À lire Mediapart du 10 juillet 2013, après le jugement dans l'affaire Mediapart-Bettencourt, qui a soulevé une indignation, nationale et internationale, aussi légitime qu'unanime, on est tenté de conclure que, si la Françafrique est finie, comme on nous le répète, nous sommes désormais dans l'Afro France, car notre pays va, dans le domaine des affaires, au-delà même de ce que l'on peut observer dans les républiques bananières et les dictatures du Sud.
Deux articles en particulier m'ont amené à introduire ce concept d'Afro France qui me paraît convenable pour décrire la situation de notre pays.
C'est, d'une part, celui de Laurent Mauduit qui nous a fait un compte rendu de "Ce qu'a dit Bernard Tapie pendant sa garde à vue", à croire qu'il s'était changé en souris pour la circonstance (je parle de LM et non de BT en dépit du peu de mémoire du second). Ce qu'a dit Bernard Tapie est à lire dans cet article, toutefois ces propos sont infiniment moins importants que ce que Tapie n'a pas dit !
En effet, à toutes les questions importantes qui lui étaient posées, Nanard avait perdu jusqu'au moindre souvenir des faits sur lesquels on l'interrogeait, des rencontres qui avaient eu lieu, des réunions auxquelles il avait participé comme des déjeuners ou des dîners de travail qui l'avaient amené à rencontrer les principaux personnages de l'entourage élyséen voire même, plus étonnant encore, et à diverses reprises, l'avocat.... de la partie adverse !
Se développe désormais chez nous une culture légale du silence! Tapie n'a pas affecté, dans sa garde à vue, comme il aurait pu le faire la morgue d'un Jérôme Cahuzac qui, à chaque question ou presque, rétorquait avec arrogance qu'il ne répondrait pas à cette question. Bernard Tapie lui s'est cantonné, en quasi permanence et profil bas, dans le rôle de l'amnésique pur et simple devant toutes les questions gênantes.
Je trouve que, faute d'obtenir les réponses qu'ils souhaitaient, ses interrogateurs auraient pu, devant une si évidente et constante mauvaise volonté, certes mettre légalement fin à la garde à vue de trois jours mais boucler Nanard lui-même vu son refus obstiné de répondre à toutes les questions importantes qui lui étaient posées.
L'autre article de Mediapart qui, dans un genre différent, m'a beaucoup amusé dans le numéro du 10 juillet 2013 est celui de Michel Deléan intitulé "Quand Pierre Esnouf réclamait 18 milliards à l'État".
Cette affaire de l'arbitrage Tapie est désormais, en dépit de l'amnésie générale des intéressés, claire, dans sa conception comme dans son montage et son contenu, même si chacun se dérobe ; on se doutait depuis longtemps qu'il y avait là une embrouille politique et il fallait bien que Nicolas Sarkozy fut peu certain de sa victoire en 2007 pour s'offrir l'appui misérable de Bernard Tapie dans l'élection présidentielle ! Mais après tout il y a peut-être des choses que nous connaissons pas (Cécilia ?) et surtout finalement tout cet argent ne sortirait pas de sa poche et, par conséquent, peu lui importait le prix à payer.
En la circonstance, ce qu'il y a de plus intéressant dans l'article de Michel Deléan est un aspect annexe de la fumeuse affaire Bucioli ; elle se situe dans la période 2005 2010, donc précisément au moment du fameux arbitrage. Une des leçons de tout ça est que, dans un souci d'économies, on devrait s'abstenir de donner des retraites aux hauts magistrats qui font dans l'arbitrage, puisque, quand ils cessent leur activité, elle semble devenir alors infiniment plus rémunératrice que leur activité professionnelle passée, si l'on en juge par les émoluments de 330 000 € pour une affaire comme celle qui est en cause. Une pauvre retraite de 5000 € est véritablement inutile et même ridicule pour des gens dont les simples conseils peuvent être vendues à de tels prix et sans que l'État intervienne. Je croyais naïvement qu'une retraite de fonctionnaire ne pouvait être cumulée avec une autre activité, surtout de cette nature et de cette importance.
Coïncidence admirable : la somme que pouvait espérer Monsieur Estoup figure le texte, extrait de l'article de Michel Deléan, que je reproduis ci-dessous
"Selon la convention d’honoraires que nous publions, Pierre Estoup a reçu une provision de 15 250 euros sur des honoraires fixes de 22 875 euros hors taxe, mais il se verrait – surtout – attribuer un « honoraire de résultats » de 10 % jusqu’à 4 milliards d’euros (soit 400 millions tout de même), et de 5 % au-delà de cette somme..."
