Entendu successivement, hier et aujourd'hui, chacun sur leur domaine, Madame Geneviève Fioraso (ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace ; je n'ai appris qu'hier qu'à ces deux domaines déjà vastes s'ajoutait l'espace qui est sans limites) et Monsieur Le Driant; ce matin même, à propos du Mali essentiellement. L'un et l'autre m'ont convaincu que, dans l'exercice gouvernemental, aux « éléments de langage », toujours présents, s'est ajoutée désormais la méthode du bon psycho-pharmacien Emile Coué.
Honneur aux dames et à la chronologie ; commençons donc par Madame Fioraso qui s'exprimait hier sur France-Info ou sur Europe (peu importe puisque, dans les deux cas, le discours est strictement identique.). Je sais bien, pour lire mediapart que l'université et la recherche ne sont pas des sujets qui intéressent beaucoup les Français. Je ne leur donnerai d'ailleurs pas tort, mais je pense que cela ne tient pas aux sujets eux-mêmes, mais bien plutôt à la façon dont on les aborde et les traite. Le blog étant un genre bref je serai court.
Madame Fioraso s'est efforcée, une fois encore, au cours de ce bref entretien, de démontrer que ce gouvernement fait davantage que le précédent pour les universités, avec la création de 1000 postes par an durant cinq ans et une augmentation d'un ou deux pour cent du budget). Soit et dont acte. Mais qu'est-ce que cela va changer aux problèmes des universités et de la recherche françaises qui sont naturellement ailleurs.
On sent, à la rhétorique de ses propos, que les interlocuteurs de Madame Fioraso (que mon Dragon s'obstine à nommer joliment "Madame Firent assaut") sont essentiellement les syndicats qui, quelle que soit la question posée, répondent, toujours et invariablement, par des demandes de postes et de moyens, sans naturellement envisager, un instant, les questions essentielles.
Je puis témoigner, par expérience de bon nombre d'universités que je connais (et mon expérience dans ce domaine est hélas longue et diverse) que les universités ne manquent, le plus souvent et surtout les plus anciennes et les plus grandes, ni de postes ni de moyens, mais essentiellement de la volonté de les répartir de façon plus judicieuse et plus efficace, en exigeant aussi, dans un certain nombre de cas, que les services pédagogiques et administratifs des personnels soient effectivement effectués.
Je puis témoigner que dans une université qui était la mienne lorsqu'est intervenue la fameuse loi des 35 heures, la panique s'est instaurée, dans les services administratifs, non parce qu'on allait devoir réduire les services mais parce qu'il aurait fallu, au contraire, les augmenter pour travailler effectivement 35 heures hebdomadaires devenues fatidiques. On se livra alors à des calculs savants, avec falsification des emplois du temps et évaluation des horaires sur l'ensemble de l'année, pour parvenir à passer, au moins en apparence, des 30 ou 32 heures effectives et réelles aux 35 heures réglementaires.
Si certaines disciplines sont effectivement surchargées en étudiants (comme ce fut le cas, un moment, de la sociologie puis de la psychologie, domaines dans lesquels nul ne se posait le problème du devenir professionnel des milliers d'étudiants qu'on y inscrivait en première année), d'autres sections ont plus de personnel que d'étudiants ou presque ; je ne citerai pas de cas précis pour ne se fâcher personne, mais chacun sait que les lettres classiques ou les langues slaves ne sont pas surchargées. Le problème est que les universités, pourtant autonomes sur ce point bien avant la loi LRU, sont en fait totalement incapables de "gérer" les postes, chacun tenant l'autre par la barbichette, et, tout bêtement, de faire passer un ou deux postes, devenus inutiles d'une discipline, dans une autre qui en aurait besoin. Tout le monde le sait évidemment, mais il n'est pas question d'évoquer, où que ce soit, cet aspect. Ne parlons pas ici de l'encadrement des étudiants dans les facultés de médecine parisiennes où, naguère encore, il était, mieux qu'au MIT, de 2,5 étudiants par enseignant !
