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lundi 3 mars 2014

Après le Mali, la RCA en attendant le Tchad…


Pour votre information sur les situations africaines, ne comptez pas trop sur les médias français qui ne semblent même pas capables de nous donner des données fiables sur les Etats. Pour ma part, sans être son agent,  je recommande depuis longtemps la consultation de "The World Factbook" qui émane de la CIA, sans que sa présence soit en rien dissimulée. Ainsi pour le Tchad, suffit-il pour accéder aux données nationales complètes de taper dans Google « Chad CIA »!). J'ai eu le plaisir d'entendre contester les données françaises et vanter celles de la CIA, comme je le fais moi-même, par Messieurs Glaser et Pons, dont la connaissance des terrains africains, est infiniment supérieure à celle de bon nombre de nos décideurs comme de nos diplomates, ces derniers étant même sanctionnés quand ils ont, rarement, le courage d’énoncer quelques vérités.

Je donne donc ici, à titre d'introduction à ce billet, quelques extraits du document de la CIA concernant les populations, les langues et les religions du Tchad sur lesquelles on entend bien des sottises, ainsi que les chiffres de la CIA sur les réserves et la production de pétrole, informations qui constituent assurément, même si l'on n’en parle guère, un élément important du problème. En effet, depuis l'affaire du Mali où les troupes tchadiennes ont joué un rôle essentiel et subi de lourdes pertes dont on n'a guère parlé, le Tchad et son président Idriss Deby sont devenus un élément fort de la politique française dans cette région, sans que le pouvoir soit accepté et soutenu par l'ensemble de la population :

 « Population : Sara 27.7%, Arab 12.3%, Mayo-Kebbi 11.5%, Kanem, Bornou 9%, Ouaddai 8.7%, Hadjarai 6.7%, Tandjile 6.5%, Gorane 6.3%,
Fitri-Batha 4.7%, other 6.4%, unknown 0.3% (1993 census)
 Languages : French (official), Arabic (official), Sara (in south), more than 120different languages and dialects
 Religions : Muslim 53.1%, Catholic 20.1%, Protestant 14.2%, animist 7.3%, other 0.5%, unknown 1.7%, atheist 3.1% (1993 census)
 Population : 11,193,452 (July 2013).
 Pétrole : réserves 1.500 milliards de barils ; production par jour 125.000 barils » The World Factbook.

Comme le montrent les chiffres de la CIA et, comme l'a rappelé l'un des deux experts que j'ai mentionnés lors de l’émission de Calvi, le Tchad n'est nullement un Etat totalement musulman voire islamique, comme on le donne souvent à croire , non sans quelque intention. On en persuade d’autant plus facilement que l'arabe est avec le français une des deux langues officielles du Tchad (sans que, pour autant, ces langues y soient réellement parlées !) et que la population tchadienne est pour moitié environ musulmane ; il n'empêche que les chrétiens constitue tout de même environ le tiers de la population totale de cet Etat.

Faire croire que tous les soldats des forces tchadiennes envoyées en RCA sont musulmans est évidemment quelque peu excessif. Comme le rappelle l'auteur tchadien d'un texte que je cite plus loin, Houle Djonga Djonkamla, « le premier militaire tchadien tombé dans le cadre de la mission de soutien en RCA, l'adjudant-chef Adoum Boksou, était de confession chrétienne catholique et il a été inhumé selon les rites catholiques. C'est la preuve qu'on doit éviter la confusion qui veut que les Tchadiens musulmans soutiennent les musulmans en RCA. ».

Il en est sans doute autrement des irréguliers et des mercenaires en rupture d’engagement de toutes sortes qui se sont réfugiés en RCA à la suite des événements de Libye, puis de la reprise en main du Mali. De toute façon ces gens-là, reîtres de sac et de corde, qui sont les plus actifs et les plus redoutables dans les massacres et les pillages, ne sont nullement en République Centrafricaine au titre du contingent officiel africain et qu’ils sont tout prêts à trouver d’autres lieux de nuisance.

Il est toutefois clair que, même hors de la communauté chrétienne de RCA, les Centrafricains ne veulent plus des Tchadiens, civils comme militaires. On peut ainsi lire dans Tchadactuel du 20 février 2014 : « le Tchad a annoncé avoir mis fin à son opération de rapatriement sous protection militaire de ses ressortissants établis en Centrafrique. Un dernier convoi à destination du Tchad a quitté Bangui mercredi matin sous escorte de soldats tchadiens et de militaires de la force africaine (MISCA) donnant lieu, comme à chaque départ, à des manifestations d'hostilité de foules en colère contre les civils militaires tchadiens. »

Il est évident que, dans les affrontements interethniques, on a du mal à faire une distinction claire entre les Tchadiens, très nombreux en Centrafrique ; ils sont parfois pour certains, des combattants et des soldats tchadiens de la MISCA et ont été accusés de complicité avec les combattants de la Seleka, majoritairement musulmans,  en dépit du fait que le Tchad lui-même  a toujours nié de telles connivences. Les confusions ont été d'autant plus faciles et grandes que, comme je l'ai précisé ci-dessus, un très grand nombre d'irréguliers tchadiens ou non, musulmans ou non, ont profité de la situation centrafricaine pour se livrer à des exactions et des pillages.