"400 millions d'euros" ?
Ce chiffre ne vous rappelle rien ? 400 millions d'euros paraît être l'unité de compte de Monsieur Estoup, puisque c'est exactement la somme que l'arbitrage qu'il a préparé devait attribuer à Bernard Tapie. Ce magistrat en retraite se serait-il trompé dans ses écrits et aurait-il confondu les deux affaires ou réclame-t-il systématiquement 400 millions d'euros dans toutes celles dont il a à s'occuper, que ce soit pour lui ou pour un autre ?
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jeudi 11 juillet 2013
lundi 25 mars 2013
L'auberge sahélienne (suite et pas fin!)
Commentaire d'Expat (comme toujours intéressant et
bien informé) sur mon post d'hier ; je le reproduis ici car la plupart ne l'ont
sans doute pas lu.
"Cher Usbek,
Je pense qu'en termes de négociations entre la France et le Tchad, s'agissant de cet engagement et peut-être davantage, Idriss Déby est mieux armé, si j'ose dire, que Hollande.
Sur un point de vue militaire, lui sait au moins de quoi il parle puisque ce n'est pas un politique, mais un militaire ayant pris le pouvoir, en plus avec le soutien des Français, les militaires ayant sans aucun doute joué de leur influence pour qu'on se débarrasse enfin de Hissène Habré en faveur de celui qu'ils considéraient comme leur poulain. Sur ce dernier point je peux témoigner de la cote de popularité qu'il pouvait avoir auprès du commandement français au Tchad au cours des années 80 quand il était alors le commandant en chef, très efficace par ailleurs, des forces tchadiennes. Tout ça pour dire que la guerre et ce type de guerre il connait pour l'avoir vécu, comme il connait nos faiblesses sur ce type de terrain face à ce type d'ennemis.
Maintenant il faut considérer les intérêts réciproques des uns et des autres.
S'agissant du Mali, inutile de s'étendre sur le fait que l'apport tchadien est fondamental.
Sur un plan plus global, on considèrera que Déby ayant troqué sa djellaba de comchef des forces armées tchadiennes contre le costume cravate du chef d'Etat ne s'est pas bonifié, c'est une litote. Reste qu'on l'a sorti une ou deux fois de la panade. La dernière fois on en était aux dernières extrémités puisque le palais présidentiel était encerclé et lui dedans. Ce qui veut dire qu'il est sans doute plus utile qu'un éventuel successeur inconnu. Déby est le dernier avatar de ces gens du Nord au pouvoir depuis la fin des années 70. Il y avait le duo Goukouni-Habré qui se disputait régulièrement le pouvoir, et vite Déby est apparu comme un remplaçant possible et même crédible. Depuis c'est moins clair ou disons qu'on n'a pas de réel "poulain". Donc notre intérêt est peut-être de garder celui qu'on connait et qui nous garantit un positionnement intéressant dans cette région de l'Afrique, surtout depuis que notre présence en Centrafrique est devenue symbolique.
Tout ça pour dire que pour l'instant, il profite dans ses rapports avec la France d'une situation qui lui est favorable, ce qui lui permet effectivement de fanfaronner".
Je pense qu'en termes de négociations entre la France et le Tchad, s'agissant de cet engagement et peut-être davantage, Idriss Déby est mieux armé, si j'ose dire, que Hollande.
Sur un point de vue militaire, lui sait au moins de quoi il parle puisque ce n'est pas un politique, mais un militaire ayant pris le pouvoir, en plus avec le soutien des Français, les militaires ayant sans aucun doute joué de leur influence pour qu'on se débarrasse enfin de Hissène Habré en faveur de celui qu'ils considéraient comme leur poulain. Sur ce dernier point je peux témoigner de la cote de popularité qu'il pouvait avoir auprès du commandement français au Tchad au cours des années 80 quand il était alors le commandant en chef, très efficace par ailleurs, des forces tchadiennes. Tout ça pour dire que la guerre et ce type de guerre il connait pour l'avoir vécu, comme il connait nos faiblesses sur ce type de terrain face à ce type d'ennemis.
Maintenant il faut considérer les intérêts réciproques des uns et des autres.
S'agissant du Mali, inutile de s'étendre sur le fait que l'apport tchadien est fondamental.
