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jeudi 20 décembre 2012

Histoire marseillaise



Le bruit du rachat du groupe Hersant par Bernard Tapie a couru sur les ondes depuis hier et suscité nombre de commentaires parisiens. Sans être particulièrement compétent en la matière, mais connaissant les lieux, je crois que la plupart de ces commentateurs n'ont rien compris au film.

Comme on le sait, les élections municipales arrivent et Jean-Claude Gaudin, qui  voudrait pourtant bien, hésite, vu son âge, à solliciter un quatrième mandat des électeurs marseillais. Or, la situation locale a beaucoup changé dans les derniers temps.

Renaud Muselier, battu aux législatives et porteur de quelques casseroles, directes ou indirectes, a ostensiblement marqué son éloignement des affaires phocéennes, en se faisant mauricien, pour des raisons dans tout indique qu'elles sont plutôt fiscales. Il est vrai qu'il avait déjà des connexions avec Maurice où par des investssements immobiliers somme toute modestes (500.000 $), on peut se faire, fiscalement, citoyen mauricien. Il était d'ailleurs depuis longtemps proche de cette filière, essentiellement grâce au beau-frère de notre ex-ministre des finances et actuelle Directrice du FMI, Madame Lagarde.

J.N. Guerini, l'inébranlable président du Conseil général et autre candidats possible, a suffisamment d'affaires sur le dos actuellement pour ne pas pouvoir songer sérieusement à charger davantage la barque par une candidature à la mairie.

La voie est donc relativement libre pour un outsider et Bernard Tapie, qui s'est toujours trouvé bien dans le milieu marseillais, se verrait bien faire un retour depuis la Belgique dans cette ville.

Les choses sont d'autant plus favorables que s'il n'y a pas de favori ni même de candidat sérieux pour la mairie; par ailleurs, depuis le départ de Pape Diouf, les affaires de l'OM ne vont pas très bien. Les conflits internes sont légion ; ils se sont marqués en particulier par le départ de Deschamps et la contestation locale très forte du staff et surtout du président actuel V. Labrune ; tout cela s'ajoute au manifeste désir de Madame Louis-Dreyfus de se débarrasser de ce sparadrap aussi encombrant que coûteux.

Tout semble donc, entre la mairie et le stade-vélodrome, offrir les meilleures conditions pour un retour providentiel de Nanar sur la scène phocéenne.
 
La connexion entre les opérations municipales et footbalistiques pourrait parfaitement être assumée par le quotidien local la Provence, dont il se rendrait propriétaire, si la négociation avec le groupe Hersant va à son terme et aboutit. La matérielle est assurée par les centaines de millions touchés de l'État dans la négociation finale autour d'Adidas et du CL et on peut compter, dans la suite, à la fois sur les subventions à la presse locale (qui ne vit que de cela) et sur les revenus annexes voire clandestins du football, qu'il ne faut pas négliger, sans compter le fait que, via l'OM, à Marseille, on peut toujours compter, dans une campagne électorale municipale, sur les dizaines de milliers de supporters qu'il peut apporter.

Qu'est-ce qu'on dit à Usbek & Co Consulting, Messieurs les commentateurs de la presse parisienne ?

jeudi 22 novembre 2012

Corse-Marseille : 17-14


Comme vous vous en doutez déjà, ce n'est pas là le score du dernier Ajaccio-Olympique de Marseille, mais celui du palmarès comparé des assassinats en Corse et dans notre belle capitale du Sud. La Corse, longtemps menée dans cette compétition, a, dans son dernier sprint meurtrier, largement dépassé la cité phocéenne et s'est acquis le titre envié de la zone la plus criminogène d'Europe.

De tels chiffres n'ont d'ailleurs guère de sens ; on doit examiner de plus près les données démographiques de la Corse, où il y a DEUX départements pour une population qui dépasse à peine les 300.000 habitants, avec l'implacable rivalité entre Ajaccio et Bastia (symbolisée par le match entre la CCI d'Ajaccio et la "Brise de mer" de Bastia), rivalité qui a conduit à placer dans un trou, à Corte, l'université de Corse pour éviter d'en faire deux! La croissance démographique est assez forte mais elle ne tient qu'à l'immigration (les maffiosi peut-être ?), car la population corse est âgée (les plus de 75 ans représentent 10 % de la population contre 8,8 % pour la France). Elle est aussi relativement peu instruite : 32 % des personnes résidant en Corse n'ont aucun diplôme ; les cadres y sont peu nombreux (ils sont "sur le continent") et cette catégorie socioprofessionnelle ne forme que 5 % de la population.

Les conditions ne sont certes pas les mêmes qu'à Marseille où les cadres corses sont nombreux (à la Faculté de médecine et au Barreau entre autres) et c'est là que je veux en venir car, au fond, le nombre des cadavres m'intéresse assez peu, puisque la disparition de la plupart des intéressés contribue plutôt à une forme de salubrité sociétale. Cet aspect est illustré, en particulier, par le meurtre récent du président de la Chambre de commerce et d'industrie d'Ajaccio qui a été présenté, avec des larmes d'émotion scandalisée dans la presse nationale (je veux dire celle de la France et non de la Corse car, en Corse, chacun sait à quoi s'en tenir). En Corse même, en effet, la Chambre de commerce et d'industrie d'Ajaccio a une réputation quelque peu sulfureuse, si l'on en juge, du moins, par le sort judiciaire bien connu des deux prédécesseurs de la dernière victime. Son prédécesseur immédiat a été lourdement condamné pour un trafic de drogue qu'il acheminait par hélicoptère jusqu'à l'aéroport d'Ajaccio où il avait quelques amitiés bien compréhensibles.

En fait la sous-mortalité marseillaise n'est sans doute pas due à d'autres facteurs que la limitation du champ d'activité des victimes. On sait en effet, et il suffit de regarder le curriculum vitae des assassinés pour voir qu'il s'agit, pour la plupart, de jeunes trafiquants de drogue des quartiers Nord qui se disputent des marchés de la drogue à coups de kalashnikovs. Le champ d'activités des victimes corses est fort heureusement, pour eux, beaucoup plus large et diversifié, la drogue y tenant sans doute, de façon directe, une place bien moindre que l'immobilier côtier.

Je suis très loin d'être un spécialiste des affaires corses, mais il me semble que, dans ce domaine, le plasticage des constructions qui a été, à l'origine, le quasi-apanage des nationalistes et qui visait essentiellement les "pinsoutes" qui cherchaient à s'offrir des villas en Corse, est désormais dirigé bien davantage contre les entreprises de bétonnage des côtes corses qu'alimente, dit-on, l'argent sale de l'Europe ce qui agrémente la spéculation par le blanchiment! Tout bénef!

Voilà qui m'amène, par un chemin quelque peu détourné, à ce qui devait être, depuis le départ, le sujet de mon post : les méfaits de la décentralisation.

Je suis de plus en plus un partisan résolu du jacobinisme car il me semble que, comme la langue d'Ésope, la décentralisation, qui pourrait être la meilleure des choses, est trop souvent la pire. Un de mes amis, mort aujourd'hui (ce qui le met à l'abri de toute forme de menace) et qui était dans la promotion immobilière dans le Sud, me disait que l'octroi d'un permis de construire ou de lotir, dans les départements de la façade méditerranéenne, était, le plus souvent et de façon quasi normale, subordonné à la remise, préalable et indispensable, d'une épaisse enveloppe bourrée de gros billets au maire (non pour son parti mais pour lui-même) qui avait la haute main sur la distribution de ces documents. Les exemples de tout cela, en Corse comme en Provence, sont si nombreux qu'il sont dans la culturte locale et qu'il est donc inutile de s'y arrêter.

Dans le registre bien plus modeste de l'éducation, la décentralisation qu'on rêve d'y opérer au bénéfice des responsables d'établissements scolaires, en fera inévitablement  des "petits chefs" et aura, inévitablement, pour conséquence première et principale, dans ce domaine plus modeste, le favoritisme, le clientélisme et la restauration du droit de cuissage pour les dames (enfin sans exclusive dans le contexte actuel!).

Je ne peux pas être trop long, moins pour épargner mes lecteurs que parce que je n'ai pas le temps ; je prendrais simplement, pour conclure, comme symbole des nuisances de la décentralisation, le fait hautement significatif et symbolique, qu'en France, le père de la loi de décentralisation a été Gaston Defferre. Je ne rappellerai pas les amitiés douteuses et en particulier corses de Gaston (entre autres avec ce cher Mémé Guerini... sans parler des autres de la même farine) qui nous ramènent un peu au titre de ce post, mais surtout la gestion calamiteuse de Deferre, qui a ruiné l'économie marseillaise pour mieux asseoir sa politique de clientélisme et d'isolation de Marseille de façon à y maintenir, sa vie durant, son hégémonie prétendument socialiste.

Une autorité parisienne, fût-elle représentée sur place par le préfet, à infiniment plus de chance d'être relativement objective et, risquons le mot, honnête mais surtout sera toujours moins exposée aux pressions qu'un maire local qu'on pourra toujours, comme en Corse, acheter (sous des formes multiples), menacer (lui-même ou les siens) ou même, éventuellement si la chose s'avère nécessaire, tuer, ne serait-ce que pour l'instruction des autres.

mardi 9 octobre 2012

De Marseille à Monte-Carlo.

Pour les nobles étrangers qui lisent ce blog, parfois de très loin (Si ! Si ! Il y en a !), un mot d'explication s'impose à propos ce que je nomme, sans doute à leur grand étonnement, les radios bignoles. Pour le détail linguistique, les esprits curieux peuvent se reporter à l'un de mes posts précédents, mais il suffit de dire ici que ce sont des radios, essentiellement du matin (en gros entre six et dix heures du matin), qui fonctionnent, pour une bonne part, sur des appels d'auditeurs ; ces derniers  passent à l'antenne moins parce qu'ils ont quelque chose à dire (même si cela arrive parfois) qu'à la condition expresse de chanter "sur les ondes" les mérites éclatants de la radio sur laquelle ils sont interviewés et de s'y répandre en éloges éperdus du maître de cérémonies qui officie sur chacune de ces radios bignoles à cette heure matinale.

