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dimanche 21 avril 2013

Brèves dominicales : Fabius au Cameroun


Comment échapper à la libération de la famille française enlevée au Cameroun qui occupe, depuis vendredi, toutes les radios et toutes les télévisions? Ce n'est pourtant pas qu'il ne se passe rien d'autre dans le monde, mais ça arrange tout le monde et c'est si facile de jouer sur l'émotion (ce qu'approuvent, à l'évidence, nos gouvernants). On a pu, au départ, à défaut des intéressés, interviewer toute la famille, jusqu'aux cousins les plus éloignés ; cela dispensait d'évoquer des sujets plus importants à travers le monde mais devenait vite lassant à force de dégouliner d'inévitables bons sentiments, répétés à l'envi..

Par chance en plus, cette famille est plus française que nature ! Comment pourrait-il en être autrement quand on s'appelle Moulin-Fournier (mieux encore que Dupont-Dupond), même si les prénoms des protagonistes font quelque peu feuilleton télévisé ? Cela dit, dans la conjoncture politique actuelle, ça vaut encore la peine pour un Président de la République de se lever, avec Madame, à cinq heures du matin pour aller à Orly plutôt que d'aller, à une heure même plus convenable, visiter une usine ou annoncer un plan social.

La seule chose qui m'étonne dans cette affaire, c'est le rôle de Monsieur Fabius, ministre des affaires étrangères. Il était déjà allé au Cameroun mi-mars et il y est retourné à nouveau pour la libération des otages. Un instant, je me suis demandé si nous avions bien, dans notre gouvernement, un ministre de la coopération ; vérification faite, nous en avons même DEUX, un homme et une femme, Monsieur Canfin (je crois) et Madame Benguigui (je suis sûr), ce qui en outre assure la parité. des sexes (et non des genres comme on dit bien à tort!). Voilà qui rend d'autant plus étonnant le double déplacement de Monsieur Laurent Fabius. Je me demande si compte tenu de la large médiatisation de la chose, il n'a pas voulu, à leurs dépens, jouer les premiers rôles dans les médias N'aurait-il pas quelque intention cachée et, après avoir été le plus jeune Premier Ministre de la France, caresserait-il le dessein d'en être le plus riche?

Je pense que nos instituts de sondages ont dû faire une étude spécifique pour déterminer avec précision le rôle de ce genre d'événement sur l'évolution des opinions ; il serait bien dommage en effet que François Hollande se soit levé si tôt un samedi matin, sans que cela ait quelque incidence sur sa popularité, même si, selon les premières informations, ça ne semble pas être le cas. En revanche, si ça marche, pourquoi ne pas en programmer un tel coup, de temps en temps?

Le pire est que cet événement, heureux en soi (surtout pour les pauvres gamins embarqués dans cette aventure), fait oublier la façon fort imprudente qui a conduit leurs parents à les emmener à cet endroit. Chacun sait, au Cameroun, qu'aller faire du tourisme à proximité de la frontière du Nigéria n'est pas un choix très recommandable. On ne rappelle pas ce genre de remarque sensée et utile, alors que les commentaires que suscite l'événement sont littéralement ineptes, quand ils ne sont pas faux.

Je n'ai regardé que quelques minutes, samedi 20 avril 2013 au soir, du long "sujet" consacré par Monsieur Delahousse sur France 2 à la question. On y avait invité pas moins de trois membres de la famille (les imprudents parents !) pour leur poser des questions du genre "Qu'est-ce que vous avez éprouvé en la circonstance lors de votre libération ?". On aurait pu s'amuser ou s'étonner s'ils avaient répondu qu'ils avaient été consternés d'être libérés ou qu'ils espéraient être dévorés par leurs kidnappeurs Il n'en a évidemment rien été et j'en suis resté là sans vouloir voir la suite.

En pareil cas, nos journalistes sont ce qu'ils sont, c'est-à-dire globalement nuls ; j'ai même pu observer, en même temps qu'ils ignorent la géographie et sont trop occupés pour regarder une carte de temps en temps. Ainsi, ai-je entendu, à plusieurs reprises, des confusions entre le Nigéria et le Niger, alors que le Niger n'a évidemment pas de frontière commune avec le Cameroun. Mais c'est si loin et ce ne sont, après tout, que des nègres ! A propos de journaliste et de Cameroun, à TF1, par prudence, tous les reportages exotiques, du Moyen Orient à l'Afrique sont assurés désormais par Patrick Fandio, reporter d'origine camerounaise. On ne se mouille pas à TF1 mais le pauvre doit être surbooké!

jeudi 18 avril 2013

A avoir vu ou à voir à propos d'Haïti : "Assistance mortelle" de Raoul Peck sur Arte, mardi 16 avril 2013.


