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mardi 17 juin 2014

De militaribus rebus,

De militaribus rebus,
Je vais faire mon cuistre ou mon Jules Cesar, pour tenter de faire oublier un instant ma modeste condition de deuxième classe de réserve de l’infanterie de marine (corps d’élite faut-il vous le rappeler ?) et citer le commentaire que j’ai reçu.
"Cher Usbek,
Je suis d'accord avec vous quand vous mettez en cause la gestion des armées, voyant davantage sous ce terme un problème de structures que vous jugez inadaptées. Mais sans doute pas pour les mêmes raisons. J'ai l'impression que vous jugez les structures figées, tandis que mon expérience me ferait dire qu'elles sont au contraire trop mouvantes.
En une trentaine d'années de carrière, j'ai toujours vu l'armée (de terre) en perpétuel changement, ballotée entre les contraintes liées aux budgets et aux effectifs (c'est en général dans le même paquet), aux copinages politiques qui parvenaient à placer des régiments loin de où, au regard de leur mission et de leurs moyens, ils auraient dû être implantés, aux choix politiques majeurs (fin de la conscription par exemple), et aux variations de la définition des menaces.
Chacun de ces points pourrait être développé longuement, mais en y regardant bien, vous verrez que tout vient du politique, même le dernier point mal intitulé, puisqu'il faut inclure ce qui est sans doute l'essentiel à savoir les objectifs de la France en matière de politique étrangère.
Pour tenter d'illustrer mon propos, je vais tenter, en quelques lignes, ça va être difficile, de vous brosser ce qui s'est passé entre la guerre du Golfe, quand Mitterrand envoya nos militaires faire de la figuration dans la grande coalition qui avait bien plus valeur de symbole en tant que coalition que d'effets militaires. Je dois avouer que je comprends très bien la position de Chevènement à l'époque même si par ailleurs il est difficile de lui pardonner un abandon de poste au moment crucial.
Donc en 90 l'armée est encore structurée pour la guerre froide qui vient de s'achever, même s'il existe des éléments dédiés à nos interventions en Afrique. La décision, mais qui s'en étonnerait, de ne pas envoyer le contingent dans le Golfe amène à un bricolage assez extraordinaire que bien évidemment ceux qui ne sont pas dans l'institution ne peuvent voir, mais qui montre aux militaires une énorme faille (on était à peu près incapables de faire une relève).
Le problème devient le service national qui empêche une restructuration en profondeur et oblige encore pendant quelques années à des contorsions et des contournements du règlement pour envoyer des appelés en Yougo par exemple (il suffisait qu'ils signent un contrat de 2 mois dans le cadre d'un service long volontaire et qu'ils veuillent évidemment participer à ces opérations de maintien de la paix. Les volontaires ne manquèrent pas). En fait, c'est Chirac qui prend une décision cohérente en supprimant le Service National  qui permet donc d'opérer une réforme en profondeur des armées et surtout de l'armée de terre qui était la moins professionnalisée.
Mais le politique s'arrête aux grandes décisions : budgets, effectif (loi de programmation), définition des objectifs en termes de mission (livre blanc). C'est ensuite aux militaires de mener la réforme dans les détails, grands et petits. Pour y avoir participé (on appelait ça la refondation), je peux vous affirmer que le critère central restait l'opérationnel, donc la capacité opérationnelle et la satisfaction des objectifs du livre blanc.
Evidemment ça a été pollué par les habitudes prises, surtout les mauvaises, et, dois-je le dire, surtout par des généraux devenus trop nombreux eu égard à la nouvelle donne (mais je pourrais éventuellement expliquer pourquoi le nombre de généraux, 1ère section évidemment, ne diminue jamais ou peu, quelles que soient les réformes) qui s'accrochaient à leur pouvoir ou aux signes de celui-ci (je me souviens, parce que c'était mon job avoir fait des propositions qui m'ont valu un violent renvoi da mes buts, mais qui néanmoins furent adoptées quelques années plus tard quand les vieilles badernes qui ne voulaient pas en entendre parler finirent par partir.)
En fait les lieutenants-colonels et les colonels étaient sans doute les plus aptes à mener une vraie réforme de fond. Enfin finalement la refondation eut lieu et l'armée de terre, 5 ans après la décision de professionnaliser, avait un tout nouveau visage avec en termes d'organisation, sous-tendu par les principes de recentrage sur le métier et de modularité, les structures pour répondre aux objectifs fixés par le politique.
Sauf que celui-ci n'a pas tenu les siens en amputant pendant ces 5 années la loi de programmation de 20% de ses moyens avec un impact évidemment amplifié sur le matériel, le reste étant plus difficilement compressible (fonctionnement courant, soldes par exemple). Cela pour vous montrer qu'en matière de défense, on marche sur deux pattes et qu'en l'occurrence c'est bien le politique qui a failli et qui continue. Mais c'est quand même lui qui tient tout. Il pouvait décider de faire un effort pour que l'équipement soit adapté aux missions qu'il a lui-même fixées. Ou alors reformater l'armée en fonction des équipements qu'il voulait bien lui offrir et en même temps reconsidérer les missions.
C'est la seconde solution qui a été choisie. C'est son droit. Mais en même temps il doit comprendre qu'on ne fera plus ce qu'on faisait, qu'à la fin de la loi de programmation actuelle il serait impossible à Hollande, si le destin s'acharnait sur la France et le reconduisait à son poste, de fêter le plus beau jour de sa vie à Bamako avant d'aller faire un tour à Bangui.
Bon je vais m'arrêter là car j'ai déjà été trop long. Mais il y aurait beaucoup à dire notamment sur les conditions d'exercice du métier militaire notamment en opération. Rappelons-nous par exemple que le premier militaire mort au Mali était pilote de Gazelle, touché par balle. Or selon les lois de programmation, ça fait belle lurette qu'il aurait dû piloter un Tigre disposant d'un blindage. Pour l'anecdote on a quand même réussi à ouvrir il y a une dizaine d'années l'école de pilotage franco-allemande du Tigre alors même que le premier exemplaire ne serait pas livré avant un an."

