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dimanche 15 juin 2014

Les "experts" !?

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais les « experts », tous parisiens et toujours les mêmes, commencent à me fatiguer ! Je l’ai déjà écrit, le 26 décembre 2013 pour être tout à fait précis mais je puis bien,  par paresse, me refaire pour la fête des Pères, le cadeau que je m’étais offert moi-même pour le précédent Noël ! J’ai d’autant moins de scrupule à le faire que Mediapart dort à poings, non levés mais fermés, durant les weeks-ends !
Ainsi, alors que j'étais relativement familier de l’émission du « cumulard »,Yves Calvi, « C’est dans l’air » (sur la Cinq à 17h45, toujours retardée par des publicités, intempestives et illégales mais une mine d’or que le CSA se garde bien de chronométrer à des fins de vérification voire de sanctions), je l’ai à peu près abandonnée car on y voit toujours les mêmes tronches d’ « experts », à commencer par celle de l'ineffable Christophe Barbier, le « crieur » de l’Express, avec son écharpe rouge pseudo blondelienne ou mitterrandienne (selon les jours !) ; vu son insuccès commercial et journalistique et ses présumés talents de bateleur, il envisagerait  une carrière dans le showbiz ; je lui recommande vivement ce choix, ne serait-ce que pour nous débarrasser enfin de son piteux spectacle et de ses filandreuses analyses.
Il en est de même pour la plupart des autres, en particulier dans le genre « expert économiste », où nous sont invariablement proposés le bellâtre à la mouche cardinalice (de l'OCDE ou de quelque organisme de semblable farine) et, son compère antagonique, le marchand florentin d'espoirs et d’escroqueries boursières, qui vient faire la pub de son obscure officine, sans oser pourtant ne pas avancer masqué.
Je pense qu'une des raisons de ces choix permanents est que ces gens-là sont à la fois parisiens et largement oisifs (même s’ils sont censés avoir un emploi), mais justifient sans doute leurs divers salaires par les « piges » de cette présence médiatique ; leur « expertise » ne relève en fait que l’inculture et de la paresse intellectuelle et physique des producteurs de telles émissions ; le record en la matière est détenu par le quasi-octogénaire Elkabach (Chaîne parlementaire, Europe 1, etc.) qui devrait envisager une procréation assistée avec Michelle Cotta, à qui je suis heureux de souhaiter aujourd’hui son soixante-dix-septième anniversaire, mais qui ne songe pas pour autant à « lâcher la rampe » !
Il en est de même pour ce sujet nouveau qu’est l'Afrique ; entre le Mali, la RCA, le Soudan et le Nigéria, en pimentant de temps en temps son quatuor d'invités caucasiens (dont je ne suis pas sûr que ces « experts » sachent situer les Etats en cause sur une carte) par quelques blacks parisiens plus ou moins journalistes, on nous inflige de prétendus spécialistes à la fois de l'Afrique et de la géopolitique, dont le pire est le sinistre et inévitable Boniface (pape de la géopolitique et du football, donc doublement qualifié), dont on peut pas dire que la carrière universitaire à laquelle il a aspiré, ait été  aussi brillante qu'il pouvait le souhaiter  et qu’il tend à le faire croire, alléguant, comme toute le monde, des enseignements à « Sciences Po ».
Fort heureusement pour ce domaine, il y a de temps en temps l'ancien directeur de la Lettre du continent, Antoine Glaser, qui lui est, pour le coup et depuis longtemps, un fin connaisseur et un vrai spécialiste de l'Afrique. Fine mouche et courtois, il se borne malheureusement trop souvent, par modestie, à des propos rares et limités (les autres ont toujours la gueule ouverte sans avoir rien à dire), tout en souriant discrètement et poliment aux sottises qu'il peut entendre, hélas sans jamais les relever comme telles.
Il est toutefois un « expert », qui m'insupporte tout particulièrement et qui se donne pour le spécialiste de la géopolitique, de la stratégie et de l'armée, ce qui lui garantit une présence quasi permanente sur nos écrans, le colonel de réserve Pierre Servent ;  il doit être, en fait, lieutenant-colonel, mais a bénéficié de cette promotion en partant à la retraite, comme on promeut les vice-amiraux, dits de ce fait « amiraux quart-de-place », pour qu’ils aient, grâce, à ce grade bidon et durant une retraite aussi longue qu’oisive, le bénéfice du quart-de-place à la SNCF !
Je ne m'attarderai pas sur le cas de ce Pierre Servent qui est fort occupé, en ces temps de conflits divers, à passer des plateaux de télévision aux studios des diverses radios-bignoles où il officie, car j'ai découvert que le 4 avril 2011 il avait été habillé pour l'hiver par Nicolas Gaudreau dans un article intitulé « Média et Libye - Des experts militarisés déguisés en civil : le cas de Pierre Servent », texte très informé que vous retrouverez sans problème, comme moi-même, grâce à Google. L'auteur de cet article confirme ce que j'avais moi-même constaté depuis longtemps et montre que les liens, nombreux et multiples, avec les institutions militaires et le ministère de la défense, expliquent la faveur dont jouit ce VRP multicartes de notre belle armée, ce que souligne avec humour l'auteur de cet article en le baptisant : « Pierre Servent spécialiste de l'expertise ou expert en spécialité ? ». À lire absolument !
Bien entendu ses liens avec le ministère de la défense sont soigneusement dissimulés, de façon à lui donner toute l'apparence d’un journaliste (dont je vois mal comment il pourrait avoir la carte, même s’il peut trouver dans ses « piges » le minimum financier nécessaire) et d’un « expert » objectif, vêtu de probité candide et de lin blanc. Tu parles. C’est en tout la voix de son maître !
Je me limite donc ici à quelques remarques personnelles qui tiennent d’abord à ce que un lieutenant-colonel, fut-il promu colonel dans la réserve, ne peut guère passer pour un expert en « stratégie militaire », car on peut espérer que ce n’est pas à un si modeste niveau de responsabilité et de commandement (Celui de « La soupe est bonne ? ») que se définit la « stratégie » de la France, encore que nos insuccès militaires, successifs et répétés, puissent donner à penser que les choses se passent ainsi.
Pierre Servent est-il expert en stratégie militaire, j’en doute fort ? Il est en revanche expert en « ménages » et en « piges » de toutes sortes comme en stratégie commerciale à en juger par la multiplicité et la diversité de ses interventions comme des lieux où elles s'opèrent ; tout cela donne à penser qu'il est en fait plutôt chargé de communication au ministère de la défense où il  a pour fonction essentielle de faire passer, subliminalement, les messages officiels sous couvert d’information.
Sans parler du commerce des armes, le seul où nous sommes en bonne place, les opérations militaires sont, d’abord et surtout, de bonnes affaires pour les militaires eux-mêmes, tant sur le plan de la rémunération (les soldes doublent ou triplent) que sur celui des états de service et de la retraite (il en est de même pour les années dans son calcul). Tous se les disputent d’ailleurs !
Dès le début de l'opération malienne, j'avais pensé et écrit dans mes blogs que François Hollande avait été totalement manipulé par les militaires, de façon à lui donner à penser qu'il allait redorer son blason en Afrique. C'est ainsi que les choses se sont passées au début et, comme Joseph Prudhomme, il a déclaré que son séjour triomphal à Bamako était le plus beau jour de sa vie, comme le sabre du précédent. Les choses se sont un peu moins bien passées à Bangui et de toute façon nous ne sommes pas encore sortis, très loin de là, de l'auberge sahélienne
Il est certain que l’Etat-Major a mis le pain noir des accusations anticolonialistes et les problèmes de la suite sous les croissants et les pains au chocolat de l'accueil triomphal du départ. Mais Monsieur Pierre Servent et les militaires s'en foutent pas mal car les Présidents de la République passent, tandis que la Grande Muette et ses intérêts demeurent et prospèrent, même sous la Gauche ; les « experts » pourront donc tranquillement continuer à faire « des ménages » et à en vivre largement !

