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mercredi 29 mai 2013

La France au Mali : tout baigne !


"Quand nous aurons le vote de la population malienne en direction d’une nouvelle présidence, puis des élections législatives en même temps que le dialogue, en même temps que la sécurité, en même temps que les outils du développement économique, que la réinstallation de l’administration malienne dans l’ensemble du territoire, eh bien je pense que du bon travail aura été fait."

Et les villes à la campagne alors ?
 
Et tout le monde riche et bien portant plutôt que pauvre et malade ?

Telle est la conclusion de L. Fabius, au terme de son voyage à Niamey puis à Bamako (pas à Kidal rassurez-vous) , après l'adoption par le Conseil des ministres malien du projet de loi fixant au 28 juillet 2013 le premier tour de l'élection présidentielle (le second tour éventuel étant fixé au 11 août) montre que tout baigne, sans que toutefois que le terme précis de cette si favorable évolution soit précisé davantage.

Le "terminus ad quem" est, en la circonstance, le plus important mais le plus problématique, voire le plus incertain aussi ; le "terminus a quo", lui, il est désormais arrêté puisque les élections auront lieu, quoi qu'il arrive, y compris dans le Nord-Mali et à Kidal, le 28 juillet, ce qui naguère encore semblait fort improbable à tous les observateurs, mais où, comme l'a précisé notre ministre "des dispositions seront prises", sans qu'on sache en quoi elles consisteront ni comment elles régleront une question qui est à l'origine de tous les troubles du pays depuis un demi-siècle et des dissensions entre le Nord et le Sud depuis des millénaires.

Quelques menus détails restent certes à régler, comme l'établissement de listes électorales et la fabrication, inévitablement postérieure, de quelques millions de cartes d'électeurs (offrant, s'il vous plait, la photo de leur titulaire pour éviter toute fraude !). Cette fabrication (des cartes, non des listes!), comme le précise le ministre français, "a été confiée à une société" (formule d'un vague qui se veut rassurant, mais sur lequel l'absence de listes des électeurs jette une ombre d'inquiétude...). Bof ! Tout cela, vu du Quai d'Orsay, ne pose guère de problèmes.

Deux attentats meurtriers ont été commis tout récemment au Niger ; ces attaques ont visé un camp militaire nigérien à Agades et un site d'Areva à Arlit (lieu qui a déjà défrayé la chronique terroriste) donc des intérêts français. L. Fabius, au Sahel pour la deuxième fois en deux mois, s'était auparavant rendu à Niamey cette fois-ci. Tout le monde s'accorde désormais, pour le coup, à mettre en cause la Lybie d'où seraient venus les djihadistes dont certains se réclament pourtant du MUJAO. Le Premier Ministre libyen, Ali Zeidan, lui, nie ce point, ce qui rendra sans doute délicate l'action commune avec cet Etat que L. Fabius nous laisse espérer.

Il est clair que, de proche en proche, les risques terroristes et le malaise diplomatique gagnent tous les Etats de la zone. Les Tchadiens se regardaient, non sans quelques raisons, comme la "chair à canon" des troupes françaises dans le Nord-Mali où ils ont perdu deux ou trois cents hommes ; l'Algérie s'est vue atteinte dans ses oeuvres vives avec l'attaque de son champ pétrolier ; le Niger est désormais frappé (une vingtaine de morts avouée) ; la Lybie, elle, est à nouveau accusée.

Décidément, il se passe toujours quelque chose dans l'auberge sahélienne et nous ne sommes pas près d'en sortir!

 

 

vendredi 10 mai 2013

Honni soit qui Mali pense (x)


 Je ne sais plus quel numéro affecter à ce post dans la série que j'ai consacrée au Mali Je l'appelle donc (x), faute d'avoir le courage de rechercher quel était le numéro du dernier texte sur ce sujet, sans être d'ailleurs tout à fait sûr les avoir tous numérotés. Comme celui-ci est (x), le prochain sera (x + 1) et ainsi de suite.

Dès le premier texte de cette série, j'avais pressenti, sans grand mérite, que la France s'engageait là dans une opération que François Hollande, sans doute poussé par les militaires, jugeait de toute évidence, immédiatement et sans grand risque, glorieuse, mais qui risquait de changer de caractère dans la suite, la durée de l'opération étant elle-même indéterminée en dépit des affirmations de retrait rapide. Cette intervention risquait fort, en outre, de tourner à la dénonciation du néo-colonialisme français, ce qui est facile et bien commode dans toutes les affaires africaines où des Etats du Nord ont l'imprudence de s'immiscer, fût-ce à la demande initiale expresse des intéressés.

Connaissant un peu le Mali, je savais l'opposition millénaire qui existe entre le Nord (les "peaux rouges" ou "blanches", Arabes ou Tamasheq) et le Sud (les mélanodermes, parmi lesquels les gens du Nord sont venus, des siècles durant, chercher les esclaves). Je connaissais aussi, depuis les indépendances, toutes les revendications successives du Nord et les vaines tentatives qui avaient été faites, plus ou moins sérieusement, pour essayer de porter remède à cette opposition et aux inégalités socio-économiques et politiques.

L'une d'entre elles, tout à fait significative et exemplaire, a consisté à construire, dans le Nord pour les nomades, des centres de protection maternelle et infantile (PMI) et à y envoyer du personnel de santé du Sud; avant de se rendre compte du caractère impossible voire absurde d'une telle l'opération, dans la simple mesure où ces infirmiers parlaient le bambara, alors que les femmes et les enfants qu'ils devaient soigner ne parlaient que le tamasheq (ou amazigh) et qu'en outre, dans la culture touareg, les femmes ne peuvent pas être soignées par des hommes. Le problème est qu'on ne s'est aperçu de ces détails, jugés accessoires ou sans doute même ignorés, qu'après et on a compris qu'après coup qu'ils ruinaient tout espoir de succès dans une opération au demeurant louable et même estimable.

Cela dit, ce genre d'échecs du "développement" par ignorance ou mépris des cultures locales est si courant que je m'amusais, à une certaine époque, (et j'ai écrit tout cela) à les recenser sous la rubrique "les éléphants blancs (ou roses) du développement". Le cas est toutefois si fréquent que je n'ai pas tardé à devoir mettre un terme à cette recension qui se prolongeait au-delà du raisonnable.

