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samedi 23 mars 2013

Internet : Merveille ou poubelle ? (suite)


Suite à la publication du post portant ce titre, j'ai reçu (envoyé le 21 mars 2013 à 10 heures 27) le commentaire  suivant
" Anonyme a dit...
Oui, mais (bien sûr)...
- Les premières références de Google sont des liens payés (= des pubs) présentés sur un fond de couleur différente.
- Comme vous le signalez, les organismes de service se soucient souvent assez peu d'avoir un site complet. Cela les aiderait pourtant beaucoup.
- Il est vrai que la pub est énervante, mais elle nous permet d'avoir accès à toutes ces informations gratuitement. Personnellement, je ne pourrais pas me permettre l'accès payant à toutes ces infos (à commencer par les journaux).
- Remarque collatérale : il serait bienvenu de donner une vraie formation à nos élèves et étudiants afin qu'ils soient capables de faire des recherches documentaires leur permettant de trouver les infos qu'ils cherchent, et surtout de valider les sources."

Je m'étais engagé à répondre à ce commentaire sur quelques points qui me paraissaient le justifier et je trouve aujourd'hui l'occasion de le faire, en remettant à demain un autre post que j'avais l'intention d'écrire maintenant.

Sur le premier point : « Les premières références de Google sont des liens payés (= des pubs) présentés sur un fond de couleur différente ». J'ai vérifié, hier encore, ce n'est pas le cas pour ce qui concerne la page que j'évoquais ; tous les titres de référence sont présentés de la même façon et c'est seulement lorsqu'on clique sur l'un ou l'autre de ces titres qu'on va trouver les pubs. Elles ne figurent pas, bien entendu, sur la liste des références (souvent étrange) que Google fournit pour un mot sur lequel on l'interroge.

Je signale aussi au passage les subterfuges publicitaires exaspérants qui vous flanquent, inopinément, des publicités dont vous ne pouvez plus ensuite vous débarrasser, sinon à grand-peine. Il doit y avoir (et les spécialistes comprendront) des procédures qui permettent de maintenir la publicité, même quand on cherche à la faire disparaître.

La gratuité de l'information est évidemment un élément intéressant, mais je crois que dans cet usage de la publicité, il faut distinguer différents niveaux. Google vit de la pub, et fort bien, c'est clair mais il y a (et j'en connais), à des niveaux bien inférieurs, des créateurs de sites qui, en fait, n'ont pas le moindre intérêt pour les informations proprement dites qu'ils prétendent offrir. C'est le cas que j'ai cité dans mon post. Ils font semblant de diffuser une information, lacunaire voire nulle, dans le seul but d'attirer, grâce à ces appâts, des visiteurs puis, par là, des annonceurs publicitaires qui leur assurent leurs revenus (comme aussi, du même coup à Google). Il en résulte que les organismes de services feraient beaucoup mieux de fabriquer eux-mêmes, artisanalement, des sites fournissant les informations souhaitées plutôt que de se laisser phagocyter par des créateurs de sites qui ne les mentionnent, le plus souvent très mal, que pour attirer, à travers eux, des visites et ensuite des annonceurs publicitaires.

Personnellement, je ne consulte à peu près jamais de sites d'information payants, tant il est facile de se procurer, gratuitement, une information équivalente voire de bien meilleure qualité.

Cela nous amène à ce qui est, à mon sens, le plus important et qui est le dernier point du commentaire. Je crois que la loi de la recherche de l'information et même plus généralement celle de l'usage de l'ordinateur repose sur la ruse. Très souvent pour un néophyte ignorant comme moi, lorsque mon ordinateur me refuse un service, il faut trouver la combine qui permette de contourner cette interdiction. Je n'y arrive pas toujours mais j'y parviens quand même souvent.

Prenons le cas d'un sujet dont j'ai traité souvent ces derniers temps et qui est la guerre au Mali (cf. ma série de blogs intitulée « Honni soit qui Mali pense »). La dernière chose à faire en la matière pour une information solide est précisément de consulter la presse française qui est à peu près nulle sur le sujet, si l'on met à part le dossier du Monde qui est arrivé bien tardivement. Même dans ce cas précis, on pouvait atteindre l'essentiel de l'information sans passer par les fourches caudines du paiement à des journaux.

