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lundi 3 mars 2014

Après le Mali, la RCA en attendant le Tchad…


Pour votre information sur les situations africaines, ne comptez pas trop sur les médias français qui ne semblent même pas capables de nous donner des données fiables sur les Etats. Pour ma part, sans être son agent,  je recommande depuis longtemps la consultation de "The World Factbook" qui émane de la CIA, sans que sa présence soit en rien dissimulée. Ainsi pour le Tchad, suffit-il pour accéder aux données nationales complètes de taper dans Google « Chad CIA »!). J'ai eu le plaisir d'entendre contester les données françaises et vanter celles de la CIA, comme je le fais moi-même, par Messieurs Glaser et Pons, dont la connaissance des terrains africains, est infiniment supérieure à celle de bon nombre de nos décideurs comme de nos diplomates, ces derniers étant même sanctionnés quand ils ont, rarement, le courage d’énoncer quelques vérités.

Je donne donc ici, à titre d'introduction à ce billet, quelques extraits du document de la CIA concernant les populations, les langues et les religions du Tchad sur lesquelles on entend bien des sottises, ainsi que les chiffres de la CIA sur les réserves et la production de pétrole, informations qui constituent assurément, même si l'on n’en parle guère, un élément important du problème. En effet, depuis l'affaire du Mali où les troupes tchadiennes ont joué un rôle essentiel et subi de lourdes pertes dont on n'a guère parlé, le Tchad et son président Idriss Deby sont devenus un élément fort de la politique française dans cette région, sans que le pouvoir soit accepté et soutenu par l'ensemble de la population :

 « Population : Sara 27.7%, Arab 12.3%, Mayo-Kebbi 11.5%, Kanem, Bornou 9%, Ouaddai 8.7%, Hadjarai 6.7%, Tandjile 6.5%, Gorane 6.3%,
Fitri-Batha 4.7%, other 6.4%, unknown 0.3% (1993 census)
 Languages : French (official), Arabic (official), Sara (in south), more than 120different languages and dialects
 Religions : Muslim 53.1%, Catholic 20.1%, Protestant 14.2%, animist 7.3%, other 0.5%, unknown 1.7%, atheist 3.1% (1993 census)
 Population : 11,193,452 (July 2013).
 Pétrole : réserves 1.500 milliards de barils ; production par jour 125.000 barils » The World Factbook.

Comme le montrent les chiffres de la CIA et, comme l'a rappelé l'un des deux experts que j'ai mentionnés lors de l’émission de Calvi, le Tchad n'est nullement un Etat totalement musulman voire islamique, comme on le donne souvent à croire , non sans quelque intention. On en persuade d’autant plus facilement que l'arabe est avec le français une des deux langues officielles du Tchad (sans que, pour autant, ces langues y soient réellement parlées !) et que la population tchadienne est pour moitié environ musulmane ; il n'empêche que les chrétiens constitue tout de même environ le tiers de la population totale de cet Etat.

Faire croire que tous les soldats des forces tchadiennes envoyées en RCA sont musulmans est évidemment quelque peu excessif. Comme le rappelle l'auteur tchadien d'un texte que je cite plus loin, Houle Djonga Djonkamla, « le premier militaire tchadien tombé dans le cadre de la mission de soutien en RCA, l'adjudant-chef Adoum Boksou, était de confession chrétienne catholique et il a été inhumé selon les rites catholiques. C'est la preuve qu'on doit éviter la confusion qui veut que les Tchadiens musulmans soutiennent les musulmans en RCA. ».

Il en est sans doute autrement des irréguliers et des mercenaires en rupture d’engagement de toutes sortes qui se sont réfugiés en RCA à la suite des événements de Libye, puis de la reprise en main du Mali. De toute façon ces gens-là, reîtres de sac et de corde, qui sont les plus actifs et les plus redoutables dans les massacres et les pillages, ne sont nullement en République Centrafricaine au titre du contingent officiel africain et qu’ils sont tout prêts à trouver d’autres lieux de nuisance.

Il est toutefois clair que, même hors de la communauté chrétienne de RCA, les Centrafricains ne veulent plus des Tchadiens, civils comme militaires. On peut ainsi lire dans Tchadactuel du 20 février 2014 : « le Tchad a annoncé avoir mis fin à son opération de rapatriement sous protection militaire de ses ressortissants établis en Centrafrique. Un dernier convoi à destination du Tchad a quitté Bangui mercredi matin sous escorte de soldats tchadiens et de militaires de la force africaine (MISCA) donnant lieu, comme à chaque départ, à des manifestations d'hostilité de foules en colère contre les civils militaires tchadiens. »

Il est évident que, dans les affrontements interethniques, on a du mal à faire une distinction claire entre les Tchadiens, très nombreux en Centrafrique ; ils sont parfois pour certains, des combattants et des soldats tchadiens de la MISCA et ont été accusés de complicité avec les combattants de la Seleka, majoritairement musulmans,  en dépit du fait que le Tchad lui-même  a toujours nié de telles connivences. Les confusions ont été d'autant plus faciles et grandes que, comme je l'ai précisé ci-dessus, un très grand nombre d'irréguliers tchadiens ou non, musulmans ou non, ont profité de la situation centrafricaine pour se livrer à des exactions et des pillages.

La version officielle des faits est à examiner de plus près et les responsabilités du Tchad comme de la France sont à prendre en compte. Les militaires français étaient déjà présents en 2003 quand le président Ange Patassé a été renversé, comme ils l’étaient toujours en 2013, quand le président Bozizé a été renversé à son tour par la Séléka. Même si la France, à ce moment-là, s'est refusée à intervenir, comment imaginer qu'elle n'ait pas choisi volontairement de laisser faire les choses ! 

Quant au rôle du Tchad au Mali comme en RCA, on peut le discuter, mais il est certain que, parmi les troupes africaines, les Tchadiens étaient de loin les mieux entraînés et les plus aptes à intervenir. Il est donc probable que le départ des Tchadiens de Bangui amènera la création de nouvelles milices et fera naître de nouveaux conflits, puisque les militaires français ne seront , au mieux, que 2000 cantonnés pour l'essentiel à Bangui, dont la moitié, non combattante, est planquée et dont le reste a des fonctions qui sont plutôt de celles de la gendarmerie que d'une armée de terrain efficace. Comme au Mali, les Tchadiens ont fait l'essentiel du travail, ce que montrent les pertes mêmes qu'ils ont subies.

J'en terminerai avec ce point en citant les propos de Houle Djonga Djonkamla quetj'ai déjà évoqué et qu’on peut lire dans le Blog Makaila du 6 janvier 2014 : « Le Conseil Patriotique des Forces pour le Changement (CPFC) a toujours pensé que la solution au conflit qui nous oppose au gouvernement du Tchad est politique. Il doit être résolu  à travers un dialogue politique inclusif comme nous l’avons toujours souhaité. La lutte armée est envisagée lorsqu’il n’y a aucune porte ouverte pour le dialogue. Nous sommes conscients que non seulement la situation en RCA est dangereuse pour la stabilité au Tchad, mais nous avons le Nigeria, la Lybie, le Sud Soudan et le Darfour  Soudanais qui sont des foyers en ébullition. Mais dans tous ces pays la solution passera par le dialogue. C’est pourquoi nous pensons que le gouvernement doit saisir cette accalmie pour lancer un véritable dialogue entre les différentes parties tchadiennes afin de consolider la stabilité précaire dans notre pays. ».

