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lundi 25 mars 2013

L'auberge sahélienne (suite et pas fin!)


 Commentaire d'Expat (comme toujours intéressant et bien informé) sur mon post d'hier ; je le reproduis ici car la plupart ne l'ont sans doute pas lu.

"Cher Usbek,

Je pense qu'en termes de négociations entre la France et le Tchad, s'agissant de cet engagement et peut-être davantage, Idriss Déby est mieux armé, si j'ose dire, que Hollande.

Sur un point de vue militaire, lui sait au moins de quoi il parle puisque ce n'est pas un politique, mais un militaire ayant pris le pouvoir, en plus avec le soutien des Français, les militaires ayant sans aucun doute joué de leur influence pour qu'on se débarrasse enfin de Hissène Habré en faveur de celui qu'ils considéraient comme leur poulain. Sur ce dernier point je peux témoigner de la cote de popularité qu'il pouvait avoir auprès du commandement français au Tchad au cours des années 80 quand il était alors le commandant en chef, très efficace par ailleurs, des forces tchadiennes. Tout ça pour dire que la guerre et ce type de guerre il connait pour l'avoir vécu, comme il connait nos faiblesses sur ce type de terrain face à ce type d'ennemis.

Maintenant il faut considérer les intérêts réciproques des uns et des autres.
S'agissant du Mali, inutile de s'étendre sur le fait que l'apport tchadien est fondamental.
Sur un plan plus global, on considèrera que Déby ayant troqué sa djellaba de comchef des forces armées tchadiennes contre le costume cravate du chef d'Etat ne s'est pas bonifié, c'est une litote. Reste qu'on l'a sorti une ou deux fois de la panade. La dernière fois on en était aux dernières extrémités puisque le palais présidentiel était encerclé et lui dedans. Ce qui veut dire qu'il est sans doute plus utile qu'un éventuel successeur inconnu. Déby est le dernier avatar de ces gens du Nord au pouvoir depuis la fin des années 70. Il y avait le duo Goukouni-Habré qui se disputait régulièrement le pouvoir, et vite Déby est apparu comme un remplaçant possible et même crédible. Depuis c'est moins clair ou disons qu'on n'a pas de réel "poulain". Donc notre intérêt est peut-être de garder celui qu'on connait et qui nous garantit un positionnement intéressant dans cette région de l'Afrique, surtout depuis que notre présence en Centrafrique est devenue symbolique.
Tout ça pour dire que pour l'instant, il profite dans ses rapports avec la France d'une situation qui lui est favorable, ce qui lui permet effectivement de fanfaronner".

 Mes hypothèses sur les relations entre Hollande et Deby durant le dernier trimestre 2012 sont confirmées par un texte, paru à l'époque (4/12/12) sur internet. Je ne l'ai trouvé qu'hier, par hasard, après la publication de mon blog dont il confirme l'hypothèse et les conclusions. Voici ce texte paru dans Survie.org :

"Hollande fait la paix avec Déby et prépare la guerre

Après quelques hésitations, le dictateur tchadien Idriss Déby sera reçu à l’Elysée par François Hollande mercredi. Cette rencontre plusieurs fois reportée, aura lieu sur fond de négociation sur une intervention militaire au Mali appuyée par la France, qui souhaite mobiliser les troupes claniques de l’armée tchadienne.

L’accueil annoncé à l’Elysée du dictateur tchadien Idriss Déby le 5 décembre conclut un vrai-faux suspense qui a duré plusieurs semaines. Les reports de ce rendez-vous sont probablement le signe de houleuses tractations dans lesquelles les questions liées aux violations des droits humains au Tchad n’auront au final pas pesé lourd face à la volonté de la France d’obtenir le soutien de N’djamena dans le dossier malien. En effet, pour des raisons géostratégiques décidées en dehors de la volonté souveraine du Mali, la France fait depuis plusieurs mois pression sur le président tchadien pour obtenir la participation de ses troupes et de ses moyens militaires dans l’ « opération africaine » qu’elle promeut. Une participation évidemment compromise si Hollande n’accepte pas de donner un minimum de caution diplomatique à Déby en le recevant à l’Elysée.

