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mardi 29 janvier 2013

Honni soit qui Mali pense (suite mais je ne sais plus le numéro)

L'affaire du Mali a pris décidément, depuis son début, toutes les couleurs et on y  mélange volontiers les genres.

Elle a eu, au départ, des allures de guerre d'indépendance avec les rébellions du Nord (Tamasheq, même si curieusement, je crois n'avoir jamais entendu prononcer ce nom) contre le Sud qui ont commencé dès l'indépendance. Le Mouvement de Libération Nationale de l'Azaouad ou Azawad, le MLNA, dont le nom même est le programme parvenant enfin, après plus d'un demi-siècle de revendications et d'escarmouches, à créer un Etat tamasheq.

Hélas pour lui ou par chance (la suite le dira), les hasards de l'histoire et la fin de Khadafi ont alors mis sur le marché nombre de mercenaires sans emploi, Tamasheq mais aussi Nigériens, Algériens, Mauritaniens ou autres, manipulés, complices ou stipendiés (via les Emirats, les otages et les trafics) de djihadistes de tous poils qui, réfugiés au Nord-Mali, ont peu à peu phagocyté le MLNA ( Ansardine, MUNJAO et AQMI). L'affaire a commencé à tourner alors à la guerre de religion (sans s notez-le car l'Islam africain traditionnel est très tolérant) quand ces derniers ont commencé à couper les mains et les pieds et à détruire les monuments de Tombouctou, témoignages séculaires et vénérés d'un islam africain très spécifique.

L'affaire a viré alors à la querelle de famille avec le tonton français François (ce n'est pas un bégaiement !), menaçant, de loin, de rameuter les troupes de la CEDEAO, dont on a vu naguère la redoutable efficacité en Côte d'Ivoire, pour mettre de l'ordre au Mali tout en affirmant haut et clair qu'il ne participerait pas, directement et sur le terrain, à toutes ces affaires, la France se limitant strictement à un soutien purement logistique.

Toutefois, comme dans toutes les pièces de vaudeville, les portes claquent et les décisions s'envolent. Sous prétexte d'une vague menace à 500 km au Nord de Bamako (plus psychologique que militaire) en quelques heures (cinq nous précise-t-on pour alimenter la "légende dorée" de la Cinquième) François Hollande s'est décidé à intervenir directement et à engager la guerre.

Cette soudaine décision a fait l'admiration de tous, en lui donnant soudain la stature d'un chef de guerre, alors qu'il n'était peut-être que manipulé, conjointement et à des fins diverses, par ses "communiquants" (à la recherche d'un bon coup) et par les militaires français, forts préoccupés de leurs intérêts divers et contradictoires, au moment même de la mise au point du Livre blanc français sur la défense.

Voilà donc que la France, de spectatrice attentive mais lointaine, s'est soudain lancée dans la bataille avec des forces, dérisoires mais considérables vu l'échelle (on est allé jusqu'à parler d'un convoi de 16 véhicules blindés, pas des chars Leclerc rassurez-vous!) fonçant en direction de Gao )! On en tremble ! Et enfin comble du comble, les paras français ont sauté, non pas sur Kolwezi mais sur Tombouctou, ce qui a une autre gueule ! Ils étaient bien une bonne quinzaine dans le ciel et c'était plus la fête au village que le jour le plus long ! Les caméras du Théâtre aux armées étaient là et on n'avait pas oublié, comme partout, les cartons de petits drapeaux tricolores pour le public car ce produit est rare en de tels lieux!

On est ainsi passé de la guerre que nos savants experts aiment à définir comme "asymétrique" à une nouvelle forme de guerre qui est "la guerre sans ennemis". Car bien entendu les djihadistes du Nord (le MLNA, le premier ennemi mais désormais ami, s'étant retiré du coup sur ses terres de Kidal) ne sont pas assez fous pour avoir attendu d'abord, à Gao puis ensuite à Tombouctou, l'arrivée des valeureuses troupes franco-MALIENNES, les Français étant là pour faire l'éventuelle guerre asymétrique et sans ennemis, tandis que les Maliens ne sont clairement présents que pour les photos comme la poignée de Tchadiens arrivés via le Niger. Que journalistes et experts regardent une carte s'ils en ont une, ça peut toujours servir!

