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jeudi 3 avril 2014

Francophonie et fricophonie


L’intitulé de ce billet est, en fait, la reprise du titre d'un chapitre d'un livre que j'ai publié en 1989 et qui s'intitulait, d'une façon follement optimiste quoique clairement dubitative, 1989 ? Vers une révolution francophone ? (R. Chaudenson, Paris, l'Harmattan, 1989) ; le sens de cette formule est toutefois, ici,  tout à fait différent, comme on va le voir.
La réflexion était, dans ce premier ouvrage, très générale ; se fondant sur un rapprochement des dates (1789-1989), elle proposait d’opérer, dans la Francophonie de 1989, une vraie révolution comme on l’avait fait, deux siècles plus tôt, dans la France de 1789 : il n’en a évidemment rien été ! Toutefois, il faut le rappeler, le Ministère français de la Coopération, grâce à sa Sous-Directrice à la recherche, Madame Thérèse Pujolle, a soutenu et financé ma proposition d’un programme au titre et aux finalités fort explicites, « Langues africaines, français et développement dans l’espace francophone du Sud » (LAFDEF). Grâce à ce grand programme, coordonné, puis relayé dans la suite par l’ACCT et le CIRELFA[1] qu’ont pu paraître, entre 1988 et 1994, dans le cadre du programme LAFDEF, une vingtaine de livres publiés dans la collection « Langues et développement », elle-même créée en 1989. Ils rendaient compte des travaux d’une trentaine de chercheurs, du Sud comme du Nord, travaux conduits dans ces perspectives autour de trois thèmes jugés et majeurs :
1.    La typologie des situations de francophonie qui commande, bien entendu, tous les types de coopération adaptée ; les résultats seront publiés en 2004 : R. Chaudenson et D. Rakotomala, Situations linguistiques de la Francophonie. Etat des lieux, AUF,
2.    La gestion des plurilinguismes africains (déterminée pour partie par les données et les conclusions du point précédent),
3.    Les langues et leur usage comme leur gestion  dans les métiers modernes et/ou modernisés.
Dans le présent billet, les perspectives sont infiniment plus modestes et la question, même si elle se rattache à la description des situations de francophonie, est fort différente, dans son ampleur comme dans ses perspectives. Il ne s’agit ici une simple question de prospective démolinguistique touchant a l’avenir de la langue française en Afrique où il se jouera, de toute évidence, comme je le répète depuis plus de vingt ans, sans grand succès. Comme on l’a vu dans ce qui précède, j’en ai souvent et longuement traité dans de multiples articles ou livres, dont en particulier  Mondialisation : la langue française a-t-elle encore un avenir ? (2000, Paris, Didier Erudition, 237 pages) et Vers une autre idée et pour une autre politique de la langue française (2006, Paris, l’Harmattan, 211 pages).
Cette question du dénombrement des francophones et de l’évolution  de ce nombre a  soudain attiré toutes les attentions, dans les deux dernières années (2013-2014) et fait l'objet de multiples et récentes publications dans la presse générale et parfois spécialisée dans des domaines insolites comme l’économie et la finance.
Le point de départ de ce mouvement est la publication, en 2010, par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) d’un ouvrage intitulé  La langue française dans le monde 2010. Ce livre, tout en s’inscrivant dans une série déjà longue, paraît chez un nouvel éditeur (Nathan, comme la précédente livraison, alors que le volume antérieur avait été publié chez Larousse) et avec un nouveau titre, la Francophonie étant remplacé par La langue française.
Le principal changement, à peine signalé mais capital pour notre propos, est que,  pour la première fois, comme on va le voir, le dénombrement des francophones (actuels et à venir) est conduit par des démographes québécois qui, ignorent tout du Sud et s’abstiennent donc, par calcul ou par ignorance, d’évoquer le niveau de compétence en français de celles et ceux qui sont censés en être des locuteurs. Cette question devrait pourtant être essentielle et surtout préalable à tout dénombrement un peu sérieux, car on ne peut songer à compter, où que ce soit, les francophones, sans avoir auparavant défini le niveau de compétence en français de ceux qu’on classe comme tels[2].
C’est en revanche une longue expérience des terrains du Sud qui m’a inspiré une typologie un peu floue, j’en conviens, mais infiniment plus proche des réalités africaines. Elle conduit à y distinguer trois catégories principales : les « francophones » qui possèdent la compétence minimale que j’ai nommée, avec un de ces détournements de sigles qu’aiment tant les Africains, le « SMIC francophone » (= Seuil Minimal Individuel de Compétence) ; les « francophonoïdes » dont la dénomination même se passe de commentaires et que, de loin et en passant, on pourrait prendre pour des francophones, car ils savent dire « Bonjour ! Ça va ?[3] » ; et enfin, troisième et dernière catégorie, de très loin la plus nombreuse, les « franco-aphones » !
C’est précisément en vue de cette évaluation des compétences, même chez des analphabètes, qu’avec des collègues du Nord comme du Sud, a été élaboré et publié le seul test disponible, librement et gratuitement, le Test d’Abidjan (R. Chaudenson, 1997, L’évaluation des compétences linguistique en français. Le test d’Abidjan, Paris, L’Harmattan, 206 pages). Ce test conçu, élaboré et expérimenté en Afrique (sa première version fut le « test de Cotonou), a été utilisé dans divers pays, mais jamais  en Afrique francophone pour laquelle il avait été pourtant imaginé et où il avait été expérimenté et mis au point. On comprend aisément pourquoi si l’on songe que les Etats africains engloutissent pour la plupart 25% à 30% de leurs budgets nationaux dans leurs systèmes éducatifs, en pure perte ou presque, à en croire toutes les évaluations objectives qui en sont faites !
Dans la deuxième partie de La langue française dans le monde qui comprend près de 100 pages (97 très exactement) qui rassemble des documents hétéroclites et souvent d’une pertinence comme d’une fiabilité douteuses, sans offrir la moindre synthèse signée, on ne trouve à peu près aucune allusion au fonctionnement réel et surtout aux résultats observables de cet enseignement africain Du et EN français. Le titre même de cette deuxième partie est une merveille d’hypocrisie « Une langue pour apprendre » ! Certes ! Mais quoi et comment ? Le point capital, imprudemment pourvu d’un titre pourtant sans ambiguïté, « Carence des systèmes éducatifs » (2010 : 121), est traité en une page et demie, dont l’essentiel est occupé par des balivernes sur « les jeux d’orthographe à Brazzaville » ou les déclaration, de pur principe, en faveur du français, des Présidents de Zambie, du Ghana et du Zimbabwe dont les systèmes scolaires sont bien entendu anglophones !
Les élucubrations farfelues sur de telles perspectives d’avenir de la langue française ne sont pas nouvelles. J'ai moi-même longtemps tenu, en la matière, une sorte de Guinness book des records en la matière,  où la première place a été longtemps occupée par Maurice Druon, le Secrétaire perpétuel de l'Académie française d’alors (avec 500 millions de francophones ), dont la mort a quelque peu mis en doute le caractère « perpétuel » mais surtout a fait oublier les improbables prévisions. Le pauvre Monsieur Druon est aujourd'hui bien dépassé, puisque les estimations venues des « arpents de neige », s’élèvent désormais à 750 millions[4] et je suis tenté d’ajouter « sans compter les femmes et les petits enfants » ! Il est clair qu'au Québec, on aime le français et que, là-bas, comme ici, quand on aime, on ne compte pas.





