En écrivant mon billet "Jacques Vergès : l'homme des mystères", je pensais que ce serait ma seule et modeste contribution à l'hagiographie de ce grand homme dont tous les médias nationaux nous accablent depuis son décès. Elle portait sur un point très mineur : il est né en 1924 et non en 1925, et les titres de la presse qui le font mourir à 88 ans sont donc tous faux, car il avait, en fait, 89 ans et Paul, son cadet, vraiment né, lui, en 1925, n'est pas son jumeau ! L'un et l'autre se sont cantonnés, toute leur vie, dans ce mensonge, ce qui est sans importance mais néanmoins significatif.
Ce qui m'a incité à songer à donner quelques billets complémentaires est à la fois l'accumulation des sottises et des contrevérités, tant dans les nécrologies que dans les commentaires. En voici un exemple, suite à la référence, indispensable évidemment à mes yeux, que j'avais faite à mon livre de 2007 Vergès : père, fils & frères : Une saga réunionnaise. Je cite fidèlement cette élégante glose :
"Hahaha mais quel vautour ce mec, il profite de la mort de Vergès pour soutirer un billet en nous vendant son livre de merde".
Si j'avais encore quelques hésitations quant à l'opportunité et à l'intérêt de mener à son terme la série de billets que j'envisageais et que j'intitulerai finalement plutôt "les vérités multiples de Jacques Vergès", deux éléments ont achevé de me convaincre.
Le premier est le déchaînement d'une ferveur aussi intense qu'injustifiée autour du personnage, dont fort peu de gens semblent se préoccuper de découvrir la réalité. On a même écrit à sa gloire un poème, paru dans le blog de MDP mais que vous épargnerai ici !
Le second élément est la lecture d'une longue interview intitulée « Jacques Vergès dans un taxi », faite en Belgique, à une date relativement récente (référence dans internet : ds3, RTBF) par J Colin, un journaliste belge. Je n'y ai pas appris grand chose, mais constaté, une fois de plus, cette pente de Jacques Vergès se réinventer sans cesse son histoire, pour se présenter sous le meilleur jour, en omettant tout ce qui le gêne et en mentant systématiquement, y compris sur des points mineurs, pour lesquels il semble assez vain et inutile de dissimuler la vérité, à commencer par son âge réel.
J'ai donc décidé de mener à son terme cette petite entreprise de ré-examen de son parcours de vie, ce qui m'est assez facile à partir du livre que j'ai publié en 2007. Je l'utiliserai largement, en le résumant bien sûr et en le complétant par quelques informations nouvelles, assez rares d'ailleurs.
Voici les divers épisodes prévus dont on trouvera ci-dessous le premier.
1. Jacques Vergès. L'engagement dans les Forces Françaises Libres : "le tourisme guerrier" (1942-1945).
2.Jacques Vergès et l'Algérie.
3. Jacques Vergès et l'argent : le "marronnage" (1970-1978). Le FLN, Mobutu ou Tschombé ?
4. Jacques Vergès : "la cible mouvante",
5. "Jacques Vergès l'anticolonialiste" : "Petits arrangements entre amis" ou "Les liaisons dangereuses",
6. Jacques Vergès et l'ami de trente ans, François Genoud, le banquier des nazis et/ou le nazi des banquiers.
1. Jacques Vergès. L'engagement dans les Forces Françaises Libres : " Le tourisme guerrier" (1942-1945).
Un des talents de Jacques Vergès a toujours été (et il le restera) celui d'exploiter à son avantage toutes les situations dans lesquelles il peut se trouver et de donner, en tout et partout, de soi-même l'image la plus flatteuse qui soit, même et surtout au prix de quelques arrangements avec la vérité.
L'exemple le plus simple et le plus anodin est sans doute celui de son engagement dans les Forces Françaises Libres en 1942 alors qu'il n'avait, dit-il, "que 17 ans".
Double mensonge, si l'on peut dire.
D'une part, si son frère Paul (qui lui a véritablement cet âge alors que Jacques a un an de plus comme on l'a vu) décident de s'engager dans les Forces Françaises Libres, après la libération de la Réunion par le contre-torpilleur le "Léopard", le 28 novembre 1942, mais leur arrivée en Angleterre ne se fera qu'en 1943. Quand la Réunion est libérée, fin 1942, à Madagascar les troupes vichystes ont déjà capitulé devant les Anglais et le débarquement en Afrique du Nord a même eu lieu depuis le 7 novembre 1942. Donc, en ce début 1943, quand les frères Vergès, après plusieurs semaines d'attente, à la Réunion même, puis après un long voyage par mer, via Tamatave et Durban, arrivent à Liverpool, on sait déjà que le Reich a perdu la guère, et cela depuis l'entrée en guerre des Américains fin 1941 et surtout depuis la déroute allemande de Stalingrad le 2 février 1943. C'est, en France, le moment où tous ceux qui jugent ne pas s'être trop ouvertement compromis avec Pétain, se découvrent de la sympathie pour De Gaulle et la Résistance !
Par ailleurs, ce n'est pas à 17 ans mais à 19 ans que Jacques Vergès s'engage, c'est-à-dire, en gros, une année seulement avant la date légale de l'entrée "sous les drapeaux" de sa "classe" comme on disait alors. Bien entendu, s'engager à 17 ans dans l'armée de libérations de la France vous a un petit côté "Marie-Louise", "Soldat de l'an 2" et "Fleur au fusil" que Jacques Vergès ne peut pas laisser passer. Il répétera donc ce mensonge jusqu'à la fin de ses jours, y compris dans ses dernières interviews, alors que nul ne sait mieux que lui que son engagement n'est effectif qu'en 1943 et qu'il a, à ce moment-là, 19 ans. Un détail me direz-vous, certes, mais bien des détails sont traités à l'avenant dans la vie de Jacques Vergès.
C'est même ce qu'on appelle en général des mensonges !
On doit s'interroger, car le fait est d'une importance beaucoup plus grande, sur les raisons de cette décision des deux frères ; elle a sans doute été guidée par deux motivations dont on n'a généralement évoqué qu'une seule dans leurs biographies.
Leur père, Raymond Vergès, est alors, à la Réunion, un fonctionnaire important (Directeur de la santé), franc-maçon avéré, engagé dans les luttes syndicales comme dans la vie locale (maire de Salazie). Il est toutefois, entre 1940 et 1942, un soutien déclaré du régime de Vichy. De ce fait, le régime vichyste et le gouverneur Aubert le traitent avec une évidente faveur. A la différence de nombre d’autres fonctionnaires qui ont été mêlés aux mêmes luttes syndicales que lui, R. Vergès ne semble pas avoir été réellement ni surveillé ni inquiété (P. Eve, 1987 : 882). Son appartenance à la loge l’Amitié du Grand Orient de France est connue de tous, pourtant, quand la loi contre les « sociétés secrètes » est étendue à la Réunion en août 1940, R. Vergès conserve ses importantes fonctions administratives, tandis que de modestes instituteurs sont radiés. Alors que tous les maires sont démis de leurs fonctions et remplacés, R. Vergès, maire de Salazie, qui s’est fait mettre en congé dès 1940, est rétabli dans ses fonctions en février 1941.
La Légion française des combattants est créée en août 1940 et une section est mise en place à Saint-Denis. R. Vergès en fait partie (Lauvernier, 1994 : 270), certes comme simple légionnaire, mais certains anciens combattants refusent la proposition d’adhésion, à leurs risques et périls. Il a donc très clairement l’appui du Gouverneur Aubert qui juge qu’il a adopté « l’attitude d’un très net loyalisme » (C. Lauvernier, 1994 : 269); le gouverneur attendra avril 1942 pour le considérer comme « démissionnaire d’office » et le remplacer comme maire.
Pour clore ce point, au demeurant peu contestable, citons un court passage d'une des lettres de R. Vergès au gouverneur vichyste Aubert : « Je m’engage donc personnellement à suivre, avec un entier loyalisme, le gouvernement français, ainsi que son chef, le maréchal Pétain ». Ce courrier est du 5 octobre 1940 [souligné par moi !] et on ne saurait être plus clair ! Certes à l'arrivée du "Léopard", R. Vergès se déclare un soutien un partisan aussi ferme que secret du général De Gaulle, mais un tel comportement est si banal qu'il ne vaut pas la peine de s'y attarder.
Venons-en donc à la motivation des fils. Ces derniers s'engagent-ils pour faire oublier la collaboration du père? Je n'avance pas cette hypothèse qui l'a été mais qui n'est flatteuse ni pour l'un ni pour les autres.