Monsieur Le Drlant lui s'est exprimé sur le Mali, suite à l'accord conclu à Tombouctou entre Bamako et le Nord Mali qui, nous a-t-il précisé, règle parfaitement et définitivement tous les problèmes de l'Etat malien. Les troupes maliennes vont enfin pouvoir revenir à Kidal qui leur était interdit. Oublions le passé ; on met en place une commission mixte Sud-Nord qui réglera tout ; les élections auront bien lieu, en toute "transparence" et équité, le 28 juillet 2013, même s'il n'y a ni listes électorales, ni cartes d'électeurs avec ou sans photos. Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des Malis possibles.
Que sera, sera et l'avenir jugera ! Je ne pense pas, mais c'est un avis personnel, que, si élaborés que soient les "éléments de langage" du ministère de la défense, on règle si facilement des antagonismes millénaires. Quant au "développement" du Mali, les quelques milliards annoncés se perdront peut-être dans les sables car ce n'est pas la première fois qu'on met en place des "plans de développement du Nord" et, sauf erreur de ma part, il y en a déjà eu un au début des années 80 (entre autres) qui n'a pas eu plus de résultats que ceux qui l'avaient précédé et que ceux qui l'ont suivi).
"Éléments de langage" et "méthode Coué" d'une part, mais, d'autre part et dans un autre domaine, on agite le croque-mitaine. Le non-cumul des mandats qui était l'un des engagements les plus forts du candidat Hollande lors de l'élection présidentielle est mal barré et il faut trouver autre chose sans perdre la face.
Tout cela, comme le reste, n'est qu'une affaire de communication ; on a donc imaginé de mettre en place un commando-suicide d'élus, quelque peu disparate dans ses motivations (Laurent Wauquiez !!!!), dont la proposition centrale, pour le moins inattendue, est de supprimer la plupart des avantages attachés aux fonctions de représentation nationale, sur le plan de la retraite comme dans le domaine fiscal. La levée de boucliers immédiate conduite, une fois de plus, par le président Claude Bartolone (François doit regretter de ne pas avoir juché Ségo sur le perchoir !) n'a pas tardé et ce dernier a même amené Henri Guaino à se rallier à son panache blanc de la révolte, ce qui est tout dire !
Échaudée par cette proposition aussi téméraire que peu crédible, la majorité socialiste aura assez de bon sens pour accepter sans vergogne comme à l'accoutumée, sur le cumul des mandats et les conflits d'intérêts, une version si édulcorée qu'elle en devient "transparente" !
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jeudi 20 juin 2013
lundi 20 mai 2013
On nous ment, même sur le Mali
La plupart des
radios étant, le dimanche matin, vouées à la bagnole, au jardinage et au bricolage,
j'entendais, ce matin, dimanche 19 mai 2013, vers 10h30 (vous aurez noté que je
dis "j'entendais" et non pas "j'écoutais" !) l'émission dominicale
de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe.
Le héros du jour
était Monsieur Le Driant, ministre de la défense, qui semble passer son temps
dans les avions, ce qui devrait pourtant lui donner le temps de la réflexion
sur les affaires dont il a la charge. Il était interrogé sur le récent Livre
blanc de la défense et se défendait, somme toute assez bien, ce qui était pas
trop difficile quand on prend en compte la qualité et l'information des "journalistes-sic"
chargés de l'interwiewer. Ils étaient là, trois ou quatre, sous la houlette
d'Elkabbach (76 ans aux pommes !) qui lui a, au moins l'excuse de l'âge ; je
n'ai pas retenu grand-chose de leurs propos, infiniment prévisibles, sinon
qu'il a été question, un moment, des "drones" que nous devrions nous
employer à fabriquer au lieu de devoir les emprunter, en cas de besoin, comme
dans l'affaire malienne, aux Américains, à défaut d'oser le faire aux
Israéliens, puisque ce sont les deux seuls Etats qui sont en mesure de disposer
de tels engins. Notre technicité en matière aéronautique ne devrait pas nous
rendre la chose impossible, si un tel projet était inscrit dans les
perspectives actuellement en cours de définition, mais il faudrait s'y mettre au lieu d'en acheter aux Etats-Unis.
