Messages les plus consultés

Affichage des articles dont le libellé est primes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est primes. Afficher tous les articles

samedi 19 avril 2014

« Le pouvoir rend fou " ; du cirage des chaussures aux primes

La formule complète, plus valable encore qu’on attribue à de multiples auteurs, de Lord Acton à Alain, est « Le pouvoir rend fou ; le pouvoir absolu rend absolument fou. ». J'ai très souvent vérifié en diverses occasions, historiques ou actuelles, sa pertinence. On vient d'en avoir une application, modeste mais évidente, avec l'affaire d’Aquilino Morelle qui a défrayé la chronique depuis l'article paru dans Mediapart.

Je voudrais aborder ce point par deux souvenirs personnels.

Ayant eu quelquefois l'occasion d'approcher des ministres de notre République, je me suis toujours demandé comment ils pouvaient résister aux flots incessants de compliments et d'éloges que leur prodiguaient, sans relâche, sans retenue et quelquefois sans fondement, leur entourage de courtisans. J'en ai fort peu connu en mesure de résister à cette épreuve et une des seules exceptions que j'ai rencontrées est, me semble-t-il Michel Debré ! Dans un registre plus modeste, il en est un peu de même pour les conseillers des ministres et, plus généralement encore, de  tous ceux qui parviennent, d'une façon ou d'une autre, à s'introduire dans les hautes sphères du pouvoir.

Seconde anecdote. Elle concerne un de mes collègues et ami, professeur de droit, qui était devenu soudain, je sais pas pourquoi d'ailleurs, conseiller au cabinet du Garde des Sceaux. Lors de notre première retrouvaille, quelques mois après cette nomination, il me fit état de la transformation radicale de son existence qu'avait entraînée cette nomination, dans laquelle je n'ai jamais su très exactement ce qu'il avait à faire. Toujours est-il qu'il me confia que sa vie, à Paris bien entendu, avait été radicalement transformée de ce fait. Tout lui était désormais acquis, sans même qu'il ait à demander quoi que ce soit. Se rendait-il en province, pour quelque raisons  personnelle ou professionnelle, une voiture et un chauffeur de la préfecture mis à sa disposition l'attendaient à la gare ou à l'aéroport, que son hôtel était réservé et payé, qu'on le couvrait sans cesse de places gratuites pour tous les spectacles ou événements parisiens, les invitations ici ou là se multipliaient et surtout, ce qui était l’une des choses qui l’avaient le plus frappé, il allait et se garait absolument n'importe où, sans payer la moindre contravention, ce qui pour un Parisien comme lui était le privilège absolu ! Bref sa vie quotidienne en avait été radicalement transformée et il en était évidemment ravi. Comment résister à la tentation d’abuser d’une telle situation ?

Il est évident que quand, comme Monsieur Aquilino Morelle, on se trouve placé dans la position éminente du collaborateur le plus proche du Président de la République et que, semble-t-il, on fait même fonction de faiseur de Premier Ministre, les avantages dont on dispose sont infiniment plus grands et donc plus grandes aussi les occasions comme les tentations d’en abuser.

Nombre de collaborateurs de moindre importance disposent d’une voiture de service le plus souvent changée en voiture de fonction (ce qui est tout différent !); il n'est donc pas étonnant pour Aquilino Morelle d'en avoir deux et, dans sa position, on ne va pas s'amuser à aller chercher ses enfants à l'école quand on peut y envoyer un de ses chauffeurs. Je ne trouve pas ailleurs ce détail scandaleux s’il dispose de deux chauffeurs et que, de toute façon, il faut bien les occuper. En outre, pour lui les journées finissent après les écoles puisqu’il n’arrive « au bureau » qu’à onze heures du matin (dans ces milieux le non-respect des horaires est le signe même de l’appartenance à l’élite administrative!).

Je ne parle pas évidemment ici des affaires antérieures à sa dernière  nomination et des conflits d'intérêts sur lesquels la justice aura à se prononcer. L'amusant de la chose est que peut-être Messieurs Aquilino Morelle et Jérôme Cahuzac ont eu l'occasion de se rencontrer, voire de déjeuner ensemble aux frais des laboratoires dont ils étaient les stipendiés ! Comment résister aux petits et grands avantages de la vie quotidienne et comment ne pas abuser de toutes ces facilités qui sont offertes si généreusement. Il est probable toutefois que tout cela suscite nombre de jalousies et que toutes ces menues informations, causes majeures du scandale public et qu’on ne peut guère nier, sont venues sans doute, comme c’est en général le cas, de collaborateurs voire d'« amis » qui devaient en concevoir quelque jalousie.