Ces radios se livrent une lutte féroce, chacune revendiquant naturellement le titre de la meilleure, mais surtout de la plus écoutée. La lutte s'opère essentiellement entre Radio-Télé-Luxembourg (RTL), Radio-Monte-Carlo (RMC, qui s'est plus ou moins associée désormais avec BFM, la "radio du grand capital", comme aurait dit le regretté Georges Marchais) et Europe 1 pour des raisons purement mercantiles ; le pactole de ces heures matinales est naturellement la publicité qui, comme le fleuve antique du même nom, coule à flots entre 7 heures et 10 heures ; je pense, sans avoir véritablement vérifié, qu'à ces heures, y a plutôt plus de publicité (de tous ordres) que d'information. On fait donc monter au créneau les grosses nuques de ces radios pour y faire leur propre pub ; j'entendais encore ce matin l'insipide Bruce Toussaint (qu'Europe1 a, Dieu sait pourquoi, arraché à prix d'or à Canal+ quoi que son rôle se borne à passer les plats et que son principal mérite soit de se lever assez tôt en semaine) lire lui-même des messages de pub pour Europe1. Cela devient désormais d'ailleurs l'habitude et la règle pour la plupart de nos patrons de presse qui non seulement ne quittent plus les télés et les radios, mais croient sottement que leur binette ou leur voix font vendre! Voilà qui conduira bientôt ce pauvre Christophe Barbier à mettre son écharpe rouge pour aller fourguer son Express dans les rues. Même Joffrin s'y met! MDR !

Derrière ces trois radios bignoles, à bonne distance et avec plus de dignité et de qualité, on trouve la meilleure des radios d'information du matin c'est-à-dire France-Info qui a, en revanche, le tort de répéter, inlassablement et paresseusement, toute la journée, les mêmes sujets d'information, ce qui rend rapidement son écoute tout à fait insupportable.

Ce matin, après avoir entendu, sur France Infos je crois, Monsieur de Villepin, qui avait dû trop arroser son petit noir ou ignore la géographie, dire avec la conviction qu'il met en tout, qu'il n'y avait plus de place dans le monde moderne que pour les pays regroupant plus d'un milliard d'habitants (ce qui limite singulièrement le palmarès), avant d'évoquer, dans la phrase suivante, le rôle essentiel des États-Unis qui sont encore pourtant fort loin de ce milliard, en déplorant, dans la foulée, la situation de l'Europe qui dépasse péniblement les 400 millions, j'ai zappé sur RMC pour y entendre le cri de triomphe de Jean-Jacques Bourdin. Il annonçant en effet, urbi et orbi, que RMC avait arraché le scoop du siècle en obtenant de pouvoir (grâce à son correspondant à Marseille, Lionel Dian), écouter les enregistrements faits dans les voitures de la BAC de Marseille-Nord où tout le monde est bientôt en taule ou mis en examen ! 30 policiers sont suspendus dans le service et le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a annoncé vendredi la dissolution de l’équipe de jour de la BAC Nord de Marseille.

Le plus fort est que c'est apparemment vrai et confirme des remarques d'Yves Robert, délégué du syndicat d’officiers SNOP! Toutefois, il faut espérer que cette indiscrétion illégale (car c'en est une!) n'entraînera pas, dans la suite, l'annulation de la preuve, voire de toute la procédure. Un tel calcul pourrait évidemment expliquer la relative facilité avec laquelle on a laissé un "journaliste" ou un correspondant de RMC avoir accès à de tels documents. Ce serait le comble du vice naturellement, mais je n'en serais pas autrement étonné, étant donné les solidarités qui ne manqueront pas de se manifester dans cette affaire!

On se doutait un peu du contenu de telles écoutes mais, semble-t-il, elles ne sont pas piquées des vers. On n'y entendrait, dans l'une d'entre elles, un policier de ladite Bac-Nord de Marseille se plaindre amèrement de ne pas savoir comment parvenir à dépenser son argent, sans doute embarrassé qu'il est par l'énormité même des sommes EN LIQUIDE dont il dispose. L'un d'entre eux aurait été pris, dans les "perquiz" avec, chez lui, 100 000 € en liquide (ils étaient cachés dans le jardin comme au bon vieux temps de VA-OM!) ; on apprend aussi que leurs revenus s'établiraient aux alentours de 1000 € par jour, ces montants correspondant d'ailleurs tout à fait à ceux des trafics en cause. Un autre policier, après avoir volé des cartouches de cigarettes à un vendeur à la sauvette, se plaint, que, dans son ancien service, la récolte quotidienne était bien meilleure.

On comprend qu'il soit, en effet, un peu difficile pour un modeste policier marseillais de la BAC d'aller, chaque mois, déposer à la Caisse d'épargne sur son pauvre livret 30 ou 40 000 € , ce qui le met d'ailleurs aussitôt très au-delà du plafond ! Il travaille cet homme (et même doublement, comme flic et comme ripoux!) et il n'a pas forcément le temps de faire le voyage jusqu'à Genève !

Pour en venir au malheureux qu'on entend se plaindre de ne pas savoir quoi faire de son argent, le collègue, qui l'accompagne dans le véhicule, lui conseille alors de faire construire une piscine dans son jardin. Le malheureux proteste alors qu'il en a déjà fait une et se voit conseiller par son collègue d'acheter une belle voiture à sa fille. En avait-elle déjà eu une ? La conversation s'est alors interrompue, une occasion de dépouiller un dealer s'étant alors présentée ? Nous en saurons sans doute jamais rien !

On brûle d'attendre la suite mais viendra-t-elle ?

samedi 6 octobre 2012

Petite chronique de la semaine.

France2 – TF1 : 1 – 1.

Le premier point du jour a été marqué par le journal télévisé de France2 à 13 heures, « votre » journal, comme le ressasse quotidiennement Madame Élise Lucét, croyant, dans sa candeur, nous obliger, par cet usage intempestif du possessif de deuxième personne du pluriel, à nous approprier, contre notre gré, sa prestation hélas quotidienne. Je trouve personnellement cette pratique à la fois stupide et horripilante, mais comme c'est à peu près la seule particularité notable de ce bulletin d'information, elle semble y tenir beaucoup. Au cours de ce journal du 5 octobre 2012 (au cas où vous vouliez vérifier), elle a évoqué le problème du cancer du sein et insisté sur la nécessité de mammographies annuelles. S'écartant (du moins je l'espère) du texte de son prompteur, elle a ajouté, sans doute de son propre chef, précision intéressante, que « les mammographies étaient gratuites pour les femmes ». Un tel propos est évidemment scandaleux au moment où l'égalité hommes-femmes est l'un des thèmes favoris de toute notre réflexion civilisationnelle.

13 heures 15 : France2-TF1 : 1-0.

TF1 a toutefois égalisé au journal du soir lorsque Claire Chazal a consacré un long sujet à ce que j'avais imprudemment appelé la "boucherie Chevaline", drame au cours duquel trois touristes et un cycliste ont été froidement et collectivement assassinés. Revenant, on ne sait trop pourquoi sur ce sujet pour dire que l'enquête n'apportait aucun élément nouveau (et le constater d'ailleurs avec une certaine mélancolie), Madame Chazal a montré qu'elle n'était tout simplement pas au courant de ce que tout le monde savait depuis plusieurs heures et qui sera peut-être un élément décisif dans la suite de l'enquête. On avait, en effet, appris, au cours de l'après-midi par une source suisse, que le père de famille assassiné ne se trouvait pas là par hasard, mais qu'il y avait rendez-vous et surtout qu'il était passé par Genève où il était allé consulter ou alimenter un compte en banque qui, semble-t-il, présente un agréable solde positif d'un million d'euros. Ce n'est pas trop mal pour un modeste travailleur à domicile et cela ouvre peut-être des perspectives sur les raisons de son élimination. Je suppose que durant l'après-midi Madame Chazal était chez le coiffeur ou au cinéma et que, de ce fait, elle s'est trouvée ignorer ce que tout le monde savait.

20 heures 10 France2-TF1: 1-1.

Autre affaire de la semaine : les présumés ripoux de la présumée BAC- Nord de Marseille qui se sont faits prendre, si je puis dire, la main dans les sacs et, de ce présumé fait, se sont vues tancer vertement par leur ministre, quoiqu'ils soient pour le moment présumés innocents, comme tout un chacun, en dépit de la découverte des fruits présumés de leurs présumés larcins divers à leurs domiciles comme dans leurs vestiaires et des écoutes téléphoniques révélatrices dont ils ont fait l'objet au cours des dernières semaines.

Toutefois le problème est d'ailleurs, car je crois que ces policiers, loin d'être tancés voire punis, devraient être, au contraire, loués et récompensés. On sait, en effet, que la nouvelle stratégie contre les trafiquants en tout genre consiste désormais à « frapper au portefeuille ». Nos hautes autorités de police ont dû relire l'histoire américaine du crime dont le cas le plus illustre est Al Capone qui, après avoir volé et tué toute sa vie, a été finalement condamné à une longue peine de prison (il est mort l'ombre je crois) pour....fraude fiscale!

On s'est donc mis chez nous aussi à recenser et à confisquer à la fois les comptes en banque des trafiquants, mais aussi leurs voitures de luxe (des BMW aux Ferrari), ces dernières étant ensuite mises à la disposition des policiers qui peuvent enfin délaisser leurs Renault 4L pour se lancer à la poursuite des "go fast" sur nos autoroutes. Le problème est que, quelques incidents récents, comme le dramatique carambolage de Cannes, montre que les truands ont déjà réagi et que, renonçant à l'achat de tels véhicules, ils se bornent désormais à les louer, ce qui retire leur effet aux mesures de saisie.

Je pense que lorsqu'il sera informé par le témoignage de ces présumés coupables de leur innocence et de la pureté de leurs intentions, le ministre remplacera les sanctions prévues par des promotions, voire des décorations.

J'avais pensé faire aussi, durant la semaine, un recensement des fautes de français de nos journalistes de la radio et de la télévision ; j'ai très vite renoncé à ce dessein devant l'abondance de la matière. Je ne retiendrai que la dernière car elle témoigne non seulement d'une ignorance de la langue, mais d'une perverse obstination dans l'erreur. C'est, ce matin même, sur France Info, habituellement un peu moins fautive que les radios bignoles ; la journaliste nous parlait de la "nuit blanche" de l'art moderne et évoquait "l'obélisque TOUTE bleue" qu'on pourrait y admirer ; elle n'est même pas venue à résipiscence alors que dans les citations qu'elle faisait (mais les avait-elle lues?)  "obélisque" était masculin et non féminin.

