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lundi 3 mars 2014

Après le Mali, la RCA en attendant le Tchad…


Pour votre information sur les situations africaines, ne comptez pas trop sur les médias français qui ne semblent même pas capables de nous donner des données fiables sur les Etats. Pour ma part, sans être son agent,  je recommande depuis longtemps la consultation de "The World Factbook" qui émane de la CIA, sans que sa présence soit en rien dissimulée. Ainsi pour le Tchad, suffit-il pour accéder aux données nationales complètes de taper dans Google « Chad CIA »!). J'ai eu le plaisir d'entendre contester les données françaises et vanter celles de la CIA, comme je le fais moi-même, par Messieurs Glaser et Pons, dont la connaissance des terrains africains, est infiniment supérieure à celle de bon nombre de nos décideurs comme de nos diplomates, ces derniers étant même sanctionnés quand ils ont, rarement, le courage d’énoncer quelques vérités.

Je donne donc ici, à titre d'introduction à ce billet, quelques extraits du document de la CIA concernant les populations, les langues et les religions du Tchad sur lesquelles on entend bien des sottises, ainsi que les chiffres de la CIA sur les réserves et la production de pétrole, informations qui constituent assurément, même si l'on n’en parle guère, un élément important du problème. En effet, depuis l'affaire du Mali où les troupes tchadiennes ont joué un rôle essentiel et subi de lourdes pertes dont on n'a guère parlé, le Tchad et son président Idriss Deby sont devenus un élément fort de la politique française dans cette région, sans que le pouvoir soit accepté et soutenu par l'ensemble de la population :

 « Population : Sara 27.7%, Arab 12.3%, Mayo-Kebbi 11.5%, Kanem, Bornou 9%, Ouaddai 8.7%, Hadjarai 6.7%, Tandjile 6.5%, Gorane 6.3%,
Fitri-Batha 4.7%, other 6.4%, unknown 0.3% (1993 census)
 Languages : French (official), Arabic (official), Sara (in south), more than 120different languages and dialects
 Religions : Muslim 53.1%, Catholic 20.1%, Protestant 14.2%, animist 7.3%, other 0.5%, unknown 1.7%, atheist 3.1% (1993 census)
 Population : 11,193,452 (July 2013).
 Pétrole : réserves 1.500 milliards de barils ; production par jour 125.000 barils » The World Factbook.

Comme le montrent les chiffres de la CIA et, comme l'a rappelé l'un des deux experts que j'ai mentionnés lors de l’émission de Calvi, le Tchad n'est nullement un Etat totalement musulman voire islamique, comme on le donne souvent à croire , non sans quelque intention. On en persuade d’autant plus facilement que l'arabe est avec le français une des deux langues officielles du Tchad (sans que, pour autant, ces langues y soient réellement parlées !) et que la population tchadienne est pour moitié environ musulmane ; il n'empêche que les chrétiens constitue tout de même environ le tiers de la population totale de cet Etat.

Faire croire que tous les soldats des forces tchadiennes envoyées en RCA sont musulmans est évidemment quelque peu excessif. Comme le rappelle l'auteur tchadien d'un texte que je cite plus loin, Houle Djonga Djonkamla, « le premier militaire tchadien tombé dans le cadre de la mission de soutien en RCA, l'adjudant-chef Adoum Boksou, était de confession chrétienne catholique et il a été inhumé selon les rites catholiques. C'est la preuve qu'on doit éviter la confusion qui veut que les Tchadiens musulmans soutiennent les musulmans en RCA. ».

Il en est sans doute autrement des irréguliers et des mercenaires en rupture d’engagement de toutes sortes qui se sont réfugiés en RCA à la suite des événements de Libye, puis de la reprise en main du Mali. De toute façon ces gens-là, reîtres de sac et de corde, qui sont les plus actifs et les plus redoutables dans les massacres et les pillages, ne sont nullement en République Centrafricaine au titre du contingent officiel africain et qu’ils sont tout prêts à trouver d’autres lieux de nuisance.