Revenons aux affaires maliennes. Le 7 mai 2013, comme on pouvait s'y attendre et le délai m'a même étonné, un chefaillon d'Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) a diffusé une vidéo dans laquelle il invitait à s'attaquer aux intérêts français partout dans le monde, cette guerre sainte étant légitimée par la croisade menée par la France contre les Musulmans au Mali. Réponse attendue du berger à la bergère. Tout cela était parfaitement prévisible mais ce n'est peut-être pas le plus grave en la circonstance.

On commence, en effet, à découvrir que la pacification du Mali, qu'on prétendait terminée, en peu de temps et à peu de frais (6 morts du côté français, mais quelques centaines, dissimulées bien sûr, du côté nigérien), ne l'est peut-être pas autant qu'on pourrait le souhaiter et surtout qu'on le dit. Les accrocs au prétendu calme affirmé sont nombreux et divers.

Selon RFI (le 5 mai 2013), la seule source un peu sérieuse et intéressée au domaine dans nos médias, à Ber (ville à quelques dizaines de kilomètres au nord de Tombouctou), les communautés arabe et touareg commencent à s'affronter. Aucun soldat malien, français ou burkinabé en poste à Tombouctou ne s’est rendu à Ber, la ville elle-même étant contrôlée par le MAA, le Mouvement des Arabes de l’Azawad,. Si le MAA affirme ne rien avoir contre les Touaregs (enfin, à l'en croire, ce qui n'est pas l'avis des Tamasheq eux-mêmes), il entend chasser le MLNA de toutes ses positions. On commence par ailleurs à enlever des habitants de la ville dont le fils du marabout touareg de Ber qui a disparu.

Vient de naître à Kidal (RFI, 6 mai), d'où les soldats maliens sont toujours exclus, un Haut Conseil de l'Azawad (HCA) qui prétend, lui, à la fois fédérer les mouvements touareg, qu'ils soient ou non armés, et "faire la paix avec le Sud" ; ce HCA négocie avec la Commission "Dialogue et Réconciliation", récemment installée à Bamako (sur le modèle de la RCA et du Congo Démocratique). Le HCA entend intégrer dans son sein les deux principaux mouvements armés touareg : le MNLA (Mouvement National de Libération de l'Azawad) bien connu et le récent Mouvement Islamique de l'Azawad ( le MIA, dissidence d'Ansar Dine).

On voit par là quelle totale confusion règne dans toutes ces affaires. Si tout cela concerne essentiellement le Nord, on peut désormais craindre des troubles dans les quartiers populaires de Bamako où la police aurait démantelé une cellule du MUJAO qui, après que ses membres ont reçu dans le Nord, une formation militaire, s'est installé dans les principaux quartiers populaires de la capitale où la police les a découverts et arrêtés.

Dans ces conditions, on se demande comment le gouvernement de transition dirigée par Dionkounda Traoré pourrait organiser réellement les élections qu'exigent la communauté internationale et les Américains (l'absence de gouvernement élu dispense ces derniers de se mêler de tout cela) et qui sont prévues pour le 7 juillet 2013. On voit mal, à l'évidence, comment cela serait possible dans le Nord du pays (rappelons que les troupes maliennes du Sud sont interdites d'entrée à Kidal et même à Ber). Partout, les listes électorales ne sont pas prêtes et les commissions administratives qui doivent les établir ne sont même pas en état de commencer à le faire, chaque commission attendant en vain les documents d'une autre commission. Tout indique qu'il est impossible d'établir des cartes d'électeurs pour le 7 juillet, d'autant que, pour éviter les fraudes, on prétend que chacune d'entre elles devra porter la photographie de l'électeur concerné ! Par ailleurs, se pose le problème insoluble du vote des Maliens réfugiés dans les pays voisins qui ne sont évidemment même pas recensés.

Le seul point un peu sérieux et positif est la constitution de la Plate-forme des cadres et des leaders tamasheq (c'est-à-dire touareg, ce terme qui est le seul en usage au Mali n'est apparu que récemment dans les articles sur le sujet) qui s'est constituée depuis un mois et qui prétend représenter les positions de la communauté tamasheq favorable à l'unité malienne.
 
Le problème est que le contenu des propositions de cette plate-forme reprend bien des points qui ont déjà été définis, sans grands changements observables, comme des objectifs politiques et économiques majeurs et urgents depuis un demi-siècle ; y figurent, au premier chef, le développement économique du Nord du Mali et la décentralisation. L'affirmation des "besoins en matière de services sociaux de base" ne peut que rappeler l'affaire des centres de PMI dont j'ai parlé au début de ce post.

Il semble d'ailleurs que la Plate-forme tamasheq (qui par l'usage même de cette dénomination s'affirme explicitement comme telle et se distingue à la fois du MLNA et du HCA!) ait, sur les questions politiques les plus importantes, des positions différentes des autres mouvements. Le gouvernement de Bamako cherche naturellement à jouer, à son profit, sur la création de ces diverses organisations. La multiplication d'instances concurrentes n'est évidemment pas un élément de facilitation de la solution des principaux problèmes ; on peut prévoir, dans cette perspective, un enlisement progressif du dialogue, d'autant que la fameuse Commission "Dialogue et réconciliation" semble désormais s'ouvrir du côté de la CEDEAO comme de l'ONU, ce qui n'est probablement pas fait pour faciliter son action locale.

Comme je le disais dans un post précédent, nous ne sommes pas encore sortis de l'auberge malienne !

 

 

dimanche 21 avril 2013

Brèves dominicales : Fabius au Cameroun


Comment échapper à la libération de la famille française enlevée au Cameroun qui occupe, depuis vendredi, toutes les radios et toutes les télévisions? Ce n'est pourtant pas qu'il ne se passe rien d'autre dans le monde, mais ça arrange tout le monde et c'est si facile de jouer sur l'émotion (ce qu'approuvent, à l'évidence, nos gouvernants). On a pu, au départ, à défaut des intéressés, interviewer toute la famille, jusqu'aux cousins les plus éloignés ; cela dispensait d'évoquer des sujets plus importants à travers le monde mais devenait vite lassant à force de dégouliner d'inévitables bons sentiments, répétés à l'envi..