mardi 2 avril 2013

Armée française : deuxième section (suite et fin)


L'échange de commentaires de Marc et Expat supplée avantageusement ma défaillance imprévue du jour.

Je vous les livre donc car tout le monde n'a pas pu les voir.

A propos des avantages en nature de la deuxième section, Marc observe :

"Sans oublier les accès au mess des officiers, Madame ex accompagnant Monsieur ex.

J'ai fréquenté plusieurs fois le mess des officiers de Brest, à l'époque où je sévissais pour le compte de la Royale. Une majorité d'anciens parmi les dîneurs et le lieutenant de vaisseau qui me chapeautait m'avouait éviter de fréquenter ce lieu peuplé de vieilles gloires ...

Ce qui n'est pas le cas de l'armée de l'air où les officiers supérieurs sortent des écrans radars dès leur retraite.

J'ai le sentiment diffus que la deuxième section est une astuce "sociale" permettant de conserver un "certain" niveau de vie à nos gégènes et amiraux, le rappel d'officiers pouvant se faire par appel au cadre de réserve, à moins que je ne me trompe ?

2 avril 2013 14:24


Expat répond :

"L'accès aux mess!!!
Les mess ont fermé en rafale avec la professionnalisation, et dans ceux qui sont restés, sauf exception, le service est digne d'une cantine.
Par exemple, s'agissant de la Royale [la majuscule est de moi!], j'ai connu le mess de Lorient avant et après. Avant, on pouvait y manger à tous les repas ; ensuite, on pouvait juste y dormir et bénéficier d'un petit-déjeuner basique, avec les pots de confiture en plastique.

Il serait dommage de croire que les armées ont conservé certains attributs corrélés peut-être à une certaine ancienne position sociale des officiers, mais qui n'existait déjà plus quand j'étais en service, et qui, restons sérieux, n'avaient rien à voir avec les prestations offertes par certains CE.

S'agissant de la deuxième section, les informations que j'en ai, est que son aménagement est à l'étude pour qu'effectivement à partir d'un certain âge, les généraux soient placés d'office en position de retraite.

