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lundi 23 décembre 2013

De la désinformation sous toutes ses formes



Je ne reprendrai pas ici, une fois de plus, mon éternel couplet sur la piètre et scandaleuse qualité de l'information qui nous est offerte, puisque, pour une fois, je n'ai eu qu'à me féliciter de mon écoute d’une radio du matin.

J'écoute le plus souvent, en début de matinée, France-Culture, dont les productions sont à vrai dire inégales, mais en ce matin du 23 décembre 2013, dans l'émission de Thierry Pech, « l'invité du matin » était Gaël Giraud qui est l’un de mes auteurs favoris par la qualité de l'information qu'il donne et la compétence dont il fait montre. Ce mathématicien est devenu « trader » à New-York, au début de sa vie professionnelle, avant d’abandonner cette voie pour la recherche en économie et d’entrer dans la Compagnie de Jésus, ce qui est un parcours pour le moins singulier et qui mérite le détour !
Il a même bénéficié (j’y reviendrai) d'une flatteuse promotion au CNRS ou il a été nommé directeur de recherche tout récemment, après une longue période de séjour comme « chargé de recherche de deuxième classe » d'abord, puis de première classe. Gaël Giraud  est un spécialiste de l’économie financière de grande qualité, d’une rare expérience dont témoigne sa carrière, mais d'une grande sincérité ce qu’évidemment n'apprécient guère les médias.

Deux remarques liminaires avant d'en venir au sujet proprement dit.

La première tient à sa récentpromotion comme directeur de recherche au CNRS ce qui me conduit à tempérer (mais à peine) tout le mal que je dis du CNRS, institution  que j'ai qualifiée récemment, dans un livre que je viens de publier le mois dernier, de « Jurassic Park de la science stalinienne ». Le CNRS a eu certes le mérite de nommer Gaël Giraud « directeur de recherche » (sans doute de deuxième classe !),  ce qui est une décision certes intéressante en ce moment où ces postes ont été raréfiés précisément pour chasser ceux qui pouvaient y prétendre en direction des universités.

La seconde remarque tient aux économistes qu'on voit défiler sans cesse sur nos écrans ; ils viennent soit faire la promotion de leur dernier ouvrage, soit, pire encore  y faire la pub. Discrètes (du moins le pensent-ils ) des produits financiers qu'ils promeuvent et vendent sous une autre casquette (suivez mon regard), soit encore y parader en faisant état de titres universitaires en principe illégaux, comme tel économiste d’entre eux qui se présente à la fois comme « Directeur de recherche au CNRS » et « Professeur à Sciences-po », alors que le cumul de telles fonctions est strictement interdit par la loi.

J'observe d'ailleurs au passage que la plupart des invités de ces émissions se présentent avec des titres usurpés sans vergogne ( les producteurs seraient bien inspirés de vérifier ) ; je ne compte même plus le nombre des « professeurs à la Sorbonne » qu'on réunit devant les caméras de la télévision française, alors que la Sorbonne n'existe plus et que ce titre a disparu depuis un demi-siècle. Qu’on prenne les émirs pour des imbéciles et qu’on leur vende une Sorbonne depuis longtemps disparue n'est pas pour étonner et n’est pas bien grave ; après tout, Victor Lustig avait bien essayé autrefois de vendre la Tour Eiffel !

Mais j'en reviens au vrai sujet de mon blog du jour, c'est-à-dire à Gaël Giraud qui a la suite de la publication de son livre, Illusion financière, a fini par se faire une place certes modeste mais intéressante à France Culture à cette heure matinale. Son livre, paru en 2012, a déjà connu en 2013 deux rééditions et il avait été l'objet en avril 2013 d'un intéressant article de Télérama sous le titre « Après cinq ans de crise, un livre remet les banques en accusation » (par Olivier Milot, Télérama, numéro 32 99).

Je n'entends pas ici résumer les propos de Gaël Giraud puisqu'il est facile à chacun soit de les retrouver dans Google grâce à l'article de Télérama, soit de les entendre par le « podcast » de France Culture.

Ce qui me paraît intéressant dans cette affaire et qu'en dépit de sa notoriété et son expérience, la carrière de Gaël Giraud au CNRS n'a pas été des plus rapides comme c'est la règle dans cette institution pour tous ceux qui n'en sont pas le produit ou n'y exercent pas des responsabilités syndicales. Comme on le murmure là-bas entre soi, au CNRS,  il vaut mieux faire du syndicalisme que de la recherche !

