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mardi 22 avril 2014

Aquilino Morelle et les djihadistes.


Le 20 avril 2014,  j'ai publié ici même un billet intitulé : « Comme les routiers, les djihadistes sont sympas ! ». Sur le ton de la plaisanterie, ce qui ne paraît guère avoir été compris, j’y soulignais ce qui me paraissait l’essentiel et évidence, d’où la nécessité de plaisanter un peu pour évoquer un aspect que je jugeais si trivial. Dans la libération de nos journalistes otages capturés en Syrie, le point principal me paraissait, non pas de savoir si nous avons ou non payé, puisque nous nions, systématiquement,  en toutes circonstances et contre l’évidence, l'avoir fait, mais le choix de la date de cette libération.

Nos officiels et nos diplomates, qui ont été formés à l'école des Jésuites et de la restriction mentale, ne mentent pas, chacun le sait, lorsqu'ils nous disent que la France n’a pas payé. Ils ne nous disent simplement pas la vérité, ce qui est autre chose ; c'est sans doute tout à fait exact dans bien des cas, si en effet la France a fait payer les rançons  par des intermédiaires qui s'en sont chargés pour elle ou si elle racheté ses otages en nature, par exemple en livrant des armes qui malheureusement ont pu ou pourront être parfois retournées contre nos propres intérêts. Tout cela relève de pratiques qui permettent au Quai d'Orsay de sauver la face et à Monsieur Fabius d'affronter les caméras en toute tranquillité, sans avoir à aller à confesse ce qui n’est pas dans ses habitudes. Que nous ayons payé d'une façon ou d'une autre est de toute façon si évident qu'il est inutile de s'y attarder.

Après ce blog resté sans réaction et en dépit du silence de toute notre presse sur ce point, j'étais tout à fait décidé à ne pas revenir sur cette question, avant de regarder hier en fin de journée (en une soirée de lundi de Pâques ou vu le temps pluvieux, on ne sait pas trop quoi faire et on est prêt à n'importe quoi !) l'émission de Calvi, à 17h45 sur la Cinq, qui était consacrée à aux otages et qui réunissait, outre une pauvre Syrienne que nos intervenants français n'ont guère laissé parler comme d'habitude, deux « experts » en guerre secrète, parisiens et dès lors familiers de nos écrans. L’un, aux airs toujours mystérieux, venait surtout pour la promo de son livre sur le sujet, l'autre le juge Marceau, ex-juge antiterroriste, était là pour un autre livre dont j'ai oublié le nom, n'ayant de toute façon aucune intention de l’acheter. Comme d'habitude la participation à cette émission relève de la promotion des produits des prétendus experts et non de leurs compétences ou de leur clairvoyance. Le troisième larron était un journaliste de Valeurs actuelles qu’il m'est arrivé de voir mieux inspiré.

J'ai regardé jusqu'au bout cette émission insipide, non pour son intérêt (elle n’en présentait n'en aucun, comme souvent malheureusement), mais pour voir si on allait y évoquer la question de la date choisie pour une libération qui serait hyper-médiatisée puisqu’il s’agissait de journalistes, espèce médiatiquement protégée. Ce détail de la date, qui me paraît capital et au fond le seul intéressant, n'a même pas été évoqué ; pas une seule phrase à ce sujet. Ce détail me donne à penser que Calvi, qui connaît la musique comme son papa et qui est loin d'être un imbécile, tient à la pérennisation de ses rémunérations par France Télévision que certains jugent scandaleuses, est tout simplement servile et aux ordres ; il s’est donc bien gardé de poser la seule question qui était évidemment la plus gênante et la plus nécessaire !

Il est évident qu'on a dû faire très vite, en la circonstance, pour conclure une affaire déjà engagée, mais qu’on gardait sous le coude en cas de besoin politique urgent. Vu le bruit inattendu de l’affaire Aquilino Morelle, il a fallu absolument que, dès le lendemain, les journalistes libérés puissent être sur place à Paris avec tout l'appareil qui accompagne ces libérations médiatiques, les seules véritablement importantes et significatives pour les médias. Sauf erreur de ma part, l'émission a été enregistrée dans les locaux d'Europe1, avec, en tout cas, une abondante publicité en arrière-plan sur la chaîne ; à Villacoublay, on a noté la présence discrète mais significative de Monsieur Denis Olivennes qui a dû redevenir un homme de gauche pour la circonstance.

