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lundi 23 décembre 2013

De la désinformation sous toutes ses formes



Je ne reprendrai pas ici, une fois de plus, mon éternel couplet sur la piètre et scandaleuse qualité de l'information qui nous est offerte, puisque, pour une fois, je n'ai eu qu'à me féliciter de mon écoute d’une radio du matin.

J'écoute le plus souvent, en début de matinée, France-Culture, dont les productions sont à vrai dire inégales, mais en ce matin du 23 décembre 2013, dans l'émission de Thierry Pech, « l'invité du matin » était Gaël Giraud qui est l’un de mes auteurs favoris par la qualité de l'information qu'il donne et la compétence dont il fait montre. Ce mathématicien est devenu « trader » à New-York, au début de sa vie professionnelle, avant d’abandonner cette voie pour la recherche en économie et d’entrer dans la Compagnie de Jésus, ce qui est un parcours pour le moins singulier et qui mérite le détour !
Il a même bénéficié (j’y reviendrai) d'une flatteuse promotion au CNRS ou il a été nommé directeur de recherche tout récemment, après une longue période de séjour comme « chargé de recherche de deuxième classe » d'abord, puis de première classe. Gaël Giraud  est un spécialiste de l’économie financière de grande qualité, d’une rare expérience dont témoigne sa carrière, mais d'une grande sincérité ce qu’évidemment n'apprécient guère les médias.

Deux remarques liminaires avant d'en venir au sujet proprement dit.

La première tient à sa récentpromotion comme directeur de recherche au CNRS ce qui me conduit à tempérer (mais à peine) tout le mal que je dis du CNRS, institution  que j'ai qualifiée récemment, dans un livre que je viens de publier le mois dernier, de « Jurassic Park de la science stalinienne ». Le CNRS a eu certes le mérite de nommer Gaël Giraud « directeur de recherche » (sans doute de deuxième classe !),  ce qui est une décision certes intéressante en ce moment où ces postes ont été raréfiés précisément pour chasser ceux qui pouvaient y prétendre en direction des universités.

La seconde remarque tient aux économistes qu'on voit défiler sans cesse sur nos écrans ; ils viennent soit faire la promotion de leur dernier ouvrage, soit, pire encore  y faire la pub. Discrètes (du moins le pensent-ils ) des produits financiers qu'ils promeuvent et vendent sous une autre casquette (suivez mon regard), soit encore y parader en faisant état de titres universitaires en principe illégaux, comme tel économiste d’entre eux qui se présente à la fois comme « Directeur de recherche au CNRS » et « Professeur à Sciences-po », alors que le cumul de telles fonctions est strictement interdit par la loi.

J'observe d'ailleurs au passage que la plupart des invités de ces émissions se présentent avec des titres usurpés sans vergogne ( les producteurs seraient bien inspirés de vérifier ) ; je ne compte même plus le nombre des « professeurs à la Sorbonne » qu'on réunit devant les caméras de la télévision française, alors que la Sorbonne n'existe plus et que ce titre a disparu depuis un demi-siècle. Qu’on prenne les émirs pour des imbéciles et qu’on leur vende une Sorbonne depuis longtemps disparue n'est pas pour étonner et n’est pas bien grave ; après tout, Victor Lustig avait bien essayé autrefois de vendre la Tour Eiffel !

Mais j'en reviens au vrai sujet de mon blog du jour, c'est-à-dire à Gaël Giraud qui a la suite de la publication de son livre, Illusion financière, a fini par se faire une place certes modeste mais intéressante à France Culture à cette heure matinale. Son livre, paru en 2012, a déjà connu en 2013 deux rééditions et il avait été l'objet en avril 2013 d'un intéressant article de Télérama sous le titre « Après cinq ans de crise, un livre remet les banques en accusation » (par Olivier Milot, Télérama, numéro 32 99).

Je n'entends pas ici résumer les propos de Gaël Giraud puisqu'il est facile à chacun soit de les retrouver dans Google grâce à l'article de Télérama, soit de les entendre par le « podcast » de France Culture.

Ce qui me paraît intéressant dans cette affaire et qu'en dépit de sa notoriété et son expérience, la carrière de Gaël Giraud au CNRS n'a pas été des plus rapides comme c'est la règle dans cette institution pour tous ceux qui n'en sont pas le produit ou n'y exercent pas des responsabilités syndicales. Comme on le murmure là-bas entre soi, au CNRS,  il vaut mieux faire du syndicalisme que de la recherche !

Petit rappel : entré au CNRS en 1999 comme chargé de recherche de deuxième classe, alors qu'il est ancien élève de l'École normale supérieure (la vraie) et titulaire d'une brillante thèse de mathématiques, il devra attendre cinq années avant d'être promu à la deuxième classe des chargés de recherche! En 2004, il fera un étonnant double choix, à la fois personnel et scientifique, en se faisant jésuite et en soutenant une habilitation à diriger des recherches en économie !