Quelques minutes
plus tard, au cours de cette même émission, Jean-Pierre Elkabbach, qui avait
oublié cet épisode, demande au ministre combien les troupes françaises et
tchadiennes (puisque les Maliens n'ont, contre toute attente, pas grand-chose à
voir dans cette affaire) ont tué de terroristes ; le ministre lui répond,
sans broncher et sans provoquer la moindre réaction de la part des autres
prétendus journalistes, : « Comme nous n'avions pas de drones, nous n'avons pas
pu les compter. ». Tout le monde aurait dû bondir de sa chaise, à défaut d'en être
déjà tombé !
J'avais, en effet, cru
comprendre, car la nouvelle avait été annoncée urbi et orbi et reprise à l'envi, en particulier dans "lemonde.fr"
que, depuis leur base de Niamey au Niger, les Américains en avaient mis à notre
disposition pour nos opérations militaires au Mali. Ils disposaient là bas d'une
centaine d'hommes pour gérer ces drones et c'était même la seule contribution des
États-Unis à cette affaire dont ils ne souhaitaient pas se mêler davantage, quitte à en recueillir dans la suite les fruits.
Tout cela avait été annoncé et détaillé à la mi-mars 2013 ; on précisait même
que les drones de question étaient du type « Predator" dont le nom
est tout un programme car ce mot signifie en latin "ravisseur,
destructeur, etc.". On nous précisait même que toutefois, en la
circonstance, ces drones Predator (vieux modèles, prototypes de l'actuel
"Reaper" "la faucheuse") n'étaient pas équipés de missiles,
mais seulement d'appareils de prises de vue !
Quand nous
a-t-on menti ? Mi-mars 2013 en nous annonçant la mise à disposition des troupes
françaises de ces Predator américains ou, plus grave, le 19 mai 2013, quand le
ministre, sur une radio importante et à une heure de grande écoute, a affirmé,
de la façon la plus claire, que nous ne disposions pas dans les opérations
militaires au Mali des drones que les Etats-Unis étaient censés nous avoir
prêtés ?
Je suis
évidemment tenté de répéter ici ce que je n'ai cessé d'affirmer ou de prétendre
dans ma série de blogs : « Honni soit qui Mali pense ». Pour éviter de me
répéter de façon fastidieuse, car les choses n'ont guère évolué depuis la
publication de ces posts, je reprends ici une partie des termes du dernier
numéro de cette série, car je ne pense pas que la visite humanitaire au Mali de
Madame Valérie Trierweiler (qu'on s'obstine à baptiser Première Dame) changera quoi que
ce soit dans toute cette affaire. Cet aspect risque, au contraire, d'illustrer,
une fois de plus, la vanité de certaines opérations humanitaires qui, si
louables qu'elles soient, échouent du simple fait de la totale ignorance des
réalités démographiques et anthropologiques des pays où l'on souhaite
intervenir, en l'occurrence le Mali.
Mes réserves sur l'intervention
française au Mali tenaient et tiennent toujours surtout à ce que, connaissant
un peu le Mali, je sais l'opposition millénaire et irréductible qui existe entre le Nord (les
"peaux rouges" ou "blanches", Arabes ou Tamasheq) et le Sud
(les mélanodermes, parmi lesquels les gens du Nord sont venus, des siècles
durant, enlever des esclaves). Je connais aussi, depuis les indépendances,
toutes les revendications successives du Nord et les vaines tentatives qui ont
été faites, plus ou moins sérieusement, pour essayer de porter remède à cette
opposition et aux inégalités socio-économiques et politiques qui y sont liées.
