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mercredi 18 juin 2014

Grèves à la SNCF ? RTL ou France Cu ?

Même si France Cu (entendre par là France Culture) est parfois insupportable, tant par les propos qui s'y tiennent et le pédantisme qui les marque que par le ton sur lequel ils nous sont infligés (je pense ici surtout à Alain Finkielkraut, désormais académicien-people, mais toujours pas agrégé de philosophie (même s’il le laisse dire) et simplement de lettres modernes, modeste « cloutard » qu'il est pour ne pas avoir réussi à intégrer la rue d’Ulm !). Cette chaîne gagne pourtant à être fréquentée plutôt que les radios-bignoles du matin comme RTL, Europe1 ou, la pire de toutes, RMC où règne l'ineffable Bourdin, qui se prend désormais pour le sel de la terre journalistique alors qu'il est qu'un modeste sous-produit de l'Equipe ! Sur France-Cu évitez néanmoins les dimanches matins où, bizarrement dans une radio d’un Etat réputé laïque, on n’entend que des curés, des imams ou des rabbins (j’ai choisi pour les citer, vous l’aurez noté, un ordre alphabétique prudemment républicain).

Bref !  Nombreux sont les sujets qui me sont offerts car j'écoute souvent les « matins de France Culture », aux alentours de 8h30 ;  je l'ajoute, pour ma défense, que je le fais en promenant mon chien, si toutefois le ciel provençal, aussi capricieux que Sud-Rail,  m’en offre la possibilité, ce qui devient de plus en plus rare, en ce mois de juin qui prend des allures aoûtiennes par les pluies et les orages (aux champignons près !).

J'ajoute avant de l'oublier que, dans le site de France Culture, il y a souvent des commentaires extrêmement drôles, ce qui donne à penser que si ceux qui écoutent France Culture et en commentent les émissions sont plus marrants que ceux qui y  causent. Je vous recommande en particulier les commentaires sur  Brice Couturier, pilier des « Matins » comme des émissions de Calvi sur la Cinq. À propos de l’émission qui s'intitulait je crois « La SNCF, vers quel aiguillage ? », ce 17 juin 2014, ce brave sondeur est habillé pour l'hiver et je ne résiste pas au plaisir de vous citer deux brefs extrait de ces savoureux commentaires :
« Fidèle auditeur de l'émission matinale de France Culture depuis 1992 (année de création de Culture matin par Jean Lebrun) j'ai mis fin à ce compagnonnage il y a près de deux mois. L'écoute des éditoriaux de Brice Couturier et sa participation aux "débats" me sont devenues proprement insupportables : omniscience revendiquée outrecuidante, manque de courtoisie, amour immodéré des think tanks anglo-saxons présentés comme autant de Saints-Jean bouche d’or, sans oublier le catéchisme néolibéral, et j'en passe…
 » ( jmajb 17)   
 « Inénarrable Brice Declosets qui mérite bien son fauteuil de vieille ganache antisyndicale insufflant la haine entre les salariés pour mieux nous détourner des confortables piscines remplies d'euros dans lesquelles baigne une bourgeoisie française de plus en plus riche et qui, frappée d'impuissance industrielle, n'investit plus. Remercions-le de nous prévenir du futur choc de la privatisation du train. Nous nous tenons prêts à voir exploser les prix de notre billet de train comme ce fut le cas du marché des télécoms. » (Anne 17)

Mais venons en au second et vrai sujet du jour. J'ai entendu surtout dans cette émission ce qu'indiquait sur la SNCF et ses grèves, Monsieur Alain Bonnafous,  professeur d'économie émérite à l'université de Lyon 2 (et non Lyon 3, comme pourrait le faire craindre ce titre). Cet universitaire est apparu particulièrement informé sur les problèmes du chemin de fer français, moins en raison directe de sa spécialité que  dans la mesure où il avait été (dans des conditions que j'ai oubliées et qui importent peu ici) membre d'une commission d'experts chargée de l’étude de ces sujets. Je ne retiendrai de son propos qu'un seul détail car il me paraît significatif et essentiel.

Après avoir rappelé que la précédente réforme (création de RFF qui avait, pour but principal, de respecter, au moins en apparence, les exigences bruxelloises d’exercice de la concurrence et de planquer sous le tapis de RFF la quarantaine de milliards de dettes de la SNCF qui ne sont d’ailleurs qu’une goutte d’eau dans l’océan de notre ardoise globale), A. Bonnafous a surtout souligné le caractère fallacieux des motifs invoqués par les cheminots pour cette grève. Le « statut » n’est (hélas !) en rien menacé et le projet tendrait même plutôt à le conforter. Le point important dans les revendications syndicales de la CGT et de Sud Rail réside en fait, pour que la concurrence puisse exister réellement en Europe, dans l'élaboration de conditions et de coût du travail identiques pour les conducteurs de train de toute l'Europe puisque, en théorie du moins, toutes les compagnies européennes y feront librement circuler leurs trains. En fait on devine déjà aisément que les réseaux nationaux de voies ferrées ne faciliteront pas les choses aux compagnies étrangères !

Pour faire simple et grossier, la CGT et Sud-Rail veulent évidemment que les autres Etats européens alignent les conditions de travail de leurs conducteurs de train … sur celles des conducteurs français et non l’inverse !

La chose pourrait sembler logique (ici comme dans tous les autres domaines où l’on n’y songe pourtant guère) et ne pas paraître excessive si les études que Monsieur Bonnafous a faites n'avaient pas fait apparaître que les « roulants » français doivent chaque année 160 jours de roulage (qui, de leur propre aveu et sans réelle contestation possible, « les yeux dans les yeux », en sont plutôt 130), alors que, dans les autres pays, le nombre des « jours de roulage » est de 210 ! Selon les termes employés durant cette émission, la grosse question, dont personne ne parle, et surtout pas à la CGT et à Sud-Rail, est donc celle de savoir où sera mis « le curseur » pour le nombre de « jours de roulage », à 130, à 160 ou à 210 ?

