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mardi 9 octobre 2012

De Marseille à Monte-Carlo.

Pour les nobles étrangers qui lisent ce blog, parfois de très loin (Si ! Si ! Il y en a !), un mot d'explication s'impose à propos ce que je nomme, sans doute à leur grand étonnement, les radios bignoles. Pour le détail linguistique, les esprits curieux peuvent se reporter à l'un de mes posts précédents, mais il suffit de dire ici que ce sont des radios, essentiellement du matin (en gros entre six et dix heures du matin), qui fonctionnent, pour une bonne part, sur des appels d'auditeurs ; ces derniers  passent à l'antenne moins parce qu'ils ont quelque chose à dire (même si cela arrive parfois) qu'à la condition expresse de chanter "sur les ondes" les mérites éclatants de la radio sur laquelle ils sont interviewés et de s'y répandre en éloges éperdus du maître de cérémonies qui officie sur chacune de ces radios bignoles à cette heure matinale.

Ces radios se livrent une lutte féroce, chacune revendiquant naturellement le titre de la meilleure, mais surtout de la plus écoutée. La lutte s'opère essentiellement entre Radio-Télé-Luxembourg (RTL), Radio-Monte-Carlo (RMC, qui s'est plus ou moins associée désormais avec BFM, la "radio du grand capital", comme aurait dit le regretté Georges Marchais) et Europe 1 pour des raisons purement mercantiles ; le pactole de ces heures matinales est naturellement la publicité qui, comme le fleuve antique du même nom, coule à flots entre 7 heures et 10 heures ; je pense, sans avoir véritablement vérifié, qu'à ces heures, y a plutôt plus de publicité (de tous ordres) que d'information. On fait donc monter au créneau les grosses nuques de ces radios pour y faire leur propre pub ; j'entendais encore ce matin l'insipide Bruce Toussaint (qu'Europe1 a, Dieu sait pourquoi, arraché à prix d'or à Canal+ quoi que son rôle se borne à passer les plats et que son principal mérite soit de se lever assez tôt en semaine) lire lui-même des messages de pub pour Europe1. Cela devient désormais d'ailleurs l'habitude et la règle pour la plupart de nos patrons de presse qui non seulement ne quittent plus les télés et les radios, mais croient sottement que leur binette ou leur voix font vendre! Voilà qui conduira bientôt ce pauvre Christophe Barbier à mettre son écharpe rouge pour aller fourguer son Express dans les rues. Même Joffrin s'y met! MDR !

Derrière ces trois radios bignoles, à bonne distance et avec plus de dignité et de qualité, on trouve la meilleure des radios d'information du matin c'est-à-dire France-Info qui a, en revanche, le tort de répéter, inlassablement et paresseusement, toute la journée, les mêmes sujets d'information, ce qui rend rapidement son écoute tout à fait insupportable.

Ce matin, après avoir entendu, sur France Infos je crois, Monsieur de Villepin, qui avait dû trop arroser son petit noir ou ignore la géographie, dire avec la conviction qu'il met en tout, qu'il n'y avait plus de place dans le monde moderne que pour les pays regroupant plus d'un milliard d'habitants (ce qui limite singulièrement le palmarès), avant d'évoquer, dans la phrase suivante, le rôle essentiel des États-Unis qui sont encore pourtant fort loin de ce milliard, en déplorant, dans la foulée, la situation de l'Europe qui dépasse péniblement les 400 millions, j'ai zappé sur RMC pour y entendre le cri de triomphe de Jean-Jacques Bourdin. Il annonçant en effet, urbi et orbi, que RMC avait arraché le scoop du siècle en obtenant de pouvoir (grâce à son correspondant à Marseille, Lionel Dian), écouter les enregistrements faits dans les voitures de la BAC de Marseille-Nord où tout le monde est bientôt en taule ou mis en examen ! 30 policiers sont suspendus dans le service et le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a annoncé vendredi la dissolution de l’équipe de jour de la BAC Nord de Marseille.