En revanche, il semble que le journaliste de Mediapart n’ait pas obtenu d’informations sur le montant de la prime qui était celle de Monsieur Aquilino Morelle à l'Élysée. Elle était sans doute fort confortable. Toutefois, dans les médias, au même moment, cette question des « primes de cabinet » a un peu éclipsé celle, plus générale et infiniment plus importante, des primes que s'attribuent la grande majorité des hauts fonctionnaires.

Ce sont là des secrets, non de « défense nationale » mais de « la haute administration française » où il faut bien arriver à contourner la fameuse « grille de la fonction publique » En effet, on avance des chiffres qui sont de l'ordre de 10 à 15 000 € (chiffres qui circulaient déjà à l'époque de Nicolas Sarkozy), alors que le traitement maximum d'un fonctionnaire français (hors primes bien entendu), dans l'échelle officielle de la fonction publique, ne doit guère dépasser, à mon avis et à la louche, les 6000 ou 6500 €.

Le « gel » annoncé  des rémunérations publiques ne gênera donc en aucune façon les hauts fonctionnaires et n'atteindra que les cadres inférieurs ou modestes ou, en tout cas, exclusivement  ceux dont la rémunération tient essentiellement au salaire proprement dit. En effet, dans la haute fonction publique, on négocie « sa » prime, qui souvent conduit à doubler le salaire proprement dit voire davantage et toute façon totalement indépendante de ce salaire. Dans ce cas bien entendu, le gel des rémunérations ne fait donc ni chaud ni froid aux intéressés dont  le salaire total (traitement + prime) est évidemment quasi indépendant de la rémunération proprement dite. La principale et quasi unique revendication de ces hauts fonctionnaires est d'ailleurs d'obtenir que ces primes, qui souvent constituent l'essentiel de leur rémunération mensuelle, soient intégrées à leur traitement, afin qu'elle soient prises en compte dans le calcul de la retraite, ce qui n’est évidemment pas le cas actuellement. Ce sont probablement les fonctionnaires du Trésor qui seront les premiers à bénéficier d'une telle mesure car, comme souvent, ils sont les premiers à se servir.

Ce point me paraît finalement plus intéressant que les modalités  du cirage des chaussures de Monsieur Aquilino Morelle ou l'usage abusif qu'il fait de ses voitures dites de fonction alors qu’elles ne sont sans doute, comme souvent, que des véhicules de service.

mercredi 12 juin 2013

Des primes, des primes...oui mais discrètes (sur l'air de la pub des pâtes Panzani)

Après le mariage gay et en prélude au grand débat sur les retraites, la question des primes dans la fonction publique va devenir un thème central de réflexion, même si elle n'est pour le moment qu'un sujet d'indignation à peine contenue, suite aux révélations qui ont fini par se faire jour dans les médias, après les premières dénégations, à propos des primes en liquide perçues par Monsieur Claude Guéant alors qu'il était au ministère de l'intérieur comme directeur de cabinet.

Le pot-aux-roses n'a été révélé que par les considérables achats en espèces (interdits au delà de 3.000 euros, disposition légale qu'ignorait ce désormais avocat fiscaliste) ; il est ainsi apparu que, de 2002 à 2004, il avait en effet perçu mensuellement 10 000 € de prime, alors que ce type de prime avait disparu début 2002 et que l'origine de ces fonds, remis en mains propres (si l'on peut dire) et en liquide, par prélèvement abusif sur les crédits de frais d'enquêtes, n'étaient pas, semble-t-il, l'objet de déclarations fiscales et, bien entendu, moins encore de prélèvements sociaux.

Il faut dire que cette question des primes dans la fonction publique est un excellent exemple de la façon dont l'État lui-même s'emploie à biaiser, à contourner ou même à violer des règles qu'il a pourtant lui-même fixées, tout en maintenant une large opacité alors qu'il n'a à la bouche que la transparence !

