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mardi 13 août 2013

Sport : dopage, paris et blanchiment

Vous m'accorderez que je parle rarement de sport, quoique je porte pas mal d'intérêt à ces activités, essentiellement en raison de mon passé dans ce domaine. Je m'amuse, en revanche, beaucoup de la façon dont les problèmes sportifs sont abordés par notre presse, écrite ou audiovisuelle. Dans une période difficile pour elle (à son avis du moins), elle vit en effet largement des sports, soit par le biais des sujets qu'ils lui offrent, soit par les publicités multiples qui y sont liées et qui la financent (pour la presse audiovisuelle, je pense surtout au système des paris).

Le Tour de France et les multiples épreuves sportives de l'été ont fait reparaître le "marronnier" du dopage dont on ne parle guère en dehors de ces périodes, qu'on évoque surtout pour le passé et auquel s'intéressent fort peu, en réalité, les premiers intéressés que devraient être les fédérations sportives. En fait, comme tout le monde le sait, le dopage règne en maître depuis plus d'un demi-siècle, sous des formes qui ont toujours évolué selon le même principe. Il consiste à mettre au point des techniques qui permettent d'échapper au mode de contrôle en cours ou qui masquent la prise de produits. Au fond, comme tout le monde se dope, tous les sportifs sont logés à la même enseigne et seules les performances sont faussées ; les classements des sportifs eux-mêmes resteraient sans doute à peu près identiques avec ou sans dopage.

Ces techniques ont souvent plus de conséquences, à long terme, sur la santé des sportifs, mais on s'en moque ; on connaît quelque cas célèbres, même si on en ignore une foule d'autres, plus obscurs ou inconnus, qui ont eu les mêmes conséquences funestes. Un des cas les plus drôles et les plus communs que je connaisse est la découverte soudaine du rôle d'une forme particulière de dopage qui règne, partout, dans toutes les salles de musculation (la "gonflette" !) qui sont devenus aujourd'hui de "fitness" ; l'auto élevage, à coup de super-protéines, d'anabolisants, de stéroïdes, etc., y a toujours été de règle. Dans les magazines spécialisés, on trouve d'ailleurs toutes les publicités qu'on veut pour des produits qui vous permettront de prendre 1 kilo de viande par mois, même si cela doit, à terme, vous ruiner la santé ou même vous tuer. Les packs de rugby ont ainsi pris 100 kilos de poids de corps en deux décennies ! Il y a quelques années, une vedette des publicités dans ce domaine, le fameux Momo Benaziza (à la louche 120 kilos pour 1.60 mètre) est mort à trente ans ! Les publicités en faveur des produits que Momo prenait et y vantait sont restées en place, dans les magazines spécialisés, durant quelques semaines après sa mort, ce qui était drôle mais un peu inquiétant !

Donc rien de particulier à dire sur le dopage, sinon que le renouvellement constant des produits dopants entraîne une course sans fin entre ce qui est fabriqué et vendu par les industriels et les quelques pauvres laboratoires chargés des contrôles et qui, entre les fraudes et les trucages, s'essoufflent à tenter de suivre le mouvement. De ce fait les révélations fracassantes (style Amstrong ou Ben Johnson) arrivent avec dix ans de retard !

Sport et paris ? Le rapport est évident, et cela justifie mon titre ;  le développement exponentiel des paris sportifs (autrefois, on se bornait à doper ou à endormir les canassons) a aujourd'hui gagné les sports collectifs et en particulier le football et même le handball, ce que montre l'affaire en cours avec les paris des joueurs de Montpellier. Le gardien de but de Montpellier n'avait d'ailleurs pas lieu, dans cette affaire, de se doper lui, bien au contraire, puisqu'il lui suffisait, en fait, d'encaisser quelques buts adverses pour toucher la mise !