Le cas tchadien illustre cette incapacité de l’exécutif français à définir une ligne diplomatique claire et assumée concernant ses relations avec les dictateurs africains. A quoi bon en effet tenir un discours sur les droits humains sur les terres d’un dictateur à Kinshasa en octobre et se pincer le nez face à lui, si c’était pour rencontrer discrètement dans la même journée les despotes congolais et camerounais Denis Sassou Nguesso et Paul Biya ou si c’est pour recevoir à l’Elysée le dictateur tchadien Idriss Déby quelques semaines plus tard ?

Rappelons qu’Idriss Déby, souhaitant faire jouer au maximum son potentiel de négociation, avait pris soin de décliner l’invitation à Kinshasa, sans doute d’en l’attente d’être « mieux traité » à Paris. C’était prendre peu de risques. Les visites ministérielles au Tchad en juillet dernier de Laurent Fabius et Pascal Canfin avaient en effet laissé envisager, sur fond de crise au Mali, une continuité dans la politique française de soutien « pragmatique » au dictateur, le chef de la diplomatie française y faisant étalage des « relations d’amitié qui demeurent » .

En fait d’amitié, c’est l’armée tchadienne qui est soutenue sans discontinuer par le dispositif militaire français Epervier, lancé en 1986 par le gouvernement Fabius – ce dispositif est constitué d’un millier d’hommes, d’une force d’aviation et de renseignement sophistiqué, renforcé ces dernières semaines. L’armée tchadienne, en phase avec la volonté farouche d’Idriss Deby de se maintenir au pouvoir, est une des plus puissantes de la région. Habituée à des opérations dans des zones désertiques, elle compterait « 30.000 hommes équipés d’armes modernes et de moyens aériens ». Dans un pays classé parmi les plus pauvres de la planète, l’armée plétorique de ce pouvoir couvé par les bons soins de la France aurait davantage de quoi inquiéter que de réjouir quiconque.

En effet, Idriss Déby est responsable d’une partie des massacres et atrocités commises sous le régime d’Hissène Habré, dont il fut le chef d’État major, avant de le renverser en 1990 avec l’appui de la France. A la tête de l’État, il n’hésita pas à ordonner de nouveaux massacres et des exactions insoutenables, et s’est maintenu au pouvoir par les armes, toujours soutenu par la France. Un soutien tricolore multiforme : économique, via les largesses en aide publique ; diplomatique, par la validation d’élections truquées (quand la France n’a pas elle-même contribué à organiser la fraude comme lors de la présidentielle de 2001) ; militaire enfin, l’armée française repoussant les rébellions de 2006 ou 2008 et continuant à fournir en armes un régime qui a renoncé à investir dans les secteurs sociaux de base et n’hésite pas, comme le dénonce Amnesty International, à recruter des enfants soldats.

Aujourd’hui, alors que les Tchadiens réclament la démocratie, la fin de la répression contre les opposants, victimes d’arrestations arbitraires, la vérité dans les multiples affaires criminelles impliquant le régime tchadien (dont la disparition de l’opposant Ibni Oumar Mahamet Saleh en février 2008), et surtout des politiques publiques au service des populations, la France accepte de redonner une caution d’honorabilité à Idriss Déby. Avec pour seul espoir que les soldats tchadiens, supposés spécialistes du Sahel (du moins quand la France les appuie), sinistrement réputés pour leur clanisme, leurs exactions et leurs multiples retournement d’alliances dans les différents conflits internes, ne constituent un soutien utile sur le terrain malien.

Naïvement ou à dessein, le Président de la république française s’engouffre dans une realpolitik promue avec son Ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius et opte délibérément, sous des prétextes fallacieux, pour une politique criminelle de réhabilitation d’un des pires despotes du continent. Un manque de lucidité particulièrement étonnant tant les exactions du régime Déby sont connues et documentées, y compris par des conseillers du président de la République, telle l’ancienne députée Marie-Hélène Aubert qui de part ses travaux passés est bien informée de la nature du régime d’Idriss Déby .

Une diplomatie française qui s’évertue à voir Idriss Déby comme une solution plutôt que comme un problème n’est décidément pas prête à rompre avec la Françafrique".