Après tout (et cela me fera retrouver mon point de départ) peut-être est-ce la faute à  l'obélix qui rêvait, comme moi, d'une mammographie gratuite.

samedi 11 août 2012

Fraude sociale 2 : Montesquieu et la fraude sociale

Comment ne pas rendre hommage ici à Montesquieu, mon père en littérature, dont la pertinence des vues éclate à nouveau au moment où l'on s'attache, en haut lieu, à la traque de la fraude sociale, sans même parler des embrouilles politiques autour du Conseil général des Bouches-du Rhône et du climat général de cette bonne ville de Marseille. Beaucoup ont ironisé sur le fameux passage de l'Esprit des lois où il rapporte sa célèbre et si judicieuse expérience de la langue de mouton. De ce fait, il n'est pas inutile de rappeler ce passage :
"J’ai observé le tissu extérieur d’une langue de mouton, dans l’endroit où elle paroît, à la simple vue, couverte de mammelons |je respecte bien entendu l'orthographe ]. J’ai vu, avec un microscope, sur ces mammelons, de petits poils, ou une espece de duvet ; entre les mammelons, étoient des pyramides, qui formoient, par bout, comme de petits pinceaux. Il y a grande apparence que ces pyramides sont le principal organe du goût.
J’ai fait geler la moitié de cette langue : & j’ai trouvé, à la simple vue, les mammelons considérablement diminués ; quelques rangs même de mammelons s’étoient enfoncés dans leur gaîne : j’en ai examiné le tissu avec le microscope, je n’ai plus vu de pyramides. A mesure que la langue s’est dégelée, les mammelons, à la simple vue, ont paru se relever ; &, au microscope les petites houpes ont commencé à reparoître.
Cette observation confirme ce que j’ai dit, que, dans les pays froids, les houpes nerveuses sont moins épanouies : elles s’enfoncent dans leurs gaînes, où elles sont à couvert de l’action des objets extérieurs. Les sensations sont donc moins vives".
Allons directement à la conclusion, majeure ici pour nous :
« Approchez des pays du midi, vous croirez vous éloigner de la morale même ; des passions plus vives multiplieront les crimes ; chacun cherchera à prendre sur les autres tous les avantages qui peuvent favoriser ces mêmes passions. ».
Fraude sociale ? La langue de mouton !

Dans le Nord de la France, la moyenne annuelle des arrêts de travail est de 14 jours ; descendez vers le Sud, cette moyenne passe bientôt à 28 jours ! La langue de mouton vous dis-je !
Il en est de même en politique ! Voyez l’affaire du Conseil général des Bouches du Rhône qui est bien loin d’être la première. Montesquieu nous avait prévenu : « Approchez des pays du midi, vous croirez vous éloigner de la morale même ». Rien à reprocher au Parti socialiste marseillais. Tous est la faute du climat.  La langue de mouton vous dis-je ! Avec peut-être un peu aussi le déterminisme géographique et social (encore et toujours la langue de mouton !).
Climat et géographie : si Jean-Noël Guérini affirme n’avoir aucun lien de parenté avec les fameux frères Guérini d’antan (Antoine et surtout Barthélémy dit « Mémé »), force est de constater qu’ils sont tous néanmoins originaires du même village de Haute Corse, Calenzana, qui comptait moins de 1000 habitants lors de la naissance des deux frères actuels. On doit s'y connaître pour le moins. On est sur ce point étonné que la notice du Who’s who que Jean-Noël Guérini  a rédigée pour l’article qui le concerne ne comporte pas la mention de la filiation, toujours sollicitée et le plus souvent présente en pareil cas !
Pour le politique, il en va de même, avec en plus la langue de mouton. Mémé Guérini et Antoine « opérèrent » (je n’ose dire « militèrent ») dans les rangs de la SFIO et furent dans la mouvance de Gaston Defferre. Ces choses-là ne s’oublient pas, même à la SFIO! Quelle meilleure introduction, à la génération suivante pour un Jean Noël qui, à 26 ans, sans formation ni occupations bien précises ( il est un moment, par hasard bien entendu, employé à l’office HLM et délégué syndical FO !) était déjà élu conseiller municipal sur la liste de Gaston et bientôt maire d’arrondissement.
La langue de mouton n’a pas que des inconvénients, que diable !

samedi 17 mars 2012

Les satrapes de l'eau

Les satrapes de l'eau.

Ce titre risque de vous paraître bien mystérieux, mais il s'inscrit, en fait, dans la noble lignée des dignitaires de la misère et et du développement dont la longue théorie est ouverte par les nababs de la pauvreté que suivent les vizirs de l'éducation et dont la marche est désormais fermée par les satrapes de l'eau.

Ce blog m'est inspiré, en effet, par la gigantesque et coûteuse réunion qui s'est tenue à Marseille trois jours durant, pendant cette semaine, sur le thème de "l'eau dans le monde" (a-t-on choisi Marseille à cause du pastis qui, on le sait, exige cinq fois son volume d'eau?). Plus de 1200 délégués de 170 pays s'y sont retrouvés ; l'ardoise globale, naturellement, demeurera confidentielle, couverte sans doute par le secret "Défense" ; si l'on additionne tous les frais d'organisation, de voyage et de séjour, elle doit certainement approcher la centaine de millions de dollars.

Cela me fait irrésistiblement penser moins aux nababs de la pauvreté eux-mêmes qui, à travers le monde, avec des per diem équivalents à un an de salaire d'un travailleur moyen des pays qu'ils visitent, vont de Hyatt en Sheraton, avant de se faire, pour la bonne conscience, quelques petites réunions entre soi dans le cadre de la FAO ou du PNUD qu'aux fameux Forums mondiaux de l'éducation de l'Unesco, tout aussi coûteux et inutiles. Il n'y en a fort heureusement eu que deux, le premier en 1990 à Jomtien, le second à Dakar en 2000. Le troisième est passé à la trappe sans que nul ne s'en étonne, vu le coût,  l'ampleur des ambitions affichées et la modestie des résultats obtenus.

Après le Forum mondial de l'éducation tenu à Dakar en 2000, les experts ont calculé qu'avec l'argent dépensé dans cette réunion, qui n'a rigoureusement servi à rien (la preuve, s'il en faut une, étant qu'on n' a pas tenu celle qui devait lui succéder en 2010), on aurait pu construire 100 000 écoles dans les pays pauvres de l'Afrique comme le Mali ou le Tchad.

Le coût du forum de l'eau à Marseille demeurera évidemment inconnu et pour cause, mais combien aurait-on pu creuser de puits dans le Sud, offrir d'ingénieux fûts roulants pour le transport de l'eau qui permettent à une seule personne de transporter sans mal plusieurs dizaines de litres d'eau et distribuer de centaines d'exemplaires de cette ingénieuse petite machine qui permet de dépolluer l'eau et de la rendre immédiatement consommable, même si elle ne permet de le faire qu'en quantité réduite.

Le pire dans cette affaire est que le seul intérêt (ou le prétexte ?) de ce genre de réunion est d'y recenser et d'évaluer, en une sorte de Concours Lépine de l'eau, des techniques qui permettent de résoudre le problème de la potabilité de l'eau ; il est si aigu et si dramatique que, chaque année, plus de 2 millions d'enfants meurent dans le monde du seul fait avoir consommé de l'eau non potable!

Est-il besoin toutefois, pour faire un tel inventaire si utile qu'il soit, de réunir, à grands frais, à Marseille où l'eau ne manque pas 1200 personnes qui, sans doute, pour beaucoup n'y entendent rien et s'en soucient guère plus?

jeudi 22 décembre 2011

Génocide arménien et élections françaises


Il n'est bruit que de l'élection présidentielle mais pour bon nombre de nos élus son intérêt et sa préparation ne leur font pas, pour autant, oublier l'élection législative qui fera suite à l'intronisation du nouveau président de la République. Quand on peut inscrire dans la campagne nationale pour la première la préparation locale de la seconde, les choses en vont encore mieux.

L’assemblée nationale doit se prononcer, ce jeudi 22 décembre 2011, sur une proposition de loi qui prévoit un an de prison et 45.000 euros d'amende en cas de négation d'un génocide reconnu par la loi. Or la loi du 29 janvier 2011 a établi l'existence d'un génocide d'Arméniens par la Turquie opéré entre 1915 et 1917 et ayant provoqué, selon les Arméniens, 1,5 million de morts.

Ce projet de loi est approuvé par le gouvernement puisqu’il a choisi de ne pas le retirer de l’ordre du jour. Mieux le ministre des affaires européennes, Jean Leonetti, concerné au premier chef par le caractère inévitable de la réaction de la Turquie, a expliqué pourquoi, ce mercredi matin, sur diverses ondes nationales : « Aujourd'hui, l'ensemble des peuples doivent être lucides et courageux et regarder leur histoire. Le génocide arménien, ça fait presque 100 ans que ça s'est produit, les responsables sont morts, c'est simplement une reconnaissance d'un fait historique. ».

Il tentait par là de répondre aux propos hostiles au vote d’un tel texte tenus par deux délégations turques, l'une composée d'hommes d'affaires, l'autre de parlementaires, venues à Paris la semaine dernière, sans doute par hasard et qui avaient tenté d'infléchir la position française sur cette proposition de loi.
Relayant cette démarche, dans une « lettre ouverte aux députés de l'Assemblée nationale » publiée dans le Figaro, le Comité de coordination des associations franco-turques de France s’était déclaré « très inquiet par la perspective du vote » de cette proposition de loi dont il dénonçait par ailleurs les « fins électoralistes évidentes », l’intention étant, à ses yeux, d’attirer vers Nicolas Sarkozy les voix des Arméniens de France lors de la présidentielle française.

Rideau de fumée ou réel désaccord, le projet de loi sur le génocide arménien semble diviser la majorité, au point que Gérard Larcher s'y déclare opposé ainsi que quelques autres élus de la majorité. Je ne sais pas quels sont les motifs réels qui animent exactement Gérard Larcher et jusqu’où va son désaccord, car avec nos hommes politiques, les motivations sont souvent fort complexes. En revanche les mobiles des partisans de cette loi sont, eux, parfaitement clairs et même d’une éclatante évidence.

Quoique je n'ai pas entendu mentionner cette circonstance Mme Valérie Boyer, députée du huitième arrondissement de Marseille, a de bonnes raisons de s'attirer les faveurs de la communautaire arménienne de cette ville (elle-même n’est pas marseillaise alors que Jean Léonetti est né à Marseille!).