Tout cela est, somme toute, assez ridicule ; nous entendons nos journalistes toujours aussi bien informés et experts en géographie dire gravement que les troupes franco-maliennes (ou ce que l'on désigne ainsi) "tiennent la boucle du Niger" (entre Gao et Tombouctou), ignorant sans doute que ces deux villes sont distantes de 300 km environ ce qui rend la densité de soldats et donc la capacité d'intervention terrestre extrêmement réduites pour ne pas dire nulles.

L'affaire tourne même à la farce mercantile quand on apprend, ce matin, (moi du moins) que les États-Unis et le président Obama, qui ne perdent pas le Nord même au Mali, nous avaient préparé la facture de la location de leurs avions gros porteurs moyennant 50 000 € l'heure de vol, ce qui est nettement au-dessus du tarif habituel en la matière. Nous avons une armée de deux ou trois cent mille hommes mais nous sommes totalement incapables de la transporter où que soit ! Jusqu'à présent, nous louions à cette fin les Antonov des Russes qui nous faisaient des tarifs plus intéressants. Au Mali, nous avons eu recours aussi à une grande puissance militaire, mieux équipée que nous... la Belgique ! La prochaine fois il faudra faire un appel d'offres, au moins disant, entre Poutine et Obama !

Nous avons sans doute l'une des meilleures armées du monde (comme pour tout) mais nous sommes incapables de la transporter sur un théâtre d'opérations pour peu qu'il se situe ailleurs qu'en France où elle a fort heureusement peu d'occasions d'intervenir. Une façon de régler le problème serait donc de nous doter, outre la force nucléaire, d'un ennemi intérieur !

Plus sérieusement, il va falloir que je vous recause un peu de la VRAIE situation globale du Mali, car il faudra bien, à un moment ou un autre, commencer à envisager de considérer les choses un peu plus sérieusement (c'est -à-dire à la fois "régalienne" et "pérenne" pour "causer" à la mode) que ne le font nos militaires en retraite et nos journalistes incultes. Comme vous le verrez, le problème n'est pas simple pour ne pas dire insoluble.

 

samedi 22 décembre 2012

D'Evian (1962) à Alger (2012) : amnistie et amnésie


Petits mystères du paysage audiovisuel français.

 Comment se fait-il que la première interview de François Hollande, à peine arrivé d'Alger, ait eu lieu chez Jean-Pierre Elkabbach, le vendredi 21 décembre au matin, à 8 heures 18, en vidéo et à la radio sur Europe1?

 L'affaire peut avoir de multiples détentes.

Europe1 passait plutôt pour favorable à Nicolas Sarkozy ; d'aucuns l'avaient même baptisée "Radio Sarko" et JPE en était la figure emblématique. Serait-ce l'alliance forte de RMC, le rival majeur, via BFM avec les médias du "grand capital" qui est en cause ?

Par ailleurs, l'interview a été accordée à Jean-Pierre Elkabbach et elle a eu une durée double du quart d'heure habituel des interviews matinales de ce journaliste ; ce format inattendu a conduit d'ailleurs à faire passer à la trappe la pauvre Natacha Polony qui, normalement, occupe l'espace entre l'interview d'Elkabbach et la "revue de presque" de Nicolas Canteloup. La chose est d'autant plus surprenante que, même si je ne suis pas un auditeur très fidèle de cette station, je crois que la chose n'avait pas été annoncée. Notre Président a sans doute jugé la durée "normale" insuffisante, pour le bonheur de Natacha qui a pu faire la grasse matinée !