Par chance en plus, cette famille est plus française que nature ! Comment pourrait-il en être autrement quand on s'appelle Moulin-Fournier (mieux encore que Dupont-Dupond), même si les prénoms des protagonistes font quelque peu feuilleton télévisé ? Cela dit, dans la conjoncture politique actuelle, ça vaut encore la peine pour un Président de la République de se lever, avec Madame, à cinq heures du matin pour aller à Orly plutôt que d'aller, à une heure même plus convenable, visiter une usine ou annoncer un plan social.

La seule chose qui m'étonne dans cette affaire, c'est le rôle de Monsieur Fabius, ministre des affaires étrangères. Il était déjà allé au Cameroun mi-mars et il y est retourné à nouveau pour la libération des otages. Un instant, je me suis demandé si nous avions bien, dans notre gouvernement, un ministre de la coopération ; vérification faite, nous en avons même DEUX, un homme et une femme, Monsieur Canfin (je crois) et Madame Benguigui (je suis sûr), ce qui en outre assure la parité. des sexes (et non des genres comme on dit bien à tort!). Voilà qui rend d'autant plus étonnant le double déplacement de Monsieur Laurent Fabius. Je me demande si compte tenu de la large médiatisation de la chose, il n'a pas voulu, à leurs dépens, jouer les premiers rôles dans les médias N'aurait-il pas quelque intention cachée et, après avoir été le plus jeune Premier Ministre de la France, caresserait-il le dessein d'en être le plus riche?

Je pense que nos instituts de sondages ont dû faire une étude spécifique pour déterminer avec précision le rôle de ce genre d'événement sur l'évolution des opinions ; il serait bien dommage en effet que François Hollande se soit levé si tôt un samedi matin, sans que cela ait quelque incidence sur sa popularité, même si, selon les premières informations, ça ne semble pas être le cas. En revanche, si ça marche, pourquoi ne pas en programmer un tel coup, de temps en temps?

Le pire est que cet événement, heureux en soi (surtout pour les pauvres gamins embarqués dans cette aventure), fait oublier la façon fort imprudente qui a conduit leurs parents à les emmener à cet endroit. Chacun sait, au Cameroun, qu'aller faire du tourisme à proximité de la frontière du Nigéria n'est pas un choix très recommandable. On ne rappelle pas ce genre de remarque sensée et utile, alors que les commentaires que suscite l'événement sont littéralement ineptes, quand ils ne sont pas faux.

Je n'ai regardé que quelques minutes, samedi 20 avril 2013 au soir, du long "sujet" consacré par Monsieur Delahousse sur France 2 à la question. On y avait invité pas moins de trois membres de la famille (les imprudents parents !) pour leur poser des questions du genre "Qu'est-ce que vous avez éprouvé en la circonstance lors de votre libération ?". On aurait pu s'amuser ou s'étonner s'ils avaient répondu qu'ils avaient été consternés d'être libérés ou qu'ils espéraient être dévorés par leurs kidnappeurs Il n'en a évidemment rien été et j'en suis resté là sans vouloir voir la suite.

En pareil cas, nos journalistes sont ce qu'ils sont, c'est-à-dire globalement nuls ; j'ai même pu observer, en même temps qu'ils ignorent la géographie et sont trop occupés pour regarder une carte de temps en temps. Ainsi, ai-je entendu, à plusieurs reprises, des confusions entre le Nigéria et le Niger, alors que le Niger n'a évidemment pas de frontière commune avec le Cameroun. Mais c'est si loin et ce ne sont, après tout, que des nègres ! A propos de journaliste et de Cameroun, à TF1, par prudence, tous les reportages exotiques, du Moyen Orient à l'Afrique sont assurés désormais par Patrick Fandio, reporter d'origine camerounaise. On ne se mouille pas à TF1 mais le pauvre doit être surbooké!

lundi 14 janvier 2013

Honni soit qui Mali pense (suite et, sans doute, pas fin)


C'est parti et Dieu seul sait où cela va nous conduire !

Il y a déjà quatre morts au moins du côté français et on en parle guère, alors que la moindre victime en Afghanistan faisait les gros titres de la presse et l'ouverture des journaux télévisés. Botus et mouche cousue !

Quant aux dommages collatéraux, il va falloir s'y préparer car il y en déjà...inévitablement. Si bombarder, pour la première fois, une colonne de 4x4 Toyota dans le désert, ne risque guère d'en provoquer, comme je le remarquais dans un post précédent, il va en être tout autrement si l'on bombarde également désormais des villes de l'importance de Gao. Il y a même là une conséquence double pour ce qui concerne les populations civiles, puisqu'elles se mettent maintenant à les fuir pour gagner le désert en espérant y être moins exposées.

Il est surtout à craindre que les Islamistes, qui ne sont pas tombés de la dernière pluie et ne sans doute pas totalement idiots, ont dû suivre les événements des guerres précédentes et ont dû entendre parler des "boucliers humains" ; ils ne vont pas tarder à mettre deux ou trois gamins du cru, ramassés au hasard ici ou là, à bord de leurs Toyotas et à en regrouper dans leurs camps ou dépôts. Voilà qui leur permettra de prendre désormais en photos avec leurs téléphones portables des victimes civiles, de préférence des enfants, et d'alimenter la presse mondiale qui pour le moment manque singulièrement d'images et s'en régalera.

Naturellement ce ne sont pas les militaires qui fanfaronnent, en béret vert, devant les caméras qui s'en soucient ! D'ailleurs la presse est plus à Bamako et que sur le terrain à sept ou huit cent kilomètres an Nord, selon l'usage actuel des "envoyés spéciaux" qui se gardent bien de s'approcher des terrains opérationnels).
 
