre. Plus près de nous, nos aïeux passaient une journée d’inquiétude s‘ils avait vu un chat noir le matin sur leur gauche ou, pire encore, redoutaient sept ans de malheur pour avoir cassé un miroir !
Sans aller jusque-là, on pourrait toutefois tirer un meilleur profit des signes discrets que nous adresse le hasard. Ainsi notre Assemblée nationale a-t-elle délibéré en 24 heures à la fois, sur la rémunération des stagiaires (lundi 21février) et sur le contingent français en RCA (mardi 22). Comment ne pas voir en cette curieuse conjonction un signe discret du destin ? « Quel rapport entre la RCA et la rémunération des stages ? », vous impatientez-vous déjà, suspicieux lecteur et impétueuse  lectrice ? La relation me paraît pourtant évidente !

Quelques mots d'introduction sur l’un et l’autre de ces sujets vont assurément vous éclairer et je l'espère vous convaincre!

Les stages sont devenus une spécialité française en matière d'éducation et de formation, comme les fromages et les grenouilles le sont en matière gastronomique. Le stage a de gros et multiples avantages : soulager les enseignants (les cours disparaissent parfois pendant les périodes de stage en particulier pour les étudiants dans les universités) ; fournir la matière d'un vague travail final personnel pompeusement et fallacieusement baptisé rapport de stage ; mais surtout le stage a l'immense avantage de donner à penser que, par là, les jeunes (car maintenant on est en stage à partir de la troisième) sont, par cette voie concrète, initiés à la vie professionnelle et bénéficient d'éléments de formation qu'ils pourront faire figurer dans leur curriculum vitae. Chacun sait bien que, le plus souvent, tout cela n'est que de la foutaise et que la plupart des stagiaires n’acquièrent guère une réelle expérience professionnelle que dans la photocopie et le café. Les seuls à recevoir quelque formation que ce soit sont les malheureux enseignants quand ils ont la conscience étrange de vouloir trouver des stages pour leurs élèves ou leurs étudiants qui en ont besoin, mais dont nul ne veut.

00Ce point de vue date un peu bien sûr, puisque depuis que notre assemblée nationale s'est penchée, lundi 21 février 2013, sur ce problème. Le rapporteur Chaynesse Khirouni (les Chinois sont décidément partout) est, en fait, une rapporteuse qui a découvert, non sans mérite, la vraie vérité sur les stages à l'occasion des nombreuses auditions auxquelles elle s'est livrée, même s'il n'était guère besoin d'en faire tant pour se rendre compte de ce qu’il en est.

Madame Chaynesse a rendu la gratification obligatoire pour tous les stages à partir de deux mois ; elle sera due, dès le premier jour, grâce à un amendement à la proposition de loi socialiste sur les stages. Le PS n'a pas condescendu à laisser passer le modeste amendement du Front de gauche qui voulait étendre cette généreuse initiative au premier jour de tout  stage ; il en a été de même pour l'amendement écologiste visant à d'abaisser le seuil minimal de la rémunération. Voilà qui ne va pas améliorer les relations du gouvernement avec son aile écologique qui profite odieusement de son avantage stratégique avant les élections.

 On aurait pu aisément traiter dans la foulée de la réforme des stages, en ce lundi 21 février 2013, les modifications de la durée du séjour et de l'importance du contingent français en République Centrafricaine qui sont, au fond, une espèce de stage pour nos bidasses mais dont on a traité que le mardi !

 Il est vrai que, dans ce cas des militaires, le problème des rémunérations ne se pose guère ! Les soldes sont très largement augmentées pendant ces périodes de stage baptisées "opérations", sans compter les bonifications d'ancienneté. On constate, depuis décembre 2013, que ces stages sur le terrain devraient être faits bien plutôt par les responsables de notre armée et du ministère de la défense, avant qu’ils conçoivent et décident eux mêmes des stages destinés à nos soldats dans les pays en cause, dont nos décideurs semblent tout ignorer.

On se souvient, en effet, qu'au moment de l'envoi des 400 premiers soldats français en RCA, nos plus hautes autorités gouvernementale et militaires nous avait assuré, le torse bombé, que ce stage centrafricain serait de courte durée, ne nécessiterait la présence que de faibles contingents de stagiaires et qu'au fond, il serait dans un genre différent, sur le modèle classique « photocopies café »), la seule présence de nos beaux militaires suffisant à terrifier les fauteurs de troubles, d’un bout à l’autre de la RCA, grande comme la France et sans frontières bien sûres !

Le nombre de nos stagiaires militaires a déjà pratiquement doublé ou triplé, comme la durée de leur stage qui devait être compté, au départ en mois, et semble devoir désormais être évaluée en années. Je pense que si l’on avait eu la prudence d'envoyer en stage à Bangui Messieurs Hollande, Le Driant, Fabius et quelques généraux dont l'amiral qui commandait à ce moment-là nos forces armées, ils auraient pu, à condition toutefois, de sortir du Salon VIP de l’aéroport de Bangui, de l’ambassade de France comme du Hilton et du Hyatt, prendre une connaissance un peu plus précise et étendue du terrain centrafricain.

 Dans un pays sans gouvernement réel depuis des décennies et qui accueillait sans contrôle ni autorité tous les traîneurs de kalachnikovs des Etats limitrophes, les conflits interethniques traditionnels ont pris désormais l’allure d'une insolite guerre de religions. Cette particularité est d’autant plus étrange qu’elle est en fait plus sociale que religieuse et qu’elle oppose des croyances minoritaires (les animistes ou réputés représentent 35 % de la population - en fait bien plus - et les protestants 25 %, les catholiques n'étant que 25 % et les musulmans 15 %.  (Ces données viennent du site de la CIA, dont je recommande la lecture à nos gouvernants comme à nos militaires plutôt que celle des rapports de nos postes diplomatiques). Tout cela  n'a d'ailleurs pas grand sens dans le contexte africain, car les problèmes de la RCA sont venus pour une bonne part de l'extérieur, lointain (Emirats) ou proche. À partir du moment où les conflits soudanais puis libyen et enfin malien ont rendus disponibles et oisifs des milliers de mercenaires fortement armés, il leur fallait bien de nouveaux terrains pour leurs exactions et leurs pillages !

