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jeudi 19 septembre 2013
"Educateurs prioritaires" : encore l'école et toujours les mêmes sottises!
Dire que je résiste quotidiennement à la tentation d'écrire à nouveau sur l'école, alors que j'y suis sans cesse poussé, ne serait-ce que la lecture de toutes les sottises qu'on peut proférer à son sujet! J'ai écrit, depuis sept ans, tant de billets sur le sujet que j'en ai même fait un petit livre dont je ne sais pas trop ce que je ferai vu le climat général qui fait de la question du mercredi l'alpha et l'omega de toute réflexion sur notre système scolaire.
Et voilà qu'aujourd'hui, alors que je triomphais jusqu'à présent des tentations qui m'assaillent chaque jour, j'ai, pour mon malheur, lu dans le Club de Mediapart un texte qui figure sous la rubrique « Educateurs prioritaires : ZEP » et qui est publié sous la signature de Monsieur Émile Lanoë que je ne connais pas davantage et à qui je ne veux assurément aucun mal ; j'ai entendu ou lu dix fois déjà les étranges propos qu'il y tient et qui ne sont pas plus exacts que tout ce qu'on a coutume de proférer à la matière. Il est tout de même étonnant que des gens qui se piquent d'exposer leur point de vue sur l'école et ses problèmes témoignent souvent de pareilles ignorances ou d'idées si fausses sur son fonctionnement.
J'aborderai donc la critique de ce billet qui concerne l'éducation dans les zones d'éducation prioritaire (ZEP) par quelques citations du texte en cause.
L'auteur part de deux constats qui sont tout à fait incontestables et sur lequel il s'interroge d'une façon que je juge d'emblée étonnante, pour qui connaît, tant soit peu, le fonctionnement de notre éducation nationale. Il écrit ainsi et je cite avec quelques coupures ou remarques que je signale selon l'usage :
"La banlieue parisienne accueille aujourd'hui beaucoup des jeunes enseignants qui débutent [...]. Près de 50 % des nouveaux titulaires commence leur carrière en banlieue parisienne". Sans doute, comme pendant la guerre d'Algérie, on affectait là-bas les nouveaux recrutés car on y manquait d'enseignants et nul ne voulait y aller ! L'explication suit, même si M. Lanoë ne la voit pas ou, en tout cas, ne l'évoque pas.
Il poursuit tout aussi logiquement, avec pertinence : « Un professeur sur quatre quitte ainsi chaque année l'académie de Créteil et ses nombreux établissements difficiles, remplacé la plupart du temps [ il pourrait dire TOUJOURS ] par un professeur débutant, pas aidé par la suppression de la formation aux jeunes enseignants.[…; dans le 93 ou les quartiers Nord de Marseille, on, aurait dû y introduire, en revanche, en formation spécifique, le self defense ou le close combat !]. Ce ne sont pas des professeurs expérimentés qui sont nommés mais bien des professeurs stagiaires, chose impensables il y a peu [le soulignement de stupeur est de moi !] ».
Il est difficile, en si peu de lignes, d'accumuler autant d'erreurs et de naïvetés confondantes.
Je commencerai par la plus stupéfiante de toutes, que j'ai mise en gras. Chose inouïe : on nommerait dans cette région, où personne ne veut aller, des "professeurs stagiaires, chose impensable il y a peu". C'est pourtant, on la vue, une grande tradition de notre système éducatif !
Un mot d'explication sur ce que je croyais connu de tous. Tout d'abord, dans la plupart des catégories d'enseignants, une fois reçu au concours (je ne parle pas ici des vacataires ou assimilés, taillables et corvéables à merci), on est, la première année, "stagiaire" ; cela dit, cher Monsieur, il en a toujours été ainsi ; si vous avez, comme je le pense, passé un concours de recrutement, vous devez savoir que l'Education nationale vous nomme là où elle veut (la seule exception était autrefois celle des instituteurs que l'on ne nommait pas hors de l'académie). Vous n'avez aucun recours contre cette nomination, sauf celui de la démission. Seuls, quelques privilégiés, classés en tête de liste des concours, se voient demander aimablement, par l'inspecteur général qui préside le jury, où ils souhaiteraient être nommés. Pour tous les autres, la nomination tombe comme un couperet, toujours redouté.
C'est le seul moment dans la vie d'un enseignant où le ministère a tout pouvoir sur son affectation et bien entendu il en profite ! Ensuite, le professeur titulaire devient inamovible; vous pensez bien que l'enseignant, qui a fait quelques années de purgatoire (on doit, en principe, rester deux ans au moins dans son premier poste), n'a aucune envie ensuite de le retrouver au hasard d'une mutation. C'est donc, en fait, tout le problème du statut même des professeurs et plus généralement des fonctionnaires qui se pose ici. Vaste programme !
La suggestion finale ("Faire venir des professeurs expérimentés qui ont exercé pendant un bon moment dans un lycée tranquille"), si pleine de bon sens qu'elle soit, est donc totalement utopique. La seconde solution évoquée l'est tout autant : « Faire rester les jeunes professeurs dans les établissements prioritaires plutôt que de rêver [le caractère onirique de la chose est donc admis par l'auteur lui-même] faire venir des professeurs expérimentés nécessite donc la mise en place d'un large volant de mesures incitatives dont les effets doivent donner l'envie de venir et surtout de rester le plus longtemps possible. ».
L'évocation de ces deux mesures relève évidemment de la pure fantaisie car, sauf à changer le statut de la fonction publique, pour les professeurs du moins, il est totalement impossible d'affecter de force dans le 93 un enseignant des Alpes-Maritimes ou même de la Creuse d'ailleurs. Ils « ne seront pas faciles à convaincre" reconnaissez-vous avec honnêteté et j'admire ici votre sens de la litote!
Les solutions que vous envisagez sont aussi utopiques l'une que l'autre car les jeunes professeurs nommés dans ces zones n'ont qu'une envie, c'est de les fuir le plus tôt possible, quitte à démissionner de l'éducation nationale, s'ils n'y parviennent pas (je connais des cas de ce genre) et, à la limite, on les comprend de faire ce type de choix. Quant aux "professeurs expérimentés de province qu'on voudrait faire monter dans l'académie de Créteil", ce ne sont pas les maigres primes ou les bonifications d'échelon qu'on peut leur accorder s'ils acceptent cette mutation qui, comme on l'a d'ailleurs vu, sont susceptibles de les faire changer d'avis.
Vous oubliez aussi ou plutôt surtout un détail très important. Un professeur, qui a passé une dizaine d'années dans un poste provincial, est souvent lui-même marié (souvent en outre, avec un poste "double", à une autre enseignante qui exerce au même endroit), a désormais une famille, une logement parfois et il lui est rigoureusement impossible d'envisager une mutation, quelles que soient les promesses qu'on peut lui faire.
J'ai essayé d'être aussi mesuré que possible dans mes propos, mais je dois dire que la moutarde me monte au nez très fréquemment quand j'entends les sottises qu'on lit dans les journaux ou qu'on entend dans les médias sur des questions qui sont gravissimes. Elles témoignent d'ignorances scandaleuses des réalités et pire encore, elles détournent de ce qui serait la vraie solution à ces questions dans les ZEP surtout mais ailleurs aussi, c'est-à-dire de prendre en compte que, dans les "quartiers", comme on dit maintenant si improprement, il y a une population scolaire qui n'est plus du tout celle qu'elle était il y a quelques dizaines d'années encore et pour laquelle on a élaboré des programmes et fixé des objectifs qui sont évidemment totalement inadaptés au public qu'accueillent désormais, dans des proportions variables, nos établissements scolaires.
Un fabricant de chaussures, de conserves ou de quoi que ce soit, étudie son "marché", se préoccupe de connaître du mieux possible sa clientèle et s'efforce de concevoir et d'adapter à cette clientèle les produits qu'il souhaite y diffuser. L'éducation nationale n'en fait manifestement rien et ses syndicats, en général, ne s'intéressent en aucune façon à ce qui se passe dans les classes, exclusivement préoccupés qu'ils sont par les questions de postes et de moyens. Je n'ai même pas pris la peine de relever dans ce billet la tarte à la crème du nombre d'élèves par classe ("réduire le nombre d'élèves par classe"), bidet de bataille syndical par excellence, alors que toutes les études sur ce point montrent que, lorsque cette diminution n'est que faible (et comment pourrait-il être autre, quand, à effectifs scolaires égaux, primaire et secondaire confondus, nous dépensons déjà 30 milliards de plus par an que l'Allemagne ou l'Angleterre), une telle mesure n'a rigoureusement aucune incidence sur le fonctionnement pédagogique et les résultats.
"Voilà justement ce qui fait que votre fille est muette !".
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dimanche 26 mai 2013
Innovation pédagogique dites-vous ?
On lit dans le
site du gouvernement pour l'éducation le texte suivant qu'on invite en outre à
faire partager ce que je fais, sans plus tarder :
" George Pau-Langevin, ministre
déléguée chargée de la réussite éducative, et Vincent Peillon, ministre de
l’éducation nationale, ont installé, le 19 avril 2013 au Collège Aimé-Césaire [le choix est sans doute de Madame Pau-Langevin],
le Conseil national de l’innovation pour la réussite éducative (CNIRE), présidé
par Didier Lapeyronnie, sociologue.
À l’issue de la première journée de
travail, les membres du Conseil ont envisagé les trois thèmes de travail
suivants pour cette première année :
l'engagement : les innovations
pédagogiques et institutionnelles à l’intérieur de l’école
l'ouverture : famille et territoire
la compétence : formation initiale
et continue des enseignants "
Vaste programme,
même s'il y manque la construction des villes à la campagne !
Hier, samedi 25
mai 2013, j'écoutais, vers 19h30, l'émission hebdomadaire de France Culture
consacrée à l'éducation qui portait sur ce nouveau conseil et où était présent
son président. J'ai entendu, en début d'émission, poser pour la quinzième ou
vingtième fois la même question stupide qui révèle, de la part des journalistes
comme des intervenants, une ignorance très fâcheuse des réalités sur lesquelles
ils sont amenés à s'exprimer ou pire à faire des propositions et même parfois à
suggérer des décisions.
La question
sempiternelle sur laquelle on s'interroge inlassablement est la suivante (je
résume) : Pourquoi envoie-t-on dans les quartiers difficiles des professeurs inexpérimentés
au lieu de professeurs confirmés qui opèrent dans des zones où leur travail est
pourtant infiniment plus facile ?
On s'interroge à
l'infini sur cette étrangeté alors que la réponse est évidente et d'une
parfaite clarté.
On fait comme ça parce qu'on ne peut pas faire
autrement.
Si l'on a la
moindre connaissance du milieu et des pratiques de l'enseignement français, on sait que le
seul moment où l'on peut envoyer un enseignant occuper un poste, sans le
consulter et même contre son gré, est le moment de sa première nomination, parfois accompagnée d'une année de stagiarisation.
S'il ne rejoint pas ce poste, il est regardé comme démissionnaire !
En France il est
totalement impossible d'obliger un enseignant (sauf en cas de rarissimes
sanctions) à quitter son poste de Plougastel Daoulas, de Guéret ou de Manosque,
pour se voir nommé dans un établissement de la banlieue parisienne ou des
quartiers Nord de Marseille. En revanche, un jeune professeur; qui vient de
passer le CAPES ou l'agrégation ou, mieux encore, qui n'est pas titulaire (quelle
que soit la catégorie à laquelle il appartient) peut être nommé n'importe où, sans qu'il ait quoi que ce soit ce soit à dire
sur cette nomination, forcé qu'il est de l'accepter.