Bien entendu, le discours de notre président, au sortir du conseil de défense de l'Elysée, a été tout à fait lénifiant et a surtout mis en évidence que la France n'a aucun intérêt direct et personnel dans toute cette affaire. Il n'a évidemment parlé ni des probables ressources pétrolières et gazières du Nord-Mali (car il est peu probable que la frontière entre l'Algérie et le Mali soit également celle des gisements de la première qui éviterait soigneusement de se faufiler jusque dans le sous-sol du second) et moins encore du Niger. Cet Etat est, somme toute, un enjeu beaucoup plus important pour la France que le Mali lui-même car non seulement nous y trouvons l'uranium nécessaire à l'essentiel de notre production électrique, mais également le minerai que nous nous sommes engagés à fournir aux Etats auxquels nous vendons des centrales, en leur garantissant la fourniture d'un combustible que nous n'avons pas ! Mais après tout, peut-être ignore-on que le Mali et le Niger ont en commun une belle et très longue frontière.

La seule chose sûre en la circonstance est que, quel que soit le résultat final des courses, c'est de toute façon la France, l'ancienne puissance coloniale, qui portera le chapeau!

jeudi 27 décembre 2012

Otages


Les deux sujets de ce matin du 27 décembre 2012 sur les radios bignoles sont la question des otages du Sahel, suite aux déclarations d'un des dirigeants de l'AQMI qui devait avoir besoin de sous pour le Noël et le moral des troupes et l'Afghanistan, dont nous pensions être débarrassés, mais où nous envisageons de rapatrier les interprètes afghans de nos troupes car, assurément, s'ils restent au pays, ils y subiront le sort qui fut celui des harkis autrefois.

Où est le rapport, allez-vous me dire, lecteur impatient et curieuse lectrice (vous aurez noté le chiasme)?

Il est à la fois dans les otages du Niger et du Mali (et même désormais du Nigéria) et dans les troupes françaises en Afghanistan (laissons de côté les interprètes).

Le point commun aux otages et aux militaires est l'unanime déploration de leur sort alors que les uns et les autres sont allés sur ce terrain lointain et présumé dangereux, sinon de leur propre initiative, du moins avec leur accord. Liquidons d'abord l'aspect militaire.

Le deuxième classe de réserve que je suis (je souligne la rareté de l'espèce dans l'infanterie de marine, corps d'élite dont je suis issu) sait bien que nul n'a été envoyé en Afghanistan contre son gré (rappelons qu'il n'y a désormais plus de service militaire, même si certains rêvent de le rétablir). Non seulement ces séjours lointains sur un terrain d'opérations ne sont pas une punition, mais ils sont, en général, enviés en raison des avantages qu'ils présentent sur toutes sortes de plans (soldes, avancement, carrière, etc.). Il y a bien sûr les risques de blessures voire de mort. Toutefois, non seulement ils sont inhérents à l'état militaire, mais on peut dire, si l'on se place sous l'angle purement professionnel, que les risques n'y sont pas plus grands que dans un certain nombre d'autres métiers.

Le cas des otages est différent.

Vous aurez noté, comme moi, qu'on n'enlève plus de journalistes comme ce fut un moment la mode, la captivité étant devenue dans cette branche la principale voie de promotion rapide. La déploration unanime, dont ces enlèvements faisaient l'objet dans tous les médias, n’était, au fond, que le masque de l’auto-exaltation de ce métier qu’on présente toujours comme aussi glorieux que dangereux, mais dont la presse française donne, au quotidien, une si pitoyable image. Les journalistes sont,, sans doute aussi, devenus prudents comme le montrent les événements de Syrie qu'ils "couvrent" plutôt depuis le Liban et la Turquie. Après tout nos Rouletabilles, comme le grand Lucien Bodard, n’ont qu’à faire leurs reportages « de terrain » depuis le bar du Hilton à Beyrouth ou à Istamboul. Qu’ont-ils à aller chercher dans des villages paumés à la rencontre de populations dont ils ignorent tout et dont ils ne connaissent pas la langue? Ce faisant, ils me font penser à certains chercheurs français en sciences humaines et sociales qui, par une analyse du même ordre, faisaient venir à Paris leurs témoins du fond du Sud pour les interroge à loisir sur le Boulevard Saint-Michel ou à la Contrescarpe !

Rappelons à cet égard d'un mot, la situation professionnelle des principaux otages qui sont, sauf erreur, pour le Sahel, au nombre de sept.

AQMI détient quatre employés du groupe nucléaire français Areva et de son sous-traitant Satom, enlevés le 16 septembre 2010 à Arlit, dans le Nord du Niger, et deux géologues Philippe Verdon et Serge Lazarevic, capturés le 24 novembre 2011 dans le nord du Mali. Tout cela sent donc furieusement l'uranium ! Un septième otage a été enlevé le 20 novembre dans l'ouest du Mali par un autre groupe islamiste armé, le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest, le MUJAO. Un autre Français, travaillant pour l'entreprise Vergnet (société, spécialisée dans l'eau et les énergies renouvelables), a été enlevé le 19 décembre 2012, dans le nord du Nigeria, par le groupe islamiste Ansaru qui lié aux extrémistes islamistes nigérians de Boko Haram.

Tous ces otages étaient donc en Afrique pour des raisons professionnelles, employés par des firmes connues et, faut-il l'ajouter, avec des salaires très importants qui sont en général trois fois ce qu'ils percevraient ailleurs. Le métier d'"expat." est en effet très rémunérateur, même sans prendre en compte les embrouilles fiscales, et il est, de ce fait, très recherché par un certain nombre de salariés.

Le cas de l'otage capturé au Nigéria est assurément le plus intéressant, car il permet une comparaison avec ce qui se passe dans des Sociétés étrangères, essentiellement anglaises ou américaines, qui emploient des expatriés dans cette région avec des risques d'enlèvements plus grands encore, car cette petite industrie est très pratiquée dans cette zone. Ces sociétés ASSURENT  en effet leur personnel contre ce risque par le biais d'autres sociétés, en relation avec des compagnies d'assurances qui, en cas d'enlèvement, prennent en charge toutes les négociations avec les ravisseurs, en vue de la libération des otages, et payent les rançons, agissant comme une compagnie d'assurances pour n'importe quel type de dégâts ou de désagréments.