On devine aisément quelle est, sur ce point, la position des syndicats français en grève, mais il apparaît douteux qu'elle soit partagée par les compagnies de chemins de fer des autres Etats européens. La discussion sera donc rude vu l’énormité de l’écart.

mardi 29 avril 2014

France Université Numérique (Suite)





Pressé par le temps hier matin, j’ai donné, par erreur, le deuxième texte que j’avais écrit sur le sujet et non le premier que je reproduis ici en vous présentant mes plus plates excuses ; j’aurais pu ne pas le faire mais il contient des informations utiles et surtout exactes, en particulier sur la chronologie et l’histoire américaine des « moocs ». Le blog présent contient donc mes trois textes dans le bon ordre. Je prie donc encore une fois mes éventuels lecteurs de m’excuser.

Université : enfin une réforme démocratique et nul n'en parle... (7 octobre 2013)
Grande nouvelle en ce jeudi 3 octobre 2013, sur tous les médias. Geneviève Fioraso, la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche (sans oublier l'espace !) a présenté son projet France Université Numérique, dont l'objectif est de mettre, d'ici 2017, 20 % des cours universitaires en ligne.
Notre ministre, qui prêche pourtant si bien en faveur de la place de l'anglais dans nos universités, n'a sans doute pas pris garde que l'acronyme choisi pour France Université Numérique qui est FUN, est parfaitement adapté au comique de cette prétendue innovation, mais risque d'entraîner de fort mauvais jeux de mots dans le monde anglophone qui ne manquera pas, lui, de trouver ce projet "funny" (à l'intention du cabinet de la ministre = drôle, comique, curieux) !
Son argumentaire fait état du retard que nous avons dans ce domaine, alors qu'aux États-Unis près de huit universités sur dix, y compris les plus prestigieuses comme Harvard, Stanford ou le MIT offre « ce service gratuit aux étudiants ou à des auditeurs libres partout dans le monde ». C'est bien plus que du retard comme on va le voir et surtout on n'a pas compris grand chose au système en cause !
Pour lancer ce mouvement en France, la ministre va créer une plate-forme nationale dotée de 12 millions d'euros qui proposera dans un premier temps une vingtaine de cours accessibles dès janvier avec la collaboration de diverses universités aux grandes écoles. Soit !
Il est fâcheux que ce qui est une grande nouvelle pour les penseurs du ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace soit, aux yeux d'un pauvre diable comme moi, une vieillerie. J'ai entendu parler aux États-Unis de tels projets depuis une bonne grosse douzaine d'années ; je n'ai pas fait de recherche particulière sur la question mais, sauf erreur de ma part et à en croire mes souvenirs, c'est le Massachusetts Institute of Technology, le MIT qui, dès 2001, en tout cas, a été la première université américaine à offrir un nombre important de ses cours, même si, déjà auparavant, le MIT avait commencé ce type d'offre. et proposait une partie de ses enseignements en ligne
L'opération Open Course Ware (OCW) y a été lancée en 2001, en tout cas, avec la mise en ligne de 50 cours ; une grande majorité des 940 professeurs du MIT a accepté le principe (et a participé au projet, sans rémunération supplémentaire) de partager dans un tel cadre, recherche, pédagogie et connaissance. Depuis 2006, plus de 1500 cours sont disponibles en ligne et le site reçoit 1,5 million de visites mensuelles du monde entier, dont 60 % sont des consultations extérieures aux États-Unis. La majorité des cours est en PDF, mais on trouve aussi des fichiers audio et des cours en vidéo.
C'est là où nous touchons le point le plus important de cette affaire qui, comme toujours, est totalement ignoré de nos organes d'information et dont nul n'a parlé.
Au moment où j'ai appris l'existence de ce système (j'étais alors aux États-Unis et c'était il y a une bonne douzaine d'années), je me suis étonné de la générosité peu courante de cette université américaine qui allait fatalement en entraîner beaucoup d'autres derrière elle.
On m'a rapidement fait comprendre mon erreur ; si tous ces cours sont disponibles sur Internet, gratuitement et sans aucune limitation, les études récentes sur leur public montrent qu'il est très rare que suivre ces cours conduise à se voir délivrer un diplôme ! L'astuce consiste en effet à mettre ces cours gratuitement sur Internet, mais à continuer, en quelque sorte, à les FAIRE PAYER aux candidats éventuels à travers la délivrance d'un diplôme, qui suppose naturellement une inscription à l'université qui, pour les cours suivis par des étudiants du MIT, se situe, "à la louche" aux environs de 25.000 € pour une année.
Le MIT lui-même signale ce détail, sans le souligner toutefois dans une perspective trop mercantile, en précisant que l'OCW n'a, en aucun cas, pour but de remplacer les études universitaires classiques, mais de « fournir du matériel gratuit pour les enseignants, les étudiants et les autodidactes du monde entier ». Ben voyons ! On ajoute même, en prenant une pause avantageuse, que la « principale valeur [au MIT], c'est l'expérience humaine ». On s'en doutait !
Je n'insisterai pas davantage sur le caractère quelque peu désopilant ("funny" non ?) de cette tardive mais soudaine découverte faite par notre MRES, ni sur le choix douteux de l'acronyme qui désigne cette opération inspirée par les USA!
En réalité, dans certains secteurs universitaires, l'expérience a même commencé, sans tapage, faute de mieux et surtout par nécessité. Avec L-J Calvet, j'ai proposé, à Aix-en-Provence, il y a près de quinze ans, un "cyber -enseignement" (qui n'était pas un simple télé-enseignement) pour un DESS de "Coopération linguistique et éducative", en parallèle avec un enseignement présentiel du même diplôme.
Tout autre cas ; selon certains bruits qui me reviennent, en première année de médecine, à Tours par exemple, les cours en amphi ont été remplacés par des mises à disposition, en vidéo ou sur Internet, de ces enseignements dans la mesure où les étudiants, recalés l'année précédente, viennent perturber les cours donnés en amphi aux nouveaux étudiants de première année pour empêcher la concurrence ; on a donc choisi cette solution pour éviter les chahuts qui étaient régulièrement organisés. Ce détail concerne les premières années, mais, dans les années suivantes, à Marseille par exemple, dans les mêmes enseignements de médecine, les étudiants choisissent souvent de ne pas assister aux cours, puisque ils sont souvent rendus accessibles en DVD sous leur forme la plus littérale 
Je ne vais pas une fois de plus tirer sur les ambulances, mais fournir, bien au contraire des "éléments de langage" à un ministère qui en semble singulièrement dépourvu.
On pourrait en effet souligner toute la différence avec le système américain au lieu d'en faire sans cesse un modèle. Ce système américain, que j'ai illustré par le cas du MIT, n'est en rien démocratique et ouvert puisque, en fait, si on veut un diplôme, il faut payer, et même très cher, l'enseignement sur Internet à travers les moocs, comme on le payerait en enseignement présentiel et surtout au même tarif. En France, au contraire, il y a une vraie perspective, de gauche si l'on veut, avec une vraie démocratisation par cette voie.
L'enseignement universitaire est, en effet, en France, pratiquement gratuit, vu la modicité des coûts réels d'inscription aux cours comme aux examens, qui ne s'élèvent guère au-delà de 200 € par an! Mieux même ; beaucoup d'étudiants qui travaillent (à condition que ce ne soit pas "au noir" comme c'est souvent malheureusement le cas) sont même déjà affiliés à la sécurité sociale et un tel enseignement leur évitera même de prendre une nouvelle inscription à la sécu étudiante, et ils pourront travailler sans souci des horaires, dimanche ou pas !
A la différence du MIT et des autres universités américaines, la France est donc susceptible d'être un lieu d'expérience en ce domaine véritablement unique et innovant, par la gratuité totale des enseignements comme de la délivrance des diplômes.
Chère Madame Fioraso c'est sur ce point qu'il faudrait insister plutôt que sur le caractère prétendument novateur de cette nouvelle diffusion de l'enseignement universitaire.
Qu'est ce qu'on dit au monsieur ?
Post Scriptum : Je suis allé voir la présentation du programme de l'université numérique française. Je me suis trompé ; ce n'est pas FUNNY! C'est CONSTERNANT. J'y reviendrai demain . »


