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mardi 13 août 2013

Sport : dopage, paris et blanchiment

Vous m'accorderez que je parle rarement de sport, quoique je porte pas mal d'intérêt à ces activités, essentiellement en raison de mon passé dans ce domaine. Je m'amuse, en revanche, beaucoup de la façon dont les problèmes sportifs sont abordés par notre presse, écrite ou audiovisuelle. Dans une période difficile pour elle (à son avis du moins), elle vit en effet largement des sports, soit par le biais des sujets qu'ils lui offrent, soit par les publicités multiples qui y sont liées et qui la financent (pour la presse audiovisuelle, je pense surtout au système des paris).

Le Tour de France et les multiples épreuves sportives de l'été ont fait reparaître le "marronnier" du dopage dont on ne parle guère en dehors de ces périodes, qu'on évoque surtout pour le passé et auquel s'intéressent fort peu, en réalité, les premiers intéressés que devraient être les fédérations sportives. En fait, comme tout le monde le sait, le dopage règne en maître depuis plus d'un demi-siècle, sous des formes qui ont toujours évolué selon le même principe. Il consiste à mettre au point des techniques qui permettent d'échapper au mode de contrôle en cours ou qui masquent la prise de produits. Au fond, comme tout le monde se dope, tous les sportifs sont logés à la même enseigne et seules les performances sont faussées ; les classements des sportifs eux-mêmes resteraient sans doute à peu près identiques avec ou sans dopage.

Ces techniques ont souvent plus de conséquences, à long terme, sur la santé des sportifs, mais on s'en moque ; on connaît quelque cas célèbres, même si on en ignore une foule d'autres, plus obscurs ou inconnus, qui ont eu les mêmes conséquences funestes. Un des cas les plus drôles et les plus communs que je connaisse est la découverte soudaine du rôle d'une forme particulière de dopage qui règne, partout, dans toutes les salles de musculation (la "gonflette" !) qui sont devenus aujourd'hui de "fitness" ; l'auto élevage, à coup de super-protéines, d'anabolisants, de stéroïdes, etc., y a toujours été de règle. Dans les magazines spécialisés, on trouve d'ailleurs toutes les publicités qu'on veut pour des produits qui vous permettront de prendre 1 kilo de viande par mois, même si cela doit, à terme, vous ruiner la santé ou même vous tuer. Les packs de rugby ont ainsi pris 100 kilos de poids de corps en deux décennies ! Il y a quelques années, une vedette des publicités dans ce domaine, le fameux Momo Benaziza (à la louche 120 kilos pour 1.60 mètre) est mort à trente ans ! Les publicités en faveur des produits que Momo prenait et y vantait sont restées en place, dans les magazines spécialisés, durant quelques semaines après sa mort, ce qui était drôle mais un peu inquiétant !

Donc rien de particulier à dire sur le dopage, sinon que le renouvellement constant des produits dopants entraîne une course sans fin entre ce qui est fabriqué et vendu par les industriels et les quelques pauvres laboratoires chargés des contrôles et qui, entre les fraudes et les trucages, s'essoufflent à tenter de suivre le mouvement. De ce fait les révélations fracassantes (style Amstrong ou Ben Johnson) arrivent avec dix ans de retard !

Sport et paris ? Le rapport est évident, et cela justifie mon titre ;  le développement exponentiel des paris sportifs (autrefois, on se bornait à doper ou à endormir les canassons) a aujourd'hui gagné les sports collectifs et en particulier le football et même le handball, ce que montre l'affaire en cours avec les paris des joueurs de Montpellier. Le gardien de but de Montpellier n'avait d'ailleurs pas lieu, dans cette affaire, de se doper lui, bien au contraire, puisqu'il lui suffisait, en fait, d'encaisser quelques buts adverses pour toucher la mise !

Pour le football, je ne reparlerai pas ici de la fameuse affaire de Bernard Tapie et du match Valenciennes-OM (1993) sur lesquels on a tout dit ; en revanche, je me souviens parfaitement, mais nul n'en parle, des déclarations de Bernard Tapie, après la première défaite en finale de coupe d'Europe et avant que l'OM gagne lui-même cette coupe en 1993 (la même année et le même protagoniste ! Comme c'est bizarre !). Il avait, en effet, déclaré alors qu'il avait compris comment on gagnait la coupe d'Europe. Sa déclaration montrait clairement qu'il avait changé de stratégie et qu'il pensait désormais qu'il était plus simple et plus efficace d'acheter les arbitres que les joueurs. Si le trucage des matchs de foot vous intéresse, consultez donc le gros livre (413 pages) que D. Hill a consacré à la question et publié en 2008, Comment truquer un match de foot ?.

Pas grand-chose à dire sur les paris, désormais non seulement autorisés, multipliés et promus au rang de grande industrie nationale et même mondiale ; le développement de l'Internet comme la mondialisation du marché( avec en prime les décalages horaires) font qu'il est, en effet, devenu impossible de contrôler la régularité des paris, même si naturellement, et surtout en France, nous avons quelques organismes ou agences (GAFI, SCPC, etc.) chargées de ce contrôle, ce qui, après tout crée des emplois et donne une apparence de contrôle à l'État, qui est, lui-même, organisateur ou "parrain" de diverses formes de paris à travers la Française des jeux, les autorisations d'officines diverses et les casinos.

Le pire est que l'Etat tolère une publicité folle autour de ces paris dont la clientèle se recrute naturellement dans les franges les plus modestes voire les plus misérables de la population, exception faite, bien entendu, de ceux qui bénéficient des gains, licites ou illicites, de ces paris et/ou de ces fraudes et trucages.

Le rapport du sport avec le blanchiment d'argent, d'où qu'il vienne, est moins évident; encore qu'il puisse déjà s'établir (et chacun le sait) à travers le système des paris eux-mêmes qui permet de blanchir de l'argent illicite, comme on le fait aussi à travers les casinos. Noël Pons a traité de la question dans Cols blancs et mains sales. Economie criminelle, mode d'emploi (O. Jacob, 2006), avant et après la série des rapports parlementaires sur la question : voilà une autre de nos belles spécialités française qui commence, dès 1958, avec le rapport 3741 de Dominique Juillot et se poursuit en 2008 avec le rapport 693, sans parler du Rapport Bauer. On sait donc tout de ces magouilles. N. Pons résume une partie de ce système dans un article intitulé « Paris truqués, football et corruption », dont vous aurez facilement le texte dans par Internet.

Je n'insiste donc pas sur ces points, mais rappellerai plutôt ici un point d'histoire, peu connu, des rapports entre le football et le blanchiment d'argent. Quitte à être corrigé par des spécialistes plus avertis, je soulignerai le rôle qu'a joué dans tout cela le fameux Pablo Escobar, le milliardaire de la drogue et du football en Colombie, dont la fortune, avant les problèmes qui ont marqué la fin de sa vie, était, en 1989, évaluée par le magazine Forbes à 25 milliards de dollars. Honni par les États-Unis et, d'une façon générale, hors de la Colombie (sauf au Mexique), Pablo Escobar était adoré de la population colombienne à la fois pour ses œuvres sociales (il construisit 500 maisons pour les pauvres), mais plus encore pour son rôle dans le football. En effet, une petite partie de la fortune que lui procurait la drogue, était consacrée au paiement des joueurs de football colombiens. L'équipe nationale de Colombie, dont la vedette était le fameux Valderama, devint alors une des meilleures du monde, infligeant entre autres un mémorable 5-0 à l'Argentine! Le football permettait ainsi à la fois à Escobar d'asseoir sa popularité pour empêcher toute extradition et de blanchir une partie de l'argent de la drogue.

Pablo Escobar a été tué en 1993 et en 1994, un joueur de l'équipe nationale colombienne, Andrès Escobar, a fait les frais à la fois de la passion des Colombiens pour le football et des paris sur ce sport ; un narcotrafiquant perdit alors beaucoup d'argent avec le match Colombie-États-Unis, dont on pensait qu'il serait facilement gagné par la Colombie. Il fut en fait perdu par cette équipe. Le pauvre Andrès Escobar, qui avait marqué contre son camp le premier but américain et entraîné la défaite de son équipe, fut, dès son retour à Bogota, assassiné sur l'ordre du parieur mécontent !

Nous ne connaissons pas actuellement, ou, en tout cas pas encore, de faits semblables en France, même s'il est fait état de menaces contre des joueurs ou leurs familles visant à influer sur les résultats. Sur un autre plan, le curieux commerce des joueurs de football (et qui sait de rugby ?) est un secteur éminemment propice au blanchiment d'argent. Ce n'est assurément pas le curriculum vitae de certains des agents de joueurs (ou assimilés) qui est susceptible d'infirmer ce point de vue !

Les faits sont apparus d'abord en Italie surtout, mais vous avez sans doute observé les mouvements commerciaux au sein de certains clubs français, en particulier du PSG (ou règne une forte odeur de gaz et pétrole), mais surtout désormais de l'AS. Monaco (club sans public mais à fiscalité spéciale, où le parfum est plutôt celui de la mafia russe, qui a désormais traversé la Manche et préfère, semble-t-il, le climat de notre Côte d'Azur à celui de Manchester). Il est évident que le "mercato" des joueurs, qui échappe à tout contrôle, puisque la plupart des transactions s'opèrent, en fait, offshore et dans des montages extrêmement compliqués, est une occasion non seulement respectable (du moins en apparence), mais totalement occulte et insondable de blanchir des sommes énormes dont l'origine n'est généralement pas connue et de toute façon inavouable.

Je vous renvoie sur ce point aux œuvres de Monsieur Noël Pons qui a exposé tout cela dans son détail. Je me contente ici de persister à m'étonner que l'État français laisse s'opérer de telles manipulations et, pire encore, les encourage, directement et indirectement, à travers les officines de paris sportifs, dont on sait que la majorité de la clientèle est pour l'essentiel misérable et souvent surendettée.La publicité éhontée des officines de crédit- derrière lesquelles se cachent, les banques, est tout aussi scandaleuse !