Pour le football, je ne reparlerai pas ici de la fameuse affaire de Bernard Tapie et du match Valenciennes-OM (1993) sur lesquels on a tout dit ; en revanche, je me souviens parfaitement, mais nul n'en parle, des déclarations de Bernard Tapie, après la première défaite en finale de coupe d'Europe et avant que l'OM gagne lui-même cette coupe en 1993 (la même année et le même protagoniste ! Comme c'est bizarre !). Il avait, en effet, déclaré alors qu'il avait compris comment on gagnait la coupe d'Europe. Sa déclaration montrait clairement qu'il avait changé de stratégie et qu'il pensait désormais qu'il était plus simple et plus efficace d'acheter les arbitres que les joueurs. Si le trucage des matchs de foot vous intéresse, consultez donc le gros livre (413 pages) que D. Hill a consacré à la question et publié en 2008, Comment truquer un match de foot ?.

Pas grand-chose à dire sur les paris, désormais non seulement autorisés, multipliés et promus au rang de grande industrie nationale et même mondiale ; le développement de l'Internet comme la mondialisation du marché( avec en prime les décalages horaires) font qu'il est, en effet, devenu impossible de contrôler la régularité des paris, même si naturellement, et surtout en France, nous avons quelques organismes ou agences (GAFI, SCPC, etc.) chargées de ce contrôle, ce qui, après tout crée des emplois et donne une apparence de contrôle à l'État, qui est, lui-même, organisateur ou "parrain" de diverses formes de paris à travers la Française des jeux, les autorisations d'officines diverses et les casinos.

Le pire est que l'Etat tolère une publicité folle autour de ces paris dont la clientèle se recrute naturellement dans les franges les plus modestes voire les plus misérables de la population, exception faite, bien entendu, de ceux qui bénéficient des gains, licites ou illicites, de ces paris et/ou de ces fraudes et trucages.

Le rapport du sport avec le blanchiment d'argent, d'où qu'il vienne, est moins évident; encore qu'il puisse déjà s'établir (et chacun le sait) à travers le système des paris eux-mêmes qui permet de blanchir de l'argent illicite, comme on le fait aussi à travers les casinos. Noël Pons a traité de la question dans Cols blancs et mains sales. Economie criminelle, mode d'emploi (O. Jacob, 2006), avant et après la série des rapports parlementaires sur la question : voilà une autre de nos belles spécialités française qui commence, dès 1958, avec le rapport 3741 de Dominique Juillot et se poursuit en 2008 avec le rapport 693, sans parler du Rapport Bauer. On sait donc tout de ces magouilles. N. Pons résume une partie de ce système dans un article intitulé « Paris truqués, football et corruption », dont vous aurez facilement le texte dans par Internet.

Je n'insiste donc pas sur ces points, mais rappellerai plutôt ici un point d'histoire, peu connu, des rapports entre le football et le blanchiment d'argent. Quitte à être corrigé par des spécialistes plus avertis, je soulignerai le rôle qu'a joué dans tout cela le fameux Pablo Escobar, le milliardaire de la drogue et du football en Colombie, dont la fortune, avant les problèmes qui ont marqué la fin de sa vie, était, en 1989, évaluée par le magazine Forbes à 25 milliards de dollars. Honni par les États-Unis et, d'une façon générale, hors de la Colombie (sauf au Mexique), Pablo Escobar était adoré de la population colombienne à la fois pour ses œuvres sociales (il construisit 500 maisons pour les pauvres), mais plus encore pour son rôle dans le football. En effet, une petite partie de la fortune que lui procurait la drogue, était consacrée au paiement des joueurs de football colombiens. L'équipe nationale de Colombie, dont la vedette était le fameux Valderama, devint alors une des meilleures du monde, infligeant entre autres un mémorable 5-0 à l'Argentine! Le football permettait ainsi à la fois à Escobar d'asseoir sa popularité pour empêcher toute extradition et de blanchir une partie de l'argent de la drogue.