On a donc, en tout, soigneusement évité de montrer la concomitance voulue des faits (démission d’Aquilino Morelle et libération des otages) alors que la démission d’Aquilino Morelle Morel faisait grand bruit la veille. Tout a été oublié (et c’était bien entendu le but) avec la libération des otages qui a totalement éclipsé, du jour au lendemain, les cirages de godasses comme les conflits d'intérêts pharmaceutiques.

J'en finis par me demander si l’on n'a pas choisi, pour épargner les finances de la France, de livrer aux djihadistes Aquilino Morelle lui-même , en échange des otages et pour prix de leur libération. Après tout, voilà un homme qui, de toute évidence, a du foin dans ses bottes et, tout en nous en débarrassant, ils devraient bien arriver à en tirer quelque chose !

lundi 4 novembre 2013

Qui est responsable de la mort des deux journalistes de RFI.


 Après avoir écouté, hier et aujourd'hui, beaucoup des informations concernant l'assassinat des deux "journalistes" ; j'use ici de guillemets car l'un des deux était, si j'ai bien compris, un preneur de son (les journalistes français de radio sont toujours accompagnés de preneurs de son, bien que les pesants Nagra d'antan aient disparu, et que bien des journalistes étrangers fassent eux-mêmes la prise de son) je n'ai entendu nulle part, au milieu des déplorations et des vociférations sur la liberté de la presse, si admirablement respectée dans notre pays, la moindre allusion à l'hypothèse la plus vraisemblable sur les responsabilités réelles et le déroulement de toute cette affaire.

Mais commençons par le commencement ; dans les médias, depuis les faits, chacun y est allé de son couplet spécifique, en s'abstenant soigneusement d'évoquer le fond de l'affaire et la réalité des choses.

Les ministres et les politiques ont eu des tremblements dans la voix avec la France éternelle mère des droits de l'homme, des lois et de la démocratie, fût-elle coloniale.

Notre justice, habituellement si lente, s'emploie déjà à dépêcher sur place des enquêteurs épris d'exotisme pour identifier les coupables ;si je puis me permettre un avis, je leur suggérerais volontiers de conduire leurs enquêtes depuis Bamako plutôt que de Kidal sinon aux journalistes risquent de s'ajouter quelques enquêteurs qui causeront sans doute moins d'émoi dans nos médias.

RFI et le service international de communication française y sont allés de leurs couplets auto-glorificateurs ; quelques-unes de leurs dignitaires ont sauté dans les avions pour gagner au plus vite, les Hiltons ou Sheratons de Bamako, tout en faisant des déclarations publicitaires insolites sur la qualité de l'information fournie par RFI (ce qui est vrai mais assez normal, et d'autant plus facile que le reste de la presse française ne nous livre que des nouvelles ad usum delphini) comme sur le fait que RFI est très écoutée au Mali (ce qui n'a apparemment pas arrêté la kalachnikov des assassins.).

En revanche, rien, pas un seul mot, sur le panorama général qui explique très facilement les raisons de cet enlèvement, même si la précipitation dont il a fait connu une issue fatale, demeure inexpliquée, quoiqu'elle soit sans doute explicable (panne de voiture ? Intervention d'un groupe concurrent ? etc.). Ce dernier point importe peu d'ailleurs.

Comme toujours et contre toute vraisemblance, dans cette affaire de libération des quatre otages via le Niger, le gouvernement français a continué à nier avoir "payé", alors que tout le monde sait ce qu'il en est et que Le Monde a même donné la somme payée qui, semble-t-il, tournait autour de 22 millions d'euros.

Ce jésuitisme gouvernemental ne trompe personne ; il a a conduit à nier comme des beaux diables, ce que toute l'Afrique sait parfaitement, c'est-à-dire que la France a payé, sans doute pas directement, ce qui permet un énorme demi-mensonge (ce qui en fait un très gros !). En effet, elle n'a sans doute pas fait elle même le chèque ou donné les valises, passant par AREVA et/ou se contentant de donner, par quelque filière que ce soit, l'argent à celui qui devait le remettre au gouvernement nigérien, qui probablement été chargé de le remettre à son tour (sans doute avec une petite commission) aux ravisseurs des quatre otages.