Forte de 80 000 personnes environ (dix pour cent de la population totale de Marseille et le sixième des Arméniens de France), la communauté arménienne tient une place éminente dans une ville où l’on passe du boulevard Charles Zeytountzian au boulevard Ararat pour gagner l'avenue du 24 avril 1915 (date du début du génocide arménien) où sont nombreux les restaurants arméniens, où l’on peut boire de la bière arménienne Koytak et manger du pasterma (viande de boeuf séchée assaisonnée au paprika. Nombre de personnalités marseillaises sont d’originaire arménienne. Pour prendre l’exemple des milieux universitaires, où pourtant cette communauté n'est pas particulièrement représentée, elle a fourni récemment encore un président d'université ( Aix-Marseille 1) et un doyen de faculté de droit (Aix-Marseille 3). Autres Arméniens célèbres de Marseille : Henri Verneuil (de son véritable nom Achod Malakian, né en Turquie) ou Robert Guédiguian (fils de docker et lui né à Marseille).

Jean Garbis Artin, fondateur de l'ARAM, l'Association pour la recherche et l'archivage de la mémoire arménienne, est la mémoire de cette communauté et en explique l’importance dans cette ville : « Entre septembre 1922 et fin 1927, 50 000 rescapés du génocide débarquent au cap Janet.[…] Sur cent Arméniens débarquant sur le port, quarante resteront à Marseille et s'entasseront dans les camps Victor-Hugo, Mirabeau et Oddo.» Les Arméniens sont donc là depuis longtemps et ont, pour la plupart marqué une volonté farouche de s’intégrer à la vie de la cité ; ils y ont souvent réussi et leur poids y est considérable.

Ce n'est donc évidemment pas un hasard si c’est Mme Valérie Boyer, une élue de Marseille, qui a pris cette initiative et si c’est Jean Leonetti, un Marseillais qui lui a été opposé, car on l’œil à tout dans la « com’ » actuelle. L’initiative sera certainement fort appréciée sur place comme ailleurs car, tout à fait légitimement, la rancoeur des Arméniens de France contre l'État turc est bien loin d'être apaisée.

samedi 19 novembre 2011

Montesquieu et la fraude sociale

Comment ne pas rendre hommage ici à Montesquieu, mon père en littérature, dont la pertinence des vues éclate à nouveau au moment où l'on s'attache, en haut lieu, à la traque de la fraude sociale, sans même parler des embrouilles politiques autour du Conseil général des Bouches-du Rhône?

Beaucoup ont ironisé sur le fameux passage de l'Esprit des lois où il rapporte sa fameuse expérience de la langue de mouton :
"J’ai observé le tissu extérieur d’une langue de mouton, dans l’endroit où elle paroît, à la simple vue, couverte de mammelons. J’ai vu, avec un microscope, sur ces mammelons, de petits poils, ou une espece de duvet ; entre les mammelons, étoient des pyramides, qui formoient, par bout, comme de petits pinceaux. Il y a grande apparence que ces pyramides sont le principal organe du goût.

J’ai fait geler la moitié de cette langue : & j’ai trouvé, à la simple vue, les mammelons considérablement diminués ; quelques rangs même de mammelons s’étoient enfoncés dans leur gaîne : j’en ai examiné le tissu avec le microscope, je n’ai plus vu de pyramides. A mesure que la langue s’est dégelée, les mammelons, à la simple vue, ont paru se relever ; &, au microscope les petites houpes ont commencé à reparoître.

Cette observation confirme ce que j’ai dit, que, dans les pays froids, les houpes nerveuses sont moins épanouies : elles s’enfoncent dans leurs gaînes, où elles sont à couvert de l’action des objets extérieurs. Les sensations sont donc moins vives".

Allons directement à la conclusion, majeure ici pour nous :
« Approchez des pays du midi, vous croirez vous éloigner de la morale même ; des passions plus vives multiplieront les crimes ; chacun cherchera à prendre sur les autres tous les avantages qui peuvent favoriser ces mêmes passions. ».

Fraude sociale ?

La langue de mouton ! Dans le Nord de la France, la moyenne annuelle des arrêts de travail est de jours ; descendez-vous vers le Sud, cette moyenne passe aussitôt à 28 jours ! La langue de mouton vous dis-je !

Marseille mai 2006 : descente de police dans quatre hôtels meublés du centre d'une capacité totale de 70 chambres. Sur les registres, les policiers relèvent 800 noms de clients qui, tous, habitent en Algérie ! De tels hôtels ne servent bien entendu que de boîtes aux lettres et offrent, contre rémunération, des adresses fictives pour percevoir des aides sociales ensuite transférées en Algérie (RMI, CMU, allocation logement, complément retraite, etc.). Coût total estimé à 4,4 millions d'euros ! Vive la France…et la langue de mouton !

Toujours Marseille! En quatre ans les affaires maritimes y ont vendu 4 ou 5000 faux permis bateaux ! A 1500 euros pièce, voilà des affaires qui marchent! J'espère que les accusés sauront invoquer la fatalité de la langue de mouton!

Il en est de même en politique ! Voyez l’affaire du Conseil général des Bouches du Rhône où elle est loin d’être la première. Montesquieu nous avait bien prévenu : « Approchez des pays du midi, vous croirez vous éloigner de la morale même ». Rien à reprocher au Parti socialiste marseillais. Tous est arrivé par la faute du climat. La langue de mouton vous dis-je ! Avec peut-être un peu aussi le déterminisme géographique et social (toujours la langue de mouton !).

Climat et géographie : si Jean-Noël Guérini affirme n’avoir aucun lien de parenté avec les fameux frères Guérini d’antan (Antoine et surtout Barthélémy dit « Mémé »), force est de constater qu’ils sont tous originaires du même village de Haute Corse et les familles y étaient nombreuses ; Calenzana, berceau des Guérini, comptait moins de 1000 habitants lors de la naissance des deux frères actuels. On est sur ce point étonné que la notice du Who’s Who que Jean-Noël Guérini a rédigé pour l’article qui le concerne, ne comporte pas la moindre mention de la filiation, toujours sollicitée et présente en pareil cas !

Pour le politique, il en va de même, avec en plus la langue de mouton. Mémé Guérini et Antoine « opérèrent » (je n’ose dire « militèrent ») dans les rangs de la SFIO et furent dans la mouvance de Gaston Defferre. Ces choses-là ne s’oublient pas, même à la SFIO. Quelle meilleure introduction, à la génération suivante pour un Jean Noël Guérini? A 26 ans, sans formation ni occupation bien précises ( il est un moment, par hasard bien entendu, employé à l’office HLM et délégué syndical FO !), il est déjà élu conseiller municipal sur la liste de Gaston et sera bientôt maire d’arrondissement.

La langue de mouton n’a pas que des inconvénients, que diable !

mercredi 31 août 2011

Marseille : Marius et Olive

Lorsque j'étais petit (il y a bien longtemps!) les histoires marseillaises mettaient toujours aux prises deux personnages locaux emblématiques, Marius et Olive ! Ils paraissent avoir aujourd'hui disparu et peut-être, dans le futur folklore marseillais, seront-ils remplacés par Claude (Guéant) et Martine (la Mère Delille).

En tout cas, la visite du ministre a été (heureusement ou ironiquement ?) clôturée, en fin d'après-midi, par une fusillade près de la cité de la Solidarité (authentique!) à Marseille, la cible est entre la vie et la mort. Il fallait bien que les malfrats du coin fissent une petite fantasia finale en l'honneur du ministre de l'intérieur et de son Lagardère de préfet de police, en visite à Marseille ce même jour, et qui étaient censés les terroriser.

L'émission de Calvi, "C plus clair", était, en ce mardi 30 août 2011, consacrée à Marseille ; son titre politico-policier, particulièrement opportun dans une ville où ces deux domaines sont si remarquablement proches, était du genre : « Politique : on défouraille à Marseille ». (Toujours pour les nobles étrangers lecteurs de ce blog qui apporte, par là, une contribution modeste à la francophonie mondiale, "défourailler", dans l'argot de Calvi qui date un peu, signifie "dégainer une arme de poing").

Je voudrais alimenter ce blog par trois éléments qui ont un rapport avec la visite du ministre dans la capitale phocéenne, mais qui sont de nature relativement différente.

Les deux premiers sont des épisodes vécus par des personnes que je connais et je garantis donc, de ce fait, l'authenticité des faits.

Il y a un an environ, les parents d'une de mes amies, qui devaient faire des examens médicaux à Marseille, s'y sont rendus en voiture ; ayant été contraints de s'arrêter à un feu rouge, ils ont eu la surprise désagréable de voir un jeune garçon (en marseillais un « minot ») crever un pneu de leur voiture. Alors qu'ils descendaient de leur véhicule, dans une totale stupéfaction et pour voir l'étendue des dégâts, un deuxième larron en a profité pour dérober le sac de la passagère qu'elle avait évidemment laissé dans le véhicule. Il y a là une variante marseillaise, au fond plus désagréable encore, de la technique niçoise bien connue du "vol à la portière". Les deux victimes se sont alors rendues au commissariat de police le plus proche pour porter plante et faire la déclaration des faits, en particulier, pour ce qui concernait le vol du sac à main dans lequel évidemment se trouvaient tous les papiers de la personne en cause. A leur grand étonnement, ils s'y sont entendus reprocher leur insouciance d'avoir laissé ce sac à main dans le véhicule dont ils étaient descendus pour constater l'attentat dont ils avaient été l'objet! Bref, de victimes, ils se sont, en quelque sorte, retrouvés accusés ou, en tout cas, taxés de négligence. Je ne sais pas si, comme souvent en pareils cas, on leur a suggéré de signaler la chose comme perte plutôt que comme vol, ce qui "au fond revient au même"... sauf, bien entendu, pour les statistiques de la police.

Autre épisode du même genre, beaucoup plus récent ; la femme d'un de mes amis qui étaient descendue faire des courses à Marseille a été agressée en pleine rue et s'est vu arracher le collier en or qu'elle portait. Même scénario du côté policier ; allant déclarer le vol de son collier, la victime s'est entendu reprocher son imprudence et le fait de se promener dans la rue avec un collier en or! Si l'on prolonge un peu ce raisonnement, il faudrait arpenter les rues de Marseille en maillot de bain et sans avoir quoi que ce soit d'autre sur soi, ce qui pour les dames, en particulier, risquerait de les exposer aussitôt à des agressions d'un genre différent.