Quant au Mali, les choses y ont bien changé, Kidal est tombé et on est revenu au point de départ, sauf pour les petits drapeaux français qu’on ne trouve plus que dans les fossés avec les belles images désormais boueuses de notre Président qui devra aller chercher ailleurs le plus beau jour de sa vie !

samedi 26 avril 2014

Journalisme, orthographe et information.


J'ai entrevu hier soir, sur Arte, le « 28 minutes » d'Élisabeth Quint, une émission  que j'apprécie par ailleurs beaucoup et que je regarde souvent, à condition toutefois que Pascal Blanchard n’y soit pas invité ce qui est malheureusement fréquent ! On y a évoqué un article paru dans le Progrès de Lyon sur les méfaits des étrangers dans le département du Rhône. Le Progrès est accusé de racisme par SOS Racisme, pour avoir, entre autres griefs, regroupé les prostituées « africaines » sous cet adjectif. Il n’est sans doute pas facile, même pour la police, de distinguer entre les prostituées congolaises, nigérianes et ghanéennes qui sont les plus nombreuses et sont pour la plupart clandestines. Bref, le cas ne me paraît pas pendable car « Africain » n’est pas à ma connaissance du français, une injure, ce qui, d’une certaine façon m’amène à mon deuxième point.

Les invités, dont l’inévitable Pascal Blanchard, qu’E. Quint s’obstine à inviter en dépit de sa réputation et du mystère de ses compétences comme de sa formation ou de ses activités (il s’affiche comme « documentariste » et a pour seul avantage de parler de tout et surtout de ce qu’il connaît peu ou mal), ont insisté sur la formation qu'on reçoit dans les écoles de journalisme et qui devrait permettre d'éviter semblable confusion que je persiste à juger mineure. On y a donc parlé abondamment de la formation des journalistes dans ces écoles, tout en déplorant que l'information anthropologique y soit insuffisamment développée (Que n’y recrute-t-on Pascal Blanchard pour nous en débarrasser !). J'en conviens volontiers (s’il écrit sur tout un journaliste doit avoir des clartés de tout ou, à, défaut, … prendre la peine minimale de s’informer). Je préférerai toutefois, à choisir, qu'on y développât en priorité la connaissance de l'orthographe et la grammaire du français ainsi que la conscience professionnelle qui fait si souvent défaut à nos journalistes comme on va le voir, sur des sujets bien plus sensibles et importants.

J'en donnerai pour preuve, en ce qui concerne l'orthographe, la confusion, quasi permanente chez nombre d’entre eux, entre « prêt à » (qui, outre la différence de sens et de construction, est un adjectif et possède donc un féminin et un pluriel) et « près de » (qui est une préposition et qui est invariable). J'entendais encore ce matin un éminent journaliste familier de nos écrans (souvent présent dans le « 28 minutes » que j'évoquais précédemment), qui disait que la majorité des journalistes de Libération n'était pas «prêt à suivre le repreneur potentiel de ce journal ! ». Je ne parle même pas des fautes les plus courantes du style « avant que …ne »(par attraction des verbes de crainte), des absences d’accords de participes passés avec « avoir » ou des erreurs dans les verbes pronominaux qui sont légion dans les propos journalistiques et dont on exige pourtant la connaissance, en fin de primaire, pour des écoliers « africains » (Et que SOS Racisme n’aille pas me faire ici un procès sans me faire savoir ce que j’aurais dû dire !). Comment nos pauvres professeurs de français  peuvent-ils espérer les enseigner à leurs élèves quand des emplois fautifs permanents s'imposent à eux par le biais de la radio et la télévision. Passons là-dessus !

J'ai fait, il y a quelques jours, à propos du « fameux gel des salaires de la fonction publique » un billet où je révélais (j’ose ce terme car je n'ai entendu cette réflexion nulle part ailleurs) que la haute fonction publique n'avait cure de cette mesure, puisque une bonne partie de sa rémunération est constituée de primes, indépendantes bien entendu de l'échelle indiciaire de la fonction publique.
Je ne reviens pas sur cette question, quoique ce billet ait, pour une fois, attiré l'attention de plusieurs lecteurs qui ont été assez aimables et intéressés pour me laisser des commentaires ! J'ai lu depuis, en m’intéressant à cette question, un excellent article de Thierry Fabre déjà ancien puisqu'il date du 25 avril 2013. Il concerne l'inspection générale des finances, « le corps de contrôle d'élite de l'État ». Les inspecteurs généraux des finances sont non seulement l'un des grades les plus prestigieux de la fonction publique française, mais ils constituent celui qui a le plus de facilité à se servir avant les autres et donc mieux qu’eux ! On y disait, entre autres, chose que « dans leur placard doré », ces inspecteurs ont « un traitement confortable de 10 000 € par mois environ ». Si le reste de l'article est tout à fait excellent et révèle un certain nombre de scandales, on peut reprocher cette incertitude et cet « environ » à Thierry Favre, car il est tout de même très facile en France d'avoir une information précise sur les TRAITEMENTS de la fonction publique. Il en est en revanche tout autrement des REMUNERATIONS. Pour la haute fonction publique française surtout, « traitement » (lié à un indice précis) et « rémunération » (incluant des primes) ne sont pas synonymes comme on pourrait le penser, puisqu'au « traitement » s'ajoutent souvent des primes fort importantes qui contribuent à faire monter sensiblement la « rémunération » elle-même. Ainsi dans Mediapart du 25 avril 2014, à propos du reclassement de Monsieur Aquilino Morelle et du traitement des inspecteurs de l'IGAS, lit-on que le traitement de ces fonctionnaires va « de 60 000 à 120 000 € annuels hors primes ». Cette information est inexacte et si l'on veut susciter l'indignation des lecteurs, mieux vaudrait leur donner des informations plus précises et surtout plus justes, de façon à fermer cette porte de sortie à A. Morelle qui ne manquera pas de s’y engouffrer.

Comme je le disais, il est très difficile de savoir, sauf de sa bouche, quelle est la « rémunération exacte d'un fonctionnaire » puisqu'elle comprend à la fois des primes (qui sont parfois calculées à la tête du client par négociation individuelle) ou qui se calculent, de façon plus étrange encore, sur des pourcentages des activités exercées dans sa fonction par l’intéressé ; c'était le cas autrefois, (je ne sais pas si les choses ont changé), pour les ingénieurs de l'équipement, les conservateurs des hypothèques et les trésoriers-payeurs généraux !

Si il est très difficile et même impossible de connaître le montant des primes, il est en revanche très facile de savoir quel est le « traitement exact » (au cent près !) d’un fonctionnaire. Pour prendre un exemple précis et courant, un préfet a un traitement de 4797 à 6207 € bruts par mois ; le traitement annuel pour un préfet de classe normale est au minimum de 57 567 € et pour un préfet hors classe ce traitement peut atteindre 74 489 €.

Si l’on consulte la grille complète de la fonction publique, pour un fonctionnaire « hors échelle G », avec un indice majoré de 1501, le traitement brut mensuel est de 6950,07 euros.

Ces chiffres sont les chiffres officiels et on peut donc supposer qu'ils sont exacts ; on ne peut donc pas écrire comme le fait . C. Coq-Chodorge dans Mediapart que le « traitement » d'un inspecteur général de l’IGAS va « de 60 000 à 120 000 € annuels » ou comme Th. Fabre que « les inspecteurs des finances ont un traitement de 10 000 € par mois environ », sauf à ignorer le sens du mot traitement !
Apparemment la consultation de Google et l'usage de l'Internet n'ont pas encore pénétré les écoles de journalisme. Il serait bon d’y songer !

mercredi 11 septembre 2013

"Journaleux" ou "journalistes-sic".


Je crains que ça ne devienne chez moi une habitude que je réprouve chez les autres, mais je vais être obligé, contre tous mes usages, d'évoquer ma vie personnelle pour expliquer le titre de ce post.