Le Mali a tourné la tête à nos gouvernants qui ont, de plus, en ligne de mire les imminents chiffres du chômage 2013, alors que l’Ukraine commence à se régler pour leur malheur et  sans doute aussi plus encore pour le nôtre car nous allons, si j'ose dire, "casquer" ! Quant aux généraux, ils ne pensent qu’au budget de la défense au plan collectif, et aux intérêts immédiats les leur et  de l’armée  (supplément de soldes et de retraite en opération). 

A quoi bon avoir une armée si coûteuse si l’on ne s’en sert pas, scrongneugneu !

lundi 23 septembre 2013

Honni soit qui Mali pense (N° x + 1)


Je résiste, depuis des jours et des jours devant le discours euphorique sur me Mali  tenu par les autorités et la presse françaises sur Mali, couronné "in fine" comme on dit désormais à tout propos, par le triomphe proconsulaire de F. Hollande, à l'envie tenace de reprendre la série des billets que j'avais consacrés au Mali sous le titre « Honni soit qui Mali pense ». Faute d'avoir le courage de la rechercher les références, j'ai usé ici d'un commode et paresseux N° x + 1 !

Je ne voulais surtout pas le faire pour me flatter d'avoir prévu le cours ultérieur des événements maliens, tant il était évident, quand on connaît, tant soit peu et même de loin, l'histoire des peuples que la colonisation a bizarrement réunis dans cet Etat, comme celle des relations qui ont été les leurs au cours de l'histoire antérieure et aussi celle de la politique qui y a été menée depuis l'indépendance.

François Hollande, dans sa dernière et encore largement triomphale, visite dans ce pays a été bien inspiré de se rendre à Bamako plutôt qu'à Kidal ; s'il a été accueilli dans la capitale du Mali par une foule enthousiaste, à laquelle on avait pris soin de distribuer des drapeaux tricolores et des T-shirts à l'effigie présidentielle de rigueur et s'il a pu enfin, après des jours d'épreuves et de déconvenues syriennes, faire un discours triomphaliste, il en était tout autrement, au même moment, à Kidal où sa visite dans la capitale n'a pas été du tout saluée dans les mêmes termes et avec le même enthousiasme.

On pouvait aisément le prévoir, vu que le climat politique malien n'a cessé de se détériorer depuis l'élection d'IBK, conduisant même à des affrontements violents dont on a donné diverses explications, mais dont l'important est surtout qu'ils aient pu avoir lieu. Quand on voit en outre le patronyme même de celui qui a été chargé de la réconciliation entre le Nord et Sud, de façon spécifique et ciblée, on constate qu'il n'est en rien tamashek, ce qui aurait été sage (il s'appelle Maïga !) et je n'ai pas vu, autour d'IBK, beaucoup de personnalités porteurs de la coiffure traditionnelle du Nord dont étaient, en revanche, pourvus, pour le grand plaisir des photographes, les représentants du Nord lors de la conférence de Ouagadougou. Le pittoresque de la tenue des hommes bleus fait toujours recette dans la presse comme au cinéma.

Il est intéressant de voir que dans les projets immédiats, Ibrahim Boubacar Keita, on distingue deux volets majeurs fort différents : l'un consiste dans la formation de 500 imams en coopération avec le Maroc ; l'autre le sempiternel et mythique développement du Nord qui, depuis un demi-siècle a des allures de déjà vu. "L'urgence absolue dans le Nord, c'est le désenclavement." tonitrue IBK ! Un de ses proches précise  "Signer un accord de paix sans permettre au Nord d'être relié au Sud ne servirait à rien. Pour deux raisons : le développement économique ne sera pas possible sans ces routes, et c'est le seul moyen de mettre fin aux trafics entre Kidal, Gao et l'Algérie".

Ce dernier argument est quelque peu fallacieux pour deux raisons au moins ; d'une part cette route pourrait aussi bien, au contraire, les favoriser ; d'autre part, une partie de ce trafic (pour la drogue surtout) se fait par voie aérienne comme l'a naguère montré l'affaire du boeing dans le désert ! Le désenclavement du Nord est toutefois une nécessité reconnue par l'Union européenne (UE) et surtout financée en partie par elle ; l'UE veut relancer la construction d'un autre tronçon stratégique Niono-Tombouctou (500 kilomètres !). Les 160 millions d'euros octroyés par l'UE ont permis le démarrage du projet en janvier 2012, mais la guerre l'a interrompu aussitôt.

Attendons de voir si ces projets routiers ne seront pas, comme souvent un peu partout en Afrique confiés aux "moins disants" chinois, ce qui obligera à  refaire ces routes dans cinq ou dix ans au plus, durée de vie maximale des routes construites en Afrique par les Chinois, alors que les routes "normales" peuvent durer, en moyenne, une cinquantaine d'années.

On nous ressort, une fois de plus, la vieille tarte à la crème du développement du Nord-Mali : "Demain, on développera gratis!". On l'a entendu cent fois depuis une bonne trentaine d'années avec les résultats qu'on peut y constater. Je ne rappellerai ici qu'un des plus beaux éléphants blancs de cette politique qui a consisté dans un effort, certes louable, de créer, au Nord, des centres de protection maternelle et infantile et des dispensaires, mais en y envoyant des infirmiers du Sud qui ne parlaient naturellement que le bambara (pardon le bamanankan!), alors que les femmes qui venaient y conduire leurs enfants et s'y faire soigner ne parlaient évidemment que le tamashek et repartaient aussitôt car, en outre, leur culture les empêchait de se faire soigner par des hommes! Dois-je préciser que tous ces constats ont été faits après coup naturellement !

Il est évident que l'opposition entre le Nord et Sud c'est-à-dire entre les "peaux rouges" du Nord et "noires" du Sud ne sera pas levé par quelques déclarations ou aménagements ethno-politiques ; elle demeurera, dans la mesure où elle dure depuis des millénaires et où la haine entre ces deux peuples est quasiment inscrite dans les gênes ; les populations du Nord, qui venaient autrefois razzier leurs esclaves dans le Sud, se sentent désormais spoliés, en tout, par les populations noires méridionales.

