Messages les plus consultés

Affichage des articles dont le libellé est économie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est économie. Afficher tous les articles

lundi 23 décembre 2013

De la désinformation sous toutes ses formes



Je ne reprendrai pas ici, une fois de plus, mon éternel couplet sur la piètre et scandaleuse qualité de l'information qui nous est offerte, puisque, pour une fois, je n'ai eu qu'à me féliciter de mon écoute d’une radio du matin.

J'écoute le plus souvent, en début de matinée, France-Culture, dont les productions sont à vrai dire inégales, mais en ce matin du 23 décembre 2013, dans l'émission de Thierry Pech, « l'invité du matin » était Gaël Giraud qui est l’un de mes auteurs favoris par la qualité de l'information qu'il donne et la compétence dont il fait montre. Ce mathématicien est devenu « trader » à New-York, au début de sa vie professionnelle, avant d’abandonner cette voie pour la recherche en économie et d’entrer dans la Compagnie de Jésus, ce qui est un parcours pour le moins singulier et qui mérite le détour !
Il a même bénéficié (j’y reviendrai) d'une flatteuse promotion au CNRS ou il a été nommé directeur de recherche tout récemment, après une longue période de séjour comme « chargé de recherche de deuxième classe » d'abord, puis de première classe. Gaël Giraud  est un spécialiste de l’économie financière de grande qualité, d’une rare expérience dont témoigne sa carrière, mais d'une grande sincérité ce qu’évidemment n'apprécient guère les médias.

Deux remarques liminaires avant d'en venir au sujet proprement dit.

La première tient à sa récentpromotion comme directeur de recherche au CNRS ce qui me conduit à tempérer (mais à peine) tout le mal que je dis du CNRS, institution  que j'ai qualifiée récemment, dans un livre que je viens de publier le mois dernier, de « Jurassic Park de la science stalinienne ». Le CNRS a eu certes le mérite de nommer Gaël Giraud « directeur de recherche » (sans doute de deuxième classe !),  ce qui est une décision certes intéressante en ce moment où ces postes ont été raréfiés précisément pour chasser ceux qui pouvaient y prétendre en direction des universités.

La seconde remarque tient aux économistes qu'on voit défiler sans cesse sur nos écrans ; ils viennent soit faire la promotion de leur dernier ouvrage, soit, pire encore  y faire la pub. Discrètes (du moins le pensent-ils ) des produits financiers qu'ils promeuvent et vendent sous une autre casquette (suivez mon regard), soit encore y parader en faisant état de titres universitaires en principe illégaux, comme tel économiste d’entre eux qui se présente à la fois comme « Directeur de recherche au CNRS » et « Professeur à Sciences-po », alors que le cumul de telles fonctions est strictement interdit par la loi.

J'observe d'ailleurs au passage que la plupart des invités de ces émissions se présentent avec des titres usurpés sans vergogne ( les producteurs seraient bien inspirés de vérifier ) ; je ne compte même plus le nombre des « professeurs à la Sorbonne » qu'on réunit devant les caméras de la télévision française, alors que la Sorbonne n'existe plus et que ce titre a disparu depuis un demi-siècle. Qu’on prenne les émirs pour des imbéciles et qu’on leur vende une Sorbonne depuis longtemps disparue n'est pas pour étonner et n’est pas bien grave ; après tout, Victor Lustig avait bien essayé autrefois de vendre la Tour Eiffel !

Mais j'en reviens au vrai sujet de mon blog du jour, c'est-à-dire à Gaël Giraud qui a la suite de la publication de son livre, Illusion financière, a fini par se faire une place certes modeste mais intéressante à France Culture à cette heure matinale. Son livre, paru en 2012, a déjà connu en 2013 deux rééditions et il avait été l'objet en avril 2013 d'un intéressant article de Télérama sous le titre « Après cinq ans de crise, un livre remet les banques en accusation » (par Olivier Milot, Télérama, numéro 32 99).

Je n'entends pas ici résumer les propos de Gaël Giraud puisqu'il est facile à chacun soit de les retrouver dans Google grâce à l'article de Télérama, soit de les entendre par le « podcast » de France Culture.

Ce qui me paraît intéressant dans cette affaire et qu'en dépit de sa notoriété et son expérience, la carrière de Gaël Giraud au CNRS n'a pas été des plus rapides comme c'est la règle dans cette institution pour tous ceux qui n'en sont pas le produit ou n'y exercent pas des responsabilités syndicales. Comme on le murmure là-bas entre soi, au CNRS,  il vaut mieux faire du syndicalisme que de la recherche !