Dernière petite curiosité (prélude discret au retard prévu de l'âge de la retraite), la reconduite d'Elkabbach au-delà de sa 75e année (son anniversaire était en septembre, sauf erreur de ma part) ; d'aucuns prétendent que son maintien s'expliquerait par le fait que, sans avoir jamais été proche de la nouvelle majorité, on pouvait compter sur lui pour ne pas trop mettre de poil à gratter dans les interviews qu'il serait amené à faire. Il a d'ailleurs donné, dans cet interview du président, un bon exemple de sa méthode comme de son ralliement.

Si j'ai pu entendre puis voir l'intégralité des déclarations du Président de la République lors de cette interview sur Europe 1, je n'ai pas réussi à trouver dans la presse l'intégralité de son discours. J'ai le sentiment que, comme toujours, il y a fait preuve de beaucoup de nuances et de prudences, soulignant l'utilité conjointe de cette intervention pour la France comme pour l'Algérie, puisqu'elle permettait enfin de sortir de cinquante années de relations compliquées et d'ouvrir une nouvelle page.

Chacun y a eu son "paquet", mais pas forcément celui qu'il attendait ni sous la forme espérée. Les uns ont été déçus de pas y trouver la « repentance » souhaitée tandis que d'autres considéraient que la reconnaissance des « souffrances » causée par la colonisation au peuple algérien était un point « positif » pour les uns mais regrettable pour les autres. François Hollande juge avoir, par là même, rétabli un « socle de vérité » car « rien ne se construit sur des dissimulations, dans l’oubli ou le déni ».

Trente ans de PS vous préparent mieux que tout à des tels exercices rhétoriques, François Hollande reste, dans la diplomatie comme ailleurs, l'homme de la synthèse et du rassemblement ; la prochaine épreuve du genre sera avec le MEDEF et les syndicats et elle sera plus rude à n'en pas douter.

Il a donc dit à peu près tout ce qu'il fallait dire pour apporter quelques satisfactions à la plupart des Algériens, sans amener de trop violentes réactions du côté français, sauf bien entendu au Front National.

Petit excursus de ma part, avant d'en venir à ce qui m'a conduit, en fait, à écrire ce post et à l'intituler " D'Evian (1962) à Alger (2012) : amnistie et amnésie".

Sur le Mali, il me semble que les positions de notre Président (cf mes posts "Honni soit qui Mali pense!") se sont, considérablement et fort heureusement, radoucies ; j'ai cru comprendre que la France, qui n'interviendrait d'ailleurs jamais seule ni directement, ne contribuerait qu'au rapprochement "politique" et, au pire, à la simple "formation" des troupes ouest-africaines, sans jamais agir de façon plus direct. Cela me paraît plus prudent qu'un certain nombre de ses propos antérieurs, même si cela n'empêchera pas les invectives anticolonialistes!

Ce qui me paraît le plus étonnant, c'est que, dans toute cette affaire de "mémoire" (puisque le mot revient de temps en temps), nul ne prend pas en compte, même de façon allusive, ce qui avait été pourtant, avec beaucoup de sagesse et de prudence, prévu dans le texte même des Accords d'Évian, comme on avait, avec tout autant de raison, prévu, une dizaine d'années plus tôt, à Addis-Abeba, le principe de l'intangibilité des frontières de l'Afrique des Indépendances. Il me semble que le texte d'Evian mérite d'être cité intégralement pour la partie, brève mais essentielle, qui est intitulée « des droits et libertés des personnes et leurs garanties ».

Le voici :
"Des droits et libertés des personnes et de leurs garanties. Dispositions communes

Nul ne pourra faire l'objet de mesures de police ou de justice, de sanctions disciplinaires ou d'une discrimination quelconque en raison:

- d'opinions émises à l'occasion des événements survenus en Algérie avant le jour du scrutin d'autodétermination;
- d'actes commis à l'occasion des mêmes événements avant le jour de la proclamation du cessez-le-feu.
- Aucun Algérien ne pourra être contraint de quitter le territoire algérien ni empêché d'en sortir."