Loin de moi l'idée de dire, en aucune façon, que les choses sont simples et faciles à régler ; bien au contraire, je juge la situation ingérable sauf à évoluer vers une forme de fédéralisme dont ne veulent, pour des raisons différente ni Bamako ni Paris. Il n'empêche que, même si la France ne pouvait guère échapper à une intervention sollicitée, elle aurait dû la rendre aussi brève et aussi limitée que possible, alors qu'on n'a cessé d'intervenir et qu'on a commence déjà à dire qu'on ne laissera pas seulement au Mali le millier de soldats qu'on avait annoncé, tandis que, tant du côté de la Libye que du Niger, les djihadistes se réservent toutes les possibilités d'intervenir dès qu'une partie de nos troupes aura tourné les talons, les forces de l'ONU étant là plus pour la décoration (quand ce n'est pas pour le pillage) que pour un véritable maintien de l'ordre.

Comme je l'ai dit et répété sans grand mérite, la France est très loin d'être sortie de l'auberge sahélienne en dépit des rodomontades de nos ministres qui feraient bien de se montrer plus discrets dans l'avenir, quelles que soient leurs intentions.

dimanche 18 août 2013

Réforme des régimes spéciaux de retraite : et les anciens Présidents de la République ?


Le Parisien et le Point, par leurs articles récents sur la protection dont bénéficient les anciens Présidents  et, de ce fait, Sarkozy (en particulier au Cap Nègre), ont remis sur le tapis le statut et les conditions matérielles accordées aux anciens présidents de la République ; leur protection est toutefois le moins important et le moins illégitime des multiples et immenses privilèges, pour la plupart injustifiés, qu'on leur accorde!
Sarkozy bénéficie, pour sa seule protection personnelle, de dix policiers du SPHP ; Chirac se contente, lui, de huit et Giscard d'Estaing de six. Ces informations ont fait quelque bruit dans la presse (il est vrai que nous sommes en août et que l'information est à son étiage !), alors que Mazarine Pingeot a bénéficié, sans aucun titre, pendant plus de dix ans et sans que nul n'en parle et donc ne s'en offusque, d'un service de sécurité plus important encore, sans y avoir en outre le moindre droit.

Dans la chasse aux régimes spéciaux de retraite naguère entreprise (sans grand effet d'ailleurs) et qui prochainement va ré-ouvrir, en septembre 2013, il en est un, très "spécial", qu'on a oublié et sur lequel René Dozière, le trouble fête des sinécures d'Etat, a été presque le seul à attirer naguère l'attention. Député PS de l'Aisne et auteur sulfureux de L'argent et l'État, voilà un homme qui ne doit pas être plus populaire auprès de ses collègues du Palais Bourbon qu'il ne l'est rue de Solférino puisque lors des dernières législatives, le PS lui a refusé l'investiture !

 Comme les rapports de la Cour des Comptes, dont il doit être un lecteur assidu et vigilant, ses écrits fournissent en effet, à chaque parution, une matière abondante à la presse française, même si souvent ils contiennent des informations que les journalistes pourraient trouver par ailleurs eux-mêmes, s'ils se donnaient le mal de les chercher, ce qui suppose toutefois, préalablement, qu'ils aient déjà l'idée de le faire.

En la circonstance, on peut évidemment chercher dans les travaux de René Dozière des éléments sur les Présidents de la République en retraite ; le mandat de Nicolas Sarkozy était arrivé à son terme, un peu contre son gré, sans pour autant qu'il puisse, le pauvre, vu son âge, toucher, tout de suite, sa retraite de président, comme on va le voir, même s'il a déjà tous les avantages en nature de cet état !

Le plus drôle, dans cette affaire, est l'étrange histoire de ce régime de faveur des présidents honoraires. Les anciens Présidents de la République encore vivants (et leurs veuves éventuelles comme on le verra) devraient adresser, en signe de reconnaissance, leurs remerciements communs à Laurent Fabius qui, le 8 janvier 1985, saisi d'on ne sait quelle inspiration subite a écrit, en tant que Premier Ministre, à Valéry Giscard d'Estaing pour modifier très sensiblement, de son propres chef, le sort des Présidents de la République en retraite ou, en tout cas, leur rémunération et les avantages dont ils peuvent jouir. Toutefois, comme R. Dozière le souligne, le fondement juridique d'une telle réforme est des plus fragiles voire douteux ; il ne s'agit, en somme, que d'un « courrier personnel », resté secret et donc ignoré des années durant, ce qui fait que l'on peut s'interroger sur la valeur décisionnelle d'une telle correspondance.

On peut d'ailleurs observer, au passage, une fois de plus, à quel point Laurent Fabius est toujours avisé et prévoyant. On se souvient qu'il avait su penser à son papa et à sa famille (les Fabius sont "marchands d'art" depuis deux empires et trois républiques) quand fut défini le statut fiscal particulier des oeuvres d'art, épargnées de façon curieuse et inattendue, par l'impôt sur la fortune alors créé. Ce point devait assurément moins préoccuper le Premier Ministre "Gros Quinquin" que L. Fabius qui en 1982 était son ministre des finances! En écrivant cette lettre à Giscard trois ans plus tard, c'était en réalité à lui-même qu'il songeait d'abord et surtout. En effet, en tant que "plus jeune Premier Ministre" de notre histoire, la voie de l'Elysée lui semblait en effet, inévitablement ouverte et, en feignant de se pencher sur le sort de VGE et de Tonton, c'était surtout son propre avenir qu'il préparait en tant que probable futur ancien Président de la République.

 Comme toujours en ces lieux, je vous la fais courte et je vais au fait.  

 Un Président de la République en retraite nous coûte, à la louche (grande, je vous l'accorde) deux millions d'euros par an, à la charge du contribuable bien entendu. On peut observer qu'une vraie sagesse républicaine et un juste souci des finances publiques conduiraient à n'élire que des présidents au moins septuagénaires, éventuellement même octogénaires et si possible égrotants. La tendance actuelle paraît toute autre puisque ce sont désormais des quadragénaires pleins de santé qui en rêvent et des quinquagénaires qu'on choisit, sans se préoccuper, le moins du monde, du coût prolongé qu'ils représenteront, dans la suite, pour la République.