On comprend
évidemment, de ce fait, que c'est dans ce vivier de jeunes professeurs débutants,
inévitablement inexpérimentés (seraient-ils expérimentés que ça ne changerait
rien à la chose) que l'on puise les enseignants qu'on envoie dans ces quartiers
que fuient, dès qu'ils le peuvent, celles et ceux qui ont été précédemment
affectés, à condition toutefois qu'ils puissent obtenir la mutation à laquelle
ils peuvent aspirer après avoir passé deux ans dans leurs premiers postes.
Comment peut-on
prétendre réfléchir, en quoi que ce soit sur quoi que ce soit, sans connaître
des dispositions majeures, si anciennes et si évidentes.
Lors d'une
précédente émission, j'entendais aussi accumuler les sottises sur les différences
de catégories chez les enseignants. On y affirmait que les uns, professeurs
certifiés, devaient 18 heures de cours par semaine, alors que les agrégés n'en
devaient que 14 ; le service des agrégés n'est pas en effet de 14
heures mais de 15 (les 14 heures de cours sont attachées au service d'enseignement
dit de "première chaire" c'est-à-dire comportant un minimum d'heures
d'enseignement dans des classes d'examen) ; si les intervenants l'avaient su,
ils auraient pu ajouter que pour les classes préparatoires des lycées, les services
sont encore moindres et les heures supplémentaires mieux payées.
Le principe
est que les certifiés enseignent en premier cycle (donc dans les collèges)
alors que les agrégés devraient le faire dans les lycées donc pour des classes
de second cycle. Ce principe n'est d'ailleurs pas toujours respecté mais il est
assez logique que les charges d'enseignement soient considérées comme plus
lourdes dans le second cycle que dans le premier. Ajoutons qu'en principe,
l'agrégation est censée être un concours plus difficile que le CAPES et que, de
toute façon, rien n'empêche un professeur certifié de passer l'agrégation pour
accéder à cette catégorie.
J'entendais donc au
cours de cette émission qu'a été mis en place le Conseil
national de l’innovation pour la réussite éducative, présidée par un sociologue, Monsieur Didier Lapeyronnie qui
était présent lors de cette émission et qui a eu la candeur ou l'honnêteté de
dire qu'il n'avait jamais été spécialisé ni versé dans les problèmes de
l'école, ce que confirme tout à fait d'ailleurs l'examen de son
curriculum vitae.
Sauf erreur de
ma part, un conseil de ce type avait déjà été mis en place par Jack Lang en
2000 (personne n'en parle!) et il n'avait pas entraîné, me semble-t-il, un
changement notable dans la situation de notre système éducatif. Je crains fort que
ce nouveau bazar, qui ne comprend pas moins de 40 membres et est des plus
hétéroclites, ne soit qu'une usine à gaz de plus dans l'approche des problèmes
de notre école. Ils sont pourtant, selon moi, d'une aveuglante clarté et ils
tiennent, pour l'essentiel, aux considérables changements qualitatifs qui ont radicalement
transformé sa "clientèle", devenue hautement hétérogène, sans qu'on y
ait pris garde et sans qu'on ait touché, en quoi que ce soit, aux modalités, aux
contenus et même aux programmes de l'éducation qui leur est proposée.
samedi 2 mars 2013
L'école 2013 (N°15). Retour en arrière : "L'histégé" et l'identité nationale (mon blog du 9 décembre 2009).
La réforme de "l'histégé" (entendre "histoire et géographie") en terminale, envisagée par le ministre Luc Chatel, fait depuis deux ou trois jours le buzz et la une des médias.
Comme on pouvait
le prévoir, cette réforme a suscité une réaction et une pétition des
professeurs d’histoire, car ce sont eux surtout qui ont pris la tête du
mouvement, dans la mesure où ils fréquentent bien plus les médias audiovisuels
que leurs obscurs collègues géographes ; ils ont donc pensé, avec bon sens,
qu’ils seraient mieux et plus vite entendus. Les promoteurs de l’idée sont
Azéma, Kaspi, Stora ou Tulard, invités quasi permanents de nos chaînes, de
France-Culture aux niaiseries historisantes de Stéphane Bern.
J’ai cru
comprendre que « l’idée », si l’on
peut appeler ça une idée, est de réduire d’une heure, entre la première et la
terminale de la noble filière S, les enseignements d’histoire et de géographie, en
supprimant, du même coup, le caractère obligatoire de ces matières en terminale
; elles y seront en option avec un horaire réduit pour les élèves de terminale
qui le souhaiteront, mais on alourdira leur horaire en première avec une
épreuve de contrôle définitive en
fin d’année. Cela participe, comme toujours de façon sournoise, du rétablissement
subreptice de la première partie du bac qu’on a supprimée dans le passé et dont
j'ai parlé dans un blog précédent.
On reconnaît là
cette loi permanente de l’évolution de l’administration française qui finit
toujours par rétablir ce qu’elle a précédemment supprimé, comme elle supprime,
après un certain temps, ce dont elle avait proclamé, à grand son de trompe,
l’absolue nécessité de création. De tels cas sont, par exemple, ceux des IUFM
(pour l’éducation nationale) et de la DGCID (pour le ministère des affaires
étrangères). Comme disait ma bonne et sage grand’mère "Faire et défaire
c’est toujours travailler".
Tout cela appelle
trois remarques, outre celle que je viens de formuler et qui concerne le
fonctionnement général de nos administrations.
La première tient
au mouvement clairement corporatiste de nos plus éminents enseignants. Tout le
monde se plaint, tout le temps, que les programmes scolaires sont trop chargés,
mais, dès qu’on touche, si peu que ce soit, au programme d’une discipline
quelconque, en l’allégeant ou en le modifiant à peine, on voit aussitôt se
dresser toute la corporation concernée, qu’il s’agisse du latin, de l’histoire
ou de la gymnastique !
Deuxième
observation : Ce genre de réaction n'est que l’application spécifique d’une loi
plus générale, inscrite au tréfonds de notre identité nationale actuellement en
débat : « Toutes les réformes sont toujours souhaitées par tout citoyen
français, sauf celles qui le concernent et le touchent plus ou moins,
directement et personnellement, en quoi que ce soit ». La réforme en somme,
c’est, toujours et en tout,... pour les autres !
Je ne vais pas
faire ici l’histoire de cet étrange « concept » d'"histégé", mais si la Rue de Grenelle
avait eu la bonne idée de me consulter, j’aurais, stratégiquement, conseillé de
séparer les cas des deux disciplines, à la fois pour diviser l’opposition
corporatiste (vieille tactique toujours efficace) et pour régler une question
pédagogique bien réelle, tant des deux disciplines sont différentes.
La prochaine fois
que vous envisagez une réforme, appelez-moi Monsieur le Ministre, au lieu de
payer des imbéciles de conseillers à 10.000 ou 15.000 euros par mois ; mes tarifs
de consultation sont bien plus raisonnables et surtout mes conseils sont
infiniment meilleurs !
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lundi 25 février 2013
Ecole 2013 ( N°10). Suite du précédent. Philippe Meirieu : du pédagogisme à l’écologie ! (Blog du 13 février 2010).
Soyons justes. On ne peut reprocher à Philippe Meirieu de ne pas savoir gérer, surtout s’il s’agit de sa carrière, de son business éditorial et audio-visuel personnel et, tout récemment, de sa carrière politique. Pour l’école, c’est une toute autre affaire, même s’il nous joue maintenant le gars qui est monté un jour, par hasard, au 110 de la rue de Grenelle parce qu’il y avait vu de la lumière.
C’est la gauche avec Lionel Jospin comme ministre de l’Education nationale (et Claude Allègre comme conseiller spécial et ministre de fait), puis Allègre lui-même comme ministre qui ont fait de Philippe Meirieu, des années durant, le gourou de l’école de France :
- artisan de la création des IUFM (ce qui montre son aveuglement réformateur, puisqu’on les a supprimés sans susciter de regret vingt ans après, mais sa bonne vision de son avenir, puisqu’il s’est récupéré lui-même à la direction de celui de Lyon, avant de gagner, grâce à l’intégration universitaire des IUFM, son ticket d’entrée à Lyon 2.
- père spirituel du « collège unique » désormais jugé désastreux,
- apôtre de la pédagogie par « objectifs », simple démarcage de théories nord-américaines, comme le sont, plus généralement, les prétendues sciences de l’éducation.
Président du
Comité d’organisation de la réforme des lycées, directeur de l’INRDP
(1998-2000), puis directeur de l’IUFM de Lyon (2001- mars 2006), il a une
activité plus importante encore dans la promotion de ses ouvrages (tournées VRP
de conférences organisées par ses éditeurs ! Directeur de collection chez ESF,
etc.) et/ou des produits dérivés. Pour couronner le tout, reconversion dans
l’écologie et le développement durable, avec comme cheval de bataille, on vient
de le voir, la sauvegarde des moulins à café de nos grands-mères, économes en
énergie et occasion d'un salutaire exercice physique quotidien!
Son site
comportait une rubrique inattendue « Films et documents audio-visuels »,
devenue dans une version plus récente « Films et documents vidéo »; on y
trouvait l’évocation de ses activités sur la chaîne Cap-Canal (chaîne locale
sur Lyon et Grenoble que la mairie socialiste de Lyon l’a chargé de développer
au terme de son mandat à l’IUFM local. On ne saurait laisser en jachère
pareilles capacités, mais le PS n’a pas donné à ces ouvertures modestes une
suite suffisante pour retenir dans ses rangs un tel talent. Tant pis pour lui
et tant mieux pour EEV!
Comment ne pas
reconnaître en lui, deux décennies durant, une sorte de télé-évangéliste de
l’école, un Billy Graham de la pédagogie ? Dans une logique mercantile, dont
les dominantes de son discours pourraient faire croire qu’il la réprouve (mais
le portefeuille a ses raisons que la raison ne connaît pas !), Philippe Meirieu
a longtemps monnayé, de toutes les façons, la position qu’il s’était faite
(et/ou qu’on lui a faite) dans l’éducation nationale française.
C’est son droit,
même si l'on peut discuter ce point, comme pour d'autres (suivez mon regard!)
au plan déontologique et même juridique ; en tout cas, il est loin d’être le
seul à le faire, même s’il est sans aucun doute l’un de ceux qui en ont tiré le
plus de profits. On sent d’ailleurs à la remarque liminaire de son « bloc-notes
» du 29 août 2006 (« Les livres sur l’école sont, comme chaque année, nombreux
à paraître à la rentrée. ») qu’il trouve fâcheux de ne pas avoir, en outre,
l’exclusivité de ce genre de productions, lui qui, chaque année, le mois de
septembre revenu, tel un pommier pédagogique, produit un ouvrage, avec parfois
même, avant ou après, quelques fruits de « contre-saison ».
Ce qui m’agace (on aura déjà peut-être perçu dans mes propos un léger agacement) chez Philippe Meirieu, c’est de voir que cet homme, qui a fait sa carrière et à n’en pas douter sa fortune (du moins pour un ancien instituteur, même adorné d’une thèse d’Etat en sciences de l’éducation) dans les sphères les plus hautes du pouvoir éducatif, non seulement n’assume aucune responsabilité dans les multiples erreurs qu’il a commises ou incité à commettre, mais évoque désormais les problèmes de l’école comme s’il n’avait jamais été pour quoi que ce soit dans toutes ces affaires. Sa très récente conversion à l’écologie rhônalpine va lui permettre de faire table-rase de ce fâcheux passé pédagogique que symbolise assurément le douloureux sacrifice de sa moustache !
