Je vous avais promis hier, pour ce dernier billet, la vérité sur la mort de Jacques Vergès vous allez l'avoir.
La presse nous a complaisamment décrit Jacques Vergès rendant son dernier soupir dans la chambre où était mort Voltaire (on a vu dans mon post d'hier, numéro neuf, qu'il aurait pu, à sa façon, ré-écrire une autre fin de Candide, avec son vieil ami François Genoud dans le rôle de Pangloss); il s'est éteint, un verre de vieux bordeaux à la main, sous le regard enamourée de sa promise, la Marquise ou la Comtesse (je ne sais plus trop).
On a cependant omis un détail d'importance ; il était alors en train de relire l'interview qu'il avait donnée à Sud-Ouest Dimanche en février 2013, dans le cadre de la promo de son dernier livre, ses mémoires, De mon propre aveu . Cet organe de presse à republié, après sa mort ce texte mémorable et c'est là que j'ai lu cet entretien de deux pages dont je vous livre les extraits significatifs.
À la lecture de ce texte, on comprend aisément que Jacques Vergès est mort, non pas d'une crise cardiaque comme on l'a dit, mais de rire, encore que le rire puisse tout à fait, dans certains cas, engendrer la mort, d'où l'expression "mort de rire".
Pouvait-il rêver plus belle mort que celle qu'il a connue, en relisant les mensonges et les sottises qu'il avait livrées en vue de la promotion de son ouvrage et que la presse avait gobées avec les mêmes complaisance et avidité qu'elle montre toujours en pareils cas.
Voici donc, non pas le texte original, mais des extraits de celui qui a été repris par cette publication après la mort de Jacques Vergès. Les mensonges et les inventions qui expliquent ces choix y sont relevés et expliqués.
« Sud Ouest Dimanche ». On pourrait résumer votre livre en cet extrait : « Dans ma layette, j'ai trouvé le mépris des convenances et un arc à deux cordes. Toute la richesse du monde. » Vous êtes un enfant du combat ?
Jacques Vergès. Je suis né comme on disait « métis », mais sans subir ce complexe d'infériorité. Au contraire, d'une mère vietnamienne et d'un père réunionnais, je me suis senti très tôt différent des autres. Mes origines ont fait que j'étais double, les critères de tout le monde ne me convenaient pas déjà enfant. Rien de tel pour me délivrer de tous les conformismes.
Mensonge n°1 . C'est l'un des plus innocents car il s'agit moins d'un vrai mensonge que d'un gauchissement lexical. Jacques Vergès revendique d'être "double" (en tant que métis), en feignant de ne pas savoir que le caractère d'un être double peut-être aussi, et surtout dans son cas, la duplicité dont il donnera nombre d'exemples.
[...] D'où cette aversion originelle pour les politiques et les gens riches ?
Ayant rapidement perdu ma mère, j'ai été élevé par mon père et ma vieille tante dans cet esprit. Lecteur de Mirabeau, mon père était médecin et responsable d'un groupe clandestin communiste, et il éprouvait une phobie pour l'argent et un grand mépris pour le pouvoir politique. J'en ai hérité.
Mensonge n° 2. Quand il était jeune, Raymond Vergès, le père de Jacques ne cessait de répéter "Quand je serai riche..." (C. Lauvernier, 1994 : 35) ;
Mensonge n° 3. Chasseur de "bolcheviks" comme consul au Siam, pétainiste convaincu et avéré à la Réunion entre 1940 et 1942, Vergès père n'a en rien été "membre d'un groupe clandestin communiste" :
Mensonge n° 4. Le parti communiste n'a pas été mis en place à la Réunion, comme veut le faire croire Jacques Vergès, par son père après une période de clandestinité, mais par Léon de Lépervanche, même si le parti communiste réunionnais s'est employé ensuite à tenter d'effacer la mémoire de ce militant qui lui n'avait en rien collaboré avec le régime de Vichy.
« Les politiques ont honte de ce qu'ils font, mais le font quand même », écrivez-vous en faisant référence à Fabius et à l'affaire du sang contaminé…
Oui…
Mensonge n° 5. Le plus gros de tous et en outre multiple. L'une des personnes avec lequel Jacques Vergès a le plus collaboré est Bernard Debré, fils de Michel Debré qui, à l'en croire voulait le faire assassiner ! Ex balladurien, député RPR/UDR de Paris, ancien ministre de la coopération et comme tel "colonialiste" par excellence il a collaboré avec J. Vergès pour plusieurs ouvrages entre 2000 et 2003 !
Parmi les dictateurs africains, on ne compte pas les amis que Vergès s'est faits (pour ne citer que les principaux ; Mobutu, Bongo, Eyadéma, Idriss Déby, Sassou Nguesso,) sans compter leurs séides comme Remilleux ou Debbasch. Il a eu, avec tous ces roitelets, des relations non seulement professionnelles, mais le plus souvent très amicales (même si elles étaient notoirement tarifées).