Une telle dérive s'inscrit d'ailleurs dans la schizophrénie publicitaire française : la "réclame", lorsque on vous vante et qu'on vous vend un produit nocif à quelque degré et sous quelque forme que ce soit, fait toujours suivre cette publicité racoleuse d'une réserve légale qui est le comble de l'hypocrisie juridico-mercantile. On vous y invite, en effet, à vous méfier ou même à ne pas consommer (sinon peut-être "avec modération", notion éminemment relative et variable) le produit qu'on vient de vous pousser à acheter ! Va comprendre Charles !

jeudi 11 juillet 2013

Françafrique ou AfroFrance

À lire Mediapart du 10 juillet 2013, après le jugement dans l'affaire Mediapart-Bettencourt, qui a soulevé une indignation, nationale et internationale, aussi légitime qu'unanime, on est tenté de conclure que, si la Françafrique est finie, comme on nous le répète, nous sommes désormais dans l'Afro France, car notre pays va, dans le domaine des affaires, au-delà même de ce que l'on peut observer dans les républiques bananières et les dictatures du Sud.

Deux articles en particulier m'ont amené à introduire ce concept d'Afro France qui me paraît convenable pour décrire la situation de notre pays.

C'est, d'une part, celui de Laurent Mauduit qui nous a fait un compte rendu de "Ce qu'a dit Bernard Tapie pendant sa garde à vue", à croire qu'il s'était changé en souris pour la circonstance (je parle de LM et non de BT en dépit du peu de mémoire du second). Ce qu'a dit Bernard Tapie est à lire dans cet article, toutefois ces propos sont infiniment moins importants que ce que Tapie n'a pas dit !

En effet, à toutes les questions importantes qui lui étaient posées, Nanard avait perdu jusqu'au moindre souvenir des faits sur lesquels on l'interrogeait, des rencontres qui avaient eu lieu, des réunions auxquelles il avait participé comme des déjeuners ou des dîners de travail qui l'avaient amené à rencontrer les principaux personnages de l'entourage élyséen voire même, plus étonnant encore, et à diverses reprises, l'avocat.... de la partie adverse !

Se développe désormais chez nous une culture légale du silence! Tapie n'a pas affecté, dans sa garde à vue, comme il aurait pu le faire la morgue d'un Jérôme Cahuzac qui, à chaque question ou presque, rétorquait avec arrogance qu'il ne répondrait pas à cette question. Bernard Tapie lui s'est cantonné, en quasi permanence et profil bas, dans le rôle de l'amnésique pur et simple devant toutes les questions gênantes.

Je trouve que, faute d'obtenir les réponses qu'ils souhaitaient, ses interrogateurs auraient pu, devant une si évidente et constante mauvaise volonté, certes mettre légalement fin à la garde à vue de trois jours mais boucler Nanard lui-même vu son refus obstiné de répondre à toutes les questions importantes qui lui étaient posées.
L'autre article de Mediapart qui, dans un genre différent, m'a beaucoup amusé dans le numéro du 10 juillet 2013 est celui de Michel Deléan intitulé "Quand Pierre Esnouf réclamait 18 milliards à l'État".

Cette affaire de l'arbitrage Tapie est désormais, en dépit de l'amnésie générale des intéressés, claire, dans sa conception comme dans son montage et son contenu, même si chacun se dérobe ; on se doutait depuis longtemps qu'il y avait là une embrouille politique et il fallait bien que Nicolas Sarkozy fut peu certain de sa victoire en 2007 pour s'offrir l'appui misérable de Bernard Tapie dans l'élection présidentielle ! Mais après tout il y a peut-être des choses que nous connaissons pas (Cécilia ?) et surtout finalement tout cet argent ne sortirait pas de sa poche et, par conséquent, peu lui importait le prix à payer.

En la circonstance, ce qu'il y a de plus intéressant dans l'article de Michel Deléan est un aspect annexe de la fumeuse affaire Bucioli ; elle se situe dans la période 2005 2010, donc précisément au moment du fameux arbitrage. Une des leçons de tout ça est que, dans un souci d'économies, on devrait s'abstenir de donner des retraites aux hauts magistrats qui font dans l'arbitrage, puisque, quand ils cessent leur activité, elle semble devenir alors infiniment plus rémunératrice que leur activité professionnelle passée, si l'on en juge par les émoluments de 330 000 € pour une affaire comme celle qui est en cause. Une pauvre retraite de 5000 € est véritablement inutile et même ridicule pour des gens dont les simples conseils peuvent être vendues à de tels prix et sans que l'État intervienne. Je croyais naïvement qu'une retraite de fonctionnaire ne pouvait être cumulée avec une autre activité, surtout de cette nature et de cette importance.

Coïncidence admirable : la somme que pouvait espérer Monsieur Estoup figure le texte, extrait de l'article de Michel Deléan, que je reproduis ci-dessous
"Selon la convention d’honoraires que nous publions, Pierre Estoup a reçu une provision  de 15 250 euros sur des honoraires fixes de 22 875 euros hors taxe, mais il se verrait – surtout – attribuer un « honoraire de résultats » de 10 % jusqu’à 4 milliards d’euros (soit 400 millions tout de même), et de 5 % au-delà de cette somme..."
"400 millions d'euros" ?

Ce chiffre ne vous rappelle rien ? 400 millions d'euros paraît être l'unité de compte de Monsieur Estoup, puisque c'est exactement la somme que l'arbitrage qu'il a préparé devait attribuer à Bernard Tapie. Ce magistrat en retraite se serait-il trompé dans ses écrits et aurait-il confondu les deux affaires ou réclame-t-il systématiquement 400 millions d'euros dans toutes celles dont il a à s'occuper, que ce soit pour lui ou pour un autre ?

mercredi 10 juillet 2013

Sarko et Nanard : le couple de l'été


Manque de pot ! Avant-hier, Nicolas Sarkozy, qui faisait sa rentrée et était en représentation devant tout l'UMP, avait oublié son carnet de chèques.

Il voulait pourtant faire, en public, un chèque de 10 millions d'euros pour couvrir l'ardoise qu'il a laissée, dont il est personnellement garant et que lui a rappelée le Conseil constitutionnel sous la houlette perfide de son grand ennemi Jean-Louis Debré, manipulé par Jacquou le Croquant.

En fait, cet oubli de son carnet de chèques à la maison n'était en rien le fruit du hasard, mais le résultat d'une profonde méditation de toutes les têtes pensantes de l'UMP (il faut bien tout ça!) sur le comportement qui devait être celui de Monsieur Nicolas (pas celui de Restif de la Bretonne dans Le coeur humain dévoilé mais le nôtre qui ne dévoile guère le sien et sort encore moins son morlingue) face à la souscription lancée en sa faveur au sein de son propre parti.

Choix difficile! Faire un chèque de 80 € (ce qui est, nous dit-on, la moyenne des souscripteurs) aurait paru mesquin, voire radin. En revanche, faire un gros chèque avec cinq ou six chiffres n'était certes pas hors de capacités financières de l'intéressé, mais lui faisait un peu mal quelque part, car, comme on dit en créole dans l'océan Indien, « le bougre a un peu la poche cangée" (NDLR : La cange est, dans ces créoles, l'amidon et "canger une poche" empêche d'y mettre la main!).

On a beaucoup réfléchi et, mardi 9 juillet au matin, sur Europe, chez l'inusable Elkkabach,, pour répondre à la question que tout le monde se posait, Jean-François Copé nous a livré, mais un peu tard, le fruit des réflexions "uèmepiennes" sur le sujet en fixant au maximum à 7500 € le don qu'on peut faire et qu'aurait déjà fait (a-t-on su après coup) l'ex-président lui-même qui aurait volontiers donné dix fois plus (même pas une demi conférence!) s'il en avait eu le droit. Mais en la circonstance, il s'"est montré plus soucieux du respect de la loi que face aux décisions du Conseil constitutionnel.

En tout état de cause ce don n'est guère qu'à peine plus de la moitié du cadeau que vient de faire, en fait à nos frais, Air France qui a offert 11.000 € à Carla contrainte, la pauvre, par la promo de son disque, d'aller quelques heures de séjour à New York, en première classe fort heureusement!

Laissons cela, car mon propos est plutôt ici sur le couple infernal, que forme Sarko, on le sait désormais, avec Nanard! En même temps, vu de loin, cet attelage est des plus "improbables", comme aurait dit notre ex-ministre de la culture, et la fréquence avérée de leurs rendez-vous a étonné !

Sarko et Nanard ! Le premier s'est récemment illustré par ses remarques sur les artifices capillaires de François Hollande dont, à en croire la presse, il se serait beaucoup moqué en privé. On rapporte, entre autres, le propos suivant  «Tu l'as vu, ce petit gros ridicule qui se teint les cheveux. T'en connais, toi, des hommes qui se teignent les cheveux?». J'en ai connu au moins un, en tout cas, un certain Sarkozy, qui à l'approche de l'élection présidentielle avait soudain fait noircir ses cheveux gris, ce que prouvent, à l'envi, les multiples photos produites à l'appui de cette observation.

En fait, cette remarque sur les teintures capillaires de François Hollande illustre parfaitement le point commun majeur entre Sarko et Nanard qui est une folle impudence dans le mensonge qui confine souvent même à l'absurde. Aller se moquer de la teinture de François Hollande, quand on s'est soi-même teint, au vu et au su de tous, durant la présidentielle, c'est vraiment prendre le bon peuple de France pour un ramassis d'imbéciles, ce qui risque fort d'être le cas.

Il en est de même pour Nanard ; il ne ment jamais aussi effrontément que, publiquement et dans les médias, assuré qu'il est alors de la complaisance servile de ceux qui le reçoivent ; il affectionne ainsi de se poser en père de famille respectable, qui déplore que les calomnies dont il a été victime aient conduit sa femme à "aller chialer dans les chiottes" selon ses propres termes qu'il aimait à répéter ! L'allitération quelque peu scatologique n'enlève rien à la stupéfiante et scandaleuse vulgarité du propos. Mais peut-on attendre quelque chose d'autre de la part de qui se pose en parangon de vertu familiale, en aimant en privé et entre mecs, que, somme toute, dans cette vie, rien d'autre ne compte que "les caisses et les gonzesses !".