La version officielle des faits est à examiner de plus près et les responsabilités du Tchad comme de la France sont à prendre en compte. Les militaires français étaient déjà présents en 2003 quand le président Ange Patassé a été renversé, comme ils l’étaient toujours en 2013, quand le président Bozizé a été renversé à son tour par la Séléka. Même si la France, à ce moment-là, s'est refusée à intervenir, comment imaginer qu'elle n'ait pas choisi volontairement de laisser faire les choses ! 

Quant au rôle du Tchad au Mali comme en RCA, on peut le discuter, mais il est certain que, parmi les troupes africaines, les Tchadiens étaient de loin les mieux entraînés et les plus aptes à intervenir. Il est donc probable que le départ des Tchadiens de Bangui amènera la création de nouvelles milices et fera naître de nouveaux conflits, puisque les militaires français ne seront , au mieux, que 2000 cantonnés pour l'essentiel à Bangui, dont la moitié, non combattante, est planquée et dont le reste a des fonctions qui sont plutôt de celles de la gendarmerie que d'une armée de terrain efficace. Comme au Mali, les Tchadiens ont fait l'essentiel du travail, ce que montrent les pertes mêmes qu'ils ont subies.

J'en terminerai avec ce point en citant les propos de Houle Djonga Djonkamla quetj'ai déjà évoqué et qu’on peut lire dans le Blog Makaila du 6 janvier 2014 : « Le Conseil Patriotique des Forces pour le Changement (CPFC) a toujours pensé que la solution au conflit qui nous oppose au gouvernement du Tchad est politique. Il doit être résolu  à travers un dialogue politique inclusif comme nous l’avons toujours souhaité. La lutte armée est envisagée lorsqu’il n’y a aucune porte ouverte pour le dialogue. Nous sommes conscients que non seulement la situation en RCA est dangereuse pour la stabilité au Tchad, mais nous avons le Nigeria, la Lybie, le Sud Soudan et le Darfour  Soudanais qui sont des foyers en ébullition. Mais dans tous ces pays la solution passera par le dialogue. C’est pourquoi nous pensons que le gouvernement doit saisir cette accalmie pour lancer un véritable dialogue entre les différentes parties tchadiennes afin de consolider la stabilité précaire dans notre pays. ».

Curieusement, dans ce jeu de billard diplomatique multibandes qu'on observe dans cette zone de l'Afrique, on peut constater que, souvent, l'intervention dans un pays suppose chez les intervenants l'idée d'agir en même temps, voire surtout, sur le pays voisin. Une partie de l'intérêt de la France pour le Mali, tient, d’abord, à sa proximité avec le Niger, où se trouve la principale source de l’alimentation en uranium que la France garantit à tous les clients de son industrie nucléaire (français ou étrangers).

L'intérêt pour la RCA, Etat longtemps négligé au plan politique (sauf pour ses diamants !), tient désormais, à sa proximité avec ses voisins du Tchad et du Soudan qui sont devenus des enjeux pétroliers considérables, dont bien entendu la Chine ; en premier lieu, ne se désintéresse pas (Au Tchad, Les Chinois produiront 50.000 barils/jour pour l’exportation à la fin de 2014. Ils en produiront aussi 18.000 pour la raffinerie).

Tout cela suscite non seulement des convoitises extérieures, mais agit de façon très forte sur la politique intérieure des pays, en particulier dans le cas du Tchad. Le lobby pétrolier tchadien  réunit, en effet, sous la houlette et au bénéfice de la « Première Dame » du Tchad, Madame Hinda Deby. Ce lobby, mis en place depuis 2007, a promu Mahamat Kasser à la tête du secteur pétrolier. Le but recherché est simplement une main mise totale sur les recettes du secteur, piloté par le cabinet « Cameroun Audit Conseil » (CAC) . Tout se passe donc à l’étranger et aucun ministère tchadien n’est convié aux réunions et associé aux décisions. Le ministère des finances, l’organe compétent de l’Etat tchadien y est toujours absent. Le CAC encaisse les commissions et une partie du bonus qu’il les repartit entre les différents membres du lobby,  y compris , d'abord, la Première Dame » tchadienne ! 

Mieux encore, la part des profits revenant au Tchad est, elle-même, commercialisée par un bureau … à Dubaï dirigé par le frère du TPG Zen Bourma, toujours sous la supervision de la Première Dame.
La manne pétrolière ne se déverse donc pas dans le Trésor public tchadien comme on pourrait le penser, mais plutôt dans les poches de certaines et de certains "oligarques". Les cheminements décisionnels et financiers, gérés "off shore", sont des plus malaisés à saisir et s’opèrent pour l’essentiel hors du Tchad.

 Et la RCA dans tout cela ?

Les quelques centaines de milliers de francs de diamants de la RCA, qui s'évaporent désormais Dieu sait où, au lieu de constituer des cadeaux comme sous Bokassa, ne pèsent pas grand-chose au regard des ressources pétrolières en jeu au Tchad. En revanche, les affrontements religieux, nouveaux et inouïs, risquent d'avoir dans le pays des conséquences dramatiques, en particulier dans le domaine alimentaire, puisque la production agricole locale actuelle fait que la République centrafricaine, difficile à approvionner, est très loin désormais de la situation d'autosuffisance qu'elle a pu connaître dans le passé. Donc, après la guère civile et les massacres, la famine !