Ce qui m’agace (on aura déjà peut-être perçu dans mes propos un léger agacement) chez Philippe Meirieu, c’est de voir que cet homme, qui a fait sa carrière et à n’en pas douter sa fortune (du moins pour un ancien instituteur, même adorné d’une thèse d’Etat en sciences de l’éducation) dans les sphères les plus hautes du pouvoir éducatif, non seulement n’assume aucune responsabilité dans les multiples erreurs qu’il a commises ou incité à commettre, mais évoque désormais les problèmes de l’école comme s’il n’avait jamais été pour quoi que ce soit dans toutes ces affaires. Sa très récente conversion à l’écologie rhônalpine va lui permettre de faire table-rase de ce fâcheux passé pédagogique que symbolise assurément le douloureux sacrifice de sa moustache !
Le comble est atteint quand on le voit affirmer, déjà en 2006, dans le même « bloc-notes », qu’il n’est pour rien dans « les absurdités des programmes » (après tout, il n’a été que trois ans, de 1990 à 1993, membre du Comité national des programmes), qu’il ne se sent « nullement impliqué dans la jargonisation du vocabulaire scolaire français » (Ben voyons, ! Peu sportif, il ne s’est jamais intéressé aux « référentiels bondissants" !) et enfin, cerise sur le gâteau, quand il dénonce les « apparatchiks du ministère » ! On croit rêver et l’on est tenté de se pincer. Qu’a-t-il été d’autre, une décennie durant, que le gourou et le chef de file de ces « apparatchiks » !
J'ai déjà posé les
questions qui viennent à l'esprit : Alzheimer précoce? Mauvaise foi totale ?
Docteur Philip and Mister Meirieu ?
Peut-être au fond Philippe
Meirieu nous prend-il, tout simplement, pour des imbéciles ?
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samedi 23 février 2013
L'école 2013 (N°8) . Retour en arrière. Illettrisme et calcul mental (Blog du 27 novembre 2007)
Il est de bon ton de se lamenter sur les
ravages de l’illettrisme. Comme je l’ai souvent écrit et démontré, ce n’est pas
perdu pour tout le monde et les marchands du temple scolaire y font leur
beurre. Ceux-là mêmes qui sont les responsables de cet état de fait ont
désormais leur fonds de commerce dans la lutte contre ce fléau.
Il est vrai que la plupart de nos élèves, de fin de CM2, seraient bien incapables de subir avec succès l’épreuve de la dictée qui, autrefois, était l’une des difficultés majeures de l’examen d’entrée en sixième. Pour dire le fond de ma pensée (mais que cela reste strictement entre nous), je pense que bon nombre d'étudiants en seraient tout aussi incapables ! Cette situation n’a pas que des inconvénients, puisque on peut désormais ouvrir des officines de coaching orthographique pour les cadres supérieurs.
Plus grave peut-être encore est le fait que la plupart des Français ne savent plus compter et que le calcul mental est totalement sorti de l’usage courant, chassé définitivement par les calculettes et maintenant par les téléphones portables..
Autrefois, le moindre achat supposait, au moins, une petite opération de calcul mental, pour soustraire le prix de l’achat du montant du billet ou de la pièce donnés pour en régler le montant et, par là, vérifier le rendu de monnaie. Désormais, le ticket de caisse s’en charge et nul n’a plus à faire la moindre opération.
Ne parlons pas des fractions et des règles de trois qui figuraient comme les obstacles majeurs du steeple chase de l’arithmétique à l’école primaire. Tout cela est, désormais, du chinois pour la plupart de nos compatriotes [La France a pu constater, à la télévision, qu'un ministre français de l'éducation nationale en exercice ne savait pas faire une règle de trois (et non de Troie!)] .
La belle affaire, entends-je, déjà grommeler quelques lecteurs teigneux, qui regrettent de ne pas me voir manier le fouet de la satire ! Bon allez, allez, une petite méchanceté en passant puisque vous me le demandez si gentiment. Vous voyez qui est Santini, secrétaire d’Etat à la fonction publique et boule de billard récemment blanchie ? Je l’ai entendu, hier, se présenter comme « maître de conférences » (en contrepèteries peut-être, en dépit de son doctorat en droit). Il aurait déclaré qu’un professeur agrégé commençait sa carrière à 4000 euros pour la finir à 5000 ! Avec un tel ministre, les fonctionnaires ne sont pas fauchés et ils ont toutes les raisons de descendre dans la rue!
Mais revenons au calcul mental et, plus largement, à l’arithmétique. Ce point est bien plus important au plan politique que l’illettrisme. Ce dernier pourrait même être considéré comme un bienfait pour notre gouvernement, dont la propagande est essentiellement audiovisuelle, alors que l’opposition use plus volontiers, par la force des choses, de l’écrit ( journaux, banderoles, tracts, etc.).
La nullité des Français en calcul permet de leur faire avaler, par exemple, qu’une augmentation de quelques $ du prix de baril de pétrole à New-York va inévitablement faire bondir de plusieurs centimes le prix du litre d’essence. Je vous le fais façon problème d'arithmétique de l'examen d’entrée en sixième d’avant 1958.
Sachant que le baril de pétrole a une capacité de 130 litres (j’arrondis par gentillesse) ; sachant que le dit baril a augmenté de 5 $, passant ainsi, par exemple, de 95 à 100 $ ; sachant enfin que le prix du pétrole brut représente 20% dans le prix de l’essence à la pompe, quelle devrait être l’incidence logique sur ce dernier prix de cette augmentation de la matière première, en ne faisant pas entrer en ligne de compte la TVA et la TIPP, dont les effets devraient en principe être inverses tout en annulant la hausse, ce qui permet de les négliger dans ce petit problème. Vous avez une heure ; après, je ramasse les cahiers.
Comme je suis gentil, je vous donne la réponse. A la louche (ou plutôt à la cuiller à café), 1,5 centime, autant dire rien !
Comme les gens ne savent plus compter, ils avalent sans broncher des augmentations de prix cinq ou six fois supérieures, qui sont bien entendu, sans commune mesure mais surtout sans le moindre rapport, avec les hausses réelles du prix du brut. Ne vous étonnez donc plus que les compagnies pétrolières ne sachent plus que faire de leurs milliards de bénéfices !
Si vous n’êtes pas sages, je vous pose le même problème pour les pâtes et les yaourts pour lesquels on nous mijote déjà les mêmes stratégies, avec l’augmentation du prix du blé et du lait.
Il est vrai que la plupart de nos élèves, de fin de CM2, seraient bien incapables de subir avec succès l’épreuve de la dictée qui, autrefois, était l’une des difficultés majeures de l’examen d’entrée en sixième. Pour dire le fond de ma pensée (mais que cela reste strictement entre nous), je pense que bon nombre d'étudiants en seraient tout aussi incapables ! Cette situation n’a pas que des inconvénients, puisque on peut désormais ouvrir des officines de coaching orthographique pour les cadres supérieurs.
Plus grave peut-être encore est le fait que la plupart des Français ne savent plus compter et que le calcul mental est totalement sorti de l’usage courant, chassé définitivement par les calculettes et maintenant par les téléphones portables..
Autrefois, le moindre achat supposait, au moins, une petite opération de calcul mental, pour soustraire le prix de l’achat du montant du billet ou de la pièce donnés pour en régler le montant et, par là, vérifier le rendu de monnaie. Désormais, le ticket de caisse s’en charge et nul n’a plus à faire la moindre opération.
Ne parlons pas des fractions et des règles de trois qui figuraient comme les obstacles majeurs du steeple chase de l’arithmétique à l’école primaire. Tout cela est, désormais, du chinois pour la plupart de nos compatriotes [La France a pu constater, à la télévision, qu'un ministre français de l'éducation nationale en exercice ne savait pas faire une règle de trois (et non de Troie!)] .
La belle affaire, entends-je, déjà grommeler quelques lecteurs teigneux, qui regrettent de ne pas me voir manier le fouet de la satire ! Bon allez, allez, une petite méchanceté en passant puisque vous me le demandez si gentiment. Vous voyez qui est Santini, secrétaire d’Etat à la fonction publique et boule de billard récemment blanchie ? Je l’ai entendu, hier, se présenter comme « maître de conférences » (en contrepèteries peut-être, en dépit de son doctorat en droit). Il aurait déclaré qu’un professeur agrégé commençait sa carrière à 4000 euros pour la finir à 5000 ! Avec un tel ministre, les fonctionnaires ne sont pas fauchés et ils ont toutes les raisons de descendre dans la rue!
Mais revenons au calcul mental et, plus largement, à l’arithmétique. Ce point est bien plus important au plan politique que l’illettrisme. Ce dernier pourrait même être considéré comme un bienfait pour notre gouvernement, dont la propagande est essentiellement audiovisuelle, alors que l’opposition use plus volontiers, par la force des choses, de l’écrit ( journaux, banderoles, tracts, etc.).
La nullité des Français en calcul permet de leur faire avaler, par exemple, qu’une augmentation de quelques $ du prix de baril de pétrole à New-York va inévitablement faire bondir de plusieurs centimes le prix du litre d’essence. Je vous le fais façon problème d'arithmétique de l'examen d’entrée en sixième d’avant 1958.
Sachant que le baril de pétrole a une capacité de 130 litres (j’arrondis par gentillesse) ; sachant que le dit baril a augmenté de 5 $, passant ainsi, par exemple, de 95 à 100 $ ; sachant enfin que le prix du pétrole brut représente 20% dans le prix de l’essence à la pompe, quelle devrait être l’incidence logique sur ce dernier prix de cette augmentation de la matière première, en ne faisant pas entrer en ligne de compte la TVA et la TIPP, dont les effets devraient en principe être inverses tout en annulant la hausse, ce qui permet de les négliger dans ce petit problème. Vous avez une heure ; après, je ramasse les cahiers.
Comme je suis gentil, je vous donne la réponse. A la louche (ou plutôt à la cuiller à café), 1,5 centime, autant dire rien !
Comme les gens ne savent plus compter, ils avalent sans broncher des augmentations de prix cinq ou six fois supérieures, qui sont bien entendu, sans commune mesure mais surtout sans le moindre rapport, avec les hausses réelles du prix du brut. Ne vous étonnez donc plus que les compagnies pétrolières ne sachent plus que faire de leurs milliards de bénéfices !
Si vous n’êtes pas sages, je vous pose le même problème pour les pâtes et les yaourts pour lesquels on nous mijote déjà les mêmes stratégies, avec l’augmentation du prix du blé et du lait.
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mardi 19 février 2013
Ecole 2013 : François Hollande en Grèce
Vu et la nature du
propos et son urgence, on me pardonnera moins d'interrompre ma série sur
l'école et l'éducation, mais d'y inclure, subrepticement et avec un peu de
mauvaise foi j'en conviens, un sujet mais qui au fond peut tout à fait s'y
inscrire car la diplomatie prend ici les couleurs de l'éducation (internationale pour le coup)..
Je crains de
vous avoir déjà servi une formule qui illustre aussi admirablement les sciences
de l'éducation et, désormais, la nouvelle diplomatie française : « Ce qu'on
sait faire, on le fait ; ce qu'on ne sait pas faire, on l'enseigne ! ».
"Omnibus rebus relictis" (Toutes affaires
cessantes) comme disait Jules César, suite à une information du matin, je
délaisse, en apparence plus qu'en réalité, l'école pour les ambassades.
J'ai appris ce
matin, en effet, que notre Président de la République était en Grèce, en voyage
très officiel, pour transmettre aux pauvres Hellènes notre science et notre art,
consommés et réputés, de concevoir et de mettre en œuvre une administration
efficace.