Il est vrai qu'il faut distinguer sur ce point d'une part les avantages en nature qui leur sont attribués dès leur sortie de charge et, d'autre part, la retraite proprement dite, somme toute modeste, qui ne leur est versée qu'à partir du moment où ils atteignent l'âge de 60 ans. Régime spécial pour ces veinards qui apparemment ne seront pas astreints aux 62 ou bientôt 65 ans qui guettent le commun des travailleurs. La retraite proprement dite, une pension en fait, est celle d'un conseiller d'Etat ; elle est donc modeste (5250 € par mois, 63 000 € par an), mais elle offre toutefois la possibilité (très fréquente) de pouvoir être cumulée avec d'autres retraites (d'où les 30.000 euros mensuels des deux autres retraités actuels) ; le cas échéant, si notre retraité décide de siéger au Conseil Constitutionnel, dont il est membre de droit, il pourra y gagner 12 000 € bruts de plus par mois.

Le plus avantageux tient, en fait, aux immenses et coûteux avantages en nature : un logement de fonction où il peut installer éventuellement des bureaux (Nicolas Sarkozy, déjà logé, avait affaire plutôt pour des bureaux à 15 000 € par mois) ; la mise à disposition d'un duo de personnel de service qui peut même être augmenté, puisque R. Dozière précise que Valéry Giscard d'Estaing avait demandé et obtenu deux personnes de plus, les deux premières étant affectées surtout à la cuisine. L'ancien Président de la République bénéficie aussi de sept collaborateurs qui vont du directeur de cabinet à la simple secrétaire. Bien entendu pour les déplacements, une voiture de fonction avec deux chauffeurs (à cause des 35 heures!) ainsi qu'une escorte de deux ou trois policiers, sans compter les gendarmes qui surveillent le domicile privé (voir plus haut pour la réalité des faits!).

Pour les déplacements, aériens ou terrestres, tous les voyages sont gratuits, dans la classe la plus haute (comme on l'a vu avec les 11.000 euros de la récente escapade de Carla à New-York) pour lui même et son conjoint, sur l'ensemble des réseaux publics « dans la meilleure classe » faut-il le rappeler? Pour l'étranger, logement chez l'ambassadeur de France du lieu à condition toutefois que les déplacements soient opérés "dans le cadre de ses fonctions" (ce qui pour un retraité, demeure « assez flou » comme le note avec malice R. Dosière). En cas de décès, la veuve bénéficie d'une pension de réversion et garde une partie des avantages évoqués plus haut, ces privilèges s'étendant à ses enfants jusqu'à leur majorité. Ces privilèges cessent hélas pour les générations suivantes!

 "Arrêtons-nous ici !" comme on chante au deuxième acte de l'Armide de Gluck

Président de la République voilà un métier dont le régime est vraiment "très spécial" ! La réforme annoncée ne devra pas l'oublier.  

 

vendredi 2 août 2013

L'élection malienne. Quelle élection malienne ?

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire (mais en ce temps de rénovation pédagogique, la répétition demeure néanmoins "l'âme de l'enseignement"), la presse française est tellement "aux ordres" qu'il n'y a même pas besoin de lui en donner. Elle prévient les désirs du gouvernement ; comme dans Andromaque, Pyrrhus, dont les refus prévenaient les larmes de sa bien-aimée, les journalistes français pourraient dire à Fabius et Hollande : "Que leur refus de parler du Mali ont prévenu leurs ordres".


L'élection présidentielle malienne était censée tourner à la gloire de l'influence française. La France, sottement soucieuse d'instaurer une pseudo démocratie dans la bergerie malienne pour mieux y introduire le loup américain, avait; contre le bon sens et le désir de beaucoup de Maliens, maintenu l'élection présidentielle au 28 juillet 2013. Ce vote, présenté au départ comme un extraordinaire succès, avait été alors l'objet de nombreux articles et commentaires célébrant naturellement tous la rare clairvoyance du gouvernement français dans ce choix, que d'aucuns s'étaient obstinés à juger hasardeux, voire malencontreux.

Depuis dimanche soir, en revanche, le silence est de rigueur dans la toute presse française.

Les résultats de l'élection devaient être donnés mardi 30 juillet 2013 à 17 heures, ce qui est déjà bien long, en dépit de l'étendue du territoire, car la situation a radicalement changé en Afrique depuis la généralisation des téléphones portables et de l'internet.
On a commencé par annoncer le mardi que les résultats n'arriveraient que mercredi 31 puis, dans la suite, qu'ils ne seraient donnés que vendredi 2 août 2013 c'est-à-dire aujourd'hui même, où je n'ai encore rien vu venir, les seuls articles français datant de trois jours. Le communiqué du gouvernement malien donne la date nouvelle sans la moindre explication !

On ne pourra guère aller au-delà de cette date, puisque la loi constitutionnelle malienne oblige à publier les résultats électoraux au maximum dans les cinq jours qui suivent l'élection. Avec un nombre de bulletins qui ne doit pas dépasser les 3,5 millions, mettre plus de cinq jours pour les compter est effectivement d'autant plus long que, d'après les informations qui ont circulé, le vote des 200.000 Maliens de France a été très difficile et de peu d'importance et que, dans les pays étrangers voisins, où se trouvent des réfugiés maliens, l'élection s'est réduite à très peu de chose.

Cette élection qui était présentée au départ comme triomphale tant pour la France (et L. Fabius surtout) que pour la démocratie locale, commence à être sérieusement contestée, en particulier par le candidat qui serait arrivé en deuxième position derrière Keita. La chose n'est pas très surprenante d'ailleurs, puisque la position de Keita est forte surtout dans le Sud et la région de Bamako alors que Cissé a un électorat potentiel qui se situe plutôt dans le Nord où les élections se sont déroulées dans des conditions beaucoup plus contestables.

On se prépare donc, sur place, à une campagne de contestation a déjà commencé en particulier du côté des partisans de Cissé par une remise en cause les résultats de ces élections qui, dans le meilleur des cas, conduira à un deuxième tour prévu pour la mi-août. Retarder ainsi la publication des résultats du premier tour incite naturellement à penser qu'on se donne ainsi le temps d'en trafiquer les résultats. On peut donc craindre que les choses ne tournent plus mal encore, en particulier dans le nord du pays.