vendredi 28 février 2014

Usbek Consulting & Co

À l'époque où je publiais mes blogs sous le pseudonyme d’Usbek  (ce que je fais d'ailleurs toujours, dans « nouvelles persaneries.blogspot.com »), j'avais une rubrique de conseils gratuits qui émanait d’Usbek Consulting & Co. Il me semble qu'il faut que je réactive cette rubrique car la nécessité de le faire s’avère chaque jour plus pressante.
Je l’ai déjà fait, d'une certaine façon, sans le dire, dans mon précédent billet, dont j'ai oublié le titre exact, mais qui devait être quelque chose comme « Stages en RCA ». J’y suggérais de  rapprocher deux réflexions de nos gouvernants et ainsi de faire bénéficier nos dirigeants et nos généraux en situation de responsabilité, de stages en République Centrafricaine, de façon à ce qu'ils s'informent, d'une façon directe et par là plus précise, des réalités de la situation de ce malheureux pays. Tout démontre en effet qu'ils sont fort mal informés dans la mesure où toutes les décisions qu'ils prennent sont successivement invalidées par les événements qui les suivent.
L'affaire du chômage, dont les chiffres définitifs sont tombés mardi 27 février 2013 à 18 heures, tels le couperet de la guillotine politique (il est vrai que le récipiendaire sentait déjà le Sapin !),  me confirme dans la nécessité de réactiver Usbek Consulting & Co ; ce n'est pas d'avoir entendu hier le ministre du travail tenir son nouveau discours sur l'inversion de la courbe du chômage qui m’a fait changer d'avis.
À court de métaphores, ce que l’on comprend aisément, sur la protéiforme « inversion de la courbe du chômage », il a plaidé, sans grand succès, l'erreur de calendrier, puisque l’inversion de ladite courbe est désormais reportée à fin 2014.
L'irruption imprévue de 9.000 chômeurs de plus durant le mois de décembre 2013 aurait pu toutefois trouver des justifications plus adroites. Mon Dragon 12 m’avait suggéré ici « plus à droite », ce qui n’était pas si mal trouvé après tout, mais me fait découvrir soudain que mon logiciel de dictée est un crypto-socialiste ! Je me permets donc de proposer à MM. Hollande et Sapin, quelques conseils, un peu plus nouveaux et  naturellement gratuits
Fin 2013, on avait beaucoup parlé, sinon de la fin du chômage, du  moins de celle de notre monde lui-même, annoncée depuis longtemps par le calendrier maya, de façon d'ailleurs relativement inadéquate puisque rien ne s’est passé. J'ai cru comprendre aux explications avancées ensuite qu’il y avait plusieurs calendriers mayas et que les Mayas un peu, comme nos Epicuriens (les vrais !) avec leurs Grandes Années, avaient leurs calendriers dans les différents âges, sans que pour autant le cycle calendaire en soit interrompu.
Monsieur Sapin est-il, sans le dire, comme son condisciple et ami Hollande, un Epicurien, ce que donne à penser leurs errances conjugales ? En tout état de cause et en la circonstance, moyennant quelques études rapides des chronologies mayas, de toute façon aussi mouvantes que peu familière aux Français, il aurait bien pu trouver là-dedans, vu les incertitudes qui y règnent, une année 2013 qui ne nous arrive,  en fait, qu'en 2014, voire en 2015 et, après tout, pourquoi pas en 2017. Il aurait eu à la fois ainsi une explication à la fois savante et convaincante à l'erreur chronologique commise par notre président durant sa campagne électorale, où il avait quand même autre chose à faire que d'aller visiter, les uns après les autres, les calendriers mayas. Variante du conseil précédent : on aurait pu d’emblée et, dès l’année 2013 (vu à quel point les choses étaient mal barrées et sans s’obstiner dans un optimime sans fondement !) allèguer déjà les calendriers mayas.
Les voyages africains de notre président me suggèrent aussi une autre explication qui certes est un peu boiteuse au plan géographique du moins, quand il s'agit du Nigéria mais, après tout, François Hollande ayant été fin 2013 en Afrique du Sud, on peut néanmoins la plaider. En effet, comme vous le savez, les obsèques de Mandela se sont déroulées en RSA, donc au Sud de l'équateur. Or, le savoir populaire (fautif en la circonstance sur le plan proprement scientifique) nous donne à croire que, dans l'hémisphère sud, l'eau, dans un lavabo plein qu’on vide, coule dans le sens contraire de celui qui s’observe dans l'hémisphère nord, en raison de la fameuse force de Coriolis. Ce n'est pas vrai, mais ne comptez pas sur moi ici pour le dire, puisque je ruinerai du même coup mon argumentaire. Si la force de Coriolis est censée inverser de sens de l'eau qui s'écoule dans les lavabos, pourquoi n’inverserait-elle pas aussi pas aussi la courbe du chômage ? Celle-ci doit donc, dans l'hémisphère sud, se lire à l'envers. CQFD ! Donc le chômage, loin d'avoir augmenté fin 2013 de 9000 unités, s'est donc trouvé au contraire diminué d'autant.
Cette remarque souligne que, dans  le problème du chômage et de l’inversion promise de sa courbe, se pose un problème bien plus général qui concerne directement, en fait, la gestion de l'agenda présidentiel.
On aura observé que, dans toutes les circonstances où se déroulent des événements politiques ou diplomatiques importants, il est prudent que nos hommes politiques majeurs (Président de la République et Premier Ministre)  se trouvent en voyage officiel, loin du pays, avec le double effet, toujours très positif, de ne pas être interrogés à ce propos et d'échapper aux critiques qu’on ne manque pas de formuler alors mais qui sont oubliées dès le lendemain. Ce principe est certes mis en oeuvre, mais sans rigueur ni calcul ! On aura ainsi observé que les voyages de François Hollande se situent (qu'il s'agisse des obsèques de Mandela ou de l'actuelle excursion nigériane, en passant par le week-end de charme chez les Obama), à des  moments où l'on pourrait croire particulièrement nécessaire la présence de son président aux commandes de la France.
Bien entendu, il peut arriver que survienne un événement impromptu et inattendu, mais, à ce moment-là, on peut toujours dégoter (voire organiser) une catastrophe nationale de taille appropriée, qui permette à la France d’oublier tout le reste, à l’écoute attentive d’un discours vibrant et plein d’émotion patriotique de notre Président.  Les opérations africaines offrent toujours, par chance, des opportunités en ce domaine, ne serait-ce que par quelque banale aventure en véhicule blindé de bidasses en folie, ronds comme des queues de pelles. Vous qui n'avez pas fait, comme moi, votre service militaire dans l’infanterie de marine (Corps d’élite ! Marsouin !) ne savez pas que, dans ce genre d'opérations, ce qu’on craint le plus est bien moins la perfide embuscade ennemie que la banale conduite en état d'ivresse avancée qui est un risque autrement fréquent.
Voilà quelques exemples des suggestions gratuites que peut faire, à la demande, Usbek Consulting & Co qui est toujours à la disposition de chacun !