[1] Cette coordination a été d’autant plus aisée qu’après avoir été depuis sa création membre du CIRELFA, j’en ai été élu secrétaire général en 1988, succédant dans cette fonction, que j’ai exercée pour deux mandats jusqu’en 1994, à mon ami Jean-Claude Corbeil dont les vues étaient très voisines des miennes.

[2] J’avais, quant à moi, refusé à Philippe Rossillon, vers 1980, d’entrer dans le Conseil de son IRAF si l’on ne s’attachait pas à définir préalablement avec un peu de rigueur ce que qu’on y appelait un « francophone ». Nous y reviendrons !
[3] «  Diable! C'est une belle langue que l'anglais ;  il en faut peu pour aller loin. Avec God-dam en Angleterre, on ne manque de rien nulle part. Voulez-vous tâter d'un bon poulet gras ? Entrez dans une taverne, et faites seulement ce geste au garçon. (Il tourne la broche.) Goddam! On vous apporte un pied de boeuf salé sans pain. C'est admirable ! Aimez-vous à boire un coup d'excellent bourgogne ou de clairet? Rien que celui-ci. (Il débouche une bouteille.) God-dam! On vous sert un pot de bière, en bel étain, la mousse aux bords. Quelle satisfaction! Rencontrez-vous une de ces jolies personnes, qui vont trottant menu, les yeux baissés, coudes en arrière, et tortillant un peu des hanches? Mettez mignardement tous les doigts unis sur la bouche. Ah! God-dam! Elle vous sangle un soufflet de crocheteur. Preuve qu'elle entend. Les Anglais, à la vérité, ajoutent par-ci, par-là quelques autres mots en conversant; mais il est bien aisé de voir que God-dam est le fond de la langue. ». J’ai toujours pensé que cette tirade de Figaro dans le Mariage (III ; 5) m’avait inspiré cette démarche !