Petit rappel : entré au CNRS en 1999 comme chargé de recherche de deuxième classe, alors qu'il est ancien élève de l'École normale supérieure (la vraie) et titulaire d'une brillante thèse de mathématiques, il devra attendre cinq années avant d'être promu à la deuxième classe des chargés de recherche! En 2004, il fera un étonnant double choix, à la fois personnel et scientifique, en se faisant jésuite et en soutenant une habilitation à diriger des recherches en économie !

Vu la nullité extrême de l'information au CNRS (secret de défense nationale oblige sans doute !) et quoique je sache parfaitement où il  est et les références de l'UMR dont il relève, je n'ai pas été en mesure de savoir à quel moment  précis il avait été promu directeur de recherche ; je ne doute pas un instant que ce soit une promotion récente et je me demande si elle n’a pas eu lieu dans le vain espoir de le faire taire. Lui-même a confessé à Télérama  qu'il a fait l'objet de pressions discrètes à la fois du milieu bancaire et de sa hiérarchie. L’écoute subreptice de son téléphone et l'interception de ces courriels n’apportaient sans doute pas de résultats suffisants (le bâton) ;  on a donc ans doute essayé, avant ou après, la carotte avec la promotion comme directeur de recherche.  

Tout cela témoigne d'ailleurs des contradictions qu'on constate au sein du parti socialiste. Un article de Gaël Giraud où il critiquait la politique financière de Bercy, à propos en particulier de la séparation des banques de dépôt et d’affaires , publié sur le site (socialiste) de Terra Nova, a déclenché la colère de  ce ministère qui a demandé le retrait de cet article que Terra Nova a fort heureusement et très courageusement refusé.

Dans son émission du matin, malheureusement trop courte au bénéfice d’une ânerie prétendument musicale, Gaël Giraud a évoqué nombre de problèmes, inévitablement de façon brève mais a souligné l'évidente contradiction entre les propos de François Hollande durant la campagne électorale quant à la séparation des banques de dépôt et des autres et des engagements de campagne de notre président vite oubliés par les médias grâce aux ineptes débats sur le mariage gay qui ont occupé la scène et les politiques durant la période, qu'on aurait pu consacrer à la réforme promise du  secteur financier et bancaire. En réalité, le prétendu sauvetage des banques que lequel G. Giraud illustre en particulier par le cas exemplaire de l'Irlande a été fait sur le dos des citoyens européens et en faisant passer la dette publique irlandaise de 25 à 100 % du PIB du pays.

 Quant au fameux projet de loi sur la séparation des types de banques, on s'est borné à le vider de son contenu ; finalement, on ne contraint les banques qu'à « filialiser » qu’une fraction infime (2% je crois) de leurs activités de marché. Cette filialisation n'est en rien une « sanctuarisation » ; tout a été donc fait pour détourner l'attention de ce qui aurait dû être le vrai  débat sur les banques et la finance.
Cette question essentielle  a été purement et simplement éliminée en deux jours au terme de débats parlementaires grotesques sur le mariage pour tous qui évidemment, s'ils faisaient beaucoup plus bouger les foules dans la rue, étaient, en réalité, infiniment moins importants que l'affaire des banques et de la finance. On s'est borné à affirmer mensongèrement que la crise du secteur bancaire n'avait rien coûté aux contribuables français ; c’est bien entendu faux, puisque la seule affaire Dexia a coûté 12 milliards d'euros aux contribuables français et belges et que l'État français a mis 85 milliards d'euros en garantie pour cette banque. Ces mêmes contribuables ont eu, en revanche, la chance que le sauvetage d’AIG  aux E.U. par les contribuables américains en 2008, a permis, aux frais de ces derniers, à la Société Générale, à BNP-Paribas et au Crédit Agricole de récupérer près de 20 milliards de dollars.

Il est clair que vous n'entendrez aucun économiste patenté du PAF vous parler de tout cas dans les étranges lucarnes ; tous ne sont là que pour vendre leurs livres, faire leur pub ou encourager le placement des économies des gogos de téléspectateurs de préférence dans l'une des sociétés dont ils font la promotion.

Reste le grand mystère qui est celui du changement de pied final du président normal. Il avait eu l’imp(r)udence de faire de la lutte contre la finance la devise majeure de sa campagne électorale. Certes le pantouflage systématique  des hauts fonctionnaires dans la banque est sans doute un élément qui génère, tout naturellement, de multiples conflits d'intérêts et favorise les renvois d'ascenseur entre l’Etat et la finance, comme on a pu le constater à de nombreuses reprises et sans doute aussi dans cette affaire.