"FUN ou France Culture Universitaire ?
08 OCTOBRE 2013 |  PAR ROBERT CHAUDENSON
 La prétendue réforme de France Université Numérique (FUN)
 Avant même d'être consterné par la lecture de la présentation qui est faite de ce projet (exposé le 2 octobre 2013 par Mme G. Fioraso), qu'on trouve, dans le site officiel du gouvernement français, sous "France Université Numérique (avec tous les jeux de mots anglo-américains que recèle cet acronyme et dont je me demande ce que peuvent en penser nos amis québécois), je dois dire que je suis horripilé, encore un peu plus que d'habitude, par l'anglomanie stupide des rédacteurs d'un tel texte ; je n'en citerai qu'une phrase comme exemple : "Aujourd'hui les étudiants sont de la génération Y, couramment appelés « digital natives ». Ultra connectés, jonglant avec l'information, ils ont massivement contribué à introduire les nouvelles technologies dans l'enseignement supérieur"(2 octobre 2013).

Si l'on admet, comme la plupart des auteurs que la "génération Y" est née à la fin des années 70, elle est formée de gens dont on ne peut guère dire "ils ont massivement contribué à introduire les nouvelles technologies dans l'enseignement supérieur" puisque, dans une totale contradiction, ce même projet vise, au contraire, à donner enfin à ces technologies au sein de notre enseignement supérieur la place qu'elles n'y ont pas.

 Il faudrait tout de même savoir !

 Je ne vous parlerai même pas ici des MOOCs, (Massive Open Online Course) ces "plateformes interactives d'information sur les filières universitaires" qui pourraient tout aussi bien, et plus clairement, être des PIFU... mais MOOCs est tellement plus "in" et "fashion" ! Je ne comprends pas que la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, comme nos multiples commissions de terminologie et le ministère de l'enseignement supérieur et la recherche acceptent pareilles entorses à l'utilisation du vocabulaire administratif français officiel qui, rappelons-le au passage, impose pour les messages électroniques le mot "courriel" et interdit l'usage d'"e-mail", qui est un attentat à la phonétique du français, comme le sont, à son lexique, les emplois constants, avec les sens fautifs qu'on leur donne, de "renseigner" (pour remplir), "initier" (pour commencer) ou "errement" (pour erreur).

 Mais laissons ces aspects lexicaux pour le fond du problème dont ces abominations révèlent d'ailleurs certains aspects.

 Il est en effet désormais clair pour moi que le projet FUN de Madame Fioraso (dans lequel elle n'est sans doute pour rien) fait clairement fausse route, ce que prouve la référence exclusive au modèle étasunien que le MRES connaît très mal, à moins que, par perversité (ce que supposent certains de mes commentateurs), on ne s'en serve comme d'un masque.

 Ma première remarque (mais je l'ai déjà faite hier et je passe donc rapidement, est qu'on nous présente comme une innovation révolutionnaire, une stratégie de diffusion de l'information et de la formation que les Américains utilisent depuis près de 15 ans (sans parler de l'Australie ou du Canada) comme je l'ai montré à propos de l'exemple du MIT . Tout cela existe d'ailleurs en France, ici ou là, depuis longtemps ; j'ai moi-même avec quelques collègues, dont L.-J. Calvet, mis en place, il y a quinze ans, un "cybercours" - (terme que le préfère à MOOC), pour un DESS de "coopération linguistique et éducative".

Dans mon précédent post sur cette question, j'ai fait apparaître surtout que cette mise en ligne de tous leurs cours par de nombreuses universités américaines était, en réalité, (ce qui échappe totalement au MRES) une forme simple, efficace et peu coûteuse de PUBLICITE. Ce type d'action ouvre, au mieux, sur une vague forme de certification, mais, en aucun cas, ne permet d'accéder aux diplômes délivrés par l''université, sans avoir auparavant "acheté" une inscription qui, aux États-Unis, coûte aux alentours de 25 000 à 30 000 € dans les grandes universités dont il est question.