mercredi 26 février 2014

Stages en RCA

J'ai toujours pensé que tout  gouvernement devrait prendre en compte davantage, comme le faisaient les Anciens, les signes discrets que le hasard nous accorde pour orienter nos choix et nos décisions et parfois pour nous en faire prendre certaines que nous n’avions pas envisagées. 

Ainsi, les Grecs ou les Latins prenaient-ils une décision selon qu'ils avaient vu tel ou tel oiseau à droite et à gauche ou que les entrailles d’un animal sacrifié à cette fin avaient une apparence ou une autre. Plus près de nous, nos aïeux passaient une journée d’inquiétude s‘ils avait vu un chat noir le matin sur leur gauche ou, pire encore, redoutaient sept ans de malheur pour avoir cassé un miroir !
Sans aller jusque-là, on pourrait toutefois tirer un meilleur profit des signes discrets que nous adresse le hasard. Ainsi notre Assemblée nationale a-t-elle délibéré en 24 heures à la fois, sur la rémunération des stagiaires (lundi 21février) et sur le contingent français en RCA (mardi 22). Comment ne pas voir en cette curieuse conjonction un signe discret du destin ? « Quel rapport entre la RCA et la rémunération des stages ? », vous impatientez-vous déjà, suspicieux lecteur et impétueuse  lectrice ? La relation me paraît pourtant évidente !

Quelques mots d'introduction sur l’un et l’autre de ces sujets vont assurément vous éclairer et je l'espère vous convaincre!

Les stages sont devenus une spécialité française en matière d'éducation et de formation, comme les fromages et les grenouilles le sont en matière gastronomique. Le stage a de gros et multiples avantages : soulager les enseignants (les cours disparaissent parfois pendant les périodes de stage en particulier pour les étudiants dans les universités) ; fournir la matière d'un vague travail final personnel pompeusement et fallacieusement baptisé rapport de stage ; mais surtout le stage a l'immense avantage de donner à penser que, par là, les jeunes (car maintenant on est en stage à partir de la troisième) sont, par cette voie concrète, initiés à la vie professionnelle et bénéficient d'éléments de formation qu'ils pourront faire figurer dans leur curriculum vitae. Chacun sait bien que, le plus souvent, tout cela n'est que de la foutaise et que la plupart des stagiaires n’acquièrent guère une réelle expérience professionnelle que dans la photocopie et le café. Les seuls à recevoir quelque formation que ce soit sont les malheureux enseignants quand ils ont la conscience étrange de vouloir trouver des stages pour leurs élèves ou leurs étudiants qui en ont besoin, mais dont nul ne veut.

00Ce point de vue date un peu bien sûr, puisque depuis que notre assemblée nationale s'est penchée, lundi 21 février 2013, sur ce problème. Le rapporteur Chaynesse Khirouni (les Chinois sont décidément partout) est, en fait, une rapporteuse qui a découvert, non sans mérite, la vraie vérité sur les stages à l'occasion des nombreuses auditions auxquelles elle s'est livrée, même s'il n'était guère besoin d'en faire tant pour se rendre compte de ce qu’il en est.

Madame Chaynesse a rendu la gratification obligatoire pour tous les stages à partir de deux mois ; elle sera due, dès le premier jour, grâce à un amendement à la proposition de loi socialiste sur les stages. Le PS n'a pas condescendu à laisser passer le modeste amendement du Front de gauche qui voulait étendre cette généreuse initiative au premier jour de tout  stage ; il en a été de même pour l'amendement écologiste visant à d'abaisser le seuil minimal de la rémunération. Voilà qui ne va pas améliorer les relations du gouvernement avec son aile écologique qui profite odieusement de son avantage stratégique avant les élections.

 On aurait pu aisément traiter dans la foulée de la réforme des stages, en ce lundi 21 février 2013, les modifications de la durée du séjour et de l'importance du contingent français en République Centrafricaine qui sont, au fond, une espèce de stage pour nos bidasses mais dont on a traité que le mardi !

