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mardi 17 juin 2014

De militaribus rebus,

De militaribus rebus,
Je vais faire mon cuistre ou mon Jules Cesar, pour tenter de faire oublier un instant ma modeste condition de deuxième classe de réserve de l’infanterie de marine (corps d’élite faut-il vous le rappeler ?) et citer le commentaire que j’ai reçu.
"Cher Usbek,
Je suis d'accord avec vous quand vous mettez en cause la gestion des armées, voyant davantage sous ce terme un problème de structures que vous jugez inadaptées. Mais sans doute pas pour les mêmes raisons. J'ai l'impression que vous jugez les structures figées, tandis que mon expérience me ferait dire qu'elles sont au contraire trop mouvantes.
En une trentaine d'années de carrière, j'ai toujours vu l'armée (de terre) en perpétuel changement, ballotée entre les contraintes liées aux budgets et aux effectifs (c'est en général dans le même paquet), aux copinages politiques qui parvenaient à placer des régiments loin de où, au regard de leur mission et de leurs moyens, ils auraient dû être implantés, aux choix politiques majeurs (fin de la conscription par exemple), et aux variations de la définition des menaces.
Chacun de ces points pourrait être développé longuement, mais en y regardant bien, vous verrez que tout vient du politique, même le dernier point mal intitulé, puisqu'il faut inclure ce qui est sans doute l'essentiel à savoir les objectifs de la France en matière de politique étrangère.
Pour tenter d'illustrer mon propos, je vais tenter, en quelques lignes, ça va être difficile, de vous brosser ce qui s'est passé entre la guerre du Golfe, quand Mitterrand envoya nos militaires faire de la figuration dans la grande coalition qui avait bien plus valeur de symbole en tant que coalition que d'effets militaires. Je dois avouer que je comprends très bien la position de Chevènement à l'époque même si par ailleurs il est difficile de lui pardonner un abandon de poste au moment crucial.
Donc en 90 l'armée est encore structurée pour la guerre froide qui vient de s'achever, même s'il existe des éléments dédiés à nos interventions en Afrique. La décision, mais qui s'en étonnerait, de ne pas envoyer le contingent dans le Golfe amène à un bricolage assez extraordinaire que bien évidemment ceux qui ne sont pas dans l'institution ne peuvent voir, mais qui montre aux militaires une énorme faille (on était à peu près incapables de faire une relève).
Le problème devient le service national qui empêche une restructuration en profondeur et oblige encore pendant quelques années à des contorsions et des contournements du règlement pour envoyer des appelés en Yougo par exemple (il suffisait qu'ils signent un contrat de 2 mois dans le cadre d'un service long volontaire et qu'ils veuillent évidemment participer à ces opérations de maintien de la paix. Les volontaires ne manquèrent pas). En fait, c'est Chirac qui prend une décision cohérente en supprimant le Service National  qui permet donc d'opérer une réforme en profondeur des armées et surtout de l'armée de terre qui était la moins professionnalisée.
Mais le politique s'arrête aux grandes décisions : budgets, effectif (loi de programmation), définition des objectifs en termes de mission (livre blanc). C'est ensuite aux militaires de mener la réforme dans les détails, grands et petits. Pour y avoir participé (on appelait ça la refondation), je peux vous affirmer que le critère central restait l'opérationnel, donc la capacité opérationnelle et la satisfaction des objectifs du livre blanc.
Evidemment ça a été pollué par les habitudes prises, surtout les mauvaises, et, dois-je le dire, surtout par des généraux devenus trop nombreux eu égard à la nouvelle donne (mais je pourrais éventuellement expliquer pourquoi le nombre de généraux, 1ère section évidemment, ne diminue jamais ou peu, quelles que soient les réformes) qui s'accrochaient à leur pouvoir ou aux signes de celui-ci (je me souviens, parce que c'était mon job avoir fait des propositions qui m'ont valu un violent renvoi da mes buts, mais qui néanmoins furent adoptées quelques années plus tard quand les vieilles badernes qui ne voulaient pas en entendre parler finirent par partir.)
En fait les lieutenants-colonels et les colonels étaient sans doute les plus aptes à mener une vraie réforme de fond. Enfin finalement la refondation eut lieu et l'armée de terre, 5 ans après la décision de professionnaliser, avait un tout nouveau visage avec en termes d'organisation, sous-tendu par les principes de recentrage sur le métier et de modularité, les structures pour répondre aux objectifs fixés par le politique.
Sauf que celui-ci n'a pas tenu les siens en amputant pendant ces 5 années la loi de programmation de 20% de ses moyens avec un impact évidemment amplifié sur le matériel, le reste étant plus difficilement compressible (fonctionnement courant, soldes par exemple). Cela pour vous montrer qu'en matière de défense, on marche sur deux pattes et qu'en l'occurrence c'est bien le politique qui a failli et qui continue. Mais c'est quand même lui qui tient tout. Il pouvait décider de faire un effort pour que l'équipement soit adapté aux missions qu'il a lui-même fixées. Ou alors reformater l'armée en fonction des équipements qu'il voulait bien lui offrir et en même temps reconsidérer les missions.
C'est la seconde solution qui a été choisie. C'est son droit. Mais en même temps il doit comprendre qu'on ne fera plus ce qu'on faisait, qu'à la fin de la loi de programmation actuelle il serait impossible à Hollande, si le destin s'acharnait sur la France et le reconduisait à son poste, de fêter le plus beau jour de sa vie à Bamako avant d'aller faire un tour à Bangui.
Bon je vais m'arrêter là car j'ai déjà été trop long. Mais il y aurait beaucoup à dire notamment sur les conditions d'exercice du métier militaire notamment en opération. Rappelons-nous par exemple que le premier militaire mort au Mali était pilote de Gazelle, touché par balle. Or selon les lois de programmation, ça fait belle lurette qu'il aurait dû piloter un Tigre disposant d'un blindage. Pour l'anecdote on a quand même réussi à ouvrir il y a une dizaine d'années l'école de pilotage franco-allemande du Tigre alors même que le premier exemplaire ne serait pas livré avant un an."

mercredi 26 février 2014

Stages en RCA

J'ai toujours pensé que tout  gouvernement devrait prendre en compte davantage, comme le faisaient les Anciens, les signes discrets que le hasard nous accorde pour orienter nos choix et nos décisions et parfois pour nous en faire prendre certaines que nous n’avions pas envisagées. 

