Du Tour de France aux affaires politiques, le principe moteur commun de nos médias se résume dans le titre d’un vieux film de Darry Cowl « Chéri fais-moi peur ! ».
Le Tour de France est à Bordeaux, au terme d’une nano-épopée vélocipédique de deux semaines à laquelle les commentaires essouflés de Laurent Fignon, les rouspétances de Bernard Hinault et les lectures soporifiques de guides touristiques (par un incerain Jean-Paul Olivier) n’ont pas réussi à donner le moindre soufle de vie !
Lassés d’annoncer ce qui pourrait se passer s’il y avait une course et de nous prédire les imminents exploits des vedettes, quand seuls les troisièmes couteaux occupent le devant de la scène (le Grand Prix de la Montagne va à un illustre inconnu, car passer en tête un col hors catégorie équivaut à franchir, en tête de la course, trois ou quatre buttinettes plantées en rase campagne !), nos « journalistes » sportifs se font peur à eux-mêmes en espérant nous faire peur à nous aussi. Ainsi, ce matin, ils évoquent la perspective d’une victoire de Schleck dans le contre la montre du jour. Tout le monde sait, on nous l’a assez répété, que Contador, qui, dans le prologue, a même devancé Cancellara, le grand spécialiste du genre (même sans vélo à moteur), a collé au luxembourgeois deux minutes dans la vue sur 10 kilomètres !
Le scoop, la menace-bidon et l’enlèvement sont les trois mamelles du journalisme français moderne.
Voulez vous que je vous fasse, en scoop, l’actu. de la semaine prochaine.
Lundi. Monsieur de Maistre rend publique dans le « Canard enchaîné » la lettre de Monsieur Woerth qui, sur papier à en-tête du ministère, lui demande de recruter sa femme, moyennant quoi on ne cherchera pas d’îlots seychellois dans la tête de Madame Liliane et lui-même le décorera personnellement de la légion d’honneur.
Mardi. Dans son hôtel particulier de Neuilly, Madame Bettencourt reçoit le Juge Courroye, venu en robe de bure et la corde au cou. Le nouveau majordome, qui officie désormais en string pour éviter les enregistrements subreptices, intime au juge l’ordre de laisser ses chaussures à l’entrée et de prendre les patins. Il aura tout de même droit à un coussin pour s’agenouiller devant Madame Liliane durant l’interrogatoire qui devra toutefois être conduit à la troisième personne et à travers un hygiaphone.
Mercredi. Raymond Domenech et Laurent Blanc déjeunent ensemble en salon particulier. Ils y sont servis par Jean Michel Larqué déguisé en soubrette. Au dessert, Anelka vient leur chanter « Adieu foulards ! Adieu madras ! » accompagné au pipeau par Gourcuff grimé en faune! On les a vus, au sortir du restaurant se faufiler tous dans un hôtel du quartier.
Jeudi. A vous de jouer selon le même principe !
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samedi 24 juillet 2010
jeudi 22 juillet 2010
Pauvre (Tour de) France!
Absent de France et peu intéressé désormais (pour toutes sortes de raisons dont le détail importe peu ici) par ce genre d’épreuve qui occupait les mois de juillet de mon enfance, j’ai peu suivi le Tour de France qui, contre toute attente, paraît continuer à attirer, en nombre, les foules estivales.
En ce jeudi 22 juillet, en voiture, j’ai, bon gré mal gré, dû subir le récit de la grande étape des Pyrénées qu’on annonçait devoir s’achever, en apothéose, au sommet du Tourmalet par une lutte féroce entre le luxembourgeois Andy Schleck et l’espagnol Alberto Contador. Hélas, en dépit de leurs rodomontades, le premier n’est pas plus Charly Gaul que le second n’est Federico Bahamontès !
Le Tourmalet n’a accouché que d’un souriceau, en outre mort-né !
Sans évoquer les figures et les exploits du « Campionissimo » d’antan ou du plus récent aigle de Tolède, même notre besogneux Louison avait une autre envergure ! Ne parlons pas du Tour de 1910 que, faute d’avoir autre chose à dire, les « journalistes » sportifs de service nous ont narré sans relâche, les malheureux, depuis ce matin, avec ses étapes de 300 ou 400 kilomètres incluant, en ribambelle, Aubisque, Aspin, Peyresourde et le Tourmalet (je ne garantis pas l’ordre !), le tout sur de pesantes bicyclettes sans changement de vitesse !