S'agissant des propos d'Usbek, deux choses:

D'abord une anecdote : il y a une bonne quinzaine d'années, comme quoi le problème d'affichage était déjà perçu, un chef d'état-major de l'armée de terre a pondu une directive interdisant aux généraux de deuxième section de porter leur uniforme lors des cérémonies militaires, justement à cause de l'effet "armée mexicaine". Ce qui au poste que j'occupais à l'époque m'a valu quelques avoinées de la part de quelques généraux dans cette position, en fait surtout ceux qui étaient passé "quart de place", comme on dit, pour désigner ceux qu'on nomme directement en deuxième section à partir du grade de colonel et qui donc n'ont jamais eu l'occasion de sortir leur képi orné de feuilles de chêne
La seconde est qu'il faut parfois se méfier de l'ADEFDROMIL. Pour cela il faut comprendre la genèse de la création de cette association. Elle est le fait d'un capitaine, vieux routier de la GRH dans les armées, et qui n'a pas pu bénéficier d'un réel avantage qui existait, à une époque, et qu'on appelait le "double jump", à savoir une nomination au grade supérieur au départ à la retraite et la retraite du grade encore supérieur. C'était une incitation généreuse au départ qui avait été détournée souvent par ceux qui pouvaient au moins initier son attribution. Donc n'ayant pu, pour une raison que j'ignore, en profiter le capitaine en question est parti à la retraite en état de rébellion avec les armées. Tout ça pour dire que les motivations de certains des membres de l'association sont un peu douteuses. En tout cas, ils ont réussi à faire supprimer le double jump, en tant qu'outil de gestion des personnels, en conseil d'Etat, faute d'avoir pu l'obtenir."

2 avril 2013 14:54

Brève réponse de Marc beau joueur :

"J'ai fréquenté les cantines de la Royale [majuscule de moi !] et celles de l'Air [encore de moi pour ne pas faire de jaloux] entre 1995 et 2000.
Si la situation a évolué compte tenu de la professionnalisation des armées, dont acte."

2 avril 2013 16:48

 

lundi 1 avril 2013

Armée française : la deuxième section


Oyez ! Oyez! Bonnes gens ! Oyez ! Ceci n'est point un conte ! C'est une histoire véritable, celle de la deuxième section des généraux de la France.

Petite correction liminaire, d'ordre linguistique ; il ne s'agit fort heureusement pas d'une "deuxième" section, car on aurait tout lieu de craindre alors qu'il n'en existe une troisième, voire une quatrième ; c'est, en fait, la "seconde" section, puisque la série des sections s'arrête après elle

Si la MIRVOG dont je parlais hier est de création très récente (2005), la deuxième section, unique en Europe et dans le monde, a le mérite de l'antiquité puisqu'elle a été créé sous Louis-Philippe, en 1839,  a une époque où les guerres consommaient plus de généraux que nos conflits modernes. Quel est le dernier général français mort au champ d'honneur ? Elle a été conçue, à l'origine, comme une sorte de vivier de généraux où, en temps de guerre, on pouvait puiser si besoin était. Nous n'en sommes fort heureusement plus là (surtout pour les généraux !).
 
La deuxième section se définissant naturellement, comme on l'imagine, par une différenciation d'avec la première, il est nécessaire de s'attarder un peu sur la condition de général qui, dans l'armée française, n'est pas exactement celle que l'on croit et demeure, en outre, assez mystérieuse car la Grande Muette est aussi fort discrète sur elle-même dans certains cas.

Comme le rappelait hier Expat, expert en la matière, "en devenant général, on entre paradoxalement dans un statut précaire, à savoir que la nomination au grade de général s'accompagne d'une durée de service maximal, dès lors qu'on n'est pas passé grade supérieur [...].Ce qui fait qu'avant 55 ans pour certains, on peut se retrouver placé d'office en deuxième section et dans une situation personnelle telle que la « retraite » puisse ne pas suffire pour l'assumer de façon correcte, tout en étant relatif bien entendu.". Ne sortez pas trop vite vos mouchoirs !