 Il est vrai que, dans ce cas des militaires, le problème des rémunérations ne se pose guère ! Les soldes sont très largement augmentées pendant ces périodes de stage baptisées "opérations", sans compter les bonifications d'ancienneté. On constate, depuis décembre 2013, que ces stages sur le terrain devraient être faits bien plutôt par les responsables de notre armée et du ministère de la défense, avant qu’ils conçoivent et décident eux mêmes des stages destinés à nos soldats dans les pays en cause, dont nos décideurs semblent tout ignorer.

On se souvient, en effet, qu'au moment de l'envoi des 400 premiers soldats français en RCA, nos plus hautes autorités gouvernementale et militaires nous avait assuré, le torse bombé, que ce stage centrafricain serait de courte durée, ne nécessiterait la présence que de faibles contingents de stagiaires et qu'au fond, il serait dans un genre différent, sur le modèle classique « photocopies café »), la seule présence de nos beaux militaires suffisant à terrifier les fauteurs de troubles, d’un bout à l’autre de la RCA, grande comme la France et sans frontières bien sûres !

Le nombre de nos stagiaires militaires a déjà pratiquement doublé ou triplé, comme la durée de leur stage qui devait être compté, au départ en mois, et semble devoir désormais être évaluée en années. Je pense que si l’on avait eu la prudence d'envoyer en stage à Bangui Messieurs Hollande, Le Driant, Fabius et quelques généraux dont l'amiral qui commandait à ce moment-là nos forces armées, ils auraient pu, à condition toutefois, de sortir du Salon VIP de l’aéroport de Bangui, de l’ambassade de France comme du Hilton et du Hyatt, prendre une connaissance un peu plus précise et étendue du terrain centrafricain.

 Dans un pays sans gouvernement réel depuis des décennies et qui accueillait sans contrôle ni autorité tous les traîneurs de kalachnikovs des Etats limitrophes, les conflits interethniques traditionnels ont pris désormais l’allure d'une insolite guerre de religions. Cette particularité est d’autant plus étrange qu’elle est en fait plus sociale que religieuse et qu’elle oppose des croyances minoritaires (les animistes ou réputés représentent 35 % de la population - en fait bien plus - et les protestants 25 %, les catholiques n'étant que 25 % et les musulmans 15 %.  (Ces données viennent du site de la CIA, dont je recommande la lecture à nos gouvernants comme à nos militaires plutôt que celle des rapports de nos postes diplomatiques). Tout cela  n'a d'ailleurs pas grand sens dans le contexte africain, car les problèmes de la RCA sont venus pour une bonne part de l'extérieur, lointain (Emirats) ou proche. À partir du moment où les conflits soudanais puis libyen et enfin malien ont rendus disponibles et oisifs des milliers de mercenaires fortement armés, il leur fallait bien de nouveaux terrains pour leurs exactions et leurs pillages !

Le Mali a tourné la tête à nos gouvernants qui ont, de plus, en ligne de mire les imminents chiffres du chômage 2013, alors que l’Ukraine commence à se régler pour leur malheur et  sans doute aussi plus encore pour le nôtre car nous allons, si j'ose dire, "casquer" ! Quant aux généraux, ils ne pensent qu’au budget de la défense au plan collectif, et aux intérêts immédiats les leur et  de l’armée  (supplément de soldes et de retraite en opération). 

A quoi bon avoir une armée si coûteuse si l’on ne s’en sert pas, scrongneugneu !

lundi 17 février 2014

République Centrafricaine : Sangaris ou « Où t’est Papa ? Où t’est ?