On se demande donc pourquoi Areva ou Satom ne pratiquent pas le même système et pourquoi, quand il s'agit de Français, on s'en remet à l'État lui-même en donnant ainsi à un problème crapuleux une dimension politique. Bien entendu, la France, en dépit de ses dénégations, paiera pour obtenir la libération de ces otages, que ce soit en espèces sonnantes et trébuchantes ou en armes, ce qui est probablement le cas le plus souvent, mais qui permet d'affirmer haut et fort, jésuitiquement, qu'on n'a pas payé de rançon.

Naturellement ces questions ne sont jamais évoquées dans notre presse ; on nous présente en revanche, avec une émotion touchante, les familles des victimes sans aborder le fond du problème et en entretenant un flou absolu aussi bien sur les véritables revendications des ravisseurs que sur les réponses de l'État, le tout au nom de la sauvegarde des otages. Quant aux sociétés en cause et aux raisons qui ont conduit les expatriés à se rendre dans ces pays, le silence radio et télé est de rigueur.

 

 

 

mardi 29 mai 2012

"Lagarde ne meurt pas mais se rend"

Ce titre, un peu sibyllin au départ, verra son sens s'éclairer dans la suite ; peut-être celui que j'ai écarté ( "Titine au Niger") eût-il été préférable ?

Mme Christine Lagarde, qui, dans un mouvement inverse du parcours de son prédécesseur, avait fort opportunément quitté son ministère pour le FMI, ce qui avait évité qu'on s'intéressât de trop près à quelques affaires, retrouve aujourd'hui la vedette dans les médias par une déclaration inattendue à propos de la Grèce qui rapproche cet Etat du Niger!

Je ne dirais qu'un mot de la Grèce sur laquelle on dit tout de même beaucoup de sottises, car j'ai déjà écrit quelques blogs à propos de cet État dont l'un s'intitulait, me semble-t-il, "La Grèce : mythe de Sisyphe ou tonneau des Danaïdes". Si la Grèce a été le dixième Etat-membre à adhérer à la Communauté européenne en 1981, cette adhésion a été acquise au terme d'un processus d'une vingtaine d'années, car on savait parfaitement déjà que la Grèce était très loin de présenter un état économique susceptible d'être aisément compatible avec le fonctionnement qu'on envisageait pour l'Europe, ce dont les politiques se souciaient fort peu. Ne pourrait-on leur réclamer des comptes?

En Grèce même, cette adhésion à l'Europe fut loin de faire l'unanimité ; on sait comment la Grèce, au su et au vu de tous, paya des centaines de millions la savante falsification de ses comptes publics! Toutefois, les fonds de la politique agricole commune et les "paquets Delors" emportèrent les réticences par les masses d'argent qu'elles firent se déverser sur le pays, avant qu'elles filent pour une bonne part vers la Suisse et les paradis fiscaux. Ces largesses, aussi folles qu'incontrôlées, ont sans doute contribué à faire passer la gauche grecque d'une opposition vigoureuse à la communauté européenne a une approbation quasi totale.

Toutefois mon propos hellénique se situe ailleurs et il prend quelque peu le contre-pied de ce que dit Mme Lagarde à propos de la fiscalité grecque qu'elle semble mal connaître. Contrairement à ce qu'elle affirme, en effet, les impôts représentent une partie non négligeable du budget grec (les prélèvements fiscaux constituent à peu près 40% du PIB), surtout du fait que, pour toute la fonction publique grecque, le recouvrement de l'impôt ne pose pas problème puisqu'il s'opère à la source ! Le désastre financier tient donc surtout à l'énormité des remboursements d'intérêts de la dette, même si l'on ne peut nier, par ailleurs, que sur bien des plans le système administratif grec laisse à désirer.

Toutefois ce qui est le plus inattendu dans cette affaire est le rapprochement avec le Niger dont on se demande ce qu'il vient faire dans cette galère.

Cette référence ne tient, à mon sens, qu'au seul fait que l'Afrique a été pour la directrice générale du FMI une expérience nouvelle quoiqu'indispensable. Mme Lagarde s'est rendue à Niamey en décembre 2011 pour une mission officielle et, selon ses dires, elle serait même allée (et je la cite) " dans un petit village du Niger".

Je doute un peu de l'escapade dans le désert pour la visite d'un "petit village", surtout pour une raison que je vous donnerai dans la suite, mais aussi sur un plan plus général. Je vois mal le gouvernement du Niger, vu la situation locale actuelle et les grands risques d'attentats, laisser la directrice générale du FMI, dont tout le monde connaît la présence à Niamey, aller se promener dans le désert pour y visiter ce petit village! J'en suis d'autant plus convaincu que je suis allé moi-même au Niger fin septembre 2011 et que j'ai pu voir quelles précautions sont prises en pareil cas, pour le plus menu fretin.

Toutefois mon scepticisme se fonde sur un autre détail qu'elle mentionne dans son intervention. Je cite exactement : "Je pense plus aux petits enfants d'une école d'un petit village du Niger qui ont classe deux heures par jour, en partageant une chaise à trois."

Je veux bien croire à l'affaire des deux heures par jour si Mme Lagarde a visité une classe où régnait le système de la double, voire de la triple vacation (le même maître, dans la journée, fait deux voire trois classes). Pas la peine, chère Madame Lagarde, d'aller au fond du Niger, au risque de vous faire enlever ou assassiner puisque c'est là une grande idée de vos amis et voisins de la Banque mondiale, qui siègent tout près de vous au bord du Potomac !

Au reste, ce n'est pas très grave car tout le monde sait qu'on n'apprend pas grand chose dans ce genre d'école (et, au fait dans quelle langue ? Avez -vous parlé avec les maîtres dans l'école de ce petit village ? En français ? En zarma ? En haoussa ?).

En revanche, je ne crois pas un instant que les élèves nigériens d'un "petit village" soient " assis à trois sur une chaise" pour la simple et bonne raison que, dans les classes d'un petit village du Niger, IL N'Y A JAMAIS DE CHAISES !  Si vous dites vrai, la seule hypothèse qu'on puisse faire et qui en la circonstance, n'est pas impossible, est que la veille (en ville et non dans un village) en prévision de la visite de la grande dame blanche, on ait récupéré, ici ou là, quelques chaises pour l'éblouir de ce luxe pédagogique inouï. Une telle pratique est assez courante, en pareil cas, pour qu'on puisse envisager qu'elle ait eu lieu.