Sur un plan plus global, on considèrera que Déby ayant troqué sa djellaba de comchef des forces armées tchadiennes contre le costume cravate du chef d'Etat ne s'est pas bonifié, c'est une litote. Reste qu'on l'a sorti une ou deux fois de la panade. La dernière fois on en était aux dernières extrémités puisque le palais présidentiel était encerclé et lui dedans. Ce qui veut dire qu'il est sans doute plus utile qu'un éventuel successeur inconnu. Déby est le dernier avatar de ces gens du Nord au pouvoir depuis la fin des années 70. Il y avait le duo Goukouni-Habré qui se disputait régulièrement le pouvoir, et vite Déby est apparu comme un remplaçant possible et même crédible. Depuis c'est moins clair ou disons qu'on n'a pas de réel "poulain". Donc notre intérêt est peut-être de garder celui qu'on connait et qui nous garantit un positionnement intéressant dans cette région de l'Afrique, surtout depuis que notre présence en Centrafrique est devenue symbolique.
Tout ça pour dire que pour l'instant, il profite dans ses rapports avec la France d'une situation qui lui est favorable, ce qui lui permet effectivement de fanfaronner".
Mes
hypothèses sur les relations entre Hollande et Deby durant le dernier trimestre
2012 sont confirmées par un texte, paru à l'époque (4/12/12) sur internet. Je ne l'ai trouvé qu'hier, par hasard, après la publication
de mon blog dont il confirme l'hypothèse et les conclusions. Voici ce texte
paru dans Survie.org :
"Hollande fait la paix avec Déby et prépare la guerre
Après
quelques hésitations, le dictateur tchadien Idriss Déby sera reçu à l’Elysée
par François Hollande mercredi. Cette rencontre plusieurs fois reportée, aura
lieu sur fond de négociation sur une intervention militaire au Mali appuyée par
la France, qui souhaite mobiliser les troupes claniques de l’armée tchadienne.
L’accueil
annoncé à l’Elysée du dictateur tchadien Idriss Déby le 5 décembre conclut un
vrai-faux suspense qui a duré plusieurs semaines. Les reports de ce rendez-vous
sont probablement le signe de houleuses tractations dans lesquelles les
questions liées aux violations des droits humains au Tchad n’auront au final
pas pesé lourd face à la volonté de la France d’obtenir le soutien de N’djamena
dans le dossier malien. En effet, pour des raisons géostratégiques décidées en
dehors de la volonté souveraine du Mali, la France fait depuis plusieurs mois
pression sur le président tchadien pour obtenir la participation de ses troupes
et de ses moyens militaires dans l’ « opération africaine » qu’elle promeut.
Une participation évidemment compromise si Hollande n’accepte pas de donner un
minimum de caution diplomatique à Déby en le recevant à l’Elysée.
Le
cas tchadien illustre cette incapacité de l’exécutif français à définir une
ligne diplomatique claire et assumée concernant ses relations avec les
dictateurs africains. A quoi bon en effet tenir un discours sur les droits
humains sur les terres d’un dictateur à Kinshasa en octobre et se pincer le nez
face à lui, si c’était pour rencontrer discrètement dans la même journée les
despotes congolais et camerounais Denis Sassou Nguesso et Paul Biya ou si c’est
pour recevoir à l’Elysée le dictateur tchadien Idriss Déby quelques semaines
plus tard ?
Rappelons
qu’Idriss Déby, souhaitant faire jouer au maximum son potentiel de négociation,
avait pris soin de décliner l’invitation à Kinshasa, sans doute d’en l’attente
d’être « mieux traité » à Paris. C’était prendre peu de risques. Les visites
ministérielles au Tchad en juillet dernier de Laurent Fabius et Pascal Canfin
avaient en effet laissé envisager, sur fond de crise au Mali, une continuité
dans la politique française de soutien « pragmatique » au dictateur, le chef de la diplomatie française y faisant étalage des «
relations d’amitié qui demeurent » .
En
fait d’amitié, c’est l’armée tchadienne qui est soutenue sans discontinuer par
le dispositif militaire français Epervier, lancé en 1986 par le gouvernement
Fabius – ce dispositif est constitué d’un millier d’hommes, d’une force
d’aviation et de renseignement sophistiqué, renforcé ces dernières semaines.
L’armée tchadienne, en phase avec la volonté farouche d’Idriss Deby de se
maintenir au pouvoir, est une des plus puissantes de la région. Habituée à des
opérations dans des zones désertiques, elle compterait « 30.000 hommes équipés
d’armes modernes et de moyens aériens ». Dans un pays classé parmi les plus
pauvres de la planète, l’armée plétorique de ce pouvoir couvé par les bons
soins de la France aurait davantage de quoi inquiéter que de réjouir quiconque.