Je soupçonne mon père, qui m'avait appris à lire lui-même avant que j'aille à l'école primaire (ce qui a eu pour conséquence immédiate de me faire virer de la classe par l'institutrice au cours de ma première heure de cours préparatoire !), de l'avoir fait dans Le canard enchaîné qui a toujours été, depuis ma plus tendre enfance, une lecture familiale. J'ai donc gardé de la fréquentation de cet hebdomadaire l'expression « journaliste sic» » qu'il semble aujourd'hui avoir abandonnée ; je l'interprétais, dans un sens clairement péjoratif car elle s'appliquait à des journalistes, extérieurs au Canard, qu'il fallait bien se résigner à nommer ainsi, faute d'un autre terme ;  le "sic", adjoint au mot "journaliste", marquait une forte réserve quant à la légitimité d'une telle dénomination. C'était un peu, au fond, l'emploi de ce même [sic], tel qu'on le met, entre crochets, dans une citation pour y relever une faute d'orthographe, une erreur ou une anomalie qu'on veut souligner en tant que telles, en empêchant par là qu'elle soit portée au compte d'une étourderie au plan de la citation.

Après avoir donné ce titre à ce billet, saisi de doutes, je me suis interrogé un peu plus sur cette expression. Je suis allé la chercher dans Google et j'ai été très étonné de ne pas la trouver. Je livre donc cette question à la sagacité de qui pourrait fournir de cette expression une explication autre et éventuellement plus satisfaisante. Quelle que soit l'origine de la formule, son sens est clair et la grande majorité des journalistes français sont ce que Le canard enchaîné d'autrefois appelait des "journalistes sic" et qu'on pourrait peut-être plus clairement nommer, car le mot est dans le Trésor de la langue française, des "journaleux".

En fait, le point de départ de cette courte méditation sur le journalisme français a été de songer à ce qu'il est, dans nombre de ses figures majeures, une gérontocratie, d'autant plus notable que l'on parle, en ce moment même, de la question des retraites et, en particulier, de la prise en compte de la pénibilité.

Le nombre des septuagénaires qui hantent les rédactions, en particulier dans l'audiovisuel, est tout à fait impressionnant ; la génération des 70 à 75 ans (d'Elkabbach ou Yvan Levaï à Carreyrou en passant par Alain Duhamel, Catherine Ney, Robert Namias ou Charles Villeneuve - les "grandes voix d'Europe 1" (tu parles !) - et des dizaines d'autres – y tient une place d'autant plus grande que ces journalistes exercent un métier dont on ne sait s'il figurera parmi les travaux à pénibilité particulière, ce dont on peut douter à voir la façon dont ils exercent et cumulent leurs emplois.

La pénibilité de ce métier ne paraît pas trop grande non plus, si l'on en juge par l'atmosphère des rédactions qu'il m'a été donné de voir par le passé, par l'activité que montrent à l'antenne ceux qui y sont admis et dont le rôle se borne à lire des prompteurs où sont reproduites des dépêches d'agence ou des textes qu'ont rédigés, selon la même procédure et à partir des mêmes sources, leurs assistant(e)s (car dans ce métier, on a souvent, en outre, des assistant(e)s).

Un indice de la grande pénibilité de cette activité tient aussi au fait que, très souvent, ces "journalistes sic" fonctionnent dans plusieurs médias et passent allègrement d'une radio à une autre ou une chaîne télé à une deuxième, la mise en boite leur garantissant le don d'ubiquité, cumulant le plus souvent les emplois, surtout depuis la multiplication des chaînes et l'arrivée des chaînes d'information continue. La chose est sans inconvénient apparent, vu la nullité uniforme de la plupart de leurs interventions.
Je n'ai jamais eu la patience de chronométrer le temps de parole des multiples intervenants auxquels le journaliste-vedette d'une des grandes chaînes nationales fait appel sur tel ou tel sujet dont il nous est toujours présenté comme "le spécialiste", ce dont nous fait douter l'indigence, pour ne pas dire la trivialité, du propos.

Il faut reconnaître qu'à les entendre, on se demande souvent d'où sortent la plupart des "journalistes sic" de l'audiovisuel. Faut-il poser en principe que la place de la gérontocratie que j'évoquais précédemment, résulte du fait que les septuagénaires sont meilleurs que les nouveaux venus, même si l'on ne peut que s'étonner quand on regarde, d'un peu près l'origine des vedettes de nos écrans, et nos micros. Ce sont souvent comme l'ineffable Jean-Jacques Bourdin ou Drucker d'anciens reporters sportifs ou comme Robert Namias de vagues ex-adjoints d'enseignement De la même façon France2, au personnel déjà pléthorique, a recruté en 2012 comme rédacteur en chef du service économique, un "économiste" qui se proclame tel avec deux maîtrises...l'une de lettres modernes, l'autre de philosophie !

Toutefois, tout indique que la principale qualité que l'on exige des "journalistes sic" de l'audiovisuel n'est ni la culture, ni le savoir, ni la curiosité ni la facilité de parole, car la moindre de leurs prestations démontre qu'ils sont dépourvus de toutes ces vertus à la fois, mais la souplesse de l'échine car la servilité est, on ne sait trop pourquoi, la première qualité de ces "journaleux" français, tant devant les annonceurs (ce que l'on comprend car ils assurent leurs revenus) que devant les politiques, sans doute par habitude.

On se demande en effet la raison de tels comportements, car la plupart des hommes politiques, qui sont en recherche permanente de passages à la radio comme à la télévision, viendraient à genoux se faire interviewer, ce qui consiste désormais pour eux à débiter ce qu'on appelle désormais si improprement et si stupidement "des éléments de langage". Ils ne savent même pas, le sens d'une telle expression qui, en général, ne qualifie que de simples argumentaires.

Un exemple entre dix, au hasard, car j'évite, en général, ces consternants spectacles,. l'interview de Laurent Fabius par un certain Letellier sur France3 il y a deux ou trois jours ; la question était évidemment la responsabilité dans l'usage du sarin en Syrie. Comme d'habitude, tournant autour du pot, le journaleux n'a pas posé la seule bonne question qui est très simple : « La commission d'enquête de l'ONU est-elle chargée d'identifier les responsabilités dans cette affaire, puisque tout le monde sait qu'il s'agit de gaz sarin ? ».

Qu'attendre du rapport de cette commission sur ce point ? La réponse est évidemment " Rien !" puisque, non seulement cette commission n'est pas chargée de déterminer les responsabilités dans le gazage, mais qu'il lui est, au contraire, formellement et totalement interdit, de prendre position sur cette question.

Fabius, de toute sa hauteur de très ancien "plus jeune Premier ministre de France" nous a donc parlé de tout et de rien ; il nous a débité les "éléments de langage " du MAE en cinq points, sans répondre évidemment à une question qui ne lui avait pas été posée et en se répandant en considérations sur n'importe quoi, sans que le journaliste cherche à le faire revenir au véritable objet du débat.

Comme je l'ai déjà dit, mais comment ne pas le répéter, les journalistes sic français sont tellement aux ordres qu'il n'y a même pas besoin de leur en donner puisqu'ils les préviennent en tous points.

Bis repetita chez Bourdin qui, ce mardi 10 septembre 2013, au matin sur RMC, recevait Moscovici. Bourdin lui se flatte (il roule toujours les mécaniques... après le départ de l'interviewé) de poser les "bonnes" questions, mais se satisfait toujours aussi de l'absence de réponse, au lieu de virer immédiatement du studio l'intéressé, devant une telle attitude de sa part !