Tout cela était éminemment prévisible et quasiment écrit dans le ciel ; les conditions de cette élection ont été telles qu'il ne sera sans doute pas difficile de trouver une masse considérable de motifs de contestation et d'annulation. Fort heureusement aujourd'hui même a eu lieu le dernier conseil des ministres français et tous nos politiques seront en vacances, ce qui ne manquera pas de permettre de jeter un voile pudique sur cette affaire malienne ou de l'oublier, sans pour autant la régler, comme on le verra très certainement à la rentrée... sinon avant, car le brave capitaine Sanogo doit suivre tout ça de près !

dimanche 14 juillet 2013

Honni soit qui Mali pense (suite)

En ce jour de 14 juillet 2013, j'ai appris, faute d'avoir regardé le spectacle lui-même, que les soixante militaires maliens invités à Paris avaient défilé, comme prévu, en tête de l'armée française sur les Champs-Élysées. Je ne doute pas que le spectacle ait été réussi, même si l'information était un peu floue, comme toujours dans nos médias. On annonçait, en effet, en tête du cortège le lieutenant Élisée Jean Dao (avait-il été choisi pour son prénom ?), affecté à Kidal, alors que l'image que j'ai pu voir, un peu par hasard dans Maliactu.net faisait apparaître, sans le moindre doute, que Monsieur Dao, à en juger par son embonpoint et ses galons (qui me paraissent être les mêmes que dans l'armée française) était colonel et non pas lieutenant. Je ne doute pas que, surtout s'ils venaient effectivement de Kidal où on ne les aime guère, ces braves militaires maliens aient apprécié leur séjour parisien ; j'espère toutefois que, compte tenu de la modestie de leur solde et des tarifs des professionnelles parisiennes, on avait prévu des "bons de saillie" payés d'avance !

Bref il était bien naturel qu'on fît défiler aux côtés des soldats français, ces militaires maliens, puisque les deux ministres français compétents et concernés (affaires étrangères et défense) avaient été décorés par leurs homologues maliens dès le samedi, à l'Hôtel Meurice s'il vous plaît, des croix de Grand Officier de l'Ordre National du Mali (une chacun !), tandis que des généraux et colonels français devaient, en ce même lieu, se contenter du grade de Chevalier ainsi qu'une piétaille de civils français dont on n'a pas jugé bon de préciser les noms. J'espère que les choses se passeront tout aussi bien le lundi15 juillet puisque notre Président de la République, et c'est bien normal, doit recevoir les insignes de Grand-Croix de l'Ordre National du Mali des mains de Monsieur Dioncounda Traoré.

J'espère toutefois qu'à Kidal, et plus généralement dans le Nord du Mali, ces échanges amicaux franco-maliens ont été appréciés à leur juste valeur et que les fourbes Tamasheq n'ont pas profité de l'absence de ces braves militaires pour causer des troubles, hélas prévisibles vu la situation générale surtout à l'approche des élections présidentielles 

J'observe à cet égard qu'en dehors de ces festivités d'avant et après 14 juillet, la presse française a fort peu évoqué les événements du Mali et les élections du 28 juillet et que le Président de la République lui-même s'est montré fort discret et des plus vagues sur le Mali dans son intervention de l'Élysée.

La chose est d'autant plus inquiétante que l'on a pu constater, durant la semaine, quesi  le gouverneur de la zone s'était bien enfin rendu à Kidal en vue de la préparation de ces élections, il ne s'y était guère attardé et que son aller-retour depuis Bamako avait été des plus rapides. Tout cela n'est pas de très bon augure et je ne partage pas l'optimisme du chef d'état-major de nos armées, l'amiral Édouard Guillaud qui voit un succès dans "la reprise en main de Kidal", ce qui me paraît une approximation, explicable mais fâcheuse, de la part d'un amiral s'exprimant sur le Nord Mali.

En fait, si l'on examine les seules sources un peu fiables où le Mali est évoqué et qui sont constituées par les rares infos de RFI, qui n'est pourtant pas aux mains du MNLA, on y fait état de nombre de tensions et d'incidents qui se cristallisent autour du camp militaire situé à l'ouest de la ville et qui se marquent aussi dans de nombreuses manifestations des divers défenseurs de l'Azawad contre la présence de l'armée malienne. On s'est obstiné, suite à l'accord de paix de Ouagadougou, laborieusement signé le 18 juin entre l'État malien et le MLNA, à maintenir, contre tout bon sens, la tenue et la date des élections le 28 juillet alors, de l'avis général, c'est évidemment impossible pour de multiples raisons dont chacune est suffisante seule.

Les choses ne se sont pas sensiblement arrangées, loin de là, depuis l'entrée du contingent malien dans la zone de Kidal le 5 juillet 2013. Le MLNA prétend d'ailleurs que les termes de l'accord de Ouagadougou ne sont pas respectés, en particulier au plan de la représentation dans les troupes maliennes de soldats originaires du Sud et du Nord et en raison de la présence de nombreux partisans du fameux colonel Gamou, suspecté d'exactions multiples contre les "peaux claires" (les Tamasheq) et récusé par les représentants du MLNA. Tout cela n'est pas très favorable à la tenue d'élections, surtout si l'on ajoute ces incidents à l'absence de listes électorales fiables comme à la question de la distribution des cartes électorales dans toute la zone.

Dans de telles conditions, la seule solution raisonnable aurait été le report de cette élection où l'on ne sait même plus le nombre de candidats (28 ou 36 ?) mais l'engagement irrévocable de Paris comme de Bamako sur cette date a été tel que ce serait perdre la face que de s'y résigner.

jeudi 4 juillet 2013

Cha cha cha diplomatique

L'épisode, à certains égards ridicule, de l'avion présidentiel bolivien bloqué en Autriche sur intervention française, est à la fois grotesque et significatif ; il sera sans doute riche (si l'on peut dire comme on verra!) de conséquences que notre diplomatie n'a pas prévues.

On a appris que le président Evo Morales (le seul président amérindien d'Amérique) qui revenait de Moscou, a été bloqué 13 heures durant à Vienne, car on le soupçonnait de transporter à bord de son avion présidentiel, Edward Snowden,sur lequel s'acharne actuellement le gouvernement des États-Unis ; alors qu'il espionna pour leur compte, les USA veulent le juger..."pour espionnage".

Sans doute ne saura-t-on jamais ce qui s'est vraiment passé du côté français, car il semble y avoir eu une différence de point de vue, à les en croire l'un et l'autre, entre François Hollande et son ministre des affaires étrangères Laurent Fabius de qui est venu, semble-t-il, l'interdiction faite par la France à l'avion d' Evo Morales de survoler le territoire français. Va-t-il être viré pour ça ? J'en doute!