La seconde raison, à laquelle je crois davantage, est d'ordre plus social que politique. Comme il aime à le rappeler en se définissant comme "un homme double" (Felissi : 25) pour expliquer les contradictions qu'on lui signale dans ses comportements, Jacques Vergès est un métis (français-annamite). Or, en dépit de ce qu'on peut lire ici ou là sur la société réunionnaise, le métissage (autre que celui des Créoles qui est si profond et si généralisé qu'il n'est pas regardé comme tel) n'est guère prisé parmi les catégories sociales et ethniques réunionnaises et il n'y a même pas de terme neutre pour le dénoter. Dans la classification populaire locale, les frères Vergès n'étaient donc que des "bâtards chinois" (ce qui était rare vu l'endogamie des vrais Chinois) ; on n'a pas dû manquer de le leur faire savoir, toute leur scolarité durant et surtout au lycée de Saint-Denis qui, alors n'était guère fréquenté que par l'élite blanche, puisque l'un de leurs camarades de classe était alors Raymond Barre, né en 1924 comme Jacques Vergés.
Fin 1942, les frères Vergès ont donc sans doute trouvé là des raisons de profiter de circonstances qui leur permettent de quitter leur île pour un avenir meilleur loin du pays natal, ce qui était d'ailleurs la migration normale pour les jeunes gens de la bourgeoisie réunionnaise qu'ils étaient tout de même par la situation de leur père.
Au moment de leur mobilisation effective, en 1943, à Camberley, il leur faut choisir leur "arme" (J. Vergès 1998 : 137 ; Th. Jean-Pierre : 56) ; Paul, plus aventureux et plus tenté par l'état militaire, va dans les parachutistes, Jacques, plus prudent, opte pour l'artillerie, tenté peut-être par le refrain égrillard de "l'artilleur de Metz" et par le discours de ses instructeurs qui lui vantent, sans doute, comme à l'accoutumée, les charmes de l'artillerie, « l'arme des feux profonds et puissants ».
"Le tourisme guerrier". Cette expression a dû faire bondir les thuriféraires de Jacques Vergès. Bien à tort d'ailleurs car elle est de lui et il en use pour désigner "sa guerre" (Felissi : 17); Il donne complaisamment le détail de ses excursions, trois années durant : Madagascar, l'Afrique du Sud, l'Angleterre, l'Algérie, le Maroc, l'Italie, le Sud de la France, les Vosges, Paris, Oléron et enfin l'Allemagne ! On voit par là que, si son frère Paul est tenté par l'état militaire (y compris après sa libération, après une guerre où il s'illustrera, lui, dans divers épisodes, qui lui vaudront une médaille qu'il veillera à ne jamais recevoir), les campagnes de Jacques sont infiniment moins brillantes et il ne cherche en rien à le faire croire. C'est même un des rares côtés sympathiques du personnage.
Nous sommes loin des images d'Épinal rêvées par certains commentateurs qui l'imaginent en héros de Monte Cassino ou des champs de bataille européens. Cette guerre est surtout, à l'en croire, occasions de conquêtes féminines (une aventure par garnison ! Pour le détail, cf. R. Chaudenson, 2007 : 273!), de ripailles et de beuveries (T. Jean-Pierre : 62). Pas de cigares pourtant, car il ne sera initié à leur charme que des années plus tard par Che Guevara soi-même! Quant à seule blessure de guerre, il se l'est faite lui-même, à Oléron ... en ouvrant des huîtres.
Il faut reconnaître que, sur ce point au moins, Jacques Vergès nous donne, en parlant lui-même de "tourisme guerrier", une version assez caricaturale de sa vie militaire qui traduit l'esprit profondément antimilitariste qui était sans doute le sien. De toute façon la fin de la guerre sera pour lui très heureuse et elle sera même à l'origine de sa carrière, dans la mesure où, comme "ancien combattant", il obtient une bourse d'études qui lui permettra de commencer une fréquentation universitaire assez tortueuse qui, de l'étude de l'histoire et des langues rares, le conduira finalement au barreau.
Références.
Chaudenson, Robert, 2007, Vergès père, frères & fils : une saga réunionnaise, Paris, L'Harmattan
Eve, Prosper, 1987, "Le syndicalisme à la Réunion: 1900-1958", Thèse ronéotée, Aix-en-Provence
Felissi, Philippe Karim, 2005, Jacques Vergès l’anticolonialiste, Le Félin
Jean-Pierre, Thierry, 2000, Vergès et Vergès. De l’autre côté du miroi,. Lattes
Lauvernier, Chantal, 1994, « Ban-bai » Raymond Vergès, 1882-1957
Vergès Jacques, 1998, J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans, La Table ronde
Violet, Bernard, 2000, Vergès, le maître de l’ombre, Le Seuil.
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mardi 20 août 2013
lundi 25 mars 2013
L'auberge sahélienne (suite et pas fin!)
Commentaire d'Expat (comme toujours intéressant et
bien informé) sur mon post d'hier ; je le reproduis ici car la plupart ne l'ont
sans doute pas lu.
"Cher Usbek,
Je pense qu'en termes de négociations entre la France et le Tchad, s'agissant de cet engagement et peut-être davantage, Idriss Déby est mieux armé, si j'ose dire, que Hollande.
Sur un point de vue militaire, lui sait au moins de quoi il parle puisque ce n'est pas un politique, mais un militaire ayant pris le pouvoir, en plus avec le soutien des Français, les militaires ayant sans aucun doute joué de leur influence pour qu'on se débarrasse enfin de Hissène Habré en faveur de celui qu'ils considéraient comme leur poulain. Sur ce dernier point je peux témoigner de la cote de popularité qu'il pouvait avoir auprès du commandement français au Tchad au cours des années 80 quand il était alors le commandant en chef, très efficace par ailleurs, des forces tchadiennes. Tout ça pour dire que la guerre et ce type de guerre il connait pour l'avoir vécu, comme il connait nos faiblesses sur ce type de terrain face à ce type d'ennemis.
Maintenant il faut considérer les intérêts réciproques des uns et des autres.
S'agissant du Mali, inutile de s'étendre sur le fait que l'apport tchadien est fondamental.
Sur un plan plus global, on considèrera que Déby ayant troqué sa djellaba de comchef des forces armées tchadiennes contre le costume cravate du chef d'Etat ne s'est pas bonifié, c'est une litote. Reste qu'on l'a sorti une ou deux fois de la panade. La dernière fois on en était aux dernières extrémités puisque le palais présidentiel était encerclé et lui dedans. Ce qui veut dire qu'il est sans doute plus utile qu'un éventuel successeur inconnu. Déby est le dernier avatar de ces gens du Nord au pouvoir depuis la fin des années 70. Il y avait le duo Goukouni-Habré qui se disputait régulièrement le pouvoir, et vite Déby est apparu comme un remplaçant possible et même crédible. Depuis c'est moins clair ou disons qu'on n'a pas de réel "poulain". Donc notre intérêt est peut-être de garder celui qu'on connait et qui nous garantit un positionnement intéressant dans cette région de l'Afrique, surtout depuis que notre présence en Centrafrique est devenue symbolique.
Tout ça pour dire que pour l'instant, il profite dans ses rapports avec la France d'une situation qui lui est favorable, ce qui lui permet effectivement de fanfaronner".
Je pense qu'en termes de négociations entre la France et le Tchad, s'agissant de cet engagement et peut-être davantage, Idriss Déby est mieux armé, si j'ose dire, que Hollande.
Sur un point de vue militaire, lui sait au moins de quoi il parle puisque ce n'est pas un politique, mais un militaire ayant pris le pouvoir, en plus avec le soutien des Français, les militaires ayant sans aucun doute joué de leur influence pour qu'on se débarrasse enfin de Hissène Habré en faveur de celui qu'ils considéraient comme leur poulain. Sur ce dernier point je peux témoigner de la cote de popularité qu'il pouvait avoir auprès du commandement français au Tchad au cours des années 80 quand il était alors le commandant en chef, très efficace par ailleurs, des forces tchadiennes. Tout ça pour dire que la guerre et ce type de guerre il connait pour l'avoir vécu, comme il connait nos faiblesses sur ce type de terrain face à ce type d'ennemis.
Maintenant il faut considérer les intérêts réciproques des uns et des autres.
S'agissant du Mali, inutile de s'étendre sur le fait que l'apport tchadien est fondamental.
Sur un plan plus global, on considèrera que Déby ayant troqué sa djellaba de comchef des forces armées tchadiennes contre le costume cravate du chef d'Etat ne s'est pas bonifié, c'est une litote. Reste qu'on l'a sorti une ou deux fois de la panade. La dernière fois on en était aux dernières extrémités puisque le palais présidentiel était encerclé et lui dedans. Ce qui veut dire qu'il est sans doute plus utile qu'un éventuel successeur inconnu. Déby est le dernier avatar de ces gens du Nord au pouvoir depuis la fin des années 70. Il y avait le duo Goukouni-Habré qui se disputait régulièrement le pouvoir, et vite Déby est apparu comme un remplaçant possible et même crédible. Depuis c'est moins clair ou disons qu'on n'a pas de réel "poulain". Donc notre intérêt est peut-être de garder celui qu'on connait et qui nous garantit un positionnement intéressant dans cette région de l'Afrique, surtout depuis que notre présence en Centrafrique est devenue symbolique.