En revanche dans les classes du Niger que j'ai pu voir, je n'ai vu que des bancs ou des tables-bancs antiques où les élèves étaient assis à trois ou quatre au lieu de deux, mais la pratique la plus courante, de très loin, est que les élèves soient assis PAR TERRE et écrivent soit par terre aussi, soit en prenant appui sur le dos de l'élève assis devant.

Il a paru sans doute de bon ton à Madame Lagarde de faire cette référence à l'Afrique pour faire état de sa connaissance des terrains du Sud mais, faite à propos de la Grèce, elle ne me paraît pas très opportune . Elle l'a reconnu elle-même dans la suite ("La garde ne meurt pas mais se rend à l'évidence") et à ce seul égard.

Pour moi, je déplore surtout qu'elle soit si manifestement fausse.

vendredi 18 novembre 2011

Oceano mox

« Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis ? »

Qui, dans son enfance, n’a pas appris les premiers vers (dans nos écoles primaires, on dit désormais « l’incipit » !) d’ « Oceano nox » de notre grand Victor ? Excusez la faute d’orthographe de mon titre, provoquée, à n’en pas douter, par la présence obsédante dans nos médias d’un « mox » dont nul n’avait jamais entendu parler.
François Hollande, comme les marins du poème de Victor Hugo, va-t-il se perdre dans sa course aventureuse vers la présidence pour cette simple histoire de mox dont on nous fait un fromage, peu comestible il est vrai?

Il faut dire que certains s'en réjouissent déjà et pas toujours dans les rangs de ses adversaires ! Je voyais encore hier Noël Mamère, la moustache frémissante d'espérance, évoquer l'absence et, peut-être au-delà, la bouderie de Mme Eva Choly et un possible retrait de sa candidature à la présidentielle. Cela ne pouvait que lui rappeler de bons souvenirs, puisqu'il y a, quelques années, alors qu'il avait juré ne jamais être candidat, il s'était précipité sur les talons d'Alain Lipietz pour prendre sa place, le dernier mot de son annonce de retrait à peine prononcé. En voilà un qui devrait avoir un acquis en matière de mox puisqu'au bon temps où il était encore « journaliste-sic », il faisait des ménages, aussi juteux qu’insolites, dans l'industrie nucléaire, ce qu'il paraît avoir oublié.

Bref revenons à notre poème et à notre mox.

On s’interroge de toutes parts sur le revirement, soudain et inexplicable, du parti socialiste qui, après avoir accepté le texte commun sur le mox, à 17 heures 30, l'a durant la nuit rayé du document commun préparé et signé. Toutes les hypothèses sont avancées, depuis la perfidie socialiste jusqu'à l'inconscience écologiste.

On parle d'un mystérieux coup de téléphone d'AREVA et/ou d’EDF au parti socialiste pour lui faire enlever le paragraphe. Je crois, mais c'est une conviction personnelle que les choses sont beaucoup plus simples et qu’on nous cache une vérité qui ne montre, en fait, que la nullité des uns et des autres. Sortons donc le mox de la nox !

Il ne s'agit donc, à mon sens, que de l’incompétence des deux parties.

Pour les écologistes la fin du mox était liée à l'arrêt de l'EPR qui en nécessite pour son fonctionnement. Arrêter la production de mox voulait donc dire arrêter le projet EPR (ce qui pose d'ailleurs des problèmes contractuels, ne serait-ce qu'avec la Finlande, où l'on s'est engagé dans une construction dont le coût a déjà doublé et qui est fort en retard au plan de l’exécution).

Pour les socialistes, qui veulent poursuivre la construction de l'EPR, (« sous réserve de l'absence de risque », argutie comique qui revient à dire qu'on pourra faire n'importe quoi car on peut toujours invoquer un risque quelconque en pareille matière), on ne produirait le mox que pour l'achèvement et le fonctionnement de ce programme EPR.

Mais ce que ne savaient apparemment ni les écologistes et les socialistes, c'est que le fameux mox n'est pas seulement indispensable pour les EPR mais l’est également pour les centrales nucléaires les plus récentes que l'on envisageait, dans ce même accord, de maintenir en activité, puisque la fermeture n'était prévue que pour vingt-quatre d'entre elles, les plus anciennes probablement donc celles qui ne fonctionnent pas au mox.

Bravo la compétence ! Il est donc probable que le PS a eu un coup de téléphone de l'EDF ou d'AREVA ou du CEA (ne serait-ce pas notre cher Olivier dont on aimerait avoir l’avis sur tout ça?) ou de tout organisme informé. Le but n’était pas forcément d’exercer une pression « politique » sur le détail d'un texte, dont on ne connaissait probablement pas la teneur exacte mais de prévenir qu'il était impossible en tout état de cause de ne pas maintenir une production de mox, ne serait-ce que pour les centrales récentes dont on oubliait, de toute évidence, que leur fonctionnement en EXIGEAIT.

Les petits arrangements entre amis, dont Mme Duflo semble être le bénéficiaire le plus connu, ne sont donc qu'un aspect très limité du problème, essentiel en revanche pour les candidats. La vraie inquiétude qu'on peut avoir se situe au niveau de la compétence dans des matières où nos politiques se mêlent d'intervenir sans y rien connaître.

Quant à nos journalistes, ils sont égaux à eux-mêmes, c’est-à-dire nuls. Alors que tous se gargarisent sur l’indépendance nucléaire de la France, je n’en ai pas entendu un seul modérer cet enthousiasme en évoquant l’origine de cet uranium dont nous ne pouvons pas plus nous passer que du pétrole (et même moins encore sans doute, car, dans ce cas, les sources d’approvisionnement sont plus nombreuses et plus diverses et, par là même, moins risquées). Nous ne sommes plus au bon vieux temps de la Françafrique de grand’papa et quelques millions à l’AQMI ou quelques valises de billets ne permettront peut-être, pas à tout jamais, de nous alimenter en mox !

mercredi 9 février 2011

Islam et islam.