Le modèle américain est donc pervers, si l'on y voit autre chose qu'un outil pratique, peu coûteux et efficace, de la culture scientifique au sens le plus large. A imiter servilement les MOOC américains, on ne prépare nullement une "université numérique", comme on le donne à croire, mais une sorte de France Culture universitaire, dont je ne conteste pas l'intérêt, mais qui existe en partie déjà dans certaines disciplines ; je pense ici aux cours de philosophie de Michel Onfray ou à certaines émissions de Finkielkraut et de quelques autres mais ce ne sont là, en rien, de VRAIES filières universitaires ouvrant sur des DIPLOMES qui dans le système français seraient déjà QUASI GRATUITS !

J'aurais pu faire avant ce que je n'ai fait qu'hier. Je suis allé, en effet, consulter le site de ce France Université Numérique et je suis consterné par ce que j'y ai lu, comme je l'ai déjà dit à propos de l'anglomanie. Je ne parle même pas du style abondamment métaphorique, avec, dès l'abord, une phrase comme « utiliser le numérique comme un véritable levier de transformation », comme si un levier pouvait servir à transformer quoi que ce soit ou la mention d'une "feuille de route [le sésame administratif universel] ambitieuse sur le numérique" alors que, manifestement, la réflexion, qui a présidé à tout cela, est des plus courtes, sinon nulle.

 Le projet ne concerne quasiment en rien les ETUDIANTS et les DIPLOMES, eux, ne sont même pas mentionnés. On peut le prouver ici par la simple mention d'une rubrique majeure du site qui s'intitule "En quoi ça me concerne" . Les quatre articles dont je reproduis le texte jusque dans sa typographie, sont :
1. JE VEUX SUIVRE UNE FORMATION mieux m'orienter avant d'entrer dans le supérieur,, améliorer la réussite de mes études ou accéder à la formation continue, valider les acquis et les compétences."
 Les points     2  JE SUIS UNE UNIVERSITE, JE SUIS UNE ENTREPRISE
                    3  JE SUIS UNE ENTREPRISE*
                    4  JE SUIS UN(E) ENSEIGNANT(E).
ne concernent pas la question des étudiants dont nous traitons. On constate que ne figurent pas ici les termes attendus "INSCRIPTIONS", "EXAMENS" et "DIPLOMES". Nous sommes donc bien dans le registre France Culture Universitaire et non pas dans une "université numérique".

En réalité, les étudiants sont, dans cette affaire, la cinquième roue de la charrette du FUN. Les éléments de "programmes" le confirment, s'il en est besoin. En fait, au lieu de mettre à disposition un vrai "cyber enseignement cohérent avec des filières précises sanctionnées, suite à des inscriptions réelles, mais quasi gratuites, par un examen et un diplôme", on fait, de bric et de broc, une espèce de salade composée culturelle où chacun, établissement ou individu, vient faire sa publicité, de l'université Joseph Fourier de Grenoble au CNAM de Paris qui, chacun le sait n'est d'ailleurs pas une université. L'attraction principale de cette prétendue université numérique sera, semble-t-il, Cédric Villani, une de nos médailles Fields, grand amateur de spectacle scientifique, qui viendra probablement donner ses enseignements au centre d'une araignée !

Tout cela a son intérêt voire son mérite, mais ce France Culture universitaire n'est en rien le projet universitaire démocratique et non mercantile (comme aux USA) qu'aurait pu imaginer un gouvernement de gauche.

Je constate d'ailleurs que, dans la première "action" (pour ne pas chercher plus loin), intitulée Dieu sait pourquoi "QuidQuam [avec un gros barbarisme mais on n'initie pas au latin dans les Moocs!] ? Eurêka !", destiné à la "vulgarisation scientifique" et aux lycéens qui, refusés dans les classes préparatoires scientifiques, iront peupler les premières années de SSM et de SNV, le responsable est un certain Daniel Hennequin ," chercheur au CNRS" (où, me semble-t-il, on n'enseigne guère !) et Maxime Beaugeois, "docteur en physique" (ce qui ne marque pas la moindre qualification à l'enseignement). De tels choix d'"enseignants" suscitent de ma part une interrogation : les universités ne sont-elles donc pas concernées par cette prétendue "université numérique" ?

Tout cela a donc l'apparence d'un verbiage inconsistant autour d'un projet inadapté dans lequel une bonne vingtaine de personnes dont les binettes nous sont proposées ont déjà fait leur lit ou trouvé leur fromage.

 L'énoncé des "axes majeurs de transformation" sont à eux seuls suffisants pour juger de la pertinence de cette entreprise.

Le premier "axe" consiste à "utiliser le numérique pour faciliter toutes les étapes du parcours de réussite de l'étudiant" dont, rappelons-le, on ne sait pas à quoi il mène. On attendrait ici de véritables de "cyber enseignements" spécialisés sur des domaines et sanctionnés par des diplômes.
 Le second axe (qui est non pas un "second" mais un "deuxième", puisqu'il en a un "troisième", mais on ne peut exiger une connaissance minimale de la langue française de la part d'auteurs qui se meuvent si joliment parmi les MOOCs) consiste à faire "du numérique un levier de rénovation pédagogique". Le rédacteur de ces textes est manifestement un admirateur d'Archimède, mais il est aussi peu familier du français que de la physique, car on voit mal comment le "numérique" peut être en même temps un "axe" et un "levier" !

"Le troisième axe vise à faire du numérique un outil au service de l'ouverture et de l'attractivité de l'université" ; on ne comprend pas bien pourquoi d'ailleurs, puisque précisément si cette entreprise réussissait vraiment en tant qu'université numérique, elle contribuerait plutôt à retirer des étudiants physiquement présents à l'université qu'à lui en ajouter.

Naturellement on ne saurait échapper à l'écologie et, sur la fin, on évoque, avec gourmandise, "l'écosystème de l'enseignement supérieur", expression dont le sens m'échappe un peu mais qui est assurément susceptible de faire briller les équipes de rédaction pour qui le numérique, qui était déjà un "levier", un "axe" et un "outil", devient en outre, "l'accélérateur de la démocratisation et de la réussite étudiante en France en Europe et dans le monde".

Puisqu'ils ont fini de rédiger leur projet de FUN (décidément de plus en plus "funny"), il faut de toute urgence affecter ces savants à ces grands projets de recherche industrielle innovante et en particulier à la conception du véhicule de demain dont rêve notre président !"