Curieusement, dans ce jeu de billard diplomatique multibandes qu'on observe dans cette zone de l'Afrique, on peut constater que, souvent, l'intervention dans un pays suppose chez les intervenants l'idée d'agir en même temps, voire surtout, sur le pays voisin. Une partie de l'intérêt de la France pour le Mali, tient, d’abord, à sa proximité avec le Niger, où se trouve la principale source de l’alimentation en uranium que la France garantit à tous les clients de son industrie nucléaire (français ou étrangers).

L'intérêt pour la RCA, Etat longtemps négligé au plan politique (sauf pour ses diamants !), tient désormais, à sa proximité avec ses voisins du Tchad et du Soudan qui sont devenus des enjeux pétroliers considérables, dont bien entendu la Chine ; en premier lieu, ne se désintéresse pas (Au Tchad, Les Chinois produiront 50.000 barils/jour pour l’exportation à la fin de 2014. Ils en produiront aussi 18.000 pour la raffinerie).

Tout cela suscite non seulement des convoitises extérieures, mais agit de façon très forte sur la politique intérieure des pays, en particulier dans le cas du Tchad. Le lobby pétrolier tchadien  réunit, en effet, sous la houlette et au bénéfice de la « Première Dame » du Tchad, Madame Hinda Deby. Ce lobby, mis en place depuis 2007, a promu Mahamat Kasser à la tête du secteur pétrolier. Le but recherché est simplement une main mise totale sur les recettes du secteur, piloté par le cabinet « Cameroun Audit Conseil » (CAC) . Tout se passe donc à l’étranger et aucun ministère tchadien n’est convié aux réunions et associé aux décisions. Le ministère des finances, l’organe compétent de l’Etat tchadien y est toujours absent. Le CAC encaisse les commissions et une partie du bonus qu’il les repartit entre les différents membres du lobby,  y compris , d'abord, la Première Dame » tchadienne ! 

Mieux encore, la part des profits revenant au Tchad est, elle-même, commercialisée par un bureau … à Dubaï dirigé par le frère du TPG Zen Bourma, toujours sous la supervision de la Première Dame.
La manne pétrolière ne se déverse donc pas dans le Trésor public tchadien comme on pourrait le penser, mais plutôt dans les poches de certaines et de certains "oligarques". Les cheminements décisionnels et financiers, gérés "off shore", sont des plus malaisés à saisir et s’opèrent pour l’essentiel hors du Tchad.

 Et la RCA dans tout cela ?

Les quelques centaines de milliers de francs de diamants de la RCA, qui s'évaporent désormais Dieu sait où, au lieu de constituer des cadeaux comme sous Bokassa, ne pèsent pas grand-chose au regard des ressources pétrolières en jeu au Tchad. En revanche, les affrontements religieux, nouveaux et inouïs, risquent d'avoir dans le pays des conséquences dramatiques, en particulier dans le domaine alimentaire, puisque la production agricole locale actuelle fait que la République centrafricaine, difficile à approvionner, est très loin désormais de la situation d'autosuffisance qu'elle a pu connaître dans le passé. Donc, après la guère civile et les massacres, la famine !

mercredi 29 mai 2013

La France au Mali : tout baigne !


"Quand nous aurons le vote de la population malienne en direction d’une nouvelle présidence, puis des élections législatives en même temps que le dialogue, en même temps que la sécurité, en même temps que les outils du développement économique, que la réinstallation de l’administration malienne dans l’ensemble du territoire, eh bien je pense que du bon travail aura été fait."

Et les villes à la campagne alors ?
 
Et tout le monde riche et bien portant plutôt que pauvre et malade ?

Telle est la conclusion de L. Fabius, au terme de son voyage à Niamey puis à Bamako (pas à Kidal rassurez-vous) , après l'adoption par le Conseil des ministres malien du projet de loi fixant au 28 juillet 2013 le premier tour de l'élection présidentielle (le second tour éventuel étant fixé au 11 août) montre que tout baigne, sans que toutefois que le terme précis de cette si favorable évolution soit précisé davantage.

Le "terminus ad quem" est, en la circonstance, le plus important mais le plus problématique, voire le plus incertain aussi ; le "terminus a quo", lui, il est désormais arrêté puisque les élections auront lieu, quoi qu'il arrive, y compris dans le Nord-Mali et à Kidal, le 28 juillet, ce qui naguère encore semblait fort improbable à tous les observateurs, mais où, comme l'a précisé notre ministre "des dispositions seront prises", sans qu'on sache en quoi elles consisteront ni comment elles régleront une question qui est à l'origine de tous les troubles du pays depuis un demi-siècle et des dissensions entre le Nord et le Sud depuis des millénaires.

Quelques menus détails restent certes à régler, comme l'établissement de listes électorales et la fabrication, inévitablement postérieure, de quelques millions de cartes d'électeurs (offrant, s'il vous plait, la photo de leur titulaire pour éviter toute fraude !). Cette fabrication (des cartes, non des listes!), comme le précise le ministre français, "a été confiée à une société" (formule d'un vague qui se veut rassurant, mais sur lequel l'absence de listes des électeurs jette une ombre d'inquiétude...). Bof ! Tout cela, vu du Quai d'Orsay, ne pose guère de problèmes.

Deux attentats meurtriers ont été commis tout récemment au Niger ; ces attaques ont visé un camp militaire nigérien à Agades et un site d'Areva à Arlit (lieu qui a déjà défrayé la chronique terroriste) donc des intérêts français. L. Fabius, au Sahel pour la deuxième fois en deux mois, s'était auparavant rendu à Niamey cette fois-ci. Tout le monde s'accorde désormais, pour le coup, à mettre en cause la Lybie d'où seraient venus les djihadistes dont certains se réclament pourtant du MUJAO. Le Premier Ministre libyen, Ali Zeidan, lui, nie ce point, ce qui rendra sans doute délicate l'action commune avec cet Etat que L. Fabius nous laisse espérer.

Il est clair que, de proche en proche, les risques terroristes et le malaise diplomatique gagnent tous les Etats de la zone. Les Tchadiens se regardaient, non sans quelques raisons, comme la "chair à canon" des troupes françaises dans le Nord-Mali où ils ont perdu deux ou trois cents hommes ; l'Algérie s'est vue atteinte dans ses oeuvres vives avec l'attaque de son champ pétrolier ; le Niger est désormais frappé (une vingtaine de morts avouée) ; la Lybie, elle, est à nouveau accusée.

Décidément, il se passe toujours quelque chose dans l'auberge sahélienne et nous ne sommes pas près d'en sortir!

 

 

lundi 25 mars 2013

L'auberge sahélienne (suite et pas fin!)


 Commentaire d'Expat (comme toujours intéressant et bien informé) sur mon post d'hier ; je le reproduis ici car la plupart ne l'ont sans doute pas lu.

"Cher Usbek,

Je pense qu'en termes de négociations entre la France et le Tchad, s'agissant de cet engagement et peut-être davantage, Idriss Déby est mieux armé, si j'ose dire, que Hollande.

Sur un point de vue militaire, lui sait au moins de quoi il parle puisque ce n'est pas un politique, mais un militaire ayant pris le pouvoir, en plus avec le soutien des Français, les militaires ayant sans aucun doute joué de leur influence pour qu'on se débarrasse enfin de Hissène Habré en faveur de celui qu'ils considéraient comme leur poulain. Sur ce dernier point je peux témoigner de la cote de popularité qu'il pouvait avoir auprès du commandement français au Tchad au cours des années 80 quand il était alors le commandant en chef, très efficace par ailleurs, des forces tchadiennes. Tout ça pour dire que la guerre et ce type de guerre il connait pour l'avoir vécu, comme il connait nos faiblesses sur ce type de terrain face à ce type d'ennemis.