Petit rappel : entré au CNRS en 1999 comme chargé de recherche de deuxième classe, alors qu'il est ancien élève de l'École normale supérieure (la vraie) et titulaire d'une brillante thèse de mathématiques, il devra attendre cinq années avant d'être promu à la deuxième classe des chargés de recherche! En 2004, il fera un étonnant double choix, à la fois personnel et scientifique, en se faisant jésuite et en soutenant une habilitation à diriger des recherches en économie !

Vu la nullité extrême de l'information au CNRS (secret de défense nationale oblige sans doute !) et quoique je sache parfaitement où il  est et les références de l'UMR dont il relève, je n'ai pas été en mesure de savoir à quel moment  précis il avait été promu directeur de recherche ; je ne doute pas un instant que ce soit une promotion récente et je me demande si elle n’a pas eu lieu dans le vain espoir de le faire taire. Lui-même a confessé à Télérama  qu'il a fait l'objet de pressions discrètes à la fois du milieu bancaire et de sa hiérarchie. L’écoute subreptice de son téléphone et l'interception de ces courriels n’apportaient sans doute pas de résultats suffisants (le bâton) ;  on a donc ans doute essayé, avant ou après, la carotte avec la promotion comme directeur de recherche.  

Tout cela témoigne d'ailleurs des contradictions qu'on constate au sein du parti socialiste. Un article de Gaël Giraud où il critiquait la politique financière de Bercy, à propos en particulier de la séparation des banques de dépôt et d’affaires , publié sur le site (socialiste) de Terra Nova, a déclenché la colère de  ce ministère qui a demandé le retrait de cet article que Terra Nova a fort heureusement et très courageusement refusé.

Dans son émission du matin, malheureusement trop courte au bénéfice d’une ânerie prétendument musicale, Gaël Giraud a évoqué nombre de problèmes, inévitablement de façon brève mais a souligné l'évidente contradiction entre les propos de François Hollande durant la campagne électorale quant à la séparation des banques de dépôt et des autres et des engagements de campagne de notre président vite oubliés par les médias grâce aux ineptes débats sur le mariage gay qui ont occupé la scène et les politiques durant la période, qu'on aurait pu consacrer à la réforme promise du  secteur financier et bancaire. En réalité, le prétendu sauvetage des banques que lequel G. Giraud illustre en particulier par le cas exemplaire de l'Irlande a été fait sur le dos des citoyens européens et en faisant passer la dette publique irlandaise de 25 à 100 % du PIB du pays.

 Quant au fameux projet de loi sur la séparation des types de banques, on s'est borné à le vider de son contenu ; finalement, on ne contraint les banques qu'à « filialiser » qu’une fraction infime (2% je crois) de leurs activités de marché. Cette filialisation n'est en rien une « sanctuarisation » ; tout a été donc fait pour détourner l'attention de ce qui aurait dû être le vrai  débat sur les banques et la finance.
Cette question essentielle  a été purement et simplement éliminée en deux jours au terme de débats parlementaires grotesques sur le mariage pour tous qui évidemment, s'ils faisaient beaucoup plus bouger les foules dans la rue, étaient, en réalité, infiniment moins importants que l'affaire des banques et de la finance. On s'est borné à affirmer mensongèrement que la crise du secteur bancaire n'avait rien coûté aux contribuables français ; c’est bien entendu faux, puisque la seule affaire Dexia a coûté 12 milliards d'euros aux contribuables français et belges et que l'État français a mis 85 milliards d'euros en garantie pour cette banque. Ces mêmes contribuables ont eu, en revanche, la chance que le sauvetage d’AIG  aux E.U. par les contribuables américains en 2008, a permis, aux frais de ces derniers, à la Société Générale, à BNP-Paribas et au Crédit Agricole de récupérer près de 20 milliards de dollars.

Il est clair que vous n'entendrez aucun économiste patenté du PAF vous parler de tout cas dans les étranges lucarnes ; tous ne sont là que pour vendre leurs livres, faire leur pub ou encourager le placement des économies des gogos de téléspectateurs de préférence dans l'une des sociétés dont ils font la promotion.