L'une de ces tentatives, tout à fait
significative et exemplaire, a consisté à construire, dans le Nord pour les populations
nomades, des centres de protection maternelle et infantile (PMI) et à y envoyer
du personnel de santé du Sud; avant de se rendre compte du caractère impossible
voire absurde d'une telle l'opération. Cette impossibilité tenait d'abord à ce
que ces infirmiers venus de Bamako parlaient le bambara, alors que les femmes
et les enfants qu'ils devaient soigner ne parlaient que le tamasheq (ou
amazigh) et ensuite à ce que, dans la culture tamasheq, les femmes ne
peuvent pas être soignées par des hommes. Le problème est qu'on n'a pas pris
garde à ces "détails", jugés accessoires ou sans doute même ignorés,
et qu'on ne les a découverts qu'après
; on n'a donc compris qu'après coup qu'ils ruinaient tout espoir de succès dans une
opération au demeurant nécessaire, louable et estimable, mais sous d'autres formes.
Cela dit, ce genre d'échecs du
"développement" (quelle que soit l'épithète qu'on lui accole dans la
longue série qu'on a constituée depuis un demi-siècle - inégal, en voie, endogène, durable, etc. -) causé par l'ignorance ou
le mépris des cultures locales est si courant que je m'amusais, à une certaine
époque, (et j'ai écrit tout cela) à les recenser sous la rubrique "les
éléphants blancs (ou roses) du développement". Le cas est toutefois si
fréquent que je n'ai pas tardé à devoir mettre un terme à cette recension qui
se prolongeait au-delà du raisonnable.
Revenons aux affaires maliennes actuelles. Le 7
mai 2013, comme on pouvait s'y attendre et le délai m'a même étonné, un
chefaillon d'Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) a diffusé une vidéo dans
laquelle il invitait à s'attaquer aux intérêts français partout dans le monde,
cette guerre sainte étant légitimée par la croisade menée par la France contre
les Musulmans au Mali. Réponse attendue du berger à la bergère. Tout cela était
parfaitement prévisible mais ce n'est peut-être pas le plus grave en la
circonstance.
On commence, en effet, à découvrir que
la pacification du Mali, qu'on prétendait terminée, en peu de temps et à peu de
frais (6 morts du côté français, mais quelques centaines, dissimulées bien sûr,
du côté tchadien mais on invitera des soldzats tchadiens à défiler au prochain 14 juillet), ne l'est peut-être pas autant qu'on pourrait le souhaiter et
surtout qu'on le dit. Les accrocs au prétendu calme affirmé sont aussi nombreux que
divers.
Selon RFI (le 5 mai 2013), la seule
source un peu sérieuse et intéressée au domaine dans nos médias, à Ber (ville à
quelques dizaines de kilomètres au nord de Tombouctou), les communautés arabe
et touareg commencent à s'affronter. Aucun soldat malien, français ou burkinabé
en poste à Tombouctou ne s’est rendu à Ber, la ville elle-même étant contrôlée
par le MAA, le Mouvement des Arabes de l’Azawad,. Si le MAA affirme ne rien
avoir contre les Touaregs (enfin, à l'en croire, ce qui n'est pas l'avis des
Tamasheq eux-mêmes), il entend chasser le MLNA de toutes ses positions. On
commence par ailleurs à enlever des habitants de la ville dont le fils du
marabout touareg de Ber qui a disparu.
Vient de naître à Kidal (RFI, 6 mai),
d'où les soldats maliens sont toujours exclus, un Haut Conseil de l'Azawad
(HCA) qui prétend, lui, à la fois fédérer les mouvements touareg, qu'ils soient
ou non armés, et "faire la paix avec le Sud" ; ce HCA négocie avec la
Commission "Dialogue et Réconciliation", récemment installée à Bamako
(sur le modèle de la RCA et du Congo Démocratique). Le HCA entend intégrer dans
son sein les deux principaux mouvements armés touareg : le MNLA (Mouvement
National de Libération de l'Azawad) bien connu et le récent Mouvement Islamique
de l'Azawad ( le MIA, dissidence d'Ansar Dine).
On voit par là quelle totale confusion
règne dans toutes ces affaires. Si tout cela concerne essentiellement le Nord,
on peut désormais craindre des troubles dans les quartiers populaires de Bamako
où la police aurait démantelé une cellule du MUJAO qui, après que ses membres
ont reçu dans le Nord, une formation militaire, s'est installé dans les
principaux quartiers populaires de la capitale où la police les a découverts et
arrêtés.