Ainsi, les Grecs ou les Latins prenaient-ils une décision selon qu'ils avaient vu tel ou tel oiseau à droite et à gauche ou que les entrailles d’un animal sacrifié à cette fin avaient une apparence ou une autre. Plus près de nous, nos aïeux passaient une journée d’inquiétude s‘ils avait vu un chat noir le matin sur leur gauche ou, pire encore, redoutaient sept ans de malheur pour avoir cassé un miroir !
Sans aller jusque-là, on pourrait toutefois tirer un meilleur profit des signes discrets que nous adresse le hasard. Ainsi notre Assemblée nationale a-t-elle délibéré en 24 heures à la fois, sur la rémunération des stagiaires (lundi 21février) et sur le contingent français en RCA (mardi 22). Comment ne pas voir en cette curieuse conjonction un signe discret du destin ? « Quel rapport entre la RCA et la rémunération des stages ? », vous impatientez-vous déjà, suspicieux lecteur et impétueuse  lectrice ? La relation me paraît pourtant évidente !

Quelques mots d'introduction sur l’un et l’autre de ces sujets vont assurément vous éclairer et je l'espère vous convaincre!

Les stages sont devenus une spécialité française en matière d'éducation et de formation, comme les fromages et les grenouilles le sont en matière gastronomique. Le stage a de gros et multiples avantages : soulager les enseignants (les cours disparaissent parfois pendant les périodes de stage en particulier pour les étudiants dans les universités) ; fournir la matière d'un vague travail final personnel pompeusement et fallacieusement baptisé rapport de stage ; mais surtout le stage a l'immense avantage de donner à penser que, par là, les jeunes (car maintenant on est en stage à partir de la troisième) sont, par cette voie concrète, initiés à la vie professionnelle et bénéficient d'éléments de formation qu'ils pourront faire figurer dans leur curriculum vitae. Chacun sait bien que, le plus souvent, tout cela n'est que de la foutaise et que la plupart des stagiaires n’acquièrent guère une réelle expérience professionnelle que dans la photocopie et le café. Les seuls à recevoir quelque formation que ce soit sont les malheureux enseignants quand ils ont la conscience étrange de vouloir trouver des stages pour leurs élèves ou leurs étudiants qui en ont besoin, mais dont nul ne veut.

00Ce point de vue date un peu bien sûr, puisque depuis que notre assemblée nationale s'est penchée, lundi 21 février 2013, sur ce problème. Le rapporteur Chaynesse Khirouni (les Chinois sont décidément partout) est, en fait, une rapporteuse qui a découvert, non sans mérite, la vraie vérité sur les stages à l'occasion des nombreuses auditions auxquelles elle s'est livrée, même s'il n'était guère besoin d'en faire tant pour se rendre compte de ce qu’il en est.

Madame Chaynesse a rendu la gratification obligatoire pour tous les stages à partir de deux mois ; elle sera due, dès le premier jour, grâce à un amendement à la proposition de loi socialiste sur les stages. Le PS n'a pas condescendu à laisser passer le modeste amendement du Front de gauche qui voulait étendre cette généreuse initiative au premier jour de tout  stage ; il en a été de même pour l'amendement écologiste visant à d'abaisser le seuil minimal de la rémunération. Voilà qui ne va pas améliorer les relations du gouvernement avec son aile écologique qui profite odieusement de son avantage stratégique avant les élections.

 On aurait pu aisément traiter dans la foulée de la réforme des stages, en ce lundi 21 février 2013, les modifications de la durée du séjour et de l'importance du contingent français en République Centrafricaine qui sont, au fond, une espèce de stage pour nos bidasses mais dont on a traité que le mardi !

 Il est vrai que, dans ce cas des militaires, le problème des rémunérations ne se pose guère ! Les soldes sont très largement augmentées pendant ces périodes de stage baptisées "opérations", sans compter les bonifications d'ancienneté. On constate, depuis décembre 2013, que ces stages sur le terrain devraient être faits bien plutôt par les responsables de notre armée et du ministère de la défense, avant qu’ils conçoivent et décident eux mêmes des stages destinés à nos soldats dans les pays en cause, dont nos décideurs semblent tout ignorer.

On se souvient, en effet, qu'au moment de l'envoi des 400 premiers soldats français en RCA, nos plus hautes autorités gouvernementale et militaires nous avait assuré, le torse bombé, que ce stage centrafricain serait de courte durée, ne nécessiterait la présence que de faibles contingents de stagiaires et qu'au fond, il serait dans un genre différent, sur le modèle classique « photocopies café »), la seule présence de nos beaux militaires suffisant à terrifier les fauteurs de troubles, d’un bout à l’autre de la RCA, grande comme la France et sans frontières bien sûres !

Le nombre de nos stagiaires militaires a déjà pratiquement doublé ou triplé, comme la durée de leur stage qui devait être compté, au départ en mois, et semble devoir désormais être évaluée en années. Je pense que si l’on avait eu la prudence d'envoyer en stage à Bangui Messieurs Hollande, Le Driant, Fabius et quelques généraux dont l'amiral qui commandait à ce moment-là nos forces armées, ils auraient pu, à condition toutefois, de sortir du Salon VIP de l’aéroport de Bangui, de l’ambassade de France comme du Hilton et du Hyatt, prendre une connaissance un peu plus précise et étendue du terrain centrafricain.