Cela apparaît avec une particulière netteté et pourrait-on dire triplement (versement en liquide, absence de déclaration fiscale, absence de prélèvements sociaux) dans le cas des primes perçues par Monsieur Claude Guéant. On devrait toutefois ajouter, pour éclairer le bon peuple, qu'une telle prime mensuelle doit équivaloir à peu près à 130 % de son traitement mensuel "normal" en tant que fonctionnaire "normal".

En effet, Monsieur Guéant est préfet de son état ; or, à lire les textes, le traitement annuel d'un préfet de classe normale est au minimum de 57.567 euros et, pour un préfet hors classe, il peut atteindre 74.489 euros. Voici le détail pour le "hors échelle G" :  HEG 1 Chevron 1   Index majoré 1501  brut mensuel 6.950,07  annuel brut 83.481

On comprend dès lors que, si les hauts fonctionnaires se précipitent tous, en foule, et dès que possible (et même un peu avant!), pour pantoufler dans l'industrie privée, c'est que les rémunérations des fonctionnaires sont en France infiniment inférieures à celles que peuvent espérer dans le privé des fonctionnaires de ce niveau. En gros le salaire net le plus élevé (hors primes et avantages en nature) que peut percevoir un haut fonctionnaire français est, à la louche, de 8.000 euros par mois. D'où la vogue extravagante du système des primes qui vise à majorer les salaires de base "normaux" de 20 à 60 % selon les propos de Madame Lebranchu chez J.M. Aphatie (RTL, mercredi 12 juin 2013 vers 8 heures 30).

Vu la rigidité pour ne pas dire la sclérose du statut de la fonction publique en France et de la grille des salaires qui a été arrêtés je ne sais trop quand, on ne peut guère toucher ni à cette grille sans l'ébranler toute ni "au point d'indice" à partir duquel sont calculés tous les salaires des fonctionnaires y compris les fonctionnaires hors échelle.
Il faut donc que, dans la haute administration qui est la première concernée et qui a la capacité de le faire, on invente un certain nombre de subterfuges pour majorer ses salaires, sans avoir évidemment à toucher à ceux de la piétaille de la fonction publique.
Ceux qui en sont les principaux bénéficiaires de ce système sont, dit-on, les fonctionnaires du Trésor à Bercy.

Il est bien entendu impossible de dresser un panorama général de ces primes, car, pour certains agents, elles sont liées à l'activité même des services où ils opèrent ; c'est le cas, par exemple, des trésoriers payeurs généraux et des ingénieurs de la direction de l'Equipement qui perçoivent des primes calculées sur le volume des activités ou des affaires des services dont ils ont la responsabilité, sans qu'on sache très exactement quel rapport il y a, par exemple, entre la masse financière que gère un TPG et son activité personnelle et individuelle.

En France, le trésorier-payeur général (TPG) est un haut fonctionnaire du Budget qui agit à la fois comme trésorier, comptable, contrôleur, conseiller économique et financier d'un ressort déterminé ; il est certes soumis, en tant que comptable public à un régime de responsabilité personnelle et pécuniaire, mais cette fonction est l'une des plus rémunératrices de la haute fonction publique, justement du fait qu'elle bénéficie d'une part variable en fonction du montant des transactions financières gérées. Selon la Cour des comptes, le salaire "normal se situe entre 10.000 et 14.000 euros par mois. Toutefois, une vingtaine de TPG ont dépassé les 200.000 euros de salaire annuel en 2006. (Source : journaldunet).

Pour les salaires, les TPG devancent une autre fonction, moins connue mais fort lucrative, celle des conservateurs des hypothèques dont l'opacité de fonctionnement et de rémunération est plus grande encore car la plupart des règlements visant à en définir l’exercice n’ont, pour la plupart, pas été rendus publics (Source IFRAP).

En dehors de ces cas, il existe une foule de primes qui sont calculées soient selon une grille des montants de primes dont voici quelques exemples :
  • Secrétaire      administratif de classe supérieure = 1.768 €
  • Administrateur      civil de 2ème classe  = 2.028 €
  • Chef de      service = 5.445 €
  • Directeur      général, directeur (hors échelle E) = 7.078 €
En fait, nombre de primes sont attribuées tout autrement, un peu à la tête du client et par une négociation qu'on pourrait qualifier d'"entretien entre quat' zyeux". C'est ainsi qu'un conseiller spécial de N. Sarkozy (sans titre particulier mais nommé sur le tard conseiller à la Cour des comptes) était réputé percevoir (sans prendre en compte les avantages en nature multiples) une rémunération mensuelle de 14 ou 15 000 €, c'est-à-dire égale au double de celle qu'aurait pu lui assurer son rang dans la fonction publique.