Tout ça pour dire que pour l'instant, il profite dans ses rapports avec la France d'une situation qui lui est favorable, ce qui lui permet effectivement de fanfaronner".
Mes
hypothèses sur les relations entre Hollande et Deby durant le dernier trimestre
2012 sont confirmées par un texte, paru à l'époque (4/12/12) sur internet. Je ne l'ai trouvé qu'hier, par hasard, après la publication
de mon blog dont il confirme l'hypothèse et les conclusions. Voici ce texte
paru dans Survie.org :
"Hollande fait la paix avec Déby et prépare la guerre
Après
quelques hésitations, le dictateur tchadien Idriss Déby sera reçu à l’Elysée
par François Hollande mercredi. Cette rencontre plusieurs fois reportée, aura
lieu sur fond de négociation sur une intervention militaire au Mali appuyée par
la France, qui souhaite mobiliser les troupes claniques de l’armée tchadienne.
L’accueil
annoncé à l’Elysée du dictateur tchadien Idriss Déby le 5 décembre conclut un
vrai-faux suspense qui a duré plusieurs semaines. Les reports de ce rendez-vous
sont probablement le signe de houleuses tractations dans lesquelles les
questions liées aux violations des droits humains au Tchad n’auront au final
pas pesé lourd face à la volonté de la France d’obtenir le soutien de N’djamena
dans le dossier malien. En effet, pour des raisons géostratégiques décidées en
dehors de la volonté souveraine du Mali, la France fait depuis plusieurs mois
pression sur le président tchadien pour obtenir la participation de ses troupes
et de ses moyens militaires dans l’ « opération africaine » qu’elle promeut.
Une participation évidemment compromise si Hollande n’accepte pas de donner un
minimum de caution diplomatique à Déby en le recevant à l’Elysée.
Le
cas tchadien illustre cette incapacité de l’exécutif français à définir une
ligne diplomatique claire et assumée concernant ses relations avec les
dictateurs africains. A quoi bon en effet tenir un discours sur les droits
humains sur les terres d’un dictateur à Kinshasa en octobre et se pincer le nez
face à lui, si c’était pour rencontrer discrètement dans la même journée les
despotes congolais et camerounais Denis Sassou Nguesso et Paul Biya ou si c’est
pour recevoir à l’Elysée le dictateur tchadien Idriss Déby quelques semaines
plus tard ?
Rappelons
qu’Idriss Déby, souhaitant faire jouer au maximum son potentiel de négociation,
avait pris soin de décliner l’invitation à Kinshasa, sans doute d’en l’attente
d’être « mieux traité » à Paris. C’était prendre peu de risques. Les visites
ministérielles au Tchad en juillet dernier de Laurent Fabius et Pascal Canfin
avaient en effet laissé envisager, sur fond de crise au Mali, une continuité
dans la politique française de soutien « pragmatique » au dictateur, le chef de la diplomatie française y faisant étalage des «
relations d’amitié qui demeurent » .
En
fait d’amitié, c’est l’armée tchadienne qui est soutenue sans discontinuer par
le dispositif militaire français Epervier, lancé en 1986 par le gouvernement
Fabius – ce dispositif est constitué d’un millier d’hommes, d’une force
d’aviation et de renseignement sophistiqué, renforcé ces dernières semaines.
L’armée tchadienne, en phase avec la volonté farouche d’Idriss Deby de se
maintenir au pouvoir, est une des plus puissantes de la région. Habituée à des
opérations dans des zones désertiques, elle compterait « 30.000 hommes équipés
d’armes modernes et de moyens aériens ». Dans un pays classé parmi les plus
pauvres de la planète, l’armée plétorique de ce pouvoir couvé par les bons
soins de la France aurait davantage de quoi inquiéter que de réjouir quiconque.
En
effet, Idriss Déby est responsable d’une partie des massacres et atrocités
commises sous le régime d’Hissène Habré, dont il fut le chef d’État major,
avant de le renverser en 1990 avec l’appui de la France. A la tête de l’État,
il n’hésita pas à ordonner de nouveaux massacres et des exactions insoutenables, et s’est maintenu au pouvoir par les
armes, toujours soutenu par la France. Un soutien tricolore multiforme :
économique, via les largesses en aide publique ; diplomatique, par la validation
d’élections truquées (quand la France n’a pas elle-même contribué à organiser
la fraude comme lors de la présidentielle de 2001) ; militaire enfin, l’armée
française repoussant les rébellions de 2006 ou 2008 et continuant à fournir en
armes un régime qui a renoncé à investir dans les secteurs sociaux de base et
n’hésite pas, comme le dénonce Amnesty International, à recruter des enfants
soldats.
Aujourd’hui,
alors que les Tchadiens réclament la démocratie, la fin de la répression contre
les opposants, victimes d’arrestations arbitraires, la vérité dans les
multiples affaires criminelles impliquant le régime tchadien (dont la
disparition de l’opposant Ibni Oumar Mahamet Saleh en février 2008), et surtout
des politiques publiques au service des populations, la France accepte de
redonner une caution d’honorabilité à Idriss Déby. Avec pour seul espoir que
les soldats tchadiens, supposés spécialistes du Sahel (du moins quand la France
les appuie), sinistrement réputés pour leur clanisme, leurs exactions et leurs
multiples retournement d’alliances dans les différents conflits internes, ne
constituent un soutien utile sur le terrain malien.
Naïvement
ou à dessein, le Président de la république française s’engouffre dans une
realpolitik promue avec son Ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius et
opte délibérément, sous des prétextes fallacieux, pour une politique criminelle
de réhabilitation d’un des pires despotes du continent. Un manque de lucidité
particulièrement étonnant tant les exactions du régime Déby sont connues et
documentées, y compris par des conseillers du président de la République, telle
l’ancienne députée Marie-Hélène Aubert qui de part ses travaux passés est bien
informée de la nature du régime d’Idriss Déby .
Une diplomatie française qui s’évertue à voir Idriss
Déby comme une solution plutôt que comme un problème n’est décidément pas prête
à rompre avec la Françafrique".
Pour
voir à quel point la vision de la situation au Tchad diffère de celle qu'on
nous présente, un texte tout récent publié sur internet là-bas (24 mars 2013) par
Moussa
Guetane Moussa dans
Alwihdainfo.com :
"Après
une longue série de tergiversations, la France reconnait à
contrecœur la mort du chef terroriste Abou Zeid. Cette reconnaissance forcée a
été longuement accentuée par la volonté affichée des FATIM et des hautes
autorités tchadiennes de ne pas se laisser cette capitale victoire contre le
terrorisme. Reste aussi pour la France de reconnaitre la mort de l’autre chef
terroriste Moukhtar Belmoukhtar. Le Tchad quant à lui maintient mordicus sa
déclaration sur la mort de ce dernier qui a été abattu grâce à la bravoure et
au professionnalisme des forces armées tchadiennes qui entendent lancer un
message fort à tous ceux
qui rêvent de rééditer l’expérience malienne sur le sol tchadien qu’ils seront
sévèrement battus à platcouture et leur
ambition macabre vouée à un échec cuisant et mémorable.
La France et
les pays de la
CEDEAO doivent implicitement reconnaitre que le Tchad est un partenaire
incontournable dans la stabilité et la lutte contre le
terrorisme dans la sous-région. Il est temps que les grandes puissances luttant
contre le terrorisme accordent une oreille attentive à notre pays en l’aidant
dans sa politique sécuritaire et en veillant à sa stabilité, un verrou important
dans la lutte contre le terrorisme. Avec la nouvelle donne sur l’implantation
des cellules terroristes actives et dormantes dans le Sahel, la stabilité du Tchad est un
atout indéniable pour la sécurité du reste de la région. Tout déstabilisation
ou trouble conflictuel au Tchad débordement au-delà de nos frontières pour
sonner le glas de la sécurité et de la stabilité dans la sous-region.
Le sacrifice
de nos vaillants soldats au Mali sera inscrit dans les annales de l’histoire de
la lutte contre le terrorisme. Le Tchad jadis considéré comme un pays de
troubles et de conflits incessants a su remonter la pente pour s’engager dans
le sillage des pays œuvrant pour la paix au-delà de leur frontière. Il est
primordial et capital pour les autorités tchadiennes de prendre toutes les
mesures pour doter encore nos forces armées et de sécurité des moyens plus
importants et sophistiqués pour défendre nos frontières et veiller à lutter
efficacement contre le terrorisme. La sous-region tirera un privilège
sécuritaire indéniable. C’est en modernisant nos forces armées et de sécurité
qu’on récoltera les fruits de notre investissement pour sécuriser et stabiliser
notre pays contre les visées déstabilisatrices et les actes de terrorisme. La
sécurité et la stabilité du Tchad est l’affaire de tous les Tchadiens d’abord,
ensuite viendrait l’aide de nos amis et partenaires étrangers. ".