Pour les détails qui suivent, comme pour la description générale de la deuxième section des généraux, je me réfère aux travaux de l'ADEFDROMIL "qui défend les droits des militaires et s'est longuement penchée sur le sort et la condition de l'armée française", en notant d'ailleurs (et je la cite) que « la France dispose d'une armée professionnelle de plus en plus petite mais proportionnellement de plus en plus encadrée par des officiers. ».

Combien avons-nous de généraux ?

Selon une étude parue dans le Point en juin 2008 « le nombre des officiers généraux en activité (ce que les militaires appellent la "première section") était, fin 2007, de 633 ». Ce nombre est stable depuis une trentaine d'années puisqu'ils étaient 612 en 1975. On observera qu'il s'agit là de postes "budgétaires" et que, par conséquent, il est possible de nommer deux officiers sur un seul de ces postes, pour six mois chacun, pour leur permettre par exemple, de partir à la retraite avec un échelon supérieur.
 
Combien gagne un général ?

Là aussi règne le mystère qu'évoque Expat. Selon un article de Jean-Dominique Merchet, spécialiste des questions militaires, paru dans Libération en mai 2008 "la solde moyenne d'un officier général serait de 5850 €, moyenne d'une fourchette comprise entre 5200 et 6600 €.". Toutefois ce chiffre ne correspond, en fait, qu'à un peu plus de 50 % de la solde réellement perçue, puisqu'il ne s'agit là que de la solde de base brute mensuelle de général de division. En fait, la rémunération nette est bien plus élevée, de 46 à 60 %, en raison de l'existence de primes, comme dans toute la haute fonction publique, ce qui permet de majorer  les salaires, sans toucher à la fameuse grille de rémunération des fonctionnaires. ( Les records sont détenus, dit-on, par Bercy!).

Venons-en maintenant à la fameuse "deuxième section" créée en 1839 ! Fin 2007, elle comptait 5571 généraux, ce qui en théorie, selon les experts, permettrait d'alimenter en officiers généraux six armées des États-Unis !

Les avantages de l'inscription dans cette deuxième section sont considérables : tarif militaire SNCF, le fameux quart de place des amiraux et des généraux, soldes de réserve militaire avec maintien de abattement de 10 % pour frais professionnels que n'ont pas les retraités ordinaires ; un détail : les indemnités SNCF en 2008 se sont élevées à 3,1 millions d'euros pour les effectifs de la deuxième section. Quant à l'utilisation éventuelle de ces généraux de deuxième section, il est des plus réduits puisqu'en moyenne seuls cent généraux sur plus de 5500 sont rappelés chaque année!

Certes on peut admettre que le coût de cette deuxième section ne représente pas grand-chose dans le budget total de la Défense, mais la très faible utilisation de cette section et même, fait significatif, son omission dans la description de l'encadrement stratégique des Livres blancs comme dans les Lois de programmation militaire montre l'étrangeté de cette institution.

Peut-être, en revanche, faut-il prendre en compte la force de dissuasion morale qu'ajoute la deuxième section des généraux dans l'image de l'armée française comme dans le poids stratégique de notre nation dans le monde. En effet quel Etat serait assez fou pour s'attaquer à une armée comme la nôtre qui dispose de 6.204 généraux ?

dimanche 31 mars 2013

Connaissez-vous la MIRVOG ? (suite)

Avec cette satanée heure d'été, je suis un peu à la bourre (="en retard et pressé", traduction pour les nobles étrangers !) ; de ce fait, je vais reprendre ici les deux commentaires d'Expat qui, postés dans l'après midi d'hier, ont sans doute échappé à plusieurs dizaines de visiteurs de ce blog. Comme Expat éclaire divers aspects de la noble "deuxième section des officiers généraux" qui était mon sujet du jour, j'ai d'autant moins de scrupules à le faire.

Voici donc réunis les commentaires d'Expat :

" Cher Usbek,
Je vais tenter de vous apporter quelques compléments d'information sur cette MIRVOG qui a fait bien jaser aussi dans les armées.

