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vendredi 30 août 2013

Jacques Vergès, l'homme des mystères (7) : antisémite ou antisioniste ?

L'avantage avec Jacques Vergès est que, s'il ment très souvent comme on l'a vu, il le fait en usant toujours des mêmes processus de falsification et toujours pour se valoriser, ce qui rend facile de le prendre la main dans le sac.

Prenons l'une de ses ruses les plus courantes qui est de tendre le piège de la déontologie humaniste qu'il affectionne particulièrement et qui vise à faire voir en lui, comme on a osé l'écrire, "un amoureux de la justice". On lui a posé cent ou mille fois la question de savoir s’il défendrait X ou Y (ceux-ci étant toujours des personnages qu’on juge des plus indéfendables, de Maurice Papon à Hitler en passant par Bush ou Sharon). De telles questions sont évidemment pain bénit pour lui qui peut se draper alors dans deux tuniques doublement immaculées.

Celle de l’humanisme d'une part, comme en témoigne le titre de son livre de 2005, emprunté à Térence et à feues les pages roses du Petit Larousse (J. Vergès n’aime rien tant que se piquer d'une culture classique qu'il juge distinguée sans la maîtriser tout à fait), Rien de ce qui est humain ne m’est étranger (il a reculé devant la citation latine originale « Homo sum et nihil humanum mihi alienum puto »).

Celle de la déontologie professionnelle d'autre part, qui le conduit à affirmer « Un avocat est là pour défendre, comme un médecin pour soigner » (le serment d’Hypocrite!). Peu importe les crimes de l'accusé, l'essentiel est toutefois qu'il soit riche ou que des riches payent en douce pour lui. Nous y reviendrons ! Un pauvre peut toutefois, parfois mais pas trop souvent, trouver grâce aux yeux de notre héros s'il apporte une publicité suffisante. Le jardinier maghrébin d'une riche héritière peut ainsi trouver un défenseur bon marché ce qui, comme on l'a vu, n'était en rien le cas des immigrés expulsés de la Sonacotra ! Quant à la défense dite de "rupture", dont J. Vergès se prétend le concepteur, elle fut imaginée et recommandée par Lénine puis reprise, bien plus tard, par Willard, un avocat français

On aura noté que pour lui couper cette voie de dérobade, un peu trop facile, je n'ai pas traité dans mes blogs des causes qu’on lui reproche toujours, qu’il les ait ou non réellement plaidées, de Barbie à Sadam Hussein en passant par Milosevic ou Kieu Sampan. Mieux vaut s’en tenir à ses relations et à ses amitiés choisies, sans lien direct réel avec sa profession d'où le numéro du défenseur humaniste, précédemment décrit et qu'il aime tant, est exclu d'emblée!

Au centre du livre de J. Givet, Le cas Vergès (Lieu commun, 1986)  que j'ai déjà évoqué, se trouve la question de l’antisémitisme de J. Vergès. Sa réponse est bien connue et il l’a encore répétée à T. Jean-Pierre, peu soucieux, comme de coutume, de le pousser dans ses derniers retranchements. Elle est simple et aisément prévisible.

Commençons donc par ce dernier auteur qui est, ici comme ailleurs, tout à fait complaisant pour ne pas dire servile.
"T. Jean-Pierre : « On vous reproche souvent votre antisémitisme.
Jacques [Vergès] : C’est un procès d’intention, un amalgame entre une conviction, l’antisionisme, et un fantasme, la haine supposée que j’aurais des juifs [sic] . Je suis profondément antisioniste ». (2000 : 221). Notons, au passage, qu'il ne répond rien à propose de l'antisémitisme, ce que ne semble pas remarquer Th. Jean-Pierre qui le questionne pourtant à ce propos même !

Cette affirmation vient, dans le livre cité, immédiatement (et ce n'est évidemment pas par hasard), après une de ces anecdotes édifiantes que Jacques Vergès adore et dont il a toute une panoplie. Je l'ai déjà rappelée et je serai donc bref. « Un jour au cours d’une suspension, une journaliste juive a traversé la salle, est montée à la tribune, m’a tendu une rose. Je lui ai baisé la main [comment résister à un tel homme ?], j’ai longuement regardé les trente-neuf avocats des parties civiles [J. Vergès est plus fort que le petit tailleur du conte et ses "neuf d'un coup!" ] tout en humant cette rose qui, pour moi, avait un triple parfum de plaisir : l’odeur de la fleur, le souvenir de l’attention de la jeune femme et la tête de mes adversaires » (2000 : 221).