Je laisse de côté ici les événements de RCA et la chute de Bozizé ! L'auberge va s'aggrandir !
samedi 23 mars 2013
Internet : Merveille ou poubelle ? (suite)
Suite à la publication du post portant ce titre,
j'ai reçu (envoyé le 21 mars 2013 à 10 heures 27) le commentaire suivant
"
Anonyme a dit...
Oui, mais (bien sûr)...
- Les premières références de Google sont des liens payés (= des pubs) présentés sur un fond de couleur différente.
- Comme vous le signalez, les organismes de service se soucient souvent assez peu d'avoir un site complet. Cela les aiderait pourtant beaucoup.
- Il est vrai que la pub est énervante, mais elle nous permet d'avoir accès à toutes ces informations gratuitement. Personnellement, je ne pourrais pas me permettre l'accès payant à toutes ces infos (à commencer par les journaux).
- Remarque collatérale : il serait bienvenu de donner une vraie formation à nos élèves et étudiants afin qu'ils soient capables de faire des recherches documentaires leur permettant de trouver les infos qu'ils cherchent, et surtout de valider les sources."
- Les premières références de Google sont des liens payés (= des pubs) présentés sur un fond de couleur différente.
- Comme vous le signalez, les organismes de service se soucient souvent assez peu d'avoir un site complet. Cela les aiderait pourtant beaucoup.
- Il est vrai que la pub est énervante, mais elle nous permet d'avoir accès à toutes ces informations gratuitement. Personnellement, je ne pourrais pas me permettre l'accès payant à toutes ces infos (à commencer par les journaux).
- Remarque collatérale : il serait bienvenu de donner une vraie formation à nos élèves et étudiants afin qu'ils soient capables de faire des recherches documentaires leur permettant de trouver les infos qu'ils cherchent, et surtout de valider les sources."
Je m'étais
engagé à répondre à ce commentaire sur quelques points qui me paraissaient le
justifier et je trouve aujourd'hui l'occasion de le faire, en remettant à demain
un autre post que j'avais l'intention d'écrire maintenant.
Sur le premier
point : « Les premières références de Google sont des liens payés (= des pubs)
présentés sur un fond de couleur différente ». J'ai vérifié, hier encore, ce
n'est pas le cas pour ce qui concerne la page que j'évoquais ; tous les titres
de référence sont présentés de la même façon et c'est seulement lorsqu'on
clique sur l'un ou l'autre de ces titres qu'on va trouver les pubs. Elles ne
figurent pas, bien entendu, sur la liste des références (souvent étrange) que Google
fournit pour un mot sur lequel on l'interroge.
Je signale aussi
au passage les subterfuges publicitaires exaspérants qui vous flanquent,
inopinément, des publicités dont vous ne pouvez plus ensuite vous débarrasser,
sinon à grand-peine. Il doit y avoir (et les spécialistes comprendront) des
procédures qui permettent de maintenir la publicité, même quand on cherche à la
faire disparaître.
La gratuité de
l'information est évidemment un élément intéressant, mais je crois que dans cet
usage de la publicité, il faut distinguer différents niveaux. Google vit de la pub, et fort bien,
c'est clair mais il y a (et j'en connais), à des niveaux bien inférieurs, des
créateurs de sites qui, en fait, n'ont pas le moindre intérêt pour les
informations proprement dites qu'ils prétendent offrir. C'est le cas que j'ai
cité dans mon post. Ils font semblant de diffuser une information, lacunaire voire
nulle, dans le seul but d'attirer, grâce à ces appâts, des visiteurs puis, par
là, des annonceurs publicitaires qui leur assurent leurs revenus (comme aussi, du
même coup à Google). Il en résulte que les organismes de services feraient
beaucoup mieux de fabriquer eux-mêmes, artisanalement, des sites fournissant les
informations souhaitées plutôt que de se laisser phagocyter par des créateurs
de sites qui ne les mentionnent, le plus souvent très mal, que pour attirer, à
travers eux, des visites et ensuite des annonceurs publicitaires.
Personnellement,
je ne consulte à peu près jamais de sites d'information payants, tant il est
facile de se procurer, gratuitement, une information équivalente voire de bien
meilleure qualité.
Cela nous amène à ce qui est, à mon sens, le
plus important et qui est le dernier point du commentaire. Je crois que la loi
de la recherche de l'information et même plus généralement celle de l'usage de
l'ordinateur repose sur la ruse.
Très souvent pour un néophyte ignorant comme moi, lorsque mon ordinateur me refuse
un service, il faut trouver la combine qui permette de contourner cette
interdiction. Je n'y arrive pas toujours mais j'y parviens quand même souvent.
Prenons le cas d'un
sujet dont j'ai traité souvent ces derniers temps et qui est la guerre au Mali
(cf. ma série de blogs intitulée « Honni soit qui Mali pense »). La
dernière chose à faire en la matière pour une information solide est
précisément de consulter la
presse française qui est à peu près nulle sur le sujet, si l'on met à part le
dossier du Monde qui est arrivé bien
tardivement. Même dans ce cas précis, on pouvait atteindre l'essentiel de l'information
sans passer par les fourches caudines du paiement à des journaux.
La vraie
solution est ailleurs ; elle consiste à consulter des sites au Tchad, au
Burkina Faso, en République Centrafricaine et plus généralement en Afrique pour
trouver une information bien meilleure. Il suffit d'ailleurs de se reporter à
mes différents posts sur la question pour voir ce point illustré par des exemples
que je n'ai pas le temps de reprendre ici.
De toute façon,
je suis loin d'en avoir fini avec cette question et je vais probablement très
prochainement ajouter un numéro à cet ensemble, car les choses ne s'arrangent
guère à la fois en RCA et au Tchad. Je ne parle même pas ici du Mali car on devine
assez la situation là-bas ; il est tristement comique d'entendre notre ministre
des affaires étrangères dire que la solution diplomatique succédera à la
solution militaire française ! La haine millénaire qui existe dans cette région
entre les populations du Nord et du Sud et les écarts démographiques (de 1 à 15) empêchent d'avance
toute représentation des premières dans un Etat simplement unifié comme on l'a fait dans les années 60 et comme on rêve
de le refaire.
Affaire à suivre et ce n'est pas en virant, au Quai d'Orsay
comme à Bamako, tous les diplomates de bon sens et courageux qu'on réglera ce
problème.
mardi 19 mars 2013
L'éducation nationale et l'armée : de la grande bavarde à la grande muette.
Il en est de la
gestion du budget de l'État comme de celle des programmes de l'éducation
nationale et, plus généralement encore, comme des réformes dans notre pays.
Tout le monde est d'accord sur la nécessité de faire des économies et de
réduire les coûts globaux comme sur celle de procéder à des réformes. Le seul problème
est que les économies, comme les réformes, c'est toujours pour les autres.
Sartre avait
bien raison : « L'enfer, c'est les autres. ».
Je reste
convaincu '(et je l'ai déjà écrit ici-même) que notre bon Président de la République,
tout normal qu'il est et même probablement plus futé en la circonstance que ses
interlocuteurs, s'est laissé manipuler, dans l'affaire de la guerre au Mali,
devant les démonstrations éclatantes, faites à son intention et son attention exclusives par les
militaires, que notre supériorité évidente face aux « terroristes » conduirait
à une victoire aussi rapide qu'éclatante. Pour sa plus grande gloire bien sûr. Cette guerre sera le plus beau jour de sa vie...comme le sabre de Joseph Prudhomme!
Toutefois, par un
heureux hasard, cette solution, glorieuse et rapide, de redorer instantanément
l'image de notre président (du moins selon la version présentée par les
militaires) est intervenue précisément, vous l'aurez noté, juste au moment où était en chantier, depuis
des semaines, le "Livre blanc de la défense". En haut lieu, on
voudrait, dit-on, ramener à 1,5 % du PIB, les crédits de la défense, qui étaient encore
à 3 % de ce PIB en 1981, à l'arrivée au pouvoir d'une gauche qui d'ailleurs n'a
pas fait grand-chose dans ce domaine.
Cette guerre du
Mali, qui devait être un triomphe éclair de nos armées, va désormais traîner en
longueur, de l'avis de tous les spécialistes et même simplement de l'avis du
plus modeste de ceux qui, comme moi, connaissent un peu cette région et les
problèmes qui s'y posent. Ils ne sont d'ailleurs en rien, pour l'essentiel,
militaires, mais ethniques et politiques, en raison de la haine, réciproque et séculaire,
qui oppose les "mélanodermes" du Sud et les "peaux blanches"
ou "peaux rouges" du Nord.
La solution,
souvent commode du vote ("une voix, un vote"), ne résout aucun
problème, puisque les Tamasheq et les Arabes du Nord sont 12 ou 13 fois moins
nombreux que les Maliens du Sud et qu'une telle procédure électorale
n'amènerait qu'à régénérer et légitimer le problème sous couvert de démocratie et
de justice. Tous ceux qui connaissent le Mali, depuis Antoine Glaser jusqu'à ce
pauvre Laurent Bigot qui s'est fait virer par Fabius de sa sous-direction du Quai d'Orsay
pour avoir osé le dire dans un colloque, savent et disent tout ça mais nul ne
veut les entendre, pour des raisons souvent différentes d'ailleurs.