Je crois toutefois que, sur ce terrain où il excelle pourtant, Nanard est encore battu par Sarko, quand ce dernier, qui se plait à railler les camouflages capillaires de son successeur, se  juche, depuis des décennies, sur des espèces de chaussures orthopédiques qui lui donne cette démarche grotesque et qui n'ont d'autre finalité que de lui faire gagner les sept centimètres qui lui permettent d'atteindre ce mètre soixante neuf dont il rêve depuis toujours.

J'apprends, en achevant ce billet qu'on a décidé de saisir les biens de Nanard! Je doute fort qu'on y parvienne, mais, en tout cas, Nicolas ne range pas le carnet de chèques ; dans le domaine privé, on n'est pas limité à 7.500 euros fort heureusement.

Sarko me fait penser irrésistiblement, chaque fois, à un grand classique du cinéma des Branquignols « Ah! Les belles bacchantes ! » dans lequel Colette Brosset, qui avait la même taille que notre ex-président, se mettait sur la pointe des pieds en déclarant : « Oui, mais avec des talons, je peux faire plus femme ! ».

lundi 8 juillet 2013

Arbitrage Tapie : "Il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l'obtint". Beaumarchais



A la suite de la lecture de l'excellent (comme toujours) mais proprement stupéfiant article de Laurent Mauduit sur l'arbitrage Tapie et suite à la visite, hier, de Madame Christine Lagarde dans ma bonne ville d'(Aix-en-Provence, où elle n'a pas craint de venir pérorer, comment ne pas reprendre un vieux billet du 22 juin 2009 qui réunissait déjà les principaux protagonistes de cette affaire.

Cette formule du Mariage de Figaro paraît pouvoir s’appliquer à Madame Christine Lagarde, notre ministre des finances et de l’emploi, même si la canne, sur laquelle elle s’appuie parfois avec beaucoup de distinction et de grâce, ne semble pas la destiner, a priori, aux exercices chorégraphiques. Le titre de ce post relève plus du vocabulaire de Tapie que de celui de Madame Lagarde, à qui la canasta doit être plus familière que le poker!

Avocate de profession (mais avec une carrière américaine), elle règne sur Bercy et nos sous ; aussi ne l’ai-je pas entendue sans étonnement affirmer à la radio, il y a quelques jours, que la raison pour laquelle on avait jugé bon de mettre un terme à l’interminable affaire Tapie était que l’Etat avait déjà versé dix millions d’euros en frais d’avocats (merci pour eux!). Les avocats de Nanard, que j’ai entendus aussi par ailleurs, sont plus discrets, car ils entendent sans doute, au terme définitif de l’affaire, se payer sur la bête et avec un pourcentage sur les gains, à l’américaine, car Tapie, en principe n’a pas un euro en poche.

Petite curiosité fiscale. Nanard devrait, dit-on, 130 millions d’euros à l’Etat (en « dettes fiscales et sociales"), sans parler de ses créances au Consortium de Réalisation. Comment un citoyen, dans une situation financière et fiscale si désastreuse, peut-il continuer à loger Rue des Saints-Pères dans ce fameux, immense et luxueux hôtel particulier qu'il y possède et pour lequel, en son temps, le Canard enchaîné nous avait appris qu’il ne payait qu’une taxe d’habitation, minimale et forfaitaire, n’étant pas assujetti à l’impôt sur le revenu?

Quel homme ce Nanard ! Lui qui a commencé comme crooner, il pourrait reprendre le tube de Julio Iglesias « Je n’ai pas changé ! », à moins qu’il ne revienne à ses propres écrits à travers le répertoire du Bernard Tapy des années 60 ; il pourrait nous susurrer, après son succès final dans l’affaire Adidas, l’immortel couplet dont il est l’auteur:
"Et maintenant je suis content
Qu'avec elle ce soit terminé
Je vais pouvoir tout comme avant
Ha ! Recommencer à bien rigoler

Quel talent ! Tout cela est rigoureusement exact, même si la rime est moins riche que l’homme !


Mais revenons-en à Madame Lagarde, car je ne puis m’empêcher de craindre les analyses et les décisions ultérieures d’une ministre des finances et de l’emploi qui, pour ne pas risquer, fût-ce en vain, un ou deux millions d’euros de plus, accepte, le coeur manifestement léger, d’en perdre quatre cents !

Je n’entends pas être le centième à ratiociner sur cette affaire, aussi ténébreuse que compliquée et dans laquelle, de toute façon, nous-autres contribuables français serons les dindons de la farce.

La Gauche joue les vierges effarouchées, forte des connivences évidentes du pouvoir dans cette affaire. Bayrou a levé le lièvre, manipulé par Peyrelevade qui évidemment en sait long, pour plusieurs raisons, sur cette affaire. On ne doit pas oublier que c’est tout de même Mitterrand qui, pour contrer Rocard, a mis Nanard, introduit par Bérégovoy, sur orbite politique et en a fait un ministre, en continuant dans la suite à le protéger de diverses façons.

Quant au fameux tribunal arbitral, qui aurait touché un gros million d’euros d’honoraires, la droite sénile y était représentée par l’alpiniste Mazeaud et la gauche cacochyme par l’avocat Bredin (du cabinet Bredin-Badinter, ça doit vous rappeler des choses!). Bernard Iglesias a raison : rien n'a changé, mais rien n’a non plus été laissé au hasard dans tout cela !

On croyait Nanard fini après l’arrêt de la Cour de Cassation en octobre 2006, censé, dans notre système juridique, mettre un terme à toute action judiciaire. C’était compter sans la justice « privée ». Quoique fauché, Tapie, resté à la table quand on le croyait au tapis et sur les planches, en flambeur qu’il est, Tapie a fait tapis et raflé le magot !

Bravo l’artiste !

 

mercredi 26 juin 2013

Le secret fiscal (et les autres) : Cahuzac, Tapie et les autres

On sait que parmi les records mondiaux, que la France peut se flatter de détenir, figure celui du nombre de lois et, plus sûrement encore, celui des lois qui ne sont pas appliquées, le plus souvent faute de décrets d'application, mais aussi parfois parce que ces textes contiennent, en eux-mêmes, le mode de leur non-application.

Un exemple récent, concret et précis est fourni par la loi sur la "transparence". Son annonce avait fait l'objet de rodomontades gouvernementales ; à grand son de trompes médiatiques, on a fait savoir alors au bon peuple de France qu'on allait voir ce qu'on allait voir et que les élus malhonnêtement nantis pouvaient numéroter leurs abattis.
Comme le plus souvent, la montagne communicationnelle, a accouché d'une souris législative devant la grogne des élus, conduits, et c'est tout un symbole, par le président de l'Assemblée nationale en personne. Certes, le patrimoine déclaré des élus devra être publié, avec des menaces sérieuses sur la tête de ceux qui mentiraient à ce propos. Toutefois, si les documents à ce sujet pourront être consultés par quiconque (moyennant, sans doute, un certain nombre de restrictions toutes plus ridicules les unes que les autres), il ne sera pas possible d'en publier des éléments ni même d'en faire état dans un document qui pourrait l'être.

En somme, le citoyen qui aura pris la peine, sans doute non sans difficultés, d'aller consulter, dans le lieu administratif où la chose est possible, la déclaration de patrimoine de son député, ne pourra en faire état où que ce soit et en quoi que ce soit ; il ne pourra donc, au mieux, que se remémorer les éléments de ce patrimoine, le soir avant de s'endormir, ce qui, à la longue, constituera sans doute le meilleur des somnifères. Quant à l'élu en cause, il pourra continuer à dormir, comme avant sur ses deux oreilles, quelles que soient l'étendue et l'origine de ce patrimoine, surtout s'il a pris quelques précautions élémentaires, comme de consulter un conseiller fiscal ou, plus simple et moins cher, de faire, au sein de sa famille, les donations qui auront permis de réduire l'étendue d'une fortune que d'aucuns pourraient juger excessive.

Il en est déjà de même pour une autre spécialité française, apparentée d'ailleurs à la précédente, qui est le secret fiscal proprement (mais est-ce là le bon adverbe ?) dit. Sa violation a, dans le passé, causé une ou deux affaires sensationnelles quand il s'agissait de la déclaration d'impôts de Monsieur Chaban-Delmas (dont on a découvert alors qu'il échappait à l'impôt sur le revenu comme naguère B. Tapie et plus récemment, le jeune Fabius) ou de Monsieur Jacques Calvet (PDG infiniment plus généreux pour ses propres augmentations de salaires que pour celles de ses ouvriers).

L'affaire Cahuzac fait, si je puis dire, "rebondir" le secret fiscal, puisque j'ai appris, ce matin même, mercredi 27 juin 2013, que la Commission de l'Assemblée nationale, qui doit entendre les explications (sous serment cette fois, mais cela change-t-il quelque chose, sinon qu'on pourrait engager des poursuites que le déclarations mensongères "devant la représentation nationale" ne permettent pas) de Monsieur l'ex-député Cahuzac pourra se voir opposer le "secret fiscal" à certaines questions indiscrètes sur ses comptes bancaires à l'étranger. Monsieur Cahuzac, en effet, ne sera pas tenu de répondre aux membres de la Commission de l'Assemblée nationale puisque le secret fiscal leur est "opposable", le seul membre de cette commission échappant à cette restriction est en effet son rapporteur, sans doute pour lui permettre d'établir un rapport, secret lui aussi !

Cette restriction est aussi comique qu'étrange, mais elle illustre parfaitement nos lois qui souvent contiennent, dans le même mouvement, une disposition qui arrête ou prévient l'effet d'une de leurs dispositions précédentes. En d'autres termes cette commission, qui doit s'informer sur les situations fiscales de l'intéressé, se voit autorisé à ne pas répondre aux questions qui lui sont posées, en opposant à ses interrogateurs le secret fiscal. Admirable non ? Et vive le Père Ubu !