On a essayé, au cours des dernières années, de parler de "primes au mérite" (forme d'achat à tempérament de certains comme les présidents d'universités) pour essayer de justifier ce genre d'entorses graves aux règles de l'État ; des esprits mal intentionnés pourraient même dire qu'à travers tout ce système, l'État ne pratique pas autre chose que ce qu'il pourchasse ailleurs c'est-à-dire "le travail au noir" et les "rémunérations dissimulées" qui ne sont même pas toujours fiscalement déclarés et, en tout cas, ne font jamais l'objet de prélèvements sociaux.

Cette question des "primes" des fonctionnaires, même si on s'exprime avec beaucoup de flou et de prudence à son sujet, pour ne pas dévoiler au bon peuple les combines de la haute fonction publique, va inévitablement resurgir à l'occasion de la discussion sur les retraites. Le leitmotiv de nombreux fonctionnaires de grade élevé et en situation d'en bénéficier (surtout au sein de catégories peu nombreuses) est évidemment que ces primes soient prises en compte dans le calcul de la retraite, ce qui, en l'état actuel des choses, serait évidemment tout à fait scandaleux puisqu'ils ne cotisent en aucune façon sur ces primes qui sont versées en supplément de leur salaire. D'un autre côté, la question est relativement insoluble, car si l'on intègre de façon officielle dans les salaires déclarés ces primes qui sont quasi clandestines, on sera inévitablement obligé de mettre par terre toute la grille de la fonction publique et surtout d'attribuer des augmentations aux fonctionnaires les plus modestes qui sont aussi les plus nombreux, ceux des cadres C et B.

On ne sait pas comment finira l'histoire pittoresque des primes de Claude Guéant mais il semble tout à fait évident que le directeur de cabinet Claude Guéant percevait sans doute à la fois son salaire "normal" de fonctionnaire, une prime "de cabinet", négociée mais en quelque sorte officielle attachée à sa fonction et qui, on l'espère, était déclarée au point de vue fiscal, mais en outre, on peut le craindre, ces fameuses primes en liquide, totalement clandestines et qui ne faisaient l'objet ni d'une déclaration fiscale ni naturellement de prélèvements sociaux.

vendredi 2 novembre 2012

Universités : Présidents à vendre !


Certains d'entre vous se souviennent peut-être de la délicieuse chanson de Francis Blanche "Le général à vendre". On pourrait désormais en faire une parodie sur les présidents d'universités, eux aussi à vendre. Petit rappel :

"De bon matin me suis levé c'était dimanche
A la carriole, j'ai attelé la jument blanche
Pour m'en aller au marché dans le chef-lieu du comté
Paraît qu'y avait des présidents à vendre ;
Mais le soleil écrasait tant la route blanche
La jument s'arrêtait si souvent sous les branches
Que lorsque je fut rendu, on ne m'avait pas attendu
Et tous les présidents étaient vendus".

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, je vais entreprendre, un de ces jours, de rédiger une série de posts sur un sujet que j'ai déjà abordé à plusieurs reprises, la fameuse loi LRU dite "loi Pécresse", dans laquelle le régime Sarkozy a vu l'une de ses plus belles réussites. J'en ai toujours souligné les inconvénients et même les vices, mais on commence à en voir aujourd'hui les funestes conséquences, ne serait-ce que sur le simple plan financier, puisqu'une bonne partie des universités de France sont d'ores et déjà en état de cessation de paiement ou à peu près.

Je n'avais été frappé, jusqu'alors, que par la façon, au demeurant assez habile, qu'avait eue Madame Valérie Pécresse de faire passer cette loi, stratégie qu'elle n'avait sans doute pas conçue elle-même, mais pour laquelle on lui avait suggéré une démarche, fort adroite il faut le reconnaître.

Valérie Pécresse ne connaît manifestement rien au fonctionnement d'une université (elle n'y a jamais mis les pieds, puisque il s'agit là d'une ancienne élève de HEC) et, quand elle y pense, elle rêve l'université française sur le modèle des universités américaines, dont elle ne connaît pas grand-chose non plus. J'y reviendrai et je laisse donc pour le moment cette question.