Il est toutefois clair que, même hors de la communauté chrétienne de RCA, les Centrafricains ne veulent plus des Tchadiens, civils comme militaires. On peut ainsi lire dans Tchadactuel du 20 février 2014 : « le Tchad a annoncé avoir mis fin à son opération de rapatriement sous protection militaire de ses ressortissants établis en Centrafrique. Un dernier convoi à destination du Tchad a quitté Bangui mercredi matin sous escorte de soldats tchadiens et de militaires de la force africaine (MISCA) donnant lieu, comme à chaque départ, à des manifestations d'hostilité de foules en colère contre les civils militaires tchadiens. »

Il est évident que, dans les affrontements interethniques, on a du mal à faire une distinction claire entre les Tchadiens, très nombreux en Centrafrique ; ils sont parfois pour certains, des combattants et des soldats tchadiens de la MISCA et ont été accusés de complicité avec les combattants de la Seleka, majoritairement musulmans,  en dépit du fait que le Tchad lui-même  a toujours nié de telles connivences. Les confusions ont été d'autant plus faciles et grandes que, comme je l'ai précisé ci-dessus, un très grand nombre d'irréguliers tchadiens ou non, musulmans ou non, ont profité de la situation centrafricaine pour se livrer à des exactions et des pillages.

La version officielle des faits est à examiner de plus près et les responsabilités du Tchad comme de la France sont à prendre en compte. Les militaires français étaient déjà présents en 2003 quand le président Ange Patassé a été renversé, comme ils l’étaient toujours en 2013, quand le président Bozizé a été renversé à son tour par la Séléka. Même si la France, à ce moment-là, s'est refusée à intervenir, comment imaginer qu'elle n'ait pas choisi volontairement de laisser faire les choses ! 

Quant au rôle du Tchad au Mali comme en RCA, on peut le discuter, mais il est certain que, parmi les troupes africaines, les Tchadiens étaient de loin les mieux entraînés et les plus aptes à intervenir. Il est donc probable que le départ des Tchadiens de Bangui amènera la création de nouvelles milices et fera naître de nouveaux conflits, puisque les militaires français ne seront , au mieux, que 2000 cantonnés pour l'essentiel à Bangui, dont la moitié, non combattante, est planquée et dont le reste a des fonctions qui sont plutôt de celles de la gendarmerie que d'une armée de terrain efficace. Comme au Mali, les Tchadiens ont fait l'essentiel du travail, ce que montrent les pertes mêmes qu'ils ont subies.

J'en terminerai avec ce point en citant les propos de Houle Djonga Djonkamla quetj'ai déjà évoqué et qu’on peut lire dans le Blog Makaila du 6 janvier 2014 : « Le Conseil Patriotique des Forces pour le Changement (CPFC) a toujours pensé que la solution au conflit qui nous oppose au gouvernement du Tchad est politique. Il doit être résolu  à travers un dialogue politique inclusif comme nous l’avons toujours souhaité. La lutte armée est envisagée lorsqu’il n’y a aucune porte ouverte pour le dialogue. Nous sommes conscients que non seulement la situation en RCA est dangereuse pour la stabilité au Tchad, mais nous avons le Nigeria, la Lybie, le Sud Soudan et le Darfour  Soudanais qui sont des foyers en ébullition. Mais dans tous ces pays la solution passera par le dialogue. C’est pourquoi nous pensons que le gouvernement doit saisir cette accalmie pour lancer un véritable dialogue entre les différentes parties tchadiennes afin de consolider la stabilité précaire dans notre pays. ».

Curieusement, dans ce jeu de billard diplomatique multibandes qu'on observe dans cette zone de l'Afrique, on peut constater que, souvent, l'intervention dans un pays suppose chez les intervenants l'idée d'agir en même temps, voire surtout, sur le pays voisin. Une partie de l'intérêt de la France pour le Mali, tient, d’abord, à sa proximité avec le Niger, où se trouve la principale source de l’alimentation en uranium que la France garantit à tous les clients de son industrie nucléaire (français ou étrangers).

L'intérêt pour la RCA, Etat longtemps négligé au plan politique (sauf pour ses diamants !), tient désormais, à sa proximité avec ses voisins du Tchad et du Soudan qui sont devenus des enjeux pétroliers considérables, dont bien entendu la Chine ; en premier lieu, ne se désintéresse pas (Au Tchad, Les Chinois produiront 50.000 barils/jour pour l’exportation à la fin de 2014. Ils en produiront aussi 18.000 pour la raffinerie).