Pablo Escobar a été tué en 1993 et en 1994, un joueur de l'équipe nationale colombienne, Andrès Escobar, a fait les frais à la fois de la passion des Colombiens pour le football et des paris sur ce sport ; un narcotrafiquant perdit alors beaucoup d'argent avec le match Colombie-États-Unis, dont on pensait qu'il serait facilement gagné par la Colombie. Il fut en fait perdu par cette équipe. Le pauvre Andrès Escobar, qui avait marqué contre son camp le premier but américain et entraîné la défaite de son équipe, fut, dès son retour à Bogota, assassiné sur l'ordre du parieur mécontent !

Nous ne connaissons pas actuellement, ou, en tout cas pas encore, de faits semblables en France, même s'il est fait état de menaces contre des joueurs ou leurs familles visant à influer sur les résultats. Sur un autre plan, le curieux commerce des joueurs de football (et qui sait de rugby ?) est un secteur éminemment propice au blanchiment d'argent. Ce n'est assurément pas le curriculum vitae de certains des agents de joueurs (ou assimilés) qui est susceptible d'infirmer ce point de vue !

Les faits sont apparus d'abord en Italie surtout, mais vous avez sans doute observé les mouvements commerciaux au sein de certains clubs français, en particulier du PSG (ou règne une forte odeur de gaz et pétrole), mais surtout désormais de l'AS. Monaco (club sans public mais à fiscalité spéciale, où le parfum est plutôt celui de la mafia russe, qui a désormais traversé la Manche et préfère, semble-t-il, le climat de notre Côte d'Azur à celui de Manchester). Il est évident que le "mercato" des joueurs, qui échappe à tout contrôle, puisque la plupart des transactions s'opèrent, en fait, offshore et dans des montages extrêmement compliqués, est une occasion non seulement respectable (du moins en apparence), mais totalement occulte et insondable de blanchir des sommes énormes dont l'origine n'est généralement pas connue et de toute façon inavouable.

Je vous renvoie sur ce point aux œuvres de Monsieur Noël Pons qui a exposé tout cela dans son détail. Je me contente ici de persister à m'étonner que l'État français laisse s'opérer de telles manipulations et, pire encore, les encourage, directement et indirectement, à travers les officines de paris sportifs, dont on sait que la majorité de la clientèle est pour l'essentiel misérable et souvent surendettée.La publicité éhontée des officines de crédit- derrière lesquelles se cachent, les banques, est tout aussi scandaleuse !

Une telle dérive s'inscrit d'ailleurs dans la schizophrénie publicitaire française : la "réclame", lorsque on vous vante et qu'on vous vend un produit nocif à quelque degré et sous quelque forme que ce soit, fait toujours suivre cette publicité racoleuse d'une réserve légale qui est le comble de l'hypocrisie juridico-mercantile. On vous y invite, en effet, à vous méfier ou même à ne pas consommer (sinon peut-être "avec modération", notion éminemment relative et variable) le produit qu'on vient de vous pousser à acheter ! Va comprendre Charles !

dimanche 7 août 2011

La nef des fous





Depuis que je sais reproduire les photos dans blosgspot, je dois résister à la tentation d'abuser de cette facilité, mais comment ne pas vous offrir ici le tableau de Jérôme Bosch?

Mon dernier blog "Halte à la morositude" (que j'ai failli orner d'une photo de Ségolène sur la Muraille de Chine) était, je le reconnais, une petite provocation. En réalité, il a fallu pour l'écrire que je me prenne un peu par la main, car je ne vois pas ce qui, dans les situations que nous connaissons, peut véritablement conduire à faire un rempart de son corps à la morosité. Je crois donc que le titre du présent texte, "la nef des fous", correspond beaucoup plus à la réalité et aux réflexions qu'elle peut inspirer.