Pour voir à quel point la vision de la situation au Tchad diffère de celle qu'on nous présente, un texte tout récent publié sur internet là-bas (24 mars 2013) par Moussa Guetane Moussa dans Alwihdainfo.com :

"Après une longue série de tergiversations, la France reconnait à contrecœur la mort du chef terroriste Abou Zeid. Cette reconnaissance forcée a été longuement accentuée par la volonté affichée des FATIM et des hautes autorités tchadiennes de ne pas se laisser cette capitale victoire contre le terrorisme. Reste aussi pour la France de reconnaitre la mort de l’autre chef terroriste Moukhtar Belmoukhtar. Le Tchad quant à lui maintient mordicus sa déclaration sur la mort de ce dernier qui a été abattu grâce à la bravoure et au professionnalisme des forces armées tchadiennes qui entendent lancer un message fort à tous ceux qui rêvent de rééditer l’expérience malienne sur le sol tchadien qu’ils seront sévèrement battus à platcouture et leur ambition macabre vouée à un échec cuisant et mémorable.

La France et les pays de la CEDEAO doivent implicitement reconnaitre que le Tchad est un partenaire incontournable dans la stabilité et la lutte contre le terrorisme dans la sous-région. Il est temps que les grandes puissances luttant contre le terrorisme accordent une oreille attentive à notre pays en l’aidant dans sa politique sécuritaire et en veillant à sa stabilité, un verrou important dans la lutte contre le terrorisme. Avec la nouvelle donne sur l’implantation des cellules terroristes actives et dormantes dans le Sahel, la stabilité du Tchad est un atout indéniable pour la sécurité du reste de la région. Tout déstabilisation ou trouble conflictuel au Tchad débordement au-delà de nos frontières pour sonner le glas de la sécurité et de la stabilité dans la sous-region.

Le sacrifice de nos vaillants soldats au Mali sera inscrit dans les annales de l’histoire de la lutte contre le terrorisme. Le Tchad jadis considéré comme un pays de troubles et de conflits incessants a su remonter la pente pour s’engager dans le sillage des pays œuvrant pour la paix au-delà de leur frontière. Il est primordial et capital pour les autorités tchadiennes de prendre toutes les mesures pour doter encore nos forces armées et de sécurité des moyens plus importants et sophistiqués pour défendre nos frontières et veiller à lutter efficacement contre le terrorisme. La sous-region tirera un privilège sécuritaire indéniable. C’est en modernisant nos forces armées et de sécurité qu’on récoltera les fruits de notre investissement pour sécuriser et stabiliser notre pays contre les visées déstabilisatrices et les actes de terrorisme. La sécurité et la stabilité du Tchad est l’affaire de tous les Tchadiens d’abord, ensuite viendrait l’aide de nos amis et partenaires étrangers. ".

Je laisse de côté ici les événements de RCA et la chute de Bozizé ! L'auberge va s'aggrandir !

jeudi 7 mars 2013

Honni soit qui Mali pense : "On nous ment!"(2) Et le Tchad ?


Hier, les derniers propos du président Hollande  sur le Mali, quelque peu alarmistes, m'avaient étonné, mais il était alors sans doute déjà informé, lui,  de la mort d'un quatrième soldat français (vers Gao et non dans le Nord-Est). On pressent d'autant mieux l'arrivée de mauvaises nouvelles qu'on les connaît déjà ! En revanche, rien d'important ne nous est caché puisque, ce matin, le colonel De Guerlasse (hommage à Pierre Dac!) nous informe que les "terroristes" ont osé recruter deux "enfants soldats" de 14 et 15 ans ! En Afrique, la nouvelle fait sourire!

Revenons toutefois à la situation tchadienne que j'ai abandonnée hier, faute de temps et d'espace.

On comprend fort bien que le président Idriss Deby minore ou même cache les pertes tchadiennes et se flatte (même si ce n'est que partiellement vrai) d'avoir fait périr deux des principaux chefs de la rébellion "terroriste". En réalité, non seulement le contingent tchadien a subi au Mali des pertes bien plus sévères ( à peu près 10% des forces engagées en tués et blessés), mais il a également abandonné beaucoup de matériel : 15 véhicules blindés auraient été laissés sur place et 35 véhicules 4x4 Toyota détruits.

Il semblerait donc que, de ce fait, le moral des troupes tchadiennes engagées au Mali soit des plus bas, en dépit des promesses de primes spéciale (1 million de franc CFA) qui ont été faites par le président, mais dont le financement effectif reste aléatoire.

Selon ces mêmes sources et rumeurs (dont je ne peux garantir la validité, mais qui valent bien les nôtres), à Ndjamena, une trentaine d'officiers, pourtant proches du clan du Deby, auraient exigé de lui une « dia » ( = une indemnité du sang) pour la perte de leurs proches tués au Mali.