Décidément l'Afrique demeurera toujours mystérieuse ! Ce n'est pas l'opération « Sangaris » qui va faire changer cette vérité permanente ne serait-ce que sur le plan des sciences naturelles, de la géographie et de l’arithmétique !
Liquidons d’emblée ces trois points mineurs.
Les SVT d’abord. Le choix du nom de l’opération dite « Sangaris » n’est pas forcément des meilleurs même si on peut le préférer au choix américain de « Opération Geronimo » pour l’exécution de Ben Laden ! L’initial « sang- » du nom de ce papillon africain rouge sang (Cymothoe sangaris) risque d’évoquer les massacres, passés ou à venir, mais il est vrai que vu la nature religieuse du conflit, le vert et le violet étaient sans doute aussi à éviter ! L’armée qui pleurniche sans cesse sur les réductions de crédits devrait, comme la météo, vendre le droit de baptiser les opérations militaires comme on le fait pour les cyclones !
La géopolitique ensuite. Vous aurez remarqué qu'on ne dit plus, comme autrefois, la RCA (République Centrafricaine, le nom officiel) car personne ne saurait où c’est mais la ou le Centrafrique.  J'entendais, l'autre jour, pourtant dans « 28 minutes », l’expert, militaire et télévisuel patenté, Pierre Servant nous parler d'un « dialecte » de la RCA, le « sango » dans lequel était en mesure de s’exprimer la nouvelle Présidente ! Cet « expert » ne sait pas, de toute évidence, que le « sango » est la langue nationale et officielle de cet Etat et qu’il est parlé, comme vernaculaire ou véhiculaire par la quasi totalité de la population. On peut pas tout savoir, même si on est payé pour ça (en plus de sa retraite !) et si on n’hésite en rien à ramener sa fraise sur tous les terrains d'opérations du monde !
L’arithmétique est, en revanche mise à mal dans Sangaris, mais on ne saurait tout dire au bon peuple de France ! Le 5 décembre 2013, on annonçait le passage en Centrafrique via Douala ((peur des missiles sol-air !) de 350 à 400 hommes qui dès le 6 et le 7 décembre 2013 étaient devenus 1600 (« Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort… ») ; dans les derniers jours, en voilà encore 400 de plus ; cette intervention, que notre ministre de la défense qualifiait au départ de « brève » ( sans oser ajouter « glorieuse ») est envisagée sur un plus long terme. Il est vrai que les choses ont bien changé, puisque la marine a désormais cédé la place à la « biffe » (voire au « riz, pain, sel ») dans le commandement de notre armée, un général de l'armée de terre ayant succédé à un amiral, l'amiral Guillaud, étant sans doute peu à l'aise dans les sables du désert, même si on s'efforçait, à son propos, de filer la métaphore !
 La presse française se montre fort discrète aussi bien sur les renforts apparemment indispensables, quoique manifestement insuffisants, vu la taille du pays et la complexité de la situation que sur la durée de l'intervention que Monsieur le Driant (un Breton !), qui la prévoyait courte et brillante, on l’a vu, commence à juger longue et difficile.
 À vrai dire ce n'est pas l'aspect militaire qui m'intéresse ici, quoique je voie mal comment pourront intervenir dans ce guêpier des soldats français (même si leur nombre est désormais porté à 2000) qui, en outre, ont la sagesse de ne pas trop se montrer sauf pour la télé et se gardent d’intervenir dans des conflits qui, contre toute attente en RCA, sont devenus religieux.
Quant à la force africaine, étant donné qu'elle n'a aucun moyen de se déplacer (a-t-on songé à amener des chameaux ?) ; elle reste à Bangui où fort heureusement se trouvent aussi les bars et les bordels dans lequel elle doit s'employer à intervenir de façon quasi exclusive.
Reste le dernier point, lui comique, qui tient à l'intervention des forces européennes car si longue que soit l'opération Sangaris, elle risque de l’être moins encore que les discussions à Bruxelles sur la question de cette intervention, au demeurant des plus symboliques.
En fait ce qui m'amuse dans cette affaire est ce dont nul ne parle : la concomitance remarquable entre ce voyage si réussi de notre Président des États-Unis et l'adjonction de forces nouvelles de la part de la France dans l'opération Sangaris.
Le rusé Obama n'aurait-il pas usé de sa Michele, tous charmes dehors, fois connus et avérés  les « défauts de l'armure » de François, pour le séduire et le rouler dans la farine (ou si vous préférez procéder à la vente à la mode du moment pour "l'empapaouter") afin de le faire craquer sur l'intervention française en RCA sur laquelle notre président se voulait pourtant de la plus grande fermeté.
Le président américain, outre ses deux prénoms, Barrak et Hussein, ne se prénommerait-il pas aussi « Marius » comme chez Pagnol ? Cela le rendrait parfaitement apte à ce recevoir le conseil que donne le bon César, en recommandant à son fils Marius, occupé à des recherches océanographiques sur les profondeurs : « Et quand ce sera trop profond [ comme en RCA ], laisse donc un peu mesurer les autres » ! Après tout nos armées étant alors en RCA sous les ordres d’un amiral, la comparaison ne manque pas de pertinence. J’aurais dû intituler ce billet « Barrack-César » et « François-Marius » !

jeudi 26 décembre 2013

Les "experts" ?!?


Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais les experts, tous parisiens et toujours les mêmes, commencent à me fatiguer !

Ainsi, alors que j'étais relativement familier de l’émission d’Yves Calvi « C’est plus clair » (en principe sur le Cinq à 17h45, mais toujours retardée par des publicités, intempestives et illégales mais une mine d’or que le CSA se garde bien de chronométrer à des fins de vérification) , l’ai-je à peu près abandonnée désormais car on y voit toujours les mêmes têtes d’ « experts », à commencer celle de l'ineffable Christophe Barbier, qui vient nous faire la pub de son Express avec son écharpe rouge et qui, semble-t-il, vu son insuccès journalistique et ses présumés talents de bateleur, envisage une carrière dans le showbiz ; je lui recommande vivement ce choix, ne serait-ce que pour nous débarrasser de son piteux spectacle et de ses filandreuses analyses.

Il en est de même pour tous les autres, en particulier dans le genre « expert économiste », où nous sont invariablement proposés le bellâtre à la mouche cardinalice (de l'OCDE ou de quelque organisme de semblable farine) et, son compère antagonique, le marchand florentin d'espoirs et d’escroqueries boursières, qui vient faire la pub de son officine, sans oser pourtant ne pas avancer masqué.

 Je pense qu'une des raisons de ces choix permanents est que ces gens-là sont à la fois parisiens et largement oisifs (même s’ils sont censés avoir un emploi) mais justifient sans doute leur salaire par cette présence médiatique ; leur « expertise » ne relève en fait que la paresse intellectuelle et physique des producteurs de telles émissions.

 Il en est de même pour l'Afrique ; entre le Mali et désormais la RCA, en pimentant de temps en temps son quatuor d'invités caucasiens par quelques blacks plus ou moins journalistes, Calvi nous inflige de prétendus spécialistes à la fois de l'Afrique et de la géopolitique dont le sinistre et inévitable Boniface (pape de la géopolitique et du football), dont on peut pas dire que la carrière universitaire à laquelle il a aspiré ait été  aussi brillante qu'il pouvait le souhaiter. Fort heureusement pour ce domaine, il y a de temps en temps l'ancien directeur de la Lettre du continent, Antoine Glaser, qui lui est, pour le coup, lui un connaisseur et un vrai spécialiste de l'Afrique. Fine mouche et courtois, il se borne malheureusement souvent à des propos limités (les autres ont toujours la gueule ouverte sans avoir rien à dire), tout en souriant discrètement et poliment aux sottises qu'il peut entendre, sans jamais les relever comme telles.