J'en suis d'autant plus convaincu qu'on commence à nous ressortir dans les médias la question du surendettement des Français (sans parler bien sûr des 1400 milliards de notre endettement national commun). Je sais bien que nous sommes en août et que c'est là l'un des "marronniers" de notre presse, avec le salaire des cadres, la hausse de l'immobilier et les Français et le sexe ! La seule nouveauté en la matière est que l'on commence à évoquer l'idée de la perspective de la création éventuelle d'une institution dont chacun est stupéfait d'apprendre qu'elle n'existe pas depuis 30 ans. On commence en effet à penser à créer un fichier général de l'endettement sur lequel seraient tous inscrits les 20 ou 25 millions de Français qui ont des emprunts, quel que soit leur nombre et leur montant.

Ils ne sont en effet recensés ni répertoriés nulle part! Cela conduit à ce que tout le monde sait et constate, c'est-à-dire que, lorsque vous voulez emprunter à une quelconque officine spécialisée dans le prêt (qu'il s'agisse d'une banque ou de l'une ou l'autre de ces associations de malfaiteurs qui remplissent de la publicité d'offres mirifiques de prêts les médias et les journaux populaires), jamais votre prêteur, contre toute logique, ne s'inquiète de savoir quels sont les autres emprunts que vous avez déjà ; vous pouvez donc joyeusement les accumuler tout à loisir très au-delà de vos capacités de remboursement, d'autant que désormais d'autres officines (ce sont sans doute, en réalité, les mêmes) vous proposent de regrouper vos dettes pour en réduire le montant, ce qui est évidemment une vaste blague aux yeux de n'importe quel individu de bon sens et sachant un tant soit peu compter.

Sur la nef des fous française, on nous bassine sans arrêt avec le respect de l'individualité (Ne sommes-nous pas la "pays de droits de l'homme"?) ; une Commission ad hoc, " Informatique et libertés" (une commission de plus) veille jalousement au respect de cette individualité et empêche toute communication entre les fichiers, ce qui encourage surtout, en particulier, un essor et un développement extrêmement actif de la fraude fiscale en France. Toutefois et en même temps, on apprend que nous sommes tous fichés de tous les côtés, que nos téléphones portables sans parler des autres sont écoutés, et que, très probablement, nos communications par courriel sont également espionnées.

On a ici la preuve de la pathologie la plus courante sur notre nef des fous, la schizophrénie, conséquence normale des systèmes totalement contradictoires dans lesquels nous vivons.

On ne cesse en effet, par exemple, de nous accabler de propositions mirobolantes de prêts ("Rien à rembourser pendant trois mois".. mais, après, on en prend pour dix ans!), tout en regrettant le surendettement . C'est là un bel exemple mais il est très loin d'être le seul.

Sur notre nef des fous, sur un plan, plus général, le développement exponentiel de la publicité s'accompagne toujours de l'énoncé, subalterne et hypocrite, de slogans sur les dangers des produits, des activités ou des consommations dont on fait la réclame. Pour prendre le cas des radios populaires (car comme toujours, les publicitaires visent plus bas possible) après une période de calme relatif pendant la période du mois d'août où le notre ridicule championnat de football était en sommeil (le Qatar ne connaît décidément rien au foot et devrait retourner au cul de ses chameaux!) et où les sociétés de jeux n'avaient plus que le poker et les bourrins, l'antenne est à nouveau monopolisée par les messages de promotion des jeux de hasard. Sur une radio comme RMC qu'on dit et qui se veut populaire, on entend de nouveau en quasi-permanence les pronostics du trio ou du quatuor qu'elle appelle pompeusement sa "Dream Team", sans doute sans savoir ce que ça veut dire et qui est composée de trois ou quatre loustics d'une si rare intelligence que leurs Q.I. approchent, dit-on, les 150... au total et à quatre il est vrai !