Le plus fort est que c'est apparemment vrai et confirme des remarques d'Yves Robert, délégué du syndicat d’officiers SNOP! Toutefois, il faut espérer que cette indiscrétion illégale (car c'en est une!) n'entraînera pas, dans la suite, l'annulation de la preuve, voire de toute la procédure. Un tel calcul pourrait évidemment expliquer la relative facilité avec laquelle on a laissé un "journaliste" ou un correspondant de RMC avoir accès à de tels documents. Ce serait le comble du vice naturellement, mais je n'en serais pas autrement étonné, étant donné les solidarités qui ne manqueront pas de se manifester dans cette affaire!

On se doutait un peu du contenu de telles écoutes mais, semble-t-il, elles ne sont pas piquées des vers. On n'y entendrait, dans l'une d'entre elles, un policier de ladite Bac-Nord de Marseille se plaindre amèrement de ne pas savoir comment parvenir à dépenser son argent, sans doute embarrassé qu'il est par l'énormité même des sommes EN LIQUIDE dont il dispose. L'un d'entre eux aurait été pris, dans les "perquiz" avec, chez lui, 100 000 € en liquide (ils étaient cachés dans le jardin comme au bon vieux temps de VA-OM!) ; on apprend aussi que leurs revenus s'établiraient aux alentours de 1000 € par jour, ces montants correspondant d'ailleurs tout à fait à ceux des trafics en cause. Un autre policier, après avoir volé des cartouches de cigarettes à un vendeur à la sauvette, se plaint, que, dans son ancien service, la récolte quotidienne était bien meilleure.

On comprend qu'il soit, en effet, un peu difficile pour un modeste policier marseillais de la BAC d'aller, chaque mois, déposer à la Caisse d'épargne sur son pauvre livret 30 ou 40 000 € , ce qui le met d'ailleurs aussitôt très au-delà du plafond ! Il travaille cet homme (et même doublement, comme flic et comme ripoux!) et il n'a pas forcément le temps de faire le voyage jusqu'à Genève !

Pour en venir au malheureux qu'on entend se plaindre de ne pas savoir quoi faire de son argent, le collègue, qui l'accompagne dans le véhicule, lui conseille alors de faire construire une piscine dans son jardin. Le malheureux proteste alors qu'il en a déjà fait une et se voit conseiller par son collègue d'acheter une belle voiture à sa fille. En avait-elle déjà eu une ? La conversation s'est alors interrompue, une occasion de dépouiller un dealer s'étant alors présentée ? Nous en saurons sans doute jamais rien !

On brûle d'attendre la suite mais viendra-t-elle ?

mercredi 20 juin 2012

Foot ou bac ?

Je suis ce matin comme l'âne de Buridan hésitant, avant d'écrire ce blog, entre le seau du foot et la marmite du bac ! Commençons donc par le premier pour lequel je serai plus court.

J'ai vaguement regardé hier le match entre la France et la Suède ; il était beaucoup moins réjouissant à suivre que ne le furent, à entendre, les commentaires qui en sont faits ce matin par les participants, entraîneur et joueurs, qui, selon la mode sarkozienne actuelle, avaient reçu, dans la nuit, les "éléments de langage" comme on dit désormais, de la façon la plus sotte et la plus inexacte, car ce n'est nullement du langage qu'il s'agit ! Je ne sais qui s'y était collé, sans doute l'un des CINQUANTE membres du STAFF de l'équipe de France. A cinquante mille euros par mois en moyenne, on doit bien tout de même en trouver un ou deux qui soient capables de se livrer à ce petit exercice d'écriture !

Tout cela est à mourir de rire. Nous avons, avec Laurent Blanc, changé un cheval borgne pour un aveugle ; ce n'est pas 2-0 qu'auraient dû nous infliger les Suédois, qui ne sont pourtant pas des foudres de guerre mis à part Zlatan, mais au moins quatre ou cinq à zéro, si leurs attaquants avaient eu les pieds un peu moins carrés (dans les premières minutes, l'un de leurs attaquants a réussi l'exploit, rare, de mettre le ballon sur le poteau alors que les buts français étaient totalement VIDES, le goal étant à plat ventre à trois mètres de là) et si notre gardien de but avait été moins inspiré, nous sauvant ainsi la mise trois ou quatre fois. Les Français, qui ont fait tout le match a petits pas, sans le moindre tir cadré ou possible, n'ont même pas transpiré et, sauf l'exalté Ribéry, aucun d'entre eux n'a même couru.