Je ne pense pas, en revanche, qu'il faille incriminer, dans cette dérobade finale, l'atavisme, peut-être involontaire, de Valérie, petite-fille et arrière-petite-fille de banquiers ! 

jeudi 23 février 2012

CDS : "Voulez-vous jouer avec moa?"

"Voulez-vous jouer avec moa?" Ce titre est celui d'une pièce de Marcel Achard (des années 20, me semble-t-il?) qui n'a rien à voir avec mon propos, quoique je mette en jeu, dans cette affaire, comme toujours, la tringle à rideaux du regretté Coluche que nul n'a encore gagnée. Venons-en au fait et au jeu !
Savez-vous ce que veut dire CDS ?
"It rings the bell" ? Dans notre dialecte ordinaire, on dit plutôt "ça vous dit quelque chose!" non ? Je vous vois déjà vous précipiter, d'un geste plein d'espoir, sur Google et Wikipedia pour y lire l'instant d'après  que le CDS (Centre des Démocrates Sociaux) est "un parti politique français du centre droit, de conviction démocrate-chrétienne, fondé au congrès de Rennes, par la fusion du Centre démocrate de Jean Lecanuet et du Centre Démocratie et Progrès de Jacques Duhamel" In cauda venenum ! Vous vous voyez déjà en possession de la tringle à rideaux quand vous lisez la suite  : " Le CDS fusionne, dans la suite, avec le PSD et devient Force démocrate en novembre 1995, sous l'impulsion de François Bayrou".  L'évocation de ce dernier nom vous donne à croire que vous brûlez, mais pas du tout vous êtes au pôle. Paix à toutes ces belles âmes, (sauf celle de Bayrou) mais vous n'êtes pas dans le coup et même fort loin du but !
Car "CDS" n'est pas du français mais forme l'acronyme de "Credit Default Swaps", car la perfide Albion est le temple majeur et incontesté de la finance ; à ce titre, elle attire désormais le tiers de nos polytechniciens ; en revanche, la France, elle, demeure la pépinière des Médailles Fields (le Nobel des mathématiques) dont le plus pittoresque titulaire est sans aucun doute le dernier, que caractérisent, non sans pittoresque, son génie mathématique, son amour des lavallières et sa passion des araignées!
Venons en donc aux CDS en laissant de côté la tringle à rideaux!
Les CDS, qu'on nomme poétiquement en français "couvertures de défaillance" ou joliment "dérivés sur événement de crédit" ou même plus mystérieusement "permutations de l'impayé" constituent des "contrats de protection financière entre acheteurs et vendeurs", qui, dit-on, furent imaginés au sein de la banque John Pierpont Morgan.

Attachez vos ceintures car nous entrons à la fois dans une zone (ô combien) turbulente et dans une "terra incognita" où sont, non pas les innocents "ursi vel leones" des régions blanches et inexplorées des cartes d'antan, mais des ogres de phynances infiniment plus avides et plus redoutables. J'ai mis ici un peu de latin pour vous préparer à celui de la suite qui n'a rien d'ecclésiastique comme vous allez le constater :
"L'acheteur de protection verse une prime ex ante annuelle calculée sur le montant notionnel de l'actif à couvrir, souvent dit de référence ou sous-jacent (ce montant étant également appelé encours notionnel du CDS), au vendeur de protection qui promet de compenser ex post les pertes de l'actif de référence en cas d'événement de crédit précisé dans le contrat. Il s'agit donc, sur le plan des flux financiers, de l'équivalent d'un contrat d'assurance".

Poursuivons dans Wikipedia : "Il s'agit d'une transaction non-financée : sans obligation de mettre de côté des fonds pour garantir la transaction, le vendeur de protection reçoit des primes périodiques et augmente ses avoirs sans nul investissement en capital si aucun événement de crédit n'a lieu jusqu'à maturité (la fin) du contrat. Dans le cas contraire, événement plus ou moins probable mais très coûteux, il est contraint de faire un paiement contingent, donc de fournir des fonds ex post. Il s'agit donc d'une exposition hors-bilan.

Les CDS ont été largement incriminés dans la responsabilité de la crise financière de 2007-2010 puis la crise de la dette dans la zone euro de 2011".

Tu m'étonnes!  On dit que le marché des CDS représente plus de 90% de tous les dérivés de crédit, les trois-quarts de ce marché étant entre les mains d'une dizaines de "dealers". Mieux encore, en 2008, le marché des CDS dépassait de dix fois le montant total des créances sous-jacentes et même le PIB mondial !