Le président aurait, dit-on, cédé, car les nouvelles en provenance du front malien ne sont pas bonnes, loin de là ; en dépit du black out, court à Ndjamena, le bruit de la défection de 200 soldats de l'expédition malienne qui se seraient enfuis à bord de véhicules militaires. Une négociation aurait été engagée par le gouvernement malien avec ces déserteurs qui auraient fini par accepter de rebrousser chemin pour reprendre le combat contre une somme de 4 milliards de francs CFA qui serait distribuée en primes. Forts de cet accord, les déserteurs auraient rejoint leur base du Mali le vendredi 1er mars 2013.

On voit donc que la situation tchadienne, tant sur le plan politique militaire, est loin d'être aussi bonne que certains peuvent le prétendre.

Les comportements mêmes du président Deby sont un peu difficiles à suivre. Il est clair qu'il a engagé son pays dans la bataille du Mali en remerciement de l'appui de la France qui, naguère, lui a permis de rester au pouvoir et dans l'espoir qu'on lui renverra l'ascenseur le moment venu, si besoin est. Il espère aussi tirer des bénéfices financiers de toute cette affaire ; quoique le Tchad ne fasse pas partie de la CEDEAO, lors de la dernière réunion de Yamoussoukro, Idriss Deby aurait réclamé près de 100 milliards de francs CFA à Alassane Ouattara pour le paiement des troupes tchadiennes.

On ne doit pas oublier, en outre, que l'intervention de Deby au Nord-Mali n'est pas sans rapport avec les problèmes du Darfour où se posent des problèmes du même ordre avec l'islamisme radical.

Il n'est pas toujours facile d'y voir clair dans la politique et dans les choix militaires tchadiens et d'y distinguer ce qui relève d'une prétendue "réorganisation" de l'armée nationale et de la politique intérieure personnelle du président et des siens. Bien des cadres confirmés de l'armée tchadienne, qui, eux, avaient une longue expérience des batailles dans les régions désertiques ont été écartés et la plupart des nouveaux venus n'ont qu'une expérience limitée dans ce domaine comme les récents échecs successifs l'ont montré. La nomination par le président de son fils adoptif, fait général sans coup férir, n'a pas arrangé les choses, surtout vu les résultats.

Le pire toutefois risque d'être à venir, car, comme je l'ai annoncé dès mes premiers blogs, dans tout cela, on finira toujours par mettre en accusation la France. Comment ne pas être tenté de le faire, quand on constate que les troupes françaises ont perdu 2 soldats dans les combats du Nord Est du Mali, alors que probablement 200 soldats tchadiens sont morts ou blessés ; les pays de la CEDEAO, eux, n'ont à peu près envoyé aucune troupe sur le terrain des combats.

Comment éviter, dans des conditions pareilles, qu'on commence à lire à Ndjamena que les troupes tchadiennes sont envoyées au massacre dans des offensives où les colonnes françaises ne se trouvent qu'en arrière. Au sein de l'état-major tchadien, on commencerait à reprocher au commandement français de ne pas donner suffisamment de renseignements aux Tchadiens « balancés en tête comme chair à canon » (citation).

Le président Deby, fort de l'appui français et de la mission qui lui est confiée parce que personne n'en veut, traite de haut, aussi bien le putschiste malien Sanogo (dont la légitimité est évidemment très contestable) que les membres de la CEDEAO. Cette morgue  risque toutefois de ne pas durer longtemps, si la situation militaire s'aggrave ou même simplement se prolonge, vu l'état d'esprit qui commence à prendre source et à s'exprimer au Tchad.

Post-scriptum (extrait de Tchadactuel du 6 mars 2013) :

"Pour son opération au Mali, IDI [Idris Deby] a oublié l’existence du Net et des réseaux sociaux et ils lui ont heureusement pris le contre-pied. S’agissant des morts, dans un pays normal, on ne saurait donner un bilan officiel, qui par la suite se trouve être multiplié par plus du double. Malgré ce camouflage, nous répétons et nous persistons pour dire que IDI n’a pas révélé le nombre total des morts et des blessés, il y en a eu beaucoup plus que ce qui a été annoncé. La preuve en est que les hôpitaux du Niger voisin sont bondés de blessés tchadiens.