Être encore,
paresseusement, dans mon lit au lieu d'être devant mon ordinateur sur ma chaise
m'a évité de tomber de cette dernière à pareille nouvelle ! MDR comme on dit
désormais. Je ne sais pas si, dans une telle situation, notre Président se
laissera tenter par quelque plaisanterie sur le sujet, comme il l'a fait récemment
à propos de la future élection papale, en disant que nous ne présenterions pas
de candidat.
Les hasards de
l'information ont fait que, dans l'instant suivant, le piquant de la situation
a été illustré par l'annonce que Monsieur Pfimlin, directeur de France Télévision,
avait été fermement invité à réduire ses dépenses dans la mesure où sa société
était, une fois de plus, en déficit, détail sans doute relevé par la Cour des
Comptes qui vient de rendre un rapport qui, comme toujours, est le succès médiatico-comique
de l'année.
Cette vénérable
institution, qui comporte plus de 400 agents (dont 210 magistrats), ne "sanctionne"
rien, car elle ne juge que les "comptes" et non les "comptables"
(dont l'activité relève de la Cour de discipline budgétaire) ; elle rend un
rapport général annuel qui n'a donc en fait d'autre effet que de fournir une matière,
généralement amusante, souvent paradoxale, à notre presse nationale qui est en
si mauvais état qu'il faut la subventionner à coups de milliards lorsqu'elle
est écrite ou la financer intégralement lorsqu'elle est audiovisuelle !
Le dernier PDG
de France Télévision, Monsieur Patrick de Carolis avait reçu déjà en son temps,
il y des années, la même instruction ; bien loin de la mettre en œuvre, il
avait au contraire, comme tout un chacun et partout, augmenté un personnel déjç
hyper-pléthorique, qu'il avait pour mission de réduire! Rappelons au passage
peut-être, à l'intention spéciale des médias audiovisuels grecs qui sont
invités à suivre notre modèle, que France Télévision, qui comporte plusieurs
dizaines de sociétés (de 40 à 50 mais leur nombre total est inconnu); emploie "environ"
11 000 personnes, l'incertitude du nombre, tenant comme celle du nombre des
sociétés, à l'éclatante et exemplaire rigueur de notre administration.
Monsieur Pfimlin
est invité, en particulier, à réduire le nombre des personnes qui "travaillent"
(Dieu seul sait à quoi !) dans les différents journaux télévisés. Naguère le JT
de France3 à 23 heures, peu regardé, "mettait en œuvre" plusieurs
centaines de personnes ; je n'ose avancer le chiffre, faute de m'en souvenir de
façon précise, mais il était évidemment totalement abracadabrantesque.
Je m'interroge
toujours d'ailleurs, surtout depuis qu'il y a des chaînes d'information
continue où n'officient, en général, que deux journalistes (un homme et une
femme pour la parité), sur l'utilité, dans les journaux télévisés de France Télévision,
de faire appel, pour chaque JT, à une douzaine voire plus de prétendus
journalistes spécialisés (Tu parles!) pour des interventions de quelques
secondes, consistant dans la lecture ou la paraphrase des dépêches d'agences,
ce qui est également la tâche eseentielle de l'animatrice ou de l'animateur
principal.
Au fond, cette
visite du Président pourrait être fort utile car notre administration illustre
parfaitement .... tout ce qu'il ne faut pas faire!
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lundi 18 février 2013
L'école 2013. (N°4) Retour en arrière. Septembre 2007
Désormais, comme on le sait, dans tous les domaines, tout est dans le marketing, peu importe le fonds et les modes de production. Un bel exemple nous en est, actuellement, donné avec un livre L’orthographe, à qui la faute ? (ESF). Sa rédaction n’a pas nécessité moins que le concours de deux maîtres de conférences, Danièle Manesse (issue de Paris V je crois, désormais promue professeur à Paris 3 ) et Danièle Cogis (IUFM de Paris), de deux professeurs des écoles, la piétaille de l’entreprise à peine mentionnée dans certains des avis de publication, et d’un universitaire en retraite André Chervel, chercheur associé au Service d’histoire de l’éducation, auteur d’une préface (D. Manesse, elle, dit « postface » ; je ne suis pas allé voir et où est l’importance ?) et qui avait mené une enquête identique, en 1987, avec Danièle Manesse d’ailleurs.
Indépendamment même de son contenu et de son intérêt, assez minces d’ailleurs, une telle publication me paraît poser trois ordres de problèmes que j’aborderai successivement.
Le premier est celui de la détermination, exclusive désormais, de toutes les politiques éditoriales, en ce qui concerne les savoirs comme le divertissement, par les exigences du marché. Un livre est publié désormais non pour l’intérêt qu’il présente, mais exclusivement pour les profits qu’il semble susceptible d’engendrer dans une conjoncture choisie. On aura noté que je dis ici « savoirs» et non « sciences humaines et sociales », car, en la matière et tout particulièrement en sciences du langage, secteur dont relève l’ouvrage en cause, il n’y a plus en France un seul éditeur spécialisé digne de ce nom.
Ne nous y trompons pas, les Editions sociales, qui publient l’ouvrage de Manesse and co., ne sont plus celles que dirigea autrefois, durant plus de dix ans, Lucien Sève et elles donnent aujourd’hui, entre autres domaines, dans le développement personnel et le « coaching ». Elles n’ont de toute façon rien à voir ni avec Routledge ou Cambridge University Press (E-U et UK), ni même avec J. Benjamins (Hollande). L’édition scientifique française est désormais naine ou morte.
De toute façon, chacun sait que dans l’édition tout est désormais commandé par les commémorations (200 ou 250 livres sur Mozart pour l’année Mozart ; pour les commémorations de l’abolition de la traite ou de l’esclavage (on ne fait pas trop la différence entre les deux !)-plusieurs ouvrages, deux au moins « écrits » par des ignorantes ! La réputation des auteurs , fût-elle acquise dans un tout autre champ, est l'essentiel. Un livre de Zidane sur l’éducation ou l’astrologie ferait sans doute un malheur. Passons…
L’éducation a été au centre des débats, dans l’éphémère de la campagne électorale, par le biais inattendu de la lutte contre la violence grâce à la grammaire ; publions d’importe quoi, mais publions ; on trouvera toujours un créneau à la télé pour la promotion de l’ouvrage.
Le deuxième ordre de problèmes tient à l’ouvrage lui-même et à son probable contenu. Dois-je répéter que je ne l’ai pas lu et que je n’ai aucune intention de le lire et moins encore de l’acheter? J’investirai bien plus volontiers les vingt euros qu’il doit coûter dans une pression et une moules-frites, agrémentées de la lecture du « Canard enchaîné ». Je puis d’autant me passer de cette lecture et en parler de façon relativement autorisée qu’il n’échappe à personne que l’orthographe est de plus en plus mal connue des jeunes et des élèves en particulier. Notre blog en apporte chaque jour de multiples preuves. A quand une thèse sur l’orthographe des blogs du NO ?
Je ne sais pas si vous avez noté, comme moi, qu’une partie non négligeable de la production scientifique en sciences humaines et sociales consiste essentiellement à formaliser des évidences et à présenter en statistiques, tableaux, camemberts, diagrammes, histogrammes, etc. les truismes les plus éculés. Autrefois, il y avait un certain mérite à procéder à de telles mises en forme, aussi longues que fastidieuses. Aujourd’hui, les ordinateurs font tout le travail en un clin d’œil, mais le bon peuple, qui l’ignore, demeure admiratif.
Est-il vraiment indispensable, sauf pour se faire un titre dans un dossier d' habilitation à diriger des recherches, de proposer, en dictée, un texte de Fénelon de 83 mots (celui de l’enquête précédente de 1987) à un échantillon représentatif de 2 767 élèves de 123 classes, du CM2 à la troisième, pour constater la baisse du niveau des élèves en orthographe? L’avantage est qu’en 2026 ou même avant, on pourra renouveler cette prodigieuse expérience scientifique. Le marronnier orthographique est inusable et inépuisable.
Sans vouloir médire, il aurait sans doute été plus intéressant de faire faire une dictée, peut-être un peu plus difficile, à un certain nombre d’élèves-professeurs des IUFM, dont la fonction sera précisément d’enseigner l’orthographe à leurs élèves. On aurait pu avoir quelques surprises, à en juger par les annotations que je lis, de temps à autres, sur des cahiers d’écoliers.
La conclusion majeure de l’ouvrage, si j’en juge par les divers comptes rendus que j’ai lus (ils me paraissent tous mettre en évidence le prévisible peu d’intérêt de ce livre) est que les élèves de cinquième de 2005 font autant de fautes d’orthographe que les élèves de CM2 de 1987. Ceux-ci, eux-mêmes, en faisaient beaucoup plus que ceux qui étaient entrés en sixième avant 1956, car ils n’auraient jamais pu faire la dictée de l’examen d’entrée en sixième, supprimé en 1956.
Il faudrait lire ce livre (ce que je ne ferai pas, je le répète) pour être sûr que les auteurs, d’après les commentaires que j’ai pu lire, ne semblent pas soupçonner que la désaffection de l’immense majorité des élèves à l’égard de la lecture ait pu jouer un rôle dans l’évolution qu’elles étudient. Ce serait un comble, mais rien ne m’étonne vu la suite !
Le troisième problème est à mes yeux le plus grave et le plus important. On a vu que Danièle Cogis est maître de conférences à l’IUFM de Paris ; Danièle Manesse est issue de Paris V si je me souviens bien (où enseigne, notons-le au passage, Alain Bentolila quand il n’est pas dans son bureau de chez Nathan). Le point essentiel pour moi est que s’il faut en croire Luc Cedelle, dans Le Monde (08/02/07) , elle est « une proche de Philippe Meirieu, considéré dans le débat sur l'éducation comme le chef de file des pédagogues ». Nous y voilà !
J’ai naguère consacré à ce personnage une partie d’un blog intitulé « La carte scolaire : fromage ou dessert ? » ; comme le sujet revient sur le tapis électoral, il va falloir que je repasse le plat. Je me borne ici à ce qui concerne directement le présent propos. Revenons sur la scène du crime, comme on dit à la télé. ; IUFM, D. Cogis, D. Manesse, A. Chervel, INRDP (Institut National de Recherche Pédagogique)... Ph. Meirieu.
Eurêka. Tout se met soudain en place. Bon sang, mais c’est bien sûr !
Lionel Jospin comme ministre de l’Education nationale (avec Claude Allègre comme conseiller spécial et ministre de fait), puis Claude Allègre lui-même comme ministre ont fait de Philippe Meirieu, entre 1989 et 2000, le gourou de l’école de France : artisan de la création des IUFM (ce qui montre sa vision de l’avenir, puisqu’il a dirigé dans la suite celui de Lyon où il s'est "récupéré" au terme de sa période de gloire parisienne), père spirituel du « collège unique » quoiqu'apôtre de la pédagogie par « différenciée »,président du Comité d’organisation de la réforme des lycées, puis directeur de l’INRDP (1998-2000), et enfin Directeur de l’IUFM de Lyon (2000-2006), il a admirablement géré sa carrière et déployé une activité constante dans la promotion de ses ouvrages (Tournées VRP de conférences organisées par ses éditeurs, etc.) ou des produits dérivés. Son site comporte même une rubrique inattendue « Films et documents audio-visuels »; on y trouve l’évocation de ses activités sur la chaîne Cap-Canal (chaîne locale sur Lyon et Grenoble que la mairie socialiste de Lyon l’a chargé de développer au terme de son mandat à l’IUFM) et les références de ses séries de films comme la publicité pour ses diaporamas. On ne peut s’empêcher de voir en lui une sorte de télé-évangéliste de l’école, un Billy Graham de la pédagogie.