En somme, X achète à Y, par exemple, un CDS sur une créance-bidon (des obligations d'Etat grecques pour prendre un cas d'actualité), sans être lui-même en rien un créancier de la Grèce ; il le fait sur une base de prix qu'on nomme, dans le langage fleuri des traders, "le montant notionnel de l'actif à couvrir" (j'adore le "notionnel" qui veut simplement dire que ce montant est théorique et équivaut souvent à plusieurs fois le montant de la créance elle-même !) ; l'acheteur (celui qui par là s'assure en quelque sorte), ne paye pas le vendeur, en réalité, sauf en lui versant "des primes périodiques", le seul intérêt du "vendeur" (l'assureur) étant "d'augmenter ses avoirs [purement théoriques puisque c'est de la monnaie de singe en général] sans nul investissement en capital".

Comme demeure néanmoins le principe de l'assurance, il ne reste plus au "vendeur de protection" (l'assureur) qu'à prier pour que ne se produise pas un "événement de crédit" [toujours ce bel art de litote, puisqu'il s'agit là de la faillite de la Grèce par défaut de paiement] et à "l'acheteur de protection" qu'à prier, à l'inverse, pour que se produise le même fâcheux "événement de crédit" qui lui permettra de toucher l'assurance.

Si vous comprenez quelque chose à ce système, dites-le moi et surtout expliquez-moi comment on peut être assez stupide pour marcher dans pareille combine, sauf si le vendeur et l'acheteur de CDS sont une seule et même personne ou institution!

Demain, j'essayerai d'éclairer notre lanterne grâce à quelques extraits de textes de Gaël Giraud ; non seulement il est l'un des meilleurs de nos économistes (je pense qu'il est le meilleur, mais je ménage sa modestie), mais sûrement celui dont les propos sont les plus clairs et les plus précis à la fois !



mercredi 1 février 2012

« Germanicum exemplum »

Se trouvera-t-il chez nous un Jules César capable de contrer la menace germanique ? On se souvient que Rome ayant refusé la proposition d’Arioviste de partager la Gaule entre Romains et Germains, César, en 58, défit ces mêmes Germains à la bataille de l’Ochsenfeld, les rejetant ainsi au-delà du Rhin.

Nous n’en sommes pas encore là, et la menace germanique est désormais plus économique que militaire, fort heureusement. On sait, en effet, que, à la louche, l'excédent commercial allemand est trois fois supérieur à notre propre déficit dans le même domaine. Comme, par ailleurs, les Allemands ont un taux de chômage très inférieur aux nôtres (quels que soient les raisons de cette situation et les moyens mis en oeuvre pour y parvenir, car les gouvernements truquent les chiffres des deux côtés) et un niveau de vie globalement très comparable au nôtre, tant sur le plan du pouvoir d'achat que sur celui du système social, le modèle allemand (« germanicum exemplum ») fait donc recette désormais parmi nos politiques.

Le problème est qu'il y a à peu près autant de positions théoriques sur ces questions que d'économistes qui en présentent. Il est d'autant plus difficile de s'y retrouver que, si les uns se bornent à s'inscrire dans tel ou tel type de pensée économique, il en est d'autres (et ce sont souvent ceux qu'on voit dans les médias) qui ont parfois des intérêts très directs voir purement promotionnels dans l'exposé et la défense de telle ou telle théorie. Il n'y a donc pas grand-chose à tirer de ce côté-là car n'importe quel politique, « pensant » n'importe quoi, pourra toujours trouver un économiste prêt à conforter sa position par quelques arguments réputés scientifiques.

Sur RMC-BFM-TV Jean-Jacques Bourdin interviewait, ce matin, Arnaud Montebourg qui, comme toujours a eu quelques propos définitifs, en particulier sur les « Allemands pauvres » (et non pas les « pauvres Allemands » puisque notre belle langue française fait, par la place de l'épithète, à la différence du « bonnet blanc blanc bonnet » toujours cité, une distinction subtile qui échappera toujours aux épais Teutons !). Le bel Arnaud estimait les salaires de ces Allemands employés à temps partiel aux alentours de 400 € et jouait des mélodieux accents de sa voix de velours pour susciter la compassion à leur endroit.

Or, il se trouve que j'ai regardé, hier même sur France 5, l'émission d'Yves Calvi « C'est plus clair » qui, en dépit de la sempiternelle présence d'intervenants abonnés, demeure l’une des émissions les moins inintéressantes de notre télévision. L’un des invités, d'origine allemande, Hans Starck, est intervenu de façon autorisée sur cette question et cela d'autant plus qu'il est un spécialiste des relations franco-allemandes.