Tout est à l'avenant et on nous matraque, toute la journée, dans tous les médias audiovisuels, de publicités pour la "male bouffe" (je tiens à l'orthographe!) en tout genre. Le faux-cul suprême tient à ce que chaque message en faveur d'une quelconque saloperie alimentaire est suivi du conseil d'éviter de consommer des aliments sucrés, salés ou gras! Il en est de même pour l'alcool et REFORME DU SIECLE, on le fait désormais aussi pour les offres de crédit qui comportent obligatoirement la mention (Je vous jure que c'est vrai et vous pouvez vérifier) "Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager". A mourir de rire. Quand il s'agit de gros fric, soyez sans inquiétude, la banque vérifiera et plutôt deux fois qu'une, y compris sur le plan médical. Ce n'est dans ces cas-là que menu fretin et, de toute façon, grâce au surendettement les cochons de payants de Français casqueront pour finir, comme pour la Grèce !

Dernier point mais le plus important. Pourquoi laisse-t-on le champ libre à de tels aigrefins? Il serait intéressant de savoir QUI SONT les individus et institutions qui sont derrière ces organismes de crédit, sans bien sûr se montrer et se salir les mains. Celui ou celle qui trouve la bonne réponse et la donne le premier gagne comme toujours une tringle à rideaux.

Au fond j'aurais dû intituler ce blog "Les Shylocks de la nef des fous".Allez, je vous mets, en prime, un Shylock!

vendredi 14 janvier 2011

De la publicité et de son contrôle (redif du 2/03/10)

En cherchant un vieux post sur la pub, j’en ai trouvé un autre, que j’avais totalement oublié mais qui n’a pas pris une ride et montre, en outre, que comme naguère Julio « Je n’ai pas changé ! »

La fameuse affiche de la prétendue campagne anti-tabac, qui visait à assimiler le fait de fumer à la fellation, avec une cigarette à la bouche de deux adolescents, la clope étant censée évoquer le sexe d’un monsieur qu'on ne voyait que de trois-quarts arrière, était surtout assez nulle. Personnellement, sans le battage préalable fait autour de cette image, je n’aurais pas un instant songé à assimiler cette cigarette maigrelette à un sexe, surtout au moment où la même presse nous apprenait que, nous autres Français, avons les plus longs pénis (donc les plus beaux sexes) de toute l’Europe !

En fait, tout semble indiquer désormais que ce n'était là qu'un coup de pub à double détente (et frein dans le moyeu, comme aurait dit le bon Pierre Dac). L’association « Droits des non-fumeurs » (DNF), qui avait soi-disant fait réaliser ce projet d’affiche, qui en réalité ne consistait qu’à réaliser 15000 cartes postales avec cette image, voulait, en fait, créer le buzz autour de sa lutte anti-tabac. Elle voulait lancer par là son vrai projet qui consiste en un film d’Yvan Attal sur le thème « fumer revient à servir de décharge pour les produits toxiques les pires que sont l'acétone, l'arsenic, le DDT, l'amoniaque, le goudron, le polonium, etc". Ce film paraît en effet plus intelligent que l’affiche en cause.

Le drôle de la chose est que l’association Droits des non-fumeurs (DNF) aurait décidé de suspendre sa prétendue campagne d’affiches contre le tabagisme des jeunes à la demande de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité, l'ARPP.

Vous ne savez sans doute pas ce qu’est l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité ou ARPP. Nul ne vous en tiendra rigueur, car cette ARPP est toute jeune ; c’est même un bébé, puisqu’elle est née le 25 juin 2008 et a donc moins de deux ans. C’est pour cela qu’elle ne semble pas exercer la moindre autorité et que nos médias et, en particulier, les radios et les télés sont inondées des publicités les plus scandaleuses et les plus mensongères. Je pense ici surtout à la foule des pubs sur les incessantes propositions de prêter à des populations pauvres, déjà surendettées à mort, comme à toutes les publicités sur les jeux de hasard, depuis les paris sportifs jusqu’au loto national, en passant par tous les attrape-couillons de la Française des jeux et les casinos sur internet.

Que voulez vous que fasse la pauvre petite ARPP ? Mais je dois vous en dire un peu plus, car le récit en vaut la peine.