Reste le grand mystère qui est celui du changement de pied final du président normal. Il avait eu l’imp(r)udence de faire de la lutte contre la finance la devise majeure de sa campagne électorale. Certes le pantouflage systématique  des hauts fonctionnaires dans la banque est sans doute un élément qui génère, tout naturellement, de multiples conflits d'intérêts et favorise les renvois d'ascenseur entre l’Etat et la finance, comme on a pu le constater à de nombreuses reprises et sans doute aussi dans cette affaire.

Je ne pense pas, en revanche, qu'il faille incriminer, dans cette dérobade finale, l'atavisme, peut-être involontaire, de Valérie, petite-fille et arrière-petite-fille de banquiers ! 

vendredi 18 janvier 2013

FMI et crise : Au fou!


Connaissez-vous Olivier Jean Blanchard ?
Pas grave. J'ai consulté pour vous Wikipedia et vous en livre l'essentiel.
"Olivier Jean Blanchard est né le 27 décembre 1948 à Amiens. Ancien étudiant en économie et en mathématiques à Dauphine et Nanterre, il décide de partir faire un doctorat au MIT quand il se rend compte, bien qu'il ait été en DES, qu’il y avait beaucoup de « trous » dans ses connaissances. Il obtient son doctorat (PhD) en sciences économiques au MIT en 1977 sous la direction de Stanley Fischer.
Après sa thèse, il enseigne à Harvard, comme "Assistant professor" de 1977 à 1981, comme "Associate professor" de 1981 à 1983. En 1983, il part enseigner au MIT, comme "Assistant professor" jusqu'en 1985, comme "Professeur" par la suite. Il y a été directeur du département d'économie de 1998 à 2003.
Classé parmi les néo-keynesiens, il est un spécialiste de l’économie du travail (nature du marché du travail, rôle des institutions, origine du chômage) ; il a beaucoup travaillé sur la situation du chômage en Europe. En 1986, il a proposé un mécanisme d'hystérèse. Il a étudié également le rôle de la politique monétaire et la transition des anciens pays socialistes vers l’économie de marché. Il s'est enfin illustré dans la politique budgétaire en approfondissant la question des déficits et des dettes publics.
Il a été membre du Conseil d'analyse économique, de 1997 à 2008, auprès de l'ancien premier ministre français, Lionel Jospin. Olivier Blanchard est membre du conseil de l'Econometric Society et de l'American Academy of Arts and Sciences. Il a aussi été vice-président de la plus importante association d'économistes en Amérique du Nord, l'American Economic Association. Il a agi à titre de conseiller économique pour plusieurs pays et organismes nationaux et internationaux tels que l'European Economic Policy Forum Panel.

Il est conseiller auprès de la FED de Boston et de la FED de New York. Il est depuis 2006 membre du conseil scientifique de l'école d'économie de Paris. Depuis le 1er septembre 2008, il est  chef économiste au Fonds monétaire international (FMI).

Proche du Parti socialiste français, il se définissait en 2008 « très à gauche en 1968 avant de devenir social démocrate en apprenant l'économie et attendu 20 ans que le Parti socialiste ne le devienne[1] ».

Il a néanmoins apporté son soutien à Nicolas Sarkozy (UMP) dans la campagne présidentielle de 2007 en France[7], mais a critiqué par la suite certaines mesures du « paquet fiscal. » Il continue, avec quelques autres économistes, à conseiller le président Nicolas Sarkozy."

Le Pourquoi du Comment ?
Je vous renvoie pour ça à "Marianne.net" du jour dont je ne vous donne que le début, essentiel en la circonstance.
"L'aveu est incroyable, presque inimaginable. Quatre ans après le déclenchement de la Grande Crise qui secoue les économies occidentales avec une violence sans égale depuis 1929, l’un des plus grands économistes de la planète, en l’occurrence le directeur du département Recherche du Fonds Monétaire International, vient de publier un rapport dans lequel il avoue que le FMI - et avec lui, l’ensemble des dirigeants européens, ministres des finances, Banque centrale, Commission européenne… – ont gravement sous-estimé les effets néfastes des politiques d’austérité infligées aux Etats les plus endettés.

Oui, vous avez bien lu : Olivier Blanchard, l’une des sommités économiques les plus renommées au monde, admet noir sur blanc, dans un rapport de 43 pages rendu public le 3 janvier dernier, que le FMI s’est trompé sur toute la ligne. Et la faute provient d’une simple erreur de calcul, sur un coefficient bien connu dans la discipline : le multiplicateur".