Tout en reconnaissant bien entendu (et comment le nier ?) qu’il y a en Allemagne un fort pourcentage de travailleurs à temps partiel, il a fixé la rémunération de ces travailleurs aux environs de 700 ou 800 € plutôt qu'aux 400 euros qu'évoquait M. Montebourg. Il a d'ailleurs précisé qu'en revanche, la rémunération des travailleurs spécialisés (puisque l'Allemagne s'occupe, elle et depuis toujours, de former des techniciens et des spécialistes plutôt que des psychologues comme le fait la France) était beaucoup plus élevée (parfois trois fois plus importante) et que donc nombre de travailleurs allemands ont des salaires très supérieurs à ceux de leurs homologues français. Les frontaliers français le savent mieux que quiconque !

Hans Starck a souligné aussi deux points qui me paraissent essentiels et dont nul ne parle naturellement !

Le premier est que la vie en Allemagne est beaucoup moins chère qu'en France, contrairement à ce que l’on pense souvent. Sur ce point, le témoignage de M. Starck n'est pas indispensable ; il suffit d'aller en Alsace pour s'en rendre compte quand on découvre que les Français vont faire leurs courses en Allemagne alors que l’inverse est vrai pour la Suisse. Comme on le sait, les rois du « hard discount » sont des sociétés allemandes, dont la plus connue est sans doute celle des frères Aldi. Cet aspect m’a été confirmé par de nombreux amis qui sont allés ou ont vécu en Allemagne, car, si j'y suis allé, à différents entreprises, je n'ai guère eu l'occasion d'y faire des courses et donc de me rendre compte de ces différences dans les prix.

Le deuxième point essentiel est que les loyers sont beaucoup moins chers en Allemagne qu'en France. Hans Starck a avancé, sur ce point précis, des prix de loyers mensuels courants de 150 à 200 €. Allez donc trouver dans une ville française, moyenne ou grande, le moindre studio à moins de 400 € ? Les explications sur ce point ne manquent pas ; elles tiennent à ce que, dans le dernier demi-siècle, vu les destructions de la guerre, on a énormément construit en Allemagne. Par ailleurs, la croissance démographique est, comme les Français se plaisent à le rappeler sans cesse, bien plus importante en France ; les lois du marché entraînent donc inévitablement, en Allemagne, la baisse des tarifs de location. Il serait intéressant d'ailleurs, mais c'est un autre problème dont je traiterai un jour ou l'autre, de se pencher sur cette question de démographie française mais d'envisager, au-delà des chiffres eux-mêmes qu'on se garde de voir de trop près, les conséquences d'une telle situation. L'argument sans cesse avancé selon lequel ces « jeunes » paieront les retraites devrait être modulé aussitôt par le fait que pour les payer, dans l’avenir les retraites, encore faudrait-il que les dits "jeunes" aient exercé, en leur temps, une activité quelconque. Naturellement cet aspect, comme quelques autres aussi importants mais frappés de tabou linguistique, est totalement écarté de ce type de réflexion.

Il résulte de la conjonction de ces divers facteurs que, toujours d'après le témoignage de M. Starck, on vit bien mieux – ou en tout cas beaucoup moins mal - en Allemagne qu'en France avec 800 € mensuels et que, dès lors, toute comparaison avec l'Allemagne doit être éclairée à la lumière de ces faits.

Imaginer que nous allons nous élever à la hauteur économique de l'Allemagne par les mesurettes qu'on envisage ou, au moins, dont on parle, c'est oublier à la fois que cet effort a été fait par les Allemands depuis 15 ans au moins et surtout que le tissu industriel allemand est, à tous égards, extrêmement différent du nôtre dans sa structure comme dans ses modalités.

Tout le monde le sait bien en fait, mais évidemment tout le monde s'abstient d’en parler, surtout en période électorale !

lundi 2 janvier 2012

Au boulot pour le boulot !

Au lendemain des vœux de notre président, déclarant que la priorité allait être désormais la relance de notre économie et de l'emploi, conversation amicale et postprandiale avec un commercial de l'électronique.

Je lui fais part de la honte qui m’atteint quand je suis obligé de téléphoner en public avec mon vieux portable Nokia qui a bientôt une dizaine d'années d’âge. Comment user d’un tel appareil au milieu des téléphones ultramodernes que détient le moindre collégien quand il ne s'agit pas d'un enfant fréquentant l'école primaire, le tout sous le regard goguenard ou étonné de ces gamins? Je me cache donc dans un coin pour user discrètement et efficacement de mon bon vieux Nokia.

Cet ami, très informé, me fait un point rapide sur l'évolution de la fabrication des téléphones mobiles dans les dernières années.

Il y a quelques années encore (il m'a donné la date précise que j'ai oubliée), il y avait en France quatre fabricants de téléphones mobiles (je n’ai retenu que les noms de deux d'entre eux : Alcatel et Sagem) qui, dans cinq usines réparties sur le territoire national, produisaient l'essentiel des téléphones mobiles alors vendus en France.