Admirable certes mais banal, somme toute, dans notre appareil législatif. Dans l'affaire Tapie, Monsieur Charles de Courson, que j'entendais ce matin même, sur RMC vers 8 heures 30, y affirmait que les déclarations de Monsieur Bernard Tapie sur le sens de ses votes (à lui Ch. de Courson ) en faveur de l'arbitrage au sein de la commission du CDR (dont Ch. de Courson était membre) étaient mensongères. Toutefois, la preuve de ce mensonge ne peut pas être apportée, pour le moment, puisque les procès-verbaux des délibérations de cette commission sont aussi couverts par un secret dont j'ignore la nature et donc l'épithète.

Entre le secret fiscal et le secret défense, vous comprendrez que, dans bon nombre d'affaires actuelles, il est un peu vain de rechercher la vérité puisque l'accès à celle-ci est interdit par la loi elle-même qui prétend pourtant aider à y faire la lumière

Dans certaines affaires de rétro-commissions ou apparentées, on verra même cumuler, pour empêcher tout accès à la vérité, le "secret défense" et le "secret fiscal". Imaginez que vous ayez touché des rétro-commissions sur la vente de frégates ou d'avions, ces opérations sont inévitablement couvertes, sans qu'on sache d'ailleurs pourquoi, par le fameux secret défense, mais, quoique vous n'ayez évidemment pas déclaré ces revenus occultes et illégaux à votre percepteur (ce qui est le principe de base de la fraude fiscale, vous pourrez quand même évoquer aussi le secret fiscal. Avec ces deux couches de secret superposées, c'est bien le diable si l'on arrive à y voir quelque chose, d'autant que, dans ces affaires, il n'est pas d'usage de faire des chèques ou d'établir des reçus.

Comment n'a-t-on pas pensé à créer enfin chez nous le "secret magouilles", opposable à tout en toutes circonstances ?

On parle de saisir les biens de B. Tapie, mais est pauvre comme Job ! En outre,il a sans doute déjà en poche un aller simple en première classe pour un Etat d'Amérique latine, sans accord d'extradition avec la France, au cas où on lui aurait saisi son jet privé et son yacht.

mercredi 5 juin 2013

Affaires Tapie : y'al'feu au Crédit Lyonnais

Comme le disait le Général : « Les Français ont la mémoire courte !"… et moi comme les autres. Un des commentateurs de mon blog d'hier me rappelle, fort opportunément, la fameuse affaire des incendies du Crédit Lyonnais, aujourd'hui oubliée et qui a, somme toute, tourné court, sans qu'on se soit interrogé davantage sur les auteurs de ces incendies dont les experts ont admis, unanimement, qu'ils étaient criminels et, moins encore, sur leurs finalités réelles.

Je n'ai pas sur ces affaires l'extraordinaire érudition et la fiabilité totale de l'information de Laurent Mauduit, et je ne rappellerai ici que quelques points qui m'ont frappé en tant que modeste et lointain observateur.

Tout commence en juillet 1990 ; le groupe Bernard Tapie achète la société Adidas, propriété des héritières des fondateurs de la marque ; la firme, atteinte alors par la redoutable concurrence de Nike et de Reebok, est vieillissante et mal gérée, car elle ne fait pas appel à la main-d'œuvre asiatique qui est celle à laquelle ont recours ses concurrents. Le prix, de fait, est jugé raisonnable (1,6 milliards de francs) et le groupe Tapie finance totalement cet achat par un prêt auprès d'un pool bancaire à majorité étrangère (banques allemandes et japonaises) où intervient, comme créancier minoritaire, la SDBO, filiale du Crédit Lyonnais dont le groupe Tapie est client depuis longtemps. Vu ses méthodes et le nombre comme la nature de ses activités, on s'interroge, dans les milieux spécialisés, sur la capacité réelle de Bernard Tapie à mener à bien pareille affaire dans la mesure où celles qu'il a conduites auparavant, selon ses méthodes, ne sont pas de la même taille et n'avaient pas les mêmes objectifs. J'ai personnellement pu voir, de près, comment il a réglé les affaires de sociétés qu'il avait rachetées pour les "sauver" à Annemasse d'abord, à Annecy ensuite. Comme souvent, on y a liquidé les actifs et viré l'essentiel du personnel.

B. Tapie entreprend néanmoins de redresser les comptes d'Adidas, mais un événement va changer sa vie et ses projets ca,r en 1992, il entre dans le gouvernement de Pierre Bérégovoy comme ministre de de la ville. Curieusement, et on ne le signale pas toujours, c'est Bérégovoy lui-même qui propose à Mitterrand le nom de Tapie comme ministre, suscitant par là une certaine réserve du Président de la République qui exige que Tapie abandonne ses affaires pour éviter tout problème. Or, dans la suite, les enquêtes du juge Thierry Jean-Pierre sur le Crédit Lyonnais et ses filiales feront apparaître que la SDBO, banque de Bernard Tapie, est également celle de toute la famille Bérégovoy dont certains membres ont bénéficié de prêts et de découverts jugés "faramineux", en particulier entre 1986 et 1988. Il est donc possible que la relation entre ces deux hommes, en apparence du moins si dissemblables, que sont Bérégovoy et Bernard Tapie ait passé par la SDBO !

Il faut dire que le début des années 90 n'est pas très favorable au Crédit Lyonnais qui perd alors plus de 130 milliards de francs et qui se trouve, en 1993, en état de quasi-faillite à cause d'investissements, massifs et aberrants, dont ceux faits dans la Metro Goldwyn Mayer qui entraîneront des pertes énormes. Les études et les rapports (Commission bancaire, Rapport parlementaire, etc.) se succèdent et, en 1996, le ministre des finances de l'époque Jean Arthuis dépose plainte contre Jean-Yves Haberer, président du Crédit Lyonnais.

C'est précisément alors que survient, le 5 mai 1996, un incendie du siège central parisien du Crédit Lyonnais, boulevard des Italiens, qui fera l'objet de multiples expertises. Toutes concluent au caractère criminel de l'incendie qui a connu des départs de feu indépendants et une extension fulgurante des flammes. Le Crédit Lyonnais n'a décidément pas de chance ! A cet incendie de départ s'ajoutent, par hasard bien entendu, des événements curieux comme, par exemple, l'incendie de trois vastes hangars au Havre où brûlent 30 000 m³ d'archives ! La conclusion de l'enquête est que là aussi, l'incendie est volontaire ; iront dans le même sens de la destruction ou de la disparition de pièces d'archives, divers cambriolages dans des filiales de la banque et d'autres dépôts d'archives ou dans le cabinet d'un avocat qu'on soupçonnera même d'avoir organisé son propre cambriolage.

Entre les affaires Tapie et ces événements le lien est assurément ténu, mais tout cela témoigne d'un climat des plus délétères. Sa nomination comme ministre oblige Bernard Tapie à vendre Adidas et il s'adresse une fois de plus, en 1993, au Crédit Lyonnais alors en pleine tourmente juridico-financière comme on l'a vu. Il se charge de l'opération au prix de 315 millions (soit 2,15 milliards de francs) que fixe Bernard Tapie lui-même et qui offre tout de même, par rapport au prix qu'il avait payé aux soeurs Dassler, une plus value de 515 millions de francs en trois ans, ce qui n'est pas si mal !

Le problème vient ce que le Crédit Lyonnais revendra Adidas en 1994 à Robert Louis-Dreyfus pour 701 millions d'euros soit plus du double, en avançant, pour sa défense, que finalement l'achat à Bernard Tapie a été fait au prix qu'il avait lui-même fixé et que, s'il le jugeait insuffisant, il n'avait qu'à ne pas faire intervenir le Crédit Lyonnais dans cette vente. Faire du bénéfice en revendant ce qu'on a acheté est le principe même de tout commerce et Tapie ne s'était pas privé de le mettre en oeuvre dans ses précédentes opérations.

L'affaire des multiples incendies et cambriolages du Crédit Lyonnais n'a jamais été résolue, en dépit du caractère manifestement volontaire et organisé des incendies qui ont évidemment compromis voire arrêté l'avancée des enquêtes qui avaient été ouvertes à cette époque. Quant au Crédit Lyonnais, dont l'image avait été écornée par ces événements, il a choisi en 2005 la solution simple et radicale de changer de nom pour s'appeler désormais LCL.

Chères lectrices, chers lecteurs

Je me vois contraint de préparer mon retrait de ce blog, dont je suis par ailleurs tout à fait satisfait car, depuis quelque temps, je suis littéralement envahi par des "spams" venant des Etats Unis et issus de blogs américains.

Chaque jour, en effet je reçois désormais au moins une vingtaine de messages en forme de pseudo-commentaires et qui, en réalité, émanent de gens qui, de toute évidence, n'ont pas lu le texte sur lequel ils prétendent pourtant s'exprimer. L'explication que j'ai de ce phénomène est qu'il s'agit de messages envoyés automatiquement et qui n'ont pas d'autre but que de solliciter, de ma part, la consultation du blog ou du site de ceux qui les envoient.

Je suppose que les auteurs de ces envois présentent de la publicité dans leur blog ou site et que les bénéfices de cette publicité sont d'autant plus importants que le nombre des visites qu'ils reçoivent est lui-même plus grand.

Ce phénomène qui au début été discret (quatre à cinq messages par jour) devient de plus en plus insupportable ; il m'arrive d'en avoir une trentaine qu'il faut non seulement que je détruise immédiatement mais que je dois supprimer aussi dans la liste des commentaires où ils s'accumulent je ne sais trop comment.

Je me suis ouvert de ce problème auprès de correspondants plus éclairés que moi sur ces questions, mais il faudrait que je fasse (comme le fait Marius par exemple) une sorte de signature pour chaque message reçu que l'envoyeur doit reproduire pour que son message soit accepté dans la boîte où il arrive. C'est une procédure extrêmement contraignante et qui a pour but, tout simplement, d'écarter les messages envoyés automatiquement.

Je m'oriente donc vers une autre solution qui est celle de publier mes textes dans mediapart auquel je suis, par ailleurs, abonné et qui a un système de blogs très commode et je dirais même intéressant pour les échanges avec les lecteurs puisque, sur la vingtaine de textes que j'ai publiés chez cet hébergeur, plusieurs ont même été publiés en première page du Journal ou du Club qui sont les deux voies de publication à mediapart (la voie normale et courante étant le Club).