Pincez-moi que je me réveille !

samedi 8 décembre 2012

Affaire Mittal ; "On nous ment!"


« On nous ment, on nous ment,
C’est du vent, on nous ballade
On nous vend que des salades
Y’en a marre des boniments »

 On a tant d'occasions de reprendre ce refrain des Fabulous Troubadours (je l'ai déjà fait, me semble-t-il, au cours de cette même année) qu'on pourrait le mettre en exergue de la plupart des posts que je publie dans ce blog.

 L'économie est devenue la reine des batailles journalistiques et il n'est pas de radio ni de chaîne de télé qui n'ait désormais ses économistes, chargés d'apporter la bonne parole. Il y a désormais dans les universités (parisiennes bien sûr) et dans diverses officines financières ou apparentées des gens qui sont, surtout et d'abord, "économistes à la télé". Je ne sais plus quel jour de la semaine dernière, je crois avoir vu au moins trois fois, dans des émissions différentes, Monsieur Philippe Dessertine (que j'appréciais assez, avant d'en avoir une indigestion audiovisuelle) ; je me demande un peu quand il trouve le temps de donner quelques enseignements et d'avoir quelque activité professionnelle à Paris X, quand je songe qu'il officie également Libération et à Europe1. Même remarque pour Elie Cohen qui est à la télé quand il n'est pas chez le coiffeur. Il est désormais impossible d'aborder quelque sujet que ce soit sans nous servir à l'écran deux ou trois économistes.
Ne parlons pas de France-Télévision qui a recruté, sans doute à prix d'or en dépit de sa situation financière et de la pléthore inouïe de son personnel, un prétendu économiste qu'on nous inflige désormais à chaque occasion comme une sorte de Pythie devenue chauve à force de réflexion. La cerise sur le gâteau m'a été offerte hier lorsque, regardant par hasard le "grand journal" de Denisot (qui sont de pire en pire de démagogie jeuniste, Denisot et son GJ), j'y ai vu une figure tutélaire nouvelle (pour moi du moins), un certain Nicolas Bouzou, réputé également économiste mais qui est, en fait et surtout, le patron d'un vague centre d'analyse économiste et financière, ce qui donne une coloration un peu particulière et clairement publicitaire à ses propos (« Vous êtes orfèvre Monsieur Josse ! ») ; si j'ajoute qu'il enseigne lui aussi dans la caverne de Sciences-po, je crois que la panorama est complet.

Bref les économistes commencent à me gonfler et leur aveuglement comme leurs prévisions désastreuses du passé ne semblent pas leur avoir servi de leçon et les inciter, au moins, à un peu plus de prudence et de modestie. En fait, comme on a pu le constater dans ce blog où j'ai parlé à plusieurs reprises de cet économiste, la seule personne dans ce domaine qui me paraisse offrir toutes les garanties d'honnêteté, de fiabilité et de compétence est Gaël Giraud, notre jésuite économiste, qui me paraît tenir, lui, des propos sincères et crédibles, mais qu'évidemment on ne voit jamais sur aucun de nos plateaux de télévision, comme d'ailleurs les membres du groupe des "économistes atterrés" qui n'y font que quelques rares et tardives apparitions.

Mais ce n'est pas cela que je voulais vous parler, mais plutôt de mes incertitudes et de mes doutes devant l'affaire Mittal ; l'homme nous est présenté tantôt comme un génie de l'industrie et de la finance tantôt comme un escroc patenté, ce qui dans notre société n'est souvent pas sans rapport.

Un détail mais qui me paraît à ne pas négliger. La belle-fille de Monsieur Lakshmi Mittal est une ancienne de Goldman Sachs et je crois savoir que le patriarche lui-même est membre du conseil d'administration de cette patibulaire officine. Faut-il rappeler ici qu'en 2006 déjà lors de l'OPA hostile sur Artelor, Mittal Steel avait reçu le soutien de Goldman Sachs? Suivez mon regard. C'est tout dire.

Si l'on regarde les subventions publiques qu'Arcelor-Mittal a raflées de l'État français sous diverses formes (de l'Agence de l'environnement et la maîtrise de l'énergie à la Région Lorraine), on s'interroge! Monsieur Mittal qui, ces temps-ci, se tord les mains de douleur, suite à la crise du commerce de l'acier, aurait perçu, dit-on, 900 millions d'euros à titre personnel année dernière. En 2010 (cf. le site abcbourse), les résultats du groupe étaient de 2 256 000 000 d'euros, ce qui, même s'ils sont tombés à 1 751 000 000 d'euros en 2011, laisse tout de même une marge copieuse.