Vous entrez dans la Résistance à 17 ans, vous créez par la suite une revue communiste : vous aviez soif d'en découdre ?
Mensonges n° 6. De plus en plus gros ! J. Vergèsl n'est jamais entré dans la Résistance puisqu'il n'était pas en France et que c'était un peu plus dangereux et risqué, comme le note Jacques Givet, bien placé pour le savoir, que le "tourisme guerrier" auquel s'est livré, sans risque mais non sans plaisirs, entre 1943 et 1945 ;
Mensonge n° 7. Le plus évident ; il n'avait pas 17 ans mais 19 ans en 1943 (il est né en 1924) c'est-à-dire à peu près l'âge de la conscription à cette époque.
Mensonge n° 8. Il a rompu en 1957 avec le Parti communiste et il n'a jamais eu "soif d'en découdre". J'ai parlé ailleurs de cette photo célèbre où on le voit le visage ensanglanté lors d'une manifestation. On ne précise pas toutefois le jeune Noir qui est à côté de lui est le fils de Patrice Lumumba . J. Vergès se fera, dans la suite, l'hagiographe et même le complice de l'assassin de Lumumba, Moïse Tshombé, tout en escroquant à la fois la famille de ce dernier et sans doute aussi le général Mobutu lui-même. Quel homme !
[...]
"J. Vergès : "En dépit de mes engagements idéologiques opposés au général de Gaulle, il m'a toujours été fidèle. Il avait un sens de la dignité malgré sa fonction d'homme politique. Il m'a écrit un jour : « Votre sincérité ne peut laisser personne indifférent. »".
(Vanité grotesque et) mensonge n° 9. On appréciera le formule pleine de modestie selon laquelle "le général de Gaulle m'a toujours été fidèle" ! MDR moi aussi ! Je crains donc que ce soit cette formulation qui lui ait été fatale. Il fait ici allusion à une réponse de De Gaulle à l'envoi du livre de sa plaidoirie pour Djamila Bouhired. Sans avoir vu son courrier, je suis certain que Vergès y évoquait la condamnation à mort de De Gaulle lui-même par Vichy.
J'ai toujours pensé, en outre, que De Gaulle, mal informé, a dû confondre les deux frères et, par prudence comme par usage militaire, il dis simplement "Vergès" sans préciser le prénom. La guerre de Paul avait été bien différente de celle de Jacques et il avait même reçu la médaille des FFL qu'il ne portera jamais, mais que B. Violet attribue, sans doute par erreur à Jacques dont on se demande bien à quel titre il aurait pu se la voir décerner!
Mensonge n° 10. la citation de De Gaulle est fausse quoique J. Vergès se flatte d'en connaître le texte par coeur ; le vrai texte, plus gaullien, est "Votre éloquente sincérité ne peut laisser personne indifférent".
Vous obtenez brillamment votre concours d'avocat en 1956, mais vous ne choisissez pas le confort d'un cabinet parisien ?
Au contraire, je m'en vais à Alger défendre les politiques du FLN, l'anticolonialisme était la cause qui m'animait…
Mensonge n° 11. Il devient avocat en réalité en 1955.
Mensonge n° 12. De son propre aveu (Felissi, 2005 : 29) il ne s'engage dans les affaires algériennes qu'en avril 1957
[...].
Si vous n'aviez pas été avocat, vous auriez fait quoi ?
Avocat, c'est qu'il me fallait un métier, à l'époque, et j'avais fait du droit. Moi, ce qui me passionnait, c'était l'histoire, surtout les civilisations mystérieuses. J'aurais eu du piston, on m'aurait donné une bourse, j'aurais déchiffré l'étrusque et j'aurais été enchanté.
Mensonge n° 13. Il a en réalité bénéficié d'une des "bourse d'études" accordées aux "jeunes anciens combattants". Il n'a même pas envers la France la reconnaissance du portefeuille. L'image avant tout et comme toujours!
[...]
Vous auriez préféré être D'Annunzio, Guevara, Zola ?
Zola, je le prends très au sérieux, le Che m'a initié au cigare, mais la vie de D'Annunzio, ses amours, me tente beaucoup plus…
Assez pour aborder la mort sereinement ?
Elle me reste un mystère, je l'appréhende comme une femme. J'aurais dû crever cent fois, mais on m'a raté : un poursuivant qui tombe en panne de voiture, une bombe dans mon appartement alors que je n'y étais pas…
Rafale de mensonges.