 Dans un pays sans gouvernement réel depuis des décennies et qui accueillait sans contrôle ni autorité tous les traîneurs de kalachnikovs des Etats limitrophes, les conflits interethniques traditionnels ont pris désormais l’allure d'une insolite guerre de religions. Cette particularité est d’autant plus étrange qu’elle est en fait plus sociale que religieuse et qu’elle oppose des croyances minoritaires (les animistes ou réputés représentent 35 % de la population - en fait bien plus - et les protestants 25 %, les catholiques n'étant que 25 % et les musulmans 15 %.  (Ces données viennent du site de la CIA, dont je recommande la lecture à nos gouvernants comme à nos militaires plutôt que celle des rapports de nos postes diplomatiques). Tout cela  n'a d'ailleurs pas grand sens dans le contexte africain, car les problèmes de la RCA sont venus pour une bonne part de l'extérieur, lointain (Emirats) ou proche. À partir du moment où les conflits soudanais puis libyen et enfin malien ont rendus disponibles et oisifs des milliers de mercenaires fortement armés, il leur fallait bien de nouveaux terrains pour leurs exactions et leurs pillages !

Le Mali a tourné la tête à nos gouvernants qui ont, de plus, en ligne de mire les imminents chiffres du chômage 2013, alors que l’Ukraine commence à se régler pour leur malheur et  sans doute aussi plus encore pour le nôtre car nous allons, si j'ose dire, "casquer" ! Quant aux généraux, ils ne pensent qu’au budget de la défense au plan collectif, et aux intérêts immédiats les leur et  de l’armée  (supplément de soldes et de retraite en opération). 

A quoi bon avoir une armée si coûteuse si l’on ne s’en sert pas, scrongneugneu !

mardi 7 mai 2013

Météo France (2)




Plus sérieusement qu'hier, je voudrais aujourd'hui revenir sur le cas de Météo France dont je rappellerai simplement, en guise d'introduction, que le budget de 350 millions d'euros (pour 2010) est alimenté, pour l'essentiel, par l'État et qui emploie 3500 salariés dont 1200 sont "décentralisés" à Toulouse.

La localisation de Météo France constitue d'ailleurs un point intéressant, puisque son siège a été installé, fin 2011, à Saint-Mandé, alors que la décentralisation sur Toulouse date de 1982. Curieuse absence de prévision chez des spécialistes de la chose. Le lieu choisi, Saint-Mandé, est aussi intrigant ; en la circonstance, l'endroit semble voué à la remédiation de la cécité, puisque l'Institut "le Val Saint-Mandé" (ancien Institut départemental des aveugles) avait été lui-même transféré à Saint-Mandé bien avant, en 1889. Faut-il voir une relation de cause à effet entre ces deux transferts si voisins dans leurs finalités ? Je ne me hasarderai pas à le prétendre.

Depuis avril 2009, le PDG de Météo France est Monsieur François Jacq. Rien à voir avec Christian Jaque, immortel auteur de "Caroline chérie", en dépit du fait que Martine Carol, comme Météo France, est de Saint-Mandé ! De telles considérations ne sont en rien pertinentes. Monsieur François Jacq, est un X, ingénieur général des mines, ce qui n'aurait pas dû, logiquement, le conduire à l'observation du ciel avec la tête dans les nuages, même s'il a débuté en tant que chercheur au centre de sociologie de l'innovation de l'Ecole des mines, avant de s'intéresser à l'histoire des sciences, puis de diriger, cinq années durant, l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs. Je ne pense pas toutefois que ces changements successifs d'orientation et ce parcours, "à sauts et gambades" comme disait Montaigne, soient à l'origine de l'expression bien connue "faire le Jacques" même si elle peut parfois (Cf mon cher TLF), sans doute à cause du Maître Jacques de l'Avare, désigner un homme propre à tous les emplois.

J'ai lu dans le descriptif de Météo France que cette institution est signataire du "pacte PME" qui, à mon avis, ne doit pas s'interpréter comme "Petites et moyennes entreprises" car, avec 3500 salariés, on ne peut guère jouer dans cette catégorie. PME doit ici signifier plutôt de "Prévisionnistes Médiocres et Errants".

Ce n'est assurément pas l'argument publicitaire de Météo France, qui souligne, dans sa propre hagiographie, que "l'intérêt stratégique des prévisions météo tient à ce que 25 à 30 % du produit national brut est influencé par la météo" qui m'impressionne. Que le temps ait une influence sur le PNB (surtout en matière agricole), je n'en doute pas un instant, mais, justement, le temps qu'il fait n'est généralement pas celui que Météo France a prévu et il est donc évident que cet argument ne peut impressionner que les imbéciles !

Qu'on n'aille toutefois pas me dire qu'on ne réfléchit pas, à Météo France, à la gestion optimale de cette entreprise plutôt que de s'attacher à prévoir, sottement, le temps qu'il va faire ; toutes les prévisions de Météo France démontrent le contraire et, après tout, il suffit, le matin, d'ouvrir en même temps l'oeil et sa fenêtre pour être fixé!

Non ! Le principal sujet de recherche et de réflexion dans cet établissement est, en fait, l'orthographe de son nom comme le montrent ces quelques lignes du descriptif de son activité qui sont, à mon avis, aussi ubuesques que significatives :

"Le nom officiel de l'établissement contient un trait d'union et des accents dans ses statuts, même si les accents sont supprimés de la plupart des documents publiés par Météo-France (ainsi que de son site internet officiel et de son logo), qui a enregistré les marques commerciales Meteo-France et Meteo France (ainsi que les mêmes noms entièrement en majuscules), afin de faciliter le référencement de ses publications sous un nom unique (le plus souvent écrit sans trait d'union simplement METEO FRANCE)".