[4] Le record actuel appartient au Figaro ; dans le figaro.fr du 20 mars 2013, on lit ainsi : « Le scénario A2 ajoute les autres États membres de l'OIF dont notre langue n'est qu'un des parlers pratiqués; surgissent ainsi 21 autres pays, parmi lesquels l'Albanie, la Mauritanie, l'Égypte, le Laos, le Liban, le Maroc, la Moldavie, la Roumanie ou le Vietnam. C'est la «francophonie active». Pour celle-là, à partir de la base de 1960 de 280.266.000 de locuteurs, l'effectif 2010 monte à 672.993.000, et la projection 2060 atteint le sommet inouï de… 1.222 milliard de pratiquants! ». Le 20 mars étant la Journée de Francophonie, on avait dû arroser un peu trop cette petite fête !

mercredi 14 novembre 2012

Francophony (suite)


Un de mes amis québécois me signale un article sur la francophonie "Molière , oh my God! " paru dans Le courrier international (numéro 1149, du 8 novembre 2012). Je lui suis d'autant plus reconnaissant de me signaler ce texte que, quoiqu'étant moi-même abonné à cet hebdomadaire, je n'ai pas reçu le numéro en cause dans la mesure où la distribution m'en est faite désormais de façon très aléatoire, en dépit des plaintes que j'ai pu formuler auprès de la rédaction. Selon la formule éditoriale de cet hebdo, le texte original est d'Adrian Tabourdin et a été publié dans le Times Literary Supplement.

Cet ami (Québécois d'adoption mais Haïtien d'origine) m'a envoyé ce texte sachant l'intérêt que je porte à cette question, mais sans doute aussi dans le cadre, plus général, des positions québécoises sur le problème de la langue française.

Nos amis qui peuplent ces arpents de neige ne nous pardonnent guère, en effet, à la fois nos compromissions avec la langue anglaise (du style de nos "shopping" et "week-end" au lieu de leurs "magasinage" et "fin de semaine"), mais, aussi et surtout désormais, nos prétendus renoncements, sur le terrain international et scientifique en particulier. Pourtant, (mais est-ce la bonne voie), depuis des décennies, nous investissons des centaines de millions pour tenter de faire parler français dans les institutions internationales, contre tout bon sens et la plus modeste des observations, ce qui nous empêche pas de continuer en ce sens ; ce fut, une fois de plus, un des thèmes du dernier Sommet francophone dont je vais parler.

Désespérant de nous convaincre, en dépit des vitupérations de Madame Denise Bombardier et de l'appel des 101 (non pas qu'il n'y ait que 101 intellectuels québécois qui plaident cette cause, mais sans doute plutôt par référence à la loi 101 de la Belle Province), ils ont récemment fait installer à l'université Laval de Québec (en le finançant par moitié, le reste venant de financements internationaux francophones, donc largement français par la force des choses) un institut de démographie linguistique (la démographie est, avec la terminologie et le sirop d'érable, une des spécialités du Québec).

Cet institut s'efforce désormais, dans une intention louable, de renvoyer l'ascenseur à l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), basée à Paris, en lui fournissant des chiffres mirifiques sur l'usage et l'avenir du français. Je dis et répète depuis longtemps que fabriquer des statistiques, fausses ou même aberrantes, si satisfaisantes qu'elles soient pour les paladins de la francophonie, n'est assurément pas le meilleur moyen de définir et de jeter les bases d'une politique réaliste et efficace en matière de diffusion de la langue française.

