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mercredi 16 avril 2014

Université : l'impossible réforme. Edgar, Valérie, Geneviève et les autres...

Université : l'impossible réforme. Edgar, Valérie, Geneviève et les autres.... Comment ne pas être tenté de reprendre pour ce billet le titre même du livre que je viens de faire paraître à l'Harmattan tout récemment et qui recueillait une bonne partie des billets que j'avais consacrés à l'université française durant les dernières années ?
Je n'avais pourtant guère l'intention de revenir sur le sujet, tant ce que j'y ai écrit peut être repris, sans y changer une virgule, dans les circonstances actuelles, l’université française ayant mis deux ans à sortir de sa précédente torpeur quant à la loi dite « LRU ». Je dois dire que je m'amuse beaucoup de la soudaine prise de conscience, (mais le terme est-il bien propre ?), par le plus grand nombre, que Valérie ou Geneviève, c'est, à très peu près, la même chose et que les dispositions de la loi Pécresse ont été très largement rconduites dans le gouvernement actuel en dépit de quelques replâtrages mineurs. Vincent Peillon, plus malin et/ou mieux placé que d'autres, s’est employé à rejoindre Strasbourg en vitesse, avant que les choses tournent trop au vinaigre.
Madame Fioraso, en revanche, lors du prétendu remaniement, a nettement senti le vent du boulet ! Je ne reviens sur le sujet que pour la seule et fortuite raison que je l'ai entendue ce matin sur France-Culture, pendant une demi-heure, entre 8h15 et 8h45, en promenant mon chien, ce qui me condamne à l'oisiveté et m’a donc conduit à l’écouter jusqu'au bout.
Faisant allusion à la pétition ouverte par deux enseignants de Paris 3 et Lyon 3 (Choix hardi mais politiquement habile !) et signée par plusieurs milliers d'universitaires, Madame Fioraso a laissé entendre que ce mouvement visait moins sa politique qu’il ne tendait à pousser la candidature d'un autre au poste qu'elle occupe, même rétrogradé au rang de Secrétaire d'État. Je me suis demandé si, bien qu’aucun nom n’ait été donné, s'il ne s'agissait pas de Thomas Piketty qu’on a pas mal entendu sur ces questions. Je pense toutefois que notre Président,  à moins qu’il ne veuille faire pendant a son inattendue cohabitation gouvernementale avec Ségolène, est suffisamment informé de la chronique people française pour ne pas songer à réunir, dans le même gouvernement et autour de la même table, ne fût-ce que, par moments, Thomas Piketty et notre  ministre de la culture, qui a eu avec lui  des problèmes de couple qui, pires encore que les siens, sont même allés jusqu'à la justice.
Je me suis amusé d’entendre Madame Fioraso, auprès de qui on faisait état de la grande misère de nos universités, nous dire qu'elle avait visité près de la moitié des universités françaises (c’est bien la moindre des choses, même si l’on ne sait pas combien il y en a exactement, après la réduction drastique de leur nombre à coups de regroupements visant à nous faire mieux apprécier par les Chinois, sans changer quoi que ce soit, sinon alourdir encore le système). Au cours de ces visites, nous a-t-elle confié, elle avait été frappée par le confort et le bien-être des étudiants ! Quel humour ! Je pense qu'elle aurait été mieux inspirée d'aller visiter, pour établir une comparaison plus solide, des universités américaines ou canadiennes. En effet, pour ne prendre que l'exemple que je connais le mieux et qui est plus proche de moi, ce n'est assurément pas le cas de l'université d'Aix-Marseille, désormais l’AMU, et dans laquelle les étudiants en sont réduits à s'installer dans les escaliers ou sur l'asphalte des circulations faute d'avoir un endroit quelconque pour travailler ou lire. Il est vrai que, comme très peu d'entre eux, sont tentés par ce genre d'occupation, ils ne souffrent pas trop de cette situation et s’en accommodent. Au passage, l’américanomanie, qui a conduit à nommer l’ensemble universitaire d’Aix-Marseille AMU (Aix-Marseille Université/y), a empêché de voir que ce sigle, des plus communs, est aussi celui de nombre d’autres organismes et même de l’Aligarh Muslim University !
Je ne veux pas m'étendre sur l'ensemble des propos de Madame Fioraso, dans la mesure où j'ai déjà traité de toutes ces questions dans mon livre, mais je n'en retiendrai que deux parmi les plus significatifs.
Elle a déploré, en particulier, que ne soit pas plus reconnu professionnellement chez nous le titre de « docteur », qui, même au plan académique, ne donne pas la qualification, ajoutant au passage que les docteurs les plus nombreux sont maintenant ceux qui sont issus de la francophonie du Sud. Elle a esquissé alors une comparaison avec l'Allemagne où le titre de docteur est mieux et plus reconnu. Si Madame Fioraso était mieux informée de la situation universitaire nationale et internationale, elle saurait que la plupart des doctorats décernés en France, tous pourvus ou presque, de la mention « très honorable », souvent en outre « à l'unanimité » (quand on n'y ajoute pas les « félicitations du jury » qui normalement ne devraient concerner que moins de 10 % des thèses !) ; ces doctorats sont décernés dans des conditions qui s'apparentent plus à l'échange de séné et de rhubarbe entre les membres du jury qu'à une véritable analyse critique des thèses présentées. Une bonne partie de ces thèses ne mérite d'ailleurs en rien ce nom et est d'une nullité et d’un vide à pleurer ; un certain nombre d'entre elles, pour les disciplines littéraires, sont même à peine rédigées en français. Puisque Madame Fioraso a évoqué cette comparaison, je puis lui dire, pour avoir participé à des jurys de thèse en France et en Allemagne, que les procédures allemandes sont très différentes des nôtres ; si la procédure de soutenance ne s'éternise pas comme en France, des heures durant, pour permettre aux membres du jury de faire leur numéro personnel, on y est beaucoup plus rigoureux et attentif au contenu des thèses et l'évaluation repose avant tout sur un certain nombre de notes dont on fait la moyenne en fin d'exercice. Rien de tel en France où on se contente de vagues appréciations, avec le vieux truc des références précises et détaillées à trois pages des trois cents du travail, le reste ayant été à peine lu, avec dans 95 % des cas la mention « très honorable » qui ne veut évidemment rien dire.
Madame Fioraso a aussi souligné l'intérêt du regroupement des universités (on a fait les communautés d'universités, comme on avait fait des communautés de communes) que l'on a multipliées, des années durant, sur tout le territoire, sans la moindre logique ni vision d’ensemble. Le ministère a échoué totalement à constituer une vraie carte universitaire (j’ai pris part autrefois au groupe d’études sur ce point) ; on aurait pu y donner des spécialités scientifiques précises à quelques universités, au lieu de les laisser se répandre, à faire tout et n’importe quoi,  sur tout le territoire national avec les moyens inévitablement réduits, en raison même de multiplication de ces prétendus centres d'excellence. Non seulement, il n'y a eu aucune logique dans cette dissémination des universités, mais on a, des années durant, cédé aux pressions de municipalités qui toutes voulaient leur embryon d’université ou au moins leur IUT. Le mouvement qu’avait esquissé la loi Edgar Faure, avant laquelle il n'y avait qu'une université par académie, a conduit à multiplier les établissements, ce qui a diminué évidemment d'autant les moyens qu'on était en mesure de leur accorder. Comme toujours en France, on a passé d’abord quelques décennies à multiplier les établissements et on en passe ensuite quelques autres à réduire leur nombre, en étouffant en douce ceux qu’on veut supprimer, sans oser le dire. Comme disait ma bonne grand mère, « Faire et défaire, c'est toujours travailler ».
Bref, Madame Fioraso, quoique rétrogradée au Secrétariat d'État pour des raisons aussi sottes qu’inavouables, reste en place, ce qui ne changera rigoureusement rien, mais la met sur la scène, son ministre n’y entendant rien. La gauche universitaire, dont on perçoit, une fois de plus la pertinence et la clarté du jugement, s'élève contre la loi LRU dont un certain nombre de ses représentants, et non des moindres, ont approuvé la mise en place, surtout parce qu'elle favorisait leurs  revendications personnelles, comme, en particulier les présidents d'université que la ministre avait été assez habile pour mettre dans son jeu, ce qui a été à peu près la principale pour ne pas dire la seule de ses réussites.

mercredi 2 octobre 2013

Université : blog et livre

Le jour même où j'envoyais à l'éditeur le texte électronique final et la quatrième de couverture du livre que j'ai finalement décidé de publier sur l'université française, j'ai lu le billet mis dans son blog par Bernard Gensane qui s'intitule "Vers un statut sarkozien des enseignants du supérieur", accompagné d'un commentaire en forme de sous titre :"Hollande-Fioraso est la continuation de Sarkozy-Pécresse en pire".