Il se trouve que les armées ont un dispositif de reconversion qui s'est étoffé, et même rationalisé, ce qui ne fut pas une mince affaire (mais c'est une autre histoire), depuis la professionnalisation. L'idée c'était qu'on ne pouvait bien recruter que si on pouvait assurer une bonne reconversion (à distinguer du reclassement).
Et ça touchait, peu ou prou, toutes les catégories de personnel puisque toutes les catégories (soldats, sous-officiers, officiers) disposent de gens sous contrat certes, dans des proportion très différentes, puisque pour la première catégorie c'est 100%, tandis qu'on tombe en gros à 30% pour la dernière catégorie. Mais évidemment même les gens de carrière partant avant leur limite d'âge dans le grade pouvaient en bénéficier. Je ne vais pas entrer dans es détails parce que ce serait trop long.

Et il se trouvait donc que la seule catégorie qui n'avait pas droit à bénéficier d'un dispositif de reconversion c'étaient les officiers généraux.

Voilà un peu pour la genèse de cette MIRVOG.

Ce ne sont pas les 5500 officiers généraux en seconde section qui peuvent en bénéficier dont beaucoup ont atteint un âge où leur situation personnelle ne constitue pas un problème, mais ceux qui sont sur le point de partir, ce qui limite quand même les bénéficiaires.

Les officiers généraux en deuxième section bénéficient d'une solde de réserve qui est équivalente à ce qu'ils toucheraient s'ils étaient en retraite, soit 80% de leur dernière solde diminuée de toutes les primes (qui 8constituent au minimum, car selon les postes occupés ça peut-être davantage, un bon tiers de cette solde), donc en gros la moitié de leur solde d'activité avec les primes.
Mais la deuxième section leur permet d'être rappelés pour des mission ponctuelles pendant lesquelles ils retrouvent primes et avantages. Mais ça reste marginal.
Cependant ils conservent deux avantages : un carte de réduction SNCF leur permettant de voyager avec une réduction de 75% et le droit de déduire, comme tous les salariés, 10% de leurs revenus lors de leur déclaration d'impôts.

Donc il y a une dizaine d'années un général, qui était inspecteur des armées, s'est fendu d'un rapport au ministre de l’époque expliquant qu'il fallait aussi prendre en compte les généraux quittant le service actif pour plusieurs raisons:
Comme vous le dites vous-mêmes la moyenne d'âge de départ est de 57 ans. Mais comme certains peuvent rester jusqu'à 62 ans ça suppose que d'autres partent avant cet âge. Je précise que leur départ n'est pas volontaire dans la grande majorité des cas. Ils sont tout simplement mis dehors. En fait en devenant général on entre paradoxalement dans un statut précaire, à savoir que la nomination au grade de général s'accompagne d'une durée de service maximale dès lors qu'on n'est pas passé au grade supérieur. Et chaque nouveau promu signe effectivement un document dans ce sens qui le fait renoncer explicitement à pouvoir bénéficier de la limite d'âge de son grade. Ce qui fait qu'avant 55 ans pour certains, on peut se retrouver placé d'office en deuxième section, et dans une situation personnelle telle que la "retraite" puisse ne pas suffire pour l'assumer de façon correcte, tout étant relatif bien entendu.
 
La seconde idée était que les généraux étant, en ou par principe, des individus à haut potentiel, il n'était pas stupide de les caser dans des postes où ils pourraient en quelque sorte faire du lobbying au profit des armées. Bien qu'en général, on ait connu des situations inverses où certaines entreprises embauchaient des généraux pour leur carnet d'adresses au sein de la défense.
En tout cas, l'idée est passée et donc le ministre a donné son aval à la création de la MIRVOG qui, vu le nombre restreint d'individus à traiter, a pu se permettre d'offrir des prestations de qualité et individualisées."
 
A demain donc pour la fameuse "deuxième section".

samedi 30 mars 2013

Connaissez-vous la MIRVOG ?

Non ! Protestez-vous!