Le troisième élément que je voudrais apporter à ce blog vient d'un témoignage que j'ai entendu, dans l'émission « Les grandes gueules » sur RMC, émission que j'écoute souvent, d'une oreille un peu distraite, en vaquant à d'autres occupations souvent plus sérieuses, entre 10 et 13 heures. On y a, en effet, passé à l'antenne l'appel téléphonique d'un auditeur résidant à Marseille qui s'est présenté sous le nom de Fredo et qui a déclaré, d'emblée et tout simplement, qu'il était dealer. La communication a été assez longue et je l'ai jugé personnellement fort intéressante, alors, que très souvent, ces appels d'auditeurs sont un tissu de niaiseries et/ou de banalités.

Le Fredo en cause a expliqué qu'il avait eu un métier ("dans la sécurité" à l'entendre, ce qui est tout un programme!) mais qu'il l'avait perdu (apparemment suite à une condamnation) ; réduit au chômage et chargé de famille, il avait dû se consacrer au commerce des stupéfiants. Il y occupait, semble-t-il, une position assez intéressante, car ses propos ont montré qu'il avait des fournisseurs pour la marchandise et, d'autre part, un réseau de revendeurs qui lui permettait de l'écouler sans avoir réellement lui-même à mettre la main à la pâte dans la rue. À une question sur ses revenus, il répondit, sans ambages, qu'il gagnait 1500 €... non pas par mois comme pouvait le supposer de naïves "grandes gueules", mais PAR JOUR !

Il a d'ailleurs ajouté que cette situation ne le réjouissait pas sur le plan moral et que des scrupules et des remords l'empêchaient souvent de dormir! Je ne l'ai pas totalement cru sur ce point, au moins pour la cause de ses insomnies. En effet, les événements récents et fréquents à Marseille (les Bouches-du-Rhône sont le théâtre du tiers des règlements de comptes français) me donnent à penser que ce sont peut-être moins les scrupules moraux qui le tourmentent que la crainte de voir l'un de ses concurrents l'éliminer du marché d'une façon quelque peu brutale.

Bref c'est là Marseille ! Dans l'émission de Calvi sur cette ville, il y a eu une confirmation de tous ces éléments, même si un seul des quatre intervenants, José d'Orrio, a été à la fois courageux, percutant, sincère et informé, les trois autres étant aussi prudents et insipides qu'à leur habitude. A la place de José d'Orrio qui n'a pas hésité, à propos de la politique comme de la police marseillaises, à parler de clientélisme, d'incompétence et de corruption (et les affaires actuelles le confirment), je me méfierais en traversant les rues de ma ville, un chauffard ou une balle perdue sont si vite arrivés!

mardi 30 août 2011

" Bleu, bleu, bleu, le ciel de Provence..."

On connaît la rengaine, déjà ancienne, de Marcel Amont : " Bleu, bleu, bleu, le ciel de Provence..."

Hier, 29 août 2011, en Provence et surtout à Marseille, il n'y avait pas que le ciel qui était bleu. Tout y était bleu. De Marignane à Marseille, tout était bleu (un policier, un "bleu" tous les dix mètres). Dans Marseille, tout était bleu! Et, à la porte d'Aix, on voyait que du bleu !

Je me demande, à la réflexion si ce bleuissement, aussi universel que soudain, n'avait pas quelque chose à voir avec la visite de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, plutôt qu'avec celle de Mme Martine Aubry qui se voue plutôt au rouge. À ce propos, une remarque qui n'a rien à voir avec le reste de mon propos : la désignation nouvelle de cette dernière par « la maire de Lille »(sans doute pour la distinguer par cette éminente fonction municipale de son Flamby de rival auquel on reproche sans cesse son inexpérience) me fait irrésistiblement penser, vu la fréquente mauvaise articulation de nos commentateurs, à « La mère Denis » illustre figure de la publicité des lessives autrefois caricaturée par Coluche. Ce rapprochement est évidemment du plus mauvais effet !

Bref, notre ministre de l'intérieur a honoré Marseille de sa visite, nous a-t-on dit, suite à une grosse colère présidentielle devant les mauvaises statistiques de la criminalité et les scandales marseillais dont la fameuse affaire du parking de la Porte d'Aix.

L'avantage des statistiques, bien connu, est qu'on peut évidemment leur faire dire n'importe quoi ; tandis que le président se fâche devant la montée de l'insécurité, dont il compte faire son cheval de bataille pour la prochaine présidentielle (comme s'il n'était pour rien dans la situation antérieure) et que Mme Aubry ("la mère Delille") rappelle les chiffres désastreux de la sécurité à Marseille (3000 agressions dans le premier trimestre 2011 soit 25 par jour), le ministre de l'intérieur, au contraire, se félicite que, depuis 2002, la criminalité a baissé en France de 12 ou 14 % (je ne sais plus, mais vous aurez compris que, de toute façon, cela n'a pas la moindre importance!).

Il a déjà dégainé son arme absolue, un troisième préfet de police qui, de toute évidence, a pour principal atout son patronyme. Ce n'est plus la "police de proximité" de Jospin, c'est la police qui vient à vous plus vite que son ombre et en permanence. Si tu ne vas pas à Lagardère, Lagardère ira à toi. On ne saurait être plus clair.

A ce que j'ai entendu et vu, la visite ministérielle s'est centrée sur la Porte d'Aix où se situe en particulier le fameux parking qui a été un peu la goutte d'eau qui a fait déborder le vase présidentiel. Vous savez le parking, dont s'étaient emparé quelques jeunes loubards, après l'abandon de la gestion officielle du parking. Ils avaient décidé de le gérer eux-mêmes à leur compte, avec un tarif unique de cinq euros par visite.

Il se trouve que je connais très bien cet endroit et que je sais que le processus y a été évolutif. Pendant la période où il était encore sous le contrôle de la société qui en était gestionnaire, il était déjà peuplé de quelques gamins (en marseillais des "minots") qui vous proposaient, à votre arrivée, de surveiller votre voiture, moyennant deux euros (méthode italienne classique!), sans préciser naturellement que, faute de leur verser cet écot, vous risquiez fort de vous faire rayer la peinture de votre voiture ou d'en trouver cassés les essuie-glaces. Le processus a donc été purement et simplement évolutif et le tarif a augmenté après le départ du gestionnaire!

Bleu, bleu, bleu,... Je vous épargne la suite de l'affaire du parking.

Il est vraiment dommage que M. Guéant ne soit pas venu incognito faire cette visite car je ne doute pas un instant qu'elle aurait été beaucoup plus instructive pour lui et par là plus efficace.

À ce que j'ai entendu dans les médias, M. Guéant aurait emprunté la rue du Bon Pasteur (dans le deuxième). C'est une voie marseillaise que je connais parfaitement pour l'avoir empruntée des dizaines, sinon des centaines de fois. Très courte, elle va, du haut de la rue Camille Pelletan (près de la Place Marceau), en 200 mètres, à la Porte d'Aix, et aboutit à cet endroit même où se trouve, sur la droite, le fameux parking qui a défrayé la chronique.

Cette rue est admirable car elle est, en quelque sorte, le microcosme du macrocosme marseillais. Je veux dire par là qu'elle réunit, en quelques dizaines de mètres, tous les éléments constitutifs de Marseille. Au départ, en la descendant, on trouve, à droite, le Marché du Soleil qui est un vrai souk qui vous dispense de la visite de ceux de Tunis ou de Marrakech. Encombrée de tous les détritus de tous les commerces et les activités qui s'y tiennent, la rue descend vers la porte d'Aix et il n'est pas facile d'y circuler, entre les rares voitures qui s'y hasardent et les étalages des marchands ambulants, réguliers ou clandestins. On peut trouver là aussi bien des marchands de légumes que d'autres étalages, de toute nature, qui présentent, selon la coutume marseillaise, tout ce qui est tombé du camion ou sorti des containers.

On circule difficilement dans cette rue toute la semaine durant mais pas du tout le vendredi, car toute sa partie centrale est alors réservée à la prière, en dépit du fait qu'on soit, à vol d'oiseau, à moins d'une centaine de mètres de la rue Malaval se trouve une magnifique et immense mosquée de construction récente.

Le bas de la rue est en revanche réservé à un commerce spécifique qui est celui des cigarettes de contrebande ; des dizaines de vendeurs à la sauvette vous y proposent, ostensiblement et publiquement, leurs cartouches, sans que nul n'y trouve naturellement à redire. Leur petit commerce empiète souvent sur le parking qui se trouve immédiatement à droite du bas de la rue.

Naturellement, hier, toute la Porte d'Aix (d'où l'on avait viré le camping sauvage des Roms) n'était guère peuplée que de gendarmes, de CRS, de chaussettes à clous en civil et sans doute de militants UMP et d'employés municipaux (ce qui est à peu près la même chose car le maire devait accompagner le ministre) ; toutes les petites activités, interdites mais publiques et habituelles, avaient naturellement disparu mais soyez sûrs qu'elles reprendront très vite.

Comme on pouvait s'y attendre et c'est bien naturel notre brave ministre n'y a vu que du bleu !

Pour les nobles lecteurs étrangers ! "N' y voir que du bleu : expression populaire française : Ne pas s'apercevoir d'une chose qu'on vous fait, se faire avoir, être crédule."

vendredi 18 février 2011

Dockers de Marseille : les vraies données

Je croyais que la Cour des Comptes était une sorte de sinécure-dortoir où l’on casait des trublions politiques dont on ne savait plus trop que faire (style Pierre Joxe ou Philippe Seguin) pour que l’atmosphère de château de la Belle au bois dormant les « calmât » (comme dirait l’autre). Avec Seguin, les choses ont bien changé et c’est sans doute lui qui, grand amateur de football, a laissé derrière lui l’idée de distribuer des cartons jaunes et rouges aux mauvais sujets.

J’ai lu, comme tout le monde, et je les ai même citées, les remarques faites sur Marseille et ses dockers, avant même que ce rapport 2011 soit officiellement publié. Faut-il en déduire que, comme les procureurs (qu’on entend désormais chaque jour alors que, jusqu’à une date récente, ils étaient aussi muets que leurs visages étaient inconnus), les rédacteurs de ces rapports se confient aux journalistes, à moins que les petites mains de l’institution fassent, ici ou là, quelques photocopies des rapports en cours pour les négocier auprès des médias ?

Peu importe d’’ailleurs car mon propos est ailleurs et toute la presse a d’ailleurs reproduit les mêmes informations, sur les salaires comme sur les horaires de dockers et autres portiqueurs et, plus globalement, sur la situation du port de Marseille. En revanche, je me suis plongé, avec le plus grand intérêt et je vous en recommande, sinon la lecture (car il comporte plus de 180 pages) mais la visite, dans un texte un peu plus ancien (2006), le rapport public de la Cour des comptes, « Les ports français face aux mutations du transport maritime : l’urgence de l’action ».