Mensonge n° 14, 15, 16. IL n'a eu décidément affaire qu'à des tueurs maladroits ou incapables qui mettent une bombinette non dans l'appartement mais, dans la rue, devant la porte cochère d'un immeuble où il réside en étage et d'où il est en outre absent ; chargé de le poursuivre, un autre tombe en panne sèche et de toute façon De Gaulle lui fait un rempart de son corps. Le plus beau mensonge est celui qui met en scène Paul Barril, encore au collège, quand J. Vergès prétend qu'il devait l'assassiner (cf. le billet "la cible mouvante"... surtout dans son imagination!).
Qu'aimeriez-vous pour vos obsèques en France ?
Trois ou quatre personnes qui m'aiment et qui m'enterrent. Et si des faux culs de politiques me récupèrent, j'aimerais leur dire : « Soyez un peu plus dignes. »
Pas de mensonge ici, et pour cause... mais une prophétie. On me pardonnera de me citer (d'aprèsle reportage photo de Paris-Match, magazine révolutionnaire bien connu) : Les amis étaient là en effet :
"Belle assistance en tout cas, même si, de l'avis des experts, elle n'était pas très nombreuse. En revanche, elle offrait un échantillonnage politique et/ou idéologique rare et difficile à réaliser. On y trouvait des communistes (dont le principal était son cadet "faux jumeau" Paul Vergès, sénateur de la Réunion) mais aussi et surtout des figures plus inattendues : Wallerand de Saint-Just, avocat et trésorier du Front National ; "l'humoriste" (?!?) Dieudonné; venu dans un bermuda, curieux en pareille circonstance mais avec, par prudence, son service d'ordre ; dans le même registre politique ou médiatique, Alain Soral, le polémiste bien connu de l'extrême droite. Pas de trace, semble-t-il, de Bernard Debré, son grand ami et co-auteur de J.M. Vergès qui ne lui en voulait pas que son père (Michel) ait voulu le faire assassiner. Peut-être était-il empêché ou s'était-il fait discret
Le pauvre Roland Dumas semblait un peu loin de tout cela, même s'il était présent ; il se faisait remarquer surtout par l'appui que lui fournissait, serrée contre lui, une jeune charmante minette en robe noire, très court-vêtue, dans le style qu'affectionnait naguère Carla Bruni. Une infirmière sans doute! "
Bref Une bonne grosse quinzaine de mensonges en une page et demie, avalés sans problèmes par le plumitif de service et les lecteurs ; même sans aller jusqu'à en mourir de rire, il y a là quelques raisons d'arroser ça au vieux bordeaux !
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mercredi 4 septembre 2013
mardi 20 août 2013
Les multiples vérités de Jacques Vergès (1) : le soldat Vergès ou le tourisme guerrier (1942-1945)
En écrivant mon billet "Jacques Vergès : l'homme des mystères", je pensais que ce serait ma seule et modeste contribution à l'hagiographie de ce grand homme dont tous les médias nationaux nous accablent depuis son décès. Elle portait sur un point très mineur : il est né en 1924 et non en 1925, et les titres de la presse qui le font mourir à 88 ans sont donc tous faux, car il avait, en fait, 89 ans et Paul, son cadet, vraiment né, lui, en 1925, n'est pas son jumeau ! L'un et l'autre se sont cantonnés, toute leur vie, dans ce mensonge, ce qui est sans importance mais néanmoins significatif.
Ce qui m'a incité à songer à donner quelques billets complémentaires est à la fois l'accumulation des sottises et des contrevérités, tant dans les nécrologies que dans les commentaires. En voici un exemple, suite à la référence, indispensable évidemment à mes yeux, que j'avais faite à mon livre de 2007 Vergès : père, fils & frères : Une saga réunionnaise. Je cite fidèlement cette élégante glose :
"Hahaha mais quel vautour ce mec, il profite de la mort de Vergès pour soutirer un billet en nous vendant son livre de merde".
Si j'avais encore quelques hésitations quant à l'opportunité et à l'intérêt de mener à son terme la série de billets que j'envisageais et que j'intitulerai finalement plutôt "les vérités multiples de Jacques Vergès", deux éléments ont achevé de me convaincre.
Le premier est le déchaînement d'une ferveur aussi intense qu'injustifiée autour du personnage, dont fort peu de gens semblent se préoccuper de découvrir la réalité. On a même écrit à sa gloire un poème, paru dans le blog de MDP mais que vous épargnerai ici !
Le second élément est la lecture d'une longue interview intitulée « Jacques Vergès dans un taxi », faite en Belgique, à une date relativement récente (référence dans internet : ds3, RTBF) par J Colin, un journaliste belge. Je n'y ai pas appris grand chose, mais constaté, une fois de plus, cette pente de Jacques Vergès se réinventer sans cesse son histoire, pour se présenter sous le meilleur jour, en omettant tout ce qui le gêne et en mentant systématiquement, y compris sur des points mineurs, pour lesquels il semble assez vain et inutile de dissimuler la vérité, à commencer par son âge réel.