Je serai très bref sur le contenu même de cet article qui, est, surtout, une recension dans notre presse de ce que l'auteur appelle, non sans raison, son anglomanie (cela va de "standing" à "traveling" en passant par "casting" ; pas de quoi fouetter un rédacteur en chef ! Comme vous voyez le genre, je n'insisterai pas là-dessus. Tout a été dit à ce propos depuis le "franglais" d'Étiemble qu'apparemment l'auteur de cet article ne connaît pas.

En revanche je citerai volontiers le début de cet article tant il concentre les erreurs et les aberrations. Le voici donc :

« Le 14e sommet de l'Organisation Internationale de la Francophonie s'est tenu du 12 au 14 octobre à Kinshasa. Cette organisation qui défend les « valeurs humanistes attachées à la langue française » regroupe 57 Etats membres situés pour la plupart en Afrique subsaharienne et de l'Ouest. Selon ses estimations, en 2050, 85 % des francophones du monde seront concentrées sur ce continent. Le nombre des francophone est estimé aujourd'hui à 220 millions. ».

La plus grosse sottise, mais elle est nullement spécifique de l'auteur de cet article et traîne partout, est la référence aux « valeurs humanistes attachées à la langue française ». Une telle formule, dont on nous rebat les oreilles depuis des siècles, est évidemment totalement dépourvue de sens et on se demande bien comment une langue pourrait, plus qu'une autre, porter des "valeurs humanistes". Hitler parlait allemand et bon nombre de ses sectateurs français parlaient français ; cela ne les empêchait nullement de le suivre. On pourrait citer bon nombre de francophones, y compris dans les locuteurs actuels, dont les propos ne paraissent guère caractérisés par ces fameuses "valeurs humanistes" qu'on prétend attachées à la langue française.

Sur le plan de la géographie, ce début d'article ne vaut guère mieux ; je rappelle qu'il localise la plupart des Etats francophones « en Afrique subsaharienne et de l'Ouest ». Pour un défenseur si ardent de la langue française, l'auteur devrait éviter de coordonner ainsi par la préposition "et" l'adjectif qualificatif "subsaharienne" et un complément de nom comme "de l'Ouest", ce qu'interdit le bon usage de cet idiome qui est en outre pléonastique car tout ce qu'on nomme Afrique de l'Ouest est susaharien. Toutefois, comme un puriste trouve toujours plus puriste que lui qui l' épure, je ne m'attarderai pas sur ce point

Cet article ne vaut pas mieux pour ce qui concerne la démographie et, par conséquent, la démographie linguistique. C'est désormais, après le décès de l'IRAF, l'institut de démographie linguistique de l'université Laval qui alimente les organismes francophones en données mirifiques sur l'état et l'avenir de la francophonie. Cette reconnaissance du ventre est louable chez ces démographes (qui ne me paraissent guère linguistes et peu familiers de l'Afrique) puisque, si cet institut a été financé par moitié par le Québec, le reste de son financement est venu de la francophonie ; on juge donc bon de renvoyer l'ascenseur. Normal mais très dangereux!

Ce qui est louable sur le plan de la morale et de la politesse ne l'est pas forcément sur ceux de la science et de la politique. Passons sur les 220 millions de francophones actuels ; ce genre de données dépend évidemment du niveau de compétence par lequel on définit un francophone ; il semble que, dans le présent cas, on considère que l'on est francophone si l'on sait dire "Bonjour, ça va?", comme Figaro prétendait qu'on savait tout de la langue anglaise, si l'on savait placer avec adresse le mot "Goddam".

En revanche, le chiffre le plus aberrant fourni par cet institut et repris par les autorités francophones et toute la presse n'est pas celui-ci ; il tient, lui, à l'évaluation du nombre des francophones en 2050 à 500 millions ! Si l'on admet qu'il y a aujourd'hui moins de 500 millions d'hispanophones dans le monde (l'espagnol étant la langue mondiale la plus répandue chez des locuteurs compétents voire natifs), on doit estimer que la tâche des responsables de la diffusion du français dans le monde est donc plutôt de modérer cet essor que de l'accélérer et l'intensifier!

Il est clair que fonder une stratégie politique de diffusion du français sur des données si aberrantes ne peut conduire qu'à la catastrophe, surtout si, au même moment, on ferme les yeux sur des évolutions, certes un peu symboliques mais significatives, qui font que des Etats comme naguère le Zaïre ou maintenant le Rwanda et le Gabon font les yeux doux à l'anglophonie et au Commonwealth. Mais j'ai déjà écrit sur ces questions et je ne peux que renvoyer à différents blogs que j'ai faits sur le sujet ; c'est d'ailleurs ce qui explique que j'ai intitulé ce dernier "Francophony (suite)".