En dehors du grand intérêt et de la fiabilité des données qu’il présente, il illustre aussi le fait que ces rapports si précis et si remarquables qu’ils soient, ne servent rigoureusement à rien. En effet, pour les responsables administratifs qui pourraient voir critiquer leur gestion par la Cour des comptes, ces reproches n’ont pas la moindre conséquence, tant que les « coupables » ne sont pas traduits devant la Cour de discipline budgétaire, ce qui n’arrive guère qu’une fois sur cent et encore (statistique personnelle, à la louche !).

Voici donc quelques remarques puisées dans ce rapport, sur les questions dont on traitait déjà dans le rapport 1999 et dont on débat à nouveau dans le rapport 2011, en attendant qu’elles se retrouvent à nouveau dans le prochain, les suggestions faites dans le rapport 2006 étant restées, pour la plupart sans effet, selon les constats mêmes des rédacteurs!

Voici quelques bons morceaux :

« Alors que l’essor du transport maritime et, plus particulièrement, l’explosion du trafic de conteneurs (qui a progressé de 9,6 % en 2004), ont constitué de puissants moteurs de développement pour les principales places européennes, les ports français n’ont pas pleinement tiré parti de cette situation pour augmenter leur part de marché. Celle-ci a au contraire diminué - parfois significativement - au profit de leurs concurrents européens.
Pourtant, la France bénéficie en théorie d’atouts géographiques pour devenir, avec ses trois façades maritimes, l’une des principales portes d’entrée en Europe des marchandises transportées par les lignes régulières des grands armements maritimes. Adossés à un important marché de consommateurs, couvrant la France, la Suisse, le sud de l’Allemagne et le nord de l’Italie, les ports maritimes français disposent théoriquement d’un potentiel de développement, créateur d’emplois directs ou indirects.
Malgré l’augmentation continue du trafic portuaire traité par les ports français, le constat de leur moindre croissance par rapport à celle de leurs principaux concurrents européens a particulièrement retenu l’attention de la Cour.
[...]
Ainsi, après avoir dépassé le port de Hong Kong en 2003, celui de Rotterdam en 2004 et celui de Singapour en 2005, le port de Shanghai est désormais le plus grand port du monde, avec une croissance annuelle de 30 % et un trafic de 443 millions de tonnes en 2005. Avec 369 millions de tonnes, le port de Rotterdam, premier port mondial au milieu des années 1990, n’occupe désormais que le troisième rang derrière Singapour. Anvers a régressé de six places et se situe au 15ème rang. En 2005, onze des quinze premiers ports mondiaux sont asiatiques. Marseille et Le Havre, qui occupaient respectivement en 1998 les 18ème et 36ème rangs, rétrogradent aux 24ème et 39ème rangs.
[...]
En 2005, les six principaux terminaux et treize des vingt premiers ports à conteneurs au monde étaient situés en Asie. Seuls, en Europe, figuraient parmi les vingt premiers ports à conteneurs : Rotterdam (7ème rang), Hambourg (8ème rang) et Anvers (12ème rang). Cinquième puissance exportatrice mondiale, la France ne dispose plus que de deux ports parmi les cent premiers, avec le Havre au 36ème rang et Marseille au 70ème.
[...]
[Les dockers, comme on va le voir, ne sont pas seuls responsables du déclin de Marseille !]
La stratégie de développement d’avant-ports ou de « ports secs » répond au même objectif de massification des trafics et d’intégration dans les chaînes de transport. Ces installations, généralement desservies par plusieurs modes de transport terrestre, sont des lieux de rabattement et de diffusion des conteneurs en liaison directe avec un port maritime. Dans le cadre d’un accord conclu avec la Compagnie nationale du Rhône, gestionnaire du port de Lyon Edouard Herriot, le port de Marseille a ouvert à Lyon en 1996 un port avancé qui inclut depuis 2004 le dédouanement des marchandises. Son développement s’est heurté aux réticences des transitaires marseillais et à leur refus d’ouvrir l’informatique portuaire, pourtant partiellement financée par le port autonome, à leurs concurrents lyonnais. Le problème de l’accès au système d’information n’est toujours pas résolu.
Le port de Barcelone a annoncé le choix de Toulouse pour organiser son port avancé dans le sud de la France et étendre sa zone d’influence jusqu’à Lyon, avec un objectif de trafic de 200 000 EVP à l’horizon 2015.

[C’est donc Barcelone qui décide de la politique portuaire interne de la France]

Sur la façade Sud, le coût de la manutention à Marseille, supérieur d’environ un tiers à celui de deux autres ports méditerranéens retenus, et son poids dans le coût global de passage portuaire (61 %) expliquent la totalité de la charge supplémentaire pesant sur l’armateur par rapport aux escales dans les ports concurrents. Les coûts de manutention comprennent deux parties, les redevances domaniales et d’usage des outillages versées par les manutentionnaires au port pour un tiers environ, d’une part, et les coûts propres aux manutentionnaires pour les deux autres tiers, d’autre part. D’après les données fournies à la Cour, les prestations facturées par le port de Marseille sont plus élevées qu’au Havre de 18 %, ce qui représente un supplément de 5€ par conteneur. Les coûts propres des entreprises de manutention seraient également supérieurs de 42 % à Marseille, soit 20 € par conteneur. Ce handicap est accentué par le niveau des coûts d’immobilisation du navire qui est encore plus élevé que celui constaté au Havre. Compte tenu de l’absence de saturation des terminaux à conteneurs, l’explication ne peut être que l’organisation peu compétitive de ceux-ci.
[...]
Le manque de fiabilité de Marseille est dénoncé depuis longtemps par les armateurs et les chargeurs. Selon les données produites par « l’observatoire de la fiabilité » créé par le port autonome en 1999, près d’une escale sur cinq a été marquée par un incident entre 2000 et 2004. Le tiers de ces incidents est imputable au port, les autres relevant de la responsabilité des opérateurs de la place. Ces incidents résultent principalement de causes techniques et de problèmes d’organisation, mais 10 % d’entre eux proviennent de problèmes sociaux. Mais cette proportion est certainement sous-estimée car elle ne prend pas en compte les détournements et les dégradations de conteneurs ou de marchandises transportées. Dans ce contexte, les conflits sociaux survenus à l’automne 2005 ont porté un préjudice sérieux à l’image déjà très dégradée du port. La paralysie des terminaux pendant quinze jours a contribué au fléchissement de l’activité perceptible avant le conflit sur les deux bassins.
[...]
Les rémunérations des dockers
Salaire brut moyen annuel d’un docker en France : 32 000 € pour 35 H ; à Anvers: 37 277 € pour l’équivalent de 35 H ; à Hambourg : 31 000 € pour une durée de travail de 35 à 38 H.
Source : UNIM – données 2004
[Le problème est que, comme vous allez le voir dans la suite, ces chiffres ne correspondent pas à la réalité]

VRAIS SALAIRES [ce titre est dans le rapport !]
Ce port où la réforme de la manutention reste inachevée fait figure d’exception. La mensualisation des dockers est encore partielle à Marseille et Fos où les deux bureaux centraux de main d’oeuvre (BCMO) restent actifs, contrairement à la quasi-totalité des autres ports autonomes maritimes. A la fin 2004, la place marseillaise totalise plus de 80 % des intermittents encore actifs en France sur ses deux bassins et le taux de mensualisation n’atteint que 72 %. Les clauses du code des ports maritimes relatives au nombre maximal d’intermittents et à leur taux d’inemploi ne sont pas appliquées et les radiations d’intermittents en surnombre qu’impose la loi ne sont pas intervenues. Cela tient certes en partie au dépôt de bilan, dans les dix dernières années, de deux sociétés de manutention dont le personnel n’a été que partiellement repris par les autres manutentionnaires.