La vraie question est de savoir ce qui cause une telle servilité. Les explications qui sont avancées dans le domaine ne tiennent guère. Quand il s'agit de la presse écrite, on prétend, en effet, que cette presse, moribonde, dépend entièrement de l'État qui la fait survivre par des subventions, des publicités et des formes d'assistance plus ou moins dissimulées. Le curieux de la chose est que cette presse écrite montre plutôt plus d'esprit d'indépendance que la presse audiovisuelle qui, elle, est totalement servile. Petits mystères sur lequel j'aimerais que me donnent des éléments d'explication des gens qui sont plus perspicaces ou mieux informés que moi.

lundi 27 mai 2013

Journaliste ou cadreurs ?


On a trop tendance à oublier ou, pire, à ignorer, que, dans le journalisme audiovisuel, on peut souvent se demander si le rôle le plus important est celui du journaliste ou celui du gestionnaire de l'image (celui qui la choisit et/ou celui qui la définit, c'est-à-dire le cadreur). Je penche plutôt pour le cadreur !

Je me faisais cette réflexion, au départ, en revoyant sur France5, dans C Politique, le discours fait à Leipzig par notre Président de la République, en présence de la chancelière Angela Merkel qui avait, à sa gauche, l'ex-chancelier Schröder. A ce que j'ai lu, mais je ne puis faire confiance totalement à une telle information, la dernière version écrite du discours de François Hollande ne comportait pas cet éloge de Gérard Schröder qui y a figuré dans la séance elle-même. Cette ultime changement de pied est d'autant plus étrange que F. Hollande s'est toujours montré critique envers les options majeures de la politique de l'ancien chancelier.

Peut-être n'était-il pas prévu, du côté français, que Schröder assiste à cette session et, par conséquent, notre Président de la République, qui en est tout à fait capable (30 ans de PS !) a dû improviser cet hommage en découvrant ainsi, face de lui, l'ancien chancelier dont il avait souvent critiqué la politique.

En fait l'intérêt du discours de François Hollande était moins dans son propos lui-même, que je connaissais, en ce dimanche après-midi, pour l'avoir entendu répéter dans tous les médias depuis deux jours, mais, dans les quelques vues que nous avions de l'assistance et en particulier du premier rang du public, où se trouvaient côte à côte l'ancien chancelier et Madame Merkel. Il était à la fois intéressant de voir Monsieur Schröder, qui buvait manifestement du petit lait à écouter François Hollande et Madame Merkel qui semblait s'intéresser, contre toute attente plutôt à son voisin de droite (un illustre inconnu pour moi) à qui elle glissait quelques a parte qu'à celui de gauche qui était son prédécesseur. Sans savoir lire sur les lèvres et, en outre, ne connaissant pas l'allemand, je suppose néanmoins, à son sourire un brin ironique, qu'elle devait observer combien le discours de notre Président avait changé, à la fois sur la politique franco-allemande et sur ses sentiments personnels à l'égard de Schröder lui-même. L'expression même du visage de Madame Merkel dispensait de percevoir et de traduire ses propos.
 
Dans un genre tout différent, car cet extrait du discours de François Hollande se trouvait repris dans l'émission C Politique de Dominique Roux, on pouvait faire les mêmes observations à propos de cette émission elle-même où l'invité du jour était notre ministre de l'intérieur.

L'une des curiosités de cette émission, au demeurant bien conduite par l'une des deux ou trois journalistes compétentes et intelligentes de notre télévision (je dis deux ou trois par pure bonté d'âme et bénévolence, quand je n'en vois, en fait, qu'un seule autre, sur Arte, en dehors de Dominique Roux) tient à la vaste collection d'escarpins à talons aiguilles de cette journaliste. Il faut bien dire que ceux qu'elle portait ce jour-là n'étaient pas des plus réussis, mais là n'est pas mon propos. Elle avait, en ce dimanche 27 mai 2013, une "petite robe noire" extrêmement stricte (pour compenser les escarpins sans doute!), mais avec un décolleté profond dont elle n'est pas coutumière et qui ignorait la "modestie". Cette particularité amenait les cadreurs, qui avaient sans doute des consignes, de même que le technicien chargé du choix des images, à nous faire des plans mettant en valeur ce décolleté pour distraire un peu les téléspectateurs mâles de l'austérité des propos et des mines du sombre Manuel Valls. Non seulement les cadreurs pouvait jouer sur cette image, mais ils pouvaient également descendre plus ou moins, du gros plan au "plan poitrine" (dont la dénomination est si juste en la circonstance). Je ne sais pas si Dominique Roux avait donné des instructions à ce propos, mais je pense que la chose est assez probable, vu l'insistance qui a été faite à nous offrir ces perspectives.
 
Pour sourire un peu en conclusion, on ne nous a pas assez montré à Cannes la montée des marches par DSK qui, le pauvre, semble se faire manipuler (mais il semble y prendre goût), tant par les auteures en mal de gros tirages (au sens propre) que par les communicantes humanitaires. La dernière de la liste offrait toutefois aux cadreurs de belles opportunités de gros (im)plants !

samedi 4 mai 2013

Du sport à la télé


C'est aujourd'hui samedi et je renoncerai donc à quelques sujets sérieux que je méditais d'aborder ici pour parler de sport, surtout dans les médias, quitte à décevoir quelques-uns de mes lecteurs et surtout, sans doute, hélas, de mes lectrices.

Parmi les rares confidences personnelles que je me permets ici, j'avoue que, durant ma vie, j'ai beaucoup aimé les sports et que j'en ai aussi fait beaucoup. Je n'en fais plus guère, mais, en revanche, je m'intéresse volontiers, quand cela en vaut la peine, au spectacle sportif, surtout dans les sports que j'ai pratiqués et ils sont assez nombreux.

Mercredi 1er mai 2013 au soir, j'étais donc devant mon téléviseur, non sans une certaine gourmandise, pour voir comment Barcelone aurait digéré le 4-0 encaissé à Munich la semaine précédente. Je n'avais pas beaucoup d'espoir, à vrai dire, surtout quand, en début de match, on a pu voir Messi, sur la touche, enfoncé dans sa doudoune, dans son fauteuil et dans sa morosité, ce qui annonçait clairement qu'il ne jouerait pas.

Je n'ai pas une grande estime pour le nouveau coach du Barça; Tito Vilanova, qui me paraît un homme qui ne comprend rien à rien. Quoique issu du Barça, il n'y tint jamais le moindre rôle et fit en Espagne une carrière de joueur médiocre. Même s'il n'est pas responsable de la façon dont joue le Barça, équipe qui a trouvé son inspiration dans les tactiques de Guardiola (qui est aujourd'hui au Bayern et qui me semble avoir déjà donné, contre ses anciens joueurs, des conseils fort judicieux à sa nouvelle équipe), comment, dès le match aller, en étant mené 2; puis 3 à 0, avant de l'être par 4 à 0, a-t-il pu continuer à faire jouer son équipe exactement de la même façon que si elle menait elle-même par de tels scores? Comment persister à laisser le Barça jouer à "la passe à dix" dans le rond central, au lieu de faire entrer des attaquants et de les lancer à l'assaut de la surface de réparation adverse? Compte tenu de la différence de gabarit entre les joueurs catalans et allemands, il est clair que la seule chance des visiteurs était de faire attaquer en dribbles le but allemand par Villa, Pedro et Messi et de chercher ainsi le penalty qui était la façon la plus simple de parvenir à marquer au moins un but précieux sur le terrain adverse.

Il n'en a évidemment rien été et les absurdes rodomontades de Vilanova, avant le match retour, l'ont apparemment détourné de choisir immédiatement la technique de l'attaque à outrance ; non seulement il a laissé Messi sur la touche, après avoir dit qu'il était en mesure de jouer, mais il a réservé ses attaquants au départ au lieu de leur imposer la seule stratégie possible, c'est-à-dire l'attaque à outrance par des percussions individuelles dans la surface de réparation.

On n'a rien entendu de tel dans les commentaires sur Canal Plus, dont les "experts", comme toujours, pour retenir les clients proclament sublimes les pires spectacles. J'ai d'ailleurs éteint la télé avant même le milieu de la seconde mi-temps ! Il faut savoir que les vedettes de "l'animation" à la télévision comme Denisot, Drucker et Bourdin sont anciens reporters sportifs ; ils ont évidemment réussi; dans lcs genres télévisuels populaires; par leur science, innée, immédiate et spontanée, de la sottise et de l'aveuglement de leur public !