La légitime colère qui me fait prendre dès maintenant l'initiative de ce post tient à la réforme des primes des présidents d'université que l'affaire de Sciences po Paris m'a remise en mémoire (voir mes posts précédents). V. Pécresse avait, là aussi, été assez habile (elle ou plutôt l'un de ses conseillers) pour disjoindre de la loi elle-même l'achat à tempérament des présidents d'université qu'elle envisageait. En effet, si la loi elle-même date de 2007, la promesse d'une réforme substantielle des primes présidentielles est intervenue dès octobre 2008 par l'évocation d'un plan de revalorisation des carrières, suivi elle-même, début 2009, lors de la présentation  de l'opération "Campus", de quelques précisions sur les montants comme sur les modes d'attribution de ces primes. Le décret lui-même n'a été publié qu'en juin 2010.

Le premier train de la loi LRU avait été relativement bien admis par tous les présidents d'université puisqu'en fait les principales réformes qu'apportait cette loi était dans le total droit fil des revendications de la Conférence des présidents d'université, la CPU. Pour faire simple, il suffit de rappeler qu'on y autorisait d'abord la principale de leurs revendications, la possibilité d'avoir un deuxième mandat donc de rester huit ans aux commandes de l'université, ce qui permet largement de se ménager un point de chute au ministère ou dans un rectorat, mais aussi et surtout, la mainmise sur les recrutements par la disparition des commissions de spécialité, avec la possibilité de créer, pour tous les recrutements, des commissions ad hoc, en ayant, par ailleurs en outre, un droit de veto sur les décisions qui, par hasard, ne seraient pas en faveur des vœux du président. Tout cela avait suffi à gagner largement à V. Pécresse la sympathie et le soutien des présidents d'université et cela en dépit de toutes ses dispositions assez contestables et de quelques grèves ici ou là ; la loi a été, somme toute, assez bien admise, car on a vu bien des présidents censés être de gauche retourner leur veste dans la mesure où ils y trouvaient un intérêt évident. Vous voulez des noms ?

Dès 2008 mais surtout à partir de 2009, le ministère a commencé à faire miroiter aux yeux présidentiels des avantages supplémentaires, avec en particulier une très forte prime. Si je me souviens bien, la prime d'administration attribuée à un président d'université était, après la loi Edgar Faure (1968), de l'ordre de 1000 francs de l'époque par mois (soit 150 €) donc, pour une année, de 1800 € ; cette prime a été augmentée un peu dans la suite mais elle restait, il faut bien le dire, symbolique, pour ne pas dire ridicule.

Valérie Pécresse, dès 2008, a laissé entendre que cette prime serait très fortement revalorisée ; le minimum envisagé était de 20 000 € avec des modulations qui allaient au-delà, en fonction de la taille de l'université! Notons-le au passage, une telle remarque est parfaitement stupide, car il est certain que la charge de travail d'un président d'université n'est en rien fonction de la taille de l'université ; on pourrait même avancer que plus l'université est grosse et donc plus l'encadrement administratif est important, moins le travail du président est considérable. Nul n'hésite à aller voir le président dans une université de 5 000 étudiants, alors que cette démarche devient à peu près impossible s'il y en a 50 000. Mais une fois encore, je le répète, Madame Pécresse, qui n'a jamais mis les pieds dans une université, ignore évidemment ce genre de détail

Ce qui est plus pittoresque encore est que, dès 2008, en présentant son plan de revalorisation des carrières, Valérie Pécresse avait précisé que l'indemnité de charges administratives des présidents pourrait atteindre 40 000 € et serait mise en vigueur dès la rentrée 2009. Le mode de calcul de cette prime vaut son pesant de cacahuètes, surtout lorsqu'il s'inscrit dans le cadre d'une loi qui vise à établir l'autonomie des universités. L'indemnité de base est de 20 000 €, mais le décret permet de majorer de 50 % cette indemnité en cas de passage de l'établissement aux "responsabilités et compétences élargies" (RCE), l'idée étant, à défaut de convaincre les universités, d'acheter par là, une fois de plus, l'adhésion de leurs présidents aux désirs officiels. La modulation de cette prime est donc clairement définie, au départ, comme étant liée à la servilité vénale des présidents d'université envers les intentions du ministre. Certains ont parlé sur ce point de "vassalisation", ce qui me paraît un terme noble, fort inadéquat à mon sens, ceux de "servilité" et de "vénalité" me paraissant plus précis et mieux adaptés. Ils le sont d'autant plus que les montants individuels de prime, déjà éventuellement majorés de 50 %, peuvent être augmentés (et il faut citer les termes exacts tant ils sont savoureux)  "par décision du ministre chargé de l'enseignement supérieur, dans la limite de 20 % du montant de la prime majorée, en fonction de la réalisation d'objectifs et des résultats d'indicateurs fixés et notifiés en début d'année par ce même ministre" (et de la surface de bottes léchées ?).