Finies les épopées montagnardes et vélocipédiques, les fresques épiques jouées dans la grande « Casse déserte » ! Disparue la « sorcière aux dents vertes » chère à Antoine Blondin. Ce dernier doit passer de mauvais moments dans sa tombe s’il y écoute RMC et sa « dream team » de pieds nickelés, car le drame et l’épopée cyclistes ont définitivement disparu.
Est-ce le fait de se doper tous à la même enseigne et avec les mêmes produits qui a causé la fin de cette saga? Pour connaître bon nombre de cols alpins, je suis frappé par le fait que ces montées et descentes, jadis en très mauvais état voire fort périlleuses, sont devenues de véritables boulevards sur lesquels on ne parvient même plus à crever, ce qui nous prive du spectacle du sacrifice héroïque du modeste gregario faisant don de sa roue à son leader.
Les vraies victimes de tout cela sont les infortunés commentateurs , ils en sont réduits, pour certains, à nous lire les guides touristiques de la région traversée, tandis que d’autres s’emploient à nous narrer, par le menu, ce qui pourrait advenir et qui ne survient jamais ou ce qui aurait pu se passer si la course avait eu le moindre intérêt.
J’ai entendu, avec compassion, sur Europe1 (mais il officie aussi à France2), ce pauvre Laurent Fignon qui, du fait de sa maladie sans doute, a le souffle aussi court que s’il venait de courir un 5000 mètres dans les minutes précédentes. Et en plus, le malheureux qui n’a rigoureusement rien à dire, puisqu’il ne se passe rien, est contraint, pour garder son emploi, à avancer sans cesse qu’il va se passer quelque chose et que la course est passionnante. Le pauvre...!
Par pitié ! Libérez Laurent Fignon !
En ce jeudi 22 juillet, en voiture, j’ai, bon gré mal gré, dû subir le récit de la grande étape des Pyrénées qu’on annonçait devoir s’achever, en apothéose, au sommet du Tourmalet par une lutte féroce entre le luxembourgeois Andy Schleck et l’espagnol Alberto Contador. Hélas, en dépit de leurs rodomontades, le premier n’est pas plus Charly Gaul que le second n’est Federico Bahamontès !
Le Tourmalet n’a accouché que d’un souriceau, en outre mort-né !
Sans évoquer les figures et les exploits du « Campionissimo » d’antan ou du plus récent aigle de Tolède, même notre besogneux Louison avait une autre envergure ! Ne parlons pas du Tour de 1910 que, faute d’avoir autre chose à dire, les « journalistes » sportifs de service nous ont narré sans relâche, les malheureux, depuis ce matin, avec ses étapes de 300 ou 400 kilomètres incluant, en ribambelle, Aubisque, Aspin, Peyresourde et le Tourmalet (je ne garantis pas l’ordre !), le tout sur de pesantes bicyclettes sans changement de vitesse !
Finies les épopées montagnardes et vélocipédiques, les fresques épiques jouées dans la grande « Casse déserte » ! Disparue la « sorcière aux dents vertes » chère à Antoine Blondin. Ce dernier doit passer de mauvais moments dans sa tombe s’il y écoute RMC et sa « dream team » de pieds nickelés, car le drame et l’épopée cyclistes ont définitivement disparu.
Est-ce le fait de se doper tous à la même enseigne et avec les mêmes produits qui a causé la fin de cette saga? Pour connaître bon nombre de cols alpins, je suis frappé par le fait que ces montées et descentes, jadis en très mauvais état voire fort périlleuses, sont devenues de véritables boulevards sur lesquels on ne parvient même plus à crever, ce qui nous prive du spectacle du sacrifice héroïque du modeste gregario faisant don de sa roue à son leader.
Les vraies victimes de tout cela sont les infortunés commentateurs , ils en sont réduits, pour certains, à nous lire les guides touristiques de la région traversée, tandis que d’autres s’emploient à nous narrer, par le menu, ce qui pourrait advenir et qui ne survient jamais ou ce qui aurait pu se passer si la course avait eu le moindre intérêt.
J’ai entendu, avec compassion, sur Europe1 (mais il officie aussi à France2), ce pauvre Laurent Fignon qui, du fait de sa maladie sans doute, a le souffle aussi court que s’il venait de courir un 5000 mètres dans les minutes précédentes. Et en plus, le malheureux qui n’a rigoureusement rien à dire, puisqu’il ne se passe rien, est contraint, pour garder son emploi, à avancer sans cesse qu’il va se passer quelque chose et que la course est passionnante. Le pauvre...!
Par pitié ! Libérez Laurent Fignon !
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