Tout cela suscite non seulement des convoitises extérieures, mais agit de façon très forte sur la politique intérieure des pays, en particulier dans le cas du Tchad. Le lobby pétrolier tchadien  réunit, en effet, sous la houlette et au bénéfice de la « Première Dame » du Tchad, Madame Hinda Deby. Ce lobby, mis en place depuis 2007, a promu Mahamat Kasser à la tête du secteur pétrolier. Le but recherché est simplement une main mise totale sur les recettes du secteur, piloté par le cabinet « Cameroun Audit Conseil » (CAC) . Tout se passe donc à l’étranger et aucun ministère tchadien n’est convié aux réunions et associé aux décisions. Le ministère des finances, l’organe compétent de l’Etat tchadien y est toujours absent. Le CAC encaisse les commissions et une partie du bonus qu’il les repartit entre les différents membres du lobby,  y compris , d'abord, la Première Dame » tchadienne ! 

Mieux encore, la part des profits revenant au Tchad est, elle-même, commercialisée par un bureau … à Dubaï dirigé par le frère du TPG Zen Bourma, toujours sous la supervision de la Première Dame.
La manne pétrolière ne se déverse donc pas dans le Trésor public tchadien comme on pourrait le penser, mais plutôt dans les poches de certaines et de certains "oligarques". Les cheminements décisionnels et financiers, gérés "off shore", sont des plus malaisés à saisir et s’opèrent pour l’essentiel hors du Tchad.

 Et la RCA dans tout cela ?

Les quelques centaines de milliers de francs de diamants de la RCA, qui s'évaporent désormais Dieu sait où, au lieu de constituer des cadeaux comme sous Bokassa, ne pèsent pas grand-chose au regard des ressources pétrolières en jeu au Tchad. En revanche, les affrontements religieux, nouveaux et inouïs, risquent d'avoir dans le pays des conséquences dramatiques, en particulier dans le domaine alimentaire, puisque la production agricole locale actuelle fait que la République centrafricaine, difficile à approvionner, est très loin désormais de la situation d'autosuffisance qu'elle a pu connaître dans le passé. Donc, après la guère civile et les massacres, la famine !

jeudi 26 décembre 2013

Les "experts" ?!?


Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais les experts, tous parisiens et toujours les mêmes, commencent à me fatiguer !

Ainsi, alors que j'étais relativement familier de l’émission d’Yves Calvi « C’est plus clair » (en principe sur le Cinq à 17h45, mais toujours retardée par des publicités, intempestives et illégales mais une mine d’or que le CSA se garde bien de chronométrer à des fins de vérification) , l’ai-je à peu près abandonnée désormais car on y voit toujours les mêmes têtes d’ « experts », à commencer celle de l'ineffable Christophe Barbier, qui vient nous faire la pub de son Express avec son écharpe rouge et qui, semble-t-il, vu son insuccès journalistique et ses présumés talents de bateleur, envisage une carrière dans le showbiz ; je lui recommande vivement ce choix, ne serait-ce que pour nous débarrasser de son piteux spectacle et de ses filandreuses analyses.

Il en est de même pour tous les autres, en particulier dans le genre « expert économiste », où nous sont invariablement proposés le bellâtre à la mouche cardinalice (de l'OCDE ou de quelque organisme de semblable farine) et, son compère antagonique, le marchand florentin d'espoirs et d’escroqueries boursières, qui vient faire la pub de son officine, sans oser pourtant ne pas avancer masqué.

 Je pense qu'une des raisons de ces choix permanents est que ces gens-là sont à la fois parisiens et largement oisifs (même s’ils sont censés avoir un emploi) mais justifient sans doute leur salaire par cette présence médiatique ; leur « expertise » ne relève en fait que la paresse intellectuelle et physique des producteurs de telles émissions.

 Il en est de même pour l'Afrique ; entre le Mali et désormais la RCA, en pimentant de temps en temps son quatuor d'invités caucasiens par quelques blacks plus ou moins journalistes, Calvi nous inflige de prétendus spécialistes à la fois de l'Afrique et de la géopolitique dont le sinistre et inévitable Boniface (pape de la géopolitique et du football), dont on peut pas dire que la carrière universitaire à laquelle il a aspiré ait été  aussi brillante qu'il pouvait le souhaiter. Fort heureusement pour ce domaine, il y a de temps en temps l'ancien directeur de la Lettre du continent, Antoine Glaser, qui lui est, pour le coup, lui un connaisseur et un vrai spécialiste de l'Afrique. Fine mouche et courtois, il se borne malheureusement souvent à des propos limités (les autres ont toujours la gueule ouverte sans avoir rien à dire), tout en souriant discrètement et poliment aux sottises qu'il peut entendre, sans jamais les relever comme telles.