28 avril 2014
J’évite d'employer ici, comme précédemment,  l'acronyme doublement ridicule « FUN » pour ne pas fâcher notre ami Bernard Gensane auquel je recommande vivement, en revanche, d'écouter ( en « podcast ») l’émission diffusée hier,  dimanche 27 avril 2014, vers 20h, émission où il a été traité hier de FUN et des « moocs » français et qui s'intitule si joliment : « Soft power »!
Il y avait là deux invités (deux « guests » devrais-je dire) dont j'ai oublié les noms, mais dont l'un était le président de l'université de Paris X Nanterre et dont l'autre était quelque personnalité éminente du CNAM, ces établissements s’étant l'un et l'autre embarqués dans cette affaire de France Université Numérique si opportunément baptisée FUN, après, à en croire ces témoins, une longue réflexion, ce qui laisse mal augurer du reste.
 J'avais publié le 8 octobre 2013, dans le Club de Mediapart, un article sur cette question ; je l’ai reproduit ci-dessus car, sur ce dont il traite, je n'ai pas évolué depuis l'année dernière et mon information me semble bien meilleure que celle des intervenants de France Culture.
En effet, j’ai entendu quelques sottises au cours de cette émission, dont l'une des plus jolies était que, à en croire l'éminent personnage du CNAM, le MIT de Boston avait mis en place en Haïti un « mooc en créole ». Il se trouve que c'est une question que je connais bien et que cette information est totalement fausse. Ce brave homme confond en effet les moocs du MIT avec une opération dont le responsable est Michel DeGraff, lui-même Haïtien et effectivement professeur au MIT, mais dont l'objet nullement de diffuser en Haïti un enseignement de type universitaire. Je reviendrai dans la suite sur ce point comme sur d’autres, mais comme le texte de ce  billet est déjà bien long,
Je ne ferai que demain mes remarques conclusives.



lundi 28 avril 2014

France Université Numérique

J'évite d'employer ici l'acronyme doublement ridicule « FUN » pour ne pas fâcher notre ami Bernard Gensane auquel je recommande vivement, en revanche, d'écouter ( en « podcast ») l’émission diffusée hier,  dimanche 27 avril 2014, vers 20h, émission où il a été traité hier de FUN et des « moocs » français et qui s'intitule si joliment : « Soft power »!

Il y avait là deux invités (deux « guests » devrais-je dire) dont j'ai oublié les noms, mais dont l'un était le président de l'université de Paris X Nanterre et dont l'autre était quelque personnalité éminente du CNAM, ces établissements s’étant l'un et l'autre embarqués dans cette affaire de France Université Numérique si opportunément baptisée FUN, après, à en croire ces témoins, une longue réflexion, ce qui laisse mal augurer du reste.

J'ai publié le 8 octobre 2013, dans le Club de Mediapart, un article sur cette question et je me bornerai, dans un premier temps, à le reproduire car, sur ce dont il traite, je n'ai pas évolué depuis l'année dernière et mon information me semble bien meilleure que la leur. Il contient d'ailleurs des éléments d'information pure et simple qu’il m'est impossible de faire autrement que de reproduire.
En revanche, j’ai entendu quelques sottises au cours de cette émission, dont l'une des plus jolies était que, à en croire l'éminent personnage du CNAM, le MIT de Boston avait mis en place en Haïti un « mooc en créole ». Il se trouve que c'est une question que je connais bien et que cette information est totalement fausse. Ce brave homme confond en effet les moocs du MIT avec une opération dont le responsable est Michel DeGraff, lui-même Haïtien et effectivement professeur au MIT, mais dont l'objet nullement de diffuser en Haïti un enseignement de type universitaire. Je reviendrai dans la suite sur ce point comme sur d’autres, mais comme le texte de mon premier billet est déjà long, je me bornerai aujourd'hui à le reproduire ici car je n'ai pas à changer une seule virgule .

"FUN ou France Culture Universitaire ?
08 OCTOBRE 2013 |  PAR ROBERT CHAUDENSON

La prétendue réforme de France Université Numérique (FUN)

Avant même d'être consterné par la lecture de la présentation qui est faite de ce projet (exposé le 2 octobre 2013 par Mme G. Fioraso), qu'on trouve, dans le site officiel du gouvernement français, sous "France Université Numérique (avec tous les jeux de mots anglo-américains que recèle cet acronyme et dont je me demande ce que peuvent en penser nos amis québécois), je dois dire que je suis horripilé, encore un peu plus que d'habitude, par l'anglomanie stupide des rédacteurs d'un tel texte ; je n'en citerai qu'une phrase comme exemple : "Aujourd'hui les étudiants sont de la génération Y, couramment appelés « digital natives ». Ultra connectés, jonglant avec l'information, ils ont massivement contribué à introduire les nouvelles technologies dans l'enseignement supérieur"(2 octobre 2013).

Si l'on admet, comme la plupart des auteurs que la "génération Y" est née à la fin des années 70, elle est formée de gens dont on ne peut guère dire "ils ont massivement contribué à introduire les nouvelles technologies dans l'enseignement supérieur" puisque, dans une totale contradiction, ce même projet vise, au contraire, à donner enfin à ces technologies au sein de notre enseignement supérieur la place qu'elles n'y ont pas.

 Il faudrait tout de même savoir !

 Je ne vous parlerai même pas ici des MOOCs, (Massive Open Online Course) ces "plateformes interactives d'information sur les filières universitaires" qui pourraient tout aussi bien, et plus clairement, être des PIFU... mais MOOCs est tellement plus "in" et "fashion" ! Je ne comprends pas que la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, comme nos multiples commissions de terminologie et le ministère de l'enseignement supérieur et la recherche acceptent pareilles entorses à l'utilisation du vocabulaire administratif français officiel qui, rappelons-le au passage, impose pour les messages électroniques le mot "courriel" et interdit l'usage d'"e-mail", qui est un attentat à la phonétique du français, comme le sont, à son lexique, les emplois constants, avec les sens fautifs qu'on leur donne, de "renseigner" (pour remplir), "initier" (pour commencer) ou "errement" (pour erreur).

 Mais laissons ces aspects lexicaux pour le fond du problème dont ces abominations révèlent d'ailleurs certains aspects.