La vraie solution est ailleurs ; elle consiste à consulter des sites au Tchad, au Burkina Faso, en République Centrafricaine et plus généralement en Afrique pour trouver une information bien meilleure. Il suffit d'ailleurs de se reporter à mes différents posts sur la question pour voir ce point illustré par des exemples que je n'ai pas le temps de reprendre ici.

De toute façon, je suis loin d'en avoir fini avec cette question et je vais probablement très prochainement ajouter un numéro à cet ensemble, car les choses ne s'arrangent guère à la fois en RCA et au Tchad. Je ne parle même pas ici du Mali car on devine assez la situation là-bas ; il est tristement comique d'entendre notre ministre des affaires étrangères dire que la solution diplomatique succédera à la solution militaire française ! La haine millénaire qui existe dans cette région entre les populations du Nord et du Sud et les écarts démographiques (de 1 à 15) empêchent d'avance toute représentation des premières dans un Etat simplement unifié comme on l'a fait dans les années 60  et comme on rêve de le refaire.

Affaire à suivre et ce n'est pas en virant, au Quai d'Orsay comme à Bamako, tous les diplomates de bon sens et courageux qu'on réglera ce problème.

jeudi 21 mars 2013

Internet : merveille ou poubelle ?


Je ne vais pas vous refaire ici le coup de la langue d'Ésope qui, on le sait depuis l'antiquité, est à la fois la pire et la meilleure des choses.

Je ne suis pas un ennemi d'Internet, bien loin de là, puisque je passe mes journées devant un ordinateur et que je trouve que l'Internet est, en particulier au plan de la recherche et de la science, un outil extraordinaire, non seulement par la masse de connaissances qu'il met à notre disposition, mais par la rapidité d'accès qu'il offre et par la dispense qu'il procure d'aller perdre son temps à hanter bibliothèques et centres de documentation. Je suis donc un farouche partisan de l'Internet ; que les choses soient claires!

Cela dit, et, de toute évidence, c'est là moins la faute de l'Internet lui-même que d'un certain nombre de relais entre la masse des informations et la foule des utilisateurs potentiels ; s'y sont logés, pour y faire leur beurre et/ou leurs choux gras, en nous emmerdant, bon nombre d'escrocs et de margoulins auxquels on laisse hélas le champ totalement libre. Certains services de l'internet sont ainsi devenus de véritables poubelles, des décharge publiques dans la mesure où on les a laissés totalement polluer par la publicité qui est, à mon avis, le principal mal de ce siècle.

Un exemple pour illustrer ce propos ; il est d'autant plus pertinent ici que c'est lui qui a déclenché la juste colère qui me conduit à écrire ce texte vengeur.

Hier, j'avais besoin de retrouver le nom (il est un peu compliqué il faut le reconnaître) d'un médecin du Centre de radiothérapie de l'hôpital d'Aix-en-Provence.

"Fastoche" me suis-je dit !

Il me suffit de taper "centre de radiothérapie hôpital Aix-en-Provence" dans Google et je vais avoir, dans la seconde, ce que je cherche (en particulier le nom de ce médecin qui y est attaché). Coup de chance et espoir : cette formule même arrivait en tête de la liste des entrées fournies par Google, dont on sait, hélas, qu'elle relève souvent du "grand n'importe quoi". On se demande d'ailleurs pourquoi et comment cette firme, pourtant si puissante et si sérieuse, peut admettre puis ordonner, de façon si aléatoire et parfois absurde, des données fallacieuses ou non pertinentes que Google met à la disposition de ceux qui la consultent. Toujours la pub sans doute, sous une autre forme ici et dans d'autres poches!

Revenons à ma recherche.  A travers un bazar qui s'intitule, Dieu sait pourquoi, "118 000.fr" (Mystère et boule de gomme! A moins que ce ne soit le montant de leurs gains publicitaires ...en francs et non en euros), je n'ai guère trouvé d'autres renseignements sur ce centre de radiothérapie que son adresse et son numéro de téléphone (ce qui est déjà pas mal entre nous) mais aucun nom de médecin !