J'ai donc décidé de mener à son terme cette petite entreprise de ré-examen de son parcours de vie, ce qui m'est assez facile à partir du livre que j'ai publié en 2007. Je l'utiliserai largement, en le résumant bien sûr et en le complétant par quelques informations nouvelles, assez rares d'ailleurs.
Voici les divers épisodes prévus dont on trouvera ci-dessous le premier.
1. Jacques Vergès. L'engagement dans les Forces Françaises Libres : "le tourisme guerrier" (1942-1945).
2.Jacques Vergès et l'Algérie.
3. Jacques Vergès et l'argent : le "marronnage" (1970-1978). Le FLN, Mobutu ou Tschombé ?
4. Jacques Vergès : "la cible mouvante",
5. "Jacques Vergès l'anticolonialiste" : "Petits arrangements entre amis" ou "Les liaisons dangereuses",
6. Jacques Vergès et l'ami de trente ans, François Genoud, le banquier des nazis et/ou le nazi des banquiers.
1. Jacques Vergès. L'engagement dans les Forces Françaises Libres : " Le tourisme guerrier" (1942-1945).
Un des talents de Jacques Vergès a toujours été (et il le restera) celui d'exploiter à son avantage toutes les situations dans lesquelles il peut se trouver et de donner, en tout et partout, de soi-même l'image la plus flatteuse qui soit, même et surtout au prix de quelques arrangements avec la vérité.
L'exemple le plus simple et le plus anodin est sans doute celui de son engagement dans les Forces Françaises Libres en 1942 alors qu'il n'avait, dit-il, "que 17 ans".
Double mensonge, si l'on peut dire.
D'une part, si son frère Paul (qui lui a véritablement cet âge alors que Jacques a un an de plus comme on l'a vu) décident de s'engager dans les Forces Françaises Libres, après la libération de la Réunion par le contre-torpilleur le "Léopard", le 28 novembre 1942, mais leur arrivée en Angleterre ne se fera qu'en 1943. Quand la Réunion est libérée, fin 1942, à Madagascar les troupes vichystes ont déjà capitulé devant les Anglais et le débarquement en Afrique du Nord a même eu lieu depuis le 7 novembre 1942. Donc, en ce début 1943, quand les frères Vergès, après plusieurs semaines d'attente, à la Réunion même, puis après un long voyage par mer, via Tamatave et Durban, arrivent à Liverpool, on sait déjà que le Reich a perdu la guère, et cela depuis l'entrée en guerre des Américains fin 1941 et surtout depuis la déroute allemande de Stalingrad le 2 février 1943. C'est, en France, le moment où tous ceux qui jugent ne pas s'être trop ouvertement compromis avec Pétain, se découvrent de la sympathie pour De Gaulle et la Résistance !
Par ailleurs, ce n'est pas à 17 ans mais à 19 ans que Jacques Vergès s'engage, c'est-à-dire, en gros, une année seulement avant la date légale de l'entrée "sous les drapeaux" de sa "classe" comme on disait alors. Bien entendu, s'engager à 17 ans dans l'armée de libérations de la France vous a un petit côté "Marie-Louise", "Soldat de l'an 2" et "Fleur au fusil" que Jacques Vergès ne peut pas laisser passer. Il répétera donc ce mensonge jusqu'à la fin de ses jours, y compris dans ses dernières interviews, alors que nul ne sait mieux que lui que son engagement n'est effectif qu'en 1943 et qu'il a, à ce moment-là, 19 ans. Un détail me direz-vous, certes, mais bien des détails sont traités à l'avenant dans la vie de Jacques Vergès.
C'est même ce qu'on appelle en général des mensonges !
On doit s'interroger, car le fait est d'une importance beaucoup plus grande, sur les raisons de cette décision des deux frères ; elle a sans doute été guidée par deux motivations dont on n'a généralement évoqué qu'une seule dans leurs biographies.
Leur père, Raymond Vergès, est alors, à la Réunion, un fonctionnaire important (Directeur de la santé), franc-maçon avéré, engagé dans les luttes syndicales comme dans la vie locale (maire de Salazie). Il est toutefois, entre 1940 et 1942, un soutien déclaré du régime de Vichy. De ce fait, le régime vichyste et le gouverneur Aubert le traitent avec une évidente faveur. A la différence de nombre d’autres fonctionnaires qui ont été mêlés aux mêmes luttes syndicales que lui, R. Vergès ne semble pas avoir été réellement ni surveillé ni inquiété (P. Eve, 1987 : 882). Son appartenance à la loge l’Amitié du Grand Orient de France est connue de tous, pourtant, quand la loi contre les « sociétés secrètes » est étendue à la Réunion en août 1940, R. Vergès conserve ses importantes fonctions administratives, tandis que de modestes instituteurs sont radiés. Alors que tous les maires sont démis de leurs fonctions et remplacés, R. Vergès, maire de Salazie, qui s’est fait mettre en congé dès 1940, est rétabli dans ses fonctions en février 1941.