Dans ces conditions, on se demande
comment le gouvernement de transition dirigée par Dionkounda Traoré pourrait
organiser réellement les élections qu'exigent la communauté internationale et
les Américains (l'absence de gouvernement élu dispense ces derniers de se mêler
de tout cela, comme on l'a vu avec les drones) et qui sont prévues pour le 7 juillet 2013. On voit mal, à
l'évidence, comment cela serait possible dans le Nord du pays (rappelons que
les troupes maliennes du Sud sont interdites d'entrée à Kidal et même à Ber).
Partout, les listes électorales ne sont pas prêtes et les commissions administratives
qui doivent les établir ne sont même pas en état de commencer à le faire,
chaque commission attendant en vain les documents d'une autre commission. Tout
indique qu'il est impossible d'établir des cartes d'électeurs pour le 7
juillet, d'autant que, pour éviter les fraudes, on prétend que chacune d'entre
elles devra porter la photographie de l'électeur concerné ! Par ailleurs, se
pose le problème insoluble du vote des Maliens réfugiés dans les pays voisins
qui ne sont évidemment même pas recensés.
Le seul point un peu sérieux et
positif est la constitution de la Plate-forme des cadres et des leaders
tamasheq (c'est-à-dire touareg, ce terme qui est le seul en usage au Mali n'est
apparu que récemment dans les articles sur le sujet) qui s'est constituée
depuis un mois et qui prétend représenter les positions de la communauté
tamasheq favorable à l'unité malienne.
Le problème est que le contenu des
propositions de cette plate-forme reprend bien des points qui ont déjà été
définis, sans grands changements observables, comme des objectifs politiques et
économiques majeurs et urgents depuis un demi-siècle ; y figurent, au premier
chef, le développement économique du Nord du Mali et la décentralisation.
L'affirmation des "besoins en matière de services sociaux de base" ne
peut que rappeler l'affaire des centres de PMI dont j'ai parlé.
Il semble d'ailleurs que la
Plate-forme tamasheq (qui par
l'usage même de cette dénomination s'affirme explicitement comme telle et se
distingue à la fois du MLNA et du HCA!) ait, sur les questions politiques les
plus importantes, des positions différentes des autres mouvements. Le
gouvernement de Bamako cherche naturellement à jouer, à son profit, sur la
création et la rivalité de ces diverses organisations. La multiplication d'instances
concurrentes n'est évidemment pas un élément de facilitation de la solution des
principaux problèmes ; on peut prévoir, dans cette perspective, un enlisement
progressif du dialogue, d'autant que la fameuse Commission "Dialogue et réconciliation"
semble désormais s'ouvrir plutôt du côté de la CEDEAO comme de l'ONU, ce qui n'est
probablement pas fait pour faciliter son action locale.
Comme
je le disais dans un post précédent, et ce que ne semble pas prévoir Monsieur le
ministre Le Driant, nous ne sommes pas près de sortir de l'auberge malienne !
Libellés :
développement; Tchad,
drones,
Le Driant,
mali,
politique malienne
mercredi 6 février 2013
Honni soit qui Mali pense (N° 3) : la guerre des mots
En ce matin du 6
février 2013, sur Europe 1, dialogue hilarant entre l'intervieweur de service à
cette heure matinale, Jean-Pierre Elkabbach et notre ministre de la défense, le
bon Monsieur Le Driant qui est en service quasi permanent sur tous les médias
avec, en mains, tout frais pondus, ses "éléments de langage".
Le caractère amusant
de ce dialogue ne tient pas à son contenu qui est assez insignifiant en raison
du secret défense ("les oreilles ennemies nous écoutent"); toutes les
questions un peu délicates sont d'emblée écartées par le ministre français au
prétexte de la préservation de nos otages, ce qui est bien commode mais peu
convaincant. En revanche, partie de ping-pong lexical entre les deux
protagonistes, Monsieur Le Driant ne parlant que de "terroristes"
pour désigner Aqmi, Ansardine et Munjao), alors que Jean-Pierre Elkabbach
s'obstine à lui répondre "djihadistes" à propos des mêmes groupes, ni
l'un ni l'autre bien entendu ne voulant céder et moins encore s'expliquer sur
ce différend lexical.