Au passage et hors sujet, une bien bonne de l'inénarrable Bourdin sur RMC ce vendredi 3 mai 2013, à 8 heures 20, à propos des fameux tableaux de Guéant. Interviewé par Bourdin, un spécialiste de la peinture corrige Bourdin, qui lui parle de "peintre hollandais", en précisant "Non! Flamands". Bourdin, pour se rattraper aux branches, corrige, à son tour, sans comprendre, en disant "Oui, Belges Flamands", montrant par là que ses ignorances en matière d'histoire valent celles qu'il a pour la peinture (la Belgique n'est créée qu'en 1830 et il est question là d'un peintre du XVIIè siècle) ! Bof...!

Il faut savoir que, en particulier dans les médias du style de RMC-BFMTV, les journalistes sportifs, comme les autres, sont d'un niveau que je n'ose pas qualifier de lamentable. RMC, dans sa permanente autopromotion, se flatte de posséder, en matière sportive, une "Dream Team" ; ces gens-là ne sont pas meilleurs en français qu'en anglais, car ce n'est pas une équipe de rêve mais plutôt de cauchemar, quand on voit comment elle est composée.

La vedette, pour ce qui concerne le football, est un ancien tâcheron ibérique de l'équipe de France que vous reconnaîtrez assurément par son accent faubourien lyonnais qui lui fait parler des "jouOR" (pour "joueurs") et des foutbalOR, trait phonétique tout à fait caractéristique du parler des Minguettes d'où il est lui issu ; une autre caractéristique linguistique de ses propos est un goût irrépressible pour les formulations lexicales ternaires, car on a dû lui expliquer que c'était là une des élégances majeures du style français ( genre : "C'est beau, c'est grand, c'est généreux, la France"). Toutefois; manquant de vocabulaire, ill éprouve toujours quelques difficultés avec cet usage rhétorique ; s'il parvient assez facilement à trouver deux synonymes, il ne réussit jamais à trouver le troisième, ce qui entraîne des pataquès fâcheux dans tous ses propos.

Le deuxième élément de cette prétendue "Dream Team" est un ancien des Baumettes, désormais plus familier des tripots que des stades qui, comme le précédent, cherche désespérément à trouver une place d'entraîneur quelque part, sans jamais y parvenir. Il devrait plutôt essayer de se placer dans les casinos.

Le troisième élément de cette "Dream Team" de has been (payés à prix d'or Dieu seul sait pourquoi), est un ancien pilier de rugby qui, comme tous ceux qui ont occupé ce poste, a reçu trop de coups sur la tête, ce qui l'a complètement privé de jugement. Il en arrive même désormais à croire qu'il est drôle et cherche à devenir humoriste professionnel ; il se livrerait, dit-on, à des one-man-shows qui ne doivent pas être tristes, mais, après tout, Arthur et Courbet le font bien ! "A la télé un jour, à la télé toujours!" comme on dit là-bas.

Le quatrième est un boxeur ce qui nous ramène au cas précédent, à l'ambition théâtrale près.

Comme je ne suis pas un esprit chagrin (vous l'aurez remarqué), je finirai sur une note plus optimiste, en soulignant une image fugace que j'ai beaucoup appréciée mais que personne n'a évoquée ni reproduite. Il s'agit de Johnny Wilkinson, du RC Toulon, qui, à la dernière seconde de la demi-finale de Coupe d'Europe à XV a assuré par un drop la victoire sur les Saracens. Owen Farrell, le jeune demi d'ouverture adverse, qui connaît bien Wilkinson qui l'a précédé à ce poste dans le XV d'Angleterre, avait bien sûr prévu le coup ; il s'est donc précipité sur Jonny qui était en train d'ajuster son drop. Il a réussi à le mettre à terre mais sans parvenir à empêcher Wilkinson de passer son coup de pied ; ils se sont donc retrouvés à terre à suivre des yeux le ballon qui passait entre les poteaux. Farell était manifestement désespéré ; Jonny Wilkinson eut alors un geste sportif sublime, et pour consoler son adversaire, lui a posé la main sur l'épaule avec tant de cordialité et d'amitié que ce fut, là, sans doute, le plus beau ce geste sportif de l'année.

 

mardi 22 janvier 2013

Pauvre PAF !


Conséquence inattendue de la découverte de l'apparition soudaine de mon lectorat polonais, je me trouve désormais paralysé dans le choix de mes sujets de blogs puisque j'ai rarement l'occasion d'y évoquer des questions qui puissent intéresser des lecteurs et des lectrices polonais.

En fouillant dans ma mémoire, je ne trouve qu'un seul exemple que je devrai rechercher car il est déjà ancien et je ne sais même plus chez quel "hébergeur" j'étais alors. C'était lors du fameux accident d'avion qui a coûté la vie à une partie de l'équipe gouvernementale polonaise et qui s'était produit, coïncidence extraordinaire, dans la forêt de Katyn qui est un haut lieu de l'histoire polonaise. Il faudra que je fasse une recherche, car, en France nul n'avait noté cette coïncidence étrange et j'avais émis, à ce moment-là, une hypothèse sur laquelle je souhaiterais avoir l'avis de mon lectorat polonais.

Cette promesse faite, pour soulager un peu mes scrupules, j'en reviens à mon thème favori qui est la médiocrité pour ne pas dire la consternante nullité, de notre information, aussi bien radiodiffusée que télévisuelle ( Amis polonais, le PAF de ce titre, est l'abréviation courante de "Paysage Audiovisuel Français"). Je ne puis me prononcer sur la presse écrite que je lis plus guère comme toute le monde et qui ne vit que de l'aide de l'Etat, mais qui me paraît quand même plus sérieuse, même si elle agonise).

On s'imagine être mieux informé en raison de la multiplicité des stations de radio comme désormais des chaînes de télévision ; j'en ignore même le nombre car tout cela pousse comme des champignons. En réalité, tout cela est à peu près sans effet, car nos télévisions s'alimentent toutes aux mêmes banques d'images et vous trouvez, sur toutes les chaînes, les mêmes séquences filmées. D'autre part, les "journalistes-sic" comme les prétendus "experts" pigistes travaillent tous sur quatre ou cinq stations de radio comme de télévision et viennent y reprendre les mêmes propos insipides qu'on vous donne pour du direct quand ils sont bien entendu en boite et souvent, de ce fait, périmés. La ruse suprême à la télévision consiste pour ces gens-là à changer de cravate mais hélas pas de binettes et de propos !

Notre lamentable PAF est ainsi peuplé à la fois de journalistes-multicartes qui opèrent sur plusieurs radios et/ou télévision, jusqu'aux âges les plus avancés, pour y débiter les mêmes salades insipides. Notre PAF est encore, par-dessus le marché, désormais encombré par la presse écrite qui en général y délègue ses "grosses nuques", avides de "piges" comme de "ménages", comme Monsieur Jérôme Fourquet ou Monsieur Christophe Barbier qui viennent faire la publicité de leurs feuilles de chou ou même de leurs livres. Ils feraient mieux de reprendre dans la rue, car ce serait plus drôle, le noble métier de crieurs de journaux qui a aujourd'hui disparu. L'insignifiance de leurs propos centristes, comme dans le cas du second ou la prévisibilité absolue des points de vue toujours idéologiques du second, les rendent parfaitement prévisibles et par là même insupportables. Cela n'empêche pas leur présence constante car je suppose que ces olibrius ne se font pas payer et que peut-être même qu'ils payent même pour s'assurer leur présence, étant donné qu'ils ne sont l) que pour faire la publicité de leurs feuilles de chou.