 Il est en effet désormais clair pour moi que le projet FUN de Madame Fioraso (dans lequel elle n'est sans doute pour rien) fait clairement fausse route, ce que prouve la référence exclusive au modèle étasunien que le MRES connaît très mal, à moins que, par perversité (ce que supposent certains de mes commentateurs), on ne s'en serve comme d'un masque.

 Ma première remarque (mais je l'ai déjà faite hier et je passe donc rapidement, est qu'on nous présente comme une innovation révolutionnaire, une stratégie de diffusion de l'information et de la formation que les Américains utilisent depuis près de 15 ans (sans parler de l'Australie ou du Canada) comme je l'ai montré à propos de l'exemple du MIT . Tout cela existe d'ailleurs en France, ici ou là, depuis longtemps ; j'ai moi-même avec quelques collègues, dont L.-J. Calvet, mis en place, il y a quinze ans, un "cybercours" - (terme que le préfère à MOOC), pour un DESS de "coopération linguistique et éducative".

Dans mon précédent post sur cette question, j'ai fait apparaître surtout que cette mise en ligne de tous leurs cours par de nombreuses universités américaines était, en réalité, (ce qui échappe totalement au MRES) une forme simple, efficace et peu coûteuse de PUBLICITE. Ce type d'action ouvre, au mieux, sur une vague forme de certification, mais, en aucun cas, ne permet d'accéder aux diplômes délivrés par l''université, sans avoir auparavant "acheté" une inscription qui, aux États-Unis, coûte aux alentours de 25 000 à 30 000 € dans les grandes universités dont il est question.

Le modèle américain est donc pervers, si l'on y voit autre chose qu'un outil pratique, peu coûteux et efficace, de la culture scientifique au sens le plus large. A imiter servilement les MOOC américains, on ne prépare nullement une "université numérique", comme on le donne à croire, mais une sorte de France Culture universitaire, dont je ne conteste pas l'intérêt, mais qui existe en partie déjà dans certaines disciplines ; je pense ici aux cours de philosophie de Michel Onfray ou à certaines émissions de Finkielkraut et de quelques autres mais ce ne sont là, en rien, de VRAIES filières universitaires ouvrant sur des DIPLOMES qui dans le système français seraient déjà QUASI GRATUITS !

J'aurais pu faire avant ce que je n'ai fait qu'hier. Je suis allé, en effet, consulter le site de ce France Université Numérique et je suis consterné par ce que j'y ai lu, comme je l'ai déjà dit à propos de l'anglomanie. Je ne parle même pas du style abondamment métaphorique, avec, dès l'abord, une phrase comme « utiliser le numérique comme un véritable levier de transformation », comme si un levier pouvait servir à transformer quoi que ce soit ou la mention d'une "feuille de route [le sésame administratif universel] ambitieuse sur le numérique" alors que, manifestement, la réflexion, qui a présidé à tout cela, est des plus courtes, sinon nulle.

 Le projet ne concerne quasiment en rien les ETUDIANTS et les DIPLOMES, eux, ne sont même pas mentionnés. On peut le prouver ici par la simple mention d'une rubrique majeure du site qui s'intitule "En quoi ça me concerne" . Les quatre articles dont je reproduis le texte jusque dans sa typographie, sont :
1. JE VEUX SUIVRE UNE FORMATION mieux m'orienter avant d'entrer dans le supérieur,, améliorer la réussite de mes études ou accéder à la formation continue, valider les acquis et les compétences."
 Les points     2  JE SUIS UNE UNIVERSITE, JE SUIS UNE ENTREPRISE
                    3  JE SUIS UNE ENTREPRISE*
                    4  JE SUIS UN(E) ENSEIGNANT(E).
ne concernent pas la question des étudiants dont nous traitons. On constate que ne figurent pas ici les termes attendus "INSCRIPTIONS", "EXAMENS" et "DIPLOMES". Nous sommes donc bien dans le registre France Culture Universitaire et non pas dans une "université numérique".

En réalité, les étudiants sont, dans cette affaire, la cinquième roue de la charrette du FUN. Les éléments de "programmes" le confirment, s'il en est besoin. En fait, au lieu de mettre à disposition un vrai "cyber enseignement cohérent avec des filières précises sanctionnées, suite à des inscriptions réelles, mais quasi gratuites, par un examen et un diplôme", on fait, de bric et de broc, une espèce de salade composée culturelle où chacun, établissement ou individu, vient faire sa publicité, de l'université Joseph Fourier de Grenoble au CNAM de Paris qui, chacun le sait n'est d'ailleurs pas une université. L'attraction principale de cette prétendue université numérique sera, semble-t-il, Cédric Villani, une de nos médaillé Fields, grand amateur de spectacle scientifique, qui viendra probablement donner ses enseignements au centre d'une araignée !

Tout cela a son intérêt voire son mérite, mais ce France Culture universitaire n'est en rien le projet universitaire démocratique et non mercantile (comme aux USA) qu'aurait pu imaginer un gouvernement de gauche.

Je constate d'ailleurs que, dans la première "action" (pour ne pas chercher plus loin), intitulée Dieu sait pourquoi "QuidQuam [avec un gros barbarisme mais on n'y initie pas au latin dans les Moocs!] ? Eurêka !", destiné à la "vulgarisation scientifique" et aux lycéens qui, refusés dans les classes préparatoires scientifiques, iront peupler les premières années de SSM et de SNV, le responsable est un certain Daniel Hennequin ," chercheur au CNRS" (où, me semble-t-il, on n'enseigne guère !) et Maxime Beaugeois, "docteur en physique" (ce qui ne marque pas la moindre qualification à l'enseignement). De tels choix d'"enseignants" suscitent de ma part une interrogation : les universités ne sont-elles donc pas concernées par cette prétendue "université numérique" ?

Tout cela a donc l'apparence d'un verbiage inconsistant autour d'un projet inadapté dans lequel une bonne vingtaine de personnes dont les binettes nous sont proposées ont déjà fait leur lit ou trouvé leur fromage.

 L'énoncé des "axes majeurs de transformation" sont à eux seuls suffisants pour juger de la pertinence de cette entreprise.