En ce 1er octobre 2013, qui était autrefois la rentrée des classes, nos points de vue sont curieusement proches à certains égards, quoique très sensiblement différents à d'autres. En guise de très modeste scoop, je vous livre le titre du livre (215 pages à paraître chez l'Harmattan) que j'ai finalement retenu après quelques autres : Université : l'impossible réforme. Edgar, Valérie, Geneviève et les autres.... Sans doute quelques ministres, dont surtout Claude Allègre m'en voudront-ils un peu de ne pas les avoir mentionnés; mais, depuis 68 le titre aurait été décidément trop long pour le format de l'ouvrage et en outre à l'exception de Savary et d'Allègre, ils n'ont, pour la plupart, pas fait grand chose.

Le billet de Bernard Gensane s'appuie essentiellement sur les idées qui ont été présentées lors de la réunion de "concertation" tenue « par la Direction des ressources humaines (DGRH) du ministère de l'enseignement supérieur et la recherche ( MSER ; on a, une fois de plus, oublié "l'espace" qui fait, si joliment partie des attributions de Madame Fioraso et qui fait rêver, tout en lui donnant moins de tracas que les deux autres) sur un projet de modification du décret fixant les dispositions statutaires applicables aux enseignants-chercheurs.

On pourrait juger, et cela montre l'importance des transformations envisagées, que le projet implique, d'abord et surtout, un changement dans « les seuils de représentation des deux sexes dans les comités de sélection, conséquence de la loi numéro 2013 – 660 du 22 juillet dernier sur l'enseignement supérieur et la recherche" (dite loi ESR ou loi Fioraso). Il m'avait, pauvre de moi, totalement échappé que l'établissement de la "parité" dans ces instances allait régler enfin nos problèmes universitaires et nous faire bondit dans le classement chinois qui préoccupe tant !

Je vous invite donc à lire le blog de B. Gensane car je n'en évoquerai bien entendu que quelques points dont certains (dont il n'est en rien responsable), m'apparaissent d'ailleurs tout à fait obscurs, en particulier celui qui concerne « le droit à la recherche pour les enseignants chercheurs". Je crois que, dans certains cas, il serait moins nécessaire de leur ouvrir un droit à la recherche que de prendre des dispositions pour les obliger à en faire, surtout dans certaines disciplines universitaires.

Bernard Gensane souligne d'ailleurs que nombre de ces dispositions sont « vivement combattues par la communauté universitaire », mais on comprendra au terme de mon billet ce qu'est cette "communauté". On verra, dans mon livre et dans le détail (pages 104-105) ce qu'il faut penser de ces mouvements "exceptionnels de 2009" pour combattre le projet Pécresse de réforme des services. Ils sont, en effet, tout à fait exceptionnels, non par leur ampleur mais par le fait que, pour la première fois dans l'histoire de l'université française, on a pu voir le SNESUP et l'Autonome Sup défiler la main dans la main !

Les questions de "procédure de qualification par le CNU" avaient été abordées au Sénat, en première lecture, et très contestées (contre l'avis de la ministre), en particulier par les représentants d'Europe Ecologie-Les Verts qui, à vrai dire n'y entendaient pas grand chose. J'en parle en détail dans mon livre (chapitre sur "Le CNU et la loi ESR") mais j'y reviens d'autant moins ici que les amendements proposés n'ont finalement pas été retenus dans le texte définitif de la loi.

« Des améliorations de carrière, pourtant très attendues, ne figurent pas dans le projet en l'état [… ] Enfin le ministère se garde bien d'évoquer le volume horaire du service d'enseignement dont le SNESUP demande la réduction à 150 heures HTD". J'ignorais cette dernière revendication du SNESUP qui est toutefois bien dans l'esprit syndical qui pose deux problème. D'une part, ce service est moindre que dans la pluprt des pays de même type (USA, RFA, etc.) et surtout, d'autres part, dans les universités françaises voisinent, avec les enseignants du supérieur, des PRAG (agrégés) et des PRCE (certifiés) qui accomplissent un service double pour des salaires souvent inférieurs. Le SNESUP ne serait-il pas au courant de tout cela ?

Je suis en revanche tout à fait d'accord avec la conclusion du billet : "ce projet est marqué par des tentatives insidieuses de remise en cause des procédures nationales, et par la primauté, qui continue à être accordée, aux mécanismes locaux de recrutement, de promotion et d’affectation des services".

In cauda venenum : Les derniers mots du billet sont "Source : SNESUP". N'aurait-il pas été préférable et plus éclairant de la mentionner en commençant ? A vrai dire, je m'en doutais un peu.

mardi 25 juin 2013

Le CNU et la loi ESR

Rassurez-vous ce n'est pas une fable de La Fontaine, mais quelques réflexions inspirées par le déchaînement soudain des passions autour de la Loi Fioraso (la Loi ESR) qui, jusqu'à présent, était entrée en examen en première lecture dans une indifférence un peu étonnante mais quasi générale. Il a fallu, non pas les premières chaleurs d'un été qui tarde à venir, mais un amendement présenté au Sénat le 21 juin 2013 par les écologistes pour que soudain les passions se déchaînent en particulier du côté du Conseil National des Universités, directement concerné par l'amendement en cause, ce qui donne à toute cette affaire un léger parfum de corporatisme. Il en est de même pour les présidents d'université auxquels, après les mamours de V. Pécresse, G. Fioraso avait un peu tordu le bras sans parvenir à les réveiller.

Je ne veux pas reprendre ici les termes de l'excellent texte de Pascal Maillard, publié dans Mediapart le 24 juin 2013 et qui présente l'aspect essentiel de l'événement, c'est-à-dire le vote d'un amendement par une vingtaine de sénateurs (au nombre desquels ne figuraient, semble-t-il, que deux sénateurs socialistes, dont la "rapporteure", Madame Dominique Gillot, bien obligée d'être présente!) et qui visait, en reprenant, il faut bien le dire, l'idée suggérée mais avec beaucoup de prudence, dans le Rapport Berger, de supprimer le premier alinéa de l'article 952-6 du Code de l'éducation qui concerne les procédures de qualification aux fonctions de l'enseignement supérieur dont est chargé le Conseil National des Universités (CNU).

Puisque Pascal Maillard a pris la peine de reproduire ici même les extraits essentiels du compte rendu de cette séance du Sénat, je ne le ferai pas et n'en citerai, en les commentant, que quelques fragments des propos des sénateures vertes.
Madame Corinne Bouchoux d'abord, qui s'est exprimée en ces termes en la circonstance pour justifier sa demande de suppression de cet alinéa : "Les modalités de la qualification sont une originalité française [encore l'exception culturelle !]. La procédure est très chronophage, coûteuse et détourne les enseignants-chercheurs de leurs missions premières, la recherche et la formation. Je reprends ici la proposition 126 du rapport Berger. Faisons confiance aux jurys de thèse et supprimons cette procédure.".

A la suite de ce propos, Madame D. Gillot, rapporteure, et Madame G. Fioraso, ministre, manifestent l'une et l'autre des réticences, la première suggérant le retrait de la proposition d'amendement.

Ces réserves conduisent Madame Marie-Christine Blandin, présidente de la commission de la culture, à intervenir en ces termes pour son maintien: "Le temps n'est pas venu d'installer ce dispositif ? Il ne s'agit pas d'installer mais de supprimer un dispositif qui pénalise tout les doctorants de France…"
Suite à cette intervention, on lit dans le compte rendu : " L'amendement numéro 6 est adopté".

De façon très curieuse pour ne pas dire absurde (Pascal Maillard note à juste titre : « Comble de l'incohérence des sénateurs présents, l'amendement suivant numéro 7 n'est pas adopté »). En effet, cet amendement n° 7, présenté par Monsieur Gattolin et les membres du groupe écologiste, propose d'insérer, après l'alinéa 3, un alinéa ainsi rédigé " Les mots : " dont la qualification est reconnue par l'instance nationale prévue à l'article L. 952-6" sont supprimés". Quoique C. Bouchoux ait fait valoir, à juste titre, qu'il n'y a là qu'un "amendement de cohérence", Mesdames Gillot et Fioraso maintiennent leur avis défavorable et l'amendement numéro 7 est pas adopté, ce qui est évidemment totalement illogique puisque le sixième venait de l'être !