 

dimanche 14 octobre 2012

Sommet de la Francophonie : Kinshasa ou Chineshasa ?

Vous connaissez mon (mauvais) goût pour les jeux de mots dans les titres de mes posts. Je vous donnerai donc pour celui-ci quelques explications liminaires, car mon propos est effectivement d'envisager, d'un même regard, les deux séjours, également brefs mais dans des ambiances fort différentes, de François Hollande, Président de la République française, à Dakar d'abord, à Kinshasa ensuite.

J'ai entendu et lu les commentaires, multiples mais non divers, de la presse française, audiovisuelle surtout, sur le discours de Dakar et je les ai trouvés, comme toujours, infiniment prévisibles et sinistrement identiques dans leur absence, totale et commune, d'intérêt comme d'analyses ; on nous a bassiné, pour la 20e fois, avec la fin de la Françafrique (ce pauvre F.-X.Verschave, qui a popularisé par son livre le terme qui aurait été inventé par Houphouët-Boigny, a fort heureusement quitté cette vallée de larmes, faute de quoi il serait sans doute mort de honte!) et l'éloge du ton, modeste voire humble (normal en somme mais il avait pourtant l'oeil luisant!) de notre président, succédant par là aux accents bien différents de son prédécesseur, volontiers porté aux rodomontades surtout lorsqu'il avait à lire les textes de Monsieur Henri Guaino.

Il se trouve que, tout à fait par hasard, j'ai entendu avant-hier, en direct s'il vous plait, le discours de François Hollande car vers 17 heures, j'ai regardé un peu machinalement la Chaîne Parlementaire française (LCP) pour laquelle j'ai d'ailleurs de plus en plus d'estime, car la qualité de ses émissions est souvent très supérieure à ce que nous offrent la plupart des autres chaînes dont, je le crains, D8, la nouvelle chaîne de Canal+ lancée à grand fracas et qui m'a paru d'une consternante banalité.

Mais revenons au discours de Dakar car on vous en a tout caché. Comme je n'ai guère de temps, quelques mots rapides sur les points qui ont retenu mon attention dans ce discours qui, fort heureusement, a été délivré à l'Assemblée Nationale et non, comme celui de 2007, à l'Université Cheikh Anta Diop, ce qui, suivant le bout par lequel on prend les choses, était le comble soit de l'inculture et de l'ignorance des choses de l'Afrique soit de la perversité!

Le premier point est l'évocation par F. Hollande de l'affaire des "biens mal acquis"
Sont concernés au premier chef les présidents Denis Sassou Nguesso (Congo) ; Omar Bongo (Gabon) et Teodoro Obiang Nguema (Guinée équatoriale) ainsi que certains de leurs proches, dont bien entendu l'actuel président du Gabon. Ces « biens mal acquis » auraient été achetés avec de l’argent public de leurs Etats. Les trois présidents sont visés par une plainte déposée à Paris en 2008 pour « recel de détournements de fonds publics », mais pour le moment les choses n'ont guère avancé et d'aucuns pourraient croire la procédure enterrée. Il n'en sera rien à en croire F. Hollande et la France ne montrera aucune complaisance. Ce message me paraît extrêmement important, même si je doute un peu qu'il soit suivi d'effet.

Toutefois, un contre-feu diplomatique pourrait bien avoir été préparé par le Gabon. Je n'ai pas noté, toutefois, dans la presse française, écrite ou audiovisuelle, d'articles sur une prise de position toute récente du président gabonais Ali Bongo du Gabon qui vient de déclarer qu'il envisageait de mettre un terme à la situation du français, unique langue officielle de l'État qu'il préside. Un tel propos, juste à la veille du Sommet de Kinshasa, m'a rappelé (mais qui s'en souvient?) les déclarations du père du président actuel de la RDC, Laurent Désiré Kabila. Au moment du Sommet de la francophonie tenu au Vietnam, il avait donné à penser, de la même façon, qu'il envisageait, lui aussi, de mettre un terme à la situation d'officialité de la langue française au Zaïre (la RDC de l'époque). Dans les deux cas, il s'agit de messages clairs (ailleurs qu'en diplomatie on assimilerait cela à du chantage!). On comprend bien que le président Ali Bongo se range dans la catégorie de ceux qu'inquiète plus le sort fait en France au procès des "bien mal acquis" par des dirigeants africains que l'avenir du français en terre gabonaise.