Maintenant il faut considérer les intérêts réciproques des uns et des autres.
S'agissant du Mali, inutile de s'étendre sur le fait que l'apport tchadien est fondamental.
Sur un plan plus global, on considèrera que Déby ayant troqué sa djellaba de comchef des forces armées tchadiennes contre le costume cravate du chef d'Etat ne s'est pas bonifié, c'est une litote. Reste qu'on l'a sorti une ou deux fois de la panade. La dernière fois on en était aux dernières extrémités puisque le palais présidentiel était encerclé et lui dedans. Ce qui veut dire qu'il est sans doute plus utile qu'un éventuel successeur inconnu. Déby est le dernier avatar de ces gens du Nord au pouvoir depuis la fin des années 70. Il y avait le duo Goukouni-Habré qui se disputait régulièrement le pouvoir, et vite Déby est apparu comme un remplaçant possible et même crédible. Depuis c'est moins clair ou disons qu'on n'a pas de réel "poulain". Donc notre intérêt est peut-être de garder celui qu'on connait et qui nous garantit un positionnement intéressant dans cette région de l'Afrique, surtout depuis que notre présence en Centrafrique est devenue symbolique.
Tout ça pour dire que pour l'instant, il profite dans ses rapports avec la France d'une situation qui lui est favorable, ce qui lui permet effectivement de fanfaronner".

 Mes hypothèses sur les relations entre Hollande et Deby durant le dernier trimestre 2012 sont confirmées par un texte, paru à l'époque (4/12/12) sur internet. Je ne l'ai trouvé qu'hier, par hasard, après la publication de mon blog dont il confirme l'hypothèse et les conclusions. Voici ce texte paru dans Survie.org :

"Hollande fait la paix avec Déby et prépare la guerre

Après quelques hésitations, le dictateur tchadien Idriss Déby sera reçu à l’Elysée par François Hollande mercredi. Cette rencontre plusieurs fois reportée, aura lieu sur fond de négociation sur une intervention militaire au Mali appuyée par la France, qui souhaite mobiliser les troupes claniques de l’armée tchadienne.

L’accueil annoncé à l’Elysée du dictateur tchadien Idriss Déby le 5 décembre conclut un vrai-faux suspense qui a duré plusieurs semaines. Les reports de ce rendez-vous sont probablement le signe de houleuses tractations dans lesquelles les questions liées aux violations des droits humains au Tchad n’auront au final pas pesé lourd face à la volonté de la France d’obtenir le soutien de N’djamena dans le dossier malien. En effet, pour des raisons géostratégiques décidées en dehors de la volonté souveraine du Mali, la France fait depuis plusieurs mois pression sur le président tchadien pour obtenir la participation de ses troupes et de ses moyens militaires dans l’ « opération africaine » qu’elle promeut. Une participation évidemment compromise si Hollande n’accepte pas de donner un minimum de caution diplomatique à Déby en le recevant à l’Elysée.

Le cas tchadien illustre cette incapacité de l’exécutif français à définir une ligne diplomatique claire et assumée concernant ses relations avec les dictateurs africains. A quoi bon en effet tenir un discours sur les droits humains sur les terres d’un dictateur à Kinshasa en octobre et se pincer le nez face à lui, si c’était pour rencontrer discrètement dans la même journée les despotes congolais et camerounais Denis Sassou Nguesso et Paul Biya ou si c’est pour recevoir à l’Elysée le dictateur tchadien Idriss Déby quelques semaines plus tard ?

Rappelons qu’Idriss Déby, souhaitant faire jouer au maximum son potentiel de négociation, avait pris soin de décliner l’invitation à Kinshasa, sans doute d’en l’attente d’être « mieux traité » à Paris. C’était prendre peu de risques. Les visites ministérielles au Tchad en juillet dernier de Laurent Fabius et Pascal Canfin avaient en effet laissé envisager, sur fond de crise au Mali, une continuité dans la politique française de soutien « pragmatique » au dictateur, le chef de la diplomatie française y faisant étalage des « relations d’amitié qui demeurent » .

En fait d’amitié, c’est l’armée tchadienne qui est soutenue sans discontinuer par le dispositif militaire français Epervier, lancé en 1986 par le gouvernement Fabius – ce dispositif est constitué d’un millier d’hommes, d’une force d’aviation et de renseignement sophistiqué, renforcé ces dernières semaines. L’armée tchadienne, en phase avec la volonté farouche d’Idriss Deby de se maintenir au pouvoir, est une des plus puissantes de la région. Habituée à des opérations dans des zones désertiques, elle compterait « 30.000 hommes équipés d’armes modernes et de moyens aériens ». Dans un pays classé parmi les plus pauvres de la planète, l’armée plétorique de ce pouvoir couvé par les bons soins de la France aurait davantage de quoi inquiéter que de réjouir quiconque.

En effet, Idriss Déby est responsable d’une partie des massacres et atrocités commises sous le régime d’Hissène Habré, dont il fut le chef d’État major, avant de le renverser en 1990 avec l’appui de la France. A la tête de l’État, il n’hésita pas à ordonner de nouveaux massacres et des exactions insoutenables, et s’est maintenu au pouvoir par les armes, toujours soutenu par la France. Un soutien tricolore multiforme : économique, via les largesses en aide publique ; diplomatique, par la validation d’élections truquées (quand la France n’a pas elle-même contribué à organiser la fraude comme lors de la présidentielle de 2001) ; militaire enfin, l’armée française repoussant les rébellions de 2006 ou 2008 et continuant à fournir en armes un régime qui a renoncé à investir dans les secteurs sociaux de base et n’hésite pas, comme le dénonce Amnesty International, à recruter des enfants soldats.

Aujourd’hui, alors que les Tchadiens réclament la démocratie, la fin de la répression contre les opposants, victimes d’arrestations arbitraires, la vérité dans les multiples affaires criminelles impliquant le régime tchadien (dont la disparition de l’opposant Ibni Oumar Mahamet Saleh en février 2008), et surtout des politiques publiques au service des populations, la France accepte de redonner une caution d’honorabilité à Idriss Déby. Avec pour seul espoir que les soldats tchadiens, supposés spécialistes du Sahel (du moins quand la France les appuie), sinistrement réputés pour leur clanisme, leurs exactions et leurs multiples retournement d’alliances dans les différents conflits internes, ne constituent un soutien utile sur le terrain malien.

Naïvement ou à dessein, le Président de la république française s’engouffre dans une realpolitik promue avec son Ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius et opte délibérément, sous des prétextes fallacieux, pour une politique criminelle de réhabilitation d’un des pires despotes du continent. Un manque de lucidité particulièrement étonnant tant les exactions du régime Déby sont connues et documentées, y compris par des conseillers du président de la République, telle l’ancienne députée Marie-Hélène Aubert qui de part ses travaux passés est bien informée de la nature du régime d’Idriss Déby .

Une diplomatie française qui s’évertue à voir Idriss Déby comme une solution plutôt que comme un problème n’est décidément pas prête à rompre avec la Françafrique".