J'avais hésité à adopter cette solution, car je craignais que ne puissent lire mes blogs dans mediapart que des gens qui étaient eux-mêmes abonnés à mediapart. Fort heureusement, il n'en est rien ; si la lecture du "journal" est réservée dans la partie gauche de la page d'accueil, l'accès est libre pour la partie droite qui est intitulée le "club" et dans lequel sont présentés les textes des blogueurs.

Je vais donc continuer, pendant un certain temps, la double publication (ici et dans mediapart). Pour vous permettre de vous y habituer si vous le souhaitez, je vous explique en deux mots l'accès à mon blog de mediapart qui est extrêmement simple.

Voici la marche à suivre.

Vous tapez dans Google ou ailleurs mediapart.fr (sans accent sur e)

Vous arrivez alors sur la page d'accueil .

Vous avez une case "recherche" sous le titre où il vous suffit de taper mon nom chaudenson (j'ai renoncé, d'ailleurs par oubli, au pseudo).

Vous avez accès alors à la liste de mes blogs et à leurs textes sans aucune nécessité d'être abonné à quoi que ce soit.

Je n'ai pas fait l'exercice moi-même mais il y a, dans mon espace personnel, une rubrique "contacts" qui doit, je pense, permettre à celles et ceux qui s'y inscrivent de recevoir automatiquement par courrier électronique le blog du jour, un peu comme dans le blog actuel de Google. Je vais m'informer sur ce détail et je vous donnerai le résultat de mes investigations.

Je ne saurais que vous conseillez d'aller faire un tour sur mediapart.fr ne serait-ce que pour voir si ce procédé vous convient, même si ce n'est pas très compliqué pour moi de publier mon texte quotidien sur ces deux supports comme je le fais. Vous allez sur l'un ou l'autre des mes posts en cliquant simplement sur le titre dans la liste.

Bonne lecture et amitiés à toutes et tous

mardi 4 juin 2013

La poussière sous le Tapie

Une des grandes questions du moment est "Mais qui a décidé de la procédure d'arbitrage dans l'affaire entre le CDR et Bernard Tapie qui durait depuis des années?" Elle n'a pas été clairement résolue dans l'émission "Mots croisés" d'Yves Calvi qui, pour une fois, avait congédié ses sempiternels et insipides invités. Ce débat a valu surtout par la présence de Laurent Mauduit (dont le nom dans le générique initial était orné d'une faute d'orthographe !), le seul participant à connaître à fond le dossier et les pièces et par sa confrontation avec la plume de Sarkozy, Henri Guaino, qui s'en est prudemment tenu à des discours aussi vagues que lénifiants et qui avait dû prendre un calmant car nous n'avons pas eu son numéro de clignements d'yeux qui m'avait autrefois conduit à le surnommer, dans mon blog, "codes-phares" !

Comment savoir ? Il est infiniment probable que les hauts responsables politiques ne signent pas de reçus, lorsqu'on leur fait discrètement parvenir pour leurs bonnes oeuvres électorales ou à toute autre fin une mallette de billets de 500 €, pas plus qu'ils ne signent d'ordres écrits pour demander qu'on fasse sauter le Rainbow-Warrior, qu'on suicide Robert Boulin ou qu'on maquille les listes des bénéficiaires de comptes planqués dans l'affaire Clearstream (au fait ce matin même on apprend la mort peut-être "opportune", elle aussi d'Yves Bertrand, détenteur, dit-on, de nombre de secrets de la République).

Il devrait toutefois en être tout autrement dans notre haute administration.

Prenons l'affaire actuelle de l'arbitrage CDR-Tapie. Il doit bien y avoir, dans notre beau pays si soucieux de la rigueur administrative, un responsable politique de très  haut niveau qui a signé un jour, quelque part, l'ordre de mettre en place cette fameuse procédure d'arbitrage dans l'affaire Tapie qui durait depuis des années et qui était récusée de façon quasi unanime, en particulier à Bercy.

Nous sommes désormais clairement en présence, depuis quelques jours, d'une forme nouvelle du jeu du furet dont vous connaissez sûrement la chanson que j'adapte à peine (je ne touche pas à la contrepèterie que je laisse au spécialiste maison le soin de vous expliquer):

Il court, il court, le furet
Le furet du bois, Mesdames,
Il court, il court, le furet,
Le furet du bois Tapie.


Il est passé par ici,
Il repassera par là.


Etc.

Le jeu consiste à découvrir où se trouve l'objet dit "furet", en l'occurrence "Qui a pris la décision d'interrompre la procédure en cours après la décision de la Cour de cassation du 9/10/06 cassant l'arrêt de la Cour d 'appel du 30/9/05" et précisant qu'"aucune faute n’est en l’état caractérisée à l’encontre de la SDBO et du Crédit lyonnais". Dans ce jeu, on fait tourner le furet entre les joueurs, chacun d'entre eux le dissimulant quand il le passe à son voisin. Dans le présent cas les joueurs sont cinq autour de la table, sans compter ceux qui sont dessous (Sarkozy et Guéant ?) et qu'on ne voit pas, même si c'est d'eux que dépend la décision.

Examinons les divers cas : les ministres  des finances : Thierry Breton (mai 2005-mai 2007) ; Jean Louis Borloo (18 mai 2007 - 19 juin 2007) ; Christine Lagarde (2007-2010) ; les deuxièmes couteaux : J.F. Rocchi, Président du CDR, qui disparaît en 2006 avec une perte de 16 milliards mais se survit néanmoins à lui même ( 2007 - avril 2013) ; Stéphane Richard, Directeur de cabinet de J.L. Borloo, puis de C. Lagarde (2007-2009).

Dans la présente et nouvelle version du jeu, on doit découvrir, non pas qui a sous la main le furet qui circule dans le cercle des partenaires, mais celui ou celle (probablement un ministre des finances, plus ou moins contraint ou pas) qui a mis en place l'arbitrage. Le problème est qu'il y a eu trois ministres en 2007 et que les deux autres principaux joueurs étaient aussi dans le coup !

Petite revue de détail. Thierry Breton n'a cessé de manifesté son désaccord avec la procédure d'arbitrage, accumulant les rapports, internes et externes, tous défavorables. Il affirme avoir quitté le ministère sans avoir pris de décision à ce propos ce qui semble très probable. On comprend cette prudence et ce choix de laisser à son successeur un bébé aussi encombrant. Madame Lagarde qui succède à Monsieur Borloo, ministre durant un mois, avec le même directeur de cabinet, Stéphane Richard, prétend que les choses étaient déjà engagées quand elle est arrivée à Bercy.

Tout dont tout semble donc désigner Jean-Louis Borloo qui, par malheur pour lui, est un vieil ami et un fidèle de Bernard Tapie dont l'arbitrage est alors le seul espoir vu l'arrêt de la Cour de Cassation. Il nie pourtant tout rôle dans ce choix et nous y reviendrons ici même.

Les deux autres personnages mis en cause et qui s'accusent mutuellement désormais, sont certes de hauts fonctionnaires, mais ils n'ont pu, sous leur seule responsabilité et sans un ordre politique, engager une affaire si importante. Monsieur Rocchi, président du CDR, peut certes demander l'arbitrage (ce qui n'est pas son intérêt) mais il n'est pas en mesure d'en décider. Dans un système comme le nôtre, seul le ministre compétent peut prendre pareille décision. Stéphane Richard est certes en place sous les deux ministres successifs, Monsieur Borloo et Madame Lagarde, mais on ne voit guère un directeur de cabinet prendre pareille décision sans en référer au ministre et surtout sans avoir son accord formel.

Reste donc Jean-Louis Borloo qui, de loin et sans preuve évidente, paraît tout désigné pour prendre pareille décision, d'autant plus que son séjour à Bercy fut des plus brefs et clairement transitoire. Ses liens d'amitié personnelle, professionnelle et politique (MRG) ne plaident pas en faveur de ses déclarations sur son refus d'accepter la responsabilité de cette affaire.

Il s'est prononcé de façon tout à fait officielle et publique sur cette affaire lors d'une toute récente interview sur RTL qui est fort intéressante, non pas dans le contenu même de sa déclaration, car il se borne à y déclarer liminairement que "tout est faux" mais dans les images des quelques secondes qui précèdent l'interview elle-même et que la technique a filmées et surtout retenues. On y voit un Jean-Louis Borloo qui me fait furieusement penser à Rafael Nadal se préparant à servir dans un match de tennis (on pourrait aussi tenter une comparaison avec un néophyte qui se prépare à sauter à l'élastique d'un viaduc de 250 mètres) ; clairement nerveux, Borloo y accumule, en effet, les mimiques, les gestes inutiles et les grimaces, comme lorsque le tennisman espagnol ou l'apprenti sauteur vont affronter une épreuve importante. C'est le signe à la fois d'une grande nervosité et l'indice de formes de rituels rassurants.

Comme il y a tout de même des documents et des archives à Bercy, à moins qu'ils n'aient été volés ou perdus au ministère des finances, il y a forcément des traces de la prise d'une pareille décision ; la police pourra donc très facilement établir et identifier par son faux témoignage le premier coupable dans cette affaire, même si ce choix a été inspiré ou imposé par les joueurs planqués sous la table ! A cet égard, quoiqu'en dise H. Guaino qui juge le fait sans intérêt ni signification, la vingtaine de contacts entre B. Tapie et N. Sarkozy relevée dans les agendas du second, en pleine période électorale 2007 et que signale L. Mauduit peuvent éclairer d'un jour nouveau et peut-être expliquer cette étrange décision d'arbitrage que personne ne semble avoir prise .

 

lundi 3 juin 2013

Arbitrage Tapie : Nanar Rodomont, pièce en trois actes

 

Il n'y est venu que tardivement et un peu par force (oublions, par charité, Bernard Tapy et ses débuts dans la chanson ), mais la vraie vocation de Bernard Tapie est décidément le théâtre. D'où le titre et le découpage dramatique de ce texte, Rodomont étant un personnage hâbleur et glorieux du Roland furieux de l'Arioste, qui a donné à la langue française le joli mot "rodomontade".