L'intervention de cette jeune juive, qui, ne peut être que ravissante (faut-il le préciser, et, on le devine, secrètement éprise du maître) est une preuve décisive et définitive que J. Vergès n'est pas antisémite. Elle est surtout des plus inattendues au procès de K. Barbie, le "boucher de Lyon" qui a fait torturer et assassiner des milliers de Juifs et de non-Juifs dont les 44 enfants d'Izieu ! On s'interroge en outre sur le but d'une telle démarche. Le fait que les 39 avocats l’identifient aussitôt comme "une journaliste juive" donne à penser qu'elle portait, dans la main qui ne tient pas la rose offerte, une pancarte où l’on pouvait lire « Je suis une journaliste juive ».

Cela dit, le point de vue qu’exprime le plus souvent Jacques Vergès sur les Juifs est certes celui de l’extrême-droite, mais il est aussi, grosso modo, sans qu'on le dise, celui d’une partie de la gauche française. C’est en tout cas celui d’une frange de l’extrême-gauche, dont on sait qu’elle a fortement contribué à diffuser les thèses révisionnistes. On connaît, dans ce domaine, le rôle des publications de la "Vieille Taupe" avec Pierre Guillaume et Jean-Gabriel Cohn-Bendit, comme celui des éditions de J.E. Hallier qui ont publié en particulier, en 1981, Intolérable intolérance de R. Faurisson (co-signé par J.G. Cohn-Bendit). C’est aussi la position de Roger Garaudy, converti à l’Islam en 1982, qui, dans son livre de 1996, a souscrit aux affirmations du révisionnisme sur le caractère mythique de l’extermination des juifs par les nazis, tombant par là sous le coup de la loi Gayssot et défendu, lors de son procès, comme par hasard... par un certain Jacques Vergès.

Il est facile d’imaginer ce qu’ont pu être les réflexions de Jacques Givet, en 1998, quand J. Vergès a défendu Roger Garaudy, poursuivi suite à la publication de son livre, Les mythes fondateurs de la politique israélienne. Les deux hommes sont intellectuellement proches l’un de l’autre; ex-communistes l’un et l’autre, ils revendiquent le titre d’« antisioniste » et se défendent d’être antisémite ; si Garaudy ne nie pas formellement l’existence des chambres à gaz, il est néanmoins souvent à la limite des positions négationnistes. Il est curieux de noter que si l’un et l’autre se sont convertis à l’Islam, Ragaa (ex Roger) Garaudy, lui, semble demeurer fidèle à la charia, tandis que Mansour Vergès est redevenu Jacques et a oublié son Islam. Le Mouton-Rothschild y est peut-être pour quelque chose, ce qui, après tout, confirmerait l’universelle puissance du complot juif.

J. Givet, (juif lui-même et qui vers 1960, à Genève, avait donné asile à J. Vergès qu'il connaît donc parfaitement) ; dans son ouvrage de 1986 déjà cité, il se livre à une recension très précise et très exhaustive des citations de J. Vergès, avant de formuler sa conclusion qui mérite d’être reproduite un peu longuement, en raison de la qualité de l’écriture et la finesse de l’analyse :
« Me Klarsfeld, à la question qui lui était posée : « Considérez-vous Me Vergès comme un antisémite ? », avait répondu, après un silence, « Rien ne me permet de dire une chose pareille. […]  Il n’a rien dit contre les Juifs. Pourvu que cela dure… ». Et Vergès avait répondu : « Vous ne risquez pas d’entendre cela dans ma bouche. ». Nous l’aurons entendu.

Le cas de Me Vergès est révélateur d’une espèce d’hommes particulière, composée d’individus totalement différents les uns des autres en apparence, mais dont le subconscient collectif est identique. Le phénomène est très répandu en zoologie, où, par exemple, contrairement aux coléoptères dont seuls les entomologistes chevronnés savent distinguer les dizaines de milliers d’espèces, tant nombre d’entre elles se ressemblent, la différence entre la moule et la pieuvre saute immédiatement aux yeux du profane, bien qu’elles soient l’une et l’autre – au fond d’elles-mêmes, mais sans en avoir parfaitement  conscience – des mollusques.