En
effet, Idriss Déby est responsable d’une partie des massacres et atrocités
commises sous le régime d’Hissène Habré, dont il fut le chef d’État major,
avant de le renverser en 1990 avec l’appui de la France. A la tête de l’État,
il n’hésita pas à ordonner de nouveaux massacres et des exactions insoutenables, et s’est maintenu au pouvoir par les
armes, toujours soutenu par la France. Un soutien tricolore multiforme :
économique, via les largesses en aide publique ; diplomatique, par la validation
d’élections truquées (quand la France n’a pas elle-même contribué à organiser
la fraude comme lors de la présidentielle de 2001) ; militaire enfin, l’armée
française repoussant les rébellions de 2006 ou 2008 et continuant à fournir en
armes un régime qui a renoncé à investir dans les secteurs sociaux de base et
n’hésite pas, comme le dénonce Amnesty International, à recruter des enfants
soldats.
Aujourd’hui,
alors que les Tchadiens réclament la démocratie, la fin de la répression contre
les opposants, victimes d’arrestations arbitraires, la vérité dans les
multiples affaires criminelles impliquant le régime tchadien (dont la
disparition de l’opposant Ibni Oumar Mahamet Saleh en février 2008), et surtout
des politiques publiques au service des populations, la France accepte de
redonner une caution d’honorabilité à Idriss Déby. Avec pour seul espoir que
les soldats tchadiens, supposés spécialistes du Sahel (du moins quand la France
les appuie), sinistrement réputés pour leur clanisme, leurs exactions et leurs
multiples retournement d’alliances dans les différents conflits internes, ne
constituent un soutien utile sur le terrain malien.
Naïvement
ou à dessein, le Président de la république française s’engouffre dans une
realpolitik promue avec son Ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius et
opte délibérément, sous des prétextes fallacieux, pour une politique criminelle
de réhabilitation d’un des pires despotes du continent. Un manque de lucidité
particulièrement étonnant tant les exactions du régime Déby sont connues et
documentées, y compris par des conseillers du président de la République, telle
l’ancienne députée Marie-Hélène Aubert qui de part ses travaux passés est bien
informée de la nature du régime d’Idriss Déby .
Une diplomatie française qui s’évertue à voir Idriss
Déby comme une solution plutôt que comme un problème n’est décidément pas prête
à rompre avec la Françafrique".
Pour
voir à quel point la vision de la situation au Tchad diffère de celle qu'on
nous présente, un texte tout récent publié sur internet là-bas (24 mars 2013) par
Moussa
Guetane Moussa dans
Alwihdainfo.com :
"Après
une longue série de tergiversations, la France reconnait à
contrecœur la mort du chef terroriste Abou Zeid. Cette reconnaissance forcée a
été longuement accentuée par la volonté affichée des FATIM et des hautes
autorités tchadiennes de ne pas se laisser cette capitale victoire contre le
terrorisme. Reste aussi pour la France de reconnaitre la mort de l’autre chef
terroriste Moukhtar Belmoukhtar. Le Tchad quant à lui maintient mordicus sa
déclaration sur la mort de ce dernier qui a été abattu grâce à la bravoure et
au professionnalisme des forces armées tchadiennes qui entendent lancer un
message fort à tous ceux
qui rêvent de rééditer l’expérience malienne sur le sol tchadien qu’ils seront
sévèrement battus à platcouture et leur
ambition macabre vouée à un échec cuisant et mémorable.
La France et
les pays de la
CEDEAO doivent implicitement reconnaitre que le Tchad est un partenaire
incontournable dans la stabilité et la lutte contre le
terrorisme dans la sous-région. Il est temps que les grandes puissances luttant
contre le terrorisme accordent une oreille attentive à notre pays en l’aidant
dans sa politique sécuritaire et en veillant à sa stabilité, un verrou important
dans la lutte contre le terrorisme. Avec la nouvelle donne sur l’implantation
des cellules terroristes actives et dormantes dans le Sahel, la stabilité du Tchad est un
atout indéniable pour la sécurité du reste de la région. Tout déstabilisation
ou trouble conflictuel au Tchad débordement au-delà de nos frontières pour
sonner le glas de la sécurité et de la stabilité dans la sous-region.