Ce ne sont pas assurément des grenouilles de la concurrence qui, les pauvres, seraient capables de réfléchir avec une telle pertinence sur une stratégie orthographique si élaborée. Elle va même jusqu'à se poser le problème de l'accentuation des majuscules qui pourtant ne sont jamais porteuses d'accents selon les règles de la typographie française (à la différence de celles d'autres francophonies).

Mais à force d'avoir la tête dans les nuages, on finit par la perdre !

mercredi 1 mai 2013

La formation professionnelle en France : Tonneau des Danaïdes ou Mythe de Sisyphe ?


J'ai découvert l'existence et l'absurdité ruineuse de cette question de la formation professionnelle en France à travers la lecture de quelques textes que je citerai. J'en avais pris toutefois une forme de conscience à travers mon expérience, déjà lointaine, de président d'université confronté aux problèmes de la formation continue.

Ma première et plus éclairante lecture fut un blog paru dans l'Express le 26 décembre 2012; il était| proposé sous le titre "Formation professionnelle. Des fonds en attente d'emploi" par Madame Noëlle Lenoir, avocate et éminente juriste, ayant appartenu à des gouvernements de gauche (Rocard) comme de droite (Raffarin) et qui a été nommée à l'unanimité des membres du bureau de l'Assemblée nationale le 10 octobre 2012 ,comme "déontologue" de cette assemblée et ce, en application de la décision du 6 avril 2011 instituant cette fonction et dotant l'Assemblée nationale d'un code de déontologie. On peut donc attendre de sa part une vue des choses informée, objective et non partisane. Je vous invite à lire son texte complet, facilement accessible sur internet car je ne puis en reprendre ici que quelques extraits.

" La formation aux métiers et aux savoir-faire, c’est bien la clé de l’avenir, pas seulement en Chine, mais en Europe, et pour commencer pour nous, en France. [...]

Le budget français de la formation professionnelle est le plus élevé d’Europe – avec plus de 30 milliards (soit la moitié du budget de l’Education Nationale) – et d’après les nombreux rapports parus sur le sujet, de loin le plus inefficace. [...]

« Payer plus pour faire moins bien ! » C’est la devise de la maison. Eh bien, refusons la ! Au moment où gouvernement et partenaires sociaux s’attellent à la sécurisation de l’emploi, il est temps de tirer le meilleur parti des ressources considérables de la formation professionnelle, comme outil de reconversion et d’adaptation aux nouveaux métiers d’abord, mais aussi comme instrument indispensable de promotion sociale et d’épanouissement pour tous.

En fait le dispositif de la formation professionnelle en France joue à rebours en creusant, lorsqu’il fonctionne, les inégalités qu’il est censé contribuer à réduire:

- Les femmes et les seniors profitent moins que les autres des bienfaits de la formation. Or les femmes notamment qui ont élevé des enfants et souhaitent retourner à l’emploi en ont besoin plus que tous autres. [...]

Or malgré son budget pléthorique, la formation professionnelle, cela ne marche pas chez nous. Il ne m’appartient pas d’analyser les causes du gâchis. Elles sont parfaitement décortiquées et commentées par divers rapports, depuis celui la Cour des comptes jusqu’au rapport Perruchot à l’Assemblée nationale, en passant par celui du Sénat. D’ailleurs au passage, le fait que le rapport , par ailleurs facilement consultable sur internet, ait été interdit de publication officielle n’est pas un signe favorable à une volonté politique de remédier aux dysfonctionnements actuels. Il porte sur le financement des syndicats d’employeurs comme de salariés, mais il est le premier à avoir véritablement énoncé des propositions concrètes pour rendre moins opaque le système de la formation professionnelle. Il me paraît être d’intérêt public de lui donner toute la publicité requise. [...]

Au-delà de cela, il est important de relever que tous ces rapports convergent, non seulement pour dénoncer certaines fraudes, mais surtout plus fondamentalement pour appeler à plus transparence et d’efficacité dans la gestion dans la gestion du système français de formation par les organismes paritaires."

Laissons le texte de N. Lenoir. Question liminaire, simple et naïve : quel est donc le budget de fa formation professionnelle? N. Lenoir, mieux placée que quiconque pour le savoir, avance prudemment "plus de 30 milliards (soit la moitié du budget de l’Education Nationale)" et, ajouterais-je volontiers vu le contexte, plus que celui de la défense! C'est sans doute plus encore ; j'ai trouvé, tour à tour, ici ou là, 32, 34 milliards (en 2006 selon le rapport de la Cour des comptes de 2008) ou 35 milliards, alors que, pour 2013, le budget de l'éducation nationale est de 62,7 milliards. Quand on aime on ne compte pas et l'on sait avec d'autant moins avec précision le chiffre exact qu'il n'y en a pas vraiment en réalité, car la formation professionnelle est alimentée par d'autres sources comme on le verra.

Comme la plupart des auteurs qui abordent cette question, N. Lenoir fait allusion à un rapport de la Cour des comptes qui est sans doute celui d'octobre 2008 dont le titre est « La formation professionnelle tout au long de la vie ». Très critique, ce rapport évoque en particulier le nombre, le fonctionnement et le rôle des OPCA qui reçoivent une partie des sommes qui correspondent légalement à l’effort de formation et qu'elles ont pour fonction de redistribuer.

Depuis ce rapport, la loi du 24 novembre 2009 a conduit à une réforme du réseau des OPCA et a créé, manie bien française en pareils cas, une nouvelle structure, le FPSPP

Trois ans après le vote de cette loi, la Cour des comptes a effectué un contrôle de suivi sur la collecte des fonds de la formation professionnelle continue. Le site de la Cour des comptes présente ainsi ce nouveau rapport :


"La Cour des comptes a rendu public, mardi 22 janvier [2013], un rapport consacré aux politiques en faveur du marché du travail. Dans un contexte de chômage élevé, où il apparaît essentiel de préserver l’employabilité de ceux qui sont les plus fragilisés par les évolutions économiques, ce rapport traite des politiques qui visent à faire mieux fonctionner le marché du travail : indemnisation du chômage, aides à l’insertion ou à la réinsertion et formation professionnelle des chômeurs. L’ensemble de ces politiques représente plus de 50 milliards d’euros [record battu !] de dépenses par an".