Le Mali n'a toutefois
été qu'un aspect mineur et une conséquence fortuite du problème du budget
militaire, à propos duquel se manifeste une volonté gouvernementale de le réduire
; aucune des trois armes ne veut bien entendu que cela se fasse à son détriment et
propose évidemment que ce soient les deux autres qui payent. Au fait à quoi bon tous ces généraux et tous ces amiraux dans une armée qu'ils jugent eux-mêmes dépassée ?
Le bon sens le
plus élémentaire conduirait à sabrer le budget nucléaire qui représente,
en gros, 10 % des 31,5 milliards d'euros du budget de la défense ; cette vieille bombe atomique ne sert
pas à grand-chose, puisque nous pouvons, après tout, nous mettre sous le bouclier
nucléaire américain et que nous disposons, par ailleurs, d'un arsenal nucléaire,
qui est sans doute en passe de devenir obsolète mais ne l'est pas davantage que
le reste de nos équipements militaires qu'on dit désuets. Il paraît toutefois, Dieu
sait pourquoi, qu'il n'y faut pas toucher! Au fait, autre question idiote : à qui
voulons nous faire, tout seuls, la guerre ?
Les conflits
entre les trois armes (terre, mer, air) rappellent singulièrement les débats
éternels au sein des commissions de programmes de l'éducation nationale dont on
vient de mettre en place la Nième et qui est, de toute évidence, promise aux
mêmes vains débats et donc de ce fait au même sort que les autres. On y
retrouve déjà le même état d'esprit : la réforme oui, à condition qu'elle ne
concerne que les autres! Une étude précise des résultats de ces commissions de
programmes successives montrerait sans doute qu'elles ont davantage contribué à alourdir les programmes au lieu de les
alléger, chacun cherchant à tirer la couverture à soi comme, le font les trois armes,
dans l'armée.
La seule
différence entre l'éducation nationale et l'armée est qu'on bavarde beaucoup
dans le premier cas et que les syndicats se répandent dans toute la presse
ainsi que les associations de parents d'élèves et toutes sortes de groupuscules
de tous poils. En revanche, les débats militaires interarmes sont plus feutrés et
les manoeuvres plus discrètes, mais tout aussi acharnées, dans la tradition de
la "Grande muette".
Ne serait-ce pas
le rôle d'un Président vrai homme d'Etat et d'un vrai gouvernement, qui disposent
naturellement par ailleurs de tous les experts qu'il faut, de prendre les décisions
eux-mêmes et de les imposer à tous les ministères, donc aux
enseignants comme aux militaires, sans leur demander leur avis, puisqu'on sait
que, de toute façon, rien ne se fera de leur côté, si on en attend des
initiatives qui les concernent ?
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samedi 9 mars 2013
Honni soit qu Mali pense. Du Tchad. Dernière minute
"Depuis l’engagement militaire de notre pays aux cotés des forces françaises au nord du Mali, une véritable campagne médiatique visant à saper l’image et la combativité de nos forces en les reléguant au rang de simples supplétifs, d’ailleurs les organes de presse français ne font aucun écho de la participation décisive de notre armée sur le terrain des opérations.
Les organes de propagande relaient des informations savamment orchestrées pour minimiser et banaliser la participation des FATIM. Les Français font tout pour donner une image peu reluisant à nos forces jetant ainsi la suspicion et le discrédit sur les éléments sur le terrain. L’entêtement des responsables et de la presse de ce pays à nier l’évidence de la liquidation des deux chefs djihadistes pour satisfaire aux besoins des familles des otages français et atypique et relève d’un mépris total de la France du rôle des forces tchadiennes au Mali. La France ne veut en aucun moment partager la primauté des victoires sur le terrain avec un pays tiers, elle est venue pour redorer son blason au Mali et n’entend pas se laisser gruger cette notoriété par aucun pays.
Traiter de rumeurs l’annonce faite par le chef de l’État et du chef d’état major adjoint des forces armées tchadiennes de la mort d’Abou Zeid et de Moukhtar Belmotar est à l’image même du comportement ambigüe de la France depuis l’ouverture des opérations au Mali. Nous devons prendre toutes nos dispositions pour ne pas tomber dans le piège bien rodé de la France. Pour nous Tchadiens, nous faisons confiance au chef de l’État et à nos forces armées nationales tout en croyant que les deux émirs algériens ont été bel et bien liquidés les FATIM .En dépit du combat médiatique engagé par la France contre les FATIM et les autorités tchadiennes, notre pays continuera à terme son engagement au Mali pour y faire triompher la justice, l’État de droit et le respect des droits humains. Nous avons consentis un lourd tribut et n’entendons pas laisser en queue de poisson cette promesse tchadienne d’aider à pacifier le Mali. La vérité jaillira immuablement et le monde entier pourra tôt ou tard apprécié à juste valeur le rôle prépondérant du Tchad dans le rétablissement de la paix au Mali".
Moussa Guetane Moussa
Ndjamena; 9 mars 2013; 11heures 04
Les organes de propagande relaient des informations savamment orchestrées pour minimiser et banaliser la participation des FATIM. Les Français font tout pour donner une image peu reluisant à nos forces jetant ainsi la suspicion et le discrédit sur les éléments sur le terrain. L’entêtement des responsables et de la presse de ce pays à nier l’évidence de la liquidation des deux chefs djihadistes pour satisfaire aux besoins des familles des otages français et atypique et relève d’un mépris total de la France du rôle des forces tchadiennes au Mali. La France ne veut en aucun moment partager la primauté des victoires sur le terrain avec un pays tiers, elle est venue pour redorer son blason au Mali et n’entend pas se laisser gruger cette notoriété par aucun pays.
Traiter de rumeurs l’annonce faite par le chef de l’État et du chef d’état major adjoint des forces armées tchadiennes de la mort d’Abou Zeid et de Moukhtar Belmotar est à l’image même du comportement ambigüe de la France depuis l’ouverture des opérations au Mali. Nous devons prendre toutes nos dispositions pour ne pas tomber dans le piège bien rodé de la France. Pour nous Tchadiens, nous faisons confiance au chef de l’État et à nos forces armées nationales tout en croyant que les deux émirs algériens ont été bel et bien liquidés les FATIM .En dépit du combat médiatique engagé par la France contre les FATIM et les autorités tchadiennes, notre pays continuera à terme son engagement au Mali pour y faire triompher la justice, l’État de droit et le respect des droits humains. Nous avons consentis un lourd tribut et n’entendons pas laisser en queue de poisson cette promesse tchadienne d’aider à pacifier le Mali. La vérité jaillira immuablement et le monde entier pourra tôt ou tard apprécié à juste valeur le rôle prépondérant du Tchad dans le rétablissement de la paix au Mali".
Moussa Guetane Moussa
Ndjamena; 9 mars 2013; 11heures 04
Petites blagues présidentielles
Notre président,
que ses amis, comme tous ceux qui l'ont approché, disent fort amateur de
petites blagues et expert en la matière, n'aura pas longtemps contrarié cette
pente naturelle qu'on peut juger peu compatible avec sa nouvelle fonction. Mais
après tout, un président normal ne doit peut-être pas renoncer totalement aux
petites blagues qu'il juge normales. Nous autres Français sommes, sur ce point,
très coincés ; les présidents des Etats-Unis non seulement se livrent volontiers
et souvent à de telles "blagues", mais tous ont même, toujours, une
équipe de "gagmen" spécialisés chargés de leur les préparer à
l'avance pour toutes les circonstances.
F. Hollande a
commencé timidement avec la succession du pape, en disant que nous n'aurions
pas de candidat ; il a continué, de façon moins drôle, à propos de son
prédécesseur au salon de l'agriculture en répondant à la question d'une enfant
sur la présence de Sarkozy qu'on ne le reverrait plus. Ce n'était pas terrible
et, en outre, incertain ; il aurait pu, de façon plus drôle parmi les animaux
exposés, lui indiquer, pour rire un peu, un taureau, un bouc ou un verrat.
Nous attendons désormais
de sa part, vu sa réputation, quelques productions de meilleur aloi.
Peut-être en
avons-nous déjà eu une, ce vendredi 8 mars 2013, avec l'annonce du rapatriement
de 30 soldats français blessés au Mali. Dans mon post d'hier, j'avais d'emblée
jugé cette nouvelle, fort inattendue, quelque peu plaisante ; elle m'avait même
inspiré aussitôt une interprétation en forme de blague où je faisais part de
mon espoir qu'en fait de blessures de guerre, il ne s'agissait, au pire, que de
foulures et de coups de soleil.
Sans le savoir
j'avais mis dans le mille! J'avais hélas raison et l' on nous a dit
effectivement que ces grands blessés militaires, rapatriés d'urgence et à
grands frais, étaient pour l'essentiel atteint de ce genre de blessure.