Le sacrifice
de nos vaillants soldats au Mali sera inscrit dans les annales de l’histoire de
la lutte contre le terrorisme. Le Tchad jadis considéré comme un pays de
troubles et de conflits incessants a su remonter la pente pour s’engager dans
le sillage des pays œuvrant pour la paix au-delà de leur frontière. Il est
primordial et capital pour les autorités tchadiennes de prendre toutes les
mesures pour doter encore nos forces armées et de sécurité des moyens plus
importants et sophistiqués pour défendre nos frontières et veiller à lutter
efficacement contre le terrorisme. La sous-region tirera un privilège
sécuritaire indéniable. C’est en modernisant nos forces armées et de sécurité
qu’on récoltera les fruits de notre investissement pour sécuriser et stabiliser
notre pays contre les visées déstabilisatrices et les actes de terrorisme. La
sécurité et la stabilité du Tchad est l’affaire de tous les Tchadiens d’abord,
ensuite viendrait l’aide de nos amis et partenaires étrangers. ".
Je laisse de côté ici les événements de RCA et la chute de Bozizé ! L'auberge va s'aggrandir !
lundi 15 octobre 2012
Etrange Sommet de la Francophonie à Kinshasa.
Allez donc trouver des informations un peu précises sur les participations au XIVè Sommet de la francophonie à Kinshasa comme sur le programme et le déroulement exacts et précis de cette manifestation.! Le programme officiel initial est depuis longtemps caduc et on s'est gardé de l'actualiser ; la presse française, comme les autres (mais de façon plus étonnante) est très discrète et/ou peu informée sur ces questions qui, au fond, n'intéressent guère. Pour être informé avec un peu de sincérité et de précision consulter, plutôt que RFI, jeuneafrique.com!
La présence du Président de la République française, François Hollande, a elle-même fait problème et débat ; elle n'a été confirmée qu'en dernière minute et les passes d'armes diplomatiques entre la France et et la RDC l'ont menacée jusqu'à la dernière minute.
J'ai d'ailleurs failli intituler l'un de mes posts sur la question « 36 heures d'Afrique » puisque le président Hollande n'est arrivé à Dakar qu'en toute fin de matinée (11heures 20) le vendredi 12 octobre et a quitté Kinshasa dans la soirée du 13. Cela ne fait pas beaucoup puisque il a dû effectuer, en la circonstance, deux visites officielles, l'une au Sénégal, l'autre en RDC. Le choix de l'escale du Sénégal ne relevait en rien de la géographie mais de la politique et on voulait moins opposer le discours de Hollande à celui de son prédécesseur qu'opposer par là un Etat démocratique (le Sénégal, même si l'on y a frôlé la catastrophe aux dernières élections présidentielles)
à la RDC qui ne brille guère en ce domaine!
Il faudrait d'ailleurs consulter, sur ces points, quelques spécialistes des finesses diplomatiques car, dans les nombreux communiqués de presse ou articles que j'ai lus, seul Antoine Glaser, le plus fin connaisseur des choses africaines, a noté que François Hollande repartait, dès le soir du 13 octobre (donc sans dormir sur le territoire de la RDC), ce qui est perçu en Afrique comme une forme d'offense.
Deuxième indice et non des moindres, la participation des Etats de la francophonie est très faible et les chefs d'Etat sont très peu nombreux. Certes, sur le 75 Etats qui se rattachent à l'OIF, d'une façon ou d'une autre, les Etats qui comportent une part de population réellement francophone sont de moins en moins nombreux, mais la participation des chefs d'Etat est deux fois moindre qu'à Montreux, lors du dernier Sommet et surtout, nombre de chefs d'État, même parfaitement francophones, s'y sont faits représenter, sans prendre la peine de se déplacer ce qui est une autre forme d'offense à l'égard de l'État organisateur. Tous n'ont pas eu la chance du Premier Ministre belge, Elio Di Rupo (la RDC était une colonie belge et Di Rupo est le premier vrai francophone a diriger un gouvernement belge depuis les années 70) . Les élections, qui se tiennent en Belgique, en ce dimanche 14 octobre, lui ont fourni un prétexte commode pour déléguer son ministre des affaires étrangères Didier Reynders. Les vrais chefs d'État sont rares à ce XIVè Sommet (on ne sait même pas leur nombre : vendredi, à l'ouverture, ils n'étaient que sept et ils seraient moins d'une quinzaine, grâce à quelques arrivées tardives et subalternes comme le Premier Ministre du Tchad, Emmanuel Nadingar ou le chef du gouvernement libanais. Tous n'ont pas vu là, comme le Président de la République haïtienne, Michel Martelly, une occasion de venir pour la première fois en Afrique depuis leur élection.