Le premier "axe" consiste à "utiliser le numérique pour faciliter toutes les étapes du parcours de réussite de l'étudiant" dont, rappelons-le, on ne sait pas à quoi il mène. On attendrait ici de véritables de "cyber enseignements" spécialisés sur des domaines et sanctionnés par des diplômes.
 Le second axe (qui est non pas un "second" mais un "deuxième", puisqu'il en a un "troisième", mais on ne peut exiger une connaissance minimale de la langue française de la part d'auteurs qui se meuvent si joliment parmi les MOOCs) consiste à faire "du numérique un levier de rénovation pédagogique". Le rédacteur de ces textes est manifestement un admirateur d'Archimède, mais il est aussi peu familier du français que de la physique, car on voit mal comment le "numérique" peut être en même temps un "axe" et un "levier" !

"Le troisième axe vise à faire du numérique un outil au service de l'ouverture et de l'attractivité de l'université" ; on ne comprend pas bien pourquoi d'ailleurs, puisque précisément si cette entreprise réussissait vraiment en tant qu'université numérique, elle contribuerait plutôt à retirer des étudiants physiquement présents à l'université qu'à lui en ajouter.

Naturellement on ne saurait échapper à l'écologie et, sur la fin, on évoque, avec gourmandise, "l'écosystème de l'enseignement supérieur", expression dont le sens m'échappe un peu mais qui est assurément susceptible de faire briller les équipes de rédaction pour qui le numérique, qui était déjà un "levier", un "axe" et un "outil", devient en outre, "l'accélérateur de la démocratisation et de la réussite étudiante en France en Europe et dans le monde".

Puisqu'ils ont fini de rédiger leur projet de FUN (décidément de plus en plus "funny"), il faut de toute urgence affecter ces savants à ces grands projets de recherche industrielle innovante et en particulier à la conception du véhicule de demain dont rêve notre président !"

mercredi 29 janvier 2014

De notre justtce

J'entendais ce matin 29 janvier 2014, à 8h15, sur France Culture, une émission sur la justice qu’ouvrait, comme souvent, un excellent éditorial de Brice Couturier. Jusque là, rien à dire ; on a entendu, dans la suite, les sempiternelles et vaines remarques sur notre justice toujours débordée par le manque de magistrats, son encombrement qui retarde à l'infini les décisions ; c’est là tout ce qu'on entend partout et quotidiennement et qui est tout à fait vrai et pertinent, sans, pour autant que, comme souvent chez nous, soient envisagées et moins encore conduites les réformes aussi évidentes qu’indispensables.
J'ai appris au passage, mais je m'en doutais un peu, qu’en une dizaine d’années, nous comptons 10 000 avocats de plus en France ! Pour la plupart, ce sont sans doute d'anciens hommes politiques qui, naturellement, n’ont pas été soumis aux procédures habituelles d’intégration comme le CAPA (Certificat d’aptitude à la profession d'avocat). Beaucoup n'exercent d'ailleurs pas dans sa réalité cette profession, se bornant à la figuration et au « conseil » rémunérés à d’autres titres.
 Ce point est adjacent ; il est bien plus fâcheux que les simples citoyens ne comprennent rien au discours de la justice et aux textes qu'on leur adresse sur les affaires qui les concernent. Pourquoi ne pas affecter plutôt ces « has beens » politiques sur des emplois de magistrats dont on manque plutôt que d’avocats dont on ne sait que faire. Je vous entends déjà protester et alléguer leur incompétence ! Sont-ils plus compétents pour être avocats que magistrats ? On pourrait même dans ce dernier emploi les munir des dés qui chez Rabelais étaient l’outil de travail quotidien du juge Bridoye.
 Je crois que la principale cause de la lenteur et de l'inefficacité de notre justice, où la moindre affaire met des années à être tranchée et où nos prisons surpeuplées sont pleines de prévenus présumés innocents (ce qui nous fait régulièrement condamner par la Cour européenne) tient à diverses causes, dont on pourrait envisager les solutions mêmes si elles sont toutes de la même nature.
 J'ai  eu, dans les dernières décennies de ma vie, par trois fois, affaire la justice dans des procès où j'étais moi-même attaqué.
 La première fois, ce fut par une romancière à succès qui m'accusait de l'avoir calomniée pour avoir dit qu'elle avait copié un ouvrage ancien dont j’avais moi-même assuré une nouvelle édition après en avoir trouvé le manuscrit inédit . Le pittoresque de la chose tient à que c'était la plagiaire elle-même qui m'accusait de l'avoir calomnié, en révélant, d'ailleurs sans la traîner moi-même en justice, son larcin. Alors qu'il suffisait de comparer les deux textes mis en parallele pour être convaincu. Les juges ont sans doute procédé autre ment car j'ai été condamné en première instance. Il m'a donc fallu faire appel, sur la base d'un vice de forme juridique, pour que je sois acquitté en appel. Mon avocat était parfaitement au courant du défaut de la plainte dès la première instance, mais il ne l'avait pas invoqué tant nous étions sûrs de gagner.
 Les deux autres affaires sont tout aussi ridicules que la précédente.
 Dans le premier cas, j'ai été accusé par une de mes anciennes étudiantes dont j'avais dirigé la thèse d'avoir empêché sa carrière ultérieure, alors que je l'avais bien prévenu dès le départ que je ne la soutiendrai pas dans une telle démarche, vu la médiocrité de son travail. Je dois préciser qu'étaient accusés par cette même étudiante, devenue sans gloire particulière, docteur et candidate à un poste, onze de mes collègues plus un étudiant qu'elle accusait d'avoir rejoint les rangs de cette machination. Condamnée deux fois (en première instance puis en appel) pour « abus de procédure », elle nous a amenés maintenant en cassation !
La dernière affaire est du même tonneau, mais plus pittoresque encore, puisque, en cette circonstance, un haut dignitaire de la Sarkozie me reprochait d'avoir souligné, dans un de mes blogs anciens, qu'il ignorait le sens du mot « errement » (à qui il prêtait le sens d'erreur), ce qui l'a conduit à me faire mettre en examen pour « diffamation », bien entendu aux frais de l'État et de nous-mêmes, puisque ce personnage, mieux introduit dans la Sarkozie que dans la lexicographie française, était porteur d'un mandat officiel de je ne sais quoi. Commencée en 2009, l'affaire s'est résolue fin 2013 ; les magistrats pour finir (j'avais été mis en examen, sans avoir jamais été entendu par le juge d'instruction, ce qui est un manifeste abus d'autorité) ont eu le bon sens et le courage de débouter mon adversaire, en soulignant, non sans pertinence, l'inanité de ces accusations et l'absence totale de diffamation.
Où veux-je donc en venir. ? Je veux simplement dire qu'à en juger par ces trois cas, la justice est encombrée de tas d'affaires qui durent des années et qui auraient dû être écartées, dès le départ, vu le vide et l'inanité des dossiers qu'elles mettent en œuvre. Serait-il donc impossible, comme cela se fait dans d'autres pays moins procéduriers et conservateurs que le nôtre, d'avoir une instance judiciaire, spécifique et préalable, qui écarte d'emblée ce type d'affaires ? Il serait tout à fait possible de maintenir le droit à la justice pour tout citoyen, tout en assortissant le recours à la justice contre l’avis de cette instance, de lourdes pénalités à régler préalablement par le plaignant qui voudrait passer outre cette fin de non-recevoir liminaire !
 Notre adversaire, dans l'affaire de l'étudiante que j'évoquais ci-dessus, a été déboutée deux fois pour « abus de procédure » (ce qui est rare !) et elle persiste en allant en Cour de Cassation où l’on peut espérer que son dossier ne sera pas transmis. Une telle obstination contre des décisions de justice successives sur une plainte jugée abusive ne devrait-elle pas être sanctionnée, d'autant plus qu'il est clair que, comme Dieudonné,  elle poursuit dans cette voie, pour ne pas payer les amendes et les frais auxquels elle a été déjà condamnée ?
Dernier point, et à mes yeux le plus important et le plus urgent sans doute.
Combien de siècles faudra-t-il attendre encore pour que la justice s'exprime enfin dans une langue intelligible pour les justiciables, au lieu d'user de ce grotesque latin de cuisine et pire encore de ce fichu lexique prétendument médiéval qui est censé être celui des chats fourrés du Moyen-Age?Je sais bien les effets qu'on cherche à obtenir par là. On veut ainsi à la fois empêcher les justiciables de comprendre ce qui se passe et perpétuer un privilège professionnel ridicule, mais aussi  se donner un langage particulier, un argot en somme, inintelligible aux autres catégories sociales, donc assimilable au « louchebem » des bouchers d’antan ou au verlan des voyous de nos « quartiers ». Mettre fin à ces pitreries lexicales serait, à n’en pas douter, la réforme la plus nécessaire, la plus utile et la plus facile, même si les résistances seront assurément fortes !