La Légion française des combattants est créée en août 1940 et une section est mise en place à Saint-Denis. R. Vergès en fait partie (Lauvernier, 1994 : 270), certes comme simple légionnaire, mais certains anciens combattants refusent la proposition d’adhésion, à leurs risques et périls. Il a donc très clairement l’appui du Gouverneur Aubert qui juge qu’il a adopté « l’attitude d’un très net loyalisme » (C. Lauvernier, 1994 : 269); le gouverneur attendra avril 1942 pour le considérer comme « démissionnaire d’office » et le remplacer comme maire.
Pour clore ce point, au demeurant peu contestable, citons un court passage d'une des lettres de R. Vergès au gouverneur vichyste Aubert : « Je m’engage donc personnellement à suivre, avec un entier loyalisme, le gouvernement français, ainsi que son chef, le maréchal Pétain ». Ce courrier est du 5 octobre 1940 [souligné par moi !] et on ne saurait être plus clair ! Certes à l'arrivée du "Léopard", R. Vergès se déclare un soutien un partisan aussi ferme que secret du général De Gaulle, mais un tel comportement est si banal qu'il ne vaut pas la peine de s'y attarder.
Venons-en donc à la motivation des fils. Ces derniers s'engagent-ils pour faire oublier la collaboration du père? Je n'avance pas cette hypothèse qui l'a été mais qui n'est flatteuse ni pour l'un ni pour les autres.
La seconde raison, à laquelle je crois davantage, est d'ordre plus social que politique. Comme il aime à le rappeler en se définissant comme "un homme double" (Felissi : 25) pour expliquer les contradictions qu'on lui signale dans ses comportements, Jacques Vergès est un métis (français-annamite). Or, en dépit de ce qu'on peut lire ici ou là sur la société réunionnaise, le métissage (autre que celui des Créoles qui est si profond et si généralisé qu'il n'est pas regardé comme tel) n'est guère prisé parmi les catégories sociales et ethniques réunionnaises et il n'y a même pas de terme neutre pour le dénoter. Dans la classification populaire locale, les frères Vergès n'étaient donc que des "bâtards chinois" (ce qui était rare vu l'endogamie des vrais Chinois) ; on n'a pas dû manquer de le leur faire savoir, toute leur scolarité durant et surtout au lycée de Saint-Denis qui, alors n'était guère fréquenté que par l'élite blanche, puisque l'un de leurs camarades de classe était alors Raymond Barre, né en 1924 comme Jacques Vergés.
Fin 1942, les frères Vergès ont donc sans doute trouvé là des raisons de profiter de circonstances qui leur permettent de quitter leur île pour un avenir meilleur loin du pays natal, ce qui était d'ailleurs la migration normale pour les jeunes gens de la bourgeoisie réunionnaise qu'ils étaient tout de même par la situation de leur père.
Au moment de leur mobilisation effective, en 1943, à Camberley, il leur faut choisir leur "arme" (J. Vergès 1998 : 137 ; Th. Jean-Pierre : 56) ; Paul, plus aventureux et plus tenté par l'état militaire, va dans les parachutistes, Jacques, plus prudent, opte pour l'artillerie, tenté peut-être par le refrain égrillard de "l'artilleur de Metz" et par le discours de ses instructeurs qui lui vantent, sans doute, comme à l'accoutumée, les charmes de l'artillerie, « l'arme des feux profonds et puissants ».
"Le tourisme guerrier". Cette expression a dû faire bondir les thuriféraires de Jacques Vergès. Bien à tort d'ailleurs car elle est de lui et il en use pour désigner "sa guerre" (Felissi : 17); Il donne complaisamment le détail de ses excursions, trois années durant : Madagascar, l'Afrique du Sud, l'Angleterre, l'Algérie, le Maroc, l'Italie, le Sud de la France, les Vosges, Paris, Oléron et enfin l'Allemagne ! On voit par là que, si son frère Paul est tenté par l'état militaire (y compris après sa libération, après une guerre où il s'illustrera, lui, dans divers épisodes, qui lui vaudront une médaille qu'il veillera à ne jamais recevoir), les campagnes de Jacques sont infiniment moins brillantes et il ne cherche en rien à le faire croire. C'est même un des rares côtés sympathiques du personnage.
Nous sommes loin des images d'Épinal rêvées par certains commentateurs qui l'imaginent en héros de Monte Cassino ou des champs de bataille européens. Cette guerre est surtout, à l'en croire, occasions de conquêtes féminines (une aventure par garnison ! Pour le détail, cf. R. Chaudenson, 2007 : 273!), de ripailles et de beuveries (T. Jean-Pierre : 62). Pas de cigares pourtant, car il ne sera initié à leur charme que des années plus tard par Che Guevara soi-même! Quant à seule blessure de guerre, il se l'est faite lui-même, à Oléron ... en ouvrant des huîtres.