On ne saurait être plus clair, même si évidemment, la notion d'autonomie en prend un coup au passage ; en d'autres termes, tout président d'université devra avoir le petit doigt sur la couture du pantalon et la langue pendante, exécuter les décisions du ministre et répondre au moindre de ses vœux, s'il veut voir, de ce fait, sa prime administrative passer de 20 000 € à 36 000 euros (20 000 + 50 % de 20 000 + 20 % de 30 000 €). En huit ans de présidence, de quoi se payer un petit appart. !

Comment ne pas être tenté faire le beau pour un si joli susucre !

Le plus drôle et la fin de toute cette histoire est que Monsieur Lionel Collet, ancien président d'université (Lyon I) et ancien président de la Conférence des présidents d'université, qui se montrait fort critique à l'égard de ces formes de modulation de la prime prévue par le décret, est désormais (ô surprise!) directeur du cabinet de la ministre de l'enseignement supérieur. En son temps et dans son université, en tant que président comme en tant que président de la CPU, il avait pourtant appliqué sans broncher la loi LRU (mais peut-être avec une restriction mentale...).

Que fera-t-il désormais en tant que directeur du cabinet de la ministre compétente dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault? Affaire à suivre !

jeudi 1 novembre 2012

Le fusil pour tirer dans les Descoings (suite)

Le long et minutieux rapport de la Cour des Comptes sur le fonctionnement de l'Institut d'études politiques de Paris (communément dit "Sciences-po"), dont Le Monde s'est procuré le texte et a publié des extraits (8 octobre 2012) aussitôt repris dans toute la presse, ne sera rendu public que le 22 novembre 2012.

Le plus étonnant est ailleurs! Le bruit court en effet que ce rapport, qui, comme tous les rapports de cette Cour, n'engendre, par lui-même, aucune sanction risque d'avoir une suite, assez exceptionnelle, puisque la chose n'est arrivée, à ma connaissance, que deux fois dans l'histoire universitaire française. La Cour des Comptes en effet n'a pas le pouvoir de contraindre et moins encore d'infliger des sanctions, mais, en revanche, elle peut transmettre un dossier à la Cour de discipline budgétaire qui, elle, possède de tels pouvoirs. C'est surtout pour cette raison que la procédure de désignation du successeur de Monsieur Richard Descoings, qui a pourtant été engagés puisque Monsieur Hervé Crès a été désigné, sera gelée par l'Etat en attendant la publication de ce rapport et les suites éventuelles qu'il pourrait avoir.

La presse française, dans les dernières années, a souvent présentée Richard Descoings comme un brillantissime élément du système universitaire français, ce que l'examen de sa carrière, sur les bases d'éléments connus de tous et publiés, n'a rien d'exceptionnel. Il quitte la classe de préparation à l'École normale supérieure après une simple année d' hypokhâgne (ce qui, en clair, signifie qu'au terme de cette première année préparatoire, on l'a envoyé se faire pendre ailleurs, sans l'admettre en khâgne), il entre alors à Science po pour préparer l'ENA où il n'entrera qu'à sa troisième tentative. Tout cela ne constitue donc pas une carrière exceptionnelle, loin de là, mais passons, car la question du jour est ailleurs.

L'affaire de Sciences-po a commencé, avant la publication par le Monde des extraits du futur rapport, avec la révélation par Médiapart des énormes primes que s'octroyaient les responsables de Sciences-po ; l'examen par la Cour des Comptes des bulletins de paye entre 2005 et 2011 a confirmé ce point et fait apparaître que la rémunération annuelle brute de Monsieur Richard Descoings a augmenté de 60,4 % entre 2005 et 2011 et a culminé à 537 246,75 euros en 2010.