Peut-être pourra-t-on faire l'échange entre une légère somnolence sur cette procédure et un report, après réflexion, de la mise en cause de l'officialité du français au Gabon, idée qui n'est venue au président Bongo qu'à la suite à sa visite au Rwanda où l'anglais et le français sont désormais les deux langues officielles, en raison des démêlés du Président Kagamé avec la France.

Un deuxième point intéressant et que personne n'a relevé est la déclaration de François Hollande, disant qu'il avait mis un terme à l'existence du ministère français de la coopération et qu'il était désormais remplacé par celui du développement. Il a fait là une déclaration qui ne risquait guère d'être contredite à Dakar, mais il sait sans doute lui-même (du moins on peut l'espérer) que le ministère de la coopération était devenu depuis longtemps, avec des variantes, "ministère de la coopération et du développement". Il est amusant de constater que le changement qu'il souligne et qu'il annonce à l'occasion du 14e Sommet de la francophonie concerne un ministère ("La Rue Monsieur" comme on disait) pour lequel, lors d'un précédent Sommet de la même francophonie, celui de Cotonou, les dirigeants des Etats africains francophones, conduits par le Président Omar Bongo (le père du président actuel) avait coincé dans un coin Jacques Chirac, alors Président de la République, pour lui faire promettre que, durant son mandat, il conserverait, avec ce nom, le ministère français de la coopération, où tous avaient leurs entrées et même leurs habitudes et cela d'autant que certains d'entre eux avaient même, à proximité, un appartement ou mieux un hôtel particulier !

Un troisième point est la question du Nord-Mali sur laquelle - et c'est l'un de ses talents - F. Hollande s'est montré à la fois ferme mais surtout prudent (plus en tout cas que dans quelques propos antérieurs). Il m'a fait penser à Voltaire racontant comment il s'était fait bastonner par Monsieur de Rohan "hardiment posté derrière quatre laquais"! Dans son évocation des mesures militaires à prendre contre l'Azawad, une fois acquise la bénédiction onusienne, la France, selon notre président, sera, elle aussi, "hardiment" postée derrière les troupes de la CEMEAO qui sont encore dans les limbes et risquent fort d'y rester longtemps !  

Le dernier point important est que, dans cette évocation générale de la situation, du développement et de l'avenir de l'Afrique, François Hollande ne me paraît pas avoir mentionné (sauf distraction de ma part) le nom de la Chine. Etonnant non ?

Je crois, comme lui (mais sans doute plus que lui et surtout bien avant lui, car je l'écris depuis une bonne quinzaine d'années) que l'Afrique est le continent du XXIe siècle, tout bêtement car il sera, à cette époque, le seul dont les ressources naturelles n'auront pas encore été exploitées et pillées, même si les candidatures à ce pillage sont déjà de plus en plus nombreuses et de plus en plus actives. Je me sépare, en revanche, de notre président sur la question de la démographie qui ne me paraît pas un élément des plus favorables, même si elle contribuera sans doute à donner du poids à ce continent dans les décennies qui viennent.