Ce sont ces dénégations, ces mensonges et ses mystères qui sont, en réalité, à l'origine de la mort des personnes enlevées.

La seule solution intelligente et même raisonnable, car tout le monde sait ce qui s'est passé, aurait été de donner le détail précis des versements et d'y ajouter, avec la plus grande précision, les noms et la part des destinataires si le pactole devait être partagé entre plusieurs groupes, ce qui est infiniment probable.

Les responsabilités et les profits de chacun auraient été fixées avec précision, alors que tout indique, quoique personne n'en parle que les auteurs de ces deux assassinats, sont probablement des gens qui n'ont pas reçu sur la rançon la part, qu'ils jugeaient devoir leur revenir (ou les commissions auxquelles ils pensaient avoir droit, dans un remake nigérien de l'affaire de Karachi). Une autre possibilité est tout simplement que l'énoncé des chiffres des sommes versées a donné des idées à des bandits, djihadistes ou non, fort nombreux dans la zone et qui ont profité de l'affaire pour enlever à nouveau des Français. Dans la solution que je suggère ces bandits auraient pu détrousser les bénéficiaires réels de 20 ou 22 millions ce qui aurait été plus simple et plus rapide.

Puisque la France est le seul Etat qui paye, on désigne clairement aux candidats ravisseurs comme cibles premières nos compatriotes. C'est donc de toute évidence le comportement du gouvernement français qui est la cause première de l'assassinat de ces deux malheureux, parce que, au lieu de dire combien de millions avaient été versés et surtout A QUI, on a nié avoir payé alors que tout indique qu'on l'a fait ou fait faire ; on a donc encouragé par là l'enlèvement de nouveaux Français, ces deux journalistes étant évidemment les seules proies possibles, le tourisme à Kidal étant actuellement à son étiage.

jeudi 27 décembre 2012

Otages


Les deux sujets de ce matin du 27 décembre 2012 sur les radios bignoles sont la question des otages du Sahel, suite aux déclarations d'un des dirigeants de l'AQMI qui devait avoir besoin de sous pour le Noël et le moral des troupes et l'Afghanistan, dont nous pensions être débarrassés, mais où nous envisageons de rapatrier les interprètes afghans de nos troupes car, assurément, s'ils restent au pays, ils y subiront le sort qui fut celui des harkis autrefois.

Où est le rapport, allez-vous me dire, lecteur impatient et curieuse lectrice (vous aurez noté le chiasme)?

Il est à la fois dans les otages du Niger et du Mali (et même désormais du Nigéria) et dans les troupes françaises en Afghanistan (laissons de côté les interprètes).

Le point commun aux otages et aux militaires est l'unanime déploration de leur sort alors que les uns et les autres sont allés sur ce terrain lointain et présumé dangereux, sinon de leur propre initiative, du moins avec leur accord. Liquidons d'abord l'aspect militaire.

Le deuxième classe de réserve que je suis (je souligne la rareté de l'espèce dans l'infanterie de marine, corps d'élite dont je suis issu) sait bien que nul n'a été envoyé en Afghanistan contre son gré (rappelons qu'il n'y a désormais plus de service militaire, même si certains rêvent de le rétablir). Non seulement ces séjours lointains sur un terrain d'opérations ne sont pas une punition, mais ils sont, en général, enviés en raison des avantages qu'ils présentent sur toutes sortes de plans (soldes, avancement, carrière, etc.). Il y a bien sûr les risques de blessures voire de mort. Toutefois, non seulement ils sont inhérents à l'état militaire, mais on peut dire, si l'on se place sous l'angle purement professionnel, que les risques n'y sont pas plus grands que dans un certain nombre d'autres métiers.

Le cas des otages est différent.