Il est toutefois un « expert », qui m'insupporte tout particulièrement et qui se donne pour le spécialiste de la géopolitique, de la stratégie et de l'armée, le colonel de réserve Pierre Servent ;  il doit être, en fait, lieutenant-colonel mais a bénéficié de cette promotion en partant à la retraite, comme on promeut les vice-amiraux pour qu'il puisse bénéficier durant une retraite, longue et oisive, du quart-de-place à la SNCF.

Je ne m'attarderai pas sur le cas de Pierre Servent qui est fort occupé, en ces temps de conflits divers, à passer des plateaux de télévision aux studios des diverses radios bignoles où il officie car j'ai découvert que le 4 avril 2011 il avait été habillé pour l'hiver par Nicolas Gaudreau dans un article intitulé « Média et Libye - Des experts militarisés déguisés en civil : le cas de Pierre Servent », texte très informé que vous retrouverez sans problème, comme moi-même, grâce à Google. L'auteur de cet article confirme ce que j'avais moi-même constaté depuis longtemps et montre que les liens, nombreux et multiples, avec les institutions militaires et le ministère de la défense expliquent la faveur dont jouit ce VRP multicartes de notre armée, ce que souligne avec humour l'auteur de cet article en le baptisant : « Pierre Servent spécialiste de l'expertise ou expert en spécialité ? ».

Bien entendu ses liens avec le ministère de la défense sont soigneusement dissimulés, de façon à lui donner toute l'apparence d’un journaliste (don je vois mal comment il pourrait avoir la carte) et d’un expert objectif, vêtu de probité candide et de lin blanc. Tu parles. C’est en tout la voix de son maître !
Je me limite donc ici à quelques remarques personnelles qui tiennent d’abord à ce que un lieutenant-colonel, fut-il promu colonel dans la réserve, ne peut guère passer pour un expert en « stratégie militaire », car on peut espérer que ce n’est à ce niveau de responsabilité et de commandement que se définit la « stratégie » de la France, encore que nos insuccès militaires successifs puissent donner à penser que les choses se passent ainsi.

Pierre Servent est-il expert en stratégie militaire, j’en doute fort ? Il est en revanche expert en « ménages » de toutes sortes et en stratégie commerciale à en juger par la multiplicité et la diversité de ses interventions comme des lieux où elles s'opèrent ; tout cela donne à penser qu'il est en fait plutôt chargé de communication au ministère de la défense où il  a pour fonction essentielle de faire passer, subliminalement, les messages officiels sous couvert d’information.

Les opérations militaires sont, d’abord et surtout, de bonnes affaires pour les militaires eux-mêmes, tant sur le plan de la rémunération (les soldes doublent ou triplent) que sur celui des états de service et de la retraite (il en est de même pour les années dans leurs calcul). Tous se les disputent d’ailleurs !
Dès le début de l'opération malienne, j'avais pensé et écrit dans mes blogs que François Hollande avait été totalement manipulé par les militaires de façon à lui donner à penser qu'il avait redorer son blason en Afrique. C'est ainsi que les choses se sont passées au début et, comme Joseph Prudhomme, il a déclaré que son séjour triomphal à Bamako était le plus beau jour de sa vie, comme le sabre du précédent. Les choses se sont un peu moins bien passées à Bangui et de toute façon nous ne sommes pas encore sortis, loin de là, de l'auberge sahélienne.

Il est certain que l’Etat-Major a mis le pain noir des accusations anticolonialistes et les problèmes de la suite de la suite sous les croissants et les pains au chocolat de l'accueil triomphal du départ. Mais Monsieur Pierre Servent et les militaires s'en foutent pas mal car les présidents de la République passent, tandis que la Grande Muette et ses intérêts demeurent et prospère, même sous la Gauche ; les « experts » pourront donc tranquillement continuer à faire « des ménages » et à en vivre largement !

samedi 16 février 2013

Honni soit qui Mali pense (N°5)


Fin de l'euphorie et de l'unanimité autour du Mali.

Premier acte, franco-français celui-ci, vendredi 15 février 2013 au soir, dans l'émission de Calvi où après la belle unanimité nationale du début, on a vu se séparer les hagiographes inconditionnels de l'action de la France (Pierre Servent, qui en avait tombé la cravate pour se vêtir d'une tenue camouflée couleur de muraille et François Clémenceau, l'un et l'autre du coté tricolore de la table) et les intervenants critiques et/ou réalistes, de l'autre côté, comme Antoine Glaser et Mathieu Guidère. Faut-il préciser que le discours des seconds est plus convaincant et mieux informé que celui des premiers dont le seul objectif est le service de la France (du moins ce qu'ils croient l'être) et de son armée.