Dans une logique financière dont les dominantes de son discours pourraient faire croire qu’il la réprouve (mais le portefeuille a ses raisons que la raison ne connaît pas !), Philippe Meirieu a monnayé, de toutes sortes de façons, la position qu’il s’est faite (et/ou qu’on lui a faite) dix années durant dans l’éducation nationale française. C’est son droit et il est loin d’être le seul à le faire, même s’il est sans aucun doute l’un de ceux qui en tirent le plus de profits. On sent d’ailleurs à la remarque liminaire de son« bloc-notes » du 29 août 2006 (« Les livres sur l’école sont, comme chaque année, nombreux à paraître à la rentrée. ») qu’il trouve fâcheux de ne pas avoir l’exclusivité de ce genre de production, lui qui, le mois de septembre revenu, comme un pommier pédagogique, produit un ouvrage, avec parfois même quelques fruits de « contre-saison ».
Ce qui m’agace (on aura déjà perçu dans mon propos un léger agacement) chez Philippe Meirieu, c’est de voir qu’un homme, qui a fait sa carrière et à n’en pas douter sa fortune dans les sphères les plus hautes du pouvoir éducatif, non seulement n’assume aucune responsabilité dans les erreurs qu’il a commises ou incité à commettre, mais évoque les problèmes de l’école comme s’il n’avait jamais été pour rien dans toutes ces affaires.
Le comble est atteint quand on le voit affirmer dans le même « bloc-notes »,qu’il n’est pour rien dans « les absurdités des programmes » et qu’il ne se sent « nullement impliqué dans la jargonisation du vocabulaire scolaire français » et enfin, cerise sur le gâteau, quand il dénonce les « apparatchiks du ministère ». On est tenté de se pincer. Qu’a-t-il été d’autre, dix années durant que le gourou et le chef de ces « apparatchiks ». Alzheimer précoce ou Docteur Philippe et Mister Meirieu ?
« Ort(h)ographe, à qui la faute ? » L’astuce est un peu faiblarde (dans le titre du livre, le h est amovible), mais la réponse est claire. Pour une bonne part, la faute incombe au type d' enseignants et de formateurs qu’incarnent les« auteures » (on peut leur faire ce petit plaisir féministe), aux IUFM, puisque c’est l’invention de Meirieu et que c’est là qu’on a formé les maîtres, aux horaires et aux programmes, mais ces gens-là ou leurs séides ont eu,
des années durant, la haute main sur tous ces domaines qui portent encore leur marque..
Au fait, devinez qui dirige chez ESF, éditeur du livre en cause, la collection« Pédagogie » ? Je vois que vous avez déjà deviné, ce n’était pas difficile : Philippe Meirieu bien sûr.
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vendredi 15 février 2013
L'école 2013 (N° 2) Retour en arrière. Mon blog du 13 mars 2007. Les IUFM et les sciences d'éduc.
France Inter. 13 mars 2007. Emission du matin sur les
enseignants. Collège Georges Duhamel dans le 15e. Je ne connais pas la
géographie scolaire parisienne, mais je doute que Monsieur Balladur, député de
cet arrondissement, ait choisi comme terrain de jeux politiques un quartier
"difficile" ou même un "quartier" comme on dit désormais.
J’ai d’ailleurs entendu, au début, vers 7 heures 45, en
prenant en marche l’émission de Nicolas Demorand, que les élèves, qui arrivent
en classe, restent debout ou, s’ils sont déjà assis, se lèvent à l’arrivée du
professeur. Deux hypothèses se sont alors, en un instant, télescopées dans ma
tête. Ou bien tous mes amis enseignants, qui me racontent leur quotidien, me
mentent et tous leurs élèves sont, en réalité, disciplinés, polis, etc., ou
bien le Collège Georges Duhamel dans le 15e parisien, sous la double, auguste
et bénéfique influence de Georges (Duhamel) et d’Edouard (Balladur), est, miraculeusement,
comme la tente d’Holopherne chez Giraudoux, le seul lieu du monde exempté du
péché originel et ses élèves, sont les seuls en France, à continuer à s’y
comporter comme autrefois. Je ne me risquerai pas à trancher !
Revenons au sujet. N. Demorand recevait, en ce matin du
13 mars 2007, un certain Jacques Durand, président de la conférence des
directeurs d’IUFM.
Pour ceux qui l’auraient oublié, les Instituts de Formation des Maîtres (IUFM) ont été créés, en 1989, par Lionel Jospin, alors ministre de l’éducation nationale, mais, en fait, surtout par celui qui était alors son conseiller spécial, pour quelque tems encore, son ami de trente ans, Claude Allègre. L’idée était de parer les anciennes écoles normales des modernes oripeaux des sciences de l’éducation, tout en y agrégeant quelques universitaires, à qui les IUFM offraient, par raccroc, des postes de maîtres de conférences ou de professeurs, dont les universités elles-mêmes ne les jugeaient le plus souvent pas dignes.
Pour ceux qui l’auraient oublié, les Instituts de Formation des Maîtres (IUFM) ont été créés, en 1989, par Lionel Jospin, alors ministre de l’éducation nationale, mais, en fait, surtout par celui qui était alors son conseiller spécial, pour quelque tems encore, son ami de trente ans, Claude Allègre. L’idée était de parer les anciennes écoles normales des modernes oripeaux des sciences de l’éducation, tout en y agrégeant quelques universitaires, à qui les IUFM offraient, par raccroc, des postes de maîtres de conférences ou de professeurs, dont les universités elles-mêmes ne les jugeaient le plus souvent pas dignes.
La chose était d’autant plus étrange que, comme je l’ai
déjà dit et écrit souvent, C. Allègre était un adversaire résolu et lucide des
sciences de l’éducation dont il aimait à se moquer. Je pense ici au ballon,
cher à cet ancien basketteur, que les sciences de l’éducation nomment le «
référentiel bondissant » dans un exemple que C. Allègre lui-même se plaît à
rappeler. La formule complète (je cite de mémoire) est que le joueur « doit se
situer dans le temps et dans l’espace par rapport au référentiel bondissant »,
ce qui, en langage normal, veut dire simplement « recevoir ou intercepter la
balle ».
L’échec des IUFM a été patent et, selon le bon vieux principe du pendule si cher à l’administration française, on a décidé de revenir au point de départ, en aggravant la situation. On va donc réintégrer les IUFM dans les universités, au lieu de les supprimer. Comment le faire d’ailleurs car que ferait-on des enseignants des IUFM, dont une partie relève du secondaire et n’a pas le statut des enseignants du supérieur ? 0n ne va donc rien changer aux défauts des IUFM, tout en créant de nouveaux problèmes dans les universités.
En fait, tout ce que j’ai dit, dans des blogs précédents, des sciences de l’éducation et de Philippe Meirieu, s’applique ici. Ph. Meirieu a été non seulement le gourou de la création de ces Instituts, mais, pas fou, s’est lui-même récupéré, au terme de sa faveur politique, à la direction de l’IUFM de Lyon, pour y attendre la retraite en s'essayant à la politique.
Un des moments forts – l’un des rares passages intéressants et surtout sincères de l’émission - a été celui où un jeune enseignant a osé expliquer qu’alors que le stage IUFM commençait en septembre, c’est en février qu’on donnait les formations sur la lutte contre la violence en classe (arts martiaux, etc… ?).
L’échec des IUFM a été patent et, selon le bon vieux principe du pendule si cher à l’administration française, on a décidé de revenir au point de départ, en aggravant la situation. On va donc réintégrer les IUFM dans les universités, au lieu de les supprimer. Comment le faire d’ailleurs car que ferait-on des enseignants des IUFM, dont une partie relève du secondaire et n’a pas le statut des enseignants du supérieur ? 0n ne va donc rien changer aux défauts des IUFM, tout en créant de nouveaux problèmes dans les universités.
En fait, tout ce que j’ai dit, dans des blogs précédents, des sciences de l’éducation et de Philippe Meirieu, s’applique ici. Ph. Meirieu a été non seulement le gourou de la création de ces Instituts, mais, pas fou, s’est lui-même récupéré, au terme de sa faveur politique, à la direction de l’IUFM de Lyon, pour y attendre la retraite en s'essayant à la politique.
Un des moments forts – l’un des rares passages intéressants et surtout sincères de l’émission - a été celui où un jeune enseignant a osé expliquer qu’alors que le stage IUFM commençait en septembre, c’est en février qu’on donnait les formations sur la lutte contre la violence en classe (arts martiaux, etc… ?).
Vu l'intérêt et la nature de telles « formations », cela
ne me paraît pas trop grave, simplement inepte, comme bien d’autres choses.
Moment comique aussi quand ce même jeune enseignant, dans la consternation
générale, évoque l’une des perles du pédagogisme des "sciences de l’éduc."dans
les IUFM. Les stagiaires, assis sur des tapis de sport, sont invités à
pratiquer collectivement un exercice dans lequel ils se voient, tour à tour,
lancer une balle dont la réception leur accorde une minute de temps de parole.
Au terme de la minute, qu’ils aient parlé ou non et quel que soit le propos,
ils repassent la balle à l’animateur, qui va la renvoyer à un autre stagiaire.
Cette affaire est si ridicule qu’aucun des participants à l'émission n’ose même
en parler ; le dénommé Jacques Durand, pressé par N. Demorand et sans doute
rompu à la pratique du "tapis de parole uéfèmien", finit par noyer le
poisson dans un flot de propos aussi généraux qu'insipides ! On a tout de même
eu un bref instant de sincérité et de vérité.
Tout confirme (mais qui en doute encore ?) que les sciences de l’éducation sont en fait un « pédangogisme » dans lequel les recettes d’une prétendue didactique sont plaquées sur des connaissances disciplinaires de plus en plus réduites et incertaines. Il est significatif de voir que les étudiants se plaignent, d’une seule voix, du niveau trop élevé des concours qui pourtant n’a guère varié.
En fait, sauf à considérer comme de réelles formations les discours théoriques sur la lutte contre la violence ou les pitreries de passage de parole par l’envoi d’un ballon…,les IUFM ne forment à rien du tout et leur création n’a rien changé. Le malheur est qu'on a mis vingt ans à le reconnaître, sans décider d'essayer d'abord de voir les problèmes.
Tout confirme (mais qui en doute encore ?) que les sciences de l’éducation sont en fait un « pédangogisme » dans lequel les recettes d’une prétendue didactique sont plaquées sur des connaissances disciplinaires de plus en plus réduites et incertaines. Il est significatif de voir que les étudiants se plaignent, d’une seule voix, du niveau trop élevé des concours qui pourtant n’a guère varié.
En fait, sauf à considérer comme de réelles formations les discours théoriques sur la lutte contre la violence ou les pitreries de passage de parole par l’envoi d’un ballon…,les IUFM ne forment à rien du tout et leur création n’a rien changé. Le malheur est qu'on a mis vingt ans à le reconnaître, sans décider d'essayer d'abord de voir les problèmes.
Autrefois, pour prendre l’exemple du CAPES, celui ou
celle qui était reçu à ce concours faisait un stage, une année durant, avec en
général deux maîtres de stage différents et en alternant stage actif et passif.
En fin d’année, on passait un CAPES « pratique » avant de rejoindre son premier
poste. Les IUFM n’ont à peu près rien changé sur ce point pourtant essentiel.