Il ressort de ce nouveau rapport que si les évolutions depuis 2009 sont plutôt positives, elles sont encore à poursuivre. Le nombre d’OPCA a certes été réduit, mais leurs frais de gestion, déjà mis en cause en 2008, restent encore très élevés. Ainsi, les frais de gestion des 20 nouvelles OPCA représentent-ils 14 millions d’euros de plus que les 65 anciennes! La mutualisation des fonds laisse aussi toujours à désirer.

Beaucoup reste donc à faire et nous y reviendrons.

Notes
OCPA : Organisme paritaire collecteur agréé par l'État : structure associative à gestion paritaire (avec parité employeurs et salariés) qui collecte les contributions financières des entreprises qui relèvent de son champ d'application dans le cadre du financement de la formation professionnelle continue des salariés des entreprises de droit privé.
FPSPP : La loi du 24 novembre 2009 relative à la formation professionnelle a instauré un Fonds Paritaire de Sécurisation des Parcours Professionnels (FPSPP). Cet organisme vise à sécuriser les parcours professionnels et à favoriser le maintien comme le retour dans l’emploi. Le FPSPP est abondé par l’Etat et par une contribution prélevée auprès des OPCA sur la contribution des entreprises à la formation professionnelle. Les publics les plus fragiles (demandeurs d’emploi, premiers niveaux de qualification, etc.) bénéficient d’un accès prioritaire à ces financements. Les entreprises fragilisées peuvent également recourir au FPSPP à travers leurs OPCA.

mardi 19 mars 2013

L'éducation nationale et l'armée : de la grande bavarde à la grande muette.


Il en est de la gestion du budget de l'État comme de celle des programmes de l'éducation nationale et, plus généralement encore, comme des réformes dans notre pays. Tout le monde est d'accord sur la nécessité de faire des économies et de réduire les coûts globaux comme sur celle de procéder à des réformes. Le seul problème est que les économies, comme les réformes, c'est toujours pour les autres.

Sartre avait bien raison : « L'enfer, c'est les autres. ».

Je reste convaincu '(et je l'ai déjà écrit ici-même) que notre bon Président de la République, tout normal qu'il est et même probablement plus futé en la circonstance que ses interlocuteurs, s'est laissé manipuler, dans l'affaire de la guerre au Mali, devant les démonstrations éclatantes, faites à son intention et son attention exclusives par les militaires, que notre supériorité évidente face aux « terroristes » conduirait à une victoire aussi rapide qu'éclatante. Pour sa plus grande gloire bien sûr. Cette guerre sera le plus beau jour de sa vie...comme le sabre de Joseph Prudhomme!

Toutefois, par un heureux hasard, cette solution, glorieuse et rapide, de redorer instantanément l'image de notre président (du moins selon la version présentée par les militaires) est intervenue précisément, vous l'aurez noté, juste au moment où était en chantier, depuis des semaines, le "Livre blanc de la défense". En haut lieu, on voudrait, dit-on, ramener à 1,5 % du PIB, les crédits de la défense, qui étaient encore à 3 % de ce PIB en 1981, à l'arrivée au pouvoir d'une gauche qui d'ailleurs n'a pas fait grand-chose dans ce domaine.

Cette guerre du Mali, qui devait être un triomphe éclair de nos armées, va désormais traîner en longueur, de l'avis de tous les spécialistes et même simplement de l'avis du plus modeste de ceux qui, comme moi, connaissent un peu cette région et les problèmes qui s'y posent. Ils ne sont d'ailleurs en rien, pour l'essentiel, militaires, mais ethniques et politiques, en raison de la haine, réciproque et séculaire, qui oppose les "mélanodermes" du Sud et les "peaux blanches" ou "peaux rouges" du Nord.

La solution, souvent commode du vote ("une voix, un vote"), ne résout aucun problème, puisque les Tamasheq et les Arabes du Nord sont 12 ou 13 fois moins nombreux que les Maliens du Sud et qu'une telle procédure électorale n'amènerait qu'à régénérer et légitimer le problème sous couvert de démocratie et de justice. Tous ceux qui connaissent le Mali, depuis Antoine Glaser jusqu'à ce pauvre Laurent Bigot qui s'est fait virer par Fabius de sa sous-direction du Quai d'Orsay pour avoir osé le dire dans un colloque, savent et disent tout ça mais nul ne veut les entendre, pour des raisons souvent différentes d'ailleurs.

Le Mali n'a toutefois été qu'un aspect mineur et une conséquence fortuite du problème du budget militaire, à propos duquel se manifeste une volonté gouvernementale de le réduire ; aucune des trois armes ne veut bien entendu que cela se fasse à son détriment et propose évidemment que ce soient les deux autres qui payent. Au fait à quoi bon tous ces généraux et tous ces amiraux dans une armée qu'ils jugent eux-mêmes dépassée ?

Le bon sens le plus élémentaire conduirait à sabrer le budget nucléaire qui représente, en gros, 10 % des 31,5 milliards d'euros du budget de la défense ; cette vieille bombe  atomique ne sert pas à grand-chose, puisque nous pouvons, après tout, nous mettre sous le bouclier nucléaire américain et que nous disposons, par ailleurs, d'un arsenal nucléaire, qui est sans doute en passe de devenir obsolète mais ne l'est pas davantage que le reste de nos équipements militaires qu'on dit désuets. Il paraît toutefois, Dieu sait pourquoi, qu'il n'y faut pas toucher! Au fait, autre question idiote : à qui voulons nous faire, tout seuls, la guerre ?