Avec un taux d’inemploi de 0,9 %, le statut d’intermittence des 218 dockers du BCMO de Marseille ne paraît cependant pas justifié. Des sociétés de groupement de moyens entre manutentionnaires gèrent 46 % des ouvriers mensualisés en 2004 et permettent une certaine flexibilité dans la répartition des dockers entre les sociétés mais constituent, de fait, des BCMO parallèles qui échappent à la présidence et donc au contrôle du directeur du port et vont à l’encontre de l’esprit de la réforme de 1992.
Le port autonome a pourtant contribué à l’ajustement des effectifs des dockers en finançant la moitié de la part locale du plan social engagé après la réforme de 1992, soit 45,7 M€. De plus, près de mille dockers peuvent bénéficier du dispositif actuel de cessation anticipée d’activité pour les travailleurs exposés à l’amiante [ ????????] qui a fait l’objet d’un accord local instituant des allocations complémentaires. Le port autonome a contribué, avec l’accord de l’Etat, de 2001 à 2004 à hauteur de 5,1 M€ au financement de cet accord, soit le cinquième du coût global du dispositif pour les sociétés de manutention, en contrepartie d’un plan d’amélioration de la performance de la manutention et d’un objectif d’augmentation du trafic. L’impact de ces aides sur les performances des sociétés de manutention n’a cependant pas été démontré. En outre, deux sociétés de manutention ont été mises en redressement judiciaire entre 1996 et 2004 laissant des impayés de 5 M€ au port autonome. Ce dernier détenait encore 2,3 M€ de créances échues et non réglées au 30 avril 2005 sur des sociétés de manutention. La comptabilité analytique du port autonome montre pourtant que les tarifs appliqués aux sociétés de manutention, parfois réduits par des rabais commerciaux, ne couvrent que les deux tiers de ses coûts.
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Ce soutien public ne semble pas avoir pour autant permis d’améliorer la compétitivité de la place dont les coûts de passage portuaire sont grevés par les opérations de manutention. La contribution propre des manutentionnaires à cette compétitivité dépend certes de la productivité annuelle des équipements qui est mauvaise à Marseille, mais elle relève de la défaillance du système français d’exploitation portuaire en l’absence d’un commandement unique sur les terminaux et de la mauvaise optimisation du linéaire de parc par les opérateurs. De ce fait, le nombre d’EVP manutentionnés à Fos est de 350 par an et mètre de quai en 2002 contre 400 au Havre, 600 à Valence et 1300 à Anvers. Ces coûts tiennent également aux rémunérations versées par ces sociétés. Selon les éléments recueillis par le port autonome dans le cadre du comité de suivi du plan de performance, le salaire mensuel brut moyen d’un ouvrier mensualisé s’établissait en effet en 2003 à 4 600 € sur le bassin de Fos, et à 3 800 € sur celui de Marseille, soit des montants supérieurs au salaire moyen de la branche selon les données communiquées par l’UNIM.
[...]
Les ouvriers dockers employés par les sociétés de manutention et les portiqueurs, salariés des ports autonomes, doivent travailler en étroite coordination pour charger et décharger les navires à quai. Toute opération implique en effet simultanément la présence de portiqueurs conduisant des engins en état de marche et celle d’ouvriers dockers assurant la manutention des conteneurs à bord et sur les quais. Ces deux catégories de personnel concourent à une activité de nature commerciale dont la responsabilité incombe aux sociétés de manutention en application de la loi du 18 juin 1966 sur le transport maritime.
[...]
Le maintien de primes versées par les sociétés de manutention aux portiqueurs de certains ports
Le travail des agents de conduite du port sous la responsabilité commerciale des sociétés de manutention a donné lieu au versement par celles-ci de rémunérations additionnelles destinées à inciter les portiqueurs à adapter leur travail à leurs besoins. Ces pratiques étaient présentes jusqu’à une période récente dans une quinzaine de ports maritimes. Un processus de normalisation a été engagé en 2002, notamment au Havre. Ces primes persistent néanmoins aujourd’hui encore dans quelques ports, dont celui de Marseille où elles peuvent atteindre près de 1 000 € par mois. Elles majorent dans des proportions significatives le salaire brut mensuel moyen des portiqueurs qui s’établit à 2 900 € en 2004. Les portiqueurs ne travaillent en pratique que 28 heures par semaine compte tenu des usages locaux (le portiqueur part dès qu’un bateau est déchargé…). Enfin, contrairement aux ports étrangers, où il n’y a qu’un portiqueur par engin ou trois pour deux engins, deux portiqueurs sont affectés à chaque engin mais un seul peut le conduire. En conséquence, la durée de travail productif est d’environ 14 heures par semaine [souligné par moi]
Cet usage est contestable à de multiples égards. Il place les salariés du port en situation de double employeur pour le même travail dans des conditions dérogatoires au droit commun. Il induit un partage incertain des responsabilités entre les deux « employeurs » en cas d’accident, avec un risque pour la direction du port autonome d’être tenue pour responsable d’accidents imputables à des activités de ses salariés commandées et payées par les sociétés de manutention. En outre, accordées selon des critères non transparents, ces primes créent une inégalité de traitement entre les personnels portuaires et contribuent à affaiblir l’autorité des directions des ports sur leurs propres salariés. »
[...]
UNE MODERNISATION INACHEVÉE
La réalisation de l’unité de commandement par « l’intégration » des salariés concernés des ports dans les entreprises opératrices des principaux terminaux à conteneurs constitue pourtant une réponse adaptée aux enjeux de l’harmonisation des rythmes de travail des deux catégories de personnel concernées et à la nécessité de supprimer un dispositif de rémunération des plus contestables.
L’exemple de l’absence d’harmonisation du travail sur les terminaux de Fos (2003)
Les conventions et accords prévoient que les portiqueurs travaillent 7h54 par jour et 4,16 jours par semaine en moyenne sur un cycle, soit 32h54 par semaine, les dockers 6h par jour et 6 jours par semaine, soit 36h par semaine25. La durée d’un cycle de travail d’une équipe est de 7h pour les portiqueurs hors temps de vestiaire et de mise en route et d’arrêt des portiques. Elle est de 6h pour les dockers, temps de vestiaire et mise en route compris. Les rotations des équipes font ainsi apparaître des plages horaires pour lesquelles il y a des portiqueurs mais pas de dockers.
Source : port autonome de Marseille
Equipe 1 Equipe 2 Equipe 3
Portiqueurs 5H33 à 13H27 12H33 à 20H27 19H33 à 3H27
Portiqueurs hors vestiaire et mise en route/arrêt 6H00 à 13H ; 13H00 à 20H00 ; 20H00 à 3H00
Dockers 6H30 à 12H30 ; 13H00 à 19H30 ; 20H à 2H00
Plages horaires décalées 1H00 0H30 1H00. »

Edifiant non ?

Petit complément d'information pour les salaires des dockers de la Martinique. Extrait de http//politiques-publiques.com/martinique ;

"Pour répondre à vos interrogations fréquentes sur les salaires de cette corporation, Politiques Publiques vous propose un document issu des négociations annuelles obligatoire de 2005, alors que les deux sociétés de manutention exerçant sur le port fonctionnaient encore. Elles ont depuis déposé le bilan, et vu naître le nouveau groupement employeur GEMO.

De 2002 à 2004, les salaires devenus mensualisés des dockers ont connu une augmentation considérable. Ils se situaient par ailleurs, à l’orée de ces NAO 2005 - selon le statut (professionnels ou occasionnels), les tâches, l’ancienneté, et le nombre d’heures travaillées - dans une fourchette allant de 3 300 à 10 200 € bruts mensuels. Des salaires qui ont bien entendu connu de nouvelles évolutions au gré des NAO entre 2005 et 2010".

jeudi 10 février 2011

Les dockers de Marseillle

N'allez pas croire que c'est là le titre d'une chansonnette inédite de Vincent Scotto ou d’un nouveau film de Robert Guédiguian.

La lecture de ce post ne vous apprendra peut-être rien sur la question, mais il a l'avantage, sur d'autres écrits traitant du même sujet, d'être relativement objectif et surtout bien informé, aux sources les plus directes.

Mme Parisot du MEDEF s'est lancée, sur les antennes nationales, dans des tirades dignes de Sarah Bernhardt pour expliquer que les dockers de Marseille assassinaient l'économie française et en particulier Marseille, son port et sa région. Cette prise de position a entraîné, du coup, une réplique tout aussi ridiculement véhémente de la part de Bernard Thibault, qui a essayé, par là, de se faire refaire une virginité comme secrétaire général, très contesté au plan interne, de la CGT.

Tout cela est à peu près sans intérêt car les faits sont établis et connus depuis très longtemps ; on ne peut donc qu’être stupéfait que ni le MEDEF ni la CGT n’aient pas été, depuis des décennies, parfaitement informés de ces affaires et surtout de leurs fâcheuses conséquences.

La ruine du port de Marseille et de pans entiers de l’économie régionale, par les multiples et successives grèves des dockers locaux, a commencé il y a plus d'un demi-siècle. Je n'irai pas jusqu'à dire, bien que je le pense, qu'elle a commencé avec la loi-statut de 1947 de Ramadier et du PCF, à laquelle nul n’a osé toucher, un demi-siècle durant.

L’information qui suit, comme la plupart de celles qui figurent dans ce texte, est personnelle et de première main. À partir de 1958 et, plus ou moins dans le cadre du Plan de Constantine auquel le général De Gaulle ne croyait guère mais qu'il a néanmoins mis en oeuvre, Berliet a lancé à Rouiba-Reghaia, près d'Alger, la construction d'une usine de camions qui d’ailleurs existe toujours. Déjà à cette époque, les responsables de la construction de cette usine (dont était mon propre frère) faisaient systématiquement venir tous les matériaux nécessaires (et il y en avait beaucoup !) par le Havre, jugeant que passer par Marseille comportait trop de risques et d'aléas.

Naturellement, comme chacun le comprend aisément, cette dégringolade marseillaise, suite aux incessantes grèves en particulier, a fait les affaires de Gênes comme de Barcelone. Quant au Havre, l'extension des comportements syndicaux des dockers français a fait que ce port lui-même n’est guère aujourd'hui en meilleure position que Marseille, même s'il demeure un peu mieux placé ce qui n'est vraiment pas difficile. Le trafic de Marseille est, en effet, en réalité, à 95 % celui de Fos-sur-Mer et est constitué essentiellement par les transports pétroliers.
Tout à fait par hasard, j'ai connu, dans les années 80, un consultant juridique qui était chargé en particulier des négociations avec les dockers sur le port de Marseille. Ce n’était pas triste ! J'ai donc pu avoir par lui les meilleures des informations à la fois sur les salaires des dockers (à cette époque, un contremaître touchait environ 3500 fr. par mois) et sur les modalités et conditions de leur travail.

Scène de genre vécue par moi, à de multiples reprises lors de vacances en Corse. A l’embarquement des véhicules dans les ferries de la SNCM, le spectacle était tout différent de celui qu’on avait ailleurs. En effet, si l'on avait eu l'occasion d'emprunter les ferries grecs par exemple, on pouvait aisément juger de la différence de la nature du travail des dockers entre Marseille et n'importe quel port grec. Dans ce second cas, l'embarquement à bord du ferry était souvent opéré par deux employés (ou même un seul), tandis qu'à Marseille, s'il y avait effectivement aussi quelques personnes pour s'occuper de l'embarquement proprement dit des véhicules, il y avait toujours aussi une bonne demi-douzaine de dockers goguenards qui, sur le pont du ferry, penchés à la rambarde, s’occupaient à lorgner les minettes et à blaguer entre eux. Ils étaient là en application des règlements locaux qui exigeaient leur présence, naturellement sans qu’ils ne fassent rien, sauf, les manoeuvres d'embarquement finies, remonter les haussières ! On peut juger par là de la pénibilité de leur tâche, au moins pour ce type de fonction.

Je pourrais accumuler les anecdotes là-dessus en particulier sur la procédure d'attribution des tours journaliers de travail. Les dockers étant en nombre plus important que le service d'un jour donné n’en demandait, on donnait, le matin, les noms de ceux qui auraient à travailler ce jour là. Ceux qui n'étaient pas retenus allaient alors taper le carton au bistrot du coin, parfois rejoints, quelque minutes plus tard, par d'autres qui, quoique devant aller au travail, avaient recruté sur place un travailleur (clandestin bien sûr) pour les remplacer, moyennant le versement d’une part, très modeste, de leur rémunération du jour. Naturellement personne ne se souciait de vérifier l'identité d'un docker qui venait travailler sur le port. Un tel flicage n’aurait pas manqué de déclencher aussitôt une grève générale !

Faut-il s'étonner que l'activité du port de Marseille ait décliné sans cesse, avant de s'éteindre quasi complètement. Les dockers, en revanche, sont toujours là eux; non seulement ils ont une garantie d'emploi, mais il fut un temps où (mais je ne sais pas où en est cette juste revendication) ils voulaient que leur charge fût, en quelque sorte, héréditaire, réclamant pour leurs enfants le droit à la priorité absolue dans les recrutements (un peu comme naguère à Air-France). On peut toutefois en conclure que les dockers ne sont pas de bons parents, puisqu’ils veulent réserver à leurs enfants le sort misérable d’un travail pénible pour toute une vie aussi lamentable que la leur dans les douleurs d’un métier exténuant.