Il est toutefois un « expert », qui m'insupporte tout particulièrement et qui se donne pour le spécialiste de la géopolitique, de la stratégie et de l'armée, le colonel de réserve Pierre Servent ;  il doit être, en fait, lieutenant-colonel mais a bénéficié de cette promotion en partant à la retraite, comme on promeut les vice-amiraux pour qu'il puisse bénéficier durant une retraite, longue et oisive, du quart-de-place à la SNCF.

Je ne m'attarderai pas sur le cas de Pierre Servent qui est fort occupé, en ces temps de conflits divers, à passer des plateaux de télévision aux studios des diverses radios bignoles où il officie car j'ai découvert que le 4 avril 2011 il avait été habillé pour l'hiver par Nicolas Gaudreau dans un article intitulé « Média et Libye - Des experts militarisés déguisés en civil : le cas de Pierre Servent », texte très informé que vous retrouverez sans problème, comme moi-même, grâce à Google. L'auteur de cet article confirme ce que j'avais moi-même constaté depuis longtemps et montre que les liens, nombreux et multiples, avec les institutions militaires et le ministère de la défense expliquent la faveur dont jouit ce VRP multicartes de notre armée, ce que souligne avec humour l'auteur de cet article en le baptisant : « Pierre Servent spécialiste de l'expertise ou expert en spécialité ? ».

Bien entendu ses liens avec le ministère de la défense sont soigneusement dissimulés, de façon à lui donner toute l'apparence d’un journaliste (don je vois mal comment il pourrait avoir la carte) et d’un expert objectif, vêtu de probité candide et de lin blanc. Tu parles. C’est en tout la voix de son maître !
Je me limite donc ici à quelques remarques personnelles qui tiennent d’abord à ce que un lieutenant-colonel, fut-il promu colonel dans la réserve, ne peut guère passer pour un expert en « stratégie militaire », car on peut espérer que ce n’est à ce niveau de responsabilité et de commandement que se définit la « stratégie » de la France, encore que nos insuccès militaires successifs puissent donner à penser que les choses se passent ainsi.

Pierre Servent est-il expert en stratégie militaire, j’en doute fort ? Il est en revanche expert en « ménages » de toutes sortes et en stratégie commerciale à en juger par la multiplicité et la diversité de ses interventions comme des lieux où elles s'opèrent ; tout cela donne à penser qu'il est en fait plutôt chargé de communication au ministère de la défense où il  a pour fonction essentielle de faire passer, subliminalement, les messages officiels sous couvert d’information.

Les opérations militaires sont, d’abord et surtout, de bonnes affaires pour les militaires eux-mêmes, tant sur le plan de la rémunération (les soldes doublent ou triplent) que sur celui des états de service et de la retraite (il en est de même pour les années dans leurs calcul). Tous se les disputent d’ailleurs !
Dès le début de l'opération malienne, j'avais pensé et écrit dans mes blogs que François Hollande avait été totalement manipulé par les militaires de façon à lui donner à penser qu'il avait redorer son blason en Afrique. C'est ainsi que les choses se sont passées au début et, comme Joseph Prudhomme, il a déclaré que son séjour triomphal à Bamako était le plus beau jour de sa vie, comme le sabre du précédent. Les choses se sont un peu moins bien passées à Bangui et de toute façon nous ne sommes pas encore sortis, loin de là, de l'auberge sahélienne.

Il est certain que l’Etat-Major a mis le pain noir des accusations anticolonialistes et les problèmes de la suite de la suite sous les croissants et les pains au chocolat de l'accueil triomphal du départ. Mais Monsieur Pierre Servent et les militaires s'en foutent pas mal car les présidents de la République passent, tandis que la Grande Muette et ses intérêts demeurent et prospère, même sous la Gauche ; les « experts » pourront donc tranquillement continuer à faire « des ménages » et à en vivre largement !

dimanche 24 mars 2013

L'auberge sahélienne


Je vous arrête tout de suite. Ne cherchez pas cette auberge sahélienne dans le Guide Michelin, vous ne l'y trouverez pas. Nous y sommes pourtant, et, à mon avis, nous ne sommes pas près d'en sortir, selon la formule consacrée !

Un petit retour en arrière est nécessaire pour comprendre quelque chose à cette situation fort compliquée et sur laquelle "on ne nous dit pas tout", loin de là.

Je ne sais même pas si le nom d'Idriss Deby Itno (Il a adjoint ce nom à son précédent patronyme)vous dit quelque chose ; il est, en tout cas, beaucoup plus connu depuis le début de la guerre au Nord-Mali puisque il est le Président de la République du Tchad qui a joué un rôle décisif, dans les opérations comme dans la médiatisation de cette guerre, occultant même, sans que cette dernière s'en fâche, le rôle de la France, quoique les troupes françaises soient deux fois plus nombreuses que les Tchadiens. Il est vrai que les pertes de ces dernières ont été, en gros, 50 fois plus importantes que celles de l'armée française (cinq morts, dont trois hors de la zone Nord), même si ces données ont été soigneusement dissimulées tant du côté tchadien que du côté français.