En revanche, on m'a aussitôt fourgué, après ces trois lignes d'information pertinente, des publicités dont on se demande en quoi elles concernent la radiothérapie. Elles concernent, dans l'ordre, la « chirurgie des yeux » puis les « maisons de retraite", sans parler de publicités plus insolites encore sur lesquelles je passe, pour des taxis, des hôtels, une mystérieuse firme nommée Léandri, et diverses publicités pour l'achat d'androïds ou de je ne sais quoi....

De qui se moque-t-on ? J'ai pu constater d'ailleurs que la rubrique suivante et finale émanait de ce même mystérieux organisme "118000.fr" qui, par ailleurs, demande, sans doute pour se couvrir légalement, de la façon la plus hypocrite, s'il peut me "localiser" et utiliser cette localisation. On ne saurait être plus margoulin et fourbe à la fois !

Je me demande à la fois pourquoi des organismes, comme ce Centre de radiothérapie, aixois au demeurant fort sérieux et important (c'est  même le seul de la région) n'est pas en mesure d'avoir, en son sein et sans même faire appel à quelque escroc extérieur, un de ses employés capable de lui faire un vrai site, à la fois simple et sérieux, et comment on peut laisser en place, en usant de son nom, des rubriques qui ne sont que des attrape-nigauds et servent surtout et même exclusivement à vendre de la publicité sur Dieu sait quoi et à Dieu sait qui.

La publicité qui est la plaie du monde moderne et a pourri à la fois notre presse, notre radio et notre télévision, va-t-elle pourrir complètement aussi notre Internet ?

mardi 14 février 2012

Internet et les Anonymes

 L'an dernier, on a vu, dans l'internet, l'outil majeur de la libération des peuples, en particulier dans le cas des "printemps arabes". Depuis, on a vu ce qu'ils sont devenus et de quels automnes et de quels hivers, électoraux et/ou politiques ils ont été suivis. À dire vrai, ces évolutions n'étaient pas très difficiles à prévoir et elles sont loin d'être finies, dans le Sahel en particulier ; seuls ceux qui ne connaissent rien à ces pays ont pu s'imaginer qu'il en serait autrement. Mais laissons le politique trop aisément prévisible!

Pour ce qui me concerne modestement, en tant qu'utilisateur de base
non commercial et non politique de l'internet, je constate, de plus en plus, que cet espace s'apparente à la Cour des Miracles et à la Forêt de Bondy. Ces deux références sont à la fois historiques et littéraires, la seconde, surtout puisque c'était déjà là le 93 et que c'est dans cette forêt que Victor Hugo situait la taverne des épouvantables Thénardier. 

Ces métaphores n'indiquent rien d'autre que le fait que l'internet est de plus en plus un espace où s'installent et où prolifèrent les voleurs de tout poil et les escrocs de tous les genres, sans que, apparemment, on exerce le moindre contrôle sur ses activités manifestement délictueuses.


Je ne parle même pas des publicités mensongères dont on nous accable, dont les plus grossières sont les escroqueries ridicules (souvent venues d'Afrique) de ceux qui, prétendant avoir deux ou trois millions de dollars dont ils ne savent que faire, vous proposent de vous les envoyer moyennant 500 € ni des annonces fallacieuses qui vous complimentent de la chance que vous avez eue, en gagnant on ne sait quel concours qui va vous permettre d'avoir à l'oeil une voiture ou quelques centaines de milliers d'euros. Ces escroqueries sont si ridicules qu'il n'est même pas nécessaire de les dénoncer et les combattre.

Les voleurs les plus dangereux sont bien différents; ils sont plus rusés et leurs méthodes sont autres! Je pense en particulier à tous les escrocs qui vous proposent, par exemple, de nettoyer votre ordinateur et, par là, d'en accélérer le fonctionnement ; tous ont , en général, une raison sociale affriolante (à base de "clean"ou de "net") et naturellement tous sont basés à l'étranger.

Non seulement ces gens-là sont des voleurs patentés, mais en plus ils profitent souvent des contacts que vous établissez nécessairement avec eux pour infecter votre propre matériel par des virus, sans parler des courriels inutiles et encombrants dont ils vous font accabler ensuite, pas forcément directement mais aussi et surtout par la vente qu'ils ont faite de vos coordonnées et de votre adresse à d'autres escrocs du même acabit qu'eux- mêmes.