Vous aurez noté, comme moi, qu'on n'enlève plus de journalistes comme ce fut un moment la mode, la captivité étant devenue dans cette branche la principale voie de promotion rapide. La déploration unanime, dont ces enlèvements faisaient l'objet dans tous les médias, n’était, au fond, que le masque de l’auto-exaltation de ce métier qu’on présente toujours comme aussi glorieux que dangereux, mais dont la presse française donne, au quotidien, une si pitoyable image. Les journalistes sont,, sans doute aussi, devenus prudents comme le montrent les événements de Syrie qu'ils "couvrent" plutôt depuis le Liban et la Turquie. Après tout nos Rouletabilles, comme le grand Lucien Bodard, n’ont qu’à faire leurs reportages « de terrain » depuis le bar du Hilton à Beyrouth ou à Istamboul. Qu’ont-ils à aller chercher dans des villages paumés à la rencontre de populations dont ils ignorent tout et dont ils ne connaissent pas la langue? Ce faisant, ils me font penser à certains chercheurs français en sciences humaines et sociales qui, par une analyse du même ordre, faisaient venir à Paris leurs témoins du fond du Sud pour les interroge à loisir sur le Boulevard Saint-Michel ou à la Contrescarpe !

Rappelons à cet égard d'un mot, la situation professionnelle des principaux otages qui sont, sauf erreur, pour le Sahel, au nombre de sept.

AQMI détient quatre employés du groupe nucléaire français Areva et de son sous-traitant Satom, enlevés le 16 septembre 2010 à Arlit, dans le Nord du Niger, et deux géologues Philippe Verdon et Serge Lazarevic, capturés le 24 novembre 2011 dans le nord du Mali. Tout cela sent donc furieusement l'uranium ! Un septième otage a été enlevé le 20 novembre dans l'ouest du Mali par un autre groupe islamiste armé, le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest, le MUJAO. Un autre Français, travaillant pour l'entreprise Vergnet (société, spécialisée dans l'eau et les énergies renouvelables), a été enlevé le 19 décembre 2012, dans le nord du Nigeria, par le groupe islamiste Ansaru qui lié aux extrémistes islamistes nigérians de Boko Haram.

Tous ces otages étaient donc en Afrique pour des raisons professionnelles, employés par des firmes connues et, faut-il l'ajouter, avec des salaires très importants qui sont en général trois fois ce qu'ils percevraient ailleurs. Le métier d'"expat." est en effet très rémunérateur, même sans prendre en compte les embrouilles fiscales, et il est, de ce fait, très recherché par un certain nombre de salariés.

Le cas de l'otage capturé au Nigéria est assurément le plus intéressant, car il permet une comparaison avec ce qui se passe dans des Sociétés étrangères, essentiellement anglaises ou américaines, qui emploient des expatriés dans cette région avec des risques d'enlèvements plus grands encore, car cette petite industrie est très pratiquée dans cette zone. Ces sociétés ASSURENT  en effet leur personnel contre ce risque par le biais d'autres sociétés, en relation avec des compagnies d'assurances qui, en cas d'enlèvement, prennent en charge toutes les négociations avec les ravisseurs, en vue de la libération des otages, et payent les rançons, agissant comme une compagnie d'assurances pour n'importe quel type de dégâts ou de désagréments.

On se demande donc pourquoi Areva ou Satom ne pratiquent pas le même système et pourquoi, quand il s'agit de Français, on s'en remet à l'État lui-même en donnant ainsi à un problème crapuleux une dimension politique. Bien entendu, la France, en dépit de ses dénégations, paiera pour obtenir la libération de ces otages, que ce soit en espèces sonnantes et trébuchantes ou en armes, ce qui est probablement le cas le plus souvent, mais qui permet d'affirmer haut et fort, jésuitiquement, qu'on n'a pas payé de rançon.

Naturellement ces questions ne sont jamais évoquées dans notre presse ; on nous présente en revanche, avec une émotion touchante, les familles des victimes sans aborder le fond du problème et en entretenant un flou absolu aussi bien sur les véritables revendications des ravisseurs que sur les réponses de l'État, le tout au nom de la sauvegarde des otages. Quant aux sociétés en cause et aux raisons qui ont conduit les expatriés à se rendre dans ces pays, le silence radio et télé est de rigueur.