Mais il y a pire encore, ce sont les prétendus "experts", tous plus ou moins retraités. En général, ce sont des gendarmes un peu montés en graine (à travers le GIGN par exemple) ou des "barbouzes", en retraite eux aussi (je pense en particulier à l'une de ces barbouzes qui, en plus, pour annoncer la couleur, arbore effectivement une barbouze blanche et qui a créé, lui aussi, je ne sais quel Institut d'études ou Cabinet de consultation de je ne sais quoi, car sa grasse retraite ne lui suffit pas) ; ce sont aussi désormais avec la Syrie et le Mali, des capitaines, retraités aussi (ce grade modeste ne témoignant pas d'une carrière fulgurante dans l'armée, car les généraux eux conservent, toute leur vie, leur solde intégrale et de ce fait ne fréquentent pas ces lieux ou ne s'y montrent que très occasionnellement). Tous ces individus se sont, en plus, fabriqué des Centres Internationaux de je ne sais quoi, où ils enseignent je ne sais quoi car, à les entendre, on se demande bien ce que des étudiants pourraient retirer de l'écoute de leurs propos.

Bref ! Vous me direz, nous restent Arte et France-Culture, mais c'est tout de même bien peu dans un PAF aussi surpeuplé que vide !

A 13 HEURES CE JOUR LA POLOGNE EST TOUJOURS EN TETE !

jeudi 13 décembre 2012

Télé-évangélisme à la française


Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais avec le nouveau gouvernement et, plus récemment, l'arrivée du froid, le style télé-évangéliste est en train de s'installer en permanence dans nos médias audiovisuels.

Nos journalistes délaissent désormais les crimes et les enlèvements, soit qu'ils ne fassent plus recette, soit qu'ils deviennent plus rares en cette saison (la funèbre comptabilité du match Marseille-Corse des assassinats est en train de se ralentir) au profit de la peinture de la misère humaine et des moyens d'y remédier.

Un ou deux exemples pour expliquer et justifier ce point de vue.

Le gouvernement met-il en place, comme hier, un système qui consiste à jumeler, dans une entreprise petite ou moyenne, un jeune embauché et un senior (pas un vieux!) qu'on décide de ne pas virer vu son âge pour bénéficier de la mesure ; on nous illustre aussitôt la chose, dont le principe est pourtant des plus simples, par un couple de travailleurs en bleu de travail (espérons que ce ne sont pas des comédiens recrutés pour le tournage) comme on illustre le manque de travailleurs du bâtiment par le spectacle attractif d'une petite bande d'ouvriers caucasiens casqués, aussi actifs que joyeux ; je crains, pour le coup, qu'on ait dû recruter pour la circonstance des acteurs "français de souche", car, pour avoir vu, ces derniers temps, divers chantiers de construction ou de travaux publics, je n'y ai guère entendu parler que l'arabe.

Autre cas vu la veille, en cette période de téléthon, on nous montre aussi une jeune institutrice (pardon, professeur des écoles vu son âge) en fauteuil roulant, tout en précisant, au passage, que son état nécessite, dans la classe, la présence d'une autre enseignante ou, en tout cas, d'une aide qui soit en mesure de l'assister dans tous les cas où la chose se révèle nécessaire.

Le SDF redevenant à la mode avec le retour du froid, on nous présente un sujet sur un vigneron, de je ne sais où, qui accueille, loge, nourrit et emploie un jeune SDF qui a eu la chance de figurer dans un précédent reportage. Et chaque jour deux ou trois sujets de la même farine!

Deux remarques adjacentes.

Les "journalistes", payés par milliers à France-Télévision à faire je ne sais quoi, quand on voit leurs prestations (lire durant quelques secondes par jour des dépêches d'agence), versent des larmes de crocodiles sur la misère, alors qu'ils pourraient simplement, pour commencer, renoncer au profit des pauvres à leurs injustifiés et scandaleux avantages fiscaux

À propos des SDF et du soin qu'on prend à les recueillir dans la rue sans même savoir où les mettra, on m'accordera (et ce n'est pas Marius qui me contredira dans son amour de la langue française !) que le terme "maraude" (en usage pour désigner les patrouilles qu'on fait le soir pour recueillir, s'ils en sont d'accord, les SDF qui couchent dans la rue), non seulement est parfaitement impropre, mais est carrément insultant puisque "marauder" signifie "voler" et non pas simplement recueillir.

Tout cela me fait penser à ces journaux politiquement engagés qui, au milieu des informations banales, présentaient toujours quelques faits, anecdotiques mais édifiants, qui illustraient leur ligne politique et éditoriale générale. Je me souviens ainsi d'un article de Témoignages (journal du parti communiste réunionnais) dont le titre était « Le chien d'un métropolitain mord un travailleur créole », comme aussi ces anecdotes qu'on trouvait, dans les belles années du PCF, dans l'Humanité ; on y narrait comment une pauvre vieille dame, non seulement avait acheté deux vignettes de soutien au PCF, mais avait offert le café et des petits gâteaux aux vaillants militants qui étaient venus placer leur marchandise.

Comme toujours, nous sommes très en retard par rapport aux Américains que nous ne cessons d'imiter. Les vrais télévangélistes de la télé américaine offrent eux le spectacle de miracles à la commande et "en live". Mais rassurez-vous, nous y viendrons !

mardi 4 décembre 2012

Zoé : le retour

La résurgence, bien tardive de l'affaire de l'arche de Zoé, me conduit à reprendre un post ancien (du 5 novembre 2007) qui n'a pas pris une ride !

"L’affaire de l’Arche de Zoé fait apparaître sur le scène médiatique toutes sortes d’animaux, justifiant, par là, le retour à l’arche mythique.

Je ne suis qu’un téléspectateur occasionnel et inattentif et je n’ai guère vu que deux émissions ou débats sur la question qui, pourtant, a fort opportunément surgi pour pallier le vide que laissait l’épuisement rapide du sujet, un moment offert par le divorce présidentiel.

La première est le « C plus clair » animé, lundi 29 octobre je crois, par la doublure d’Yves Calvi. On avait réuni une jolie brochette d’humanitaires , un Suisse de Lausanne, dont j’ai oublié le nom, Jacques Hintzy, l’éternel président de l’UNICEF-France et Jacky Mamou, (ancien ou actuel, on ne sait) Président de « Médecins du monde ». Je précise que je connais rien à l’affaire, sinon ce que j’en entends dire comme toute le monde.

Je n’évoquerai donc pas le fond de cet imbroglio franco-hispano-soudano-tchadien, qui me paraît avoir surtout l’avantage de permettre au sinistre Idriss Deby de jouer les vierges effarouchées, dans un vrai rpôle de composition. Ce dictateur, installé par la Françafrique il y une quinzaine d’années, est devenu incontrôlable. Hélas pour lui, qui se voit volontiers en Khadafi du Sahel, notre Président-Magicien n’a plus de Cécilia à lui envoyer. Deby devra donc sans doute se contenter de Rama Yade.

Mais laissons l’affaire elle-même, pour examiner un instant la galerie des « humanitaires ». Dans cette quasi-profession, le look semble un élément important ; deux de ces satrapes de la charité arborent, en effet, une barbe d’une semaine ; le côté baroudeur sans doute, comme autrefois Gérard Holtz, au bon temps du Paris-Dakar. Seul notre Suisse, de Lausanne est rasé normalement, mais sans doute aurait-il été arrêté à Cointrin s’il avait eu l’allure un peu inquiétante des deux autres. En revanche, on sent très vite que tous sont là d’abord, pour ne pas dire uniquement, pour défendre leur biftèque humanitaire contre les dirigeants de l’Arche de Zoé qui ne semblent pas être de la confrérie

Même son de cloche du côté de Jacques Attali, venu vendre son dernier livre dans le « Grand Journal » de Denisot sur Canal Plus, mercredi 31 octobre. Attali, qui s’est peut-être fait offrir des lentilles de contact par la commission qu’il présidait, est plus pincé que jamais ; il fait d’autant plus la gueule que la promo de son livre fout le camp devant l’Arche de Zoé. Il ne s’épanche donc guère et voit surtout dans l’affaire, comme les autres, le tort qu’elle va faire aux ONG et donc à celle qu’il préside. A croire que tous ces humanitaires pensent plus à leur image qu’à leurs actions.