L’idée de « contrôler » la publicité est quasi aussi vieille que la « réclame », inventée par le cher papa de Madame Badinter (philosophe de son état et actionnaire majoritaire de Publicis), Marcel Bleustein-Blanchet, qui fonde Publicis en 1926. L’« Office de Contrôle des Annonces » (OCA) est créé, probablement par lui ou à son instigation, en 1935. Ce n’est nullement, comme le nom pourrait le donner à penser, un organisme indépendant, étatique par exemple, qui "surveillerait" la publicité. L’OCA regroupe, en effet, dès cette époque, les « acteurs du secteur publicitaire » ! Comme son nom est censé l’indiquer et selon ses propres termes, cet office assurait la « sincérité » (le mot est joli !) des « réclames », renseignait sur les « annonces trompeuses » (comme s’il y en avait d’autres !) et donnait des avis sur « la moralité et la légalité des publicités » (Fichtre !). Si vous avez jamais vu quoi que ce soit de tel, vous avez, une fois encore, gagné une tringle à rideaux !

Les contrôlés étaient déjà les contrôleurs et ils le demeurent !.

En 1953, l’OCA change de nom mais non de mode de fonctionnement et devient Bureau de Vérification de la Publicité (BVP). Il reste, comme il l’a toujours été une façade, elle-même contrôlée par ceux-là même qu’elle prétend contrôler ! En 2005, comble de l’hypocrisie le BVP se dote d’une « consultation déontologique » ! Laurent, serrez ma déontologie avec mon autodiscipline !

En 2008, suite au Grenelle de l’environnement, le BVP décide de se doter d’une nouvelle organisation. Révolutionnaire ! Il se composera désormais d’un conseil paritaire de la publicité et d’un jury de « déontologie publicitaire » (quelle alliance de mots hardie ! C’est ce que la rhétorique classique appelle, en termes savants, un « par’uponoian »). Le 25 juin 2008, le BVP devient l'Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité, persistant dans sa constante politique d’autorégulation. La définition que se donne lui-même ce bel organisme ferait pleurer un seau à charbon (comme disait ma grand mère). Oyez bonne gens !

Cette association de type loi 1901 (comme l’amicale des boulistes de Petachat), a, en effet, pour mission de « mener une action en faveur d'une publicité loyale, véridique et saine dans l'intérêt des professionnels de la publicité, des consommateurs et du public ». On croit rêver !

Présidée par Jean-Pierre Teyssier, 70 ans aux cerises, cheval de retour du giscardisme, l’ARPP (dont le sigle ne s’interprète bien, en fait, qu’à la lueur du gâtisme et du langage bébé « Areu Pépé !) veille, avec une vigilance que nous pouvons sans cesse constater aux messages comme aux destinées de la publicité sous toutes ses formes !

jeudi 13 janvier 2011

Pub : Les assassins sont parmi nous !

Hier je m'en suis pris à la nébuleuse de mes ennemis jurés où voisinent des pestes sociales, dont le vaste échantillonnage va d'Élisabeth Badinter à Jean-Pierre Coffe, en passant par Séguéla et Beigbeder. Au moment même où je mettais en ligne ce post, en écoutant, distraitement comme toujours, une radio, j'ai entendu une nouvelle, aussi sinistre que prévisible, que vous avez sans doute vous-même apprise.
Il s'agissait, dans la région d'Amiens, du massacre d’une famille complète (la grand-mère, la mère et la fille) par le père qui s'était ensuite pendu dans son jardin. Cette horrible situation avait été découverte par un huissier qui venait, avant saisie, faire l'inventaire des biens de cette famille surendettée. L'homme ne travaillait pas à France Telecom, comme on pourrait le penser ; il s'agissait d'un couvreur en retraite qui avait accumulé les dettes auprès des organismes de crédit (les chiffres allant, selon les sources, de 40.000 à 200.000 €).