Les Anonymous ne pourraient-ils pas s'occuper à nettoyer un peu les écuries de  l'Internet de ces immondes scories au lieu de s'amuser à tenter de pénétrer les sites d'organismes officiels, dont ils se font les ennemis, sans qu'on sache d'ailleurs exactement quelles sont les raisons de ces attitudes et s'ils ne sont pas tout simplement les agents de puissances occultes dont ils se gardent toutefois de se réclamer?

À quand une police de l'Internet, moins pour libérer les peuples ou chasser les censeurs politiques, mais tout simplement pour nous mettre à l'abri des hordes d'escrocs et de voleurs contre lesquels il est de plus en plus difficile de se protéger vu la totale liberté et impunité dont ils jouissent?

lundi 17 octobre 2011

Le Moloch administratif français.

En commençant à écrire ce post j'hésite encore entre deux titres, l'un, « le Moloch administratif français », traduit le désarroi voire l'horreur de l'administré devant le caractère souvent monstrueux de notre administration, l'autre qui, avec plus de légèreté voire d'humour, verrait dans notre machine administrative la fille du Père Soupe et de la Mère Ubu et qui en soulignerait plutôt la dérisoire et grotesque complexité.

Ce matin, en effet, comme je me préparais à faire un chèque pour régler la taxe d'habitation de mon domicile, je ne sais quel diable de la modernité me poussant, j'ai constaté que je pouvais payer par Internet sur "impots.gouv.fr. Inspiration funeste à laquelle je me suis laissé aller au mépris de l'orthographe de notre belle langue. Comme vous le savez en effet, les si originaux signes diacritiques qui en sont l'ornement et que le monde nous envie depuis des siècles (comme, en la circonstance, ce cher accent circonflexe qui orne si joliment le mot "impôt") sont refusés par nos ordinateurs, ce qui fait parfois problème quand on cède, si peu que ce soit, à l'inadvertance.

Bannissant le circonflexe, je suis arrivé, sans trop de mal, sur le site en cause. Ce premier triomphe a marqué, je l'avoue, la fin de la facilitation administrative de la démarche, car, dans les services fiscaux informatisés, comme dans la Rome antique, le Capitole du triomphe débouche directement sur la Roche tarpéienne de la catastrophe. En effet, la première chose qui m'a été demandée dans le site a été de m'identifier ce qui paraît tout à fait normal. Toutefois il me paraît d'une méfiance un peu excessive (des fois qu'un imposteur voudrait payer mes impôts à ma place?) de le faire à l'aide de trois indications codées dont chacune me paraît suffisante seule quand surtout quand elle s'ajoute à mon nom de famille.

La première demande est celle du numéro fiscal ; soit ! Cela ne pose pas de problème puisque ce numéro figure à peu près sur tous les avis d'imposition. Avec la seconde exigence les choses se corsent car il s'agit cette fois du numéro de "télé-déclarant" dont j'ignorais jusqu'à l'existence. Les choses commencent à se compliquer car ledit numéro de télé-déclarant ne figure pas sur l'avis d'imposition des taxes foncières de 2011 qui était le point de départ de ma démarche (La chose serait trop simple sans doute). Y figure en revanche un mystérieux numéro FIP (de 18 chiffres s'il vous plaît) qui, lui, ne paraît intéresser personne !

Pour trouver ce numéro de télé-déclarant, il suffit de se reporter à la déclaration de revenus de l'année précédente (que vous n'avez naturellement pas sous la main) où il figure, vous précise-t-on, en haut et à gauche de la dite déclaration. Recherche de l'avis d'imposition 2010, sans trop de mal car mes papiers administratifs sont à peu près classés. Je recopie donc avec soin le numéro qui figure à gauche de la déclaration et que je vous donne ici pour témoigner de ma bonne foi : 110 135.

Troisième exigence : celle du montant précis de mon revenu imposable de l'année précédente et qui naturellement ne figure pas sur de déclaration de revenus que je venais d'aller chercher, mais sur l'avis d'imposition 2010, qui est naturellement un troisième document, différent des deux précédents.