Il y a toujours une année de formation plus ou moins bidon, avec, en plus, à
l’IUFM, les discours sur la lutte contre la violence et les jeux de ballon
évoqués ci-dessus. Les enseignants continuent donc à ne pas être formés. On
peut d’ailleurs s’interroger sur la possibilité même de former réellement à un
tel métier et nous y reviendrons. L’enseignement, comme la médecine, est un art
; il y a des gens doués, sans avoir jamais appris à enseigner, comme il y en a
qui ne le sont pas et qu’il faudrait, en vain peut-être, essayer de former, si l’on
ne peut les inviter à choisir un autre métier. En, revanche, ce qui est
inévitablement catastrophique est de ne pas bien connaître ce que l’on prétend
enseigner, car on ajoute l’insécurité à la maladresse.
C’est ainsi qu’au CAPES interne de physique, par exemple, on propose au candidat un problème du niveau de la 4ème. En apparence, c'est logique puisqu’il enseignera la physique à ce niveau et on présente ainsi la chose. En réalité, si on lui donnait un vrai problème de physique, sans aller jusqu'au niveau du CAPES (le concours externe), pour évaluer par là, son vrai niveau de compétence en cette matière, il ne saurait pas le résoudre. Rien d’étonnant à cela, puisque la très grande majorité de ceux et celles qui passent ce concours interne ont, dans le passé, échoué au concours externe !
Dernière remarque pour Nicolas Demorand, qui s’il parle bien anglais et aime à le faire savoir, à des lacunes en latin et en français. On dit, en effet, « eT cetera… » (eT = et) et non pas « eK cetera).
C’est ainsi qu’au CAPES interne de physique, par exemple, on propose au candidat un problème du niveau de la 4ème. En apparence, c'est logique puisqu’il enseignera la physique à ce niveau et on présente ainsi la chose. En réalité, si on lui donnait un vrai problème de physique, sans aller jusqu'au niveau du CAPES (le concours externe), pour évaluer par là, son vrai niveau de compétence en cette matière, il ne saurait pas le résoudre. Rien d’étonnant à cela, puisque la très grande majorité de ceux et celles qui passent ce concours interne ont, dans le passé, échoué au concours externe !
Dernière remarque pour Nicolas Demorand, qui s’il parle bien anglais et aime à le faire savoir, à des lacunes en latin et en français. On dit, en effet, « eT cetera… » (eT = et) et non pas « eK cetera).
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jeudi 14 février 2013
L'école 2013 (N° 1) : Choses vues (ou presque)
Pour aborder, sans trop de sérieux et d'angoisse,
les problèmes de l'école en 2013
pourquoi ne pas partir d'une "étude du milieu" en forme
de "chose vue" ?Mes enfants, vous vous souvenez sans doute que, l'an dernier, pour tous les candidats à la Présidence de la République, l’éducation était l’enjeu collectif majeur ; nous devons donc, par tous les moyens, aider à restaurer l’école de la République.
Pour cela, nous avons deux armes, la première est l’enseignement de la grammaire comme l’ont montré les rapports successifs sur le sujet rédigés par des gourous à la solde des éditeurs scolaires ; distinguer l’attribut du sujet de l’attribut du complément d’objet et savoir conjuguer et surtout orthographier les verbes pronominaux réfléchis sont les meilleurs moyens d’éradiquer la violence de nos écoles.
Toutefois l’éducation citoyenne doit absolument compléter, voire précéder la grammaire. Sur ce point, les nouvelles instructions ministérielles précisent que cet enseignement doit prendre un tour vivant et concret. Nous allons donc partir de situations précises et imaginer que l’un ou l’autre d’entre vous occupe une fonction politique importante dans notre ville. Nous verrons ensuite ce qu’il fait et pourquoi il le fait.
Voyons Croquemol par exemple ; supposons que tu aies été élu maire de notre cité ; te voilà installé dans ton beau bureau à l’Hôtel de ville ; tu viens juste de prendre tes fonctions. A quoi penses-tu ? Quelles sont tes intentions ? Réfléchis un peu.
Non, Croquebol, ne dis pas " C'est tout réfléchi" et d’autre part, on ne dit pas, comme tu viens de le faire "Je vais me faire un max de thune" ; même si tu devais le penser, ce qu’à Dieu ne plaise, tu devrais dire plutôt, quoique ça revienne au même : "Je vais essayer de gagner le plus d’argent possible ". En dépit de quelques fâcheux précédents dont vous avez pu avoir à connaître, sachez que le rôle d’un maire n’est pas de s’enrichir aux dépens de sa commune et de ses concitoyens, mais de se dévouer, au contraire, pour leur bien-être, sans en retirer jamais le plus minime avantage personnel. Vous allez écrire sur vos cahiers cette fin de phrase qu’on devrait graver dans le marbre au fronton de tous les édifices publics.
Pourquoi ris-tu Mabrouck? "Bouffon" n’est pas une réponse et je ne vois pas d’autre part à qui s’adresse cette apostrophe. Explique-toi. Le maire ne va pas se faire encore plus de "thune" comme tu dis en faisant graver cette phrase sur les monuments. Mais non ! Cela n’a rien à voir avec les ronds-points qui, je vous l’accorde, se sont multipliés, inexplicablement et certes au-delà du raisonnable dans notre commune. Quel rapport entre ces ronds-points et la piscine de notre maire ? Que ce soit la même société qui ait construit les uns et creusé l’autre ne prouve rien. C’est sans doute une coïncidence!
De toute façon, un élu ne peut pas et ne doit pas tirer un avantage personnel de l’exercice de sa fonction ; c’est un délit et il a un nom. Vous allez l’écrire sur vos cahiers, cela s’appelle de la " pré-va-ri-ca-tion ".
Non, ça n'est pas "après" quoi que ce soit et cela n’a rien à voir avec les " varices" de Madame votre grand'mère ! La prévarication est une faute grave qui est sévèrement punie par la loi. Que notre maire ait été avant son élection un petit agent commercial et qu’il possède maintenant deux villas, des appartements et un commerce n’est pas, en soi, un délit. Il a peut-être gagné au loto ou fait un gros héritage.
Qu’est-ce-que tu dis, Moussa ? Tu le connais et il est orphelin? Bon alors, si cette seconde explication est à écarter, la première demeure envisageable.
Mais revenons à Croquemol, bien installé dans son bureau de l’Hôtel de ville et méditant déjà ses premiers actes administratifs.
Quoi ? Tu vas faire embaucher ta famille et tes amis par la Mairie. Quelle horreur! Où peux-tu prendre pareilles idées? Voilà un autre grave délit, dont vous allez noter illico le nom sur vos cahiers. C’est du "né-po-tis-me "!
Mais non je ne vous ai pas dit que c'est "illico". Vous allez le noter ; "illico" ne fait pas allusion à la notation graphique du mot, mais à l'obligation pour vous de le noter immédiatement, donc "illico", ce treme nouveau. Restons en là et notez "népotisme", du latin "nepos" qui veut dire "neveu ".
Qu’est-ce-qu’il y a encore Mabrouck ? Je sais bien qu'on n'a jamais parlé de n'embaucher à la Mairie que ses "neveux" et je prends acte que tu n’en as pas ; le terme s’applique à tous les cas où un homme politique favorise volontairement ses parents, ses amis ou ses proches.
Quoi encore ? Toute la famille de notre maire travaille déjà à la Mairie, dis-tu, et il a même fait embaucher ses colleurs d’affiches comme employés municipaux ou pompiers? Ne généralisons pas à partir d’un exemple, certes regrettable mais probablement isolé.
Mes enfants, mesurez vos propos et n’allez pas noircir un innocent. Peut-être s’agit-il de coïncidences, fâcheuses, je vous le concède, mais qui ne doivent pas vous avancer à des propos diffamatoires. Non, non, vous n’écrivez pas "famatoires" sur vos cahiers; il ne s'agit pas là du nombre "dix" (les "famatoires" étant au nombre de 10 et, en outre, cela ne fait pas partie de la leçon du jour.
Alors Croquemol, toujours installé dans ton bureau, n’as-tu pas, dans ton programme municipal quelque dessein plus honorable que ceux de t’enrichir au plus vite ou de faire recruter par la Mairie tes parents et tes amis? ... Qu’est-ce-tu dis ? Tu es nul en dessin ? Qu’est ce que cela vient faire ici ? Le rôle d’un maire n’est pas de peindre des fresques sur les murs de la salle du conseil ou de faire les portraits de ses adjoints. Comment ? C’est moi qui ai dit qu’il fallait être bon en dessin pour être maire?
Ah, ...je comprends! Tu m’as mal compris, faute de connaître la différence entre le mot "dessein" ...e-i-n ...qui veut dire "projet" et le terme "dessin" ...i-n... qui seul vous est familier. Nous allons les écrire au tableau pour vous éclairer....Qu’est-ce qu’il y a encore ? Souria, qu’est-ce-que tu fais debout près de la porte ? Tu vas allumer la lumière ? Moi, j’ai dit d’éclairer ? Ah... encore un malentendu, nous ne parlons décidemment pas la même langue. "Je dois vous éclairer" ne veut pas dire "Allumez les lampes", mais je dois "vous faire comprendre", "éclairer votre lanterne".
Du calme, je sais bien qu’il n’y a pas de lanterne, c’est une image. Il n’y a pas d’image non plus ... D’accord. laissons cela car nous n’en sortirons pas.
Soyons donc plus simple et plus direct. Croquemol, à quoi penses-tu donc dans ton fauteuil de maire sous la photo de notre Président de la République? A la secrétaire qui, selon tes propres termes, serait "canon", que tu "kiffes grave" et que tu rêves de "niquer" ? ... Je suppose que, dans ta bouche, "canon" veut dire “ très belle ” ? ... Le maire n’embauche que des “ super-nanas ” pour reprendre tes propres termes? ... En dehors de ses recrutements intra-familiaux, je suppose, car j’espère qu’il ne joint pas à la lubricité que tu lui prêtes, un penchant pour l'inceste ; il y a là aussi grave délit dont on parle beaucoup, le " harcèlement sexuel".
Du calme! Du calme! D’accord, il y a eu un film...oui...avec Michaël Douglas d’accord... Je constate, non sans quelque déplaisir, que vous êtes plus versés dans le cinéma américain que dans l’orthographe du français.
Mais l’heure avance et certes notre bilan du jour n’est pas très réjouissant : "prévarication"..., "népotisme" ... "harcèlement sexuel"...
Pauvre France! Enfin, il faut bien faire le programme d’éducation citoyenne. La semaine prochaine, nous verrons, dans un autre volet de l’activité politique, l’ingérence, la corruption de fonctionnaire et l’abus de biens sociaux.
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mercredi 13 février 2013
Information : un clou chasse l'autre.
On commençait à
s'inquiéter pour les chargés de communication et les journalistes, après
quelques semaines bien remplies sur le mariage gay, devant l'étiage
informationnel qui semblait devoir s'installer. Fort heureusement le hasard,
toujours aussi vigilant que malicieux, est venu suppléer cette carence légitimement
redoutée.
Le Mali s'avérant
moins triomphal que prévu (mais on pouvait le prévoir comme je l'ai fait dans
ma série de blogs "Honni soit qui Mali pense"), les haridelles
roumaines, subrepticement substituées à nos charolais dodus, dans nos plats
dits "cuisinés", ont fourni, quarante-huit heures durant, la pitance quotidienne
indispensable à notre insatiable Moloch journalistique, ce qui devait permettre
d'attendre, sans trop de mal, la grève des instit', manifestement (ou
grèvistement ?) peu soucieux de voir rétablie la matinée de classe du mercredi.