En effet, cette autorisation avait été d'abord accordée (au moment où l'avion est parti de Moscou) puis elle lui a été retirée, très vraisemblablement, sur intervention (pour ne pas dire sur ordre) des États-Unis auprès de l'ambassade de France et/ou du Quai d'Orsay.

Les Français ont entraîné dans cette sotte décision l'Europe du Sud (Espagne, Portugal et Italie) alors que rien n'oblige à survoler ces trois Etats pour gagner l'Amérique latine.

L'avion est reparti de Vienne au bout de 13 heures, sur injonction spécifique, semble-t-il, de François Hollande qui aurait appris à ce moment-là seulement (c'est dire combien l'information circule bien du côté français) que le président bolivien était à bord de cet aréonef ! Bref, grosse pagaille du côté français ; la seule chose qu'on peut en retenir est que la France est aux ordres des États-Unis, conclusion que n'ont pas manqué de tirer la plupart des populations des Etats d'Amérique latine avec, à la clé, des manifestations violentes devant l'ambassade de France de La Paz aux cris prévisibles de « France colonialiste » et de « L'indien est le sauveur du monde » !

Mais peut-être après tout, au Quai d'Orsay, ne savait-on pas qu'Evo Morales est indien et que l'interdiction qui lui était faite de rentrer dans son pays allait inévitablement prendre cette couleur politique.

Le cha-cha-cha, dans lequel on avance avant de reculer, n'est pas d'origine bolivienne mais cubaine ! Comment ne pas s'étonner de voir François Hollande, qui s'indignait récemment encore de l'espionnage américain à l'égard de l'Europe, a cédé si facilement à une demande américaine, alors que, somme toute, si Edward Snowden avait gagné La Paz, fût-ce, dans l'avion présidentiel, cette solution aurait bien arrangé tout le monde ...y compris les Américains eux-mêmes.

Si le Quai d'Orsay ne savait peut-être pas qu'Evo Morales est indien (et fier de l'être, du moins à en juger par les multiples rappels qu'il fait de cette ascendance autochtone), on n'y savait sans doute pas non plus, ni le but de la visite d'Evo Morales à Moscou (qui ne tenait pas simplement au plaisir d'y rencontrer Monsieur Poutine et avait des raisons purement économiques), ni la situation de la Bolivie.

La principale caractéristique de la Bolivie est qu'il est le futur Qatar de l'Amérique. En effet, ce petit pays, qui est le plus pauvre de la région, possède aussi une richesse extraordinaire qui est le lithium, élément indispensable pour la fabrication des batteries électriques, qui semblent devoir être un des outils majeurs de la révolution énergétique.
La Bolivie possède, en effet, 40 % des richesses du monde en lithium. Elles se trouvent dans le fameux désert salé, le Salar d'Uyuni, qui, pour le moment, n'est qu'une curiosité touristique mais qui va devenir une richesse quasi inépuisable, puisque son étendue est à peu près celle de l'Île-de-France et que la couche de sel qui le constitue y atteint 10 mètres d'épaisseur.

La Bolivie, avec laquelle nous nous sommes un peu brouillés dans cette affaire stupide (expulsion des ambassadeurs !), même si François Hollande a présenté de plates excuses comme notre ministre des affaires étrangères. C'est un peu tard bien sûr et nous voilà en froid avec un pays stratégiquement capital que tout le monde courtise dont les États-Unis eux-mêmes bien sûr, car une société américaine exploite actuellement le Salar que se disputent, par ailleurs, les Russes (d'où la visite à Poutine), les Japonais et les Brésiliens (qui s'intéressent bien sûr au lithium mais également aux résidus de sa fabrication qui pourraient être utiles dans la fabrication des engrais agricoles). Même les Français sont sur les rangs, en la personne de Bolloré (qui a beaucoup investi dans la voiture électrique et qui, de ce fait, a de grands besoins de lithium) et qui moins sourcilleux dans ses alliances que la France elle-même, cherche à s'allier avec les Japonais pour contrer les projets américains. Mais Big Brother sait naturellemnt tout ça en espionnant ses alliés!

Ici comme ailleurs, notre diplomatie ne voit pas plus loin que le bout de son nez ; nous avons donc toute chance d'arriver bons derniers dans cette course au lithium où l'incident de l'avion présidentiel bolivien ne favorisera pas sûrement nos affaires.

mercredi 29 mai 2013

La France au Mali : tout baigne !


"Quand nous aurons le vote de la population malienne en direction d’une nouvelle présidence, puis des élections législatives en même temps que le dialogue, en même temps que la sécurité, en même temps que les outils du développement économique, que la réinstallation de l’administration malienne dans l’ensemble du territoire, eh bien je pense que du bon travail aura été fait."

Et les villes à la campagne alors ?
 
Et tout le monde riche et bien portant plutôt que pauvre et malade ?

Telle est la conclusion de L. Fabius, au terme de son voyage à Niamey puis à Bamako (pas à Kidal rassurez-vous) , après l'adoption par le Conseil des ministres malien du projet de loi fixant au 28 juillet 2013 le premier tour de l'élection présidentielle (le second tour éventuel étant fixé au 11 août) montre que tout baigne, sans que toutefois que le terme précis de cette si favorable évolution soit précisé davantage.

Le "terminus ad quem" est, en la circonstance, le plus important mais le plus problématique, voire le plus incertain aussi ; le "terminus a quo", lui, il est désormais arrêté puisque les élections auront lieu, quoi qu'il arrive, y compris dans le Nord-Mali et à Kidal, le 28 juillet, ce qui naguère encore semblait fort improbable à tous les observateurs, mais où, comme l'a précisé notre ministre "des dispositions seront prises", sans qu'on sache en quoi elles consisteront ni comment elles régleront une question qui est à l'origine de tous les troubles du pays depuis un demi-siècle et des dissensions entre le Nord et le Sud depuis des millénaires.

Quelques menus détails restent certes à régler, comme l'établissement de listes électorales et la fabrication, inévitablement postérieure, de quelques millions de cartes d'électeurs (offrant, s'il vous plait, la photo de leur titulaire pour éviter toute fraude !). Cette fabrication (des cartes, non des listes!), comme le précise le ministre français, "a été confiée à une société" (formule d'un vague qui se veut rassurant, mais sur lequel l'absence de listes des électeurs jette une ombre d'inquiétude...). Bof ! Tout cela, vu du Quai d'Orsay, ne pose guère de problèmes.