Je me limiterai ici car je ne puis aborder, dans un blog qui en deviendrais interminable; tous les problèmes que posent les procédures du CNU, de la qualification, de l'habilitation à diriger des recherches (HDR) devenue équivalente à la thèse d'État, et le doctorat français lui-même. Toute l'université française est à repenser et ni le rapport Le Déaut ni la loi Fioraso ne le font. Je me bornerai donc ici à quelques remarques sur les propos rapportés dans le compte rendu de cette séance du Sénat.

J'avoue mal comprendre le propos de Madame Bouchoux disant que la procédure d'habilitation par le CNU « est très chronophage, coûteuse et détourne des enseignants-chercheurs de leur mission première, la recherche et la formation ». De quels chercheurs s'agit-il ici ? De ceux qui présentent leur candidature à la qualification et qui sont par là obligés de faire un dossier de candidature ou des membres du CNU qui sont inévitablement distraits de leurs autres obligations légales par les sessions du CNU. Les choses ne sont évidemment pas très claires, mais peut-être ne sont-elles pas davantage dans l'esprit de C. Bouchoux.

Je suis également quelque peu étonné par l'évocation par Madame Bouchoux du coût de cette procédure. Pour avoir été quatre fois nommé au CNU (trois fois dans des sections différentes - 9e, 7e et 73e - et une fois en commission de groupe ) sans avoir été jamais candidat puisque j'y ai toujours été nommé par des ministères, aussi bien de droite que de gauche), je vois mal comment cette procédure peut être si coûteuse quand on voit que les tarifs des frais de mission attribués aux membres provinciaux du CNU ne permettent guère de survivre à Paris

Enfin je ne serai guère enclin, par une longue expérience que C. Bouchoux n'a sans doute pas, à "faire confiance aux jurys de thèses". Un tel propos témoigne en effet d'une double ignorance.
D'une part, les thèses sont décernées avec des mentions et les "félicitations du jury", même si elles ne sont, en principe, attribuées au maximum qu'à 10% des thèses soutenues (règle d'ailleurs peu respectée), ne garantissent en rien un poste de maître de conférences. Il y a des dizaines de candidats pour un poste et il est bien plus facile, en ce moment, de devenir professeur avec une HDR bidon.
D'autre part, toute les procédure de préparation et de soutenance des thèses françaises serait à revoir. Les jurys sont souvent composés de façon étrange et on y échange un peu trop souvent le séné et la rhubarbe ! Comparons donc un peu avec ce qui se passe, par exemple, aux Etats-Unis et en Allemagne pour le DEA et la thèse elle-même. Je pense en effet, on l'aura compris, que, avant même de songer à réformer les procédures de qualification, c'est la thèse elle-même et l'HDR qu'on devrait réformer, car je connais peu de pays où les soutenances du doctorat comme de l'HDR se déroulent souvent dans des conditions aussi peu convenables qu'en France.

Le rôle essentiel dans cette affaire est évidemment tenu par M-C Blandin présidente de la Commission de la culture du Sénat dont je ne sais pas si les propos ont été exactement rapportés tant ils paraissent étranges, pour certains du moins. J'en rappelle le début : " Le temps n'est pas venu d'installer ce dispositif ?" Je m'interroge sur le sens d'une telle phrase et il y a probablement là, ou une erreur de transcription de la déclaration de Madame Blandin ou une absence de sa part. Ce qui m'inquiète davantage est de la voir déclarer qu'il s'agit de "supprimer un dispositif qui pénalise tous les doctorants de France."

La procédure de qualification par le CNU concerne à la fois les candidats à des postes de maîtres de conférences ou à des postes de professeurs qui sont, dans les deux cas, des docteurs et non des "doctorants". La formulation utilisée par Madame Blandin prouve, à l'évidence, qu'elle ignore jusqu'au sens de ce terme.

N'est-il pas dans ces conditions infiniment dangereux de donner pareil pouvoir de décision (même si elle n'est que provisoire, dans l'attente de la Commission paritaire du 26 juin 2013 voire de la seconde lecture) à des élus qui ignorent tout du sujet dont ils ont à traiter? Le rapport du Sénat sur le travail "en aveugle" du CNU, loin de lever les inquiétudes, ne fait que les accroître par les ignorances et les incompréhensions dont il témoigne.

L'argument central qui y est, longuement et même lourdement, développé est le suivant : Les sections du CNU se prononcent « en aveugle » et « dans le brouillard »( ce sont là ses propres termes !) sur la qualification des candidats, nombre de postes à pourvoir, décidé par le ministère. "La qualification n'est donc aucunement corrélée avec une politique de l'emploi. C'est ainsi qu'apparaît un phénomène de « reçus-collés », puisqu'un nombre parfois important de candidats qualifiés ne seront pas recrutés par les universités, faute de postes."

Les sénateurs qui siègent dans cette commission sont sans doute, pour bon nombre d'entre eux, des enseignants du secondaire et il est clair qu'ils assimilent les procédures de qualification par le CNU aux concours de recrutement comme le CAPES et l'agrégation. Or, les nominations sur des postes de maîtres de conférences comme de professeurs sont, sous réserve de qualification, du ressort direct et EXCLUSIF des universités et le ministère n'a, en rien, le pouvoir d'y nommer un enseignant.

On lit dans le rapport du Sénat :  Les sections du CNU "doivent faire doivent faire face à un « trop-plein » de bons candidats à la qualification au regard du nombre de postes vacants. Par exemple, en 2000, la section 64 du CNU (biochimie et biologie moléculaire) a reçu plus de 1.000 candidatures à la qualification à la maîtrise de conférences et 200 au professorat, pour un total de 20 postes". Cette disproportion n'a rien à voir avec le processus de qualification et ne tient qu'au laxisme des procédures du doctorat et de l'HDR. Il est d'ailleurs amusant de voir citer l'exemple de la chimie où il y a toujours eu une forte inflation de thèses, la rumeur disant même qu'elles étaient souvent faites surtout par les garçons de laboratoire !

La meilleure phrase de ce rapport du Sénat est peut-être la dernière : "Votre rapporteur s'étonne que le ministère ne soit pas encore en mesure d'établir une liste complète, sans doubles comptes et à jour, du stock des qualifiés non recrutés". Comment et à quoi bon établir une telle liste ?

jeudi 23 mai 2013

L'autonomie des Universités. Troisième épisode


Au milieu de l'année 2007, il était amusant de constater que venaient sur le tapis politique français, au même moment et à la même initiative mais sans qu'on les rapproche, la « liquidation » de mai 68 et une réforme, alors conduite par Madame Pécresse, visant à développer « l’autonomie des universités » qui serait le remède à tous leurs maux.

Je laisserai de côté le premier point dans son ensemble, car il y a là une auberge espagnole où chacun trouve naturellement ce qu’il y apporte ; j’ai même vu, le mardi 29 mai 2007, Jean-Michel
Aphatie avancer, hardiment et sans rire, que Nicolas Sarkozy portait sur Mai 68 une main parricide, dans la mesure où sa famille personnelle était une famille recomposée! On aura décidément tout entendu !

Pour moi, je ne suis pas sûr que la libération des mœurs ou la loi sur l’avortement soient des conséquences, immédiates et directes, du seul Mai 68. La loi Neuwirth sur « la régulation des naissances » et la contraception, qui est une étape essentielle, date de décembre 1967 ! Ces évolutions ne sauraient donc être portées au seul crédit des événements du printemps de l’année suivante. En revanche, s’il est une loi qui est un pur produit de mai 68, c’est bien la loi Edgar Faure sur les universités qui met en place un système qui est, en gros, celui que nous connaissions encore avant la loi Pécresse vu le peu de changements de fond apportés au système universitaire français entre 1968 et 2007.

Le paradoxe le plus frappant est que « l’autonomie », qu’on a prétendu instaurer en 2007 et dont on aurait mieux fait de célébrer le quarantième anniversaire, constituait en effet la maître-mot de cette loi de 1968, même si on l'a oublié.
Le terme est quasi obsessionnel dans ce texte. L’autonomie y est partout, qu’elle soit « administrative » (Titre III), « pédagogique » (Titre IV) ou « financière » (Titre V). « Autonomie » est le PREMIER mot des trois principaux « Titres » de la loi de 1968, qu’on nomme en général loi Edgar Faure (Le mot « titre » est à prendre ici au sens technique et désigne un ensemble d’articles dans le texte d’une loi).