Un autre élément qui me paraît à prendre en compte pour percevoir le caractère étrange du climat diplomatique est le fait que, si les sept représentants des Etats qui sont arrivés le vendredi 12, ont été, assez logiquement, accueillis par Premier Ministre congolais, Augustin Matata Ponyo, on aurait pu toutefois penser que, dans la mesure où François Hollande n'arrivait que le samedi 13 dans la matinée, le Président Kabila aurait pu, dans un souci d'apaisement, venir l'attendre à l'aéroport. Il n'en a rien été et l'accueil du président français a été à l'aune du reste de sa présence, quelques heures durant, dans la capitale de la RDC où l'un et l'autre se sont marqués une évidente froideur, en particulier lors des applaudissements.
Dernier accroc au protocole de semblables réunions et dans un tel climat, François Hollande n'a pas jugé bon de participer à la réunion de clôture du Sommet, dimanche 14. Bonjour l'ambiance !
Il en est de même pour le tout le programme de ce Sommet qui,ô ironie, devait être consacré, pour une part, à la "gouvernance démocratique" ce qui est pour le moins plaisant, compte-tenu du lieu de cette réunion où l'on pensait "tirer vers le haut" la RDC par ce moyen. En réalité, sans qu'on le dise clairement, tout a été bouleversé pour lever les réticences générales. Les entretiens comme la réunion ont été très courts : le samedi matin les présidents Hollande et Kabila ne se sont vus que moins d'une demi-heure et l'on ne pouvait guère compter sur le déjeuner et le dîner officiels du samedi 13 pour que les discussions politiques prennent un tour véritablement sérieux. Comme François Hollande est parti dès le samedi soir, autant dire qu'il aura à peine vu le président Kabila et sans doute pas du tout Michel Martelly qui était venu d'Haïti dans l'espoir, naïvement affirmé, de pouvoir s'entretenir avec lui.
François Hollande, en outre, a passé beaucoup de temps à l'ambassade de France qui, du fait du privilège diplomatique de l'exterritorialité est, en réalité, hors de la République Démocratique du Congo. Il y a reçu, non seulement les Français de Kinshasa selon l'habitude, mais également des O.N.G. et des représentants de la société civile congolaise peu portés à l'indulgence à l'égard du Président Kabila. Pire encore, il a rencontré surtout l'octogénaire Étienne Tshisekedi, chef historique de l'opposition gouvernementale, battu par Kabila lors des élections de 2011 mais qui persiste à se proclamer vainqueur en raison de la fraude massive de son adversaire. Comme si cela ne suffisait pas, notre président a inauguré comme je l'ai rappelé, la médiathèque de l'Institut français, imprudemment ou insolemment, baptisée Floribert Chebaya, du nom d'un militant congolais des droits de l'homme assassiné en 2010 à Kinshasa, crime dont les auteurs ne sont pas encore jugés.
Tout cela permet d'imaginer le climat qui a été celui des relations franco- congolaises durant ce bref séjour, les services de communication du gouvernement s'employant néanmoins à combattre la fâcheuse influence de la France en déclarant sans rire, comme Lambert Omalanga, porte-parole du gouvernement : « Nous sommes le pays le plus avancé dans les droits de l'opposition.".
Que sortira-t-il de ce Sommet ?
Pas grand-chose sans doute ; en tout cas, l'opération publicitaire qu'on espérait pour la RDC dans cette affaire a largement échoué et n'en reste que les infrastructures chinoises qu'on se garde d'ailleurs d'attribuer à leurs auteurs. En dépit des insistances venues de divers côtés, le Président du Rwanda Kagamé, qu'on accuse de soutenir la rébellion dans l'Est du Congo par l'intermédiaire du M23, n'est pas venu.
Contrairement à ce que pensaient bon nombre de ses adversaires, le vainqueur dans toute cette affaire est finalement, sans conteste, François Hollande qui apparaît ainsi, en matière diplomatique, très supérieur à son prédécesseur, non pas tant par son discours de Dakar ou le propos de sept minutes devant l'assemblée générale du Sommet de Kinshasa, mais plutôt par sa fermeté à tenir, sans violence ni éclat, les positions qui étaient les siennes, en particulier sur les droits de l'homme et la gouvernance en RDC.
J'ai rappelé qu'il avait même fait un miracle en faisant réapparaître, après plus de trois mois de disparition, un opposant politique de Kabila, Eugène Ndonga qu'on accusait de viol, en portant au compte de son souhait d'échapper à la justice, sa soudaine disparition. Eugène Ndonga, quoique libéré, reste surveillé. Espérons que le désappointement de Joseph Kabila, masqué par une satisfaction de façade, ne sera pas fatal à Ndonga, une fois achevé un Sommet dont le pouvoir local attendait bien plus.