Il faudrait signaler à notre président que, cinq ans plus tard, il n'y a plus en France aucune de ces usines et tous les téléphones mobiles vendus en France sont fabriqués à l'étranger. Je pense que la chose a dû échapper hélas à nos ministres de l'industrie successifs, y compris à M. Besson qui, nous dit-on, est pourtant un grand utilisateur de SMS et de Twitter.

Il est bien évident qu'on pourrait hélas faire la même consternante observation pour bien d'autres domaines et comparer notre politique avec celle d'autres Etats qui ne connaissent pas exactement les mêmes problèmes que nous.

Ce même ami, qui connaît bien le domaine, m'a signalé que se trouvait en Chine la plus grande firme du monde produisant des composants électroniques. Curieusement cette société, qui employait des centaines de milliers de Chinois dans ses usines, est, en fait, une firme taïwanaise. Suite à des difficultés sociales internes de ses entreprises de composants électroniques (grèves, suicides, etc...) liées aux épouvantables conditions de travail et ne s'estimant pas suffisamment soutenue par le gouvernement chinois (sans doute pas mécontent de garder un chien de sa chienne pour une société taïwanaise, même si elle employait des Chinois en Chine), la firme taïwanaise (dont j'ai aussi oublié dans le nom) a fermé toutes ses usines de Chine et licencié les centaines de milliers d’employés qui y travaillaient. En même temps (ou plus vraisemblablement juste avant !), elle a construit, à toute vitesse, des usines au Vietnam et elle y a transporté toute sa production en offrant d'ailleurs, comme on le fait chez nous, aux travailleurs chinois qui l’acceptaient, d'aller travailler dans ses usines du Vietnam.

Reste à savoir quelle position de repli restera, dans la suite, à cette firme de Taiwan ; tous les espoirs ne sont pas perdus car il y a tout de même encore le Bangladesh !

samedi 3 décembre 2011

La comédie financière : Ubu ou Kafka ?

Comme toujours nous souffrons, en France du moins (je ne sais pas ce qu'il en est ailleurs) d'une vaste sous-information, voire d'une désinformation totale sur les réalités de la crise financière au sein de laquelle nous nous trouvons. On nous amuse avec des histoires de triple A ou des fariboles de la même farine.

Comme j'ai eu l'occasion de le dire dans un précédent blog, tout cela ne signifie pas grand-chose et seuls deux éléments comptent dans toute cette affaire, mais naturellement nul n'en parle.

Le premier est le taux d'intérêt auquel les Etats endettés peuvent prétendre auprès des prêteurs.

Pour simplifier les choses et sans entrer dans les décimales, l'Italie emprunte à 6 %, la France à 3%, l'Allemagne à 2% et le Japon 1,5 %. Tout le reste n'est que littérature. Je vous fais grâce ici de discussions oiseuses sur les décimales de ces taux ; seuls comptent les ordres de grandeur et il est facile de voir ce qu'ils signifient.

La comparaison la plus facile mais la plus intéressante est celle de la France et de l'Allemagne puisque ces deux pays, pour le moment et par la grâce des Moody's de service, ont tous les deux le triple A dont on nous rebat les oreilles (Hommage au Père Ubu!). On voit bien que ceux qui tiennent les cordons de la bourse des prêts ne jugent pas que ces deux AAA (Ah! Ah! Ah! doivent ils se marrer en leur for intérieur) sont équivalents, puisque le taux français est de 50% plus élevé que l'allemand. Le taux apparemment extravagant dont bénéficie le Japon (qui n'a pas de AAA) tient à ce que c'est sans doute le pays dont la situation est la plus sûre et les prêteurs ne s'y trompent évidemment pas.

Second élément annoncé.

La France se réjouit en cette fin d'année 2011 d'avoir encore bénéficié d'un taux intéressant pour les sommes qu'elle vient d'emprunter. Ne nous y trompons pas! En dépit de l'énormité de notre dette et de perspectives plus qu'incertaines, nous devrons continuer à emprunter et la période la plus difficile pour nous sera certainement le début de l'année 2012. Les principaux pays européens, la France, l'Allemagne et l'Italie, devront, en effet, à ce moment-là emprunter une bonne centaine de milliards d'euros. Naturellement cette centaine de milliards d'euros ne sera destinée qu'à payer les intérêts de la dette gigantesque qui s'est accumulée pour ces trois pays et que nous ne cessons d'accroître.

La question est de savoir, non pas si nous aurons deux, trois ou quatre A, mais à quel taux on va nous prêter l'argent dont nous aurons besoin à ce moment là. Quant à ceux qui vont nous prêter cet argent, ce sera probablement ceux qui en ont, c'est-à-dire, en gros, les Chinois, les Arabes (pas trop!) et les Brésiliens.