Vu la nullité extrême de l'information au CNRS (secret de défense nationale oblige sans doute !) et quoique je sache parfaitement où il  est et les références de l'UMR dont il relève, je n'ai pas été en mesure de savoir à quel moment  précis il avait été promu directeur de recherche ; je ne doute pas un instant que ce soit une promotion récente et je me demande si elle n’a pas eu lieu dans le vain espoir de le faire taire. Lui-même a confessé à Télérama  qu'il a fait l'objet de pressions discrètes à la fois du milieu bancaire et de sa hiérarchie. L’écoute subreptice de son téléphone et l'interception de ces courriels n’apportaient sans doute pas de résultats suffisants (le bâton) ;  on a donc ans doute essayé, avant ou après, la carotte avec la promotion comme directeur de recherche.  

Tout cela témoigne d'ailleurs des contradictions qu'on constate au sein du parti socialiste. Un article de Gaël Giraud où il critiquait la politique financière de Bercy, à propos en particulier de la séparation des banques de dépôt et d’affaires , publié sur le site (socialiste) de Terra Nova, a déclenché la colère de  ce ministère qui a demandé le retrait de cet article que Terra Nova a fort heureusement et très courageusement refusé.

Dans son émission du matin, malheureusement trop courte au bénéfice d’une ânerie prétendument musicale, Gaël Giraud a évoqué nombre de problèmes, inévitablement de façon brève mais a souligné l'évidente contradiction entre les propos de François Hollande durant la campagne électorale quant à la séparation des banques de dépôt et des autres et des engagements de campagne de notre président vite oubliés par les médias grâce aux ineptes débats sur le mariage gay qui ont occupé la scène et les politiques durant la période, qu'on aurait pu consacrer à la réforme promise du  secteur financier et bancaire. En réalité, le prétendu sauvetage des banques que lequel G. Giraud illustre en particulier par le cas exemplaire de l'Irlande a été fait sur le dos des citoyens européens et en faisant passer la dette publique irlandaise de 25 à 100 % du PIB du pays.

 Quant au fameux projet de loi sur la séparation des types de banques, on s'est borné à le vider de son contenu ; finalement, on ne contraint les banques qu'à « filialiser » qu’une fraction infime (2% je crois) de leurs activités de marché. Cette filialisation n'est en rien une « sanctuarisation » ; tout a été donc fait pour détourner l'attention de ce qui aurait dû être le vrai  débat sur les banques et la finance.
Cette question essentielle  a été purement et simplement éliminée en deux jours au terme de débats parlementaires grotesques sur le mariage pour tous qui évidemment, s'ils faisaient beaucoup plus bouger les foules dans la rue, étaient, en réalité, infiniment moins importants que l'affaire des banques et de la finance. On s'est borné à affirmer mensongèrement que la crise du secteur bancaire n'avait rien coûté aux contribuables français ; c’est bien entendu faux, puisque la seule affaire Dexia a coûté 12 milliards d'euros aux contribuables français et belges et que l'État français a mis 85 milliards d'euros en garantie pour cette banque. Ces mêmes contribuables ont eu, en revanche, la chance que le sauvetage d’AIG  aux E.U. par les contribuables américains en 2008, a permis, aux frais de ces derniers, à la Société Générale, à BNP-Paribas et au Crédit Agricole de récupérer près de 20 milliards de dollars.

Il est clair que vous n'entendrez aucun économiste patenté du PAF vous parler de tout cas dans les étranges lucarnes ; tous ne sont là que pour vendre leurs livres, faire leur pub ou encourager le placement des économies des gogos de téléspectateurs de préférence dans l'une des sociétés dont ils font la promotion.

Reste le grand mystère qui est celui du changement de pied final du président normal. Il avait eu l’imp(r)udence de faire de la lutte contre la finance la devise majeure de sa campagne électorale. Certes le pantouflage systématique  des hauts fonctionnaires dans la banque est sans doute un élément qui génère, tout naturellement, de multiples conflits d'intérêts et favorise les renvois d'ascenseur entre l’Etat et la finance, comme on a pu le constater à de nombreuses reprises et sans doute aussi dans cette affaire.

Je ne pense pas, en revanche, qu'il faille incriminer, dans cette dérobade finale, l'atavisme, peut-être involontaire, de Valérie, petite-fille et arrière-petite-fille de banquiers ! 

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Pourrait-on cesser de parler de la crise ?
Il n'y a pas de crise, ce terme ne servant qu'à flouer les gogos.
Il y a une évolution mondiale de l'économie, favorisée et même voulue par les groupes multinationaux, des organismes comme la Commission européenne, et tous les politicards à leur solde, qui permet aux plus riches de gagner encore plus.
On appelle cela crise pour faire croire aux gens que l'on n'y peut rien et que cela finira un jour, mais il n'en est rien. L'évolution se poursuivra en fonction des intérêts de ceux qui gouvernent.
Les mensonges les plus gros sont les mieux crus.
Et d'ailleurs qui n'en ferait autant à leur place ?