Je pourrais continuer dans le même registre, mais cela me paraît inutile, car tout le monde dans la région et même bien au-delà, sait parfaitement à quoi s'en tenir là-dessus. C'est d'ailleurs pourquoi l’une des rares activités qui demeuraient à Marseille, le passage vers la Corse, a baissé dans des proportions considérables. Pour être sûrs de partir comme de revenir, les voyageurs de la région préfèrent désormais de beaucoup emprunter les ferries italiens, quitte à partir de Toulon, de Nice, de Gênes ou d'ailleurs, les départs de Marseille étant naturellement interdits par ces mêmes dockers aux autres compagnies que la leur !

Le rapport de la Cour des Comptes qui va faire grand bruit s’il paraît (car, à ma connaissance, il n'est pas encore publié) n'apprend pas grand-chose à qui connaissait un peu la situation. Les salaires mensuels, autour de 4000 euros, ont déjà été souvent divulgués. La CGT les avait niés, publiant à l'appui de ses dénégations, une feuille de paye de dockers. Le seul problème est que la CGT, étourdie ou mal informée, avait omis de préciser dans son document qu'au salaire figurant sur la fiche de paye s'ajoutaient d’autres rémunérations comme la Cour des comptes le confirme. En effet, les dockers, payés par le Port, perçoivent, en plus de leur salaire de base, « des rémunérations additionnelles des entreprises de manutention » ainsi que des « gratifications illégales ». Sans compter les primes...L’addition de ces sommes conduit donc à peu près exactement au chiffre contesté.

C'est sans doute pourquoi la CGT, dans le document qu'elle vient de publier, n'est pas revenue sur ce problème des salaires et des horaires, sans contester désormais les chiffres qui ont circulé. Elle se borne, sur un air mieux connu d’elle, à souligner que « la colère légitime des portuaires français s'est mise en marche [...] Indignation colère et trahison sont les mots qui sont le plus souvent venus lors des interventions.... etc. ». Aucune contestation en revanche des chiffres et des conditions de travail qui ont fait l'objet des articles de presse qui faisaient, d’ailleurs, référence au peu contestable rapport de la Cour des Comptes.

On évoque sans cesse, et la CGT en a fait son nouveau cheval de bataille, la « pénibilité » du métier. Bien entendu comme dans le cas des primes de charbon à la SNCF, on fait référence à l'époque, bien lointaine, où les dockers plantaient leur croc dans les sacs de sucre pour les transporter sur leur dos. Le métier a quelque peu évolué, ce que nul ne peut sérieusement nier !

Les dockers (grutiers ou portiqueurs) travaillent, en général, en deux bordées, l'une du matin (finissant à 15:00) l'autre de l'après-midi (commençant à 15:30) ; le portiqueur travaille en « binôme », avec un collègue qui, le plus souvent, demeure à proximité pour accomplir, éventuellement, des « tâches annexes » ; s'il n’en a pas, le second demeure en "salle de repos". Il résulte d’un tel système que le temps de travail effectif dans la journée est, en gros et en moyenne, d'environ 3 heures, ce qui ne caractérise pas une pénibilité extrême.

En outre, un élément important de l'activité des dockers, à Marseille ou en Chine, tient à la « cadence » des mouvements c’est-à-dire au nombre d’opérations de chargement ou de déchargement opérées en une heure. À titre indicatif, en France (au Havre par exemple pour ne pas citer le cas de Marseille) les dockers locaux ont une cadence de 22 mouvements par heure, alors qu'à Anvers ou à Rotterdam, on effectue 30 mouvements à l'heure ; dans les ports asiatiques la norme est de 40 mouvements par heure. On peut facilement imaginer que la pénibilité, dans ces contextes non marseillais, doit être doit être tout à fait différente.

Par ailleurs pour permettre de comprendre quel est le travail d'un grutier ou d’un portiqueur, on peut dire que leur tâche s'apparente un peu au maniement d'une PlayStation ou d’un jeu video. Le principal problème dans ce métier est de ne pas avoir le vertige puisqu'on peut se trouver dans cette fonction à 30 ou 40 mètres de haut, ce qui ne constitue pas, toutefois, un élément décisif pour mettre en évidence la pénibilité du métier de « docker ».

dimanche 31 octobre 2010

« Poubelle la vie » ou « les mystères de Marseille ».

Vu hier soir, sur France3, une série policière intitulée « Enquêtes réservées ». Sur le sujet, rien à dire ; c'est le cocktail français classique sur la recette américaine classique : 50 % de guerre des polices, 20 % d'un méli-mélo familial et sentimental, 20 % de pseudo-police scientifique minable (on se borne à mettre en barboteuses et en bottes les enquêteuses) et enfin, l’essentiel, 10 % de propagande touristique pour la ville de Marseille. Le tout est tourné sans aucun moyen, comme tous les feuilletons français, ni figurants ni décors autres que la mer ; par ladrerie, on y a même remplacé le siège de la police marseillaise, « l'évêché », prudemment blotti contre la Major, par une villa des hauteurs (celle du général Aoun ou celle de Tapie ?), dominant la mer. Ce choix va entraîner un flot de demandes de mutation de la part de policiers aussi septentrionaux que naïfs !

Ce qui est amusant, en la circonstance, est que cette vue idyllique et radieuse de Marseille est proposée à la France, au moment même où des dizaines de tonnes d'ordures encombrent et surtout empuantissent, depuis deux ou trois semaines, les rues de la ville. Marseille est devenu un immense « murodrome » (terrain de courses pour rats), audacieuse innovation lexicale de ma part, à ne pas confondre toutefois avec un « mirodrome » (le seul terme authentiquement francophone pour « peep-show ») où ne se produisent que des souris ! C'est ce qui m'a conduit à faire ce mauvais jeu de mots dont je pense livrer ici la 129e édition, "Poubelle la ville », avec un « à peu près » « Plus belle la vie » titre du second feuilleton qui fait la gloire actuelle de Marseille. À croire que la municipalité subventionne désormais France-Télévision pour faire sa publicité par les feuilletons télévisés.

Mais venons-en à mon propos central qui peut s'intituler « Les mystères de Marseille », après « Les mystères de Paris »,. Car on ne vous dit pas tout sur les événements sociaux qui se déroulent dans cette belle ville et qui, s’ils sont actuellement souvent évoqués, ne sont, en revanche, jamais véritablement expliqués car ils sont très loin d'y constituer des nouveautés et font, au contraire, partie du folklore social et économique local.

Prenons le cas des éboueurs, dont les grèves périodiques, raniment la vieille rivalité entre Naples et Marseille en matière de drogue comme d’ordures. On peut voir sur internet une vidéo où un éboueur marseillais explique jovialement pourquoi, pendant leurs grèves, on ne retient aux grévistes qu’un seul jour de salaire sur trois journées d'arrêt de travail: un jour, c’est le chauffeur du camion qui est le seul gréviste; les autres ne le sont pas mais ne peuvent naturellement pas travailler; le lendemain sont en grève ceux qui ramassent les poubelles; le jour suivant, c’est le responsable du secteur, et ainsi de suite!

On y évoque aussi le système provençal du nettoyage urbain, bien connu à Marseille comme à Aix-en-Provence. On le nomme localement le « fini-parti » ; pas d’horaire fixe et contrôlé, même si la durée du travail quotidien est, en principe, de 7 heures 30 ; chacun part quand il a fini la tâche qui lui est, en principe, assignée. Le système ne favorise pas, on s’en doute, le fignolage. On s’arrange, entre soi, pour terminer le ramassage vers 12 ou 13 heures . On peut ainsi, selon les cas, faire la sieste ou aller à son deuxième petit boulot, au noir bien sûr.

Le cas du personnel du port de Marseille est encore plus susceptible de provoquer la stupeur admirative des non- Marseillais. La Chambre de commerce locale, en désespoir de cause, a récemment publié, dans la presse parisienne, sous forme d'une blague d'offre d'emploi, la rémunération et les conditions de travail des dockers marseillais. La présentation était drôle ; il s'agissait d'une proposition d'embauche (4000 € par mois pour 18 heures de travail par semaine) mais elle avait l'inconvénient de faire croire justement qu'il s'agissait d'une plaisanterie, alors que ce n'est que le pure et simple réalité. La CGT a donc eu beau jeu de protester, en disant que le salaire mensuel MOYEN d'un docker marseillais n'est que de 2500 €. La CGT jouait ici sur les mots puisque le personnel que visait la pseudo offre d'emploi était les 36 « portiqueurs » du port, dont la grève suffisait à bloquer l'ensemble de l'activité portuaire (cf. plus haut, le système des éboueurs, qui est aussi, par ailleurs, celui des « cantinières » marseillaises, en grève depuis des samaines, mais seulement, à l’heure des repas, c’est-à-dire seulement UNE HEURE PAR JOUR !

En fait, un « portiqueur » perçoit effectvement 4500 € bruts par mois pour 18 heures de travail hebdomadaire. Ajoutons à ces détails que leur grève était motivée au départ, non par le texte sur les retraites, mais par la réforme portuaire. Les dits portiqueurs en avaient toutefois profité pour demander, au passage, 500 € mensuels d'augmentation et le passage de 18 heures à 12:heures de travail hebdomadaire !

Ajoutons pour la question de la pénibilité du travail que, contrairement à ce qu'on peut penser, ces braves gens ne transportent pas les containers sur leur dos et que le maniement d’une grue ou d'un portique s'apparente assez à la manipulation d’une PlayStation. Ce métier de dockers est en outre si mal payé et si pénible que l’une des vieilles exigences de cette corporation est que les recrutements y soient prioritairement sinon exclusivement réservés aux enfants de dockers ! Cela dit, ça paye, puisque le gouvernement Fillon, en pleine crise, a pris, il y a une dizaine de jours, une disposition DEROGATOIRE pour maintenir le régime spécial de la retraite à 55 ans (10.000 actifs pour 20.000 retraités!)

On se plaint du manque d'emplois à Marseille, mais de tels exemples font comprendre pourquoi ils sont évidemment très convoités.

Postscriptum : dernières nouvelles du front des ordures marseillaises : les éboueurs demandent à être payés en heures supplémentaires pour effectuer le travail de nuit afin d’accélérer le ramassage des ordures. Une suggestion : ne plus ramasser les ordures de jour mais la nuit...en heures sup.!