Second acte, plus important ce matin même où l'on apprend soudain que se tient à N'Djamena une réunion d'urgence des Etats de la CEDEAO. On s'y bornera probablement, comme toujours, à des déclarations de principe, mais le fait témoigne néanmoins de l'inquiétude actuelle après le triomphalisme du début.

La France, quant à elle, reste remarquablement muette comme son armée (c'est sa stratégie à en croire P. Servent!) et s'empresse d'évacuer les journalistes français (tandis que les autres restent sur place) ; on a vu nos soldats les fourrer, en toute hâte, dans des hélicoptères de peur que les djihadistes pensent à en enlever un ou une, ce qui leur donnerait le meilleur moyen de pression sur nos médias nationaux, car, on le sait et ils le savent aussi, une dizaine d'otages de tous poils n'ont guère d'importance, alors que l'enlèvement d'un seul journaliste prend l'allure d'une catastrophe nationale.

Non seulement, on ne nous informe pas, mais tout semble indiquer qu'on nous cache bien des choses ; ainsi la presse canadienne a fait-elle état de la mort d'une vingtaine de soldats maliens tombés dans une embuscade. Il faut d'ailleurs reconnaître que les quelques vues que l'on a de l'intervention des troupes maliennes à Gao relève plus du cinéma comique que d'autres chose ; quand on connaît un tant soit peu l'Afrique, on est frappé par le fait que tout cela est, sinon soigneusement du moins laborieusement, mis en scène avant les prises de vue. C'est la 7ème Compagnie au patronage !

En fait rien, dans une émission comme celle-ci, Calvi aurait dû sortir, pour une fois, de son schéma habituel (Merci de nous avoir épargné Barbier et Perrineau) et il aurait été préférable de limiter le nombre d'interventions à celles des gens qui entendent quelque chose à la question et qui font preuve d'un peu de sincérité et bon sens, c'est-à-dire Guidère et Glaser que je me suis réjoui de voir revenir sur le devant de la scène, même s'il s'y cantonne un peu trop souvent à l'ironie de son sourire.

Il est clair que personne, ni en Europe ni en Afrique, n'est très désireux, pour toutes sortes de raisons, à court ou à long terme, de se joindre à nous pour une intervention militaire sur le terrain. Comme l'ont souligné Guidère et Glaser, le Tchad, qui a envoyé un contingent commandé par le fils d'Idriss Deby, compte clairement sur un renvoi d'ascenseur pour ses actions et prend ainsi une hypothèque sur l'avenir de son propre pays dans la mesure où les choses sont fort loin d'y être réglées. Il y a, en revanche, quelque chose de sinistrement comique à voir l'un de nos principaux ministres évoquer le retour de nos troupes à partir du mois de mars.

Dans cette affaire, Servent a même naïvement confessé la satisfaction des troupes françaises à revenir "sur le terrain", après leur désengagement de l'Afghanistan. Belle raison pour intervenir ! Il s'est évidemment abstenu de parler de l'augmentation massive des soldes et des grands avantages d'ancienneté liés à cette condition d'intervention extérieure.

Bref, et l'on peut pour vérifier, se référer, si l'on veut, à mes posts antérieurs, mais j'y ai dit bien des choses qui ont été enfin dites hier par Guidère et Glaser ; comme je l'ai dit depuis le début, nous sommes très loin d'être sortis de l'auberge malienne où le séjour sera de moins en moins agréable. J'ai tout de même eu la satisfaction d'entendre les deux intervenants compétents dire des choses que j'avais moi-même dites mais que personne, dans la presse nationale, ne se risquait à souligner comme par exemple l'évidence de l'organisation de l'accueil triomphal à Gao et à Tombouctou.

Vous me direz qu'il y avait là des évidences mais, comme disait l'autre, ce qui va sans dire va encore mieux en disant.

 

dimanche 3 février 2013

Honni soit qui Mali pense N° 1 : "Ce chameau est le plus beau jour de ma vie!"


Ce texte n'est en rien le premier que je publie dans ce blog sous ce titre mais je n'ai ni le goût ni le courage de chercher combien j'ai pu en écrire auparavant et je considère, non sans quelque arbitraire, que le discours de François Hollande à Bamako ouvre une ère nouvelle dans les relations afro-françaises (je suis loin d'en être sûr) dont il est le premier de mes écrits.

 Brazzaville 1947 ; Bamako 2013.