Avant d'aborder les questions que pose ce film, il faut dire quelques mots sur Raoul Peck dont la vie, la carrière et la personnalité sont fort intéressantes, mais sans doute mal connues.

Raoul Peck est né en 1953 à Port-au-Prince, mais son père, ingénieur agronome, quitte Haïti en 1961 avec le premier contingent d'Haïtiens qui vont au Congo ex-belge, pour compenser le refus de la Belgique d'établir, avec son ancienne colonie, des relations de coopération du même type que celles que la France a instaurées.

Curieusement, il en résulte qu'un jeune linguiste né à Liège, André Marcel D'Ans, fera, au Congo, la première thèse française sur le créole haïtien, en ayant, parmi ses principaux témoins haïtiens, la gouvernante de Madame Sylvain, sœur de Suzanne Sylvain, qui en 1936 avait elle-même été l'auteur d'un ouvrage demeuré classique sur ce même créole.

En 1963, le jeune Raoul Peck rejoint son père au Congo avec le reste de sa famille ; ses parents y resteront 28 ans ; il poursuivra lui ses études aux États-Unis, en France puis en Allemagne où il va acquérir une formation d'ingénieur et d'économiste à l'université de Berlin. Militant de gauche, il rêve de retourner en Haïti pour combattre la dictature de Duvalier. Il change d'orientation professionnelle dans les années 80 pour devenir journaliste photographe et cinéaste et réaliser plusieurs court-métrages documentaires en Allemagne. Après une carrière, marquée par diverses productions cinématographiques remarquées, tant sur Cuba que sur l'Allemagne, il obtient, en 1994, pour "L'homme sur les quais" le prix du meilleur court-métrage lors du Festival du cinéma africain de Milan ainsi que divers autres prix qui le conduiront, dans les années 90, à enseigner la mise en scène et l'écriture de scénario à l'université de New York.

C'est alors que s'ouvre pour lui une carrière politique car, sous la présidence d'Aristide, le Premier Ministre Rosny Smarth lui propose, en 1996, le poste de ministre de la culture. Ce séjour ministériel sera de courte durée puisque, en 1997, Rosny Smarth démissionne, devant l'évolution du régime d'Aristide, avec cinq de ses ministres, don R. Peck.

En 2000, R. Peck commence une collaboration avec la chaîne européenne Arte et c'est sans doute dans le prolongement de ces liens que se situe le film qui a été projeté mardi 16 avril 2013 à 20h50 sur cette même chaîne.

Le titre, un peu ambigu et paradoxal au départ, vise essentiellement à dénoncer l'inefficacité et la gabegie de l'assistance "humanitaire" internationale en Haïti, alors qu'un grand mouvement de solidarité s'était dessiné dans le monde après le gigantesque séisme du 12 janvier 2010 qu'on a nommé en créole : « Goudou goudou » et qui a fait plus de 200.000 victimes. Il  est impossible d'entrer dans le détail du film lui-même qui est remarquable et illustre surtout le désastre de cette prétendue coopération ; je me limiterai donc ici à quelques remarques.

La première est évidemment la mise en cause des États-Unis et en particulier celle de Bill Clinton, dont l'image, au cours du film, ne cesse de se dégrader jusqu'à ce que, vers la fin, lorsqu'est établi le bilan du désastre, vienne s'inscrire sucessivement, sous son image, comme un générique de fin, la foule des titres de président ou de coordonnateur qui ont été les siens durant ces deux années. Il est clairement dit, pour une fois, que ce sont les États-Unis qui ont choisi et fait élire Michel Martelly comme président de la République, au terme de processus électoraux dont il suffit de dire que, si le président élu a bien obtenu plus de 60 % des suffrages, moins du quart des électeurs ont voté et que les conditions du scrutin n'ont pas été d'une parfaite régularité.

Le thème dominant du film est que la coopération, prétendument humanitaire, fonctionne très largement sans relation réelle avec les Haïtiens et parfois même en opposition avec ce qu'ils pourraient attendre ou désirer. La dénonciation de la corruption, des plus banales, est un moyen commode et sûr de faire en sorte qu'une bonne partie des crédits de l'aide internationale retourne, en fait, dans les pays donateurs, si elle les a jamais quittés. Tout cela est parfaitement connu et on dit même que ce sont les Suisses qui détiennent tous les records en la matière, en récupérant plus de 85 % des crédits qu'ils peuvent apporter au titre des diverses aides.