dimanche 7 avril 2013

Intermède dominical.

C'est aujourd'hui dimanche ; rassurez-vous, je ne vais vous chanter "Roses blanches" mais je ne me sens pas le courage et l'humeur d'aborder l'un des sujets sérieux que j'ai laissés en route, à la fois la série sur l'éducation et l'autre sur la défense. J'y reviendrai mais je me donne aujourd'hui un peu de liberté pour une ou deux idées qui me trottent dans la tête et ceci afin de m'en libérer.

Durant la semaine, j'ai souvent pour habitude, afin de fuir les niais encombrements autoglorificateurs des radios bignoles (Europe, RMC, RTL), car j'écoute souvent la radio devant mon ordinateur, de me réfugier sur France Culture. Impossible le dimanche, car les cultes y occupent le terrain et il faut se farcir successivement les catholiques, les protestants, les juifs, les francs-maçons et je ne sais quelles sectes ou obédiences de la même farine. J'avoue mal comprendre comment un État laïc comme la France (Dieu sait -- pardon de cette formule qui réintroduit si malencontreusement le loup dans la bergerie -- qu'on nous bassine suffisamment à propos de la laïcité) peut admettre et même soutenir de telles pratiques, même si elles se limitent, j'espère, à une seule demi-journée dans la semaine.

Nouvelles du front (si j'ose dire - on verra plus loin pourquoi) : Jérôme Cahuzac toujours et encore ! Il a avoué désormais avoir un compte à l'étranger mais tout le reste à son propos demeure très mystérieux, y compris la somme de 600.000 euros qui est dérisoire vu la complexité et la lourdeur de l'ingénierie financière mise en œuvre (sur la télé suisse RTS du jour Darius Rochebin dit qu'il y avait en fait, sur le compte ouvert en" nonante deux", 15 millions!) : sur les buts et la destination réels de ce compte d'abord (j'ai entendu, par hasard hier, chez Ardisson, Edwy Plenel confirmer, d'une voix infiniment plus autorisée que la mienne, l'hypothèse que j'avais moi-même risquée, en toute innocence, sur l'ouverture de ce compte en vue du financement de la candidature présidentielle éventuelle de Michel Rocard en 1995 ; dans cette perspective, on pourrait imaginer que ce compte a été alimenté, entre autres, par les fonds secrets que Rocard aurait été en mesure d'emporter, à son départ de Matignon, en 1991, comme c'est la coutume, paraît-il, de tous nos Premiers Ministres) ; en outre désormais, faux en écriture publique pour certifier aux Suisses que cet argent avait été effectivement déclaré au fisc français ; enfin, cerise sur le gâteau, faux cheveux, puisque, à lire la presse sur le sujet, Jérôme Cahuzac se donnait lui-même comme exemple et comme mannequin de l'implantation capillaire parfaite auprès de ses clients potentiels. Il aura longtemps tout réussi, même sans sa moumoute, à moins qu'à l'inverse du reste, il n'ait présenté comme des faux très réussis ses VRAIS cheveux! Quel homme !

Reste à savoir si le PSG aura véritablement réussi à éliminer Messi du match retour de mercredi prochain à Barcelone ; difficile d'imaginer acheter Messi lui-même mais après tout le Qatar a bien réussi à faire lever la sanction prise contre Zlatan pour le match aller ; peu importe ce que cela a coûté et à qui ça a rapporté, l'argent n'a pas d'odeur ....et heureusement (comme dit, après Vespasien, Jérôme Cahuzac) et surtout pas celle du pétrole.