Le Père Soupe ne pourrait-il pas nous faciliter un peu la vie en nous demandant trois indications chiffrées qui figureraient toutes sur le même avis? Vous comprenez aisément que ce serait trop simple ; la loi de l'emmerdement maximum du citoyen exige qu'il aille chercher les trois indications qu'on exige de qui veut payer par Internet son impôt et cela sur trois documents différents. Mais les choses ne s'arrêtent pas là et c'est ici que la Mère Ubu intervient pour contrarier les exigences du Père Soupe. Car en effet, sur la déclaration de revenus de l'année précédente figure bien, en haut et à gauche, un numéro que j'ai scrupuleusement relevé suivant les indications de l'ordinateur. Le problème est que la machine me l'a refusé, m'obligeant à retourner une nouvelle fois à ma déclaration de revenus de 2010 pour découvrir que le numéro de « télé déclarant" n'est NULLEMENT celui qui est en haut et à gauche (vous pouvez aller vérifier sur votre propre déclaration) mais se trouve à la DOUZIEME LIGNE de l'imprimé (je les ai comptées) et donc presque au milieu de la feuille bien plutôt qu'en haut et à gauche et cela d'autant qu'il fait suite à deux numéros de 14 chiffres ou lettres chacun !

Nous ne trouvons, une fois de plus, en face d'un problème de ce que j'appelle, à la suite de mon ami Claude Vogel, la "sémiotique industrielle". Il est en effet clair que la plupart des gens qui conçoivent des imprimés, des sites ou plus largement encore documents donnant des indications d'usage (mode d'emploi d'un appareil, etc.) ou des itinéraires de déviation sur les routes, ignorent tout de la chose. Ils pourraient pourtant tester très facilement leurs produits à cet égard.

A cette fin, ils pourraient en effet,se livrer à un exercice extrêmement simple et rapide de vérification de la clarté et de la pertinence de leurs indications. Le voici pour leur instruction personnelle et en ayant soin de donner à l'expérience un caractère coercitif qui serait, à mon avis, du plus heureux effet pour la suite.

Prenons le cas de l'indication d'un itinéraire routier, en cas de déviation par exemple. Il suffit de mettre au volant d'une voiture l'utilisateur lambda pour tester aisément la validité et la pertinence des indications. On place à côté de lui le concepteur responsable de la signalisation. Est assis à l'arrière un témoin patenté dont le seul rôle sera d'asséner un solide coup de bâton sur la tête du voisin du conducteur (donc le responsable du guidage) toutes les fois que le chauffeur commettra une erreur ou sera simplement dans l'hésitation sur la route à suivre. Il est certain que, dans la suite, le souvenir de cette expérience incitera le rédacteur à plus de réflexion et à plus de soin dans l'élaboration des schémas explicatifs qu'il aura à fournir.

Je ne compte même plus les cas où dans des sites comme dans des formulaires ou questionnaires qu'on nous donne à « renseigner » (je suis aussi exaspéré par l'usage stupidement fautif, dans tous nos documents administratifs, de ce pauvre verbe "renseigner", car on renseigne une personne et non par un questionnaire que l'on se bornait naguère encore à remplir). J'ai reçu encore ce matin, de la compagnie Air France, en vue d'un prochain voyage, un questionnaire que je devais bien entendu « renseigner » et dans lequel des indications fausses (dont, en particulier, mon numéro de téléphone) étaient impossibles à corriger, quoiqu'on me demandât expressément de le faire. Là encore l'épreuve du gourdin aurait sans doute incité l'auteur de cette notice aberrante à vérifier la réelle possibilité de la mettre en oeuvre.

Dois-je préciser que je suis volontaire pour le maniement du gourdin éducatif?

Et dire qu'on les paye pour faire ça !

dimanche 22 mai 2011

Les TIC dans le Sud : « e-an ou hi-han ! » (3)

Haïti offre un excellent exemple des problèmes que posent les TIC dans le Sud et des perspectives réelles qu’on y trouve.