Libellés :
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RDC; sommet francophone
dimanche 14 octobre 2012
Sommet de la Francophonie : Kinshasa ou Chineshasa ?
Vous connaissez mon (mauvais) goût pour les jeux de mots dans les titres de mes posts. Je vous donnerai donc pour celui-ci quelques explications liminaires, car mon propos est effectivement d'envisager, d'un même regard, les deux séjours, également brefs mais dans des ambiances fort différentes, de François Hollande, Président de la République française, à Dakar d'abord, à Kinshasa ensuite.
J'ai entendu et lu les commentaires, multiples mais non divers, de la presse française, audiovisuelle surtout, sur le discours de Dakar et je les ai trouvés, comme toujours, infiniment prévisibles et sinistrement identiques dans leur absence, totale et commune, d'intérêt comme d'analyses ; on nous a bassiné, pour la 20e fois, avec la fin de la Françafrique (ce pauvre F.-X.Verschave, qui a popularisé par son livre le terme qui aurait été inventé par Houphouët-Boigny, a fort heureusement quitté cette vallée de larmes, faute de quoi il serait sans doute mort de honte!) et l'éloge du ton, modeste voire humble (normal en somme mais il avait pourtant l'oeil luisant!) de notre président, succédant par là aux accents bien différents de son prédécesseur, volontiers porté aux rodomontades surtout lorsqu'il avait à lire les textes de Monsieur Henri Guaino.
Il se trouve que, tout à fait par hasard, j'ai entendu avant-hier, en direct s'il vous plait, le discours de François Hollande car vers 17 heures, j'ai regardé un peu machinalement la Chaîne Parlementaire française (LCP) pour laquelle j'ai d'ailleurs de plus en plus d'estime, car la qualité de ses émissions est souvent très supérieure à ce que nous offrent la plupart des autres chaînes dont, je le crains, D8, la nouvelle chaîne de Canal+ lancée à grand fracas et qui m'a paru d'une consternante banalité.
Mais revenons au discours de Dakar car on vous en a tout caché. Comme je n'ai guère de temps, quelques mots rapides sur les points qui ont retenu mon attention dans ce discours qui, fort heureusement, a été délivré à l'Assemblée Nationale et non, comme celui de 2007, à l'Université Cheikh Anta Diop, ce qui, suivant le bout par lequel on prend les choses, était le comble soit de l'inculture et de l'ignorance des choses de l'Afrique soit de la perversité!
Le premier point est l'évocation par F. Hollande de l'affaire des "biens mal acquis"
Sont concernés au premier chef les présidents Denis Sassou Nguesso (Congo) ; Omar Bongo (Gabon) et Teodoro Obiang Nguema (Guinée équatoriale) ainsi que certains de leurs proches, dont bien entendu l'actuel président du Gabon. Ces « biens mal acquis » auraient été achetés avec de l’argent public de leurs Etats. Les trois présidents sont visés par une plainte déposée à Paris en 2008 pour « recel de détournements de fonds publics », mais pour le moment les choses n'ont guère avancé et d'aucuns pourraient croire la procédure enterrée. Il n'en sera rien à en croire F. Hollande et la France ne montrera aucune complaisance. Ce message me paraît extrêmement important, même si je doute un peu qu'il soit suivi d'effet.
Toutefois, un contre-feu diplomatique pourrait bien avoir été préparé par le Gabon. Je n'ai pas noté, toutefois, dans la presse française, écrite ou audiovisuelle, d'articles sur une prise de position toute récente du président gabonais Ali Bongo du Gabon qui vient de déclarer qu'il envisageait de mettre un terme à la situation du français, unique langue officielle de l'État qu'il préside. Un tel propos, juste à la veille du Sommet de Kinshasa, m'a rappelé (mais qui s'en souvient?) les déclarations du père du président actuel de la RDC, Laurent Désiré Kabila. Au moment du Sommet de la francophonie tenu au Vietnam, il avait donné à penser, de la même façon, qu'il envisageait, lui aussi, de mettre un terme à la situation d'officialité de la langue française au Zaïre (la RDC de l'époque). Dans les deux cas, il s'agit de messages clairs (ailleurs qu'en diplomatie on assimilerait cela à du chantage!). On comprend bien que le président Ali Bongo se range dans la catégorie de ceux qu'inquiète plus le sort fait en France au procès des "bien mal acquis" par des dirigeants africains que l'avenir du français en terre gabonaise.
Peut-être pourra-t-on faire l'échange entre une légère somnolence sur cette procédure et un report, après réflexion, de la mise en cause de l'officialité du français au Gabon, idée qui n'est venue au président Bongo qu'à la suite à sa visite au Rwanda où l'anglais et le français sont désormais les deux langues officielles, en raison des démêlés du Président Kagamé avec la France.