Acte premier : Le triomphe

On croyait Nanar définitivement rangé des voitures entre son nouveau et superbe yacht, sa villa de Saint-Tropez, la promo de la carrière artistique de sa fille et la conquête de la mairie de Marseille et voilà qu'il retrouve, sans doute non sans un secret plaisir mais, en la circonstance, avec peut-être quelque inquiétude la scène des médias. Ça sent un peu roussi, il faut bien le dire, ces derniers temps, après la période d'euphorie qui coïncidait fort heureusement avec le 20e anniversaire de la conquête de la coupe d'Europe, gagnée dans des conditions qui n'ont jamais été très exactement éclaircies mais que la pauvre Madame Chazal ignorait manifestement.

Jugeant alors définitivement acquis ses 403 millions, B. Tapie fanfaronnait « que la décision du tribunal arbitral ne pouvait pas être remise en cause », surtout quand « on a la chance d'avoir un trio arbitral composé du Premier Président honoraire de la Cour d'appel de Versailles; Pierre Estoup, d'un ex-président du Conseil Constitutionnel, Pierre Mazeaud et de Jean-Denis Bredin » avant de conclure : « On ne peut qu'écarter toute suspicion sur l'honnêteté de la décision ».

Le problème est que désormais c'est non seulement la décision qui pourrait être remise en cause, mais, également et surtout, la composition même de ce tribunal arbitral dont des membre ont entre eux et avec Nanar et son conseil des relations étranges et dont le plus éminent, aux yeux de Bernard Tapie du moins, est désormais mis en examen pour escroquerie en bande organisée.

Acte deuxième : Pauvre mais digne

Familier du Stade Vélodrome, Bernard Tapie a immédiatement fait des passements de jambes et changé de pied ; d'abord et avant même ces déclarations, il a déclaré qu'il n'avait plus rien : « Il m'est resté nettement moins que 100 millions d'euros !», (le pauvre!) alors que tout le monde s'accordait à juger que, une fois ses dettes payées, il lui restait tout de même 200 ou 220 millions. Oublions ici les cent millions du yacht et de la villa tropézienne, sans parler de la Belgique.

Acte troisième : le père noble

Devant la dernière menace de l'Etat français, Tapie vient de déclarer au JDD, "avec un joli mouvement de menton", que "s'il y a le moindre doute sur la régularité de cet arbitrage" dans lequel "pas un centime n'a été versé à quiconque" (mais qui a parlé de centimes ?), il l'annulerait lui-même, formule qui conduit à s'interroger sur la portée comme sur le sens d'un tel engagement moral, s'il ne lui reste plus rien sur des sommes qui lui ont été versées, comme il le prétendait au deuxième acte.

Explication de texte

Je pense que Bernard Tapie a été conduit à adopter cette posture héroïque et rodomontesque par la lecture de l'excellent article de François Béguin (Lemonde.fr du 31 mai 2013) qui présente une longue et savante intervention de Christophe Seraglini, professeur de droit à l'université de Paris XI, qui est en même temps un avocat spécialisé en contentieux et arbitrage international. Je ne puis que vous renvoyer ici à la lecture de ce texte dans lequel ce spécialiste souligne que le droit français est très protecteur par rapport aux décisions prises par un tribunal arbitral, ce qui a dû rassurer notre Nanar et le conduire à prendre cette posture avantageuse qu'il doit juger sans doute sans risque, dans la mesure où la décision rendue en 2008 par ce tribunal arbitral a autorité de chose jugée en France et y équivaut donc à une décision de justice ; en effet, elle n'a pas fait, à l'époque, l'objet de recours dans les délais sont d'ailleurs très brefs.

Les choses sont rendues encore plus compliquées par la réforme du droit français de l'arbitrage qui est intervenu le 13 janvier 2011 et par le fait que l'on peut discuter la nature même de cet arbitrage ; on peut le juger soit interne, soit international, ce qui entraîne des modalités de recours différentes et donc ouvre la voie à des années de procédure. C'est donc probablement cette incertitude même qui rassure notre héros, car si un arbitrage interne porte sur un litige qui ne concerne que la France, dans l'affaire en cause, le mandat de vente est celui d'une société de droit allemand (Adidas) avec un vendeur allemand (Bernard Tapie Finance GmbH) et un acheteur en quelque sorte cosmopolite (Robert Louis-Dreyfus qui a fait intervenir dans cette affaire, comme intermédiaires, des sociétés off shore). Il est donc envisageable de soutenir qu'il s'agit là d'un arbitrage international et en ce cas, il n'y aurait pas de recours en révision possible devant la Cour d'appel française, comme on le dit souvent.

Le paradoxe est même qu'une des voies de recours devrait ramener devant le même tribunal arbitral ; s'il voulait se montrer facétieux, ce tribunal pourrait donc augmenter encore la somme versée à Monsieur Bernard Tapie et la porter à 500 ou 600 millions d'euros! En tout état de cause, vu les incertitudes et l'ambiguïté de la situation (mais c'est là mon avis personnel et non celui infiniment plus autorisé de Monsieur le professeur Seraglini) il est infiniment probable que, vu la moyenne d'âge du membres du premier tribunal arbitral (85 ans), ces nouvelles sessions éventuelles du tribunal arbitral devaient être délocalisées au Père-Lachaise.

samedi 1 juin 2013

Affaires Tapie : Nanar et les Présidents

Marie Anne Kraft, dans un commentaire à mon post "Affaire Tapie : une coïncidence de plus", pose une question que je me suis posée comme beaucoup (et pas seulement les journalistes qui, en dehors de mediapart et surtout dans notre PAF, ne s'en posent guère et en posent moins encore). La voici dans la forme qu'elle lui a donnée :

"Les journalistes posent tous la question : "Mais qu'est-ce qui aurait motivé l'Elysée et les autres personnes impliquées dans une escroquerie en bande organisée pour faire une telle faveur à Bernard Tapie ?"

Sûrement pas un simple remerciement pour soutien de Bernard Tapie à Sarkozy en 2007, ni une relation d'amitié, mais plutôt un moyen de pression sur une chose très grave. Tapie a véritablement harcelé l'Elysée (Claude Guéant et Stéphane Richard en ont parlé d'ailleurs), il a rencontré 18 fois N.Sarkozy, il paraît que Tapie désignait N. Sarkozy par le pseudo "le petit", ce qui est quelque peu condescendant ... C'est le mystère".


Si Nanar surnomme Sarkozy "le petit" (comme le Chirac des "Guignols de l'Info" ne le nomme que "le nain"), tout porte à croire qu'il n'a pas dû le faire au cours de leurs dix-huit rencontres ! En fait le point de départ de mon interrogation sur Bernard Tapie n'est pas Sarkozy ... mais Mitterrand.

Lors de l'idylle Mitterrand-Tapie qui avait amené ce dernier au ministère de la ville, il y avait eu, sur ce thème, un excellent épisode des "Guignols de l'Info". C'était, il faut le préciser, à l'époque de Bruno Gaccio et la qualité de cette émission était bien meilleure pour ce qui touche à l'analyse politique. On y voyait François Mitterrand, dans son bureau de l'Élysée, recevant, en tête à tête, Bernard Tapie. L'amusant de la scène était que, si je me souviens bien, rien du dialogue supposé des personnages n'y figurait, mais on y entendait, en revanche, les réflexions qu'ils se faisaient, in petto, l'un sur l'autre. Je dois dire que j'en ai oublié le détail, le temps ayant passé, mais il y avait clairement une forme de fascination réciproque des deux personnages, celle de Mitterrand pour Nanar se mêlant, de toute évidence, à un profond mépris, tandis que l'attention de Tapie, si je me souviens bien, se fixait surtout sur les chaussures de Mitterrand (peut-être des Berlutti comme celles de son ami Dumas).

Ce souvenir, je dois le dire, est assez confus mais ce qui me paraît juste et bien vu, dans une si étrange relation, est qu'un Bernard Tapie, manifeste chevalier d'industrie, au passé douteux, sans culture ni talent et dont les prétendus succès économiques ont été ce que le Président de la République d'alors ne pouvait ignorer puisse exercer néanmoins une forme de fascination sur le petit bourgeois d'une droite catholique et provinciale qu'était resté au fond de lui François Mitterrand, en dépit de ses palinodies.

Je pense qu'il en est un peu de même chez Nicolas Sarkozy ; il est, au fond, resté ce qu'il était et ne change que "tel qu'en lui-même enfin…" : un petit bourgeois qui culmine à 1,59 mètre, se juche sur des talonnettes qui lui donnent cette démarche ridicule, fils d'un immigré hongrois de Neuilly qui n'a guère réussi dans ses études mais plutôt comme batteur d'estrade et politicien ; il ne peut donc qu'être fasciné par un Nanar dont l'aura et la gouaille populiste lui font défaut quand il s'y essaye. Le petit Nicolas ne devait pas régner sur les cours de récréation des écoles primaires et quand il défie un robuste travailleur de descendre l'affronter (lui-même étant "hardiment posté derrière ses gardes du corps" pour parodier Voltaire), il ne fait que susciter le sourire !

Le parallèle entre Mitterrand et Sarkozy me frappe, même si le second a, somme toute, avancé vers l'Élysée à force de successives trahisons dessin de ses protecteurs, les voiles de son esquif parisien gonflées par les soupirs de vieilles dames. Les temps ayant changé, à la différence du premier, il n'a pas eu à inventer des fables et à sauter les buissons dans les jardins de l'Observatoire.

Au fond, on peut se demander si ces hommes politiques n'admirent pas surtout ceux chez lesquels ils découvrent encore plus de culot et d'outrecuidance qu'en eux-mêmes, c'est-à-dire des individus du genre d'un Bernard Tapie, aussi à l'aise à pousser la chansonnette (Bernard Tapy) que derrière un bureau ministériel Louis XV !