La loi Edgar Faure est sans doute le plus pur produit de mai 68, dans la mesure où elle visait, surtout et d’abord, à casser le vieux système universitaire français dont la référence suprême et ultime était l'antique Sorbonne, pour tenter d'instaurer une forme de démocratie universitaire, au moins verbale. La limite essentielle de la réforme demeurait toutefois dans le fait que les universités dépendaient toujours, de façon quasi exclusive, du financement de l’Etat.

Le premier aspect fut plus facile à régler que le second.

Dans l’ordre symbolique, cette réforme mit d’abord fin au privilège de l’Université de Paris. Certains enseignants parisiens, de l’une ou l’autre des treize universités parisiennes actuelles (la quatorzième, souvent et  longtemps rêvée, peut-être par superstition après tout, vu le caractère maléfique attribué au nombre treize, ne vit jamais le jour), continuent à se présenter, toujours fallacieusement et le plus souvent par pur mercantilisme, comme « Professeur à la Sorbonne ». Or, ce titre n’existe plus depuis 1968 et moins encore la rémunération spéciale qui s’y attachait. Il n’y a plus de Sorbonne ! Paris-Sorbonne ou Sorbonne Nouvelle ne sont que des succédanés aussi nostalgiques qu'abusifs. En fait, ces universités ont pour seule authentique dénomination administrative, Paris 4 et Paris 3. Ce sont leurs conseils qui ont adopté, comme ils en avaient le droit et comme l’ont fait aussi l’immense majorité des universités provinciales, des dénominations moins austères ou plus prestigieuses, à leurs yeux du moins.

Le vrai problème était (et demeure) celui du financement des universités et non celui de savoir si l'on peut ou non y faire des cours en anglais ! Il continue à dépendre quasi exclusivement de l’Etat, d’abord et surtout par la rémunération des personnels enseignants, techniques, administratifs ou de service. A titre indicatif, dans le prix de revient global d’une université (ne parlons pas du seul budget, car il n’incluait pas la rémunération des personnels statutaires, qui sont payés directement par l’Etat, hors budget), les traitements représentent, en gros, en moyenne et au minimum, les trois quarts.

Cette masse est évidemment à la fois énorme et incompressible. L’université, en outre, dans certaines limites, ne peut donc « agir » que sur une modeste fraction de son budget affiché ; ajoutons que, dans cette fraction budgétaire elle-même, des dépenses incompressibles (entretien courant, fluides, chauffage, heures complémentaires, personnel contractuel recruté sur budget universitaire, etc.) tiennent une place très importante. Comparer le budget d’une université française avec, par exemple, celui d’une université américaine, privée et même publique (d'Etat), n’a donc guère de sens, si l’on ne prend pas en compte les énormes différences structurelles et même culturelles.

Globalement d’ailleurs, depuis la loi Edgar Faure, les rares aménagements qui ont été apportés sont, pour la plupart, allés dans le sens d’un très léger accroissement de l’autonomie budgétaire de détail des établissements, mais, par la force des choses, dans des limites très modestes. Ainsi a-t-on pu plus facilement, dans certains cas, faire passer des crédits d’une ligne budgétaire à une autre (dans le cas des heures complémentaires par exemple), même si les contraintes restaient très pesantes. Le problème majeur demeure toutefois que, dans un budget universitaire, le pourcentage de crédits sur lesquels peut s’exercer cette prétendue « autonomie » est très faible. L’université a une autonomie, mais elle n’a pas les moyens de l’exercer.

En feignant de parler d’autonomie des universités, n’est-ce pas en fait de privatisation qu’on a voulu parler, sans oser le dire, et sans qu'une telle évolution soit d'ailleurs possible ? La privatisation ne peut dès lors conduire qu'à la paupérisation globale et à des choix masqués, la prétendue autonomie servant en fait à couvrir un désengagement, politique, moral et financier, de l'Etat et l'étouffement progressif des petits établissements qu'on a multipliés de façon excessive sans oser désormais les supprimer.

Un exemple significatif : la France peut-elle ou veut-elle continuer à offrir la quasi-gratuité des études supérieures, quasi unique dans le Nord, sans pratiquer une sélection à l’entrée des universités, comme cela se fait à peu près partout, et en laissant s’opérer, de plus en plus, une sélection cachée, tant par l’orientation aveugle vers des filières-poubelles que par l’échec massif dans les premières années ?

La première mesure à prendre, élémentaire et salutaire, ne serait-elle pas de supprimer le baccalauréat (qu’obtiennent entre 82 et 90% des candidats - selon le mode de calcul) ? Il coûte très cher sans qu'on sache même exactement combien, car tout dépend de ce que l'on fait entrer dans le calcul de son prix de revient, (on va parfois jusqu'à 300 millions d’euros par an, sans en rien savoir en fait) ; le pire est qu'il ampute et désorganise les fins d’années scolaires, et, sans servir à quoi que ce soit, empêche de poser le problème de la sélection à l’entrée à l’université, qu’on laisse s’opérer clandestinement, comme les détournements de la carte scolaire, par des consultations, faites en douce, des livrets scolaires, des exigences latentes de mentions, des droits supplémentaires et subreptices, etc.
Il en est de même pour le détournement, ancien et constant, des filières courtes (IUT, BTS) dont la plupart des étudiants passent, dès qu'ils ont leur DUT ou leur BTS, par équivalences, dans les filières longues. Ces choix sont majeurs, même s’ils ne sont pas explicités et si, quand ils sont esquissés, le sont de façon détournée et/ou latente.
On aurait dû voir, en revanche,  un signe prémonitoire dans le fait que le Président de la Conférence des Présidents d’Universités, au moment de la loi Pécresse, s’appelait... Monsieur Finance ?

 

samedi 14 juillet 2012

Les Universités françaises les meilleures du monde ?

Dans le climat général d'amnésie, se souvient-on encore de la conférence de presse de Nicolas Sarkozy qui, si ses promesses s'étaient réalisées, aurait bien mérité son titre de Président-Magicien ? Le Président y déclarait sans rire qu'avec les 11 milliards du "grand emprunt", la France aurait les meilleures universités du monde. J'en avais fait un blog et l'un de mes fidèles lecteurs m'avait envoyé le commentaire suivant que je ne prendrai même pas la peine d'actualiser tant les chiffres sont significatifs.
"Pour bien m'assurer qu'il divaguait quelque peu [nous avons frôlé là le procès en diffamation], je suis allé voir, sur leurs sites Internet, ce qu'il en était des universités de Californie, Stanford en particulier, et de celle d'Harvard :.
Stanford : 18.000 étudiants (je pense que Sarko entend par « taille critique » des universités de plus de 50 000 étudiants) ;  budget consolidé :3,7 milliards de dollars pour 2009-2010 (dont 53% pour les salaires; mais il en reste pas mal pour tout le reste); en 2007-2008, Stanford a "levé", comme disent les spécialistes, 785 millions de dollars apportés par 72.217  donateurs.
Université de Californie à San Diego : 27.500 étudiants ;  budget : 2,4 milliards de dollars  dont, en 2007, 714 millions affectés à la recherche.
Harvard : 25.000 étudiants, 2497 professeurs ; dotation : 34,7 milliards de dollars en 2007 qui génèrent 560 millions d'intérêts par an. Il est vrai que les  frais d’inscription se situent entre 22.000 et 50.000 dollars.
[...]
Pour chacun des dix campus d'élite prévus en France [car les 75 universités françaises ne seront pas concernées !], si elles se partagent équitablement les 11 milliards et les capitalisent, sans en faire quoi que ce soit d’autre, les intérêts générés ne dépasseront pas 40 millions d'euros. »
Quand on songe au battage qu'on a fait à propos de cette loi, dite Pécresse, sur l'autonomie des universités qui serait le grand succès du mandat de Nicolas Sarkozy, on ne peut s'empêcher de se demander quel jugement il faut porter sur le reste !

On le constate d'ailleurs dès maintenant quand on voit la situation financière de la plupart des universités françaises, y compris celles qui sont censées avoir été les lauréates et les bénéficiaires majeures de cette loi.