Patatras ! Voilà que
le Pape fait soudain des siennes, en décidant, sans crier gare ni pouce, de se
retirer des affaires divines dès la fin du mois de février, provoquant par
cette décision inopinée et faute de croustillant scandale qui y serait lié, des
recherches immédiates au sein de l'histoire de la papauté et même déjà des
spéculations au sujet du conclave où l'on ne voit guère de candidats
susceptibles de provoquer d'emblée le panache de fumée blanche que guettera
toute la chrétienté.
Je n'ai pas entendu citer Prévert, un peu adapté. Petit coup de main aux ignorants de nos médias : "Le Pape démissionne, un nouveau Pape est appelé à régner. Araignée ! Quel drôle de nom, pourquoi pas libellule ou papillon ?"
Merci Bon Dieu ! Le PAF est provisoirement sauvé (d'autant
que commencent les phases finales de la Coupe d'Europe de foot!), mais l'abondance
de biens, on le sait, nuit autant que leur raréfaction.
Parmi tant de sujets
d'une aussi totale inconsistance les uns que les autres, on ne voit guère la
réflexion s'orienter vers les VRAIS problèmes de l'éducation qui sont, avec ceux
de la crise économique qui nous frappe, les plus sérieux, et même les seuls
sérieux, que nous ayons à affronter alors que les autres n'ont pas d'autre
finalité que de nous en détourner.
S'agissant de l'école
et de l'industrie, je ne me risquerai pas à montrer ici, sur ce point précis,
la pertinence du concept de "capital humain", proposé, il y a près
d'un demi-siècle (au milieu des années 60), par Gary Becker et qui lui a valu
en 1992 le prix Nobel d'économie. Le ferais-je que je pourrais peut-être
recevoir des propositions alléchantes de collaboration de BFM TV, la voix du
grand capital, qui, sous couvert d'information, se livre à une propagande
active en faveur du grand capital, servie dans cette action par une équipe
d'économistes des plus pittoresques, mais dont j'ai quelques doutes sur la
compétence réelle vu la discrétion absolue de leurs CV !
Le seul et vrai
problème de notre école ne me paraît pas, en effet, de savoir quel jour on
gardera dans la semaine pour le repos des enfants. En quelques décennies, comme
disait l'autre : "on a tout essayé" ; ainsi est-on successivement
passé du jeudi, repos traditionnel des écoliers durant si longtemps qu'on l'avait
mis en chansons, au mercredi, en gardant, dans les deux cas, au mépris du
repos, une demi-journée pour le catéchisme ; le samedi était même, au début de cette
époque infortunée, un jour de classe complet ! Il le fut d'ailleurs longtemps,
jusqu'à ce que les lobbies des industries du tourisme et des loisirs imposent à
tous un week-end de 48 heures. Toutes ces affaires de répartition du temps
scolaire, fussent-elles garanties par des "chronobiologistes" et des
"pédo-psychologues", qui ne sont d'ailleurs pas d'accord entre eux
sauf sur la nécessité absolue de les consulter et même de les employer, n'ont
guère d'importance et on en trouvera toujours quelques-uns pour contrarier les
autres.
Les (ir)responsables
de l'éducation, qui ont successivement peuplé la rue de Grenelle depuis trois-quarts
de siècle, ne sont tout de même pas assez stupides pour ne pas avoir vu que les
vrais problèmes de notre école sont ailleurs. Pour dire les choses simplement,
on a essayé de changer les jours de classe, alors que ce sont les populations
scolaires (donc le "capital humain" comme diraient certains) qui ont elles-mêmes
changé, tandis que les programmes et les méthodes ne changeaient guère, sauf
pour l'apprentissage de la lecture qu'on a réussi à ruiner à force de
"méthode globale" ou "semi-globale", pour le plus grand et
seul profit des éditeurs scolaires (on consomme désormais à cette fin des
masses énormes de livres, sans cesse renouvelés à nos frais). Ces éditeurs, se
sont, à prix d'or, offerts les services absurdes de quelques pseudos savants
qui, pour la plupart, n'ont, en fait, aucune expérience réelle des techniques qu'ils
prétendent promouvoir.
Je ne citerai personne sur ce point, par crainte des
procès, mais les parcours professionnel de certains de nos gourous de la
pédagogie sont à mourir de rire, quand on voit que ces gens-là n'ont même jamais
passé (ou en tous cas) réussi le
moindre concours de recrutement de l'éducation nationale (CAPES ou agrégation) et
n'ont donc jamais enseigné dans les classes dont ils prétendent traiter. MDR !
Ce problème mérite
plus qu'un simple post et, comme je me fais un devoir d'être toujours court en
ces lieux, je réserverai ce sujet pour un ou plusieurs blogs que je consacrerai
à l'éducation. Il est toutefois évident que, dans un premier temps, la
massification des effectifs puis surtout la diversification croissante et extrême
des élèves sont, pour une bonne part, à l'origine de la crise qu'on observe
actuellement et qui fait que, selon l'estimation récente du ministre lui-même;
un quart des élèves qui entrent au collège ne savent, en fait, pas lire et
écrire, ce que les enfants d'autrefois étaient traditionnellement en mesure de
faire à Pâques, dès le cours préparatoire, selon le témoignage de tous ceux et de
toutes celles qui ont connu ces époques.
Nous y reviendrons.
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lundi 10 décembre 2012
Encore l'école, les profs, etc.
Entendant ce matin, pour
la nième fois, le couplet sur les enseignants, les 43.000 postes mis au
concours en 2013 et le manque de formation comme de candidats, je recherche
dans mes archives, un vieux post, de mars 2007, qui montre à quel point les
choses n'ont guère changé, sinon pour empirer! Le voici :
"France Inter. 13
mars 2007. Emission du matin sur les enseignants. Collège Georges Duhamel dans
le 15e. Je ne connais pas la géographie scolaire parisienne, mais je doute que
Monsieur Balladur, député de cet arrondissement, ait choisi comme terrain de jeux
politiques un quartier « difficile » » ou même un "quartier" tout
court comme on dit désormais. J’y ai d’ailleurs entendu, au début, vers 7
heures 45, en prenant en marche l’émission de Nicolas Demorand, que les élèves,
qui arrivent en classe, restent debout ou, s’ils sont déjà assis, se lèvent à
l’arrivée du professeur.
Deux hypothèses se sont
alors, en un instant, télescopées dans ma tête. Ou bien tous mes amis
enseignants, qui me racontent leur quotidien, me mentent et tous leurs élèves
sont, en réalité, disciplinés, polis, etc., ou bien le Collège Georges Duhamel
dans le 15e parisien, sous la double, auguste et bénéfique influence de Georges
et d’Edouard, est, comme la tente d’Holopherne chez Giraudoux, le seul lieu du
monde exempté du péché originel et ses élèves, les seuls en France, continuent
à s’y comporter comme autrefois. Je ne me risquerai pas à trancher !
Revenons au sujet. N. Demorand recevait, ce matin, un certain Jacques Durand, président de la conférence des directeurs d’IUFM.
Pour ceux qui l’auraient oublié, les Instituts de Formation des Maîtres (IUFM) ont été créés, en 1989, par Lionel Jospin, alors ministre de l’éducation nationale, mais, en fait, surtout par celui qui était alors son conseiller spécial, son ami de trente ans, Claude Allègre. L’idée était de parer les anciennes écoles normales des oripeaux des sciences de l’éducation, tout en y agrégeant quelques universitaires, à qui les IUFM offraient, par raccroc, des postes de maîtres de conférences ou de professeurs, dont les universités elles-mêmes ne les jugeaient pas dignes. La chose était d’autant plus étrange que, comme je l’ai déjà dit, dans mon blog, C. Allègre était un adversaire résolu et lucide des sciences de l’éducation dont il aimait à se moquer. Je pense ici au ballon que les sciences de l’éducation nomment le « référentiel bondissant » dans un exemple que C. Allègre lui-même se plaît à rappeler. La formule complète (je cite de mémoire) est que le joueur « doit se situer dans le temps et dans l’espace par rapport au référentiel bondissant », ce qui, en langage normal, veut dire « recevoir ou intercepter la balle ».
L’échec a été patent et, selon le bon vieux principe du pendule si cher à l’administration française, on va revenir au point de départ, en aggravant la situation. On va donc réintégrer les IUFM dans les universités, au lieu de les supprimer [C'est chose faite!] . Comment le faire d’ailleurs car que ferait-on des enseignants des IUFM, dont une partie relève statutairement du secondaire et n’a pas le statut des enseignants du supérieur ? 0n ne va donc rien changer aux défauts des IUFM, tout en créant de nouveaux problèmes dans les universités [C'est également chose faite].
En fait, tout ce que j’ai dit, dans des blogs précédents, des sciences de l’éducation et de Philippe Meirieu, s’applique ici. Ph. Meirieu a été non seulement le gourou de la création de ces Instituts mais, pas fou, s’est lui-même récupéré, au terme de sa faveur politique, à la direction de l’IUFM de Lyon.
Un des moments forts – l’un des rares passages intéressants et surtout sincères de l’émission - a été celui où un jeune enseignant a osé expliquer qu’alors que le stage IUFM commençait en septembre, c’est en février qu’on donnait les formations sur la lutte contre la violence en classe (arts martiaux, etc… ?) ? Vu l'intérêt et la nature de telles « formations », cela ne me paraît pas trop grave, simplement inepte, comme bien d’autres choses.
Revenons au sujet. N. Demorand recevait, ce matin, un certain Jacques Durand, président de la conférence des directeurs d’IUFM.
Pour ceux qui l’auraient oublié, les Instituts de Formation des Maîtres (IUFM) ont été créés, en 1989, par Lionel Jospin, alors ministre de l’éducation nationale, mais, en fait, surtout par celui qui était alors son conseiller spécial, son ami de trente ans, Claude Allègre. L’idée était de parer les anciennes écoles normales des oripeaux des sciences de l’éducation, tout en y agrégeant quelques universitaires, à qui les IUFM offraient, par raccroc, des postes de maîtres de conférences ou de professeurs, dont les universités elles-mêmes ne les jugeaient pas dignes. La chose était d’autant plus étrange que, comme je l’ai déjà dit, dans mon blog, C. Allègre était un adversaire résolu et lucide des sciences de l’éducation dont il aimait à se moquer. Je pense ici au ballon que les sciences de l’éducation nomment le « référentiel bondissant » dans un exemple que C. Allègre lui-même se plaît à rappeler. La formule complète (je cite de mémoire) est que le joueur « doit se situer dans le temps et dans l’espace par rapport au référentiel bondissant », ce qui, en langage normal, veut dire « recevoir ou intercepter la balle ».
L’échec a été patent et, selon le bon vieux principe du pendule si cher à l’administration française, on va revenir au point de départ, en aggravant la situation. On va donc réintégrer les IUFM dans les universités, au lieu de les supprimer [C'est chose faite!] . Comment le faire d’ailleurs car que ferait-on des enseignants des IUFM, dont une partie relève statutairement du secondaire et n’a pas le statut des enseignants du supérieur ? 0n ne va donc rien changer aux défauts des IUFM, tout en créant de nouveaux problèmes dans les universités [C'est également chose faite].
En fait, tout ce que j’ai dit, dans des blogs précédents, des sciences de l’éducation et de Philippe Meirieu, s’applique ici. Ph. Meirieu a été non seulement le gourou de la création de ces Instituts mais, pas fou, s’est lui-même récupéré, au terme de sa faveur politique, à la direction de l’IUFM de Lyon.