Deux attentats meurtriers ont été commis tout récemment au Niger ; ces attaques ont visé un camp militaire nigérien à Agades et un site d'Areva à Arlit (lieu qui a déjà défrayé la chronique terroriste) donc des intérêts français. L. Fabius, au Sahel pour la deuxième fois en deux mois, s'était auparavant rendu à Niamey cette fois-ci. Tout le monde s'accorde désormais, pour le coup, à mettre en cause la Lybie d'où seraient venus les djihadistes dont certains se réclament pourtant du MUJAO. Le Premier Ministre libyen, Ali Zeidan, lui, nie ce point, ce qui rendra sans doute délicate l'action commune avec cet Etat que L. Fabius nous laisse espérer.

Il est clair que, de proche en proche, les risques terroristes et le malaise diplomatique gagnent tous les Etats de la zone. Les Tchadiens se regardaient, non sans quelques raisons, comme la "chair à canon" des troupes françaises dans le Nord-Mali où ils ont perdu deux ou trois cents hommes ; l'Algérie s'est vue atteinte dans ses oeuvres vives avec l'attaque de son champ pétrolier ; le Niger est désormais frappé (une vingtaine de morts avouée) ; la Lybie, elle, est à nouveau accusée.

Décidément, il se passe toujours quelque chose dans l'auberge sahélienne et nous ne sommes pas près d'en sortir!

 

 

dimanche 21 avril 2013

Brèves dominicales : Fabius au Cameroun


Comment échapper à la libération de la famille française enlevée au Cameroun qui occupe, depuis vendredi, toutes les radios et toutes les télévisions? Ce n'est pourtant pas qu'il ne se passe rien d'autre dans le monde, mais ça arrange tout le monde et c'est si facile de jouer sur l'émotion (ce qu'approuvent, à l'évidence, nos gouvernants). On a pu, au départ, à défaut des intéressés, interviewer toute la famille, jusqu'aux cousins les plus éloignés ; cela dispensait d'évoquer des sujets plus importants à travers le monde mais devenait vite lassant à force de dégouliner d'inévitables bons sentiments, répétés à l'envi..

Par chance en plus, cette famille est plus française que nature ! Comment pourrait-il en être autrement quand on s'appelle Moulin-Fournier (mieux encore que Dupont-Dupond), même si les prénoms des protagonistes font quelque peu feuilleton télévisé ? Cela dit, dans la conjoncture politique actuelle, ça vaut encore la peine pour un Président de la République de se lever, avec Madame, à cinq heures du matin pour aller à Orly plutôt que d'aller, à une heure même plus convenable, visiter une usine ou annoncer un plan social.

La seule chose qui m'étonne dans cette affaire, c'est le rôle de Monsieur Fabius, ministre des affaires étrangères. Il était déjà allé au Cameroun mi-mars et il y est retourné à nouveau pour la libération des otages. Un instant, je me suis demandé si nous avions bien, dans notre gouvernement, un ministre de la coopération ; vérification faite, nous en avons même DEUX, un homme et une femme, Monsieur Canfin (je crois) et Madame Benguigui (je suis sûr), ce qui en outre assure la parité. des sexes (et non des genres comme on dit bien à tort!). Voilà qui rend d'autant plus étonnant le double déplacement de Monsieur Laurent Fabius. Je me demande si compte tenu de la large médiatisation de la chose, il n'a pas voulu, à leurs dépens, jouer les premiers rôles dans les médias N'aurait-il pas quelque intention cachée et, après avoir été le plus jeune Premier Ministre de la France, caresserait-il le dessein d'en être le plus riche?

Je pense que nos instituts de sondages ont dû faire une étude spécifique pour déterminer avec précision le rôle de ce genre d'événement sur l'évolution des opinions ; il serait bien dommage en effet que François Hollande se soit levé si tôt un samedi matin, sans que cela ait quelque incidence sur sa popularité, même si, selon les premières informations, ça ne semble pas être le cas. En revanche, si ça marche, pourquoi ne pas en programmer un tel coup, de temps en temps?

Le pire est que cet événement, heureux en soi (surtout pour les pauvres gamins embarqués dans cette aventure), fait oublier la façon fort imprudente qui a conduit leurs parents à les emmener à cet endroit. Chacun sait, au Cameroun, qu'aller faire du tourisme à proximité de la frontière du Nigéria n'est pas un choix très recommandable. On ne rappelle pas ce genre de remarque sensée et utile, alors que les commentaires que suscite l'événement sont littéralement ineptes, quand ils ne sont pas faux.

Je n'ai regardé que quelques minutes, samedi 20 avril 2013 au soir, du long "sujet" consacré par Monsieur Delahousse sur France 2 à la question. On y avait invité pas moins de trois membres de la famille (les imprudents parents !) pour leur poser des questions du genre "Qu'est-ce que vous avez éprouvé en la circonstance lors de votre libération ?". On aurait pu s'amuser ou s'étonner s'ils avaient répondu qu'ils avaient été consternés d'être libérés ou qu'ils espéraient être dévorés par leurs kidnappeurs Il n'en a évidemment rien été et j'en suis resté là sans vouloir voir la suite.

En pareil cas, nos journalistes sont ce qu'ils sont, c'est-à-dire globalement nuls ; j'ai même pu observer, en même temps qu'ils ignorent la géographie et sont trop occupés pour regarder une carte de temps en temps. Ainsi, ai-je entendu, à plusieurs reprises, des confusions entre le Nigéria et le Niger, alors que le Niger n'a évidemment pas de frontière commune avec le Cameroun. Mais c'est si loin et ce ne sont, après tout, que des nègres ! A propos de journaliste et de Cameroun, à TF1, par prudence, tous les reportages exotiques, du Moyen Orient à l'Afrique sont assurés désormais par Patrick Fandio, reporter d'origine camerounaise. On ne se mouille pas à TF1 mais le pauvre doit être surbooké!

mercredi 17 avril 2013

Politique : confessions à tous les étages.