Il existe ainsi des humains de l’espèce antijudaïcus nolens[1] (ci-après a.n.), congénères de l’espèce antijudaïcus vulgaris, plus répandus et plus aisément identifiables grâce à leurs signes extérieurs. Les individus de l’espèce a.n., loin d’avoir « même » un ami juif, en ont beaucoup, avec tout juste une préférence marquée pour ceux qui ne se revendiquent pas comme tels, et surtout pas comme sionistes. Et puis un beau jour, cela éclate dans leur cerveau, comme un pétard demeuré silencieux aussi longtemps qu’il était à l’abri de la moindre étincelle. Alors leurs yeux se brouillent, leur voix s’éraille, leurs mains s’énervent de ne sentir qu’une sorte de vide alentour. » (1986 : 177-178).

J. Givet s’est employé à réunir tous les propos tenus ou écrits par J. Vergès dans les moments où se manifeste son être profond d’a.n..Il est toutefois curieux, que tout en étant bien informé à leur propos, il n’évoque pas davantage la relation prolongée entre J. Vergès et F. Genoud que nous examinerons en détail dans la suite car ce point est majeur.

Revenons à J. Vergès et au livre de J. Givet. Pourquoi, après cette entrée en fanfare de F. Genoud, le personnage disparaît-il de la narration et est-il relégué dans une simple note du livre ? On ne le sait pas et on ne se l’explique pas davantage. Néanmoins, ces relations entre J. Vergès et F. Genoud sont sûrement un élément décisif dans la rupture entre les deux hommes. J. Givet en fait d’ailleurs confidence, en reconnaissant son propre manque de « clairvoyance » :
« Sensible à cette forme d’humour, je n’en eus pas moins un haut-le-cœur quand j’appris qu’au cours de l’instruction et du procès des responsables de l’attentat de Zurich [en 1969], il s’était allié à François Genoud qui avait été nazi et proclamait qu’il le restait. » (1986 : 25).[2]

Le pire est toutefois à venir et je mettrai un terme à ce billet par le propos antisémite le plus ignoble de Jacques Vergès mais qui, somme toute, n'a rien d'étonnant de sa part. Jacques Givet aurait tout de même pu être alerté par un propos de J. Vergès qu’il rapporte et qui est exactement contemporain. Ecoutons J. Givet :

« Un jour – je crois que c’est le jour même où j’ai appris qu’il allait défendre les pirates qui avaient assassiné un pilote d’El Al et que je m’en étais étonné devant lui – Vergès me dit :
- J’aurais aussi défendu Anne Franck.
Entendant cela mon étonnement ne fit que croître.» (1986 : 140)
L’amitié, comme l’amour, est décidément aveugle!

Cette phrase est en effet, à mes yeux et de très loin, la plus immonde de toutes celles que cite J. Givet à propos de Jacques Vergès « a.n. », selon sa « systématique » de l’antisémitisme.
« J'aurais aussi défendu Anne Frank… » déclare J. Verrgès, mais contre quelle accusation, sinon celle d’être une enfant juive, déportée par les nazis à Bergen-Belsen où elle mourut à treize ans, quelques jours après sa soeur Margot ?

Le salaud lumineux  ? Je penserais plutôt à d'autres adjectifs infiniment moins flatteurs (il est vrai que celui-ci est de lui!), généralement antéposés !


[1] Nolens : mot-à-mot « en ne le voulant pas » ; utilisé surtout dans la formule « volens nolens » : qu’on le veuille ou non, de bon ou de mauvais gré.
[2] Dans le livre de T. Jean-Pierre, F. Genoud est à peine évoqué (2000 : 162), alors que l’auteur, dans sa « bibliographie », fait figurer l’ouvrage de P. Péan, L’extrémiste : François Genoud, de Hitler à Carlos (LGF, 1998). Si T. Jean-Pierre a lu ce livre, comment a-t-il pu se contenter de la réponse de J. Vergès, dont je ne citerai que les trois premières lignes (elle en comporte sept en tout !) : « Genoud était un nostalgique du nazisme. Il avait rejoint les rangs de ceux qui se battaient pour les Algériens et, plus tard, prendra fait et cause pour les Palestiniens. » ? Comment T. Jean-Pierre a-t-il pu se contenter d’une réponse pareille ? Il est vrai que la question était simplement « Qui était François Genoud ? ».

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