Denisot a invité aussi Hervé Chabalier, président de l’Agence Capa, dont des membres ont été coffrés avec l’Arche de Zoé par les sbires d’Idriss Deby. Chabalier à une tête télégénique. Belle et opulente crinière blanche (vraie ou fausse comme celle de Bedos? Mais chut !). On tourne autour du pot.

Que faisaient les dits (qui ne sont que trois) « journalistes » de Capa dans la galère de Zoé ? Chabalier les campe en journalistes intègres (tous nos médias emboîtent ce pas) et exclusivement soucieux d’informer. Ils seraient allés là-bas dans le seul but de suivre l’affaire.

Aphatie, courageux mais pas téméraire, car il ne veut pas que toute la presse française lui tombe sur le poil, se pose des questions, en soulignant que les responsables de l’opération n’étaient peut-être pas si blanc-bleu que la profession le clame. Bien évidemment, il ne va pas jusqu’à demander à Chabalier s’ils n’auraient pas été là-bas, tout simplement pour assurer la couverture médiatique de l’opération et, par là, se faire un scoop tout en ouvrant les vannes d’un jack-pot humanitaire, car, en gros, le petit Soudano-Tchadien se négociait aux alentours de 1500 euros, sans la moindre garantie pour les suites judiciaires de l’affaire, apparemment prévues par les promoteurs (c’était écrit dans les documents, a déclaré le petit Suisse du lundi).

Tout le monde sait pourtant que, quand on fait un coup comme ça, humanitaire ou pas, il faut absolument une couverture de la presse et des médias ; il est donc bon d’inviter et de traiter du mieux possible les médias. La question est donc simple, mais nul ne vérifie ce détail qui tue.

Qui a pris en charge et donc payé le déplacement des journalistes ?

Le point peut paraître subalterne. Il est pourtant essentiel. En effet , un vrai journaliste doit être totalement indépendant du sujet qu'il traite. Si les journalistes de Capa allaient faire au Tchad un vrai travail d'information, ils devaient prendre en charge eux-mêmes (ou Capa) leurs frais de déplacement. A partir du moment où ils voyagent aux frais de l'Arche de Zoé ou dans son avion spécial, il est clair qu'ils sont au service, plus ou moins directement, de l'organisation qui les transporte et, par là, les emploie. Donc en cabane les journalistes, tout journalistes qu'ils sont, si les autres sont en cabane

Qui a payé?
Capa, Monsieur Chabalier à la belle crinière, ou l’Arche de Noé ? Tout semble indiquer qu’ils ont voyagé, aux frais de l’Arche et ont été pris en charge par elle dans un avion spécial ?

Le destrier éthique et déontologique qu’enfourchent Chabalier et toute la presse française risque de se révéler une pitoyable rossinante. Etique bien sûr, mais sans h !"




 

lundi 3 décembre 2012

PAF dans le pif ou pif dans le PAF


PAF dans le pif ou pif dans le PAF. Plus clairement : Du journalisme et des journalistes dans le PAF (paysage audiovisuel français pour les nobles étrangers).

J'ai déjà dit suffisamment de mal du journalisme audiovisuel français pour ne pas y revenir trop longuement. J'ai, depuis longtemps, renoncé à établir un catalogue, fût-il très lacunaire, des fautes de français permanentes de bon nombre de nos journalistes ; cet aspect, qui ne gêne sans doute que moi-même ou presque, est tout de même infiniment moindre que le contenu lamentable de nos journaux télévisés, sans parler des radios bignoles du matin qui, en revanche, ont l'avantage de nous offrir, de temps en temps, des conversations pittoresques avec certains de leurs auditeurs.

Autant vous le dire tout net d'emblée, je considère qu'il y a dans le PAF trois journalistes dignes de ce nom et qui méritent d'être écoutés ou regardés : Élisabeth Quint (pour son "28 minutes" du soir sur Arte), Caroline Roux, le dimanche sur la Cinq dans son "C Politique"( je ne parle pas de ces brèves chroniques matinakes, sans doute, alimentaires sur Europe1) et Philippe Meyer sur France Culture surtout (Il ne s'agit pas, bien entendu d'un classement par ordre de mérite, mais je suis bien sûr que Philippe Meyer cédera volontiers les deux premières places aux dames). Je ne m'étendrai pas davantage sur les raisons de ce classement et sur l'élimination sans appel d'un certain nombre de vedettes de notre information audiovisuelle dans la médiocrité est évidemment consternante.

Je voudrais toutefois présenter ici deux remarques critiques à Caroline Roux.

 Alors qu'elle recevait François Chérèque, dimanche 25 novembre 2012, dans C Politique, ce dernier, un moment, a fait observer, sur un ton vindicatif mais justifié, qu'une bonne partie du déficit de l'indemnisation du chômage (un quart, si je me souviens bien) était dû à de prétendus "intermittents du spectacle" employés pour la plupart par France Télévision, Canal+ et les chaînes de télévision ( J'ajoute sens qu'on constate qu'elles roulent sur l'or à voir les 20 000 € mensuels qu'elles accordent à des intervenantes nullissimes et à des commentateurs sportifs analphabètes).

On a senti, Caroline Roux un peu embarrassée et elle n'a pas eu, à ce moment, une de ces vives interventions dont elle a la secret. Il faut dire que, pour les téléspectateurs, Jacques Chérèque aurait dû dire, plus clairement, que ce qu'il critiquait là n'était pas l'indemnisation des VRAIS intermittents du spectacle, mais celle de ceux qui sont, en fait, de très loin les plus nombreux et ceux qui coûtent le plus cher. Ce sont en effet les techniciens de tout poil des chaînes de télévision qui bénéficient fallacieusement du statut d'intermittents du spectacle qui n'a clairement pas été conçu pour eux. Cette entourloupe permet à ces chaînes d'entretenir à prix d'or les crétins et les bécasses dont elles nous régalent quotidiennement.

Seconde critique à Caroline Roux, cette fois-ci, dimanche 2 décembre, dans l'interview de Madame Parizot, présidente du MEDEF. Caroline Roux lui ayant fait observer très justement que Monsieur Mittal n'avait pas respecté les engagements qu'il avait pris, ce comportement conduisait à s'interroger sur son éventuel respect de ceux qu'il se prépare à prendre aujourd'hui. La réponse de Madame Parizot (qui, faut-il s'en étonner a défendu Monsieur Mittal), était que les contrats n'avaient pas été respectés à cause de la crise !

J'aurais aimé là une de ses interventions, opportunes et vigoureuses dont Caroline Roux est coutumière. Elle aurait pu en effet demander à Madame la Présidente du MEDEF si la crise entraînait, de facto, la rupture de tous les contrats précédemment ciliés et si, en cas de crise, on pouvait cesser de payer son loyer, les traites de son appartement ou celles de sa voiture. Madame Parizot, elle, crise ou pas, se payait nos têtes en défendant ainsi Monsieur Mittal et il aurait été bon de le lui faire remarquer au passage.

Cela n'enlève rien à l'affection que je porte à Caroline Roux et à l'estime que j'ai pour les trois journalistes dont j'ai fait ici mention.

mercredi 14 novembre 2012

Francophony (suite)


Un de mes amis québécois me signale un article sur la francophonie "Molière , oh my God! " paru dans Le courrier international (numéro 1149, du 8 novembre 2012). Je lui suis d'autant plus reconnaissant de me signaler ce texte que, quoiqu'étant moi-même abonné à cet hebdomadaire, je n'ai pas reçu le numéro en cause dans la mesure où la distribution m'en est faite désormais de façon très aléatoire, en dépit des plaintes que j'ai pu formuler auprès de la rédaction. Selon la formule éditoriale de cet hebdo, le texte original est d'Adrian Tabourdin et a été publié dans le Times Literary Supplement.