Comme le soulignait mon commentateur, on met toujours en avant les 11 milliards d'euros d'entendre, sans préciser que ce dont disposent les universités pour mettre en place cette fabuleuse réforme, n'est constitué que par les intérêts, soit, comme le souligne le texte cité, une quarantaine de millions d'euros. Ajoutons que lorsqu'on voit par qui et comment ont été faits les choix des universités qui doivent en être les bénéficiaires, on ne peut que s'interroger, même si cette démarche n'est pas vraiment nécessaire quand on examine de plus près les conditions de cette répartition (on peut bien sûr faire une lecture POLITIQUE de toute cette affaire!).

Il est certain que ces erreurs reposent, pour une bonne part, sur l'ignorance à la fois du fonctionnement réel du système français mais surtout de l'université des États-Unis qui a manifestement servi de modèle. Il y a trois ans une université d'État de l'Illinois, Champaign, a ainsi levé 1 milliard de dollars auprès de ses "alumni" c'est-à-dire de ses anciens étudiants (en latin "nourissons"). Cette circonstance est un détail capital, car, aux États-Unis, il existe un très grand attachement à l'université d'où l'on est originaire, sentiment qui n'existe absolument pas en France. On le trouve éventuellement pour certaines grandes écoles, mais jamais pour l'université. En revanche, toute grande université américaine organise chaque année une journée de fêtes, sportives en particulier, où se réunit une bonne partie des anciens étudiants de l'établissement. Elle se marque par des festivités et, faut-il le dire aussi, souvent, par des collectes de fonds.

Rien de tel en France et le système des fondations sottement mis en place est totalement inadapté ; à ma connaissance, aucune des fondations universitaires françaises ne s'est vue véritablement alimentée par ses anciens étudiants ; la seule exception serait la Fondation HEC ce qui confirme ma remarque car HEC n'est pas une université mais une grande école.

Cette loi sur la prétendue autonomie des universités est donc une erreur et surtout une vaste blague ; elle a permis à la fois de gonfler, mais en apparence seulement, les budgets des universités en y adjoignant les crédits permettant de payer le personnel (bien entendu pré-affectés et incompressibles), mais surtout de satisfaire les voeux absurdes des présidents d'université ce qui a permis de se les gagner et ainsi de faire passer le texte.

Mieux encore l'ignorance crasse de ceux qui l'ont rédigé est telle qu'ils n'ont apparemment pas songé que, dans les frais de personnel qui étaient désormais gérés par l'université, il aurait fallu inclure des augmentations quasi automatiques qui tiennent aux changements d'échelon et aux promotions des enseignants. De ce fait non seulement ces crédits sont incompressibles, mais ils ne permettent pas, en général, de faire face aux dépenses qui, statutairement, augmentent inévitablement chaque année pour les raisons que je viens d'évoquer.

Autre bévue ou ignorance majeures des auteurs de cette loi : l'obsession qu'ils ont eue de la prise en compte du fameux classement de Shanghai qui non seulement est très discutable mais qui a été très mal compris. On a fait preuve d'une véritable obsession quant au nombre d'étudiants, alors que les meilleurs établissements du monde ont rarement plus de 25.000 étudiants (cf. supra)! Pour prendre un exemple précis et actuel qui est celui des universités d'Aix-Marseille. On a réuni les trois universités en une seule dont le nombre d'étudiants va probablement dépasser les 50 ou 60 000 à la rentrée 2012, sans que cela ait le moindre sens, puisque se trouve maintenue, en même temps, l'existence, à Marseille, de trois facultés de sciences (Saint-Charles, Saint Jérôme et Luminy). Il y là une absurdité politico-historique qui est d'abord et surtout un gouffre financier. Par ailleurs comme toujours, on s'est borné à ajouter une assiette sur la pile, en augmentant inévitablement par là les frais de fonctionnement qui se trouvent par ailleurs alourdis et rendus plus coûteux par des circulations internes supplémentaires, chacun entendant bien garder son pré carré.

Tout cela est absurde ; le pire est toutefois peut-être, dans cette loi, la satisfaction aberrante des revendications égoïstes de la conférence des présidents d'université ; tous voulaient, d'abord et surtout, le droit d'exercer un second mandat, ce qui ne fera inévitablement augmenter encore le clientélisme, d'autant qu'on leur a donné aussi, du même coup, la maîtrise quasi totale des recrutements!

Cette loi est l'une des choses les plus absurdes qu'on pouvait imaginer et l'on va sans doute devoir réformer, une fois de plus. Mais comme disait ma bonne grand-mère : " Faire et défaire, c'est toujours travailler !".

mardi 5 juin 2012

Haïti : faut-il une Valérie Pécresse à Haïti ?



Le débat sur l'université en Haïti, qui n'est qu'un aspect du problème général de la situation globale de ce malheureux Etat, est à nouveau alimenté, le 4 juin 2012, par un article du Nouvelliste qui consiste dans une interview du "Docteur Fritz Dorvilier" (Je me demande d'où sort, en Haïti, cette ridicule manie teutonne qui nous épargne encore le "Professeur Docteur"!), auteur d'un ouvrage intitulé La crise haïtienne du développement qui semble être une version destinée au grand public de sa thèse (belge) d'anthropologie. Les vues générales de cet ouvrage qui rappellent, à certains égard, celle si pertinentes de mon ami André-Marcel d'Ans, ne sont pas fausses bien entendu, mais je voudrais ici m'en tenir au problème de l'université.

On sait qu'elle a été fortement éprouvée par le séisme du 12 janvier 2010, aussi bien dans ses établissements privés (l'Université Quisqueya s'est, elle, vite remise de cette épreuve) que dans ses établissements publics, dont le plus éprouvé a été sans aucun doute la Faculté de linguistique appliquée où l'on a compté plus de 200 victimes parmi les étudiants et les professeurs.

Toutefois, cela n'y a pas changé grand-chose au fonctionnement général de l'Université ; les récents et consternants affrontements internes autour de l'élection du recteur et de ses vice-recteurs ont souligné le caractère dérisoire de tels débats dans pareille situation.

Le paradoxe pour Haïti, et il n'est pas mince, est que des facultés comme celle de linguistique appliquée n'ont pas de locaux et ont longtemps fonctionné sous des tentes (je ne sais pas quel est l'état actuel des choses), tandis que, grâce à la République Dominicaine, on a construit un superbe campus à Limonade qui, pour le moment, est totalement vide, faute de moyens et de personnel, mais aussi parce qu'on n'a toujours pas réussi à en définir exactement le statut ni même le nom !

Comme le dit Fritz Dorvilier, pour l'université haïtienne « il faut une réforme structurelle à la fois administrative et pédagogique ». Il faudrait surtout à mon sens que cette université existe dans un projet cohérent et adapté (les meilleurs étudiants haïtiens à Paris viennent y faire de la PHILOSOPHIE!) et qu'elle soit pourvue en premier lieu, dans cette perspective, des moyens et du personnel nécessaires. Il y a sans doute d'excellents enseignants-chercheurs haïtiens dans le monde (j'en connais plusieurs) ; le malheur est qu'ils sont aux États-Unis, au Québec ou en France et non en Haïti.

La politique actuelle de bourses de doctorat ou de "post-docs", suite au séisme de 1012, qui a consisté à donner des bourses pour envoyer de-ci de là à travers le monde de jeunes chercheurs haïtiens est évidemment une stupidité voire un crime car la plupart d'entre eux ne reviendront jamais au pays. Le feraient-ils d'ailleurs (je pense ici aussi au cas très précis d'une jeune linguiste haïtienne qui a soutenu l'an dernier un doctorat en France avec le désir arrêté dès le départ de revenir en Haïti) qu'on s'emploierait à ne pas leur permettre de trouver un poste qui leur permette de rester définitivement et honorablement dans leur patrie. Il est bien plus rémunérateur en effet de jouer les gratte-papiers subalternes pour une ONG que d'enseigner à l'université!

Il s'agit donc non pas d'investir dans la recherche et l'université que de le faire dans une université qui soit en mesure de permettre réellement l'enseignement supérieur et la recherche.