Les conflits entre les trois armes (terre, mer, air) rappellent singulièrement les débats éternels au sein des commissions de programmes de l'éducation nationale dont on vient de mettre en place la Nième et qui est, de toute évidence, promise aux mêmes vains débats et donc de ce fait au même sort que les autres. On y retrouve déjà le même état d'esprit : la réforme oui, à condition qu'elle ne concerne que les autres! Une étude précise des résultats de ces commissions de programmes successives montrerait sans doute qu'elles ont davantage contribué  à alourdir les programmes au lieu de les alléger, chacun cherchant à tirer la couverture à soi comme, le font les trois armes, dans l'armée.

La seule différence entre l'éducation nationale et l'armée est qu'on bavarde beaucoup dans le premier cas et que les syndicats se répandent dans toute la presse ainsi que les associations de parents d'élèves et toutes sortes de groupuscules de tous poils. En revanche, les débats militaires interarmes sont plus feutrés et les manoeuvres plus discrètes, mais tout aussi acharnées, dans la tradition de la "Grande muette".

Ne serait-ce pas le rôle d'un Président vrai homme d'Etat et d'un vrai gouvernement, qui disposent naturellement par ailleurs de tous les experts qu'il faut, de prendre les décisions eux-mêmes et de les imposer à tous les ministères, donc aux enseignants comme aux militaires, sans leur demander leur avis, puisqu'on sait que, de toute façon, rien ne se fera de leur côté, si on en attend des initiatives qui les concernent ?

samedi 25 août 2012

Les contes fantastiques de France-Télévision(s) (suite)

Les circonstances ont fait que j’ai eu, depuis longtemps, bien avant la création de France-Télévision(s), l’occasion de fréquenter la télévision française. J’y ai toujours constaté à la fois un personnel pléthorique et une activité très modeste, faite surtout de passages, nombreux et prolongés à la cafeteria et/ou au bistro du coin, selon les lieux et les installations. Plus récemment, il s’est trouvé que je suis allé dans les lieux parisiens de cette même société et j’ai pu observer que les choses n’avaient guère changé.

Par ailleurs, j’ai toujours été stupéfait (et plus encore à voir les contrats mirobolants faits à ces olibrius baptisés « producteurs » ) que personne, dans le surabondant personnel de France-Télévision(s), ne soit capable de faire ce que font des "professionnels" aussi médiocres que les interchangeables Delarue, Courbet ou Nagui, auxquels on achète à prix d’or des émissions parfaitement débiles qui, certes, plaisent à certains télé spectateurs, mais qui sont d’un tel niveau que le premier venu est capable d’en faire autant pour dix fois moins cher et cela d'autant que ce sont , pour la plupart, de simples démarcages d'émissions étasuniennes!

Pour ce qui touche à l’information, qui est un point central, vu l'extravagante abondance du personnel qui est censé y être employé (je reviendrai sur les mystères du personnel et des effectifs), comment ne pas être frappé, aussi, par le fait que la montagne de journalistes de France-Télévision n’accouche que de lamentables et soufreteuses souris d'infomation ?

J’ai mis donc mis mon nez dans le rapport de la Cour des comptes, mais ses 222 pages m’ont découragé ainsi que le ton prudentissime de ses formulations. Je vous déconseille donc d'autant plus vous y risquer que je vous en donnerai quelques extraits significatifs. En revanche, je ne saurais trop vous recommander la lecture du discours de feu Philippe Seguin, Président de la Cour des comptes, qui a apparemment accompagné la remise de ce rapport.

Sur la question de l'information, Monsieur Seguin a quelques formules, bien senties vu le genre pratiqué, dans lequel la litote est la figure de rhétorique majeure. En abordant ce domaine, il ne ménage pourtant, quoiqu'en termes choisis, ni la chèvre de l’Etat ni le chou de France-Télévision . Quelques extraits :

« Les rédactions des chaînes publiques sont très jalouses de leur indépendance et ce n’est pas la Cour – dont l’indépendance contribue elle-aussi au bon fonctionnement de la démocratie – qui le leur reprochera. L’indépendance éditoriale ne doit pourtant pas empêcher les chaînes, financées sur fonds publics, de rendre des comptes aux citoyens.

Les journaux télévisés et magazines d’information de France 2, France 3 et RFO représentent un coût annuel de 560 M€. Avec près de 5 000 collaborateurs – dont 2500 journalistes – au sein des rédactions nationales et régionales des chaînes, l’information mobilise près de la moitié des effectifs du groupe France Télévisions ».

Non, il n’y a pas de coquilles ou de fautes ; j’ai fait un copier/coller ; ne vous frottez donc pas les yeux et/ou n'essuyez pas vos lunettes ; vous avez bien lu : 2500 journalistes plus 2500 techniciens pour ça !

Redonnons la parole à Philippe Seguin, car, comme vous le constatez, ça en vaut la peine :

« Est-ce trop ? Une opinion rapide pourrait l’affirmer [Monsieur Seguin était un humoriste et un pince sans rire, ce qui m'a conduit à me demander si on ne l'a pas tué pour le faire taire !]. Mais pour porter un jugement éclairé, les effectifs et budgets des rédactions ne signifient rien en eux-mêmes : il faut les rapporter aux objectifs qui leur sont assignés. Or, des objectifs, il n’y en a pas [cette phrase est en gras dans le texte original mais je ne sais pas si le gras est de Philippe Seguin qui n'en manquait pas (Hi ! Hi ! Hi !) ]. C’est là tout le paradoxe de la situation : alors que le développement de l’offre privée d’information sur les chaînes historiques, sur la TNT et sur Internet aurait dû conduire le service public à réfléchir ["Réfléchir" dites-vous ? Etiez-vous sérieux Monsieur le président?] à ses missions et aux moyens qu’il déploie pour les remplir, les documents stratégiques du groupe restent désespérément flous en la matière.