Il faut reconnaître que, sur ce point au moins, Jacques Vergès nous donne, en parlant lui-même de "tourisme guerrier", une version assez caricaturale de sa vie militaire qui traduit l'esprit profondément antimilitariste qui était sans doute le sien. De toute façon la fin de la guerre sera pour lui très heureuse et elle sera même à l'origine de sa carrière, dans la mesure où, comme "ancien combattant", il obtient une bourse d'études qui lui permettra de commencer une fréquentation universitaire assez tortueuse qui, de l'étude de l'histoire et des langues rares, le conduira finalement au barreau.
Références.
Chaudenson, Robert, 2007, Vergès père, frères & fils : une saga réunionnaise, Paris, L'Harmattan
Eve, Prosper, 1987, "Le syndicalisme à la Réunion: 1900-1958", Thèse ronéotée, Aix-en-Provence
Felissi, Philippe Karim, 2005, Jacques Vergès l’anticolonialiste, Le Félin
Jean-Pierre, Thierry, 2000, Vergès et Vergès. De l’autre côté du miroi,. Lattes
Lauvernier, Chantal, 1994, « Ban-bai » Raymond Vergès, 1882-1957
Vergès Jacques, 1998, J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans, La Table ronde
Violet, Bernard, 2000, Vergès, le maître de l’ombre, Le Seuil.
Ce qui m'a incité à songer à donner quelques billets complémentaires est à la fois l'accumulation des sottises et des contrevérités, tant dans les nécrologies que dans les commentaires. En voici un exemple, suite à la référence, indispensable évidemment à mes yeux, que j'avais faite à mon livre de 2007 Vergès : père, fils & frères : Une saga réunionnaise. Je cite fidèlement cette élégante glose :
"Hahaha mais quel vautour ce mec, il profite de la mort de Vergès pour soutirer un billet en nous vendant son livre de merde".
Si j'avais encore quelques hésitations quant à l'opportunité et à l'intérêt de mener à son terme la série de billets que j'envisageais et que j'intitulerai finalement plutôt "les vérités multiples de Jacques Vergès", deux éléments ont achevé de me convaincre.
Le premier est le déchaînement d'une ferveur aussi intense qu'injustifiée autour du personnage, dont fort peu de gens semblent se préoccuper de découvrir la réalité. On a même écrit à sa gloire un poème, paru dans le blog de MDP mais que vous épargnerai ici !
Le second élément est la lecture d'une longue interview intitulée « Jacques Vergès dans un taxi », faite en Belgique, à une date relativement récente (référence dans internet : ds3, RTBF) par J Colin, un journaliste belge. Je n'y ai pas appris grand chose, mais constaté, une fois de plus, cette pente de Jacques Vergès se réinventer sans cesse son histoire, pour se présenter sous le meilleur jour, en omettant tout ce qui le gêne et en mentant systématiquement, y compris sur des points mineurs, pour lesquels il semble assez vain et inutile de dissimuler la vérité, à commencer par son âge réel.
J'ai donc décidé de mener à son terme cette petite entreprise de ré-examen de son parcours de vie, ce qui m'est assez facile à partir du livre que j'ai publié en 2007. Je l'utiliserai largement, en le résumant bien sûr et en le complétant par quelques informations nouvelles, assez rares d'ailleurs.
Voici les divers épisodes prévus dont on trouvera ci-dessous le premier.
1. Jacques Vergès. L'engagement dans les Forces Françaises Libres : "le tourisme guerrier" (1942-1945).
2.Jacques Vergès et l'Algérie.
3. Jacques Vergès et l'argent : le "marronnage" (1970-1978). Le FLN, Mobutu ou Tschombé ?
4. Jacques Vergès : "la cible mouvante",
5. "Jacques Vergès l'anticolonialiste" : "Petits arrangements entre amis" ou "Les liaisons dangereuses",
6. Jacques Vergès et l'ami de trente ans, François Genoud, le banquier des nazis et/ou le nazi des banquiers.
1. Jacques Vergès. L'engagement dans les Forces Françaises Libres : " Le tourisme guerrier" (1942-1945).
Un des talents de Jacques Vergès a toujours été (et il le restera) celui d'exploiter à son avantage toutes les situations dans lesquelles il peut se trouver et de donner, en tout et partout, de soi-même l'image la plus flatteuse qui soit, même et surtout au prix de quelques arrangements avec la vérité.
L'exemple le plus simple et le plus anodin est sans doute celui de son engagement dans les Forces Françaises Libres en 1942 alors qu'il n'avait, dit-il, "que 17 ans".