Un mot, en forme de conclusion, à notre brave auteur québécois se désole de l'envahissement de notre français actuel par les termes anglais ; je le déplore comme lui surtout quand il est parfaitement inutile, mais il y a encore infiniment plus de mots d'origine française (ou assimilée) dans l'anglais qu'il n'y aura jamais de mots anglais dans le français!

Je terminerai sur un mot, très à la mode maintenant dans la presse française (le top et le must à la fois!) car il témoigne que nos journalistes ne connaissent pas mieux le français que l'anglais. Il s'agit en effet du "fact-checking" qui consiste à confronter les affirmations, faites ici ou là, propos de faits évoqués, avec que ce qu'on peut juger de leur réalité par d'autres sources.

Le problème est que l'usage de ce terme est, en français déjà, à la fois inutile et stupide. En effet, ce qu'on peut vérifier, ce ne sont en rien des faits ("facts"), mais des données ("data"). Ce que l'on devrait pratiquer, chez nos journalistes à la mode, c'est le "data checking" et non pas le "fact checking" car seules les données sont accessibles, les faits restant toujours, à ce niveau du moins, hors de notre portée.

mercredi 7 septembre 2011

Du lourd!



Quelques jours de silence de ma part sur ce blog du fait de mon éloignement de mon ordinateur ; cette circonstance m'a amené à réfléchir à des sujets sérieux sans me vouer, comme on me le reproche parfois, aux futilités et aux niaiseries de notre paysage audiovisuel français.

J'ai été d'autant plus enclin à le faire que nous sommes en pleine période de réflexion à la fois sur le très court terme (comment trouver quelques milliards pour boucher très vite une infime partie du gigantesque gouffre de notre dette ?) et sur le long terme (comment faire face au problème des évolutions prévisibles, en particulier démographiques et économiques, de notre pauvre France ?).

Naturellement les mesures envisagées ont engendré aussitôt une unanime et immense levée de boucliers de la part de tous ceux qui étaient concernés par les changements proposés par le gouvernement qui, naturellement, a laissé un peu de mou dans décisions pour permettre aux députés de les aménager dans le détail et de faire, par là, leur tour de piste électoraliste . On retrouve ici la règle, non pas d'or mais d'airain de notre pays (inutile de l'inscrire dans la constitution car l'airain est aussi dur que l'or est mou !) qui est que nous sommes, tous et toujours, pour les réformes et le changement à condition qu'ils ne nous concernent pas personnellement!

On a même vu Jean-Pierre Raffarin jouer les moutons enragés et monter au créneau contre la taxe appliquée aux parcs de loisir. Dans un souci purement électoral, il prétend sauvegarder l'oeuvre immortelle du regretté Monory, le Futuroscope de Poitiers. Il emboitait ainsi le pas au Vicomte de Villiers, prêt à rompre des lances pour son cher Puy du Fou! J'ai même été très étonné, en la circonstance, de ne pas entendre grincer la voix de Valéry Giscard d'Estaing, ce qui me donne à penser que son Vulcania n'est pas un parc de loisirs.

Restons-en aux choses sérieuses, nous savons désormais qu'en France, nous voyons peser sur notre avenir deux lourdes menaces : d'une part, le vieillissement de notre population et le coût de l'entretien d'une foule de vieillards sans cesse croissante ; d'autre part, plus inattendu, une démographie galopante (la tête de la course étant tenue sans discussion possible par les « quartiers » et, en particulier, le 93 qui a plusieurs longueurs d'avance). La conséquence, inattendue mais inéluctable, de cette démographie est la montée du chômage, dans lequel nous avons déjà des performances tout à fait remarquables.

Envisageant ces deux problèmes, j'eus soudain une illumination que je livre à la sagacité de notre gouvernement, ce conseil étant naturellement gratuit comme tout ceux que fournit Usbek and Co. Consulting.

On sait, depuis Christophe Colomb et son oeuf, que la solution des problèmes en apparence insolubles est toujours des plus simples. Quelle est la difficulté ? Nous devons à la fois nourrir nos vieillards et réduire le nombre de nos nourrissons. Comment faire ?

La solution est évidente : il suffit de faire manger les bébés par les vieillards !