J'ai déjà écrit ( je ne sais quand et je ne sais où, vu mes tribulations entre les divers blogs et les censures successives dont j’ai fait l’objet), sur la propagande effrénée à laquelle se livre, en particulier dans les télévisions et les magazines spécialisés dans ce domaines (qui sont l'unique lecture des populations les plus pauvres) une foule d'organismes de crédit dont les responsables devraient être, depuis longtemps, sous les verrous, après toutefois qu'on ait mis un terme à la publicité folle à quelle ils se livrent, avec la complicité des médias pour lesquels l’argent, même le plus puant, n’a pas d’odeur.

Le paradoxe fou est que nos gouvernants se livrent, depuis quelques années, à multitude d'analyses, de rapports et d'esquisses de mesures contre le surendettement qui atteint des populations de plus en plus nombreuses. Le nombre des surendettées aurait augmenté en un an de 7,4 %, ce pourcentage constitue d'ailleurs un incroyable paradoxe arithmétique puisque on ne connaît même pas exactement le nombre de ces personnes surendettées dont l'évaluation va de 200.000 à 783.000 (j'aime beaucoup ce genre de précisions rabelaisiennes et je suis toujours tenté d'y ajouter la fameuse formule « Sans compter les femmes et les petits enfants »).

Je suppose, par ailleurs, que, comme moi-même, vous êtes régulièrement sollicités par les établissements bancaires dont vous êtes les clients, pour des crédits qu'on vous propose sans que vous ayez manifesté le moindre désir dans ce domaine.

Dans un post que je pourrais éventuellement retrouver, j’avais évoqué une émission de télévision (genre « Envoyé spécial ») que j'avais vue. On y montrait l'activité d'une de ces officines, dont les publicités sont également innombrables, qui vous proposent de racheter vos créances pour vous en réduire les remboursements. En dépit de la baisse des taux d’intérêt, la simple vue de ces margoulins et la moindre approche arithmétique du problème démontrent qu'il ne peut s'agir, là aussi, que d'impostures et d’escroqueries. L'émission montrait d'ailleurs que le démarcheur, qui venait rendre compte à son patron de l'activité qu'il avait eue auprès d'un client, se congratulait avec lui (le patron et pas le client !), se flattant d’avoir réussi à lui placer un nouveau crédit, en plus de ce tout ceux qu'il avait déjà et au remboursement desquels le débiteur ne parvenait pas à faire face.

On est une fois de plus dans une situation cruellement ubuesque ; on se demande même s'il n'y a pas là un raisonnement à la fois cynique et à très court terme, qui consiste à se dire que l'argent emprunté, que les intéressés ne pourront jamais rembourser, constitue néanmoins des injections artificielles de cash dans le circuit la consommation (la sacro-sainte relance) et que cela fait toujours marcher les commerces, non seulement celui des officines qui pratiquent cette activité mais aussi celui des produits que les surendettés peuvent ainsi acquérir sans en avoir le premier sou ?

Naturellement, comme dans d'autres affaires (et ce sera sans doute bientôt le cas du « mediator ») on va créer des fonds de secours pour annuler les dettes (le fric restant dans les poches des officines de prêt ) qui seront abondés par l'État français, c'est-à-dire, chers contribuables, vous et moi !

Cerise sur le gâteau. Pour avoir ce matin un panorama de la situation générale, j'ai affiché dans Google, arme absolue des blogueurs, les deux mots « suicide, surendettement ». Comme disait la chère Marquise de Sévigné : « Je vous le donne en dix, je vous le donne en cent, je vous le donne en mille ».

La première chose qui m'est apparue est un bandeau publicitaire pour les jeux en ligne, suivie de l'inévitable mention « Jouez responsable !» précisant que le risque des jeux est le surendettement ! Si vous ne croyez pas, faites l’expérience. Je l'ai refaite moi-même et, comme je n’ai pas suivi exactement la même procédure, j'ai obtenu un autre bandeau publicitaire que je recopie fidèlement : « Besoin d'argent ? Pour un crédit de 500 à 40 000 €. Réponse rapide ». ».

Les assassins sont décidément parmi nous et, en outre, ils sont partout !