Le Tchad est un Etat dont les relations avec ses voisins, le soudanais en particulier, sont fort agitées ; le pays lui-même ne brille pas par le calme intérieur et il subit en outre les contrecoups des relations avec ses voisins. Tantôt le Soudan (surtout jusqu'en 2009 ; les relations se sont quelque peu normalisées depuis) mais aussi la République Centrafricaine, où les choses se gâtent à nouveau.

Les relations entre le nouveau président français, élu en mai 2012, et Idriss Deby ont été passablement tumultueuses dans le deuxième semestre de l'année 2011 (rappelons que c'est le 21 mars 2012 que le président régulièrement élu du Mali Amadou Toumani Touré dit "ATT" a été renversé par le capitaine Sanogo). Le Tchad, qui n'est pas membre de la CEDEAO (Afrique de l'Ouest) mais de l'équivalent de cette organisation en Afrique centrale (la CEMAC), n'a donc pas été officiellement associé aux premières réflexions de cette assemblée sur le Mali ; il avait donc fait clairement savoir qu'il ne bougerait pas tant qu'on ne le solliciterait pas. Or, en dépit des purges que Deby a fait subir à son armée, celle-ci est sans doute la meilleure et la plus expérimentée des troupes des Etats du Sahel.

Idriss Déby, qui n'est pas précisément socialiste et qui a même fait disparaître depuis cinq ans, on ne sait trop comment, l' opposant socialiste tchadien majeur (il a été enlevé par des militaires et n'a jamais reparu), n'est donc pas fait pour s'entendre le mieux du monde avec François Hollande. S'ajoute à cela, l'affaire de l'Arche de Zoé qui n'est pas complètement réglée (en particulier pour l'indemnisation des prétendus "parents" par la France) et dans laquelle le président tchadien se déclare, si je puis dire, "blanc comme neige"!

Néanmoins, à l'automne 2012, François Hollande, passant sur ces menus  différends, comprend bien que l'intervention du Tchad est indispensable, car on ne peut guère compter, ni sur l'Europe, ni sur Obama, ni sur les troupes de la CEDEAO, ni sur celles de l'ONU ; un rendez-vous est donc pris en octobre 2012 pour une visite officielle à Paris du président Deby qui, par ailleurs, marque ses sentiments quelque peu refroidis envers la France en ne participant pas au Sommet de la Francophonie à Kinshasa, où il aurait pu rencontrer François Hollande qui a fini par s'y rendre.

Je vous épargne les détails (que je ne connais d'ailleurs pas) des tractations qui s'opèrent dans le dernier trimestre 2012 entre Paris et N'Djamena, la visite d'octobre ayant été annulée, comme on dit pudiquement et si joliment dans le langage diplomatique, « en raison d'un conflit d'agendas". François Hollande finira sans doute par céder aux exigences de Deby (et ce n'est pas fini...!) et Idriss Deby sera reçu à l'Élysée le 5 décembre 2012, en grande pompe et avec tous les honneurs, en dépit de ses réserves. Idriss Deby profite naturellement de la situation pour se faire prier et avoir l'air de ne rien céder tout en haussant ses exigences. Ne cherchez pas dans la presse française des détails sur cette rencontre ; elle s'est montrée fort discrète et seule RFI, qui ne pouvait guère faire autrement, en a parlé quelque peu.

Si Idriss Deby a fanfaronné et clamé son indépendance au sortir de son entrevue avec François Hollande et dans les comptes-rendus faits de sa visite sur le site officiel de la République du Tchad et dans la presse locale, il n'empêche qu'un mois après il annonce soudain l'envoi de plus de 2000 hommes au Mali !

Comme j'ai déjà parlé des événements qui ont suivi depuis cette date dans mes précédents posts de la série "Honni soit qui Mali pense", je n'y reviens pas et y renvoie.

Toujours est-il que l'affaire du Mali non seulement a obligé la France à mettre les pouces dans ses relations avec Idriss Deby, mais elle a permis à ce dernier à la fois de rétablir sa situation au Tchad même, où elle demeure instable, mais et surtout de se donner une image internationale qu'il n'avait guère, au sein de la zone de la CEMAC d'abord, où il joue un rôle décisif avec le président congolais Denis Sassou Nguesso. En RCA, il contraint François Bozizé à négocier avec l'opposition coalisée dans le Séléka . Les choses rebondissent d'ailleurs, aujourd'hui même, puisque les rebelles du Séléka marchent de nouveau sur Bangui et que les Français doivent sans doute y intervenir sous prétexte de protéger leurs ressortissants. Idriss Déby a également tenu un discours vengeur et  autoritaire au sein de la CEDEAO (dont le Tchad ne fait pas parti et a fortement tancé les membres officiels de cette organisation ainsi que les soldats maliens dont la place, à l'entendre, devait être au front, même si les groupes Tamasheq s'y opposent dans leur zone et si la France a cédé à leur demande à propos de l'occupation de Kidal).

Nous étions fortement engagés au Mali, dont nous devions retirer nos troupes en avril 2013 (début avril d'abord, puis dans la suite fin avril et sans préciser l'importance exacte de ces retraits); les troupes retirées n'auront pas trop de chemin à faire si elles doivent se rendre en République Centrafricaine où on annonce aujourd'hui même, 24 mars 2013, qu'elles vont intervenir.

Comme je vous le disais en commençant, nous ne sommes pas sortis de l'auberge sahélienne et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle n'est ni confortable ni accueillante et que nous n'y sommes pas, aux yeux de beaucoup, les bienvenus.