Les commentateurs ont été forts déçus de ne pas trouver dans ces différentes déclarations de sujets de commentaires drôles, acides ou tendancieux. À peine a-t-on relevé, et encore rarement, que Laurent Fabius, sans doute vu l'importance même de son patrimoine et son passé ministériel, était le seul à se donner un conseiller spécialisé propre à lui trouver des niches fiscales qui lui permettent de réduire son impôt. Je trouve, en revanche, que l'on n'a pas fait quelques remarques qui me paraissent s'imposer en la circonstance.

Comment ne pas féliciter Madame Taubira de posséder trois bicyclettes (dont elle précise même la marque et la valeur de 900 € à elles trois) et surtout d'en user pour pratiquer un sport qui paraît bien indispensable dans son cas? En revanche, comment ne pas s'alarmer, comme je le fais ici, de voir notre Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault, se lancer sur les routes dans un combi Volkswagen aménagé en camping-car (on a même vu des photos à l'appui) vieux de 28 ans et dont la valeur estimée n'est guère que 1000 € ? Tout cela est fort inquiétant. Peut-on ainsi confier à un véhicule si vétuste la vie de celui qui a en charge les destinées de notre pays en des circonstances si difficiles? Je suis tout prêt à lancer une souscription pour changer ce véhicule, l'Etat n'étant clairement pas en position de le faire

Je pense aussi que toutes ces révélations ont dû briser le cœur de notre ministre de la culture qui a pu constater que le patrimoine artistique de la plupart des membres du gouvernement était des plus réduits, exception faite de celui de Monsieur Fabius qui semble héréditaire et est, au demeurant, modeste vu la lignée dont il est issu. Pour les autres, ces patrimoines artistiques sont si réduits (voire inexistants) que la chose confine au ridicule ; il est vrai que, par nécessité professionnelle, ces ministres passent le plus clair de leur temps au milieu des merveilles de notre mobilier national.

Le cas de Jérôme Cahuzac est différent et plus complexe, même s'il a tenté avec adresse de se glisser dans la foule de ceux qui venaient à confesse ; il amène aussi à plus d'interrogations et, somme toute, pose plus de questions qu'il ne fournit de réponses ! Serait- ce un hasard ?

Certes, comme on l'a vu, le choix de la date était sans problème ; à fondre sa confession de "faute morale" dans le grand déballage patrimonial dont sa précédente démission l'exemptait opportunément car, s'il était resté à Bercy, il aurait été contraint de mentir une fois de plus. En revanche, le choix de BFM.TV, la "télé du grand capital", comme aurait dit feu Georges Marchais, n'était pas évident. Aux autres ministres, pour les amener à confesse, il a sans doute fallu tordre le bras gauche (normal dans un gouvernement socialiste), mais on a sans doute tordu le droit à Jérôme Cahuzac pour l'amener ainsi dans l'antre médiatique du MEDEF. Il faut dire que l'expérience DSK avec Madame Chazal et TF1 n'avait pas été des plus réussies et que cette circonstance dissuadait de la répéter, en outre avec la même coach de com'..

Il faut dire aussi qu'on a l'impression que Jérôme s'est moins donné le temps de la réflexion morale que celui de la négociation politique. Comme toujours, désormais, toute déclaration publique, dûment enregistrée et filmée, vous laisse sous la menace permanente et définitive de la reproduction incessante de ce témoignage ("verba non volant" , les paroles ne volent plus hélas!), non seulement la prudence mais le jésuitisme et la restriction morale sont de mise.

Dans un premier temps, en jurant ses grands dieux qu'il n'avait pas de compte en Suisse, Jérôme Cahuzac était de très bonne foi et ne mentait en rien puisque son compte était à Singapour ! De la même façon, il a assuré hier que les fonds déposés à l'étranger n'avaient pas servi à des opérations électorales du parti socialiste. C'est la pure vérité, puisque, si l'on en croit le témoignage de Mediapart, ces fonds, initialement destinés à une éventuelle candidature de Michel Rocard en 1995 et que je soupçonne sans le moindre élément de preuve de venir des fonds secrets, n'ont effectivement pas été utilisés pour une opération électorale !

Ce genre d'aveu a été inventé, depuis des siècles, par la Compagnie de Jésus et il n'y a décidément rien de nouveau sous le soleil. Comme disait, en se marrant (ce qui était rare de sa part), Ignace de Loyola, avec une bonne grosse restriction mentale, toute faute à demi-avouée est aux trois-quarts pardonnée.

vendredi 6 juillet 2012

Vérité au nord de la Méditerranée, erreur au Sud.

J'écoutais ce matin, sur France Info, l'inénarrable mais insubmersible BHL, à peine remis, semble-t-il, du bide de la sortie de son film sur la Lybie mais en rien instruit par cette affaire.

Toujours disert notre expert ès-révolutions arabes répondait aux questions, fort pertinentes de la journaliste qui opère à cette heure sur cette chaîne. Elle lui demandait, non sans raison, s'il n'était pas inquiet quant à la situation là-bas et surtout aux résultats des élections qui se tiennent ce jour même en Libye et qui risquent fort, comme ailleurs, de porter au pouvoir des islamistes.

Et BHL de se féliciter que cette journaliste lui pose cette question (c'est la loi du genre!) et de souligner finement qu'après tout il ne faut pas trop s'affoler puisque l'islamiste élu en Egypte auquel elle faisait allusion, n'avait guère été élu que par 25 % des Égyptiens. Ce n'est pas faux mais, par là, notre brillant philosophe s'avère plus à l'aise avec la politologie qu'avec l'arithmétique.

En effet si, en Égypte, le nouveau chef de l'État n'a été élu qu'avec 25 % des voix, qu'en est-il dans notre beau pays où 40 % des électeurs se sont abstenus à la présidentielle? Si l'on admet que les deux candidats du second tour ont recueilli, chacun, à peu près la moitié des suffrages exprimés (laissons de côté le scandale permanent du traitement du vote blanc !), sommes-nous si loin, pour le candidat vainqueur, de ces fatidiques 25 % que BHL stigmatise avec ironie dans l'élection égyptienne?

Mais tout cela est sans importance et le plus remarquable chez notre BHL me paraît le virage lof pour lof de notre Talleyrand philosophe. Il trouve soudain désormais des charmes et des talents, aussi vastes  qu'inattendus, chez notre nouveau Président de la République comme chez son tout aussi nouveau ministre des affaires étrangères. Reconnaissons que, sous le précédent régime, il aimait moins le second que premier !