Double mensonge, si l'on peut dire.
D'une part, si son frère Paul (qui lui a véritablement cet âge alors que Jacques a un an de plus comme on l'a vu) décident de s'engager dans les Forces Françaises Libres, après la libération de la Réunion par le contre-torpilleur le "Léopard", le 28 novembre 1942, mais leur arrivée en Angleterre ne se fera qu'en 1943. Quand la Réunion est libérée, fin 1942, à Madagascar les troupes vichystes ont déjà capitulé devant les Anglais et le débarquement en Afrique du Nord a même eu lieu depuis le 7 novembre 1942. Donc, en ce début 1943, quand les frères Vergès, après plusieurs semaines d'attente, à la Réunion même, puis après un long voyage par mer, via Tamatave et Durban, arrivent à Liverpool, on sait déjà que le Reich a perdu la guère, et cela depuis l'entrée en guerre des Américains fin 1941 et surtout depuis la déroute allemande de Stalingrad le 2 février 1943. C'est, en France, le moment où tous ceux qui jugent ne pas s'être trop ouvertement compromis avec Pétain, se découvrent de la sympathie pour De Gaulle et la Résistance !
Par ailleurs, ce n'est pas à 17 ans mais à 19 ans que Jacques Vergès s'engage, c'est-à-dire, en gros, une année seulement avant la date légale de l'entrée "sous les drapeaux" de sa "classe" comme on disait alors. Bien entendu, s'engager à 17 ans dans l'armée de libérations de la France vous a un petit côté "Marie-Louise", "Soldat de l'an 2" et "Fleur au fusil" que Jacques Vergès ne peut pas laisser passer. Il répétera donc ce mensonge jusqu'à la fin de ses jours, y compris dans ses dernières interviews, alors que nul ne sait mieux que lui que son engagement n'est effectif qu'en 1943 et qu'il a, à ce moment-là, 19 ans. Un détail me direz-vous, certes, mais bien des détails sont traités à l'avenant dans la vie de Jacques Vergès.
C'est même ce qu'on appelle en général des mensonges !
On doit s'interroger, car le fait est d'une importance beaucoup plus grande, sur les raisons de cette décision des deux frères ; elle a sans doute été guidée par deux motivations dont on n'a généralement évoqué qu'une seule dans leurs biographies.
Leur père, Raymond Vergès, est alors, à la Réunion, un fonctionnaire important (Directeur de la santé), franc-maçon avéré, engagé dans les luttes syndicales comme dans la vie locale (maire de Salazie). Il est toutefois, entre 1940 et 1942, un soutien déclaré du régime de Vichy. De ce fait, le régime vichyste et le gouverneur Aubert le traitent avec une évidente faveur. A la différence de nombre d’autres fonctionnaires qui ont été mêlés aux mêmes luttes syndicales que lui, R. Vergès ne semble pas avoir été réellement ni surveillé ni inquiété (P. Eve, 1987 : 882). Son appartenance à la loge l’Amitié du Grand Orient de France est connue de tous, pourtant, quand la loi contre les « sociétés secrètes » est étendue à la Réunion en août 1940, R. Vergès conserve ses importantes fonctions administratives, tandis que de modestes instituteurs sont radiés. Alors que tous les maires sont démis de leurs fonctions et remplacés, R. Vergès, maire de Salazie, qui s’est fait mettre en congé dès 1940, est rétabli dans ses fonctions en février 1941.
La Légion française des combattants est créée en août 1940 et une section est mise en place à Saint-Denis. R. Vergès en fait partie (Lauvernier, 1994 : 270), certes comme simple légionnaire, mais certains anciens combattants refusent la proposition d’adhésion, à leurs risques et périls. Il a donc très clairement l’appui du Gouverneur Aubert qui juge qu’il a adopté « l’attitude d’un très net loyalisme » (C. Lauvernier, 1994 : 269); le gouverneur attendra avril 1942 pour le considérer comme « démissionnaire d’office » et le remplacer comme maire.
Pour clore ce point, au demeurant peu contestable, citons un court passage d'une des lettres de R. Vergès au gouverneur vichyste Aubert : « Je m’engage donc personnellement à suivre, avec un entier loyalisme, le gouvernement français, ainsi que son chef, le maréchal Pétain ». Ce courrier est du 5 octobre 1940 [souligné par moi !] et on ne saurait être plus clair ! Certes à l'arrivée du "Léopard", R. Vergès se déclare un soutien un partisan aussi ferme que secret du général De Gaulle, mais un tel comportement est si banal qu'il ne vaut pas la peine de s'y attarder.
Venons-en donc à la motivation des fils. Ces derniers s'engagent-ils pour faire oublier la collaboration du père? Je n'avance pas cette hypothèse qui l'a été mais qui n'est flatteuse ni pour l'un ni pour les autres.