On nous ment tout autant sur l'affaire du repreneur éventuel; selon diverses sources (dont Aurelie Filippetti et le Nouvel Obs), un des repreneurs potentiels éventuels était Bernard Serin qui a redressé, de manière efficace et rapide, Cokeries Maintenance & Ingénierie, moribonde en 2002 un. Cette ancienne filiale d'Arcelor a aujourd'hui 4000 salariés en Wallonie. Monsieur Bernard Serin est un aciériste spécialisé, un véritable industriel et non pas un financier comme d'autres. Il y avait aussi un autre repreneur potentiel dont je ne sais plus le nom ; lui est russe mais il est, paraît-il, un ennemi juré de Mittal et, par conséquent, il a sans doute été écarté d'emblée à l'initiative de ce dernier.

Dernier point, plus mystérieux encore que les autres, les dettes de Mittal envers l'État français. Le ministre Arnaud Montebourg avait annoncé au Sénat : « Mittal aujourd'hui est redevable aux yeux de l'administration fiscale française d'une dette fiscale que nous considérons comme astronomique ». Il n'y a pas eu de chiffre avancé, ni de suite à cette affirmation, mais différents articles de presse évoquent un redressement fiscal d'un montant de 1,3 milliards d'euros datant de septembre 2011. Certains "économistes" de la presse française, prompts à prendre la défense de Mittal, allèguent que, "normalement", une affaire fiscale de ce type est confidentielle et ne peut être divulguée. MDR/LOL ! Défense un peu pitoyable quand on voit les fuites constantes en la matière!  Quant à Arcelor-Mittal, il prétend, naturellement, n'avoir aucune dette fiscale envers la France.

On nous ment!

Que vient faire ici une nationalisation? Si la dette fiscale existe, on saisit tous les avoirs de Mittal, en France, Florange, la Lorraine et le reste, à concurrence de son montant que la France aura elle-même évalué (et pas Goldman-Sachs!) et on vend les hauts-fourneaux au Russe et/ou à Serin, et si ça déplait à Mittal tant mieux. Point barre ! Tout bénef !

« On nous ment, on nous ment,
C’est du vent, on nous ballade
On nous vend que des salades
Y’en a marre des boniments ».


dimanche 15 avril 2012

Un nouveau métier : économiste à la télé

Au moment où la France est confrontée à une crise du chômage sans cesse croissante et s'interroge sur les nouveaux métiers comme sur le "made in France", comment ne pas remarquer que certaines professions changent et se développent en particulier dans les médias.

On a eu naguère (et je ne mentionnerai personne ici crainte des procès en diffamation) des "avocats à la télé" puis des "psychanalystes à la télé" dont l'activité majeure semblait surtout médiatique; voici que nous avons maintenant (et ils sont nombreux) les "économistes à la télé". Ce sont souvent des professeurs d'économie, dont on se demande quand ils peuvent bien faire leurs cours ; il est vrai que l'alma mater universitaire n'est guère regardante sur l'exécution effective des 192 heures annuelles que des calculs aussi nombreux que savants (cela va de la conversion des travaux dirigés en heures magistrales à la prise en compte spécifique des heures faites "en présence d'étudiants"!) permettent de réduire de façon drastique!

On vient de lever le lièvre dans un livre Les imposteurs de l’économie, de Laurent Mauduit et  J.-C. Gawsewitch ( 320 pages, 19,90 €), dont la télé ne parlera sans doute guère, mais dont Hervé Nathan, dans le "Marianne2" du jour, fait  un alléchant compte rendu dont je me permets de citer un passage essentiel.