Un deuxième point intéressant et que personne n'a relevé est la déclaration de François Hollande, disant qu'il avait mis un terme à l'existence du ministère français de la coopération et qu'il était désormais remplacé par celui du développement. Il a fait là une déclaration qui ne risquait guère d'être contredite à Dakar, mais il sait sans doute lui-même (du moins on peut l'espérer) que le ministère de la coopération était devenu depuis longtemps, avec des variantes, "ministère de la coopération et du développement". Il est amusant de constater que le changement qu'il souligne et qu'il annonce à l'occasion du 14e Sommet de la francophonie concerne un ministère ("La Rue Monsieur" comme on disait) pour lequel, lors d'un précédent Sommet de la même francophonie, celui de Cotonou, les dirigeants des Etats africains francophones, conduits par le Président Omar Bongo (le père du président actuel) avait coincé dans un coin Jacques Chirac, alors Président de la République, pour lui faire promettre que, durant son mandat, il conserverait, avec ce nom, le ministère français de la coopération, où tous avaient leurs entrées et même leurs habitudes et cela d'autant que certains d'entre eux avaient même, à proximité, un appartement ou mieux un hôtel particulier !
Un troisième point est la question du Nord-Mali sur laquelle - et c'est l'un de ses talents - F. Hollande s'est montré à la fois ferme mais surtout prudent (plus en tout cas que dans quelques propos antérieurs). Il m'a fait penser à Voltaire racontant comment il s'était fait bastonner par Monsieur de Rohan "hardiment posté derrière quatre laquais"! Dans son évocation des mesures militaires à prendre contre l'Azawad, une fois acquise la bénédiction onusienne, la France, selon notre président, sera, elle aussi, "hardiment" postée derrière les troupes de la CEMEAO qui sont encore dans les limbes et risquent fort d'y rester longtemps !
Le dernier point important est que, dans cette évocation générale de la situation, du développement et de l'avenir de l'Afrique, François Hollande ne me paraît pas avoir mentionné (sauf distraction de ma part) le nom de la Chine. Etonnant non ?
Je crois, comme lui (mais sans doute plus que lui et surtout bien avant lui, car je l'écris depuis une bonne quinzaine d'années) que l'Afrique est le continent du XXIe siècle, tout bêtement car il sera, à cette époque, le seul dont les ressources naturelles n'auront pas encore été exploitées et pillées, même si les candidatures à ce pillage sont déjà de plus en plus nombreuses et de plus en plus actives. Je me sépare, en revanche, de notre président sur la question de la démographie qui ne me paraît pas un élément des plus favorables, même si elle contribuera sans doute à donner du poids à ce continent dans les décennies qui viennent.
Il faut bien que j'en vienne à justifier mon "à peu près" sur Chineshasa en lieu et place, bien entendu, de Kinshasa. Si la Chine était politiquement totalement absente du discours de François Hollande à la Chambre des députés du Sénégal, elle est là, "invisible et présente", lors du XIVè Sommet qui se tient dans le "Palais du Peuple", construit dans les années 70 par les Chinois qui viennent même de le le rénover (y ont-ils posé des micros ?). La Chine est partout, dès l'instant où l'avion présidentiel s'est posé sur le sol congolais et démocratique, car l'aéroport international a été récemment rénové et agrandi par une société chinoise. F. Hollande a dû continuer ensuite à emprunter des réalisations chinoises puisque, pour gagner Kinshasa, il a utilisé la route à six voies dont je parlais hier et qui été construite également par les Chinois. Cette présence des Chinois dans le BTP des pas si nouvelle que ça, puisque plusieurs "palais du peuple" en Afrique ont été construits il y a une quarantaine d'années par les Chinois. Il en est de même pour nombre d'hôtels de Kin, en particulier les plus présentables, qui seront occupés par les participants ; ils datent de l'époque Mobutu certes, mais ils ont été achetés récemment ... devinez donc par qui ?. Faut-il rappeler qu'en 2007, la Chine a octroyé un prêt de 9 milliards de dollars sans contrepartie, car ces Chinois sont si généreux... Je blague bien sûr et c'était en échange de participations, dans les mines en particulier. On a tout construit avec cette rapidité qui caractérise des entreprises chinoises dont le « village de la francophonie" (chinoise aussi ?) et l'on exhibe tout, cela bien entendu, comme des réalisations exemplaires de la RDC.
Chineshasa ou Kinshasa ?
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