Pour les historiens du futur, le parallèle sera peut-être tentant entre le discours du général De Gaulle à Brazzaville en 1947 (qui demeurera, dans la suite, une référence historique majeure jusqu'à l'indépendance de l'Algérie) et le discours de François Hollande à Bamako, le 2 février 2013, à l'occasion de la "libération" du Mali.
Je rediute toutefois que le rapprochement ne soit quelque peu hardi voire hasardeux et je crains que le second ne disparaisse beaucoup plus vite que le premier de la mémoire, pour toutes sortes de raisons.

On a sans doute jugé habile dans l'entourage militaire présidentiel de présenter l'action de la France au Mali ( une forme de « libération » du Nord-Mali de l'oppression djihadiste), comme un juste retour des choses, après le rôle que des contingents africains (sans doute, en fait, plus "soudanais" - donc plus ou moins "maliens" que sénégalais!) ont joué dans les deux grandes guerres. Jugé habile, cet argumentaire pourrait toutefois susciter de la part des Africains une forme d'étonnement, car, sur ce plan de la reconnaissance, la France aurait été mieux inspirée de céder, depuis un demi-siècle, aux légitimes revendications des anciens "tirailleurs sénégalais" qui n'ont cessé de réclamer une revalorisation de leurs pensions militaires. Il est vrai que, comme ils ont désormais sans doute tout passé l'arme à gauche (si j'ose dire), on ne risque plus grand-chose à prendre une telle position.

Lors de la soudaine décision de notre président de la République d'intervenir militairement au Mali, j'avais émis l'hypothèse, sans preuve, que la rapidité de sa décision tenait sans doute à la pression des hauts dignitaires de notre armée qui n'avaient pas dû être très satisfaits des suites de l'intervention en Côte d'Ivoire et plus généralement de la poursuite de la réduction de notre présence militaire dans cette Afrique, qui est pour eux le dernier pré carré de la France. Peut-être y avait-il de leur part (chez les "mili fana") la croyance sincère que l'intervention militaire immédiate était indispensable (on observe toutefois que les quelques centaines d'hommes prévus au départ, en appui logistique exclusif, sont devenues 3500 soldats français en intervention directe), mais on ne peut s'empêcher de penser qu'ils défendaient aussi par là à la fois le budget de l'armée (ne perdons pas de vue l'élaboration actuelle du Livre blanc de la défense qui semble impliquer la poursuite des réductions de crédits), mais aussi et peut-être surtout, des intérêts personnels, car notre présence en Afrique assure, à ceux qui y sont, de très sensibles avantages en matière de rémunération comme d'ancienneté.

Ne parlons pas de la reconnaissance de « Papa Hollande » qui a enfin connu en Afrique la chaleur extravagante d'un accueil populaire délirant et des applaudissements qu'il ne rencontre guère en France, lors de ses visites aux usines qu'on ferme ! Il a d'ailleurs lui-même choisi la ligne un peu médiane qu'il affectionne entre une sensible émotion qu'il a volontiers exprimée et une prudence dans les paroles que la situation rend indispensable. "La France restera au Mali le temps qu'il faudra". Notre Président revient là à un registre plus "normal" ; moins gaullien, il est ici plus proche de Fernand Raynaud et de son fameux "affût du canon"!

Le terme "franco-malien" qui était le mot-clé du discours des préludes de l'intervention est devenue aujourd'hui tabou comme j'ai pu le montrer dans mon post d'hier et tous les propos de François Hollande ont confirmé cette impression ; je ne l'illustrerai que par les derniers mots de son discours que je cite de mémoire ; il s'y adresse au(x) peuple(s) malien(s) (et notre belle langue orale, à la différence de quelques autres, ne permet pas de savoir s'il s'agit là d'un singulier ou d'un pluriel, ce qui ménage opportunément l'avenir) ; la péroraison est la suivante : « Vive le Mali ! Vive la France ! Vive l'amitié entre le Mali et la France!". Réféchissez-y!

J'ai déjà été long et, sur le plan général qu'il faudra bien finir par aborder, je ne mentionnerai ici que le propos d'un journaliste qui est sans doute, à mes yeux, le meilleur et le plus fin connaisseur de l'Afrique et que, de ce fait, on n'entend guère, Antoine Glaser, l'ancien rédacteur en chef de la Lettre du continent. Je l'entendais dire que la conception de François Hollande pour l'avenir des relations entre le Mali et la France évoquait une "Françafrique vertueuse". J'en suis moins sûr que lui (qui est par ailleurs très prudent) car sur le Mali comme sur bien d'autres choses, "on ne nous dit pas tout" mais en revanche nombre de sottises !  Nous y reviendrons.