On aurait dû
tout de même les informer en les envoyant en mission là-bas de la nature accidentée
du terrain du Nord-Est du Mali, ce qui expose à des chutes (il aurait donc mieux
valu y envoyer des chasseurs alpins que des parachutistes) et que c'était à la
chasse aux terroristes sahéliens qu'ils étaient conviés et non des à celle
d'alpestres bouquetins. Il leur fallait, par conséquent, songer à se prémunir aussi
contre les ardeurs du soleil qui sont vives dans cette région ; là encore, contre
les ardeurs solaires, le vaste béret de nos chasseurs alpins eût été préférable
au modeste couvre-chef des paras !
J'aime à penser
que c'est là une petite blague de notre président qui, par respect excessif, a été
prise au sérieux dans le service de la propagande des armée ; on y a cru
trouver un excellent moyen d'équilibrer par la mention de ces blessures de
guerre (dont il aurait été sage de ne pas préciser la vraie nature) les lourdes
pertes subies par le contingent tchadien qui commence à se sentir traité par
les Français, pour reprendre ses propres termes, comme de la "chair à
canon".
Je me demande si
l'annonce présidentielle du début du retrait des troupes françaises pour le début
du mois d'avril n'est pas aussi, de la part de François Hollande, l'esquisse
d'une petite blague que la vieille tradition française du 1er avril rendra plus
acceptable.
Si je puis, en
la matière, me permettre une suggestion très respectueuse à notre président, je lui
suggérerais volontiers d'instaurer, au sein du contingent français actuellement
au Mali, un tirage au sort pour désigner qui pourra bénéficier du retour en
France le 1er avril 2013. Car, vous l'aurez noté, si on nous a annoncé que les
troupes commenceraient à revenir ce 1er avril, il n'a été, à aucun moment
précisé, combien de soldats seraient concernés par ce retour. Un seul suffirait
donc à assurer que la promesse a été tenue.
Serais-je à la
place de notre président que je me permettrais, en outre, de tripatouiller un
peu le tirage au sort (il a souvent vu faire ça au PS, alors une fois de plus
ou de moins...) de façon à ce que l'heureux élu soit un soldat de l'infanterie
de marine c'est-à-dire « un marsouin »!
La tradition bien
française du poisson d'avril en serait par là encore mieux respectée
vendredi 8 mars 2013
Honni soit qui Mali pense ! On nous ment (suite)
Je reviens,
contre mes intentions premières, sur le sujet de la situation réelle de l'Afrique sahélienne
à propos de laquelle on nous "enfume". Deux raisons à cela ; d'une part
j'ai reçu de la part d'Expat (fin connaisseur des choses de l'armée et de
l'Afrique, à la différence de nos "experts" de la radio et de la
télé) un commentaire fort intéressant mais qui, fait tardivement sur mon post
d'hier, aura sans doute échappé à la plupart des lecteurs. Le voici donc car il en vaut la peine :
"Cher
Usbek,
J'ai lu également que les relations entre Tchadiens et Français se tendaient, les premiers accusant les seconds de les envoyer au carton, selon l'expression consacrée.
Je dois dire que les disproportions entre les victimes dans chacun des deux détachements, et même en se référant aux seuls chiffres officiels, m'ont vraiment surpris et sont de nature à corroborer ces accusations.
S'agissant des soldes, c'est un point que j'avais évoqué ailleurs et qui va bien au delà des Tchadiens, puisque la Misma [ONU] est aussi concernée. Les Africains sont toujours friands de missions ONU à cause de cela, mais puisque l'ONU ne prend pas la main, il y a de fortes chances que ça finisse par déraper, à moins que nous payions, ce qui n'est pas à exclure.
J'ai vécu une expérience de ce type avec un contingent africain qui n'a pas mis deux mois à se transformer en une bande de clochards terrorisant les foules qu'ils étaient censés défendre.
Par ailleurs, l'annonce d'un premier retrait en avril de nos forces me laisse pour le moins perplexe quant à la stratégie suivie par notre chef des armées et président.".
J'ai lu également que les relations entre Tchadiens et Français se tendaient, les premiers accusant les seconds de les envoyer au carton, selon l'expression consacrée.
Je dois dire que les disproportions entre les victimes dans chacun des deux détachements, et même en se référant aux seuls chiffres officiels, m'ont vraiment surpris et sont de nature à corroborer ces accusations.
S'agissant des soldes, c'est un point que j'avais évoqué ailleurs et qui va bien au delà des Tchadiens, puisque la Misma [ONU] est aussi concernée. Les Africains sont toujours friands de missions ONU à cause de cela, mais puisque l'ONU ne prend pas la main, il y a de fortes chances que ça finisse par déraper, à moins que nous payions, ce qui n'est pas à exclure.
J'ai vécu une expérience de ce type avec un contingent africain qui n'a pas mis deux mois à se transformer en une bande de clochards terrorisant les foules qu'ils étaient censés défendre.
Par ailleurs, l'annonce d'un premier retrait en avril de nos forces me laisse pour le moins perplexe quant à la stratégie suivie par notre chef des armées et président.".
Ma deuxième
raison de revenir sur le sujet tient à ce que, par ailleurs, nous apprenons,
ce matin même, que 30 soldats français blessés ont été réacheminé en France.
Première nouvelle, car si l'on avait fait état de quatre morts français, on
nous avait jamais parlé de blessés. La guerre serait-elle dangereuse ?
Je me demande si
ce soudain "acheminement sanitaire", car il y a tout de même des
moyens de soigner au Mali surtout à Bamako, ne relève pas plutôt de la "cellule
psychologique et de la com' des armées" que du service de santé lui-même. Ne
veut-on pas, par là, rééquilibrer, au moins en apparence, les dommages subis
par les troupes françaises et maliennes ? Comme on le voyait hier, le
déséquilibre des pertes et dommages commence à faire jaser! J'espère que,
parmi la trentaine de blessés qu'on a réacheminés en France (La quille bordel!), on compte une
bonne partie d'entorses, de foulures, de coups de soleil, de panaris ou de
blessures superficielles davantage dues à l'imprudence ou l'inattention que de
graves blessures reçues dans les affrontements avec les terroristes (peut-être même
y a-t-on inclus quelques amibiases ou même "touristas" qui ne sont qu'indirectement liées à la
situation de guerre).
Post scriptum quasi immédiat (après mon café de dix heures) Le pire est que j'ai dit ça en rigolant et QUE C'EST VRAI ET CONFIRME OFFICIELLEMENT : "La plupart sont victimes d'entorses ou de coups de chaleur" écrit-on, sans rire cette fois!
Post scriptum quasi immédiat (après mon café de dix heures) Le pire est que j'ai dit ça en rigolant et QUE C'EST VRAI ET CONFIRME OFFICIELLEMENT : "La plupart sont victimes d'entorses ou de coups de chaleur" écrit-on, sans rire cette fois!
J'entendais ce
matin, interrogé, depuis Bamako bien sûr (rassurez-vous!), par Jean-Jacques
Bourdin notre ministre de la défense, Monsieur Le Drian qui, comme toujours, s'est montré fort prudent (Est-il
Breton ou Normand ?). Il est en tout cas avisé car il avait clairement exigé de son intervieweur qu'il glissât, en dernière question, une interrogation sur le
budget militaire dont le lien avec ce qui précédait n'était pas des plus
évidents. Cette ficelle (un peu grosse!) a permis au ministre de faire un
couplet visant à ce que les budgets du ministère de la défense soient épargnés
par les coupes drastiques qu'on envisage de faire dans notre administration.
Devrait-on
tailler dans le budget de la défense, qu'il vaudrait sans doute mieux réduire
voir supprimer le budget nucléaire, qui se compte en milliards et ne sert plus à
grand-chose, pour tenter, par exemple, d'acquérir deux ou trois avions gros transporteurs
qui nous font si cruellement défaut. Nous sommes en effet incapables
de transporter, en quelque lieu du monde que ce soit, ces forces dont nous
sommes si fiers et nous devons passer, chaque fois, sous les fourches caudines
financières des Russes ou pire encore des Américains... voire des Belges.
Sur un plan plus
général, j'ai dénoncé, en vain bien entendu, depuis plus de 15 ans (il me
faudra chercher les textes) la montée de l'islamisme radical dans la zone
sahélienne (et jusqu'aux Comores que je connaissais un peu). J'en avais vu le
premier signe dans la politique d'un Kadhafi qui, comme je l'ai rappelé souvent,
payait les chefs d'État ou les ministres africains pour qu'ils se convertissent à
l'islam . Tarif : 1 million de dollars pour un président de la République (ce dont
n'a pas manqué de profiter Omar Bongo) et 500 000 $ pour un Premier Ministre,
comme il payait les femmes pour porter le voile! Tout cela se doublait d'une
politique de conversions également à coups de primes ; à ma connaissance, seule l'île
Maurice a eu le courage de faire cesser ça en mettant à la porte de son
territoire cette représentation libyenne.