Il faut bien que j'en vienne à justifier mon "à peu près" sur Chineshasa en lieu et place, bien entendu, de Kinshasa. Si la Chine était politiquement totalement absente du discours de François Hollande à la Chambre des députés du Sénégal, elle est là, "invisible et présente", lors du XIVè Sommet qui se tient dans le "Palais du Peuple", construit dans les années 70 par les Chinois qui viennent même de le le rénover (y ont-ils posé des micros ?). La Chine est partout, dès l'instant où l'avion présidentiel s'est posé sur le sol congolais et démocratique, car l'aéroport international a été récemment rénové et agrandi par une société chinoise. F. Hollande a dû continuer ensuite à emprunter des réalisations chinoises puisque, pour gagner Kinshasa, il a utilisé la route à six voies dont je parlais hier et qui été construite également par les Chinois. Cette présence des Chinois dans le BTP des pas si nouvelle que ça, puisque plusieurs "palais du peuple" en Afrique ont été construits il y a une quarantaine d'années par les Chinois. Il en est de même pour nombre d'hôtels de Kin, en particulier les plus présentables, qui seront occupés par les participants ; ils datent de l'époque Mobutu certes, mais ils ont été achetés récemment ... devinez donc par qui ?. Faut-il rappeler qu'en 2007, la Chine a octroyé un prêt de 9 milliards de dollars sans contrepartie, car ces Chinois sont si généreux... Je blague bien sûr et c'était en échange de participations, dans les mines en particulier. On a tout construit avec cette rapidité qui caractérise des entreprises chinoises dont le « village de la francophonie" (chinoise aussi ?) et l'on exhibe tout, cela bien entendu, comme des réalisations exemplaires de la RDC.

Chineshasa ou Kinshasa ?

samedi 13 octobre 2012

Sommet francophone : François Hollande à Gorée !

Je reviendrai dans un autre spot sur le bref séjour africain de François Hollande mais  je voudrais régler, de façon spécifique et un peu détaillée, la question de sa visite à la Maison des esclaves de Gorée.

Il se peut en effet que l'un ou l'autre de mes plus fidèles lecteurs se soit étonné que je n'ai pas fait allusion à ce détail dans mon post d'hier, alors que j'ai, dans le passé (mais je ne sais plus ni quand ni où) consacré un article au problème historico-touristique que pose cette fameuse Maison des esclaves.

J'avais espéré en effet, jusqu'à la dernière minute, dans la mesure où François Hollande, avant son départ de Paris, avait consulté quelques personnalités sénégalaises (ce qui limitait aussi leur liberté de parole) que l'un ou l'autre d'entre eux (je pensais en particulier à Mamadou Diouf, professeur à Columbia et spécialiste de l'histoire coloniale à laquelle il a autrefois consacré sa thèse) l'inciterait à éviter cette visite qui, certes, fait partie du parcours que l'on propose ou que l'on impose aux personnalités (du Pape à Hillary Clinton sans parler des dizaines d'autres "peoples") ; on les amène dans la petite île de Gorée, à trois kilomètres de Dakar, essentiellement pour visiter cette maison, car il n'y a pas grand-chose d'autre à y voir.

Comme je ne disposais pas d'un programme précis et définitif de son séjour à Dakar, j'ai espéré, jusqu'à la dernière minute, qu'on lui épargnerait cet épisode sans grand intérêt, au profit d'entretiens ou de visites où il aurait sans doute trouvé un profit bien plus grand. Il n'en a rien été et, dès la fin de son discours devant les députés, c'est en grand appareil qu'on a embarqué notre Président, Laurent Fabius, Valérie Trierweiler, toute nouvelle ambassadrice de la fondation Danielle Mitterrand, pour les conduire à la fameuse Maison des esclaves.

Hélas pour ces nobles visiteurs, ils n'ont pas pu, hélas, bénéficier du récit-spectacle folklorique traditionnel qu'y offrait toujours Monsieur Ndiaye (mort en 2009 à 87 ans) qui fut, des décennies durant, le guide officiel de la Maison des esclaves. Il y mettait beaucoup de cœur et pas mal d'imagination, offrant non seulement le récit "historique" de ce lieu de mémoire, mais même, à lui seul, une forme de spectacle, brandissant, avec émotion et passion, les chaînes de l'esclavage qu'il rangeait soigneusement, une fois la visite terminée.