Cette situation me rappelle tout à fait la conclusion du rapport que j'ai fait lors de ma première visite en Haïti, en 1978 ; j'étais alors en mission pour le compte du ministère français des affaires étrangères afin d'évaluer les chances de succès de la réforme Bernard à laquelle la coopération française apportait une aide considérable (1 million de dollars par an et des dizaines de postes d'enseignants coopérants). Au terme de mon séjour j'ai produit un rapport qui a fait quelque bruit dans le landerneau du Quai d'Orsay et probablement en Haïti aussi, car on a dû s'empresser de l'envoyer au ministère de l'éducation haïtien ; j'y avais écrit, d'une façon un peu brutale mais sincère, que pour réformer un système éducatif où qu'il fût, je pensais que la première et indispensable condition était qu'il EXISTAT. On peut faire, pour l'université haïtienne, à quelques notables exceptions près, la même remarque de bon sens !

Fritz Dorvilier, s'il fait un tableau sans concession de l'université haïtienne, me semble avoir des illusions concernant les universités occidentales et particulièrement françaises. Je le cite : « Il faut voir comment les occidentaux plus particulièrement gèrent leurs universités. Il faut savoir ce que représentent quatre années d'études doctorales et l'épreuve psycho-cognitive constitue une soutenance de thèse ». Cette appréciation, en particulier pour ce qui touche la gestion des universités est des plus optimistes, pour ne pas dire totalement erronée.

D'abord pour ce qui concerne le titre de docteur ; j'ai vu dans ma vie une foule d'étudiants échouer (parfois à de multiples reprises) à un concours censé être de même niveau comme l'agrégation ; je n'ai jamais vu personne, s'il s'en donne le temps et la peine, ne pas parvenir à soutenir une thèse de doctorat (quitte, dans quelques cas à la faire faire par un(e) autre!).

L'élection comme président d'une université française résulte d'un jeu complexe où interviennent, en dosages subtils et variables, appartenances politiques, rattachements disciplinaires et affinités syndicales ; inévitablement, la recherche comme l'enseignement universitaire n'y ont guère de place. L'ambition de devenir président d'université ne peut guère être, sauf dans quelques cas exceptionnels, le rêve d'un enseignant-chercheur de grande valeur puisqu'il sait d'avance que, dans ces conditions, il devra renoncer pour cinq ou même désormais dix ans à l'enseignement et à la recherche ; ce faisant, il se place donc fatalement sur une trajectoire administrative et finira probablement dans un ministère ou, au pire, dans un rectorat.

La récente loi Pécresse ou loi LRU qu'on encense sans y rien comprendre, loin d'arranger les choses les a empirées. Pour se les gagner et non sans calcul, V. Pécresse a donné aux présidents d'universités tous les pouvoirs qu'ils voulaient et surtout leur a permis de rester dix ans dans cette fonction, ce qui les écarte, définitivement et à tout jamais, des réalités de l'enseignement et de la science.

Pour en revenir à l'université haïtienne, comme je l'ai dit déjà souvent, le problème n'est pas de la reconstruire mais de la PENSER et de la CONSTRUIRE. Pour cela, il faut évidemment des moyens qu'elle n'a pas mais qui abondent par ailleurs dans une aide internationale qui, comme je l'ai montré dans un précédent blog, retournent pour l'essentiel dans les pays donateurs ou sont confisqués à d'autres fins au lieu de s'investir réellement dans le pays. Le modèle cubain n'est certes pas recommandable à tous les égards, mais, sur ce point au moins, il pourrait inspirer, non pas une inutile réforme mais une véritable réflexion sur la création d'une université nationale.

lundi 28 novembre 2011

Sois belle et tais-toi !

Je n'ai pas eu le temps de rédiger le blog que m'a inspiré Anne-Sophie Lapix qui, sur Canal+ recevait hier Valérie Pécresse qui se donne pour ministre du budget. Bel exemple de la nullité de notre presse, en particulier télévisuelle.

À la suite du fameux incident de la correction sournoise par le parti socialiste de l'accord passé avec les écolos, j'ai écrit un blog sur cette question en soulignant que cet accord qui visait à faire coïncider avec le sort de l'EPR l'arrêt de la fabrication de mox me paraissait parfaitement stupide. SI AREVA avait prévenu le PS de l'imbécillité de cette démarche, AREVA avait été parfaitement dans son rôle.

J'ai eu la satisfaction d'être approuvé sur ce point par Olivier qui est un grand expert en la matière et dont j'ai publié le commentaire. Ce qui est évident est que les dirigeants socialistes comme les dirigeants écologistes n'y entendent rien. Il est en effet parfaitement stupide et même absurde de prévoir l'arrêt de la fabrication du mox et de vouloir, en même temps, garder en fonction vingt quatre centrales qui, étant parmi les plus récentes, exigent absolument pour leur fonctionnement l'utilisation de ce mox. Il est donc clair que ni les écologistes ni les socialistes n'ont rien compris au problème et qu'ils n'ont même pas à leurs côtés d'experts en mesure de les éclairer (si j'ose dire).

Le pire de tout est toutefois que les journalistes, innombrables, qui ont rendu compte de cette affaire étaient tout aussi ignorants et que personne parmi eux n'a été en mesure d'expliquer les choses de la seule façon possible, c'est-à-dire en disant qu'on ne pouvait, en aucun cas, arrêter la fabrication du mox et maintenir en fonction de vingt quatre centrales qui toutes exigent son usage pour leur fonctionnement.

Le problème est que les journalistes français, pour la plupart, rivalisent d'ignorance. On pourrait le dire aussi à propos du fameux AAA dont se gargarise toute notre presse, sans prendre en considération que le seul véritable indice sur la confiance que les financiers accordent aux divers Etats est le taux auquel ils leur prêtent. Un journaliste digne de ce nom devrait savoir, par exemple, que si l'Allemagne et la France ont toutes les deux AAA, le taux d'intérêt consenti à l'Allemagne est la moitié de celui qu'on impose à la France. Le Japon, qui a une dette colossale et pas de AAA, bénéficie un taux d'intérêt qui est à peine supérieur à 1 %, dans la mesure où sa puissante production industrielle et l'énormité de son épargne nationale font que les prêteurs ont une totale confiance en lui.

Naturellement la presse audiovisuelle est celle où se trouvent les plus ignorants de toutes ces questions.

Anne-Sophie Lapix était certes très en beauté, mais elle a été consternante de nullité dans son interview de Valérie Pécresse. Non qu'elle ne posât pas les bonnes questions (voilà que je cause Sarko) car quelques-unes auraient pu l'être, mais, comme toujours, elle s'est satisfaite de réponses complètement à côté de la plaque. Parlait-elle de la politique de Sarkozy que Pécresse lui répondait Hollande! J'apprécie infiniment à cet égard Mélenchon, qui est le seul homme politique français à traiter les journalistes comme il convient de faire, c'est-à-dire de la façon la plus rude et la plus brutale, en leur demandant carrément de ne pas le prendre pour un imbécile et en essayant de savoir de quoi ils parlent, car il est très clair que Pécresse prend Anne-Sophie pour une demeurée et que celle-ci se prête tout à fait à ce jeu.

Il est à cet égard ahurissant de voir Pécresse traitée comme un dieu de la politique dans la mesure où elle aurait réussi la loi LRU sur l'autonomie des universités. D'une part, cette loi est sans grande conséquence car, tant que les universités reçoivent 95 % de leur financement de l'État, on voit mal où peut se situer leur autonomie, sauf dans les marges ! La seule chose intelligente faite par Pécresse dans cette affaire a été de reprendre dans sa loi LRU la plupart des voeux de la conférence des présidents d'universités (en particulier la possibilité de deux mandats qui leur permettra de rester au pouvoir et la maîtrise totale sur les recrutements par la suppression des commissions de spécialités qui étaient une instance démocratique). Naturellement, à la suite de cette loi, des présidents d'université se sont tous couchés, y compris les présidents de gauche!) et tous sont venus lui manger dans la main, allant même jusqu'à faire intervenir les forces de l'ordre pour briser les mouvements de grève à l'intérieur des universités.

Pauvre France !

jeudi 27 janvier 2011

Axel Kahn, la loi LRU et la recherche

Dans ce même blog, je disais hier que je pourrais éventuellement revenir sur la question de la loi LRU que j'envisageais alors sous un angle très particulier, celui de la façon dont Valérie Pécresse avait su, avec adresse, mettre dans son jeu les présidents d'université pour faire passer sa loi.