Pour voir à quel point la vision de la situation au Tchad diffère de celle qu'on nous présente, un texte tout récent publié sur internet là-bas (24 mars 2013) par Moussa Guetane Moussa dans Alwihdainfo.com :

"Après une longue série de tergiversations, la France reconnait à contrecœur la mort du chef terroriste Abou Zeid. Cette reconnaissance forcée a été longuement accentuée par la volonté affichée des FATIM et des hautes autorités tchadiennes de ne pas se laisser cette capitale victoire contre le terrorisme. Reste aussi pour la France de reconnaitre la mort de l’autre chef terroriste Moukhtar Belmoukhtar. Le Tchad quant à lui maintient mordicus sa déclaration sur la mort de ce dernier qui a été abattu grâce à la bravoure et au professionnalisme des forces armées tchadiennes qui entendent lancer un message fort à tous ceux qui rêvent de rééditer l’expérience malienne sur le sol tchadien qu’ils seront sévèrement battus à platcouture et leur ambition macabre vouée à un échec cuisant et mémorable.

La France et les pays de la CEDEAO doivent implicitement reconnaitre que le Tchad est un partenaire incontournable dans la stabilité et la lutte contre le terrorisme dans la sous-région. Il est temps que les grandes puissances luttant contre le terrorisme accordent une oreille attentive à notre pays en l’aidant dans sa politique sécuritaire et en veillant à sa stabilité, un verrou important dans la lutte contre le terrorisme. Avec la nouvelle donne sur l’implantation des cellules terroristes actives et dormantes dans le Sahel, la stabilité du Tchad est un atout indéniable pour la sécurité du reste de la région. Tout déstabilisation ou trouble conflictuel au Tchad débordement au-delà de nos frontières pour sonner le glas de la sécurité et de la stabilité dans la sous-region.

Le sacrifice de nos vaillants soldats au Mali sera inscrit dans les annales de l’histoire de la lutte contre le terrorisme. Le Tchad jadis considéré comme un pays de troubles et de conflits incessants a su remonter la pente pour s’engager dans le sillage des pays œuvrant pour la paix au-delà de leur frontière. Il est primordial et capital pour les autorités tchadiennes de prendre toutes les mesures pour doter encore nos forces armées et de sécurité des moyens plus importants et sophistiqués pour défendre nos frontières et veiller à lutter efficacement contre le terrorisme. La sous-region tirera un privilège sécuritaire indéniable. C’est en modernisant nos forces armées et de sécurité qu’on récoltera les fruits de notre investissement pour sécuriser et stabiliser notre pays contre les visées déstabilisatrices et les actes de terrorisme. La sécurité et la stabilité du Tchad est l’affaire de tous les Tchadiens d’abord, ensuite viendrait l’aide de nos amis et partenaires étrangers. ".

Je laisse de côté ici les événements de RCA et la chute de Bozizé ! L'auberge va s'aggrandir !

dimanche 24 mars 2013

L'auberge sahélienne


Je vous arrête tout de suite. Ne cherchez pas cette auberge sahélienne dans le Guide Michelin, vous ne l'y trouverez pas. Nous y sommes pourtant, et, à mon avis, nous ne sommes pas près d'en sortir, selon la formule consacrée !

Un petit retour en arrière est nécessaire pour comprendre quelque chose à cette situation fort compliquée et sur laquelle "on ne nous dit pas tout", loin de là.

Je ne sais même pas si le nom d'Idriss Deby Itno (Il a adjoint ce nom à son précédent patronyme)vous dit quelque chose ; il est, en tout cas, beaucoup plus connu depuis le début de la guerre au Nord-Mali puisque il est le Président de la République du Tchad qui a joué un rôle décisif, dans les opérations comme dans la médiatisation de cette guerre, occultant même, sans que cette dernière s'en fâche, le rôle de la France, quoique les troupes françaises soient deux fois plus nombreuses que les Tchadiens. Il est vrai que les pertes de ces dernières ont été, en gros, 50 fois plus importantes que celles de l'armée française (cinq morts, dont trois hors de la zone Nord), même si ces données ont été soigneusement dissimulées tant du côté tchadien que du côté français.

Le Tchad est un Etat dont les relations avec ses voisins, le soudanais en particulier, sont fort agitées ; le pays lui-même ne brille pas par le calme intérieur et il subit en outre les contrecoups des relations avec ses voisins. Tantôt le Soudan (surtout jusqu'en 2009 ; les relations se sont quelque peu normalisées depuis) mais aussi la République Centrafricaine, où les choses se gâtent à nouveau.

Les relations entre le nouveau président français, élu en mai 2012, et Idriss Deby ont été passablement tumultueuses dans le deuxième semestre de l'année 2011 (rappelons que c'est le 21 mars 2012 que le président régulièrement élu du Mali Amadou Toumani Touré dit "ATT" a été renversé par le capitaine Sanogo). Le Tchad, qui n'est pas membre de la CEDEAO (Afrique de l'Ouest) mais de l'équivalent de cette organisation en Afrique centrale (la CEMAC), n'a donc pas été officiellement associé aux premières réflexions de cette assemblée sur le Mali ; il avait donc fait clairement savoir qu'il ne bougerait pas tant qu'on ne le solliciterait pas. Or, en dépit des purges que Deby a fait subir à son armée, celle-ci est sans doute la meilleure et la plus expérimentée des troupes des Etats du Sahel.

Idriss Déby, qui n'est pas précisément socialiste et qui a même fait disparaître depuis cinq ans, on ne sait trop comment, l' opposant socialiste tchadien majeur (il a été enlevé par des militaires et n'a jamais reparu), n'est donc pas fait pour s'entendre le mieux du monde avec François Hollande. S'ajoute à cela, l'affaire de l'Arche de Zoé qui n'est pas complètement réglée (en particulier pour l'indemnisation des prétendus "parents" par la France) et dans laquelle le président tchadien se déclare, si je puis dire, "blanc comme neige"!

Néanmoins, à l'automne 2012, François Hollande, passant sur ces menus  différends, comprend bien que l'intervention du Tchad est indispensable, car on ne peut guère compter, ni sur l'Europe, ni sur Obama, ni sur les troupes de la CEDEAO, ni sur celles de l'ONU ; un rendez-vous est donc pris en octobre 2012 pour une visite officielle à Paris du président Deby qui, par ailleurs, marque ses sentiments quelque peu refroidis envers la France en ne participant pas au Sommet de la Francophonie à Kinshasa, où il aurait pu rencontrer François Hollande qui a fini par s'y rendre.

Je vous épargne les détails (que je ne connais d'ailleurs pas) des tractations qui s'opèrent dans le dernier trimestre 2012 entre Paris et N'Djamena, la visite d'octobre ayant été annulée, comme on dit pudiquement et si joliment dans le langage diplomatique, « en raison d'un conflit d'agendas". François Hollande finira sans doute par céder aux exigences de Deby (et ce n'est pas fini...!) et Idriss Deby sera reçu à l'Élysée le 5 décembre 2012, en grande pompe et avec tous les honneurs, en dépit de ses réserves. Idriss Deby profite naturellement de la situation pour se faire prier et avoir l'air de ne rien céder tout en haussant ses exigences. Ne cherchez pas dans la presse française des détails sur cette rencontre ; elle s'est montrée fort discrète et seule RFI, qui ne pouvait guère faire autrement, en a parlé quelque peu.

Si Idriss Deby a fanfaronné et clamé son indépendance au sortir de son entrevue avec François Hollande et dans les comptes-rendus faits de sa visite sur le site officiel de la République du Tchad et dans la presse locale, il n'empêche qu'un mois après il annonce soudain l'envoi de plus de 2000 hommes au Mali !

Comme j'ai déjà parlé des événements qui ont suivi depuis cette date dans mes précédents posts de la série "Honni soit qui Mali pense", je n'y reviens pas et y renvoie.