En revanche, ce matin, tous ont ânonné les "éléments de langage" qu'on les avait prié d'essayer de retenir et de débiter dans les médias ; ils y alliaient tous la modestie et la sympathie, avec chez la plupart d'entre eux la promesse de faire fois la prochaine mieux. Il ne reste plus qu'à prier pour que les Espagnols leur infligent une correction monumentale, ce qui semble peu probable, car les hidalgos semblent plus préoccupés de jouer à la passe à dix que de mettre le ballon au fond des filets de l'adversaire.

Comme les médias audiovisuels ne nous épargnent aucune sottise, les élucubrations footballistiques des "experts" ont été concurrencées, ce matin, par les considérations sur le baccalauréat où l'on a entendu tout et son contraire.

Si je n'ai été, dans ma vie sportive, qu'un piètre footballeur (enfant surtout, car ensuite je me suis adonné à d'autres sports), je ne manque pas, en revanche, d'une certaine expérience du baccalauréat, surtout comme président de jury.

Ce matin, j'ai entendu bien des commentateurs qui, clairement, ne connaissent pas grand chose à la question , gloser sur la possibilité qu'il y aurait de remplacer le baccalauréat par un contrôle continu. Pourquoi pas ? Il faut toutefois prendre garde il y a en France un enseignement privé très important mais aussi très inégal et divers, où parfois le contrôle continu, comme les appréciations, peuvent relever de tout autre chose que du contrôle des connaissances proprement dit.

Les jurys prennent ces éléments en considération pour les décisions de rattrapage par exemple, mais ils doivent le faire avec prudence. Il y a, en outre, dans les lycées comme dans les universités (et beaucoup plus dans les secondes que dans les premiers) des enseignants qui assurent leur tranquillité personnelle voire leur incurie professionnelle par une distribution généreuse de notes excellentes, ce qui, en général, coupe court à toute récrimination de la part des élèves et des étudiants comme des parents. Les choses ne sont donc pas si simples qu'on pourrait le penser, même s'il est vrai que, désormais, la quasi-totalité des candidats obtient le baccalauréat, au pire en deux ans, ce qui milite en effet en faveur de sa suppression.

J'ajoute d'ailleurs que le ministère lui-même, via les rectorats, exerce des pressions incontestables sur les jurys pour faire monter les taux de réussite ; les présidents du jury reçoivent des instructions en ce sens, comme si les jurys n'étaient pas capables de se faire un jugement eux-mêmes sur les candidats ont à examiner.

J'entendait aussi ce matin même, à la radio des bignoles et de la bouche d'un intervenant qui me semble être un agriculteur plutôt qu'un enseignant, une remarque sur la rémunération de la correction des copies. Il disait, et la chose peut paraître sensée, que cette rémunération ne devrait pas exister puisque la correction des examens fait partie du service des enseignants ; s'il l'avait su, il aurait pu ajouter à l'appui de sa thèse qu'elle n'est pas rémunérée à l'université. L'argument n'est donc pas stupide mais on doit prendre compte que cette correction n'incombe pas à TOUS les enseignants, mais à une minorité, somme toute très faible, d'entre eux et qu'on regarde, de ce fait, ce travail comme une tâche supplémentaire.

Pour le baccalauréat il me semble que la rémunération d'une copie tourne autour de cinq euros, ce qui peut paraître peu ou beaucoup selon l'idée qu'on se fait de la correction d'une copie de français, d'histoire ou de philosophie. Sauf à pratiquer la fameuse méthode de l'escalier qui consiste à jeter le paquet de copies dans une montée et à mettre 18 à la copie du haut et 2 à celle du bas, en échelonnant les notes des autres selon la place qu'elles ont sur les marches intermédiaires, je pense qu'en moyenne, on ne peut guère espérer corriger plus de trois copies à l'heure ; selon une observation personnelle fréquente, cette moyenne tend à baisser quand la pile des copies déjà corrigées monte. Le pire est atteint quand on commence à compter les copies qui restent à corriger !).

Si l'on prend donc une moyenne réaliste de 2,5 copies à l'heure, le gain espéré est de 12,5 euros de l'heure, ce qui est à peu près le tarif d'une femme de ménage. Faut-il ajouter que, quand il arrive, le paiement en cause n'intervient que des mois plus tard !