Oyez ! Oyez!
Bonnes gens ! Oyez ! Ceci n'est point un conte ! C'est une histoire véritable,
celle de la deuxième section des généraux de la France.
Petite
correction liminaire, d'ordre linguistique ; il ne s'agit fort heureusement pas
d'une "deuxième" section, car on aurait tout lieu de craindre alors qu'il
n'en existe une troisième, voire une quatrième ; c'est, en fait, la "seconde"
section, puisque la série des sections s'arrête après elle
Si la MIRVOG dont
je parlais hier est de création très récente (2005), la deuxième section, unique
en Europe et dans le monde, a le mérite de l'antiquité puisqu'elle a été créé
sous Louis-Philippe, en 1839, a une époque où les guerres consommaient plus de généraux
que nos conflits modernes. Quel est le dernier général français mort au champ
d'honneur ? Elle a été conçue, à l'origine, comme une sorte de vivier de généraux
où, en temps de guerre, on pouvait puiser si besoin était. Nous n'en sommes fort heureusement plus là (surtout pour les généraux !).
La deuxième
section se définissant naturellement, comme on l'imagine, par une
différenciation d'avec la première, il est nécessaire de s'attarder un peu sur
la condition de général qui, dans l'armée française, n'est pas exactement celle
que l'on croit et demeure, en outre, assez mystérieuse car la Grande Muette est
aussi fort discrète sur elle-même dans certains cas.
Comme le rappelait
hier Expat, expert en la matière, "en devenant général, on entre
paradoxalement dans un statut précaire, à savoir que la nomination au grade de
général s'accompagne d'une durée de service maximal, dès lors qu'on n'est pas
passé grade supérieur [...].Ce qui fait qu'avant 55 ans pour certains, on peut
se retrouver placé d'office en deuxième section et dans une situation personnelle
telle que la « retraite » puisse ne pas suffire pour l'assumer de façon
correcte, tout en étant relatif bien entendu.". Ne sortez pas trop vite vos mouchoirs !
Pour les détails
qui suivent, comme pour la description générale de la deuxième section des
généraux, je me réfère aux travaux de l'ADEFDROMIL "qui défend les droits
des militaires et s'est longuement penchée sur le sort et la condition de
l'armée française", en notant d'ailleurs (et je la cite) que « la France
dispose d'une armée professionnelle de plus en plus petite mais
proportionnellement de plus en plus encadrée par des officiers. ».
Combien
avons-nous de généraux ?
Selon une étude
parue dans le Point en juin 2008 « le
nombre des officiers généraux en activité (ce que les militaires appellent la "première
section") était, fin 2007, de 633 ». Ce nombre est stable depuis une trentaine
d'années puisqu'ils étaient 612 en 1975. On observera qu'il s'agit là de postes "budgétaires"
et que, par conséquent, il est possible de nommer deux officiers sur un seul de
ces postes, pour six mois chacun, pour leur permettre par exemple, de partir à
la retraite avec un échelon supérieur.
Combien gagne un
général ?
Là aussi règne
le mystère qu'évoque Expat. Selon un article de Jean-Dominique Merchet, spécialiste
des questions militaires, paru dans Libération
en mai 2008 "la solde moyenne d'un officier général serait de 5850 €,
moyenne d'une fourchette comprise entre 5200 et 6600 €.". Toutefois ce
chiffre ne correspond, en fait, qu'à un peu plus de 50 % de la solde réellement perçue, puisqu'il ne s'agit
là que de la solde de base brute mensuelle de général de division. En fait, la
rémunération nette est bien plus élevée, de 46 à 60 %, en raison de l'existence
de primes, comme dans toute la haute fonction publique, ce qui permet de majorer
les salaires, sans toucher à la fameuse grille de rémunération des
fonctionnaires. ( Les records sont détenus, dit-on, par Bercy!).
Venons-en
maintenant à la fameuse "deuxième section" créée en 1839 ! Fin 2007,
elle comptait 5571 généraux, ce qui
en théorie, selon les experts, permettrait d'alimenter en officiers généraux
six armées des États-Unis !
Les avantages de
l'inscription dans cette deuxième section sont considérables : tarif militaire
SNCF, le fameux quart de place des amiraux et des généraux, soldes de réserve
militaire avec maintien de abattement de 10 % pour frais professionnels que
n'ont pas les retraités ordinaires ; un détail : les indemnités SNCF en 2008 se
sont élevées à 3,1 millions d'euros pour les effectifs de la deuxième section.
Quant à l'utilisation éventuelle de ces généraux de deuxième section, il est
des plus réduits puisqu'en moyenne seuls cent généraux sur plus de 5500 sont
rappelés chaque année!
Certes on peut
admettre que le coût de cette deuxième section ne représente pas grand-chose
dans le budget total de la Défense, mais la très faible utilisation de cette
section et même, fait significatif, son omission dans la description de
l'encadrement stratégique des Livres blancs comme dans les Lois de programmation
militaire montre l'étrangeté de cette institution.
Peut-être, en
revanche, faut-il prendre en compte la force de dissuasion morale qu'ajoute la
deuxième section des généraux dans l'image de l'armée française comme dans
le poids stratégique de notre nation dans le monde. En effet quel Etat serait
assez fou pour s'attaquer à une armée comme la nôtre qui dispose de 6.204
généraux ?