Toujours est-il que l'affaire du Mali non seulement a obligé la France à mettre les pouces dans ses relations avec Idriss Deby, mais elle a permis à ce dernier à la fois de rétablir sa situation au Tchad même, où elle demeure instable, mais et surtout de se donner une image internationale qu'il n'avait guère, au sein de la zone de la CEMAC d'abord, où il joue un rôle décisif avec le président congolais Denis Sassou Nguesso. En RCA, il contraint François Bozizé à négocier avec l'opposition coalisée dans le Séléka . Les choses rebondissent d'ailleurs, aujourd'hui même, puisque les rebelles du Séléka marchent de nouveau sur Bangui et que les Français doivent sans doute y intervenir sous prétexte de protéger leurs ressortissants. Idriss Déby a également tenu un discours vengeur et  autoritaire au sein de la CEDEAO (dont le Tchad ne fait pas parti et a fortement tancé les membres officiels de cette organisation ainsi que les soldats maliens dont la place, à l'entendre, devait être au front, même si les groupes Tamasheq s'y opposent dans leur zone et si la France a cédé à leur demande à propos de l'occupation de Kidal).

Nous étions fortement engagés au Mali, dont nous devions retirer nos troupes en avril 2013 (début avril d'abord, puis dans la suite fin avril et sans préciser l'importance exacte de ces retraits); les troupes retirées n'auront pas trop de chemin à faire si elles doivent se rendre en République Centrafricaine où on annonce aujourd'hui même, 24 mars 2013, qu'elles vont intervenir.

Comme je vous le disais en commençant, nous ne sommes pas sortis de l'auberge sahélienne et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle n'est ni confortable ni accueillante et que nous n'y sommes pas, aux yeux de beaucoup, les bienvenus.

 

samedi 9 mars 2013

Petites blagues présidentielles


Notre président, que ses amis, comme tous ceux qui l'ont approché, disent fort amateur de petites blagues et expert en la matière, n'aura pas longtemps contrarié cette pente naturelle qu'on peut juger peu compatible avec sa nouvelle fonction. Mais après tout, un président normal ne doit peut-être pas renoncer totalement aux petites blagues qu'il juge normales. Nous autres Français sommes, sur ce point, très coincés ; les présidents des Etats-Unis non seulement se livrent volontiers et souvent à de telles "blagues", mais tous ont même, toujours, une équipe de "gagmen" spécialisés chargés de leur les préparer à l'avance pour toutes les circonstances.

F. Hollande a commencé timidement avec la succession du pape, en disant que nous n'aurions pas de candidat ; il a continué, de façon moins drôle, à propos de son prédécesseur au salon de l'agriculture en répondant à la question d'une enfant sur la présence de Sarkozy qu'on ne le reverrait plus. Ce n'était pas terrible et, en outre, incertain ; il aurait pu, de façon plus drôle parmi les animaux exposés, lui indiquer, pour rire un peu, un taureau, un bouc ou un verrat.

Nous attendons désormais de sa part, vu sa réputation, quelques productions de meilleur aloi.

Peut-être en avons-nous déjà eu une, ce vendredi 8 mars 2013, avec l'annonce du rapatriement de 30 soldats français blessés au Mali. Dans mon post d'hier, j'avais d'emblée jugé cette nouvelle, fort inattendue, quelque peu plaisante ; elle m'avait même inspiré aussitôt une interprétation en forme de blague où je faisais part de mon espoir qu'en fait de blessures de guerre, il ne s'agissait, au pire, que de foulures et de coups de soleil.

Sans le savoir j'avais mis dans le mille! J'avais hélas raison et l' on nous a dit effectivement que ces grands blessés militaires, rapatriés d'urgence et à grands frais, étaient pour l'essentiel atteint de ce genre de blessure.

On aurait dû tout de même les informer en les envoyant en mission là-bas de la nature accidentée du terrain du Nord-Est du Mali, ce qui expose à des chutes (il aurait donc mieux valu y envoyer des chasseurs alpins que des parachutistes) et que c'était à la chasse aux terroristes sahéliens qu'ils étaient conviés et non des à celle d'alpestres bouquetins. Il leur fallait, par conséquent, songer à se prémunir aussi contre les ardeurs du soleil qui sont vives dans cette région ; là encore, contre les ardeurs solaires, le vaste béret de nos chasseurs alpins eût été préférable au modeste couvre-chef des paras !

J'aime à penser que c'est là une petite blague de notre président qui, par respect excessif, a été prise au sérieux dans le service de la propagande des armée ; on y a cru trouver un excellent moyen d'équilibrer par la mention de ces blessures de guerre (dont il aurait été sage de ne pas préciser la vraie nature) les lourdes pertes subies par le contingent tchadien qui commence à se sentir traité par les Français, pour reprendre ses propres termes, comme de la "chair à canon".

Je me demande si l'annonce présidentielle du début du retrait des troupes françaises pour le début du mois d'avril n'est pas aussi, de la part de François Hollande, l'esquisse d'une petite blague que la vieille tradition française du 1er avril rendra plus acceptable.

Si je puis, en la matière, me permettre une suggestion très  respectueuse à notre président, je lui suggérerais volontiers d'instaurer, au sein du contingent français actuellement au Mali, un tirage au sort pour désigner qui pourra bénéficier du retour en France le 1er avril 2013. Car, vous l'aurez noté, si on nous a annoncé que les troupes commenceraient à revenir ce 1er avril, il n'a été, à aucun moment précisé, combien de soldats seraient concernés par ce retour. Un seul suffirait donc à assurer que la promesse a été tenue.

Serais-je à la place de notre président que je me permettrais, en outre, de tripatouiller un peu le tirage au sort (il a souvent vu faire ça au PS, alors une fois de plus ou de moins...) de façon à ce que l'heureux élu soit un soldat de l'infanterie de marine c'est-à-dire « un marsouin »!

La tradition bien française du poisson d'avril en serait par là encore mieux respectée

vendredi 8 mars 2013

Honni soit qui Mali pense ! On nous ment (suite)


Je reviens, contre mes intentions premières, sur le sujet de la situation réelle de l'Afrique sahélienne à propos de laquelle on nous "enfume". Deux raisons à cela ; d'une part j'ai reçu de la part d'Expat (fin connaisseur des choses de l'armée et de l'Afrique, à la différence de nos "experts" de la radio et de la télé) un commentaire fort intéressant mais qui, fait tardivement sur mon post d'hier, aura sans doute échappé à la plupart des lecteurs. Le voici donc car il en vaut la peine :

"Cher Usbek,

J'ai lu également que les relations entre Tchadiens et Français se tendaient, les premiers accusant les seconds de les envoyer au carton, selon l'expression consacrée.
Je dois dire que les disproportions entre les victimes dans chacun des deux détachements, et même en se référant aux seuls chiffres officiels, m'ont vraiment surpris et sont de nature à corroborer ces accusations.
S'agissant des soldes, c'est un point que j'avais évoqué ailleurs et qui va bien au delà des Tchadiens, puisque la Misma [ONU] est aussi concernée. Les Africains sont toujours friands de missions ONU à cause de cela, mais puisque l'ONU ne prend pas la main, il y a de fortes chances que ça finisse par déraper, à moins que nous payions, ce qui n'est pas à exclure.
J'ai vécu une expérience de ce type avec un contingent africain qui n'a pas mis deux mois à se transformer en une bande de clochards terrorisant les foules qu'ils étaient censés défendre.
Par ailleurs, l'annonce d'un premier retrait en avril de nos forces me laisse pour le moins perplexe quant à la stratégie suivie par notre chef des armées et président.".