En des circonstances moins dramatiques et s'agissant de personnages moins importants, j'aurais suggéré à François Hollande, suite au cadeau qui lui a été fait à Ouagadougou (plus encombrant que les diamants de Bangui!), pour parodier Joseph Prudhomme, une formule quelque peu adaptée : "Ce chameau est le plus beau jour de ma vie !".

vendredi 12 octobre 2012

De Dakar 2007 à Dakar 2012

J'ai déjà, dans un post précédent, évoqué le déplacement de François Hollande vers l'Afrique, mais dans une perspective différente, en relation plus directe avec son éventuelle participation au XIVe Sommet de la francophonie qui se tiendra cette semaine à Kinshasa.

Ce sera pour lui une forme de premier contact avec l'Afrique, puisque, semble-t-il, il n'est guère allé sur ce continent qu'à l'époque, déjà lointaine, où il était encore stagiaire à l'ENA ; il a eu toutefois la sagesse de prendre des avis différents, les uns du côté du ministère des affaires étrangères (ce ne sont pas forcément les meilleurs), les autres du côté de diverses personnalités sénégalaises dont la plus remarquable est assurément Mamadou Diouf. Ce dernier n'a pourtant peut-être pas, en tant que Sénégalais (même s'il vit désormais aux États-Unis), toute la liberté de parole qu'on pourrait attendre. F. Hollande ne semble pas avoir consulté la seule personnalité à laquelle je m'adresserais moi-même si j'étais Président de la République (ce qu'à Dieu ne plaise) et si j'avais à consulter un seul expert sur les problèmes de l'Afrique. Il s'agit, vous l'aurez peut-être deviné déjà, d'Antoine Glaser dont les avis me semblent toujours des mieux fondés, même s'ils me paraissent désormais plus circonspects.

Ce voyage sera très symbolique, puisqu'en fait, il ne séjournera en Afrique qu'à peine plus de 24 heures ; il doit arriver à Dakar dans la journée du vendredi 12 octobre 2012 et quittera Kinshasa dans la soirée de samedi 13, sans participer à la réunion finale du Sommet le dimanche 14. Pour ce qui est du séjour proprement dit à Kinshasa, il fera néanmoins mieux (puisque nous sommes dans la perspective des comparaisons) que Nicolas Sarkozy qui n'y avait séjourné que quatre heures quand il s'y était rendu, en d'autres circonstances il est vrai.

Lors de mon dernier post sur le sujet, qui était consacré surtout à la participation au Sommet de Kinshasa, je n'avais pas insisté sur le passage à Dakar, sauf pour le prendre en considération sous l'aspect "malien" si l'on peut dire. Il n'était pas encore question, à ce moment, d'un "discours de Dakar", qui est évidemment destiné à faire pendant à celui de Nicolas Sarkozy qui avait fait grand bruit en Afrique. L'insistance même à souligner qu'il ne s'agit en rien d'une réponse au discours de Nicolas Sarkozy est évidemment la preuve que c'est là une des raisons essentielles de cette intervention.

Je m'amusais ce matin d'ailleurs d'entendre, sur l'une de nos radios bignoles, Bernard Kouchner évoquer le discours de 2007 comme si cette affaire ne l'avait en rien concerté, alors que, si modeste qu'ait son action dans cette fonction, on doit se souvenir qu'il était à l'époque ministre des affaires étrangères. Même dans la structure française où survit, tant bien que mal, cet étrange ministère de la coopération, cette intervention le concernait tout de même quelque peu.

Il faut tout de même rappeler ici, moins les termes de ce discours de Nicolas Sarkozy (dont la fameuse phrase selon laquelle "l'homme africain n'est pas encore assez entré dans l'histoire", formule dont le sens même me pose problème) que le lieu où ce discours de cinquante minutes a été prononcé.

J'ai entendu récemment Monsieur Henri Guaino à qui on reparlait de ce discours, se montrer lui aussi extrêmement évasif (ces gens-là n'ont pas de mémoire !), alors qu'il en est, semble-t-il, l'auteur. Ce détail a même permis au président sénégalais Wade, quelques mois plus tard, de faire un bon mot en disant que, dans cette circonstance, le Président de la République française « avait été victime de son nègre ». La formule est jolie et même piquante !