Eh bien ça ne m'étonne pas,car c'est réellement un OVNI, un Objet Véritable Non Identifié, mais qui ne vole pas et est, bien au contraire, très confortablement pour ne pas dire somptueusement installé à Paris dans les beaux quartiers (Ecole Militaire).
En fait le sujet est pourtant triplement actuel et, plus encore, suite à l'intervention de notre président. La MIRVOG concerne, en effet, à la fois la Défense dont elle dépend et qui l'abrite et la nourrit, le chômage des seniors, et la formation professionnelle.
La MIRVOG est aussi, et au premier chef peut-être, une curiosité informatique. En effet, si vous tapez MIRVOG dans l'incollable Google, au lieu d'obtenir des références de toutes sortes et qui deviennent même rapidement insolites, vous n'avez guère (vous pouvez vérifier) que des informations officielles ou quasi officielles qui toutes émanent plus ou moins de www.defense.gouv.fr
Dans la crainte religieuse de fausser si peu que ce soit l'image ou l'activité de la MIRVOG, je reprendrai ici des "éléments de langage" (comme on dit désormais) empruntés à des documents émanant plus ou moins de la MIRVOG elle-même que je signalerai bien entendu par des guillemets.
Première information que vous brûlez d'avoir. Qu'est ce donc, diable, que cette si mystérieuse MIRVOG créée en 2005 après deux ans de commissions, d'étude et de réflexion ?
"La Mission Retour à la Vie Civile des Officiers Généraux (MIRVOG) a pour objectif de faciliter et accompagner la démarche de retour à la vie civile des officiers généraux placés en 2ème section ainsi que d’animer le réseau de moyens mis à leur disposition. Composée de sept personnes appartenant à la Défense, la MIRVOG s’est entourée de professionnels civils, spécialistes de la reconversion des seniors ayant une très bonne expérience du coaching et une parfaite connaissance du monde de l’entreprise.
Placée sous l’autorité d’un officier général, directement subordonnée au chef du bureau des officiers généraux (BOG) du cabinet du ministre de la défense, la MIRVOG a pour mission première d’accompagner les officiers généraux dans leurs démarches de recherche d’emploi, en mettant à leur disposition un ensemble de prestations, toutes externalisées, réalisées par des cabinets spécialisés dans le recrutement, le coaching et l’outplacement."
Noble tâche, même si un général à la retraite (en général à 57 ans en moyenne), n'est pas tout à fait dans la misère, encore que la notion même de "retraite" ne soit ni simple ni claire pour nos généraux !
Pour résumer et clarifier un peu, en attendant de revenir, dans un prochain blog, sur la non moins mystérieuse" deuxième  section ", qui devrait être, en fait, la "seconde" car il n'y a pas de troisième, la MIRVOG offre son assistance aux officiers généraux des armées "admis en deuxième section ou placés en congés statutaire  ou radiés des cadres"[...]"Exceptionnellement, et sur demande expresse des états-majors d'armée, elle peut apporter son assistance aux officiers supérieurs approchant leur limite d'âge et non admis au généralat".
En somme, pour résumer et conclure, on peut dire que, sur un grand pied, avec des moyens incomparables et des objectifs infiniment plus élevés, la MIRVOG est, en somme, le "Pole Emploi-Jockey Club" spécial, de grand luxe et des plus fermés puisqu'il est réservé aux quelque 5.500 officiers généraux de ce qu'on nomme curieusement et improprement la deuxième section ! Nous y viendrons demain car ce sujet est aussi mystérieux que le précédent, quoique infiniment plus ancien... et pour cause!

mercredi 6 mars 2013

Honni soit qui Mali pense : "On nous ment!"


Vu l'urgence, j'interromps provisoirement la série de mes posts sur "L'école 2013".

L'heure semble jugée grave puisque, lundi 4 mars 2013, au lieu des prétendus "experts" habituels, je n'ai pas entendu moins de officiers généraux causer de la guerre au Mali sur nos antennes, deux retraités pigistes et un amiral, pas du tout quart de place mais chef de nos armée. L'intervention de ce dernier tenait sans doute à l'annonce de la mort d'un de nos soldats, sur laquelle il a eu quelques paroles émues, tout en soulignant que "mourir pour la patrie" était un des devoirs assumés par tout soldat.