Ma deuxième raison de revenir sur le sujet tient à ce que, par ailleurs, nous apprenons, ce matin même, que 30 soldats français blessés ont été réacheminé en France. Première nouvelle, car si l'on avait fait état de quatre morts français, on nous avait jamais parlé de blessés. La guerre serait-elle dangereuse ?

Je me demande si ce soudain "acheminement sanitaire", car il y a tout de même des moyens de soigner au Mali surtout à Bamako, ne relève pas plutôt de la "cellule psychologique et de la com' des armées" que du service de santé lui-même. Ne veut-on pas, par là, rééquilibrer, au moins en apparence, les dommages subis par les troupes françaises et maliennes ? Comme on le voyait hier, le déséquilibre des pertes et dommages commence à faire jaser! J'espère que, parmi la trentaine de blessés qu'on a réacheminés en France (La quille bordel!), on compte une bonne partie d'entorses, de foulures, de coups de soleil, de panaris ou de blessures superficielles davantage dues à l'imprudence ou l'inattention que de graves blessures reçues dans les affrontements avec les terroristes (peut-être même y a-t-on inclus quelques amibiases ou même "touristas"  qui ne sont qu'indirectement liées à la situation de guerre).

Post scriptum quasi immédiat (après mon café de dix heures) Le pire est que j'ai dit ça en rigolant et QUE C'EST VRAI ET CONFIRME OFFICIELLEMENT : "La plupart sont victimes d'entorses ou de coups de chaleur" écrit-on, sans rire cette fois!

J'entendais ce matin, interrogé, depuis Bamako bien sûr (rassurez-vous!), par Jean-Jacques Bourdin notre ministre de la défense, Monsieur Le Drian qui,  comme toujours, s'est montré fort prudent (Est-il Breton ou Normand ?). Il est en tout cas avisé car il avait clairement exigé de son intervieweur qu'il glissât, en dernière question, une interrogation sur le budget militaire dont le lien avec ce qui précédait n'était pas des plus évidents. Cette ficelle (un peu grosse!) a permis au ministre de faire un couplet visant à ce que les budgets du ministère de la défense soient épargnés par les coupes drastiques qu'on envisage de faire dans notre administration.

Devrait-on tailler dans le budget de la défense, qu'il vaudrait sans doute mieux réduire voir supprimer le budget nucléaire, qui se compte en milliards et ne sert plus à grand-chose, pour tenter, par exemple, d'acquérir deux ou trois avions gros transporteurs qui nous font si cruellement défaut. Nous sommes en effet incapables de transporter, en quelque lieu du monde que ce soit, ces forces dont nous sommes si fiers et nous devons passer, chaque fois, sous les fourches caudines financières des Russes ou pire encore des Américains... voire des Belges.

Sur un plan plus général, j'ai dénoncé, en vain bien entendu, depuis plus de 15 ans (il me faudra chercher les textes) la montée de l'islamisme radical dans la zone sahélienne (et jusqu'aux Comores que je connaissais un peu). J'en avais vu le premier signe dans la politique d'un Kadhafi qui, comme je l'ai rappelé souvent, payait les chefs d'État ou les ministres africains pour qu'ils se convertissent à l'islam . Tarif : 1 million de dollars pour un président de la République (ce dont n'a pas manqué de profiter Omar Bongo) et 500 000 $ pour un Premier Ministre, comme il payait les femmes pour porter le voile! Tout cela se doublait d'une politique de conversions également à coups de primes ; à ma connaissance, seule l'île Maurice a eu le courage de faire cesser ça en mettant à la porte de son territoire cette représentation libyenne.

Le pire était toutefois du côté de l'école coranique ; les écoles coraniques traditionnelles, porteuses du vrai islam traditionnel africain, très modéré et très conciliant, se voyaient partout supplantées par des medersas financées par nos amis les émirats ; elles débordaient d'argent, de moyens de tous ordres et offraient des bourses pour les universités islamiques où l'on s'attachait à former les futurs cadres des mouvements salafistes et de djihadistes.

Tout ce que j'ai pu dire est resté lettre morte, même auprès des quelques autorités politiques françaises auprès desquelles je m'en suis ouvert. Nous voyons aujourd'hui les résultats et les choses sont encore bien loin d'être arrivées à leur terme.

jeudi 7 mars 2013

Honni soit qui Mali pense : "On nous ment!"(2) Et le Tchad ?


Hier, les derniers propos du président Hollande  sur le Mali, quelque peu alarmistes, m'avaient étonné, mais il était alors sans doute déjà informé, lui,  de la mort d'un quatrième soldat français (vers Gao et non dans le Nord-Est). On pressent d'autant mieux l'arrivée de mauvaises nouvelles qu'on les connaît déjà ! En revanche, rien d'important ne nous est caché puisque, ce matin, le colonel De Guerlasse (hommage à Pierre Dac!) nous informe que les "terroristes" ont osé recruter deux "enfants soldats" de 14 et 15 ans ! En Afrique, la nouvelle fait sourire!

Revenons toutefois à la situation tchadienne que j'ai abandonnée hier, faute de temps et d'espace.

On comprend fort bien que le président Idriss Deby minore ou même cache les pertes tchadiennes et se flatte (même si ce n'est que partiellement vrai) d'avoir fait périr deux des principaux chefs de la rébellion "terroriste". En réalité, non seulement le contingent tchadien a subi au Mali des pertes bien plus sévères ( à peu près 10% des forces engagées en tués et blessés), mais il a également abandonné beaucoup de matériel : 15 véhicules blindés auraient été laissés sur place et 35 véhicules 4x4 Toyota détruits.

Il semblerait donc que, de ce fait, le moral des troupes tchadiennes engagées au Mali soit des plus bas, en dépit des promesses de primes spéciale (1 million de franc CFA) qui ont été faites par le président, mais dont le financement effectif reste aléatoire.

Selon ces mêmes sources et rumeurs (dont je ne peux garantir la validité, mais qui valent bien les nôtres), à Ndjamena, une trentaine d'officiers, pourtant proches du clan du Deby, auraient exigé de lui une « dia » ( = une indemnité du sang) pour la perte de leurs proches tués au Mali.

Le président aurait, dit-on, cédé, car les nouvelles en provenance du front malien ne sont pas bonnes, loin de là ; en dépit du black out, court à Ndjamena, le bruit de la défection de 200 soldats de l'expédition malienne qui se seraient enfuis à bord de véhicules militaires. Une négociation aurait été engagée par le gouvernement malien avec ces déserteurs qui auraient fini par accepter de rebrousser chemin pour reprendre le combat contre une somme de 4 milliards de francs CFA qui serait distribuée en primes. Forts de cet accord, les déserteurs auraient rejoint leur base du Mali le vendredi 1er mars 2013.

On voit donc que la situation tchadienne, tant sur le plan politique militaire, est loin d'être aussi bonne que certains peuvent le prétendre.

Les comportements mêmes du président Deby sont un peu difficiles à suivre. Il est clair qu'il a engagé son pays dans la bataille du Mali en remerciement de l'appui de la France qui, naguère, lui a permis de rester au pouvoir et dans l'espoir qu'on lui renverra l'ascenseur le moment venu, si besoin est. Il espère aussi tirer des bénéfices financiers de toute cette affaire ; quoique le Tchad ne fasse pas partie de la CEDEAO, lors de la dernière réunion de Yamoussoukro, Idriss Deby aurait réclamé près de 100 milliards de francs CFA à Alassane Ouattara pour le paiement des troupes tchadiennes.

