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lundi 14 juin 2010

Du bon sens en politique et en économie

J’entendais ce matin Benoit Hamon, porte-parole du PS, causer dans le poste, sur RTL je crois, interrogé par Jean-Michel Aphatie. Les quolibets dont il a fait l’objet l’ont obligé à améliorer un peu la forme, mais le fond reste fâcheusement indigent. Aphatie a commencé en le titillant avec la formule de Fillon selon laquelle seuls des lâches peuvnt cacher aux Français que l’âge de la retraite doit inévitablement passer, comme partout, à 62 ou 63 ans. Fastoche pour Hamon qui a pu rester sur le si commode terrain du symbole, en répliquant à la formule que seuls des lâches cachent la vérité à leur peuple et qu’il fallait faire payer les riches plutôt que les pauvres ! C’est dire le niveau du débat !

Fillon, Hamon et les autres ne savent pas trop compter, à moins qu’ils ne nous prennent pour des imbéciles, une hypothèse n’excluant d’ailleurs pas l’autre.

L’âge de la retraite n’a, au fond, guère d’importance, car ce qui compte, naturellement, est le nombre d’années de cotisations (dont l’augmentation est en cours depuis longtemps, sans que nul n’en parle plus) ; c’est ce nombre qui détermine, en fait, le montant de la retraite ou de la pension. Rappelons au passage, ce que Fillon et Hamon semblent ignorer l’un et l’autre à les entendre, que les fonctionnaires n’ont pas une retraite mais une pension qui est payée sur le budget de l’Etat par inscription au Grand livre de la dette publique).

Le résultat, largement passé inaperçu, de la manoeuvre d’augmentation du nombre des années de cotisations (au-delà des 40 annuités de départ) et le passage, pour les fonctionnaires, de 37,5 à 40 années et plus comme les autres salariés (ce qui, souvenons-nous en au passage, n’avait pas entraîné de mouvements de solidarité de la part des syndicats du privé !), n’était nullement de maintenir plus longtemps les gens au travail, mais de réduire mécaniquement le montant des retraites et des pensions qui est déterminé, en grande partie, par le nombre d’années de cotisations. J’avais à l’époque écrit à ce sujet, largement occulté ou ignoré, mais je n’avais guère lu de remarques ni eu de commentaires à ce propos.

Le débat sur l’âge de la retraite est d’audant plus purement académique que, chez nous, seuls 40% des travailleurs sont encore en activité au delà de 55 ans et que, comme on ne cesse de nous le seriner,, nous sommes, en Europe, le pays où le taux d’emploi des seniors est le plus faible. Dans une telle situation, vaut-il la peine de continuer à discutailler sur le fait de savoir si l’âge de la retaite sera à 62 ou 63 ans puisque seule une très faible minorité de citoyens est encore en activité à ces âges ?

En outre, l’absence de toute réelle réflexion sur ces questions se marque dans le débat sur l’incidence de la réduction du chômage sur l’emploi et donc les retraites. Outre le caractère très incertain de l’hypothèse, comme dans le cas de l'effet positif que cette reprise de l’emploi pourrait avoir sur les recettes fiscales et la réduction des déficits (une autre des chimères et des berceuses de Fillon), on ne semble pas voir que si l’accroissement du nombre des travailleurs, et donc des actifs contisant, peut avoir une incidence bénéfique à court terme, elle a toutes chances se se révéler négative à long terme, puisque ces nouveaux travailleurs, après avoir alimenté la répartition quelques décennies durant, deviendront, à leur tour, des retraités dont il faudra payer les retraites !

Pour imaginer alors un nouveau tour de passe-passe, comptez sur nos dirigeants du futur dont ne changeront pas les principes politiques et économiques majeurs : « Demain on rasera gratis ! » et « Après nous le déluge ! ».