Chacun sait, ou devrait savoir, que le mot « arabe », appliqué à la langue, peut désigner des réalités linguistiques très sensiblement différentes qu’on tend trop à confondre.

L'arabe dit « coranique » est celui dans lequel est rédigé le Coran, mais on le trouve mais aussi dans d'autres textes, préislamiques ou islamiques, qui ne sont pas religieux et qui rendent quelque peu ambiguë la formule « arabe coranique »; l'arabe « littéral », qu'on appelle parfois de façon quelque peu inexacte « littéraire » (impropriété soulignée par la précédente remarque sur des textes de l'époque coranique qui sont littéraires et non pas religieux) est l'arabe standard moderne dont usent les grands médias et l'enseignement général ; restent enfin les arabes dialectaux, qui sont les parlers vernaculaires des différentes régions où cette langue est en usage et qui souvent sont, entre eux, difficilement compréhensibles et même parfois non intercompréhensibles.

C'est ce qui explique que lorsque l'Algérie indépendante, censée être arabophone, a décidé de faire de l'arabe la langue de son école, en lieu et place du français, le nouvel État s'est trouvé devant un manque criant d'enseignants ; on a dû faire venir des maîtres étrangers (on cite toujours le cas de chauffeurs de taxis du Caire devenus instituteurs ) pour enseigner dans les écoles algériennes.

Anecdote personnelle vécue : me trouvant un jour à Beyrouth en compagnie de deux professeurs d'université algériens et, ayant commis, au service de la police des frontières, je ne sais quelle erreur, je me suis exposé à un discours véhément d'un policier libanais ; mes collègues algériens ont été incapables de me faire connaître la teneur exacte des reproches, faute de bien comprendre l'arabe du gabelou local. Je pourrais donner bien d'autres exemples du même genre, au Maroc par exemple où j'ai connu des situations un peu voisines, en compagnie d’amis tunisiens cette fois.

Il en est un peu de même pour l'islam lui-même, et je ne parle pas là de la différence toujours citée entre Sunnites et Chiites. Comme l'arabe du Liban n'est pas celui du Maroc, de même l’islam du soufisme n'est pas non plus, d’une certaine façon, celui du salafisme.

J'ai eu cent fois l'occasion, en particulier en Afrique (car je ne connais pas l’islam d'Asie ou d’Indonésie) de constater que l'islam africain était, jusqu'à une période récente, en tout cas, beaucoup plus tolérant et ouvert que l’islam du Golfe et des émirats que ses infinis moyens financiers ont érigé en référence.

Il en est de même, par exemple, pour l'archipel des Comores. Je devrais peut-être mettre tout cela au passé, car je ne suis pas retourné depuis vingt ans à Moroni. Là-bas, invité à dîner chez un ami comorien, au tout début des années 90, j'avais pu constater que les femmes étaient à table avec les hommes ; je savais que le plus haut responsable religieux de l'archipel avait résisté farouchement aux propositions des émirats, visant, en particulier à créer aux Comores une université islamique. Je ne sais pas ce qu'il en est actuellement, mais, comme, de façon étonnante, ce blog est parfois lu aux Comores, je serais heureux d'être informé sur l'évolution et sur l'état actuel de la situation.

Partout où existent des communautés musulmanes, il y a depuis 40 ans des offensives, puissantes, permanentes et efficaces, de l'intégrisme islamique en direction des pays du Sud, de l'océan Indien comme de l'Afrique subsaharienne.

L’un des promoteurs les plus actifs de cette offensive a été le colonel Kadhafi qui, a moment, avait, ainsi, entrepris de convertir l'île Maurice à l'islam et qui y donnait des primes pour susciter et récompenser les conversions à l’islam. Le gouvernement mauricien a fini par mettre un terme à cette tentative d’invasion religieuse de l’île, mais on sait que ce même colonel Kadhafi a aussi, un moment, lancé tout un programme de primes à la conversion à l'islam en direction des responsables politiques africains. Je crois me souvenir que, pour un chef d'État le tarif était d'un million de dollars ; c’est à ce prix qu'Albert Bongo est devenu El Hadj Omar Bongo ; pour les Premiers Ministres le tarif était de moitié et il diminuait encore, au fur et à mesure qu'on descendait dans la hiérarchie administrative et politique.

Il y a, quelques années, dans un certain nombre de pays du Sahel, (je pense en particulier ici au Burkina Faso), des femmes pouvaient s’assurer un revenu mensuel, modeste mais facile à acquérir, en portant le voile, ce qui, quinze ans auparavant, n’était guère dans les habitudes du pays.

J'entendais récemment à propos de l'Égypte que la stratégie des Frères musulmans, en direction des populations, consistait essentiellement dans de nombreuses aides sociales de toutes natures. Cela n'a rien de très original et le prosélytisme islamique politico-religieux emprunte, très souvent et un peu partout, ces mêmes voies. Je n'ai pas remarqué toutefois, à ce propos, que les journalistes qui rapportaient ces faits, se soient interrogés sur l'origine des immenses fonds ainsi utilisés par les Frères musulmans, comme ailleurs par le Hezbollah ou le Hamas. Vous me direz sans doute que leur origine est évidente, mais, comme souvent, ce qui va sans dire va encore mieux en le disant.

S'agissant de l'Afrique, j'ai souvent tenu à propos de l'enseignement des propos qui, en général, étaient ignorés ou mal compris. Je disais, en effet, que, du côté français, on aurait dû s'efforcer d'aider l'enseignement des « medersas » traditionnelles, où était diffusé l'islam africain traditionnel, dont je persiste à penser qu'il est ouvert et tolérant. Le problème, depuis quelques décennies, est que cet enseignement africain est concurrencé très fortement et même éclipsé, par un enseignement coranique intégriste importé qu’on a même essayé, au Tchad comme au Niger, avec le soutien massif de la Banque Islamique, d’intégrer à l’enseignement public. Naturellement, cela s’opère à coup de milliards car cette stratégie dispose, on le devine, de moyens de séduction considérables et, en tous cas, très supérieurs à celui des médersas traditionnnelles, tant sur le plan de l'accueil des enfants et de l'équipement que sur celui des bourses qui peuvent être attribuées dans la suite pour les universités du Golfe.