En Afrique par exemple, on pourrait être tenté de faire un rapprochement entre le succès fulgurant du téléphone dit « cellulaire » et celui qu’a connu en Europe le « portable ». La différence faite, en français même, mérite qu’on s’y arrête. Alors qu’en France la dénomination a caractérisé l’appareil lui-même (les nouveaux téléphones étant caractérisés comme « portables » ou "mobiles" par rapport aux anciens dits « fixes), au début du moins, ce caractère qui en rendait possible l’usage, en tous lieux, y compris dans la rue et en public, en a fait un élément quasi ostentatoire de luxe et de modernité. On se souvient qu’en Italie, en particulier, on fabriqua et on vendit même des téléphones factices qui permettaient de donner le change. Dans le Sud, le nouvel usage imposa le nom de « téléphone cellulaire » car l’essentiel était non pas dans la « portabilité » du nouvel objet mais dans sa technique qui le distinguait, totalement et radicalement, du téléphone traditionnel qui, dans la plupart des pays, fonctionnait très mal voire pas du tout ! C’était donc, de ce fait, la fiabilité du nouvel outil de communication qui était essentielle, tout autre caractère devenant par là-même secondaire. L’argument majeur des sociétés téléphoniques nouvelles était donc là ; elles n’eurent donc pas, dans la plupart des cas, à s’imposer face à des sociétés de téléphone traditionnel qui ne fonctionnaient à peu près pas, comme le savent tous ceux qui comme moi, ont souvent essayé d’appeler en vain des abonnés au téléphone rwandais ou burkinabés.

En Haïti, le cas de la société Digicel est exemplaire, tant par les modalités de son implantation locale que par son action depuis le séisme du 12 janvier 2011.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Digicel n’a nullement attendu cette catastrophe et les immenses dégâts d’infrastructure qu’elle a entraînés pour débuter ses activités dans le pays. Elles y ont commencé depuis cinq ans déjà et le 3 mai 2011, Digicel a même célébré cet anniversaire en distribuant, d’après le Nouvelliste, 130 millions de gourdes aux 2,6 millions de clients qu'elle prétend avoir sous la forme d'un cadeau de 50 gourdes de minutes par abonné. En 2006, le réseau téléphonique traditionnel n’existait déjà pratiquement plus en Haïti ; on comptait alors 10 postes pour 1000 foyers avec un usage des plus incertains ; la porte était donc largement ouverte à la technologie cellulaire, le seul problème étant celui de l’étendue du marché, non pas en fonction des besoins mais des capacités économique des usagers potentiels. La nombreuse diaspora haïtienne laissait toutefois espérer des perspectives prometteuses dans le marché local lui-même.

Digicel, société créée en 2001 par Denis O’Brien, s’était donné comme champ d’action la zone caribéenne et avait entamé son programme par la Jamaïque avec, partout, la même politique de communication très agressive, fondée sur des actions spectaculaires dont la musique, la mode et surtout la sponsorisation des équipes et des compétitions de football. En Haïti, au cours de sa première année d’implantation, Digicel aurait rassemblé 1,4 million d’abonnés. Comme le note Frantz Duval dans le Nouvelliste : « Ses abonnés, la Digicel les chouchoute. La compagnie vient de dépenser huit millions de dollars pour rénover ses magasins. Le mégastore qui lui sert de flagship à Turgeau est une merveille. L'immeuble peut résister à un tremblement de terre de magnitude 10. Tous les produits exposés peuvent être utilisés, essayés par les clients comme cela se fait à l'étranger dans un environnement convivial, bien éclairé, wifi free, ouvert sept jours sur sept ».

L’action promotionnelle la plus spectaculaire de Dennis O’Brien a sans doute été, durant l’année 2010, la reconstruction du « marché de fer », au coeur de Port-au-Prince, qui, construit en 1889, était inspiré, de toute évidence, des Halles parisiennes de Baltard. Cette magistrale et rapide reconstruction a été assurée, sur ses fonds propres (pour 15 millions de $), par le milliardaire irlandais qui, ne nous le cachons pas, a fait, par cette action généreuse et surtout efficace qu’il a conduite et surveillée d’un bout à l’autre, une large publicité à sa société Digicel, dont le nom est désormais répété et reproduit, à l'envi, sur les maillots des joueurs de foot comme sur les T-shirts des ouvriers haïtiens !

Le marché haïtien suscite toutefois des convoitises et ici comme ailleurs, on voit débarquer les Asiatiques. Natcom, un concurrent vietnamien, est arrivé et on s’interroge sur la stratégie d’intervention qu’il va choisir. La meilleure défense étant l’attaque, Digicel qui, depuis 2006 aurait investi plus de 500 millions de $ en Haïti, en a consacré, depuis 2010, cent vingt à accroître le taux de couverture de son réseau comme la fiabilité de ses sites.

Qu’en conclure, pour Haïti et sur un plan plus général ? Nous le verrons demain !