L'une des choses les plus surprenantes dans toute cette affaire et que je n'ai d'ailleurs apprise très récemment est que ce discours, dont je croyais qu'il avait été prononcé à l'Assemblée nationale ou dans quelque lieu de même nature, a été, en fait, lu par Nicolas Sarkozy à l'Université Cheikh Anta Diop. Pour transposer tout ça en France, c'était un peu faire rédiger par Jean-Marie Le Pen un discours qui serait prononcé à l'Université de Saint-Denis (ex-Vincennes), à la grande époque bien sûr. Il faut toute l'inculture française à propos de l'Afrique et/ou un sens aigu de la provocation pour faire tenir pareil discours en pareil lieu, quand on sait, si peu que ce soit, qui était Cheikh Anta Diop et quelles étaient ses positions que j'ai quelques scrupules à dire scientifiques, mais qui n'en sont pas moins toujours affirmées par certains au moins et, en tout cas, parfaitement connues de tous.

Je ne sais pas exactement ce que dira François Hollande, mais serais-je sa place que je refuserais de prononcer le discours prévu dans le même lieu, ne serait-ce que pour mettre un terme à cette inévitable comparaison. On nous annonce déjà la nième version de l'abandon de la Françafrique (Rappelez-moi de faire le post que je médite sur les mots-valises car j'en ai un qui n'est pas triste, pas de mot-valise mais de post !) ; air connu ! Si je persistais dans l'idée absurde de me mettre à la place de François Hollande, je crois que je m'abstiendrais de toute référence au discours d'Henri Guaino lu par Nicolas Sarkozy, car, en l'occurrence, une telle attitude consisterait à tirer, même pas sur une ambulance mais plutôt sur un corbillard.

Quand j'ai appris la brève escale sénégalaise sur la route de Kinshasa, je me suis demandé si notre président ne cherchait pas un peu, par là, un prétexte pour ne pas se rendre à Kinshasa où tout indiquait qu'il n'avait pas, à juste titre, une très grande envie d'aller. Les petites provocations des jours derniers à l'égard de la République (si joliment dite) Démocratique du Congo paraissaient confirmer cette hypothèse ; on semblait titiller les Congolais Démocratiques pour les amener à avoir quelques paroles malheureuses qui fourniraient la matière d'un mini-incident diplomatique qui empêcherait finalement la visite de notre Président de la République. Bernique ! Il ne semble pas que les choses doivent se passer ainsi.

A mon humble avis, il serait bien plus opportun pour notre président (il est assez malin pour trouver ça tout seul) d'insister plutôt sur le bel exemple de démocratie, méritoire mais un peu laborieux quand même, que nous ont récemment donné les Sénégalais, en dépit des tentatives quasi putschistes d'un président qui voulait installer son fils à sa place, moyennant un petit changement constitutionnel, mais qui a tout de même fini par céder, avec une certaine élégance, devant le choix du peuple. L'éloge de la démocratie sénégalaise pourrait lui permettre de glisser joliment vers la suggestion d'un règlement également démocratique, tant de la question congolaise (je ne sais pas si François Hollande ira jusqu'au bout de son intention affirmée de rencontrer à Kinshasa, l'opposition au président Kabila) mais également malienne. Dans l'un et l'autre cas, François Hollande (futur Prix Nobel de la paix car on y manque toujours de candidats !) pourrait aspirer au rôle de grand médiateur démocratique de l'Afrique, en proposant de tenir, dans l'année qui vient, des États Généraux des peuples africains en cause ou un Grenelle des démocraties d'Afrique, formes d'actions qu'il semble tellement apprécier. Saura-t-il être le nouveau Mandela ?

Il pourra d'ailleurs juger sur pièces à Kinshasa de l'évolution qui se dessine en Afrique, puisque les embouteillages gigantesques qui bloquent habituellement la route de Gombe, à Kinshasa, auront peut-être disparu, lors du Sommet, si les Chinois ont achevé de construire la route à six voies qu'ils sont, paraît-il, en train de faire dans cette zone.

Tout un symbole me semble-t-il. Ce sont les Chinois qui construisent désormais toutes les routes en Afrique, " mais quelles routes!" me disait, il y a quelques mois, un spécialiste de la question qui a fait toute sa carrière dans cette activité sur ce continent. En la circonstance, il n'y a pas trop d'inquiétude à avoir ; si la route est achevée dans la semaine qui précède le Sommet, elle tiendra bien le coup au moins jusqu'au dimanche soir où il s'achèvera !