Il est clair que la Maison des esclaves a perdu beaucoup avec la disparition de Joseph Ndiaye. Le problème est que, ce haut-lieu du tourisme sénégalais, qui reçoit en moyenne, dans l'année, 500 visiteurs quotidiens et fait marcher un petit commerce qui est à peu près le seul dans l'île de Gorée, a une histoire qui n'a pas grand-chose à voir avec celle que racontait Joseph Ndiaye et que doivent prolonger, mais sans doute avec moins de pittoresque, ses inévitables successeurs.

En dépit des reconnaissances successives par l'UNESCO, la Maison des esclaves a eu chaud ! En effet, en 1996,  un article du Monde intitulé : « Le mythe de la Maison des esclaves qui résiste à la réalité » a remis en cause les dates, les chiffres et les faits d'une tradition qui émanait essentiellement de Joseph Ddiaye qui avait même écrit un livre à l'appui de ses points de vue. L'affaire a même pris la dimension d'un drame scientifique. La remise en cause du mythe de la Maison des esclaves reposait en effet, pour l'essentiel, sur les travaux de deux chercheurs très estimés de l'IFAN (l'ancien Institut Français d'Afrique Noire devenu, par les heureux hasards offerts par cet acronyme, Institut Fondamental d'Afrique Noire ») Abdoulaye Camara et Joseph Roger de Benoîst (un Jésuite français).  Ces chercheurs reconnus et compétents , accusés de "révisionnisme", se sont vus alors convoqués par les autorités, mis en accusation publique et contraints à résipiscence.

Un des principaux obstacles scientifiques à la légende de la Maison des esclaves tient à la date de sa construction (encore incertaine  - 1777 ou 1783-  mais en tout cas elle n'a pas été bâtie au XVIIème siècle par les Hollandais!) ; selon la source la plus sérieuse, le propriétaire en aurait été Nicolas Pépin, frère de la Signare Pépin et, par là nous retrouvons l'histoire française, qui fut la maîtresse du Chevalier de Boufflers. Vu la date de la construction de ce petit bâtiment, il est donc peu probable que s'y soient embarqués, comme le prétendait Joseph Ndiaye, des centaines de milliers d'esclaves.

Un autre obstacle, plus évident et moins contestable celui-ci, est la taille même de cette maison, somme toute modeste, et sa structure. Les appartements et les pièces de l'étage étaient clairement destinés aux habitants de cette demeure et les quelques pièces du bas ne pouvaient guère accueillir et loger, comme le racontait J. Ndiaye, des dizaines, voire des centaines d'esclaves. Les propriétaires initiaux d'ailleurs se livraient, semble-t-il, davantage au commerce de la gomme arabique de l'ivoire et de l'or qu'à celui du "bois d'ébène" !

Mais le mieux tient assurément à la célèbre porte qui, sur l'arrière du bâtiment, donne sur l'océan et par lequel aurait transité les centaines de milliers d'esclaves qu'on embarquait pour l'Amérique. C'est là où, contre tout bon sens, J. Ndiaye trouvait ses accents les plus déchirants. La chose est pourtant, de toute évidence, peu vraisemblable quand on voit les dimensions très modestes de cette ouverture et surtout l'aspect très rocheux de la côte qui ne permettait guère l'accostage ni même l'approche des navires négriers.

Il est certain que Joseph Ndiaye était la principale attraction du lieu ; comme je n'y suis jamais retourné depuis sa mort, je ne puis guère dire qui l'a remplacé et si ses successeurs déploient dans cette activité le même talent que leur illustre prédécesseur.

Je crois en tout cas qu'on aurait pu épargner à notre Président, à sa compagne et à sa suite, la visite de ce lieu, surtout quand on prend en compte l'extrême brièveté de son séjour africain et les attentes qu'il suscite. J'y reviendrai.

lundi 18 juin 2012

François II

François Hollande, qu'on a vu multiplier les références à François Ier ( Tonton) et qui l'imite en bien des points, y compris dans sa vie conjugale, vient, pour son malheur, d'obtenir, dans la nouvelle assemblée, que le parti socialiste y dispose de la majorité absolue.