Bien entendu, cela n'empêche en rien les hommes politiques de chercher à tirer profit, fût-ce aux frais de l'Etat, de ces histrions dans la conduite de leurs propres stratégies politique, comme Mitterrand vers 1993-1994 ou Sarkozy en 2007-2008.

Une anecdote aussi éclairante qu'authentique pour finir. Il se trouve qu'un de mes parents, séjournant un jour dans un hôtel voué à la thalassothérapie eut l'occasion, tout à fait imprévue, d'y rencontrer par hasard Bernard Tapie. Ce cousin, grand amateur de Ferrari, étant descendu au garage pour voir si sa voiture y était toujours et n'avait pas subi quelque dommage, s'est vu aborder alors qu'il la bichonnait, par Bernard Tapie qui séjournait également là. La conclusion de leur rencontre fortuite fut philosophiquement formulée par Nanar qui l'énonça en ces termes choisis : « Au fond, dans la vie, il n'y a que deux choses, les caisses et les gonzesses !".

vendredi 31 mai 2013

Affaire Tapie : de l'utilité des vieux.

On raconte que François Mitterrand, homme précautionneux s'il en fut, disait volontiers qu'il avait deux avocats, Robert Badinter pour le droit et Roland Dumas pour le tordu. Je lui aurait volontiers d'ajouter un principe général, sans avoir par ailleurs moi-même deux avocats, qui est le suivant : il est indispensable, dans toute affaire qui risque de mal tourner, d'inclure, dans une position assez forte, un vieillard.

Pour être plus clair, prenons un cas concret actuel

Dans l'affaire de l'arbitrage qui a amené chez Bernard Tapie ces 403 millions d'euros qu'il a déjà quasi dépensés dès qu'on parle de les lui reprendre, il est infiniment probable que, si les choses ont une suite, il faudra trouver un coupable
De toute évidence, ce ne peut-être Monsieur Bernard Tapie, la victime dont tout, et surtout lui-même à l'entendre, indique qu'il est blanc comme neige et innocent comme l'agneau qui vient de naître ; ni Monsieur Sarkozy, qui avait fait changer de bord politique, l'homme de gauche (MRG ou assimilé) et l'ancien ministre de Mitterrand, par le seul charme de son verbe au cours de leurs nombreux entretiens ; ni Monsieur Guéant, qui il a tout l'air de ne rire que quand il se brûle et ne semble pas être homme à fraterniser avec Nanar qui aime à plaisanter ; ni Madame Lagarde qui, en dépit de ses curieux mari et beau-frère, n'est qu'une innocente colombe, abusée par une "bande organisée" d'escrocs et que protège surtout son statut de directrice générale du FMI (si l'on était obligé de virer successivement les deux directeurs français du FMI, notre drapeau en sera à jamais terni)

"Ces chose là sont rudes" comme disait le poète !

En outre, tous ces gens-là sont assez jeunes et paraissent tous en excellente santé. Reste donc comme responsable potentiel le trio des arbitres.

Du même auteur "L'espoir changea de camp. Le combat changea d'âme"

Pour le coup, tous sont octogénaires (85 ans de moyenne d'âge, le doyen étant P. Estoup) et quelque peu égrotants (d'où l'absence initiale de ce dernier devant le juge). Tous ces arbitres sont en effet des retraités de diverses fonctions, dont le grand âge est censé tenir lieu de sagesse et le carnet d'adresses, même un peu périmé, le modus operandi. Si l'on sait que, dans l'affaire en cause, ces trois arbitres (mieux payés et moins exposés qu'au football) se sont partagés, en parts égales, un million d'euros pour un travail modeste et surtout discutable, on comprend facilement que les candidats ne manquent pas.

L'avantage des arbitres pour le moins octogénaires, est, en la circonstance, qu'en cas de problème, on peut espérer que, dans des délais raisonnable (notre justice est si lente), au moins l'un des trois passe l'arme à gauche, ce qui dans un concours de métaphores, permettra de lui faire porter le chapeau et d'éteindre l'action de la justice.

Pour en revenir à François Mitterrand avec lequel j'ai commencé mon propos, expert en la matière, il avait su s'entourer de collaborateurs qui avaient le bon goût, dans les difficultés, soit de sauter d'eux-mêmes le pas (même si on les y aidait un peu) comme ce bon Monsieur de Grossouvre qui se fait, sans faire le moindre bruit, sauter la cervelle au 11,43 ou, cas plus clair encore, de mourir opportunément comme ce brave Roger-Patrice Pelat, ami intime du Président et si généreux créancier de P. Bérégovoy. Compromis dans l'affaire Pechiney-Triangle (avec un achat officiel de 10.000 actions en France et de 20.000 en Suisse, en douce et on ne sait trop pour qui...), il est inculpé de délit d'initié le 16 février 1989, mais a l'esprit de mourir d'une crise cardiaque quelques jours plus tard, le 7 mars, sans avoir à s'expliquer davantage sur quoi que ce soit !

J'ai été fort intéressé par les commentaires de SCHOUM1 à mon post d'hier et, faute de pouvoir lui en demander la permission, j'en reproduis ci-dessous une partie car j'avais déjà écrit mon texte du jour :
"Toujours avis perso,
 Je trouve que dans toute ces affaires politico financière, il y a toujours des hommes, qui soit se suicident, ou meurt de crise cardiaque, ou autres 
Depuis 3 mois que sortent toutes les affaires, financement politique, train de vie de l’Etat, certaines vente du patrimoine français,(Chantilly et j’en passe, Bettencourt et campagne électorale de Sarkozy et son financement, KARACHI etc. et j’en passe, la crise cardiaque de Philippe Seguin président de la Cour des comptes arrivait à point.
Premier président de la Cour des comptes de 2004 à sa mort, le  7 janvier 2010Philippe Séguin, grâce à sa notoriété, a redonné de la visibilité à cette institution, en intensifiant le nombre de rapports et en lançant une importante réforme des juridictions financières." SCHOUM1

J'ai moi-même, à l'époque, écrit (je le chercherai) un blog sur l'ASSASSINAT (si opportun) de Philippe Seguin!

Donc à plus tard.

jeudi 30 mai 2013

Affaire Tapie : une coïncidence de plus.


Puisqu'on en est à chercher les coïncidences curieuses dans l'affaire de l'"arbitrage Tapie", je m'étonne que l'on n'ait pas noté (mais peut-être cela m'a-t-il échappé) que paraît, en 1989, un gros livre de 297 pages (édition Litec) intitulé La justice française : acteurs, fonctionnement et médias dont l'auteur est Pierre Estoup qui est encore en activité à ce moment (il ne prend sa retraite qu'en 1991).

Rien que de très normal et il signe d'ailleurs son livre "Pierre Estoup, Premier Président de la Cour d'Appel de Versailles".

Ce qui est déjà plus remarquable est que l'auteur de la préface de cet ouvrage Jean Denis Bredin . Si l'on dédicace un ouvrage à n'importe qui et il a même pour ça des séances publiques dites de signatures pour ça et seule la formuler importe, on ne saurait demander à n'importe qui et moins encore à un inconnu de préfacer un livre qu'on juge important.

Ce qui l'est pour le coup tout à fait inattendu est qu'en juillet 2008,le hasard faisant bien le choses, surtout si on l'aide un peu, Pierre Estouf et Jean Denis Bredin se retrouvent, ensemble, comme deux des trois arbitres dans l'affaire Tapie.


Sans commentaire.

jeudi 20 décembre 2012

Histoire marseillaise



Le bruit du rachat du groupe Hersant par Bernard Tapie a couru sur les ondes depuis hier et suscité nombre de commentaires parisiens. Sans être particulièrement compétent en la matière, mais connaissant les lieux, je crois que la plupart de ces commentateurs n'ont rien compris au film.

Comme on le sait, les élections municipales arrivent et Jean-Claude Gaudin, qui  voudrait pourtant bien, hésite, vu son âge, à solliciter un quatrième mandat des électeurs marseillais. Or, la situation locale a beaucoup changé dans les derniers temps.

Renaud Muselier, battu aux législatives et porteur de quelques casseroles, directes ou indirectes, a ostensiblement marqué son éloignement des affaires phocéennes, en se faisant mauricien, pour des raisons dans tout indique qu'elles sont plutôt fiscales. Il est vrai qu'il avait déjà des connexions avec Maurice où par des investssements immobiliers somme toute modestes (500.000 $), on peut se faire, fiscalement, citoyen mauricien. Il était d'ailleurs depuis longtemps proche de cette filière, essentiellement grâce au beau-frère de notre ex-ministre des finances et actuelle Directrice du FMI, Madame Lagarde.

J.N. Guerini, l'inébranlable président du Conseil général et autre candidats possible, a suffisamment d'affaires sur le dos actuellement pour ne pas pouvoir songer sérieusement à charger davantage la barque par une candidature à la mairie.

La voie est donc relativement libre pour un outsider et Bernard Tapie, qui s'est toujours trouvé bien dans le milieu marseillais, se verrait bien faire un retour depuis la Belgique dans cette ville.

Les choses sont d'autant plus favorables que s'il n'y a pas de favori ni même de candidat sérieux pour la mairie; par ailleurs, depuis le départ de Pape Diouf, les affaires de l'OM ne vont pas très bien. Les conflits internes sont légion ; ils se sont marqués en particulier par le départ de Deschamps et la contestation locale très forte du staff et surtout du président actuel V. Labrune ; tout cela s'ajoute au manifeste désir de Madame Louis-Dreyfus de se débarrasser de ce sparadrap aussi encombrant que coûteux.

Tout semble donc, entre la mairie et le stade-vélodrome, offrir les meilleures conditions pour un retour providentiel de Nanar sur la scène phocéenne.
 
La connexion entre les opérations municipales et footbalistiques pourrait parfaitement être assumée par le quotidien local la Provence, dont il se rendrait propriétaire, si la négociation avec le groupe Hersant va à son terme et aboutit. La matérielle est assurée par les centaines de millions touchés de l'État dans la négociation finale autour d'Adidas et du CL et on peut compter, dans la suite, à la fois sur les subventions à la presse locale (qui ne vit que de cela) et sur les revenus annexes voire clandestins du football, qu'il ne faut pas négliger, sans compter le fait que, via l'OM, à Marseille, on peut toujours compter, dans une campagne électorale municipale, sur les dizaines de milliers de supporters qu'il peut apporter.