Vous l'aurez
observé en effet le politiquement correct, comme la politique pure en la
circonstance, imposent, depuis peu, à la partie française l'interdiction absolue
d'user des termes "islamistes" ou " djihadistes"» qui étaient
les seuls en usage il y a quelques semaines encore dans le discours français
pour dénoncer la mainmise étrangère sur le Nord Mali. Subitement, ces "islamistes"
et ces "djihadistes" se sont mués en "terroristes", ce qui,
à mon sens, est passablement inexact puisque, à ma connaissance, terroristes
sur le territoire malien. Mais comme l'immense majorité de la population
malienne est il n'y a eu, sur le territoire malien, aucun acte qu'on pourrait,
en d'autres lieux, à proprement parler, qualifier de "terroriste".
Sans doute a-t-on découvert que 90% de la population du Mali est musulmane
(même si c'est à sa façon) et, comme soudain elle nous est désormais toute acquise
(pour un temps au moins), force nous est de bannir les termes qui pourraient
offenser ses sentiments religieux. C'est le cas de ceux qui peuvent évoquer
l'islam ; le mot "terroristes" est donc bien commode, pour le Mali
comme pour les Etats Unis et l'UE, car il n'a guère de couleur idéologique ou
religieuse.
L'étrange
ping-pong lexical entre " djihadistes " et "terroristes" a
duré jusqu'à la fin de l'interview de Monsieur Le Driant sans que nul ne cède
sur le choix qu'il avait fait ni ne s'en explique, ce qui vous l'aurez compris
ne trompe personne.
Le mot "malien"
lui-même devient queque peu suspect et est également employé avec précaution. On
a pu le voir dans l'affaire de Kidal que j'ai rappelée précédemment. Le MLNA
(Tamasheq), qui est très loin d'être en odeur de sainteté à Bamako mais qui le
rend bien à la capitale du Sud, a refusé que les troupes françaises libératrices
se fassent accompagner par des troupes maliennes dans l'occupation de cette
ville. La France a cédé sur ce point mais, pour ne pas perdre tout à fait la
face, on a profité, à ce moment-là, de l'arrivée, fort heureuse et surtout
opportune, de quelques dizaines de soldats tchadiens pour les mettre aux côtés
des Français. Ainsi, tout le monde était content, et, à la télé et vu de Paris,
allez donc distinguer un Malien d'un Tchadien !
Le problème tamasheq,
tant dans les négociations actuelles autour de Kidal que dans le règlement
ultérieur du problème malien, sera, à n'en pas douter, un gros caillou dans la
chaussure de l'amitié franco malienne et cela d'autant que tout bon Malien vous
dira qu'un Tamasheq n'a pas de parole !
J'ai pu entendre,
je ne sais où le chargé de communication du MLNA, qui, dans un français
quasiment parfait, nous expliquait, d'une part le virage lof pour lof de sa
formation qui est désormais l'alliée le plus sûr de la France, comme le prouve son
action contre les terroristes. Sans les lui livrer, n'autorise-t-elle pas la
France à interroge) de personnalités importantes des groupes "terroristes"
(dans le lexique MLNA qui est aussi le nôtre on l'a vu)) qu'elle a elle-même
capturés, ce qui démontre à la fois son implantation locale, son efficacité et
sa bonne foi. Au Mali, on l'a vu, la tradition veut qu'on ne puisse jamais se
fier à la parole d'un Tamasheq et ils semblent effectivement en avoir donné une illustration par leurs
revirements politiques successifs dans leur rapport avec les autres groupes
"terroristes".