Le hasard est toujours malicieux et, en la circonstance, il l'a même été triplement. Hier, je disais pouvoir revenir sur cette question de la loi LRU, mais je n'avais alors aucune intention de le faire, n’ayant pas grand-chose de nouveau à en dire depuis 2007. En effet, ce hasard farceur s'est employé à me fournir l'occasion de ne pas m’en tenir à ce choix. En effet cette nuit, vers 3:00 du matin, victime comme souvent d'une insomnie, j'ai utilisé le remède que j'emploie habituellement en pareil cas. Il consiste à écouter, un peu au hasard, la radio pour me détourner de mes préoccupations. Je suis tombé en zappant sur BFM qui, quoique aux mains « du grand capital » est, tout de même, une des chaînes radiophoniques les moins débiles de notre paysage audiovisuel.

Premier hasard donc. Le journaliste de service (rassurez-vous, l'émission originale était diurne et, la nuit, on ne fait que repasser les émissions de la journée) interrogeait Axel Kahn président de l'université Paris V qu'on a baptisée, dès la loi Edgar Faure, « René Descartes », ce qui est tout de même mieux même si l’on ne voit guère les raisons d’un tel choix pour une université essentiellement médicale.

Deuxième hasard, la présence d’un président d’université vantant les charmes de la loi LRU alors que je venais de montrer par quelles voies Valérie Pécresse s'était acquis les faveurs des présidents d'université en leur donnant tous les pouvoirs et les privilèges dont ils rêvaient.

Le troisième hasard était Axel Kahn lui-même parlant précisément de la loi LRU, dont il se faisait naturellement le chantre, sans être en mesure d'expliquer en quoi elle pouvait réellement justifier un tel enthousiasme.

Un mot sur Axel Kahn, frère cadet de Jean-François, aussi bavard que ce dernier et quelquefois pas plus convaincant que lui. C'était le cas cette nuit et son argumentaire, dont je ne reprendrai ici qu'un ou deux éléments, étaient des plus faibles.

Je n'ai d’ailleurs jamais bien compris pourquoi Axel Kahn après avoir fait une carrière, sans éclat particulier mais très honorable, à l'INSERM et à l'Institut Cochin, s'est laissé entraîner à accepter de venir à Paris V, essentiellement, pour présider cette université. Certes le bureau présidentiel y est fort agréable et la vue qu'il a sur la place de l’Odéon est très charmante. C'est toutefois un peu court et pour un homme, qui s’est voulu et se veut encore un scientifique (encore que ses principales publications soient plus de l'ordre de la vulgarisation, voire du journalisme, que la recherche elle-même) une faculté de médecine (même la plus importante de France) ne peut guère être regardée comme un temple de la recherche qui, en matière médicale, ne se fait guère dans les universités !

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas la réalité de l'enseignement de la médecine, il faut ajouter ici qu'il n'a pas grand-chose à voir avec la science. Il suffit, pour s'en convaincre, de voir la nature des enseignements scientifiques et les modes de contrôle des connaissances, par exemple en première année d'études médicales. Les cours de sciences « dures » y sont assurés par des médecins qui n'ont avec la physique, la chimie et les mathématiques que des relations généralement anciennes et, de toute façon, très lointaines. Il y règne donc un bachotage absurde, avec pour contrôles des connaissances des QCM où seule la forme compte et dont la correction mécanique est plus que rapide.

Axel Kahn faisait observer hier que l'inscription en première année de médecine est peu coûteuse (autour de 180 €), mais il aurait dû ajouter que cet enseignement en amphithéâtre est tout à fait accessoire voire aboli, par rapport à l'activité des « écuries » privées et payantes, seules garantes de succès mais dix ou vingt fois plus coûteuses, où les mêmes enseignants de médecine répètent ou font répéter leur dérisoire enseignement, en doublant ou triplant leur salaire.

Sont-ce là les temples universitaires de la recherche dont parle avec tant d’émotion Axel Kahn ? De qui se moque-t-il, en évoquant, à ce propos, les facultés de médecine où, chacun le sait, la recherche est à peu près absente. Les deux seuls Prix Nobel de médecine français du dernier quart de siècle venaient de l’Institut Pasteur et de l’INSERM et non de ParisV ! Il faut reconnaître que, si comme on peut le supposer, Axel Kahn est venu à Paris V pour des motifs extra-scientifique et surtout pour en faire la promotion en même temps que la sienne propre, il réussit assez bien dans cette activité, du moins auprès d'un public qui ne connaît guère le dessous des cartes.

Tout serait donc à reprendre dans son intervention. On y observe en outre des lapsus multiples et significatifs (la chose réjouirait un psychanalyste !) ; ainsi emploie-t-il, à plusieurs reprises, les mots « euro » ou « dollar » à la place du terme « étudiant » (un exemple entre autres : 37.000 € au lieu de 37.000 étudiants). Cela ne vaut certes pas la fellation de Rachida, mais il y a néanmoins là quelques jolis lapsus dont l'interprétation est naturellement évidente.

Axel Kahn, grand amateur de présidences, envisagerait-il celle de la conférence des présidents d'université pour le prochain tour parisien ? Il a fait là, en tout cas, un numéro propre à étoffer son dossier de candidature. Il a soutenu, contre toute vraisemblance mais en argumentant bien à tort, contre les « grandes écoles », que les universités étaient les temples de la science! J'attendais qu'il nous fasse le coup des prix Nobel ou des médailles Field pour lui asséner, sur la tête, les vérités à ce sujet que j'ai déjà exposées ailleurs.

Les propos d' Axel Kahn sont à l'image de la photo qu'en toute modestie, il a donnée pour illustrer le site de Paris V. Détendu, « cool » et sans cravate, il y présente une image aussi racoleuse que les propos qu'il a tenus dans cette émission et qui avaient tout l’air d'une déclaration de candidature à la présidence de la CP U, en même temps que d'un hommage rendu à Valérie Pécresse, sans doute dans l'espoir de quelque retour d'ascenseur, immédiat ou plus tardif.

mercredi 26 janvier 2011

Education nationale : la stratégie des « petits chefs ».

La ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse, a fait une importante découverte stratégique lors de l’élaboration de sa loi LRU sur la prétendue autonomisation des universités. Petit rappel du texte. Il s’agit de la loi 2007-1199 du 10 août 2007 relative aux « libertés et responsabilités des universités », initialement intitulée « loi portant organisation de la nouvelle université » et plus communément appelée « loi d'autonomie des universités » ou même « LRU ».

Je dois ici une courte explication de l’usage que j’ai fait du terme « prétendue », car les universités françaises ne pourront être réellement autonomes que le jour où elles ne dépendront plus, quasi totalement, des financements de l'État. Un tel cas est, par exemple, celui des grandes universités américaines (le « top-ten » des « ivy universities »), qui constitue également le peloton de tête mondial dans le classement de Shanghai, que les autorités universitaires françaises ont sottement pris pour référence, sans connaître grand chose aux réalités ou sans vouloir les prendre en compte.

En France, on paraît ne pas savoir, en effet, que ces universités américaines prestigieuses ont un financement largement privé (à 80%)et des modes de fonctionnement radicalement autres que les nôtres. Aux Etats-Unis, même les universités dites « d'État », ne dépendent des moyens publics que pour 30 ou 40 % de leur budget.

Réforme bidon ou pas, c'est un tout autre problème dont je veux parler aujourd’hui et je laisse donc de côté cet aspect sur lequel je pourrais, le cas échéant, revenir, car mon sentiment n'a pas changé depuis l’époque où j’ai écrit à ce même propos.

Le point important ici est la stratégie habile (une fois n'est pas coutume !), mise en oeuvre en 2007 par le MESR. Je doute, vu la subtilité de la manoeuvre, que Valérie Pécresse ait imaginé elle-même ou, en tout cas, seule, une manoeuvre si adroite. Il est vrai que, comme le sont souvent les bonnes idées, la formule est très simple.

L'astuce a en effet consisté à se gagner, pour la mise en oeuvre de la réforme, le concours et même la complicité des présidents d'universités, les « petits chefs » locaux en la circonstance. La rumeur d'une importante réforme courant ici et là, la conférence des présidents d'universités, la CPU, avait jugé bon d'exprimer officiellement sur ce point les principales revendications de ses membres dans le cas d’une réforme. Il y en avait deux, essentielles à leurs yeux : d’une part, avoir un mandat renouvelable car depuis la loi Edgar Faure, l’une des plus sages mesures prises alors était le mandat unique pour les présidents d’université (ce qui tordait le cou à la fois au clientélisme et à l’électoralisme) ; d’autre part, avoir la haute main sur les recrutements d'enseignants grâce à la mise en place, par les présidents eux-mêmes, de commissions ad hoc qui remplaceraient les commissions de spécialité élues.