On peut trouver cette situation ubuesque ou kafkaïenne, selon les références littéraires qu'on préfère, puisque ceux à qui nous allons emprunter pour payer les intérêts de nos dettes sont précisément ceux qui détiennent l'essentiel des créances qui nous accablent!

Ces gens-là sont-ils bien raisonnables de nous prêter de l'argent pour que nous payons des intérêts de dettes que nous avons chez eux, mais dont rien ne prouve que nous serons capables, un jour, de rembourser le capital?

Personnellement dans la situation de Messieurs Wong Li, Ben Machin ou Perreira, j'hésiterais à consentir de tels prêts, même à un intérêt élevé.

On peut toutefois avoir un raisonnement différent et il faut espérer qu'ils l'auront.

Ils peuvent en effet se dire qu'en réalité les 100 milliards qu'ils vont nous donner vont aussitôt leur revenir. Ces 100 milliards ne sortiront de la poche droite de Messieurs Wong Li, Ben Machin ou Perreira que pour revenir immédiatement dans leur poche gauche par le biais des paiements d'intérêts que nous serons bien obligés de faire. L'opération est donc nulle et n'aura pour effet que d'augmenter encore notre gigantesque dette et de nous permettre de recommencer l'opération l'année prochaine avec les mêmes interlocuteurs et une dette accrue d'autant!

Tout cela est donc parfaitement fou et les seules vraies raisons qu'ont Messieurs Wong Li, Ben Machin ou Pereira de consentir ces nouveaux prêts sont que, d'une part, ils vont récupérer immédiatement la centaine de milliards prêtée et que, d'autre part, s'ils refusent de nous consentir ces prêts et par là nous précipitent dans le gouffre de la faillite, ils vont eux-mêmes y perdre non une centaine mais les milliers de milliards de dollars qu'ils nous ont sottement prêtés.

A ce jeu de poker menteur mondial, pourquoi ne pas nommer notre Patrick Bruel ministre des finances?

dimanche 13 novembre 2011

Du bon usage des compétences : de la Santé à Bercy.

Plus que jamais en ces temps difficiles, ce qu'il nous faut, absolument et de façon urgente, est moins, pour parler comme Mélenchon, « le capitaine de pédalo dans les tempêtes », dont Hollande donne toutes les apparences, qu’un « Hollandais volant » pour rester dans les métaphores nautiques que peut inspirer notre Flamby, par son allure comme par son nom !

Il nous faut des experts, confirmés et talentueux, à tous les postes du gouvernement.

Regardez les Grecs. Quel meilleur expert pour régler le problème de la dette de son pays que ce brave Monsieur Papademos (le « père du peuple » en pseudo-grec macaronique !) qui, en son temps, a sinon organisé du moins couvert le maquillage des comptes publics de son pays pour lui permettre d’entre dans l’Union européenne. Il en connaît donc un bout le bougre !

Regardez, chez nous, ce pauvre M. Baroin, prétendument ministre des finances, qui, à l'Assemblée nationale, ne parvenant pas à impressionner la Gauche par cette voix d'outre-tombe, dont il use avec tant de talent et de constance, s’est, dans son émotion, mélangé les pinceaux lexicographiques. Il a, en effet, désigné du terme très impropre d'effraction (c’est un attentat contre la langue plus que contre la représentation nationale) la sottise de dissoudre l'Assemblée nationale, inspirée à Jacques Chirac par M. de Villepin qui, de toute évidence, brûle de recommencer ce genre d'exploit.

Comment ne pas voir qu’est apparu, par chance, sur la scène médiatique le seul ministre des finances capable de sortir la France de ce mauvais pas en la personne de Michel Neyret dont les évidents talents financiers se sont, pour le moment, fourvoyés dans la police ? Certes me direz-vous, il s'agit là d'un flic, fût-il de haute volée et on ne passe pas si facilement et impunément de la place Beauveau à Bercy !

Sauf votre respect, vous êtes tous, mon pauvre monsieur ou chère madame, totalement à côté de la plaque !

Considérez donc, d’abord et plutôt, les exploits financiers de Michel Neyret dont la presse unanime ne nous épargne aucun détail. Voilà un homme qui, après enquête officielle et non selon de vagues ragots, en menant la vie à grandes guides, à coups de voyages coûteux comme de vacances luxueuses, de Ferraris, de boîtes de nuit et de tables de jeu, n’a dépensé que 500 € en neuf mois ! Qui dit mieux ? Même M. Bérégovoy, dont les chaussettes tirebouchonnées marquèrent autrefois l’esprit d’économie, n'a jamais rien fait de tel.