La seconde raison, à laquelle je crois davantage, est d'ordre plus social que politique. Comme il aime à le rappeler en se définissant comme "un homme double" (Felissi : 25) pour expliquer les contradictions qu'on lui signale dans ses comportements, Jacques Vergès est un métis (français-annamite). Or, en dépit de ce qu'on peut lire ici ou là sur la société réunionnaise, le métissage (autre que celui des Créoles qui est si profond et si généralisé qu'il n'est pas regardé comme tel) n'est guère prisé parmi les catégories sociales et ethniques réunionnaises et il n'y a même pas de terme neutre pour le dénoter. Dans la classification populaire locale, les frères Vergès n'étaient donc que des "bâtards chinois" (ce qui était rare vu l'endogamie des vrais Chinois) ; on n'a pas dû manquer de le leur faire savoir, toute leur scolarité durant et surtout au lycée de Saint-Denis qui, alors n'était guère fréquenté que par l'élite blanche, puisque l'un de leurs camarades de classe était alors Raymond Barre, né en 1924 comme Jacques Vergés.
Fin 1942, les frères Vergès ont donc sans doute trouvé là des raisons de profiter de circonstances qui leur permettent de quitter leur île pour un avenir meilleur loin du pays natal, ce qui était d'ailleurs la migration normale pour les jeunes gens de la bourgeoisie réunionnaise qu'ils étaient tout de même par la situation de leur père.
Au moment de leur mobilisation effective, en 1943, à Camberley, il leur faut choisir leur "arme" (J. Vergès 1998 : 137 ; Th. Jean-Pierre : 56) ; Paul, plus aventureux et plus tenté par l'état militaire, va dans les parachutistes, Jacques, plus prudent, opte pour l'artillerie, tenté peut-être par le refrain égrillard de "l'artilleur de Metz" et par le discours de ses instructeurs qui lui vantent, sans doute, comme à l'accoutumée, les charmes de l'artillerie, « l'arme des feux profonds et puissants ».
"Le tourisme guerrier". Cette expression a dû faire bondir les thuriféraires de Jacques Vergès. Bien à tort d'ailleurs car elle est de lui et il en use pour désigner "sa guerre" (Felissi : 17); Il donne complaisamment le détail de ses excursions, trois années durant : Madagascar, l'Afrique du Sud, l'Angleterre, l'Algérie, le Maroc, l'Italie, le Sud de la France, les Vosges, Paris, Oléron et enfin l'Allemagne ! On voit par là que, si son frère Paul est tenté par l'état militaire (y compris après sa libération, après une guerre où il s'illustrera, lui, dans divers épisodes, qui lui vaudront une médaille qu'il veillera à ne jamais recevoir), les campagnes de Jacques sont infiniment moins brillantes et il ne cherche en rien à le faire croire. C'est même un des rares côtés sympathiques du personnage.
Nous sommes loin des images d'Épinal rêvées par certains commentateurs qui l'imaginent en héros de Monte Cassino ou des champs de bataille européens. Cette guerre est surtout, à l'en croire, occasions de conquêtes féminines (une aventure par garnison ! Pour le détail, cf. R. Chaudenson, 2007 : 273!), de ripailles et de beuveries (T. Jean-Pierre : 62). Pas de cigares pourtant, car il ne sera initié à leur charme que des années plus tard par Che Guevara soi-même! Quant à seule blessure de guerre, il se l'est faite lui-même, à Oléron ... en ouvrant des huîtres.
Il faut reconnaître que, sur ce point au moins, Jacques Vergès nous donne, en parlant lui-même de "tourisme guerrier", une version assez caricaturale de sa vie militaire qui traduit l'esprit profondément antimilitariste qui était sans doute le sien. De toute façon la fin de la guerre sera pour lui très heureuse et elle sera même à l'origine de sa carrière, dans la mesure où, comme "ancien combattant", il obtient une bourse d'études qui lui permettra de commencer une fréquentation universitaire assez tortueuse qui, de l'étude de l'histoire et des langues rares, le conduira finalement au barreau.
Références.
Chaudenson, Robert, 2007, Vergès père, frères & fils : une saga réunionnaise, Paris, L'Harmattan
Eve, Prosper, 1987, "Le syndicalisme à la Réunion: 1900-1958", Thèse ronéotée, Aix-en-Provence
Felissi, Philippe Karim, 2005, Jacques Vergès l’anticolonialiste, Le Félin
Jean-Pierre, Thierry, 2000, Vergès et Vergès. De l’autre côté du miroi,. Lattes
Lauvernier, Chantal, 1994, « Ban-bai » Raymond Vergès, 1882-1957
Vergès Jacques, 1998, J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans, La Table ronde
Violet, Bernard, 2000, Vergès, le maître de l’ombre, Le Seuil.
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