Puisque j'ai commencé avec une ou deux anecdotes, je conclurai également sur un souvenir. Dans le début des années 90, je me suis trouvé à Moroni invité à un repas organisé par le représentant local de l’Union européenne. Je me trouvais, par hasard, aux côtés d'un expatrié français du service culturel (attaché linguistique ou culturel) avec lequel, naturellement, j'ai fini par converser sur les problèmes de l'enseignement. Mon voisin n’était pas depuis très longtemps aux Comores (une dizaine de mois me semble-t-il). Il m’est apparu néanmoins très au fait des activités sociales locales, en particulier pour ce qui concernait le tennis et le bridge. En revanche, lorsque nous avons parlé des problèmes de l'enseignement et que je me suis préparé à lui servir mon couplet sur l'encouragement qu'on devrait donner aux medersas traditionnelles, j'ai constaté avec stupeur qu'il ignorait le sens de ce terme et qu’il ne savait même pas qu'existait, dans cet archipel, un enseignement coranique. Faut-il en dire plus ?

lundi 20 septembre 2010

Du Maroc au Niger.

Ce matin, lundi 20 septembre 2010, j’écoute, distraitement comme souvent, Europe 1 puis RMC.

Vers 8:30, j'ai entendu Djamel Debbouze qui, pour une fois, à l’entendre, s'était levé tôt pour venir faire à la radio la promotion de son film « Hors-la-loi » (un retour aux sources de sa fortune en quelque sorte !).

Comme il l'a confié à Fogiel, il lui coûte beaucoup de se lever le matin, et sans doute avait-il dû prendre prendre quelques lignes, comme Jean-Luc, pour parvenir à s'extraire de son lit à une heure si matinale.

Je passe sur la promotion du film, dont on peut assez facilement deviner à la fois le contenu et le ton. Ce qui me paraît le plus intéressant dans l’affaire, ce sont les remarques philosophiques ou personnelles, qui ont agrémenté sa prestation. Les premières sont d'ordre social. La principale est la suivante restituée ici avec la plus grande exactitude : « La délinquance est la preuve de la bonne santé de la société ». L'aphorisme est aussi fort qu'inattendu. J'avoue ne pas en bien avoir pénétré le sens et, d'ailleurs, Djamel ne s'est pas attardé sur une explication précise de cette vérité.

Fogiel, peu soucieux de s'étendre sur le film lui-même, a évidemment branché son interlocuteur sur les Roms, le plat du jour à la cantine des médias. Là aussi Djamel s'est montré aussi simple que définitif. Pour lui, Roms Gitans et Tsiganes sont une seule et même chose ! La principale remarque d'ordre personnel est que, dans ce film, il parle arabe par moments et, comme il l'a modestement ajouté (et je cite toujours très exactement) il est « parfaitement bilingue ». Pour l'arabe, je ne me prononcerai pas, mais, pour le français, je mettrai quelque bémol, surtout pour ce qui concerne le lexique dans la mesure où il semble ne pas avoir que les Roms qu'il évoque, ne sont, en rien, des citoyens français, à la différence de bien des gens du voyage qu'on confond avec eux, ce qui pose évidemment tout le problème dans cette affaire. Voilà pour le français ; quant à la geographie et à l’histoire, je ne suis pas sûr que Djamel sache où se trouve la Roumanie et, moins encore, la condition qui y est celle des Roms qui, faut-il le préciser, y ont été ESCLAVES jusqu’en 1867 !

Ajouterai-je que je trouve Djamel bien ingrat envers la France quand on voit le sort qu'elle lui a fait et la façon dont il mène contre elle une guerre sournoise du fonds de son gigantesque et luxueux appartement parisien ou de l'une ou l'autre de ces multiples voitures de luxe. Au fait avec 500 mètres carrés, il pourrait sans doute accueillir quelques-uns de ces pauvres Roms ?

J'ai alors zappé vers RMC pour y entendre des propos sur l'affaire de l'enlèvement des otages au Niger. Un auditeur qui avait téléphoné (car on n'entend guère que des auditeurs à cette heure-là, ce qui permet à la fois à M. Bourdin de prendre son petit déjeuner sans trop se fatiguer et à RMC de faire sa publicité puisque c'est là une des exigences majeures pour avoir le droit de passer à l'antenne), a dit des choses assez justes sur le rôle des grandes compagnies françaises du style d'AREVA qui s'assure des profits énormes, sans que les populations africaines tirent le moindre profit de l'exploitation des richesses naturelles de leur pays.
C'est vrai et il est sûr que même si ces Etats sont, depuis un demi-siècle indépendants, les peuples eux-mêmes ne perçoivent guère de fruits de cette libération de l'oppression coloniale française. C'est sur ce point que le Maroc de Djamel et le Niger de Bourdin se rejoignent.

Il aurait fallu toutefois que cet auditeur, qui avait raison sur l'essentiel de son raisonnement, ajoute (ou si vous préférez ajoutât) que si les peuples ne reçoivent pas grand-chose de la manne produite par les richesses (au Niger comme en RDC ou au Gabon), les dirigeants de ces pays ne sont pas dans le même cas, puisqu'ils s'approprient, en général, l'essentiel de la part qui revient au pays dans l'exploitation de ses ressources.

Il y a quelques années, j'avais, à la lumière de mon expérience, formulée, en toute naïveté, une règle que j'ai vu confirmée dans la suite, sur des bases savante, par un grand économiste. Je l'avais formé à l'époque, en observant la situation économique du Zaïre et la fortune qu'on prêtait à Mobutu. Elle est simple : la fortune du dictateur est, en général, égale à la dette extérieure du pays à la tête duquel il se trouve. Je ne connais guère d'État africain où cette règle ne puisse être vérifiée, quels que soient la personne du dictateur et le régime de la dictature.

L'auditeur ou Bourdin n'aurait-il pas pu ou dû ajouter cette précision, petite mais utile !