Confus et surpris des dégâts occasionnés pour ce qui était considéré comme une balade dans le désert, IDI est allé en Afrique de l’Ouest très remonté contre les dirigeants et les militaires de ces pays. Son arrogance, ses coups de gueule et ses leçons de morale n’ont pas été appréciés par tout le monde, d’où les maigres résultats de son déplacement. Cependant les Tchadiens, dans leur ensemble, ont apprécié la sortie d’IDI, particulièrement à l’adresse du capitaine malien, l’homme par qui la pandémie a envahi le Mali.

En matière de communication, la cacophonie est totale entre les éléments engagés véritablement contre les djihadistes, c.à.d. les Français et les Tchadiens, c’est le moins qu’on puisse dire. Les Français sont prudents et très réservés dans la divulgation de l’information ; ils ont des otages avec les djihadistes et en sont très concernés et surtout ne veulent pas prendre la paternité du décès des deux principaux responsable de l’AQMI pour éviter des éventuels effets collatéraux ; ce qui fait qu’ils n’ont pas voulu annoncer la mort, encore non confirmée, d’Abou Zeïd, tué par les bombardements français selon les sources françaises et tué par l’armée tchadienne selon le commandement du FATIM .

Afin de calmer une opinon nationale qui commence à s’interroger sur le nombre réel des morts et le bien-fondé de cette croisade, IDI a trouvé une occasion pour s’octroyer la paternité de l’élimination d’Abou Zeïd, sans en mesurer certainement les conséquences futures.

Echaudés par la défaite et meurtris par la mort de leurs collègues, les militaires ont décidé d’en découdre pour les venger. Munis des jumelles de vision nocturne, ayant tiré les leçons de leur première défaite, ils ont pu investir nuitamment un des camps des djihadistes et ont eu le dessus sur eux. Le bilan, côté tchadien est d’au moins 11 morts  que Deby veut absolument taire, renouant ainsi avec ses habitudes; côté djihadistes, le nombre communiqué par l’Etat Major tchadien corrobore nos informations. Parmi les djihadistes morts, il a été trouvé un barbu borgne avec un chèche noir calciné que l'un des prisonniers djihadistes avait identifié comme étant Mokhtar Bel Mokhtar. Quant au matériel récupéré, l’Etat Major tchadien parle de 60 véhicules, alors qu’il s’agirait de 82.

Il s’agit là, du démantèlement d’une seule base alors que les djihadistes seraient pas moins de 2000, et éparpillés à travers tout le massif. Apparemment des pleurs et des larmes attendent encore les familles tchadiennes. Que le Bon Dieu nous épargne.
Les alliés (France, Mali…) eux, pour une raison non élucidée, ne croient pas à la mort du borgne. Pourquoi discréditer la seule armée qui est réellement présente (les Français ne font que talonner les Tchadiens) dans l’Adrar des Ifoghas ?

Beremadji Félix
N’djaména – Tchad

mardi 4 décembre 2012

Zoé : le retour

La résurgence, bien tardive de l'affaire de l'arche de Zoé, me conduit à reprendre un post ancien (du 5 novembre 2007) qui n'a pas pris une ride !

"L’affaire de l’Arche de Zoé fait apparaître sur le scène médiatique toutes sortes d’animaux, justifiant, par là, le retour à l’arche mythique.

Je ne suis qu’un téléspectateur occasionnel et inattentif et je n’ai guère vu que deux émissions ou débats sur la question qui, pourtant, a fort opportunément surgi pour pallier le vide que laissait l’épuisement rapide du sujet, un moment offert par le divorce présidentiel.

La première est le « C plus clair » animé, lundi 29 octobre je crois, par la doublure d’Yves Calvi. On avait réuni une jolie brochette d’humanitaires , un Suisse de Lausanne, dont j’ai oublié le nom, Jacques Hintzy, l’éternel président de l’UNICEF-France et Jacky Mamou, (ancien ou actuel, on ne sait) Président de « Médecins du monde ». Je précise que je connais rien à l’affaire, sinon ce que j’en entends dire comme toute le monde.

Je n’évoquerai donc pas le fond de cet imbroglio franco-hispano-soudano-tchadien, qui me paraît avoir surtout l’avantage de permettre au sinistre Idriss Deby de jouer les vierges effarouchées, dans un vrai rpôle de composition. Ce dictateur, installé par la Françafrique il y une quinzaine d’années, est devenu incontrôlable. Hélas pour lui, qui se voit volontiers en Khadafi du Sahel, notre Président-Magicien n’a plus de Cécilia à lui envoyer. Deby devra donc sans doute se contenter de Rama Yade.