Le pire était
toutefois du côté de l'école coranique ; les écoles coraniques traditionnelles,
porteuses du vrai islam traditionnel africain, très modéré et très conciliant,
se voyaient partout supplantées par des medersas financées par nos amis les émirats ;
elles débordaient d'argent, de moyens de tous ordres et offraient des bourses
pour les universités islamiques où l'on s'attachait à former les futurs cadres
des mouvements salafistes et de djihadistes.
Tout ce que j'ai
pu dire est resté lettre morte, même auprès des quelques autorités politiques françaises
auprès desquelles je m'en suis ouvert. Nous voyons aujourd'hui les résultats et
les choses sont encore bien loin d'être arrivées à leur terme.
jeudi 7 mars 2013
Honni soit qui Mali pense : "On nous ment!"(2) Et le Tchad ?
Hier, les derniers propos du
président Hollande sur le Mali, quelque
peu alarmistes, m'avaient étonné, mais il était alors sans doute déjà informé,
lui, de la mort d'un quatrième soldat
français (vers Gao et non dans le Nord-Est). On pressent d'autant mieux
l'arrivée de mauvaises nouvelles qu'on les connaît déjà ! En revanche, rien
d'important ne nous est caché puisque, ce matin, le colonel De Guerlasse
(hommage à Pierre Dac!) nous informe que les "terroristes" ont osé
recruter deux "enfants soldats" de 14 et 15 ans ! En Afrique, la
nouvelle fait sourire!
Revenons toutefois à la situation
tchadienne que j'ai abandonnée hier, faute de temps et d'espace.
On comprend fort bien que le
président Idriss Deby minore ou même cache les pertes tchadiennes et se flatte (même
si ce n'est que partiellement vrai) d'avoir fait périr deux des principaux
chefs de la rébellion "terroriste". En réalité, non seulement le
contingent tchadien a subi au Mali des pertes bien plus sévères ( à peu près
10% des forces engagées en tués et blessés), mais il a également abandonné
beaucoup de matériel : 15 véhicules blindés auraient été laissés sur place et
35 véhicules 4x4 Toyota détruits.
Il semblerait donc que, de ce
fait, le moral des troupes tchadiennes engagées au Mali soit des plus bas, en
dépit des promesses de primes spéciale (1 million de franc CFA) qui ont été
faites par le président, mais dont le financement effectif reste aléatoire.
Selon ces mêmes sources et
rumeurs (dont je ne peux garantir la validité, mais qui valent bien les
nôtres), à Ndjamena, une trentaine d'officiers, pourtant proches du clan du Deby,
auraient exigé de lui une « dia » ( =
une indemnité du sang) pour la perte de leurs proches tués au Mali.
Le président aurait, dit-on, cédé,
car les nouvelles en provenance du front malien ne sont pas bonnes, loin de là
; en dépit du black out, court à Ndjamena, le bruit de la défection de 200
soldats de l'expédition malienne qui se seraient enfuis à bord de véhicules
militaires. Une négociation aurait été engagée par le gouvernement malien avec
ces déserteurs qui auraient fini par accepter de rebrousser chemin pour reprendre
le combat contre une somme de 4 milliards de francs CFA qui serait distribuée
en primes. Forts de cet accord, les déserteurs auraient rejoint leur base du
Mali le vendredi 1er mars 2013.
On voit donc que la situation
tchadienne, tant sur le plan politique militaire, est loin d'être aussi bonne
que certains peuvent le prétendre.
Les comportements mêmes du
président Deby sont un peu difficiles à suivre. Il est clair qu'il a engagé son
pays dans la bataille du Mali en remerciement de l'appui de la France qui, naguère,
lui a permis de rester au pouvoir et dans l'espoir qu'on lui renverra
l'ascenseur le moment venu, si besoin est. Il espère aussi tirer des bénéfices
financiers de toute cette affaire ; quoique le Tchad ne fasse pas partie de la
CEDEAO, lors de la dernière réunion de Yamoussoukro, Idriss Deby aurait réclamé
près de 100 milliards de francs CFA à Alassane Ouattara pour le paiement des
troupes tchadiennes.
On ne doit pas oublier, en outre,
que l'intervention de Deby au Nord-Mali n'est pas sans rapport avec les problèmes
du Darfour où se posent des problèmes du même ordre avec l'islamisme radical.
Il n'est pas toujours facile d'y
voir clair dans la politique et dans les choix militaires tchadiens et d'y
distinguer ce qui relève d'une prétendue "réorganisation" de l'armée nationale
et de la politique intérieure personnelle du président et des siens. Bien des
cadres confirmés de l'armée tchadienne, qui, eux, avaient une longue expérience
des batailles dans les régions désertiques ont été écartés et la plupart des
nouveaux venus n'ont qu'une expérience limitée dans ce domaine comme les récents
échecs successifs l'ont montré. La nomination par le président de son fils
adoptif, fait général sans coup férir, n'a pas arrangé les choses, surtout vu les résultats.
Le pire toutefois risque d'être à
venir, car, comme je l'ai annoncé dès mes premiers blogs, dans tout cela, on
finira toujours par mettre en accusation la France. Comment ne pas être tenté
de le faire, quand on constate que les troupes françaises ont perdu 2 soldats
dans les combats du Nord Est du Mali, alors que probablement 200 soldats
tchadiens sont morts ou blessés ; les pays de la CEDEAO, eux, n'ont à peu près
envoyé aucune troupe sur le terrain des combats.
Comment éviter, dans des
conditions pareilles, qu'on commence à lire à Ndjamena que les troupes
tchadiennes sont envoyées au massacre dans des offensives où les colonnes françaises
ne se trouvent qu'en arrière. Au sein de l'état-major tchadien, on commencerait
à reprocher au commandement français de ne pas donner suffisamment de
renseignements aux Tchadiens « balancés en tête comme chair à canon »
(citation).
Le président Deby, fort de
l'appui français et de la mission qui lui est confiée parce que personne n'en
veut, traite de haut, aussi bien le putschiste malien Sanogo (dont la
légitimité est évidemment très contestable) que les membres de la CEDEAO. Cette
morgue risque toutefois de ne pas durer
longtemps, si la situation militaire s'aggrave ou même simplement se prolonge,
vu l'état d'esprit qui commence à prendre source et à s'exprimer au Tchad.
Post-scriptum (extrait de Tchadactuel du 6 mars 2013) :
"Pour son opération au Mali, IDI [Idris Deby] a oublié l’existence du Net et des réseaux sociaux et ils lui ont heureusement pris le contre-pied. S’agissant des morts, dans un pays normal, on ne saurait donner un bilan officiel, qui par la suite se trouve être multiplié par plus du double. Malgré ce camouflage, nous répétons et nous persistons pour dire que IDI n’a pas révélé le nombre total des morts et des blessés, il y en a eu beaucoup plus que ce qui a été annoncé. La preuve en est que les hôpitaux du Niger voisin sont bondés de blessés tchadiens.
Confus et surpris des dégâts occasionnés pour ce qui était considéré comme une balade dans le désert, IDI est allé en Afrique de l’Ouest très remonté contre les dirigeants et les militaires de ces pays. Son arrogance, ses coups de gueule et ses leçons de morale n’ont pas été appréciés par tout le monde, d’où les maigres résultats de son déplacement. Cependant les Tchadiens, dans leur ensemble, ont apprécié la sortie d’IDI, particulièrement à l’adresse du capitaine malien, l’homme par qui la pandémie a envahi le Mali.
En matière de communication, la cacophonie est totale entre les éléments engagés véritablement contre les djihadistes, c.à.d. les Français et les Tchadiens, c’est le moins qu’on puisse dire. Les Français sont prudents et très réservés dans la divulgation de l’information ; ils ont des otages avec les djihadistes et en sont très concernés et surtout ne veulent pas prendre la paternité du décès des deux principaux responsable de l’AQMI pour éviter des éventuels effets collatéraux ; ce qui fait qu’ils n’ont pas voulu annoncer la mort, encore non confirmée, d’Abou Zeïd, tué par les bombardements français selon les sources françaises et tué par l’armée tchadienne selon le commandement du FATIM .
Afin de calmer une opinon nationale qui commence à s’interroger sur le nombre réel des morts et le bien-fondé de cette croisade, IDI a trouvé une occasion pour s’octroyer la paternité de l’élimination d’Abou Zeïd, sans en mesurer certainement les conséquences futures.
Echaudés par la défaite et meurtris par la mort de leurs collègues, les militaires ont décidé d’en découdre pour les venger. Munis des jumelles de vision nocturne, ayant tiré les leçons de leur première défaite, ils ont pu investir nuitamment un des camps des djihadistes et ont eu le dessus sur eux. Le bilan, côté tchadien est d’au moins 11 morts que Deby veut absolument taire, renouant ainsi avec ses habitudes; côté djihadistes, le nombre communiqué par l’Etat Major tchadien corrobore nos informations. Parmi les djihadistes morts, il a été trouvé un barbu borgne avec un chèche noir calciné que l'un des prisonniers djihadistes avait identifié comme étant Mokhtar Bel Mokhtar. Quant au matériel récupéré, l’Etat Major tchadien parle de 60 véhicules, alors qu’il s’agirait de 82.