Tout cela n'est pas très nouveau mais ne se dit guère. Or actuellement, en Haïti même, on observe à travers la presse quotidienne un changement d'attitude très sensible à l'égard des États-Unis, comme envers une présidence de la République et un gouvernement qui n'en sont que l'émanation comme chacun le sait.

Les passages les plus intéressants du film, car il y a là des témoignages inédits et rares, sont les interviews que Raoul Peck réalise aussi bien avec l'ancien président Préval qu'avec son Premier Ministre, Jean-Max Bellerive. Tous deux s'expriment très librement ; Préval explique même comment on a voulu lui faire le coup que les Etats-Unis avaient déjà fait à Aristide en l'enlevant sous prétexte de le protéger ; sont aussi filmées des scènes étonnantes comme celle où, durant une séance tout à fait officielle, au moment où Bill Clinton monte sur l'estrade pour prendre la parole, le Président Préval se lève et quitte ostensiblement sa place et la salle. Tout cela illustre bien le climat dans lequel se déroule cette fameuse "coopération humanitaire" qui est, sans cesse, marquée par de constants différents et accrochages entre les O.N.G. et le gouvernement haïtien qui souvent ne brille pas ni par l'initiative, ni par l'honnêteté.

Le témoignage le plus copieux et qui m'a paru le plus intéressant est celui de Jean-Max Bellerive qui s'exprime très longuement, souvent avec franchise et beaucoup de détails ; il rappelle que, dans un contexte où la notion même d'O.N.G. est extrêmement floue, on en a compté un moment jusqu'à 4000 dans le pays ! Dans ce même blog en 2010, j'ai eu ainsi l'occasion de m'interroger sur des expéditions humanitaires françaises qui prétendaient amener en Haïti des psychologues (une de nos spécialités nationales avec le sureffectif administratif et le steak-frites) pour soigner les malheureuses victimes de la catastrophe. Tous ces braves gens devaient ignorer sans doute que la grande majorité des Haïtiens ne sont francophones que sur le papier ou dans les statistiques démo-linguistiques québécoises et qu'il doit y avoir en France un nombre très réduit de psychologues assez familiers avec le créole haïtien pour pouvoir en user dans leurs thérapies.

Pour conclure sur un aspect qui pourrait sembler mineur, j'ai été personnellement frappé par la très faible présence de la France dans ce film ; à peine entrevoit-on un moment (il disparaît aussitôt) l'ambassadeur de France, Didier Le Bret (mais qui ne "grogne" pas ; petite blague pour ceux qui, comme moi, savent par coeur, depuis l'enfance, Cyrano de Bergerac!) ; il avait pourtant demandé à être nommé en Haïti et son séjour là-bas a dû, à mon avis, fortement le décevoir.

Sur le plan linguistique, il est curieux de constater que dans ce film on entend à peu près jamais de français (une des deux langues du pays) enregistré en Haïti ; l'essentiel des propos enregistrés est soit en anglo-américain, soit en créole ; encore faut-il souligner que, si je me souviens bien, celles et ceux qui s'expriment le plus fréquemment en français me paraissent être Belges ou Québécois. Il y a là, une fois de plus, les signes de la vieille stratégie américaine d'éviction du français que la politique française ne fait que favoriser tout en la dénonçant !

Il serait bon qu'un tel film, avec les commentaires adéquats, soit projeté aux diplomates qui, au Quai d'Orsay, ont la charge d'Haïti, comme aux décideurs de l'OIF et de l'AUF, car cela pourrait peut-être inciter tout ce petit monde à avoir enfin, puisque, après tout c'est là leur job, une politique un peu mieux adaptée et un peu plus réaliste.

vendredi 20 mai 2011

Les TIC dans le Sud : « e-an ou hi-han ! » (2)

Je n’ai guère changé d’avis, loin de là, depuis cette époque et c’est la lecture du Nouvelliste, le quotidien de Port-au-Prince, qui m’a remis à l’esprit cette question. En Haïti, en effet, autour du thème « Mieux vivre dans les communautés rurales grâce aux technologies de l'information et de la communication (TIC) », s’est tenue, les 17 et 18 mai 2011, une conférence du Groupe d'épanouissement social, technique et éducatif (GESTE) à l’occasion de la Journée mondiale des technologies de l'information et de la communication (TIC). Ce « e-jour », on va le voir, ressemble fort à un « hi-han », à moins que ce ne soit à un « e-commerce », comme c’est souvent le cas.