Mais laissons l’affaire elle-même, pour examiner un instant la galerie des « humanitaires ». Dans cette quasi-profession, le look semble un élément important ; deux de ces satrapes de la charité arborent, en effet, une barbe d’une semaine ; le côté baroudeur sans doute, comme autrefois Gérard Holtz, au bon temps du Paris-Dakar. Seul notre Suisse, de Lausanne est rasé normalement, mais sans doute aurait-il été arrêté à Cointrin s’il avait eu l’allure un peu inquiétante des deux autres. En revanche, on sent très vite que tous sont là d’abord, pour ne pas dire uniquement, pour défendre leur biftèque humanitaire contre les dirigeants de l’Arche de Zoé qui ne semblent pas être de la confrérie

Même son de cloche du côté de Jacques Attali, venu vendre son dernier livre dans le « Grand Journal » de Denisot sur Canal Plus, mercredi 31 octobre. Attali, qui s’est peut-être fait offrir des lentilles de contact par la commission qu’il présidait, est plus pincé que jamais ; il fait d’autant plus la gueule que la promo de son livre fout le camp devant l’Arche de Zoé. Il ne s’épanche donc guère et voit surtout dans l’affaire, comme les autres, le tort qu’elle va faire aux ONG et donc à celle qu’il préside. A croire que tous ces humanitaires pensent plus à leur image qu’à leurs actions.

Denisot a invité aussi Hervé Chabalier, président de l’Agence Capa, dont des membres ont été coffrés avec l’Arche de Zoé par les sbires d’Idriss Deby. Chabalier à une tête télégénique. Belle et opulente crinière blanche (vraie ou fausse comme celle de Bedos? Mais chut !). On tourne autour du pot.

Que faisaient les dits (qui ne sont que trois) « journalistes » de Capa dans la galère de Zoé ? Chabalier les campe en journalistes intègres (tous nos médias emboîtent ce pas) et exclusivement soucieux d’informer. Ils seraient allés là-bas dans le seul but de suivre l’affaire.

Aphatie, courageux mais pas téméraire, car il ne veut pas que toute la presse française lui tombe sur le poil, se pose des questions, en soulignant que les responsables de l’opération n’étaient peut-être pas si blanc-bleu que la profession le clame. Bien évidemment, il ne va pas jusqu’à demander à Chabalier s’ils n’auraient pas été là-bas, tout simplement pour assurer la couverture médiatique de l’opération et, par là, se faire un scoop tout en ouvrant les vannes d’un jack-pot humanitaire, car, en gros, le petit Soudano-Tchadien se négociait aux alentours de 1500 euros, sans la moindre garantie pour les suites judiciaires de l’affaire, apparemment prévues par les promoteurs (c’était écrit dans les documents, a déclaré le petit Suisse du lundi).

Tout le monde sait pourtant que, quand on fait un coup comme ça, humanitaire ou pas, il faut absolument une couverture de la presse et des médias ; il est donc bon d’inviter et de traiter du mieux possible les médias. La question est donc simple, mais nul ne vérifie ce détail qui tue.

Qui a pris en charge et donc payé le déplacement des journalistes ?

Le point peut paraître subalterne. Il est pourtant essentiel. En effet , un vrai journaliste doit être totalement indépendant du sujet qu'il traite. Si les journalistes de Capa allaient faire au Tchad un vrai travail d'information, ils devaient prendre en charge eux-mêmes (ou Capa) leurs frais de déplacement. A partir du moment où ils voyagent aux frais de l'Arche de Zoé ou dans son avion spécial, il est clair qu'ils sont au service, plus ou moins directement, de l'organisation qui les transporte et, par là, les emploie. Donc en cabane les journalistes, tout journalistes qu'ils sont, si les autres sont en cabane

Qui a payé?
Capa, Monsieur Chabalier à la belle crinière, ou l’Arche de Noé ? Tout semble indiquer qu’ils ont voyagé, aux frais de l’Arche et ont été pris en charge par elle dans un avion spécial ?

Le destrier éthique et déontologique qu’enfourchent Chabalier et toute la presse française risque de se révéler une pitoyable rossinante. Etique bien sûr, mais sans h !"