Voilà, de toute évidence, le ministre des finances qu’il nous faut ; lui seul saura effacer notre dette avec autant d'adresse qu'il gomme les inculpations des truands et des mafiosi qui l’entretiennent miraculeusement sur un tel pied.

Voulez-vous encore plus d’arguments en sa faveur ! Qui peut arriver à vendre 50.000 euros à des truands des notes de police qui décrivent par le menu des activités délictueuses dont ils sont eux-mêmes les premiers et les mieux informés ? Qui dit mieux ? Comme aurait dit ma bonne grand-mère, qui affectionnait cette métaphore, voilà un homme qui vendrait des guêtres à un serpent !

Neyret à Bercy!

PS. Cet homme n'a qu'un défaut...Il n'est pas Corse!

lundi 14 juin 2010

Du bon sens en politique et en économie

J’entendais ce matin Benoit Hamon, porte-parole du PS, causer dans le poste, sur RTL je crois, interrogé par Jean-Michel Aphatie. Les quolibets dont il a fait l’objet l’ont obligé à améliorer un peu la forme, mais le fond reste fâcheusement indigent. Aphatie a commencé en le titillant avec la formule de Fillon selon laquelle seuls des lâches peuvnt cacher aux Français que l’âge de la retraite doit inévitablement passer, comme partout, à 62 ou 63 ans. Fastoche pour Hamon qui a pu rester sur le si commode terrain du symbole, en répliquant à la formule que seuls des lâches cachent la vérité à leur peuple et qu’il fallait faire payer les riches plutôt que les pauvres ! C’est dire le niveau du débat !

Fillon, Hamon et les autres ne savent pas trop compter, à moins qu’ils ne nous prennent pour des imbéciles, une hypothèse n’excluant d’ailleurs pas l’autre.

L’âge de la retraite n’a, au fond, guère d’importance, car ce qui compte, naturellement, est le nombre d’années de cotisations (dont l’augmentation est en cours depuis longtemps, sans que nul n’en parle plus) ; c’est ce nombre qui détermine, en fait, le montant de la retraite ou de la pension. Rappelons au passage, ce que Fillon et Hamon semblent ignorer l’un et l’autre à les entendre, que les fonctionnaires n’ont pas une retraite mais une pension qui est payée sur le budget de l’Etat par inscription au Grand livre de la dette publique).

Le résultat, largement passé inaperçu, de la manoeuvre d’augmentation du nombre des années de cotisations (au-delà des 40 annuités de départ) et le passage, pour les fonctionnaires, de 37,5 à 40 années et plus comme les autres salariés (ce qui, souvenons-nous en au passage, n’avait pas entraîné de mouvements de solidarité de la part des syndicats du privé !), n’était nullement de maintenir plus longtemps les gens au travail, mais de réduire mécaniquement le montant des retraites et des pensions qui est déterminé, en grande partie, par le nombre d’années de cotisations. J’avais à l’époque écrit à ce sujet, largement occulté ou ignoré, mais je n’avais guère lu de remarques ni eu de commentaires à ce propos.

Le débat sur l’âge de la retraite est d’audant plus purement académique que, chez nous, seuls 40% des travailleurs sont encore en activité au delà de 55 ans et que, comme on ne cesse de nous le seriner,, nous sommes, en Europe, le pays où le taux d’emploi des seniors est le plus faible. Dans une telle situation, vaut-il la peine de continuer à discutailler sur le fait de savoir si l’âge de la retaite sera à 62 ou 63 ans puisque seule une très faible minorité de citoyens est encore en activité à ces âges ?

En outre, l’absence de toute réelle réflexion sur ces questions se marque dans le débat sur l’incidence de la réduction du chômage sur l’emploi et donc les retraites. Outre le caractère très incertain de l’hypothèse, comme dans le cas de l'effet positif que cette reprise de l’emploi pourrait avoir sur les recettes fiscales et la réduction des déficits (une autre des chimères et des berceuses de Fillon), on ne semble pas voir que si l’accroissement du nombre des travailleurs, et donc des actifs contisant, peut avoir une incidence bénéfique à court terme, elle a toutes chances se se révéler négative à long terme, puisque ces nouveaux travailleurs, après avoir alimenté la répartition quelques décennies durant, deviendront, à leur tour, des retraités dont il faudra payer les retraites !

Pour imaginer alors un nouveau tour de passe-passe, comptez sur nos dirigeants du futur dont ne changeront pas les principes politiques et économiques majeurs : « Demain on rasera gratis ! » et « Après nous le déluge ! ».