Je ne suis pas sûr que quelques vagues souvenirs de l'enseignement classique n'ait pas été chercher, au fin fond de mon subconscient, le mythe de Chronos, le papa de Zeus, qui, on s'en souvient, dévorait ses enfants. Zeus n'échappa à la voracité de son paternel que parce que l'avidité de Chronos, égale à son appétit, l'empêcha de remarquer qu'on avait substitué une grosse pierre au nourrisson qu'il pensait dévorer.

lundi 24 janvier 2011

Ajout involontaire au précédent!

Le hasard fait bien les choses!

Au cas où la chose vous aurait échappée, le samedi 08 juin 2010 après-midi, Françoise Tenenbaum, adjointe déléguée à la solidarité et à la santé, a procédé à la remise des médailles de la famille française salle de Flore à Dijon.

Voici le récit de la cérémonie.

"Créée en 1920 par décret, modifié le 28 octobre 1982, la médaille de la Famille française est « une distinction honorifique décernée aux personnes qui élèvent ou ont élevé dignement de nombreux enfants, afin de rendre hommage à leurs mérites et de leur témoigner la reconnaissance de la Nation ».


Samedi après-midi, Françoise Tenenbaum, adjointe déléguée à la Solidarité et à la Santé, a procédé à la remise des médailles de la Famille française, salle de Flore.

C'est donc une façon de récompenser ces mères méritantes qui, par leur dévouement et leur abnégation, ont su assumer leur rôle, même si ces mères, quant à elles, pensent qu'il n'y a là aucun mérite.

L'instruction des demandes est réalisée par l'UDAF qui diligente les enquêtes. Les médailles sont attribuées par décision du préfet, l'avis du sénateur-maire ayant été préalablement requis.

C'est ainsi que vingt et une mères, devant toutes les familles réunies, ont reçu leur médaille. Huit médailles d'argent (six ou sept enfants) : Fatiha Benhalima, Fouzia Amezane, Fatima Boularess, Aïcha Hadj-Abderrahmane, Mama Lefdou, Fatima Loubbi, Rosaria Rutigliano, Aïcha Tasry.

Treize médailles de bronze (quatre ou cinq enfants) : Saadia Ayar née Ayar, Saadia Ayar née Jabir, Medhia Bargaoui, Fatima Batta, Diane Brenot, Saâdia Brouzi, Fatima Et-Tellah, Nacéra Farsi, Fatima Haddache, Nathalie Lerbet, Zineb Oussghir, Stella-Cora Robert, Latifa Sabik.

bienpublic.com

Démographie. Promis ! On arrête le politiquement correct !

Vous aurez sans doute reconnu dans ce titre la parodie du titre de l’immortel ouvrage de Jean-François Copé paru en 2006, Promis ! J’arrête la langue de bois ! dont nous avons pu constater, à l’usage, chez son auteur, depuis bientôt un lustre, les effets stupéfiants.

Plus récemment, de la droite à la gauche, on a observé, pour une fois, une rare unité de pensée (l’usage de ce dernier terme apparaît quelque peu excessif et même tout à fait inadapté en pareil cas) devant le classement des plus flatteurs obtenu par la France dans les statistiques sur la démographie européenne. A ce que l’on nous dit, nous y occupons la deuxième place (2,01 enfants par femme), juste derrière l’Irlande (2,07 enfants en 2009). Voilà qui nous met bien loin devant la moyenne européenne (1,6 % en 2009) et nous donne d’espoir, tant pour l’avenir de notre pays que pour nos retraites, dans l’hypothèse toutefois où les bambins annoncés trouveraient un jour, devenus adultes, un emploi.

Je n'ai pas pu faire, la semaine dernière, le post sur le sujet que j'avais médité à ce propos, suite au « C dans l’air » du 19 janvier 2011 qu’Yves Calvi a consacré à ces glorieuses statistiques démographiques sous le titre « 1 Français sur 107 terriens » ; je reviens donc à ce sujet, car me semble-t-il, il en vaut la peine pour l’illustration parfaite de la « langue de bois » et du « politiquement correct » actuels.

Cette émission ne présentait d’intérêt que par la claire connivence des participants à éviter le point central du débat, pourtant évident : « Pourquoi naît-il plus d’enfants en France qu’ailleurs ? ». Serait-ce le climat ? Le modèle Bayrou ? La tradition du « french lover» ? Nul n’a osé avancer l’une ou l’autre de ces hypothèses !