Le cas d’Haïti est assurément exemplaire mais les situations sont, en fait, quasi identiques dans nombre d’Etats africains. Naturellement cet événement a suscité plusieurs articles dans le Nouvelliste. Ils contiennent des informations précises et utiles, quoique souvent triviales, que je cite ici par honnêteté, mais qui sont aussi, pour partie, contradictoires comme on pourra le constater.
Le constat majeur de Gérard Jeanty Junior (19/05/2011) est celui de la forte baisse des prix, mais l’effet bénéfique d’une telle donnée est aussitôt annulé quand on prend en compte le niveau de vie très bas des utilisateurs potentiels du Sud :

« La baisse générale des prix des services fixes large bande s'explique essentiellement par la baisse des prix dans les pays en développement où les prix du large bande fixe ont chuté de 52% contre 35% dans les pays développés. Toutefois, il est à noter que cette forte baisse des prix est souvent à mettre en regard du coût extrêmement élevé du large bande dans les pays en développement. Même si ce prix a diminué de moitié, le service reste souvent hors de portée de l'homme de la rue ».
Précisons un peu : « Les habitants de 31 pays - tous des pays hautement industrialisés - ne paient que l'équivalent de 1% ou moins du RNB moyen par habitant pour une connexion large bande de base.

Dans 32 pays toutefois, le prix mensuel d'un abonnement pour une connexion large bande fixe de base représente plus de la moitié du revenu mensuel moyen. Dans 19 de ces pays, une connexion large bande coûte plus de 100% du RNB moyen mensuel par habitant et dans une poignée de pays en développement, le prix mensueI d'une connexion Internet haut débit représente encore plus de 10 fois le revenu mensuel moyen […]. Le taux de pénétration du large bande et le nombre d'internautes dans ces pays restent extrêmement faibles.
[…]. L'Afrique continue de se démarquer pour ses prix relativement élevés. Les prix de l'accès à l'Internet large bande en particulier restent prohibitifs et, pour l'ensemble de la région, représentent encore près de trois fois le revenu mensuel moyen par habitant. Seul un habitant sur 10 utilise l'Internet en Afrique ». (Source UIT).

En dépit de cette situation dont le constat de base est identique, quelles que soient les sources consultées, le ton général de la réunion du GESTE en Haïti est très optimiste : « Une bonne utilisation des technologies de l'information et de la communication (TIC) dans les communautés rurales pourrait contribuer à une amélioration des vies dans le milieu, si l'on se réfère aux propos de l'ingénieur Jimmy Aurelus, président du Groupe d'épanouissement social, technique et éducatif ».

L'un des conférenciers est intervenu sur les enjeux et les avantages de l'utilisation du téléphone mobile. On ne sait hélas ni son nom ni sa nationalité mais, de toute évidence, non seulement il ignore tout des réalités haïtiennes, mais en outre, durant son séjour, il n’a guère dû quitter l’Hôtel Montana ou le Club Indigo (je ne sais pas où s’est tenue la réunion en cause) ; il a en effet oser déclarer : « L'éducation devrait constituer la pierre fondamentale de la reconstruction et avec l'aide de l'internet (E-Learning), il est possible de former les jeunes évoluant dans les communautés rurales. L'apprentissage à l'aide de l'internet se fait à distance et est moins coûteux que celui qui se fait traditionnellement. Avec l'apprentissage à distance, les jeunes vivant dans le milieu rural, n'auront pas besoin de quitter leur communauté pour aller étudier dans les villes ».

Comment peut-on oser dire pareilles stupidités dans un pays qui se trouve dans l’état où se trouve Haïti, sans que les Haïtiens présents n’interrompent un propos aussi clairement débile et sans que l’auteur de l’article du Nouvelliste n’en stigmatise le caractère follement et dangereusement irréaliste !

En fait, comme on peut aisément l’imaginer la plupart de ces propos ne sont que le masque technico-humanitaire de visée mercantiles qui ignorent évidemment tout des réalités haïtiennes et ne visent qu’à tirer un profit maximum, soit financier soit idéologique, des opportunités que pourraient offrir la coopération et l’assistance internationale.