On ne doit pas oublier, en outre, que l'intervention de Deby au Nord-Mali n'est pas sans rapport avec les problèmes du Darfour où se posent des problèmes du même ordre avec l'islamisme radical.

Il n'est pas toujours facile d'y voir clair dans la politique et dans les choix militaires tchadiens et d'y distinguer ce qui relève d'une prétendue "réorganisation" de l'armée nationale et de la politique intérieure personnelle du président et des siens. Bien des cadres confirmés de l'armée tchadienne, qui, eux, avaient une longue expérience des batailles dans les régions désertiques ont été écartés et la plupart des nouveaux venus n'ont qu'une expérience limitée dans ce domaine comme les récents échecs successifs l'ont montré. La nomination par le président de son fils adoptif, fait général sans coup férir, n'a pas arrangé les choses, surtout vu les résultats.

Le pire toutefois risque d'être à venir, car, comme je l'ai annoncé dès mes premiers blogs, dans tout cela, on finira toujours par mettre en accusation la France. Comment ne pas être tenté de le faire, quand on constate que les troupes françaises ont perdu 2 soldats dans les combats du Nord Est du Mali, alors que probablement 200 soldats tchadiens sont morts ou blessés ; les pays de la CEDEAO, eux, n'ont à peu près envoyé aucune troupe sur le terrain des combats.

Comment éviter, dans des conditions pareilles, qu'on commence à lire à Ndjamena que les troupes tchadiennes sont envoyées au massacre dans des offensives où les colonnes françaises ne se trouvent qu'en arrière. Au sein de l'état-major tchadien, on commencerait à reprocher au commandement français de ne pas donner suffisamment de renseignements aux Tchadiens « balancés en tête comme chair à canon » (citation).

Le président Deby, fort de l'appui français et de la mission qui lui est confiée parce que personne n'en veut, traite de haut, aussi bien le putschiste malien Sanogo (dont la légitimité est évidemment très contestable) que les membres de la CEDEAO. Cette morgue  risque toutefois de ne pas durer longtemps, si la situation militaire s'aggrave ou même simplement se prolonge, vu l'état d'esprit qui commence à prendre source et à s'exprimer au Tchad.

Post-scriptum (extrait de Tchadactuel du 6 mars 2013) :

"Pour son opération au Mali, IDI [Idris Deby] a oublié l’existence du Net et des réseaux sociaux et ils lui ont heureusement pris le contre-pied. S’agissant des morts, dans un pays normal, on ne saurait donner un bilan officiel, qui par la suite se trouve être multiplié par plus du double. Malgré ce camouflage, nous répétons et nous persistons pour dire que IDI n’a pas révélé le nombre total des morts et des blessés, il y en a eu beaucoup plus que ce qui a été annoncé. La preuve en est que les hôpitaux du Niger voisin sont bondés de blessés tchadiens.

Confus et surpris des dégâts occasionnés pour ce qui était considéré comme une balade dans le désert, IDI est allé en Afrique de l’Ouest très remonté contre les dirigeants et les militaires de ces pays. Son arrogance, ses coups de gueule et ses leçons de morale n’ont pas été appréciés par tout le monde, d’où les maigres résultats de son déplacement. Cependant les Tchadiens, dans leur ensemble, ont apprécié la sortie d’IDI, particulièrement à l’adresse du capitaine malien, l’homme par qui la pandémie a envahi le Mali.

En matière de communication, la cacophonie est totale entre les éléments engagés véritablement contre les djihadistes, c.à.d. les Français et les Tchadiens, c’est le moins qu’on puisse dire. Les Français sont prudents et très réservés dans la divulgation de l’information ; ils ont des otages avec les djihadistes et en sont très concernés et surtout ne veulent pas prendre la paternité du décès des deux principaux responsable de l’AQMI pour éviter des éventuels effets collatéraux ; ce qui fait qu’ils n’ont pas voulu annoncer la mort, encore non confirmée, d’Abou Zeïd, tué par les bombardements français selon les sources françaises et tué par l’armée tchadienne selon le commandement du FATIM .

Afin de calmer une opinon nationale qui commence à s’interroger sur le nombre réel des morts et le bien-fondé de cette croisade, IDI a trouvé une occasion pour s’octroyer la paternité de l’élimination d’Abou Zeïd, sans en mesurer certainement les conséquences futures.

Echaudés par la défaite et meurtris par la mort de leurs collègues, les militaires ont décidé d’en découdre pour les venger. Munis des jumelles de vision nocturne, ayant tiré les leçons de leur première défaite, ils ont pu investir nuitamment un des camps des djihadistes et ont eu le dessus sur eux. Le bilan, côté tchadien est d’au moins 11 morts  que Deby veut absolument taire, renouant ainsi avec ses habitudes; côté djihadistes, le nombre communiqué par l’Etat Major tchadien corrobore nos informations. Parmi les djihadistes morts, il a été trouvé un barbu borgne avec un chèche noir calciné que l'un des prisonniers djihadistes avait identifié comme étant Mokhtar Bel Mokhtar. Quant au matériel récupéré, l’Etat Major tchadien parle de 60 véhicules, alors qu’il s’agirait de 82.

Il s’agit là, du démantèlement d’une seule base alors que les djihadistes seraient pas moins de 2000, et éparpillés à travers tout le massif. Apparemment des pleurs et des larmes attendent encore les familles tchadiennes. Que le Bon Dieu nous épargne.
Les alliés (France, Mali…) eux, pour une raison non élucidée, ne croient pas à la mort du borgne. Pourquoi discréditer la seule armée qui est réellement présente (les Français ne font que talonner les Tchadiens) dans l’Adrar des Ifoghas ?

Beremadji Félix
N’djaména – Tchad

mercredi 6 mars 2013

Honni soit qui Mali pense : "On nous ment!"


Vu l'urgence, j'interromps provisoirement la série de mes posts sur "L'école 2013".

L'heure semble jugée grave puisque, lundi 4 mars 2013, au lieu des prétendus "experts" habituels, je n'ai pas entendu moins de officiers généraux causer de la guerre au Mali sur nos antennes, deux retraités pigistes et un amiral, pas du tout quart de place mais chef de nos armée. L'intervention de ce dernier tenait sans doute à l'annonce de la mort d'un de nos soldats, sur laquelle il a eu quelques paroles émues, tout en soulignant que "mourir pour la patrie" était un des devoirs assumés par tout soldat.

J'ouvre ici une parenthèse pour solliciter la science militaire d'Expat qui a eu l'amicale imprudence de me permettre de le solliciter sur les questions militaires!

1. A quand remonte la dernière "mort au champ d'honneur "d'un général français ?

2. Comment s'explique que ce soit souvent des amiraux qui soient les chefs suprêmes de nos armées ?

Mais revenons au Mali (ou plutôt au Tchad) car le temps et l'espace me manquent !

On se croirait presque revenu au temps de la Seconde Guerre mondiale, quand les communiqués des forces de l'Axe, en février 1943 (moment de Stalingrad pour ceux et celles qui l'auraient oublié) , fidèlement repris par "Radio Paris" nous faisait savoir, chaque jour, que les troupes du Troisième Reich se repliaient en bon ordre "sur des positions préparées à l'avance". La ritournelle de Radio-Londres était, on s'en souvient : « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand !".