"Ainsi les « Imposteurs » nous content par le menu ce que sont les onéreux « ménages » et les fructueux « à-côtés » de la vingtaine « d’experts » qui tournent en boucle sur les écrans et distillent le prêt-à-penser du néo-libéralisme. L’auteur nous emmène dans un monde de conflits d’intérêts auprès duquel l’industrie pharmaceutique semble d’une transparence aveuglante. Aucune de nos vedettes cathodiques, ou presque, n’échappe à au coup d’étrille. De Marc Fiorentino, condamné par l’Autorité des marchés financiers pour sa société Euroland Finance, à Elie Cohen qui gagne deux fois plus en siégeant dans les conseils d’administration qu’avec son métier d’enseignant, en passant par Patrick Artus, grand amateur lui aussi du cumul des rémunérations. Tous sont malades de la peste, même quelques noms respectés : Jean-Paul Fitoussi pratique les « ménages », Michel Aglietta conseille Groupama Assurances, Daniel Cohen l’imite chez Lazard, etc.".

Ce petit monde d'économistes vient faire la télé les "ménages" que les journalistes eux-mêmes faisaient auparavant hors de leur cercle professionnel proprement dit. Ces ménages sont même doublement rémunérateurs car aux recettes des "piges" de figuration qu'ils suscitent s'ajoutent des compléments sustantiels issus des promotions publicitaires tant pour les ouvrages des dits économistes "vus à la télé" que pour des sociétés ou officines dans lesquelles ils peuvent opérer sous diverses appellations. Suivez mon regard !

En revanche ne comptez pas sur ces économistes à la télé pour parler des choses importantes voire essentielles comme la législation américaine sur l'évasion fiscale qui prendra effet au début de l'année 2013 et dont j'ai parlé dans mon blog précédent. Sur ces questions, motus et bouche cousue, d'autant que un certain nombre de ces économistes jouent sans doute, sous des formes diverses, le rôle de conseillers financiers et ne voudraient donc pas scier les branches sur lesquelles ils sont si confortablement assis.

En dépit de la vogue du débat sur le "made in France" qui, en fonction de la "politique du doigt mouillé" que j'ai déjà décrite, nul ne s'avise d'examiner de plus près ce que signifie cette expression.

On peut tout à fait, et bien d'autres pays le font EUX, organiser une protection de la production nationale sans aller jusqu'à une politique de protectionnisme généralisé et radical que l'on dit contraire tant aux règles de l'Europe qu'à celle de l'OMC (où continue de régner un bon socialiste français qui s'accommode fort bien du système en place!).

Des pays comme les États-Unis, le Japon ou l'Allemagne, (pour ne pas chercher plus loin et prendre des Etats qui ont une place éminente dans le commerce international) ont une définition du "made in ..." qui n'est qu'une forme de protectionnisme spécialisé, auquel nul ne trouve à redire.

Deux points de détail très simples pour illustrer ces systèmes.

Le premier est la conception et la mise en place de normes NATIONALES rigoureuses. Prenons l'exemple, imaginaire, des  bicyclettes.  Si on veut empêcher l'importation de bicyclettes chinoises, il suffit de décider que, dans le pays en cause, les pédaliers des vélocipèdes devront avoir 53 dents. Par malchance, ceux des bicyclettes chinoises n'en ont que 52. Impossible donc de les importer. Les Chinois passeraient -ils à des pédaliers de 52 dents qu'on déciderait illico dès lors qu'il est indispensable que la norme nationale passe à 48 dents. Il est donc tout à fait facile d'empêcher l'importation d'un produit étranger quelconque, en choisissant une norme nationale différente de celle du produit dont on veut empêcher l'importation. C'est enfantin et parfaitement efficace.

Second point. Savez-vous que, dans les pays que je viens d'évoquer, pour qu'un produit soit étiqueté "made in (Japan, US ou Germany), il faut que la partie de ce produit produite dans le pays en cause soit égale à 55 ou 60 % selon les cas. Savez-vous, en revanche, quelle est l'exigence pour le "made in France ? 3 % ! De qui se moque-t-on?

Il suffit donc à un importateur de chemises chinoises de faire coudre en France deux boutons sur une chemise importée pour qu'elle devienne, de ce simple fait, "made in France". On raconte (peut-être certains d'entre vous pourront confirmer) que le crocodile que l'on cousait en France sur le sein gauche des chemises Lacoste suffisait à faire de ces vêtements, fabriqués n'importe où dans le monde, des produits « made in France » !

Nous sommes décidément gouvernés !

Naturellement nos "économistes à la télé", trop occupés à prévoir un macro-avenir dont ils ne  voient jamais la moindre image et surtout à fourguer les produits de leurs commanditaires et/ou à vendre leurs livres, ne nous parlent jamais de sujets si futiles !