Il était évident qu'en inscrivant dans la loi LRU ces deux exigences majeures de la CPU, on faisait des présidents des instruments dociles, voire empressés, de l'acceptation et de la mise en oeuvre de la loi Pécresse. Les choses se sont passées exactement comme on l'avait prévu ; la CPU qui était, auparavant, en fréquent désaccord avec le ministre, s'est aussitôt chargée de la mise en place de la volonté ministérielle et de la propagande en faveur de la loi LRU.

On a ainsi vu des présidents d'université s'employer localement, fût-ce par le recours aux forces de l'ordre (eux qui étaient naguère encore tellement attachés aux franchises universitaires) à entraver et même à briser toutes les tentatives syndicales et/ou estudiantines de contester ou d'entraver la loi LRU.

Il apparaît désormais que la rue de Grenelle (ministère de l’éducation nationale) a compris et retenu la leçon de la rue Descartes (ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche). L. Chatel le montre bien en songeant désormais à faire des chefs d'établissement des « petits chefs » et, par là, les rouages complaisants et dociles des volontés du ministre, à la fois en accroissant leur propre pouvoir (vieille idée qui ne saurait leur déplaire et qu’on a déjà dix fois avancée sous le masque de la déconcentration), mais en alléchant en outre les plus serviles et/ou les plus cupides d’entre eux par une prime (jusqu'à 6000 € tous les trois ans). Vous aurez déjà compris que le ministre jugera naturellement, seul ou à travers ses affidés, des mérites qui seront reconnus à ceux de ces « petits chefs » qui seront les bénéficiaires de cette prime.

On a déjà préparé la chose en faisant le même coup pour les recteurs, pourtant jamais portés à contrarier les vues du ministre, mais naturellement, avec un tarif bien supérieur pour la prime. Dans ce cas, la « modulation » peut atteindre 22.000 € . A « petit chef » petite prime et, dans l’arithmétique ministérielle, un recteur comme « moyen chef » vaut quatre « petits chefs » ou plutôt douze car la prime des recteurs est annuelle!

Les premiers services attendus des recteurs sont, bien entendu, la facilitation maximale de l’ingestion par les enseignants et les syndicats de la pilule, grosse et quelque peu amère, des suppressions de postes.

Qu'il y ait lieu de récompenser le mérite dans la fonction publique, qui pourrait dire le contraire, à part peut-être quelques farouches syndicalistes ? Ces derniers ne veulent entendre parler que de l'ancienneté (qui met strictement sur le même pied tous les enseignants consciencieux ou fumistes, assidus ou absentéistes, etc.) et du principe intangible du « choix » (« grand » ou « petit » dans la terminologie officielle) que les syndicats eux-mêmes contrôlent plus ou moins au bénéfice de leurs membres ou de leurs amis.

Il est à craindre que, dans les universités comme dans les lycées, collèges ou écoles, l'érection (je pèse mes mots) des responsables locaux en « petits chefs », loin de favoriser un meilleur fonctionnement des systèmes éducatifs, ne fasse que les pervertir encore davantage par des dysfonctionnements nouveaux et supplémentaires, allant selon les lieux et les cas, mais sans aucune exclusive, du clientélisme et du simple copinage au droit de cuissage !

vendredi 29 octobre 2010

Les scoops de Pécresse sur RMC

Mercredi 27 octobre 2010 sur RMC à 8:30 Christophe Jakubyszin interviewe Pécresse.

Nouvelle remarque de ma part (et c'est très loin d'être la première fois que je la fais) nos vedettes de la radio et de la télévision ont désormais le régime intégral de vacances des petits écoliers aussi bien pour la Toussaint que pour Noël, Paques ou la Saint Glinglin, sans que cela frappe quiconque. Sur RMC, le petit Bourdin va en vacances chez son pépé d’Alès tandis que Michou Denisot va voir sa mémé Joséphine à Châteauroux. Michou cède dons les rênes (mais les ânes ont-ils des rênes ?), dans un pas de géant vers l’intégration, à Ali Baddou, aussi médiocre dans ce rôle, pourtant des plus simples, que dans son emploi habituel.

Mais revenons à Mme Pécresse.
Christophe Jakubyszin (on doit se préparer à lui pardonner beaucoup avec un patronyme pareil !) remplace donc Jean-Jacques Bourdin parti se ressourcer au bon air gardois. Il interroge donc ce matin-là Mme Pécresse. Dès l'introduction on sent qu'il va y avoir là de grands moments de radio « solidaire, sincère, et citoyenne » (auto-définition de RMC). Le « journaliste » du jour, dans son introduction, évoque, de façon inattendue, « l'école de Luc Ferry » ! C'est vrai bien entendu, je vous le jure, sinon ce serait pas drôle. Un pauvre Polonais comme lui peut bien confondre Jules et Luc et on ne va pas en faire un fromage ! En tout cas c'est bien parti et la suite va être à la hauteur, le « post » étant hélas est un genre trop bref pour une recension complète de toutes les sottises ou approximations de cet entretien. Je ne vous donne donc ici qu’un ou deux exemples qui ne sont pas forcément les meilleurs car en 48 heures j’ai un peu oublié.

S'agissant donc de « l'école de Luc Ferry », on nous sert bien entendu l'inévitable couplet sur les « fondamentaux », en précisant que tout enfant qui entre en sixième doit savoir lire et écrire. Interrogée sur le rétablissement de l'examen d'entrée en sixième (une idée de Copé donc a priori nulle pour tout sarkoziste pur sucre), Pécresse se déclare défavorable. Elle omet bien entendu de préciser que, dans les universités dont elle la charge,on doit désormais créer, pour les bacheliers, un enseignement liminaire de l'orthographe du français. On peut donc penser qu’il serait plus raisonnable que ce genre de formation soit créé dans l'enseignement secondaire, voire à son début, plutôt qu'après le baccalauréat !

Mais le moment le plus délicieux de cette trop brève émission a été le couplet sur la création dans nos universités d’« e-learning centers ». L'observation liminaire du « journaliste » sur le caractère peu francophone d’une telle dénomination est balayée d'un revers de main parValérie Pécresse par ailleurs, de toute évidence, bien incapable de trouver l'équivalent français pourtant tout à fait évident. Elle nous explique alors savamment que dans ces « e-learning centers », les étudiants auront un accès direct aux livres en rayons, sans demandes ni intermédiaires ; ils y disposeront de tables, de sièges pour pouvoir travailler tranquillement sur place. N’est-ce pas là ce que nous-autres pauvres francophones appelons une « bibliothèque » en accès direct, comme celle de Beaubourg pour prendre un exemple très connu.

Apparemment, Mme Pécresse n'a pas la moindre idée de l'institution qu'elle envisage de créer. Elle qui l'an dernier, à visité des universités américaines, aurait dû visiter aussi, plus près d’elle, des universités françaises. Elle aurait pu constater que, dans les campus des États-Unis, on voit, sans cesse et partout, des étudiants occupés à travailler et à lire comme à fréquenter des bibliothèques qui, là-bas, souvent sont ouvertes 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Si Madame Pécresse était un peu plus familière des universités françaises, elle saurait qu’il en est tout autrement en France, où l'on voit rarement des étudiants occupés à travailler (où le ferait-il d'ailleurs si l’idée leur en venait ?) et surtout où les bibliothèques, comme les installations sportives, sont, en général, FERMEES au moment où les étudiants pourraient s'y rendre.

Par ailleurs, pour l’information du ministre comme du « journaliste », et comme son nom l'indique, un « e-learning center » n'est pas une bibliothèque d'ailleurs comme le souligne clairement la traduction même de ce terme.
Tout cela n'était d'ailleurs qu'une simple opération de communication, destinée à préparer la visite que le président de la République (le cahier des charges ministérielles impose de toute évidence, l'évocation du nom toutes les trois phrases !) devait donner le lendemain, dans je ne sais quel lieu où étaient concentrés et présentés les plans et maquettes des principales futures installations universitaires.

En tout cas, pour ce qui concerne ces futurs cyber-centres documentaires, le problème n'est pas tant dresser les plans et même de les construire (ça fait toujours marcher le commerce et le BTP) que de disposer réellement d’un personnel qui accepterait d'y être présent au moment où les étudiants sont eux-mêmes susceptibles d’y être aussi !