Un des moments forts – l’un des rares passages intéressants et surtout sincères de l’émission - a été celui où un jeune enseignant a osé expliquer qu’alors que le stage IUFM commençait en septembre, c’est en février qu’on donnait les formations sur la lutte contre la violence en classe (arts martiaux, etc… ?) ? Vu l'intérêt et la nature de telles « formations », cela ne me paraît pas trop grave, simplement inepte, comme bien d’autres choses.
Moment comique aussi
quand le même jeune enseignant, dans la consternation générale, évoque l’une
des perles du pédagogisme des sciences de l’éduc. Les stagiaires, assis sur des
tapis de sport, sont invités à pratiquer collectivement un exercice dans lequel
ils se voient, tour à tour, lancer une balle dont la réception leur accorde une
minute de temps de parole. Au terme de la minute, qu’ils aient parlé ou non et
quel que soit le propos, ils repassent la balle à l’animateur, qui va la
renvoyer à un autre stagiaire. Cette affaire est si ridicule qu’aucun des
participants n’ose même en parler, le dénommé Jacques Durand, pressé par N.
Demorand, finit par noyer le poisson dans un flot de propos généraux ! On a
tout de même eu un bref instant de sincérité et de vérité.
Tout confirme que les sciences de l’éducation sont en fait un « pédangogisme » dans lequel les recettes d’une prétendue didactique sont plaquées sur des connaissances disciplinaires de plus en plus réduites et incertaines. Il est significatif de voir que les étudiants se plaignent, d’une seule voix, du niveau trop élevé des concours qui pourtant n’a guère varié.
En fait, sauf à considérer comme de réelles formations les discours théoriques sur la lutte contre la violence ou les pitreries de passage de parole par l’envoi d’un ballon…les IUFM ne forment à rien du tout et leur création n’a rien changé. Autrefois, pour prendre l’exemple du CAPES d'antan, celui ou celle qui était reçu à ce concours faisait un stage, une année durant, avec en général deux maîtres de stage différents et en alternant stage actif et passif. En fin d’année, on passait un CAPES « pratique » avant de rejoindre son premier poste.
Les IUFM n’ont à peu près rien
changé sur ce point pourtant essentiel. Il y a toujours une année de formation
plus ou moins bidon, avec, en plus, à l’IUFM, les discours sur la lutte contre
la violence et les jeux de ballon évoqués ci-dessus. Les enseignants continuent
donc à ne pas être formés. On peut d’ailleurs s’interroger sur la possibilité
même de former réellement à un tel métier. L’enseignement, comme la médecine,
est un art ; il y a des gens doués, sans voir jamais appris à enseigner, comme il
y en a qui ne le sont pas et qu’il faudrait, en vain peut-être, essayer de
former, si l’on ne peut les inviter à faire un autre métier. En, revanche, ce
qui est inévitablement catastrophique est de ne pas bien connaître ce que l’on
prétend enseigner, car on ajoute l’insécurité à la maladresse.Tout confirme que les sciences de l’éducation sont en fait un « pédangogisme » dans lequel les recettes d’une prétendue didactique sont plaquées sur des connaissances disciplinaires de plus en plus réduites et incertaines. Il est significatif de voir que les étudiants se plaignent, d’une seule voix, du niveau trop élevé des concours qui pourtant n’a guère varié.
En fait, sauf à considérer comme de réelles formations les discours théoriques sur la lutte contre la violence ou les pitreries de passage de parole par l’envoi d’un ballon…les IUFM ne forment à rien du tout et leur création n’a rien changé. Autrefois, pour prendre l’exemple du CAPES d'antan, celui ou celle qui était reçu à ce concours faisait un stage, une année durant, avec en général deux maîtres de stage différents et en alternant stage actif et passif. En fin d’année, on passait un CAPES « pratique » avant de rejoindre son premier poste.
C’est ainsi qu’au CAPES interne de physique, par exemple, on propose au candidat un problème de 4ème, au prétexte que c’est logique, puisqu’il enseignera la physique à ce niveau. En réalité, si on lui donnait un VRAI problème du VRAI Capes de physique (le concours externe) pour évaluer son VRAI niveau de compétence en cette matière, il ne saurait pas le faire. Rien d’étonnant à cela, puisque la très grande majorité de ceux et celles qui passent le concours interne ont, dans le passé, échoué au concours externe !".
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mardi 30 octobre 2012
Haïti : « restavek» ou adoptés ?
Tout à fait par hasard, j'ai zappé, dimanche 28 octobre 2012
sur TF1, au moment même où passait un reportage sur les "restavek"
haïtiens ; il avait d'ailleurs pour moi un léger parfum de réchauffé car ce ne
doit pas être le premier sur la question. J'ai constaté, lundi matin, dans mes
statistiques que mes posts anciens sur le sujet avaient connu une fréquentation
inhabituelle, probablement de part de gens qui ayant vu le documentaire à la
télé ont dû taper "restavek" dans Google pour en savoir davantage.
Tout cela m'a rappelé les débats incompréhensibles qui ont
eu lieu en France en 2010-2011 (on n'y pense plus guère aujourd'hui) et la
position invraisemblable de la France et du ministre Kouchner en particulier
sur laquelle est fort heureusement revenue Michèle Alliot-Marie qui lui a
succédé au Quai d'Orsay. Pour connaître un peu la situation de ces enfants en
Haïti, je n’ai pas du tout les mêmes scrupules que bien des gens que j’ai
entendu alors s’exprimer, sur ces questions d'adoption, pour faire part de
leurs craintes de voir se mettre en place d'hypothétiques trafics d’enfants.
De tels agissements ne sont certes pas exclus, mais, en
pareil cas, il faut mettre en balance les avantages et les inconvénients des
solutions. Or, entre un orphelin de trois ans restant en Haïti, privé de sa
famille d'une façon ou d'une autre (qu'il soit orphelin, qu'il ait été
"placé" comme on disait autrefois en France, ou parfois même plus
ou moins vendu) et réduit à devenir "restavek", et le même enfant,
venant en France pour y entrer dans une famille qui l’espère et l’attend de
toutes ses forces, même si elle a plus ou moins payé pour l'adopter, je
n’hésite pas même une nano-seconde avant de trancher en faveur de l’adoption. N'oublions pas qu'il y a en France des dizaines de millers de demandes d'adoption non satisfaites!
J’hésite d’autant moins que je connais, hélas, bien la sinistre
pratique des « restavek », que j'ai été sans doute le premier à signaler
et à dénoncer, après le "goudou goudou" du 12 janvier 2010.
Le film de TF1 redisait, sur le sort et la condition des
"restavek" haïtiens, ce que
j'ai moi-même répété et qui a déjà été montré dans un film précédent, mais il
avait l'immense inconvénient de doubler en français tous les propos, tous tenus
en créole bien entendu mais dont on n'entendait pas un seul mot, au lieu de les sous-titrer. Nombre de téléspectateurs
français ont donc dû en conclure que tout le monde parle français dans ce pays,
si joliment et si fallacieusement dit "francophone"!
J'ai consacré plusieurs posts à cette question ; je ne
reviens donc pas sur les faits eux-mêmes ni sur les conséquences du séisme sur
les procédures d’adoption engagées par des parents français. Nombre de ces
procédures se sont trouvées inévitablement interrompues par la destruction,
dans la catastrophe, des documents et/ou des dossiers administratifs, tant dans
les lieux privés que publics.
Les événements d’Haïti, en dépit des immenses différences,
ont souffert en outre de la comparaison
avec l’affaire de l’Arche de Zoé, survenue en Afrique et dont on n'a plus
guère parlé ensuite, comme toujours. Celui ou celle qui sait exactement quelle
en fut la conclusion gagne la traditionnelle tringle à rideaux!
Loin de moi l’idée de défendre les olibrius de cette
association ! En revanche , je reste très sceptique quant aux preuves
administratives qu’on a semblé vouloir alors exiger, aux confins du Soudan et
du Tchad ( !), de la part des parents, soit pour leur rendre des enfants
dont ils prétendaient qu’ils étaient les leurs, soit pour leur accorder une indemnisation
du « préjudice » moral. Ubuesco-kafkaien dans ces contextes
africains, mais le Père Soupe, comme l’adjudant Tifris, ne veulent pas le
savoir!
Comme beaucoup d'Haïtiens ( je suis bien placé pour le
savoir), les dictionnaires du créole
local sont souvent très discrets (pour ne pas dire mensongers parfois) sur la
définition même de ce terme, ce qui est assez significatif sur le tabou
linguistique qui frappe cette pratique. Ainsi lit-on dans le Ti diksyonnè
kreyol-franse (1976) : « Restavek : domestique (attaché
depuis l’enfance à une famille [Ah qu'en
termes galants ces choses-là sont dites !] Gen de restavek ki pa konn
manman yo : il y a des domestiques qui ne connaissent pas leur mère.[ce cas est celui de tous] ».
L’exemple en dit plus que la définition ! La traduction "enfants
esclaves" utilisée dans le film correspond infiniment mieux à la cruelle réalité.
En effet, le statut du
« restavek » (< rester « habiter, être » + avec)
est bien plus proche de celui d’un esclave que de celui d’un domestique,
puisque le point principal est qu’il s’agit d’un enfant qui vit dans une
famille qui n’est pas la sienne et qui y travaille très dur sans être payé ne
recevant de ses maîtres que le gite et le couvert, l’un et l’autre étant
réduits au strict minimum, et souvent même à un peu moins.
C’est en Haïti une pratique
très ancienne (d'origine française et non africaine) que l’aggravation de la situation économique a contribué à
maintenir. La catastrophe de 2010 et l'état actuel du pays ont donc peu de
chances de la faire reculer, bien au contraire. Je ne citerai ici, pour étayer
mon témoignage, qu’un bref extrait d’un document de l’UNICEF dont la position
et le comportement dans le passé post-séisme n'ont pas toujours aussi clairs
comme je l'ai montré dans mes posts : « Le travail d'un enfant
domestique [restavek] est souvent très dur, jusqu'à l8 heures par jour.
L'enfant-restavek, parfois âgé de 5 ans seulement, fréquemment sous-alimenté,
ne reçoit aucune instruction et aucun salaire, la loi haïtienne ne prévoyant
pas de rémunération pour ce type de travail. L'enfant "restavek"
subit, parfois, des violences physiques ou sexuelles. Il est souvent coupé de
tout lien avec sa propre famille, en raison des distances qui les séparent, de
l'analphabétisme et de l'absence de tout moyen de communication ».
Le phénomène est donc loin d’être marginal puisqu’on estimait,
avant le séisme de 2010, le nombre des restavek
à plus de 170.000, soit environ 8% des enfants ou des adolescents entre 5 et 17
ans, la plupart d’entre eux étant naturellement originaires des zones rurales
et, bien entendu, totalement
déscolarisés. Ce nombre dépasserait aujourd'hui les 200.000 et la
généralisation de la scolarisation promise est bien loin d'être en route.
Faut il en dire
davantage ?
Vaut-il mieux que des
enfants, devenus orphelins à la suite du séisme ou dont les parents, déjà
pauvres, ont perdu leurs dernières ressources dans cette immense catastrophe ou
dans celles qui ont suivi, dont Sandy, la plus récente, deviennent des « restavek »
(ce qui a toutes chances de leur arriver) ou qu’ils soient adoptés par des
familles françaises, qui souhaitent en faire leurs enfants, fût-ce, pour une
infime minorité, dans des conditions peut-être un peu incertaines voire
hasardeuses au strict plan administratif ?
Pour moi, je le répète, je
n’hésiterais pas une seconde, mais je ne suis pas à la place des décideurs à
manches de lustrine qui ignorent tous des questions qu'ils traitent !
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