Je vous en donne un exemple avec la mutualisation des moyens de fabrication de l’information qui est au coeur des projets en cours. Les exemples passés ont montré que tant que l’on maintenait des journaux concomitants ou rapprochés, comme le 12-13 de France 3 suivi du 13 heures de France 2, la coordination entre rédactions n’engendrait des économies qu’à la marge. De même, un journaliste en région de France 3 ne peut préparer simultanément un reportage pour l’édition régionale et pour l’édition nationale du 19-20. »

Personne ne veut naturellement de cette « mutualisation ». Un technicien qui travaille à "Télématin" (chez Willi l’étrangleur de la 2 !) a fini sa journée à 9 heures du matin ! Et les centaines de journalistes et de techniciens du journal du soir de France3 se consacrent entièrement à cette noble tâche qui ne commence qu'à la nuit close. La seule chose que Ph. Seguin oublie ici est le rôle et la place, essentiels, des syndicats-maison !

Ecoutons à nouveau Ph. Seguin :

« Dès lors, seule une redéfinition de l’offre d’information permettra de faire travailler une même équipe de techniciens mais aussi de journalistes, en plateau mais aussi en reportage, pour plusieurs éditions, nationales ou régionales. [Quel farceur ce Philippe Seguin! Et il a de ces mots "Travailler" ! Fi donc].

Reste un sujet, qui n’est pas le moins délicat : la qualité de l’information [ Aie ! Aie ! Pas sur la tête Monsieur Seguin] . Je vous vois hausser les sourcils [Quel talent ce Seguin ! Je crois de plus en plus qu'on l'a tué]. Rassurez-vous : il ne revient pas à la Cour des comptes de juger ce qu’est un bon ou un mauvais journal télévisé. En revanche, elle se doit de souligner que ni France Télévisions, ni le législateur, ni le gouvernement, ni le CSA n’ont entrepris de définir des objectifs éditoriaux ou des critères de qualité de l’information.

Or, il s’agit d’une composante essentielle de la gestion. Je vais être très concret. Consacrer 10 ou 40 % du temps d’un journal à l’actualité internationale, avoir un correspondant sur place ou recourir aux agences d’images, produire des reportages originaux ou se contenter d’un débat en plateau avec des invités sont des choix éditoriaux, mais aussi des choix de gestion qui n’ont pas les mêmes conséquences financières. Ces éléments sont évidemment connus des directions de l’information, qui ne réalisent pas leurs journaux à l’aveugle. Mais ils ne sont pas jamais formalisés pour définir les ambitions de qualité éditoriale et adapter le coût des éditions en conséquence. »

Et Seguin de conclure !
« France Télévisions doit se faire à l’idée d’une exigence accrue de la part du Parlement et des instances supérieures de contrôle. »

Fichtre! A mort feu Seguin!
A demain.

vendredi 24 août 2012

Les comptes fantastiques de France-Télévision(s)

Certains se demandent, à juste titre, à quoi sert la Cour des comptes.
La réponse est simple : à rien, sinon à fournir, pour une journée, matière à commentaire à la presse quand l’actualité ne compte pas de sujets plus importants, ce qui est la plupart du temps le cas.
Les avis de la Cour des comptes ne sont pas contraignants en effet ; cela revient à peine à cette punition qui existait autrefois dans nos écoles et qui consistait, pas trop fort et de façon symbolique, à tirer les oreilles. Tout cela est bien oublié aujourd’hui et l’instituteur qui s’y risquerait aujourd’hui finirait assurément en cour d’assises. Seule la Cour des comptes a encore, de nos jours, le droit de tirer moralement les symboliques oreilles des institutions dont elle a examiné le fonctionnement et le bilan.
La presse, comme toujours, n’a fait qu’une place réduite et, en outre, très anecdotique faute de détails croustillants ou « pipole » ! N’y ayant pas trouvé de preuves tangibles d’un excessive consommation de caviar et de champagne ni d’ achats massifs de films pornographiques (spécialité typiquement britannique), nos médias n’ont guère accordé de place à ce rapport que sa longueur même rendait en outre malaisément utilisable, sans un important effort de lecture dont ils ne sont guère coutumiers.
Un des seuls points relevés est celui des contrats de certaines vedettes de notre télévision publique. Cela m’a rappelé le bruit qui avait couru quand avaient été signés, en 1996 je crois, les premiers contrats pharaoniques avec des « producteurs » (il y avait parmi eux, j’en suis sûr, Jean-Luc Delarue et peut-être, mais j’en suis moins certain, Thierry Ardisson). Ces contrats étaient si pharamineux, en proportion de ce qui était livré en retour par leurs bénéficiaires, que le Canard enchaîné prétendit que celui qui les avait signés, Jean-Pierre Elkabbach, qui s’était auparavant rendu célèbre par son « Osons ! », confondait les anciens et les nouveaux francs et qu’il avait cru signer en anciens francs des contrats qui étaient évidemment établis en en nouveaux!
La Cour des comptes relève à propos des journalistes vedettes-sic (comme disait autrefois ce même Canard enchaîné) que leurs contrats ont été soumis au contrôle financier après avoir été signés, ce qui est une pratique fort originale mais de peu d’effet. Il semble aussi que certaines « doublures » dont l’activité est plus que sporadiques (week-ends et vacances, de plus en plus fréquentes et prolongées il est vrai) sont payés à ne pas faire grand chose au même tarif que les autres, pour quelques-uns du moins.
L’un des meilleurs journalistes, sinon le meilleur, par sa relative pugnacité et sa parole relativement libre est Yves Calvi qui semble s’être taillé, sur mesures, un discret empire que les précédentes remarques de la Cour des comptes faites à son sujet n’ont en rien entamé ni même ébranlé. La Cour des comptes regrette, en effet, « l'attribution à un même journaliste de la présentation de plusieurs émissions au sein des chaînes du groupe, chacune étant spécifiquement rémunérée à la hauteur d'un contrat à temps plein ».
Sauf à le nommer (mais on se demande pourquoi on ne le fait pas), on ne saurait être plus clair ! Yves Calvi est, en effet, journaliste permanent de France 2 pour Mots croisés, et animateur de C'est dans l'air sur France 5 ! Pas sot non ? Les remarques faites  à ce sujet par le contrôle financier n’ont pas été suivies d’effets sensibles. De toute façon, l’argument imparable est que si Yves Calvi est bien journaliste à France2, « C’est dans l’air » est produit par Maximal Production du Groupe Lagardère (Tiens !Tiens !) et que c’est par un pur hasard que l’animateur de cette émission se trouve être un certain Calvi Yves !
 Rassurez-vous une seule page sur les 222 de ce copieux rapport est consacrée à ces questions d’intendance sans doute jugées futiles (j'y reviendrai). Ces questions de cumul d’emplois et de transferts d’un média à un autre se traitent désormais, chaque année, avant la rentrée et font l’objet l’objet d’un mercato "people" dont se régale la presse spécialisée même s'il ne prend pas encore les allures de celui des footballeurs. Cela ne tient d’ailleurs qu’à la médiocrité des éléments transféré, puisqu’il ne s’agit pas là de Ronaldo ou de Zlatan mais seulement de Cauet, Courbet ou Morandini et troquer l’un pour l’autre revient à changer un cheval borgne pour un aveugle !
La suite demain.