Il s’agit là, du démantèlement d’une seule base alors que les djihadistes seraient pas moins de 2000, et éparpillés à travers tout le massif. Apparemment des pleurs et des larmes attendent encore les familles tchadiennes. Que le Bon Dieu nous épargne.
Les alliés (France, Mali…) eux, pour une raison non élucidée, ne croient pas à la mort du borgne. Pourquoi discréditer la seule armée qui est réellement présente (les Français ne font que talonner les Tchadiens) dans l’Adrar des Ifoghas ?
Beremadji Félix
N’djaména – Tchad
Post-scriptum (extrait de Tchadactuel du 6 mars 2013) :
"Pour son opération au Mali, IDI [Idris Deby] a oublié l’existence du Net et des réseaux sociaux et ils lui ont heureusement pris le contre-pied. S’agissant des morts, dans un pays normal, on ne saurait donner un bilan officiel, qui par la suite se trouve être multiplié par plus du double. Malgré ce camouflage, nous répétons et nous persistons pour dire que IDI n’a pas révélé le nombre total des morts et des blessés, il y en a eu beaucoup plus que ce qui a été annoncé. La preuve en est que les hôpitaux du Niger voisin sont bondés de blessés tchadiens.
Confus et surpris des dégâts occasionnés pour ce qui était considéré comme une balade dans le désert, IDI est allé en Afrique de l’Ouest très remonté contre les dirigeants et les militaires de ces pays. Son arrogance, ses coups de gueule et ses leçons de morale n’ont pas été appréciés par tout le monde, d’où les maigres résultats de son déplacement. Cependant les Tchadiens, dans leur ensemble, ont apprécié la sortie d’IDI, particulièrement à l’adresse du capitaine malien, l’homme par qui la pandémie a envahi le Mali.
En matière de communication, la cacophonie est totale entre les éléments engagés véritablement contre les djihadistes, c.à.d. les Français et les Tchadiens, c’est le moins qu’on puisse dire. Les Français sont prudents et très réservés dans la divulgation de l’information ; ils ont des otages avec les djihadistes et en sont très concernés et surtout ne veulent pas prendre la paternité du décès des deux principaux responsable de l’AQMI pour éviter des éventuels effets collatéraux ; ce qui fait qu’ils n’ont pas voulu annoncer la mort, encore non confirmée, d’Abou Zeïd, tué par les bombardements français selon les sources françaises et tué par l’armée tchadienne selon le commandement du FATIM .
Afin de calmer une opinon nationale qui commence à s’interroger sur le nombre réel des morts et le bien-fondé de cette croisade, IDI a trouvé une occasion pour s’octroyer la paternité de l’élimination d’Abou Zeïd, sans en mesurer certainement les conséquences futures.
Echaudés par la défaite et meurtris par la mort de leurs collègues, les militaires ont décidé d’en découdre pour les venger. Munis des jumelles de vision nocturne, ayant tiré les leçons de leur première défaite, ils ont pu investir nuitamment un des camps des djihadistes et ont eu le dessus sur eux. Le bilan, côté tchadien est d’au moins 11 morts que Deby veut absolument taire, renouant ainsi avec ses habitudes; côté djihadistes, le nombre communiqué par l’Etat Major tchadien corrobore nos informations. Parmi les djihadistes morts, il a été trouvé un barbu borgne avec un chèche noir calciné que l'un des prisonniers djihadistes avait identifié comme étant Mokhtar Bel Mokhtar. Quant au matériel récupéré, l’Etat Major tchadien parle de 60 véhicules, alors qu’il s’agirait de 82.
Il s’agit là, du démantèlement d’une seule base alors que les djihadistes seraient pas moins de 2000, et éparpillés à travers tout le massif. Apparemment des pleurs et des larmes attendent encore les familles tchadiennes. Que le Bon Dieu nous épargne.
Les alliés (France, Mali…) eux, pour une raison non élucidée, ne croient pas à la mort du borgne. Pourquoi discréditer la seule armée qui est réellement présente (les Français ne font que talonner les Tchadiens) dans l’Adrar des Ifoghas ?
Beremadji Félix
N’djaména – Tchad
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mercredi 6 mars 2013
Honni soit qui Mali pense : "On nous ment!"
Vu l'urgence, j'interromps provisoirement
la série de mes posts sur "L'école 2013".
L'heure semble jugée grave
puisque, lundi 4 mars 2013, au lieu des prétendus "experts" habituels, je n'ai pas entendu moins de officiers généraux
causer de la guerre au Mali sur nos antennes, deux retraités pigistes et un
amiral, pas du tout quart de place mais chef de nos armée. L'intervention de ce
dernier tenait sans doute à l'annonce de la mort d'un de nos soldats, sur
laquelle il a eu quelques paroles émues, tout en soulignant que "mourir
pour la patrie" était un des devoirs assumés par tout soldat.
J'ouvre ici une parenthèse pour
solliciter la science militaire d'Expat qui a eu l'amicale imprudence de me permettre
de le solliciter sur les questions militaires!
1. A quand remonte la dernière
"mort au champ d'honneur "d'un général français ?
2. Comment s'explique que ce soit
souvent des amiraux qui soient les chefs suprêmes de nos armées ?
Mais revenons au Mali (ou plutôt au Tchad) car le temps et
l'espace me manquent !
On se croirait presque revenu au
temps de la Seconde Guerre mondiale, quand les communiqués des forces de l'Axe,
en février 1943 (moment de Stalingrad pour ceux et celles qui l'auraient oublié)
, fidèlement repris par "Radio Paris" nous faisait savoir, chaque
jour, que les troupes du Troisième Reich se repliaient en bon ordre "sur
des positions préparées à l'avance". La ritournelle de Radio-Londres était, on
s'en souvient : « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand
!".
Nous n'en sommes fort heureusement
pas là, mais le quasi total black-out imposé sur les événements du Nord-Est du Mali
commence à prendre des proportions inquiétantes. Fort heureusement, il est
devenu aujourd'hui beaucoup plus difficile de museler tout à fait l'information
pour qui veut la chercher; J'ai donc obtenu des informations tout à fait différentes,
de façon très simple, grâce à Google en consultant simplement ce qui s'écrit à
ce sujet au Tchad même, et plus précisément
à N'Djamena.
Je dois dire d'ailleurs que j'ai
été agréablement surpris de constater que l'information locale bénéficie, vis-à-vis du
pouvoir en place, d'une liberté de ton peu courante et que je ne soupçonnais pas ; je pensais en
effet que le président Idriss Deby, si branlante et contestée que soit sa
position, était plus soucieux de museler son information ; il est bien loin de
faire la l'unanimité dans son propre pays et cela se lit!
C'est ainsi que, sur la plan
militaire, indépendamment de ce qui se passe au Mali même (et sous réserve,
bien entendu, de la validité des informations que j'ai pu obtenir par ces voies)
une colonne armée de « terroristes djihadistes"
a attaqué le Tchad même et a investi le massif du Djebel Moun, à partir du Nord
Mali, en traversant la région de l'extrême Nord du Tchad, dans la zone de la
frontière tchado-soudanaise. Le berger djihadiste a donc déjà répondu à la
bergère tchadienne, en lançant une offensive sur le Tchad même ; elle aurait
déjà conduit à un affrontement sanglant dans lequel 12 soldats tchadiens auraient été blessés et
évacués sur Adré.
Ce dimanche 3 mars 2013, selon une
source qui se définit comme fiable car proche de l'état-major tchadien, le président
Deby aurait donc délibérément modifié le bilan des combats. L'embuscade du
vendredi 22 février a été désastreuse pour les Tchadiens. Il y aurait eu, en
réalité, de leur côté, 117 tués dont 68 morts sur
place, 27 autres ayant succombé à leurs blessures. C'est seulement de ces
derniers que le gouvernement a fait état et dont il a organisé en grande pompe
les funérailles nationales. Il faut en outre ajouter à ces lourdes pertes, la
mort de 22 des 23 soldats tchadiens faits prisonniers et qui ont été fusillés
par les djhadistes.
Le seul Tchadien, qui a été épargné par eux,
a bénéficié de cette mesure en raison de son appartenance à une communauté
musulmane particulière ; il a été relâché et c'est lui qui a révélé l'exécution
sommaire de tous ses camarades. Il a
délivré le message dont les djihadistes l'avaient chargé et qui est le suivant
: « Vous êtes des incultes et votre président Idriss Deby est un mécréant ;
nous attendons le reste de sa troupe pour lui réserver ce que vous venez de
subir".
Sur instruction d'Idriss Deby ce
soldat a été transféré à Bamako puis à N'Djamena où il a été mis à l'isolement
et même, semble-t-il, torturé.
Tout cela ne ressemble guère à ce que l'on nous
donne à croire et la suite moins encore!
A demain pour cette suite !
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