J'ouvre ici une parenthèse pour solliciter la science militaire d'Expat qui a eu l'amicale imprudence de me permettre de le solliciter sur les questions militaires!

1. A quand remonte la dernière "mort au champ d'honneur "d'un général français ?

2. Comment s'explique que ce soit souvent des amiraux qui soient les chefs suprêmes de nos armées ?

Mais revenons au Mali (ou plutôt au Tchad) car le temps et l'espace me manquent !

On se croirait presque revenu au temps de la Seconde Guerre mondiale, quand les communiqués des forces de l'Axe, en février 1943 (moment de Stalingrad pour ceux et celles qui l'auraient oublié) , fidèlement repris par "Radio Paris" nous faisait savoir, chaque jour, que les troupes du Troisième Reich se repliaient en bon ordre "sur des positions préparées à l'avance". La ritournelle de Radio-Londres était, on s'en souvient : « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand !".

Nous n'en sommes fort heureusement pas là, mais le quasi total black-out imposé sur les événements du Nord-Est du Mali commence à prendre des proportions inquiétantes. Fort heureusement, il est devenu aujourd'hui beaucoup plus difficile de museler tout à fait l'information pour qui veut la chercher; J'ai donc obtenu des informations tout à fait différentes, de façon très simple, grâce à Google en consultant simplement ce qui s'écrit à ce sujet au Tchad même, et  plus précisément à N'Djamena.

Je dois dire d'ailleurs que j'ai été agréablement surpris de constater que l'information locale bénéficie, vis-à-vis du pouvoir en place, d'une liberté de ton peu courante et que je ne soupçonnais pas ; je pensais en effet que le président Idriss Deby, si branlante et contestée que soit sa position, était plus soucieux de museler son information ; il est bien loin de faire la l'unanimité dans son propre pays et cela se lit!

C'est ainsi que, sur la plan militaire, indépendamment de ce qui se passe au Mali même (et sous réserve, bien entendu, de la validité des informations que j'ai pu obtenir par ces voies)  une colonne armée de « terroristes djihadistes" a attaqué le Tchad même et a investi le massif du Djebel Moun, à partir du Nord Mali, en traversant la région de l'extrême Nord du Tchad, dans la zone de la frontière tchado-soudanaise. Le berger djihadiste a donc déjà répondu à la bergère tchadienne, en lançant une offensive sur le Tchad même ; elle aurait déjà conduit à un affrontement sanglant dans lequel 12  soldats tchadiens auraient été blessés et évacués sur Adré.

Ce dimanche 3 mars 2013, selon une source qui se définit comme fiable car proche de l'état-major tchadien, le président Deby aurait donc délibérément modifié le bilan des combats. L'embuscade du vendredi 22 février a été désastreuse pour les Tchadiens. Il y aurait eu, en réalité, de leur côté, 117 tués dont  68 morts sur place, 27 autres ayant succombé à leurs blessures. C'est seulement de ces derniers que le gouvernement a fait état et dont il a organisé en grande pompe les funérailles nationales. Il faut en outre ajouter à ces lourdes pertes, la mort de 22 des 23 soldats tchadiens faits prisonniers et qui ont été fusillés par les djhadistes.

Le seul Tchadien, qui a été épargné par eux, a bénéficié de cette mesure en raison de son appartenance à une communauté musulmane particulière ; il a été relâché et c'est lui qui a révélé l'exécution sommaire de tous  ses camarades. Il a délivré le message dont les djihadistes l'avaient chargé et qui est le suivant : « Vous êtes des incultes et votre président Idriss Deby est un mécréant ; nous attendons le reste de sa troupe pour lui réserver ce que vous venez de subir".

Sur instruction d'Idriss Deby ce soldat a été transféré à Bamako puis à N'Djamena où il a été mis à l'isolement et même, semble-t-il, torturé.

Tout cela ne ressemble guère à ce que l'on nous donne à croire et la suite moins encore!
A demain pour cette suite !