samedi 7 juillet 2012

De Péguy à Pinay

" La mystique républicaine, c’était quand on mourait pour la République, la politique républicaine, c’est à présent qu’on en vit.". La formule de Péguy (dans Notre jeunesse) est, comme bien d'autres, percutante. Au risque de me "brouiller avec la République", comme dit Prusias dans le Nicomède du Père Corneille, je rappellerai aussi un autre mot de Péguy qu'on applique parfois, par extension, au socialisme et à Jaurès avec lequel il romp des lances vers 1905 : « Le kantisme a les mains pures, mais il n’a pas de mains » (Victor-Marie, comte Hugo).

Pour citer un autre témoin beaucoup moins illustre, je me souviens qu'Antoine Pinay (le père du nouveau franc) observait, non sans justesse, qu'autrefois on ne s'enrichissait pas dans la politique. Ce devraient être toujours le cas (mais on ne vérifie guère l'évolution des patrimoines), du moins si l'on en croit les déclarations de nos hommes politiques ; leurs indemnités officielles, même en cas de cumul (nous ne sommes plus au temps de Lecanuet qui fut, un moment, le recordman de France en la matière) ne peuvent plus désormais dépasser, pour les indemnités légales proprement dites, le seuil de 50 % au-dessus de l'indemnité parlementaire ; souvent elles ne sont que la partie émergée de l'iceberg des rémunérations ou mieux des profits des politiques. Je ne pense pas tant ici aux avantages en nature, modestes en somme, comme la carte de libre circulation SNCF ou les prêts à taux très réduits mais plutôt aux sommes, non imposables, qui sont allouées, en principe, pour l'exercice de la fonction et sur l'usage desquelles on ne se montre pas trop regardant. À cet égard il semble qu'il vaille mieux être député à Strasbourg qu'à l'assemblée nationale, même si par ailleurs la fonction de maire, qui accompagne souvent celle de député, peut ouvrir la source à bien d'autres rémunérations de natures extrêmement diverses.

À cet égard, les gestes symboliques du Président de la République et des ministres sont sans doute une bonne chose, au moins sur le plan de la communication et des principes, même si les incidences budgétaires seront, sans aucun doute, très modestes. En effet, c'est ailleurs qu'il faudrait porter le fer, me semble-t-il, car le train de vie d'État supporte des charges qui, pour être moins importantes et visibles, sont infiniment plus nombreuses et, par là même, infiniment plus coûteuses.

Je me souviens des confidences d'un ami qui, au hasard de quelque remaniement, était devenu modeste conseiller dans je ne sais quel cabinet ministériel ; nouveau dans la fonction, il avait été stupéfait du changement intervenu soudain, de ce fait, dans sa vie quotidienne. Il s'agissait moins en fait de revenu proprement dit (les crédits qui sont alloués à un ministre pour les compléments de rémunération des membres de son cabinet sont distribuées de façon extrêmement diverse et certains ministres ont toujours été connus pour s'en réserver l'usage quasi exclusif, suivez mon regard du côté de la rue de Valois !) que de ce qu'on pourrait appeler des avantages quotidiens. Ils vont du non-paiement des contraventions (et donc de la possibilité de stationner à Paris à peu près n'importe où) à des accueils luxueux et gratuits dans tous les déplacements en province ou à l'étranger (logements en préfecture ou à l'ambassade, voiture à disposition, etc.). Je dois ajouter que, si grand qu'ait été, au départ, son émerveillement, il a très rapidement pris l'habitude de la chose et au bout de quelques semaines il la trouvait normale voire parfois même un peu insuffisante.

Si la réduction du traitement des hauts personnages de l'État est une bonne chose (qu'on vienne pas me chicaner sur le mot traitement), l'entretien sur un pied extravagant (2 millions d'euros par an à la louche) des anciens Présidents de la République (de plus en plus nombreux) est une folie à laquelle il faudrait le plus rapidement possible mettre un terme, la mort ne semblant plus s'en charger, en prenant tout simplement exemple sur les autres Etats ou un tel traitement n'est nullement réservé aux personnalités de cette nature. On ne peut, en effet, sur ce point, espérer les voir se comporter comme un De Gaulle !

Comme dit la sagesse populaire : " Il n'y a pas de petites économies" ; comme les petites économies que l'on pourrait faire en la matière sont infiniment plus nombreuses que les grosses auxquelles on a bien du mal à se résoudre, elles amèneraient, à terme et par leur masse même, des économies budgétaires infiniment plus importantes, selon le même principe qui conduit à faire payer les riches plutôt que les pauvres car ces derniers sont de très loin les plus nombreux.