Nous n'en sommes fort heureusement pas là, mais le quasi total black-out imposé sur les événements du Nord-Est du Mali commence à prendre des proportions inquiétantes. Fort heureusement, il est devenu aujourd'hui beaucoup plus difficile de museler tout à fait l'information pour qui veut la chercher; J'ai donc obtenu des informations tout à fait différentes, de façon très simple, grâce à Google en consultant simplement ce qui s'écrit à ce sujet au Tchad même, et  plus précisément à N'Djamena.

Je dois dire d'ailleurs que j'ai été agréablement surpris de constater que l'information locale bénéficie, vis-à-vis du pouvoir en place, d'une liberté de ton peu courante et que je ne soupçonnais pas ; je pensais en effet que le président Idriss Deby, si branlante et contestée que soit sa position, était plus soucieux de museler son information ; il est bien loin de faire la l'unanimité dans son propre pays et cela se lit!

C'est ainsi que, sur la plan militaire, indépendamment de ce qui se passe au Mali même (et sous réserve, bien entendu, de la validité des informations que j'ai pu obtenir par ces voies)  une colonne armée de « terroristes djihadistes" a attaqué le Tchad même et a investi le massif du Djebel Moun, à partir du Nord Mali, en traversant la région de l'extrême Nord du Tchad, dans la zone de la frontière tchado-soudanaise. Le berger djihadiste a donc déjà répondu à la bergère tchadienne, en lançant une offensive sur le Tchad même ; elle aurait déjà conduit à un affrontement sanglant dans lequel 12  soldats tchadiens auraient été blessés et évacués sur Adré.

Ce dimanche 3 mars 2013, selon une source qui se définit comme fiable car proche de l'état-major tchadien, le président Deby aurait donc délibérément modifié le bilan des combats. L'embuscade du vendredi 22 février a été désastreuse pour les Tchadiens. Il y aurait eu, en réalité, de leur côté, 117 tués dont  68 morts sur place, 27 autres ayant succombé à leurs blessures. C'est seulement de ces derniers que le gouvernement a fait état et dont il a organisé en grande pompe les funérailles nationales. Il faut en outre ajouter à ces lourdes pertes, la mort de 22 des 23 soldats tchadiens faits prisonniers et qui ont été fusillés par les djhadistes.

Le seul Tchadien, qui a été épargné par eux, a bénéficié de cette mesure en raison de son appartenance à une communauté musulmane particulière ; il a été relâché et c'est lui qui a révélé l'exécution sommaire de tous  ses camarades. Il a délivré le message dont les djihadistes l'avaient chargé et qui est le suivant : « Vous êtes des incultes et votre président Idriss Deby est un mécréant ; nous attendons le reste de sa troupe pour lui réserver ce que vous venez de subir".

Sur instruction d'Idriss Deby ce soldat a été transféré à Bamako puis à N'Djamena où il a été mis à l'isolement et même, semble-t-il, torturé.

Tout cela ne ressemble guère à ce que l'on nous donne à croire et la suite moins encore!
A demain pour cette suite !

samedi 16 février 2013

Honni soit qui Mali pense (N°5)


Fin de l'euphorie et de l'unanimité autour du Mali.

Premier acte, franco-français celui-ci, vendredi 15 février 2013 au soir, dans l'émission de Calvi où après la belle unanimité nationale du début, on a vu se séparer les hagiographes inconditionnels de l'action de la France (Pierre Servent, qui en avait tombé la cravate pour se vêtir d'une tenue camouflée couleur de muraille et François Clémenceau, l'un et l'autre du coté tricolore de la table) et les intervenants critiques et/ou réalistes, de l'autre côté, comme Antoine Glaser et Mathieu Guidère. Faut-il préciser que le discours des seconds est plus convaincant et mieux informé que celui des premiers dont le seul objectif est le service de la France (du moins ce qu'ils croient l'être) et de son armée.

Second acte, plus important ce matin même où l'on apprend soudain que se tient à N'Djamena une réunion d'urgence des Etats de la CEDEAO. On s'y bornera probablement, comme toujours, à des déclarations de principe, mais le fait témoigne néanmoins de l'inquiétude actuelle après le triomphalisme du début.

La France, quant à elle, reste remarquablement muette comme son armée (c'est sa stratégie à en croire P. Servent!) et s'empresse d'évacuer les journalistes français (tandis que les autres restent sur place) ; on a vu nos soldats les fourrer, en toute hâte, dans des hélicoptères de peur que les djihadistes pensent à en enlever un ou une, ce qui leur donnerait le meilleur moyen de pression sur nos médias nationaux, car, on le sait et ils le savent aussi, une dizaine d'otages de tous poils n'ont guère d'importance, alors que l'enlèvement d'un seul journaliste prend l'allure d'une catastrophe nationale.

Non seulement, on ne nous informe pas, mais tout semble indiquer qu'on nous cache bien des choses ; ainsi la presse canadienne a fait-elle état de la mort d'une vingtaine de soldats maliens tombés dans une embuscade. Il faut d'ailleurs reconnaître que les quelques vues que l'on a de l'intervention des troupes maliennes à Gao relève plus du cinéma comique que d'autres chose ; quand on connaît un tant soit peu l'Afrique, on est frappé par le fait que tout cela est, sinon soigneusement du moins laborieusement, mis en scène avant les prises de vue. C'est la 7ème Compagnie au patronage !

En fait rien, dans une émission comme celle-ci, Calvi aurait dû sortir, pour une fois, de son schéma habituel (Merci de nous avoir épargné Barbier et Perrineau) et il aurait été préférable de limiter le nombre d'interventions à celles des gens qui entendent quelque chose à la question et qui font preuve d'un peu de sincérité et bon sens, c'est-à-dire Guidère et Glaser que je me suis réjoui de voir revenir sur le devant de la scène, même s'il s'y cantonne un peu trop souvent à l'ironie de son sourire.

Il est clair que personne, ni en Europe ni en Afrique, n'est très désireux, pour toutes sortes de raisons, à court ou à long terme, de se joindre à nous pour une intervention militaire sur le terrain. Comme l'ont souligné Guidère et Glaser, le Tchad, qui a envoyé un contingent commandé par le fils d'Idriss Deby, compte clairement sur un renvoi d'ascenseur pour ses actions et prend ainsi une hypothèque sur l'avenir de son propre pays dans la mesure où les choses sont fort loin d'y être réglées. Il y a, en revanche, quelque chose de sinistrement comique à voir l'un de nos principaux ministres évoquer le retour de nos troupes à partir du mois de mars.

Dans cette affaire, Servent a même naïvement confessé la satisfaction des troupes françaises à revenir "sur le terrain", après leur désengagement de l'Afghanistan. Belle raison pour intervenir ! Il s'est évidemment abstenu de parler de l'augmentation massive des soldes et des grands avantages d'ancienneté liés à cette condition d'intervention extérieure.

Bref, et l'on peut pour vérifier, se référer, si l'on veut, à mes posts antérieurs, mais j'y ai dit bien des choses qui ont été enfin dites hier par Guidère et Glaser ; comme je l'ai dit depuis le début, nous sommes très loin d'être sortis de l'auberge malienne où le séjour sera de moins en moins agréable. J'ai tout de même eu la satisfaction d'entendre les deux intervenants compétents dire des choses que j'avais moi-même dites mais que personne, dans la presse nationale, ne se risquait à souligner comme par exemple l'évidence de l'organisation de l'accueil triomphal à Gao et à Tombouctou.

Vous me direz qu'il y avait là des évidences mais, comme disait l'autre, ce qui va sans dire va encore mieux en disant.