Comme je l'ai
rappelé, dans le post sur l'émission de Calvi à propos du Mali, le seul moment
véritablement intéressant mais il n'a guère duré, a été celui où a été évoquée
l'exclusion dont, à les entendre, les Tamasheq seraient l'objet de la part de
l'Etat malien. Le fait intéressant a été alors la réaction extrêmement vive voire
violentes d'Aminata Traoré qui, par des mimiques d'abord puis par un propos
rapide, a signalé, au contraire, que, dans cette affaire, c'étaient les
Tamasheq qui étaient les racistes et non pas les maliens du Sud, rappelant au passage
que les premiers, de toute éternité, ontt toujours réduit en esclavage des
noirs qu'ils se procuraient par les "rezzous" ( comme la pratique, le mot est de la région) qu'ils lançaient dans
dans les zones situées au Sud de leur propre territoire. Bien entendu, on a
très vite glissé sur cette affaire, mais il y a là pourtant des éléments
historiques et sociaux qu'on ne pourra pas éternellement passer sous silence
dans les négociations ultérieures même si les politiques et les commentateurs
s'obstinent à les cacher ou à les ignorer.
samedi 2 février 2013
Honni soit qui Mali pense (suite...sans fin)
Sur le simple
plan du PAF français, les événements du Mali illustrent mieux que tout autre
sujet la caractéristique principale de notre information audiovisuelle : on y
parle essentiellement pour ne rien dire, surtout lorsque l'on a rien à montrer.
Quel meilleur
exemple que l'émission "Envoyé spécial" (au titre des plus étranges
en la circonstance, diffusée sur France 2, jeudi 31 janvier 2013 au soir, avec en
plat de résistance un reportage sur la guerre au Mali ? Je parle ici surtout de
sa première partie, qui avait mobilisé une importante équipe d'"envoyés
très spéciaux" (dans le septième arrondissement de Paris pour l'essentiel)
dont, m'a-t-il semblé, l'une des productrices de l'émission que l'on a même entrevue
(sans doute volontairement, même si elle feignait la confusion de se trouver
dans le champ de la caméra) ; la seconde partie, tournée à Ouagadougou pendant
l'occupation djihadiste, quoique faite par un amateur, était infiniment plus
intéressante, car si l'information était manifestement biaisée, il y avait au
moins, de temps en temps, un certain nombre de choses à voir.
Ce n'était pas,
en revanche, le cas de la première partie du sujet central qui a été réalisée
pour l'essentiel à l'Hôtel de Brienne, ce qui a rendu bien commodes les
déplacements des "envoyés spéciaux" et des "correspondants de
guerre".
Tout cela est,
au fond, symbolisé et personnifié en même temps, par Monsieur Le Driant, vieux
briscard des campagnes de Solférino, qui est notre ministre de la guerre, des
armées ou de la défense. Je ne sais plus de quoi au fond mais mon goût prononcé
pour les mauvaises plaisanteries m'incite à opter pour la défense puisqu'il est
clair que la consigne de silence (Défense d'y voir) conduit logiquement à
attribuer ce maroquin à l'un des éléphants du PS).
J'exagère (comme
souvent) en disant que tout a été tourné à Paris, puisqu'une brève séquence, un
peu inattendue s'agissant du Mali et l'heure étant grave, nous a montré
Monsieur Le Driant à Lorient (sa ville natale, me semble-t-il) en train de
faire la bise au maire de cette belle cité et d'aller prendre son café, le
lendemain matin, au bistrot du coin, curieusement désert. Tout cela justifiait
tout à fait bien entendu le déplacement de cette escouade de correspondants de
guerre.
Il faut
reconnaître que trente ans de parti socialiste ont formé définitivement
Monsieur Le Driant dans l'art de parler pour ne rien dire ; en revanche, nous
avons longuement visité ses bureaux et nous avons même assisté à une réunion de
l'équipe chargée de la conduite des opérations guerrières au Mali ; elle avait
été manifestement inspirée et mise en scène sur le modèle de la désormais
fameuse réunion à la Maison-Blanche au cours de laquelle Barak Obama avait appris,
en principe du moins, la mort de Ben Laden. La seule différence est qu'en cette
circonstance, on ne nous a rien annoncé de saillant.