On se souvient peut-être que naguère, on s’était amusé à calculer ce que chaque coopération nationale récupérait, finalement, à travers la vente des matériels et la rémunération des agents, des sommes qu’elle avait elle-même allouées. Sauf erreur de ma part, c’était je crois, la coopération suisse qui atteignait dans ce domaine le pourcentage le plus élevé.

lundi 31 mai 2010

Le Sommet Afrique-France et la relance de la consommation

En relisant pour le corriger mon post d’hier (Oui , ça m arrive, figurez-vous, en dépit des apparences, mais je tape de plus en plus mal pour cause de précipitation et mon correcteur d’orthographe, si insatisfaisant qu’il soit, s’est mis en grève ou en congé. Je me suis alors avisé qu’un lecteur peu attentif pouvait tout à fait ne pas comprendre « l’incipit » de mon texte (comme on dit désormais dans les collèges du 93).

En effet, je n’avais sans doute pas assez souligné que la grande révolution niçoise de 2010 consistait à dire désormais « Afrique-France » au lieu de « France-Afrique » ; ce modeste chiasme a le double avantage de donner la préséance aux Africains (ce qui correspond à la grande tradition française de courtoisie, même si, depuis 1973, on n’avait jamais pris garde à ce détail) et d’éviter, du même coup et surtout, les mauvais jeux de mots du style « Françafrique »(il n’a pas porté bonheur au regretté Vershave) ou, pire encore, « France à Fric » (que j’ai moi-même commis sans en avoir encore reçu le châtiment).

C’était un peu léger pour un nouveau post mais, fort heureusement, commesouvent, la télévision est opportunément venue à mon secours, en présentant, à l’occasion de l’ouverture du dit Sommet Afrique-France, l’arrivée d’un certain nombre de participants. Il ne s’agissait certes pas des chefs d’Etats, mais d’un menu fretin de dignitaires de moindre volée, ce que signalaient, non leur tenue (tous avaient le costume et la cravate indispensables en pareils cas), mais les multiples sacs dont ils étaient chargés. Nos amis Africains étaient trop loin pour qu’on pût distinguer les marques qui ornaient ces sacs, mais ils ne venaient pas, de toute évidence, de chez Aldi , Ed ou quelque hard discounter. Tous étaient marqués, sans le moindre doute, des noims d’Hermès, de Gucci ou de Dior et le commerce de luxe niçois a dû s’en trouver relancé. Le gros avantage de ce genre de réunion est que les participants y reçoivent de la France, toujours grande et généreuse, des per diem assez importants pour leur donner un large accès à ces commerces de luxe qui font le charme des réunions françaises. En général, ce genre de fiesta se tient à Paris, ce qui est idéal, mais, à la rigueur, Nice peut faire l’affaire ! De toute façon qui aurait l’idée saugrenue de tenir un sommet à Huéret ou à Monbrison !

Ces remarques vestimentaires sur la tenue des diplomates africains m’ont fait souvenir que j’avais été témoin d’un fait intéressant, ce dimanche, sur Canal Plus, où l’on célébrait, chez Anne-Sophie Lapix, par un « sujet » africain, le mystérieux quarantième anniversaire sur lequel je m’interrogeais hier. On y voyait, en effet, notre ministre de la coopération , Alain Joyandet, en visite je ne sais plus où, deviser avec le chef d’Etat local, entouré de quelques uns de ses collaborateurs. Tous ces Africains, naturellement, étaient en costume sombre et dûment cravatés, tandis que, seul, notre ministre était sans cravate et même quelque peu débraillé !

On devrait, tout de même, enseigner à nos représentants, l’étiquette de l’Afrique francophone où la tenue officielle, quelle que soit la température, est soit le costume sombre et la cravate, soit le costume national (le boubou permettant mieux d’affronter la chaleur par les tenues intimes plus légères qu’il autorise !).

Naturellement le costume national est réservé aux Africains. Ce détail me rappelle une anedote amusante. A Lomé, lors d’une réunion universitaire internationale, un éminent representant de la France, peu familier de l’Afrique où il faisait sa première visite, mal renseigné sans doute, avait jugé bon de faire l’emplette, dans l’après-midi, d’un magnifique boubou vert qui, en outre , s’ornait , devant et derrière, de superbes portraits du Général Eyadema. Il fit le soir, je dois le dire, dans cet équipage, une entrée fort remarquée lors de la réception qui marquait l’ouverture de la réunion !