Voilà qui le met exactement dans les mêmes conditions que Tonton Premier en 1981 et l'on peut craindre que ce soit pour suivre, dans l'exercice du pouvoir, une course parallèle à celle qui avait conduit Tonton à faire succéder à l'euphorie du temps de Pierre Mauroy, la rigueur qui fut celle de l'exercice du pouvoir par Laurent Fabius. L'histoire bégaierait-elle ?

La chance de tout le microcosme politique aurait été, en somme, que la droite garde la majorité à l'assemblée nationale, ce qui aurait permis à l'UMP comme au PS de passer un quinquennat inerte et paisible et surtout, à son terme, de se ménager la sortie la plus honorable. Quels qu'aient été, alors, à ce moment, les bilans de François Hollande et du parti socialiste, ils auraient pu invoquer le blocage des institutions par la majorité parlementaire de droite. De son côté, cette majorité parlementaire aurait pu excuser son inertie par les blocages opérés par le président dans le cadre de la cohabitation. Parfait pour tout le monde !

Désormais, il va en être tout autrement ; on peut donc imaginer que les mois du Premier Ministre seront probablement comptés, car il faudra, tôt ou tard, réellement et concrètement, changer de politique comme Tonton avait dû le faire en remplaçant Gros Quinquin, le Père Noël des débuts, par un Fabius chargé de serrer les boulons.

Nous n'aurons pas tout perdu puisque ces élections ont toutefois eu le mérite de nous débarrasser de quelques figures encombrantes de notre paysage politique comme Claude Guéant, Nadine Morano ou Jack Lang (vous voyez par là que je ne suis pas raciste!).

Autres moments pittoresques de cette fin de campagne et qui nous fait, nous réjouir, a posteriori, que Madame Royale n'ait pas été élue Présidente de la République : les bévues, successives et consternantes, de Ségolène, toutes pires les unes que les autres.

Non seulement elle avait été assez sotte pour annoncer urbi et orbi qu'elle allait briguer, voire exiger, la présidence de l'assemblée nationale (avant même d'être élue et alors que tout indiquait déjà qu'elle n'avait aucune chance de l'être), suscitant ainsi la fureur jalouse de quelques hiérarques du parti socialiste qui convoitaient évidemment ce même poste (suivez mon regard) et qui ont sans doute, en sous main, favorisé sa non-élection.

Toujours mieux, ensuite, pour essayer de les calmer, elle a prétendu alors, mais trop tard, renoncer à l'Hôtel de Lassays. Une fois sa défaite consommée, la voilà qui déclare cette fois se poser en candidate à la succession de Martine Aubry ! On ne saurait, en si peu de temps, accumuler autant de bourdes et on peut penser que, comme pour la présidence de l'assemblée nationale, elle s'emploie à réunir toutes les conditions de son futur et nouvel échec (N'est-ce pas Monsieur Désir?).

S'ajouteront peut-être à ce brillant bilan, des sanctions du CSA puisqu'avant même les 20 heures fatidiques de l'annonce des résultats, Ségolène a fait, devant micros et caméras, état de sa défaite donc d'un résultat interdit d'annonce, surtout dans la crainte que ses larmes retenues et la dénonciation violente de la traîtrise de son adversaire n'aient pas la place qu'elles méritaient dans les médias.

Comment peut-on prétendre à de hautes fonctions politiques en accumulant ainsi les maladresses et les erreurs.

Bref pour François II, on pouvait, jusqu'à présent, nourrir l'espoir, sinon d'une cohabitation, du moins d'une coalition ! Il n'en sera rien et il va falloir tout assumer, non sans risques ; fort heureusement, il lui reste les conseils avisés de Valérie !