J'exagère en
disant que rien n'était notable dans cette affaire puisqu'on a pu y constater à
la fois que le chef de nos opérations militaires était un amiral, ce qui;
compte tenu du fait que le théâtre des opérations se situe en plein Sahara, ne
manque pas de pittoresque, même si l'on se souvient que ce désert fut autrefois
effectivement une mer (mais c'était il y a bien longtemps) et que la marine y
était fort présente. Au moment où on nous informe, au sein de la perfide droite,
que le président de la République place ses amis à tous les postes importants
de l'Etat, on a pu constater, à une échelle plus modeste, que l'amiral qui
dirige nos armées et cette affaire, fait un peu la même chose dans son équipe
puisque la plupart des militaires qu'on a pu entrevoir dans ce bunker situé au
quatrième ou cinquième sous-sol de l'Hôtel de Brienne, portaient sur l'épaulette
l'ancre de marine.
Ce qui est plus
amusant est la stratégie déployée au Mali ; tout, dans les propos au moins,
vise à donner à penser qu'il y a là une opération conjointe du Mali et de la
France, la seconde intervenant qu'à la demande du premier voire sur ses brisées.
Comme il faut bien illustrer cette subtilité diplomatique à usage externe, peu
crédible dans les faits, chaque colonne motorisée française amène, dans son
sillage, deux ou trois 4 X 4 sur lesquels on a empilé des soldats maliens, dont
les caméras du service des armées ne cessent de filmer, avec une insistance à
la longue pesante, l'écusson national malien placé sur le biceps de ces
bidasses. Arrive-t-on près d'une ville ou d'un village, on fait aussitôt passer
ces vaillants guerriers en tête de colonne et ce sont ces hardies troupes
maliennes qui délivrent l'agglomération en cause. La ficelle est certes un peu
grosse mais, après distribution de friandises et de drapeaux français et une
fois mises en place les caméras dont les négrillons et négrillonnes sont
toujours très friands, on peut filmer la chose pour le service d'information
aux armées et le bon peuple de Bamako ou de Paris.
Tout s'est passé
selon ce scénario à Gao puis à Ouagadougou, mais il s'est posé un petit
problème à Kidal.
Il y a même un
problème d'abord et surtout lexical. Il se situe en amont de cette affaire car
s'il est facile de parler d'une action de troupes franco maliennes, il est
beaucoup plus compliqué au plan lexical de donner la première place aux Maliens
; "maléo" ou "malayo" sont déjà pris par les Malais (le
malgache est ainsi une langue malayo-polynésienne) ; Monsieur Le Driant, en
souvenir de sa chère Bretagne, opterait sans doute volontiers pour "Malo",
mais ce "malo" en français peut facilement être équivoque pour ne pas
dire insultant. Je suggérerais donc volontiers au ministre de renouer avec la
tradition créée autrefois par le regretté Coluche et de proposer, comme prix la
traditionnelle tringle à rideaux, à celui ou celle qui résoudra ce délicat
problème lexical.
Revenons au
problème ethnico-politico-militaire inattendu que nous impose Kidal. Rappelons
d'un mot que Kidal, à quelque 200 km de la frontière algérienne, a été, pour
finir, récemment occupée par les forces du MLNA (Tamasheqs indépendantistes) qui
y ont remplacé les djihadistes après s'être brouillés et battus avec eux (sur
ce point voir les textes précédents sur le Mali dans ce même blog). Le MLNA,
qui tient désormais Kidal, a donc fait savoir aux forces françaises qu'il était
tout disposé à les accueillir, mais qu'il refusait absolument qu'entrent avec les
,rançais des soldats maliens et donc, moins encore; que ces derniers précèdent
les Français dans l'arrivée triomphale à Kidal (avant la distribution des
petits drapeaux tricolores et la mise en place du service cinématographique). La
France a mis les pouces et on a débarqué les militaires maliens quelque part
avant l'arrivée à Kidal qui a été libérée, de ce fait, par les seuls Français.
Je ne
commenterai pas, pour moment, cet aspect des choses (assez évident d'ailleurs) car
j'ai l'intention d'y revenir, mais on voit déjà que la solution diplomatique
dont on rêve ne sera pas facile à trouver.
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