Qu'est-ce qu'on dit à Usbek & Co Consulting, Messieurs les commentateurs de la presse parisienne ?

dimanche 10 juillet 2011

Tapie, Lagarde et Borloo ; un fusil pour tirer dans les coins (n° 2)

En écrivant ce titre, je m'aperçois qu'en fait j'aurais plutôt dû écrire, pour des raisons de logique chronologique qui apparaîtront dans la suite "Borloo, Tapie et Lagarde". Je précise d'emblée que mes remarques ne sont en rien juridiques (je n'entends rien à la chose, comme d'ailleurs, me semble-t-il, nombre de commentateurs, y compris parmi les juristes, le droit étant tout ce que l'on veut sauf une science exacte). Je ne veux ici que rapprocher quelques faits et, pour l'essentiel, des dates.

En dépit de mes recherches, je n'ai pas été en mesure de savoir quand et par qui a été prise la décision de mettre en place un tribunal arbitral pour revenir sur l'affaire Tapie qu'on pouvait croire réglée.

Octobre 2006 [début de la campagne de l'élection présidentielle de 2007] : la Cour de cassation casse la condamnation du CDR à verser 135 millions de dommages et intérêts à Bernard Tapie, estimant qu'aucune faute n'était caractérisée à l'encontre du Crédit Lyonnais lors de la cession du groupe Adidas à Robert Louis-Dreyfus en 1993-1994.

Fin 2006-début 2007. B. Tapie, qui joue l'ambiguïté et l'hésitation entre la division de la gauche (via le PRG) et le soutien à Sarkozy via son ami Borloo, penche de plus en plus nettement et ouvertement pour la seconde ligne : "Sarkozy et Jean-Louis Borloo ont mes faveurs". (Le Point)

18 mai 2007 : Jean-Louis Borloo devient ministre des finances, de l'économie et de l'emploi du gouvernement Fillon. Il sera détrôné dans cet emploi le 19 juillet 2007 pour devenir, plus modestement ministre de l'écologie, avec pour le consoler le titre de ministre d'Etat.

Sans qu'on sache exactement quand et par qui a été prise une décision si importante, un projet d'arbitrage dans l'affaire Tapie, qu'on croyait définitivement close depuis un an, est formé puis présenté et accepté, contre toute attente, par le CDR dès octobre 2007. La conception, le choix des membres du tribunal arbitral, qui ne peuvent être que des personnes physiques, la définition des modalités de leur intervention (on parle d'un million d'euros pour les trois septuagénaires pressentis), leur accord, leur acceptation par le CDR, tout cela suppose des négociations et un accord des deux parties. Christine Lagarde, en poste depuis moins de trois mois (dont le mois d'août), n'a guère pu être en mesure de concevoir et de conduire à son terme une procédure si ardue et si complexe. N'a-t-elle pas trouvé le paquet tout ficelé sur son bureau en arrivant à Bercy et en prenant la succession de Borloo? Ne lui ferait-on pas, après coup, porter un chapeau qui n'est pas le sien ?

Juillet 2008 : après la décision du tribunal arbitral, le MoDem et le PS protestent mais à mots couverts et sans jamais prononcer le nom de Borloo. F. Bayrou invoque "les protections" de Bernard Tapie et parle d'"un renvoi d’ascenseur par Nicolas Sarkozy au soutien de Bernard Tapie lors des Présidentielles 2007". Le PS, par la voix de J.M. Ayrault, demande même, non sans humour, à Christine Lagarde de "saisir la justice". Celle-ci, le 28 juillet 2008, se borne à enjoindre aux représentants de l'Etat au conseil de l'EPFR de ne pas s'opposer à la décision de la direction du CDR de ne pas former de recours contre le jugement arbitral (ce qui aurait été possible dans le mois suivant la décision).

Juillet 2011. Epilogue ou nouvel épisode?
La commission des requêtes de la Cour de justice de la République a reporté sa décision, annoncée pour le 8 juillet 2011 au 4 août parce que, selon Europe 1, l'un de ses membres se serait senti dans l'obligation de se récuser le 7 juillet au soir.

La nuit, dit-on, porte conseil ; la soirée du 7 juillet aussi! En effet, un des membres de la Cour de justice de la République saisie du dossier depuis le mois de mai, Madame Laurence Fradin s'est avisée soudain, (Bon sang mais c'est bien sûr!), qu'elle est mariée à Pierre Joxe, ancien président de la Cour des Comptes et ancien ministre socialiste de Mitterrand comme Bernard Tapie et, en outre, qu'elle a eu à connaître du dossier Tapie quand elle était elle-même à la Cour des Comptes ! Mieux vaut tard que jamais!

Lagarde ou Borloo? Sur qui le fusil est-il braqué en réalité?

Christine Lagarde, désormais bien installée sur les rives du Potomac demeure une cible possible mais très théorique pour deux raisons. La première est que, si le FMI n'aime pas voir son directeur général trousser les servantes (au Sofitel) ou ses collaboratrices (au FMI), les magouilles internes à Bercy ne préoccupent guère l'américain moyen. En outre, seconde raison plus forte, comme le montre la simple chronologie que j'ai esquissée, Madame Lagarde n'aurait guère de mal à démontrer qu'elle n'est en rien à l'origine de cette affaire dont elle n'a assumée, en fait, du fait de sa fonction, que les conséquences.

En revanche, il y a là un excellent moyen de remettre dans le droit chemin Jean-Louis Borloo s'il venait à tendre à s'en écarter trop! Mieux vaut donc garder le plus longtemps possible le doigt sur la détente du fusil pour tirer dans les coins.

samedi 9 juillet 2011

Tapie, Lagarde et Borloo (N° 1)

Résumé (indispensable des épisodes précédents). A cette fin , je reprends, en l'actualisant, l'un de mes posts antérieurs publié sous le titre : "Il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l’obtint" ( Beaumarchais ).

Cette formule du Mariage de Figaro paraît pouvoir s’appliquer à Madame Christine Lagarde, notre ex-ministre des finances et de l’emploi, même si la canne, sur laquelle elle s’appuie parfois avec beaucoup de distinction et de grâce, ne semble pas la destiner, a priori, aux exercices chorégraphiques.

Avocate de profession, elle a régné sur Bercy et nos sous ; aussi ne l’ai-je pas entendue sans étonnement affirmer, un jour, à la radio que la raison pour laquelle on avait jugé bon de mettre un terme à l’interminable affaire Tapie était que l’Etat avait déjà versé dix millions d’euros en frais d’avocats (merci pour eux!). Les avocats de Nanard, que j’ai entendus aussi par ailleurs, sont plus discrets, car ils ont dû, au terme apparemment définitif de l’affaire, se payer sur la bête et avec un pourcentage sur les gains, à l’américaine, car Tapie lui, en principe n’avait alors pas un euro en poche.

Petite curiosité fiscale. Nanard devait alors, disait-on, 130 millions d’euros à l’Etat (en « dettes fiscales et sociales"), sans parler de ses créances au Consortium de Réalisation. Comment un citoyen dans une situation financière et fiscale si désastreuse a-t-il pu continuer à loger Rue des Saints-Pères dans ce fameux, immense et luxueux hôtel particulier qu'il y possède et pour lequel, en son temps, le Canard enchaîné nous avait appris qu’il ne payait qu’une taxe d’habitation minimale, n’étant pas assujetti à l’impôt sur le revenu?

Quel homme ce Nanard ! Lui qui a commencé comme crooner, il pourrait reprendre le tube de Julio Iglesias « Je n’ai pas changé ! », à moins qu’il ne revienne à ses propres écrits à travers le répertoire du Bernard Tapy des années 60 ; il pourrait alors nous susurrer à nouveau, après son succès final dans l’affaire Adidas, cet immortel couplet dont, homme de tous les talents, il est l’auteur:
« Et maintenant je suis content
Qu'avec elle ce soit terminé
Je vais pouvoir tout comme avant
Ha ! Recommencer à bien rigoler".
Tout cela est rigoureusement exact, même si la rime est moins riche que, désormais, l’homme.

Mais revenons-en à Madame Lagarde, car je ne puis m’empêcher de craindre, à Bercy ou au FMI, les analyses et les décisions ultérieures d’une femme qui, pour ne pas risquer, fût-ce en vain, un ou deux millions d’euros de plus, accepte, le coeur manifestement léger, d’en perdre quatre cents !

Je n’entends pas être le centième à ratiociner sur cette affaire, aussi ténébreuse que compliquée, dont les implications politiques, souvent méconnues, commencent à apparaître, et dans laquelle, de toute façon, nous autres contribuables français, avons été et serons encore les dindons de la farce.

La Gauche joue les vierges effarouchées, forte des connivences évidentes du pouvoir dans cette affaire. Bayrou a, en son temps, levé le lièvre, alors manipulé par Peyrelevade qui évidemment en sait long, pour plusieurs raisons, sur cette affaire. On ne doit pas oublier que c’est tout de même Mitterrand qui, pour contrer Rocard, a mis autrefois Nanard sur orbite politique et en a fait un ministre, en continuant dans la suite à le protéger de diverses façons. Quant au fameux tribunal arbitral, qui aurait touché dans l'affaire un gros million d’euros d’honoraires, la droite sénile y était représentée par l’alpiniste Mazeaud et la gauche cacochyme par l’avocat Bredin (du cabinet Bredin-Badinter, ça doit vous rappeler des choses!). Bernard Tapy-Iglesias a raison : rien n'a changé, mais rien n’a non plus été laissé au hasard dans tout cela !

On croyait Nanard fini après l’arrêt de la Cour de Cassation en octobre 2006, censé, dans notre système juridique, mettre un terme à toute action judiciaire. C’était compter sans la justice « privée ». Quoique fauché, Tapie-Tapy, resté à la table quand on le croyait au tapis, en flambeur qu’il est, a fait "tapis" et raflé le magot ! Bravo l’artiste !

La suite demain.