Cet ami (Québécois d'adoption mais Haïtien d'origine) m'a envoyé ce texte sachant l'intérêt que je porte à cette question, mais sans doute aussi dans le cadre, plus général, des positions québécoises sur le problème de la langue française.

Nos amis qui peuplent ces arpents de neige ne nous pardonnent guère, en effet, à la fois nos compromissions avec la langue anglaise (du style de nos "shopping" et "week-end" au lieu de leurs "magasinage" et "fin de semaine"), mais, aussi et surtout désormais, nos prétendus renoncements, sur le terrain international et scientifique en particulier. Pourtant, (mais est-ce la bonne voie), depuis des décennies, nous investissons des centaines de millions pour tenter de faire parler français dans les institutions internationales, contre tout bon sens et la plus modeste des observations, ce qui nous empêche pas de continuer en ce sens ; ce fut, une fois de plus, un des thèmes du dernier Sommet francophone dont je vais parler.

Désespérant de nous convaincre, en dépit des vitupérations de Madame Denise Bombardier et de l'appel des 101 (non pas qu'il n'y ait que 101 intellectuels québécois qui plaident cette cause, mais sans doute plutôt par référence à la loi 101 de la Belle Province), ils ont récemment fait installer à l'université Laval de Québec (en le finançant par moitié, le reste venant de financements internationaux francophones, donc largement français par la force des choses) un institut de démographie linguistique (la démographie est, avec la terminologie et le sirop d'érable, une des spécialités du Québec).

Cet institut s'efforce désormais, dans une intention louable, de renvoyer l'ascenseur à l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), basée à Paris, en lui fournissant des chiffres mirifiques sur l'usage et l'avenir du français. Je dis et répète depuis longtemps que fabriquer des statistiques, fausses ou même aberrantes, si satisfaisantes qu'elles soient pour les paladins de la francophonie, n'est assurément pas le meilleur moyen de définir et de jeter les bases d'une politique réaliste et efficace en matière de diffusion de la langue française.

Je serai très bref sur le contenu même de cet article qui, est, surtout, une recension dans notre presse de ce que l'auteur appelle, non sans raison, son anglomanie (cela va de "standing" à "traveling" en passant par "casting" ; pas de quoi fouetter un rédacteur en chef ! Comme vous voyez le genre, je n'insisterai pas là-dessus. Tout a été dit à ce propos depuis le "franglais" d'Étiemble qu'apparemment l'auteur de cet article ne connaît pas.

En revanche je citerai volontiers le début de cet article tant il concentre les erreurs et les aberrations. Le voici donc :

« Le 14e sommet de l'Organisation Internationale de la Francophonie s'est tenu du 12 au 14 octobre à Kinshasa. Cette organisation qui défend les « valeurs humanistes attachées à la langue française » regroupe 57 Etats membres situés pour la plupart en Afrique subsaharienne et de l'Ouest. Selon ses estimations, en 2050, 85 % des francophones du monde seront concentrées sur ce continent. Le nombre des francophone est estimé aujourd'hui à 220 millions. ».

La plus grosse sottise, mais elle est nullement spécifique de l'auteur de cet article et traîne partout, est la référence aux « valeurs humanistes attachées à la langue française ». Une telle formule, dont on nous rebat les oreilles depuis des siècles, est évidemment totalement dépourvue de sens et on se demande bien comment une langue pourrait, plus qu'une autre, porter des "valeurs humanistes". Hitler parlait allemand et bon nombre de ses sectateurs français parlaient français ; cela ne les empêchait nullement de le suivre. On pourrait citer bon nombre de francophones, y compris dans les locuteurs actuels, dont les propos ne paraissent guère caractérisés par ces fameuses "valeurs humanistes" qu'on prétend attachées à la langue française.

Sur le plan de la géographie, ce début d'article ne vaut guère mieux ; je rappelle qu'il localise la plupart des Etats francophones « en Afrique subsaharienne et de l'Ouest ». Pour un défenseur si ardent de la langue française, l'auteur devrait éviter de coordonner ainsi par la préposition "et" l'adjectif qualificatif "subsaharienne" et un complément de nom comme "de l'Ouest", ce qu'interdit le bon usage de cet idiome qui est en outre pléonastique car tout ce qu'on nomme Afrique de l'Ouest est susaharien. Toutefois, comme un puriste trouve toujours plus puriste que lui qui l' épure, je ne m'attarderai pas sur ce point

Cet article ne vaut pas mieux pour ce qui concerne la démographie et, par conséquent, la démographie linguistique. C'est désormais, après le décès de l'IRAF, l'institut de démographie linguistique de l'université Laval qui alimente les organismes francophones en données mirifiques sur l'état et l'avenir de la francophonie. Cette reconnaissance du ventre est louable chez ces démographes (qui ne me paraissent guère linguistes et peu familiers de l'Afrique) puisque, si cet institut a été financé par moitié par le Québec, le reste de son financement est venu de la francophonie ; on juge donc bon de renvoyer l'ascenseur. Normal mais très dangereux!

Ce qui est louable sur le plan de la morale et de la politesse ne l'est pas forcément sur ceux de la science et de la politique. Passons sur les 220 millions de francophones actuels ; ce genre de données dépend évidemment du niveau de compétence par lequel on définit un francophone ; il semble que, dans le présent cas, on considère que l'on est francophone si l'on sait dire "Bonjour, ça va?", comme Figaro prétendait qu'on savait tout de la langue anglaise, si l'on savait placer avec adresse le mot "Goddam".

En revanche, le chiffre le plus aberrant fourni par cet institut et repris par les autorités francophones et toute la presse n'est pas celui-ci ; il tient, lui, à l'évaluation du nombre des francophones en 2050 à 500 millions ! Si l'on admet qu'il y a aujourd'hui moins de 500 millions d'hispanophones dans le monde (l'espagnol étant la langue mondiale la plus répandue chez des locuteurs compétents voire natifs), on doit estimer que la tâche des responsables de la diffusion du français dans le monde est donc plutôt de modérer cet essor que de l'accélérer et l'intensifier!

Il est clair que fonder une stratégie politique de diffusion du français sur des données si aberrantes ne peut conduire qu'à la catastrophe, surtout si, au même moment, on ferme les yeux sur des évolutions, certes un peu symboliques mais significatives, qui font que des Etats comme naguère le Zaïre ou maintenant le Rwanda et le Gabon font les yeux doux à l'anglophonie et au Commonwealth. Mais j'ai déjà écrit sur ces questions et je ne peux que renvoyer à différents blogs que j'ai faits sur le sujet ; c'est d'ailleurs ce qui explique que j'ai intitulé ce dernier "Francophony (suite)".

Un mot, en forme de conclusion, à notre brave auteur québécois se désole de l'envahissement de notre français actuel par les termes anglais ; je le déplore comme lui surtout quand il est parfaitement inutile, mais il y a encore infiniment plus de mots d'origine française (ou assimilée) dans l'anglais qu'il n'y aura jamais de mots anglais dans le français!

Je terminerai sur un mot, très à la mode maintenant dans la presse française (le top et le must à la fois!) car il témoigne que nos journalistes ne connaissent pas mieux le français que l'anglais. Il s'agit en effet du "fact-checking" qui consiste à confronter les affirmations, faites ici ou là, propos de faits évoqués, avec que ce qu'on peut juger de leur réalité par d'autres sources.

Le problème est que l'usage de ce terme est, en français déjà, à la fois inutile et stupide. En effet, ce qu'on peut vérifier, ce ne sont en rien des faits ("facts"), mais des données ("data"). Ce que l'on devrait pratiquer, chez nos journalistes à la mode, c'est le "data checking" et non pas le "fact checking" car seules les données sont accessibles, les faits restant toujours, à ce niveau du moins, hors de notre portée.