Il y toutefois eu un épisode amusant, lié aux propos du seul véritable spécialiste des quatre intervenants, Gérard-François Dumont, géographe de Paris IV, membre, nous a-t-il précisé, de je ne sais quel comité Théodule chargé de ces problèmes démographiques.

Au milieu de propos lénifiants, G-F Dumont, qui arbore en permanence le sourire de celui à qui on ne l’a fait pas, a murmuré, à un moment, une phrase, à peine audible, à propos de la démographie française, en précisant que le département français qui occupait la tête du classement national pour le taux de fécondité était la Seine Saint-Denis (le 93 comme on dit désormais).

L'intérêt de la chose n'était pas tant dans l'information elle-même que dans la façon dont il l'a livrée, à peine audible et avec la claire volonté de passer le plus vite possible à autre chose. Comme aurait dit le bon Homère, « à peine ces mots avaient-ils franchi la barrière de ses dents », qu'il glissait vers un autre sujet, sans attacher la moindre importance à ce détail qu’il n’osait pas pourtant ne pas évoquer. Yves Calvi, qui, habituellement, est un peu plus vigilant sommeillait, sans doute, gagné par la torpeur qu'on prêtait aussi parfois au bon Homère.

On peut naturellement s'interroger sur ce détail et, peut-être, là aussi, aventurer quelques hypothèses. La fécondité des femmes de la Seine-Saint-Denis s'expliquerait-elle par un déterminisme géographique qui, dans ce seul département, déclencherait chez elles des processus hormonaux spécifiques engendrant une fertilité plus grande ? Le taux de chômage exceptionnellement élevé dans le 93 conduirait-il maris, amants et concubins, dans leur oisiveté, à féconder plus souvent et plus activement leurs compagnes ? Bref, on peut trouver toutes les explications qu'on veut mais j'en ai personnellement une autre.

Elle tient à ce qu'ayant vécu quelques années à Marseille, dans un quartier populaire où la langue la plus parlée n’était probablement pas le français et où les familles maghrébines, africaines ou comoriennes (Marseille est, pour la population, la deuxième ville des Comores) étaient fort nombreuses (aux deux sens du tour !), j'ai gardé quelques images qui m'inspirent ici cette hypothèse. Je revois, sur le boulevard de Paris, toutes ces mères de famille africaines ou comoriennes que j’y croisais habituellement. Souvent opulentes, dans leurs costumes bigarrés, elles avançaient sur le trottoir, entraînant dans leur sillage majestueux trois ou quatre marmots qui trottinaient derrière leur maman. Je me demande donc si cette image ne fournit pas tout bêtement d'explication que je cherche.

Comme on le dit ailleurs de façon plus sérieuse et plus austère : « Si la France est la championne européenne des naissances, elle le doit surtout à ses immigrés »

Veut-on, non des impressions mais des chiffres ? Un Rapport annuel (un peu ancien mais les choses n’ont guère changé) sur l’immigration et la présence étrangère en France, émanant de la Direction des populations et migrations, montre qu’en France, en 2004, sur 800 000 naissances, 150 000, soit 19 %, étaient d’au moins un parent étranger, contre 120 000 en 2000 (13 % des naissances de l’époque). Sans cet apport, l’indicateur de fécondité aurait été, en 2006, de 1,7 au lieu de 2 et il en est évidemment de même pour toutes les années qui suivent !

Je ne veux nullement ouvrir ici un débat sur cette question dont les données sont évidentes et tout à fait disponibles sauf pour ceux qui entendent continuer à fermer les yeux sur ces problèmes et surtout n'en point parler. Il est, à cet égard, tout à fait significatif de consulter dans l’Index mundi les données mondiales sur la croissance démographique. J’y ai découvert des choses un peu étonnantes comme le fait que le podium est occupé par les Emirats Arabes Unis (3,69 enfants par femme) et le Koweit (3,55), le Niger (3,68), que je croyais mieux placé, n’occupant que la deuxième place. Je constate sans surprise que la France peut encore nourrir des espoirs avec Mayotte, puisque notre futur département ultramarin se classe 6ème (avec 3,32 enfant par femme). On ne doit pas s’étonner outre mesure, en revanche, de voir très mal classé (avec 0 enfant par femme)... le Saint-Siège !