Le Monde ajoute, sur ce point, que "la rémunération annuelle brute du président d'un autre grand établissement universitaire était en 2011 de 160 095,61 €".Ce dernier point est très contestable ; le chiffre avancé pour la rémunération d'UN président d'université est totalement inexact, en dépit de son apparente précision ; il s'agit en rien d'une moyenne mais d'un maximum rarissime, dans le cas où ce président d'université serait, par ailleurs, un professeur de médecine qui serait, en même temps, médecin hospitalier, ce qui conduit, de façon d'ailleurs scandaleuse, à doubler presque son salaire.

En réalité, un professeur d'université de première classe  NORMAL, au dernier échelon de la classe exceptionnelle, a une rémunération nette qui atteint à peine les
72 000 € par an (les primes d'encadrement doctoral et de recherche et d'administration n'étant évidemment pas incluses).

Je reviendrai d'ailleurs sur la réforme des primes des présidents d'université qui constitue un pur scandale dans la mesure où elle vise surtout, comme on a pu lire, à la "vassalisation" (le terme paraît d'ailleurs infiniment trop noble!) de ces présidents à un ministère qui est, désormais, totalement maître de la variation des primes qu'ils perçoivent.

Bien entendu comme on l'imagine, Richard Descoings n'a pu jongler ainsi avec les primes et les rémunérations qu'en se gagnant la complicité d'un certain nombre de responsables des instances de Sciences po. Une lecture attentive des données fournies par Maryline Baumard et Benoit Floc'h (Le Monde, 8/10/12) est instructive sur la méthode et les stratégies du directeur.
On constate en effet que sa rémunération totale passe d'un total 315.311 euros den 2005 (dont 170.470 de salaires, le reste étant en primes diverses et multiples) à 505.806 euros en 2011 (dont 263.354 euros en salaire et le reste en PRIMES). Observons donc au passage que si la rémunération totale n'augmente QUE de 60%, le salaire, lui croît de près de 80%!
Ces pourcentages sont évidemment énormes, mais, en fait dérisoires, car pour le personnel de Sciences Po Paris l'augmentation est de 181 % et pour les dirigeants de 158% ! On est partagé entre la générosité de Monsieur Richard Descoings envers ses collaborateurs et son désintéressement personnel ! Toutefois n'est-ce pas le prix à payer (pas par lui d'ailleurs, mais par nous !) pour s'assurer un silence aussi complice que définitif !

L'étrange statut de l'Institut d'études politiques de Paris est un élément d'explication majeur. Y coexistent en effet le statut d'un établissement de droit public sans budget propre et celui d'une institution de statut mal défini, mais de droit privé, la Fondation nationale des sciences politiques. Tout cela est à l'origine, tant de ces dysfonctionnements et de tels abus que de cette gabegie, ce que souligne la Cour des Comptes. Sciences-po mène, en effet, grand train comme on vient de le voir, en dépit de résultats d'exploitation négatifs en 2005, 2006 et 2008 !

Le rapport souligne également le coût exorbitant des étudiants de Sciences-po dont le coût moyen est supérieur de plus de 3000 € à celui d'universités où sont dispensés pourtant des enseignements du même ordre, comme Paris Dauphine ; il en résulte des coûts plus élevés à la fois pour l'État, qui contribue à ces dépenses (300 euros de plus qu'ailleurs!) et surtout pour les étudiants eux-mêmes, à qui on demandait en 2010, 400 € de plus à Dauphine mais plus de 3000 euros de supplément à Sciences-po !

Quant à "l'ouverture sociale" qui était le fonds de commerce et le thème majeur de communication de Monsieur Richard Descoings, le pourcentage de "boursiers" avancé ( 30 % du total d'étudiants annoncé pour 2012) est très loin d'être atteint et par ailleurs le niveau social moyen des parents des étudiants admis s'est plutôt élevé puisque les parents cadres ou exerçant une profession intellectuelle supérieure ont vu leur pourcentage augmenter de 5%, passant de 58 à 63 %.

Monsieur Richard Descoings et Sciences-po ont en revanche bénéficié, à grand renfort de communication et de publicité, des faveurs insignes du précédent gouvernement ; la subvention du ministère de l'enseignement supérieur a augmenté du tiers en cinq ans passant de 47,7 millions d'euros en 2005 à 63 millions en 2010 « en l'absence de tout contrôle exercé par l'État ». Quelle université peut en dire autant ?

Il y aurait encore beaucoup à dire en particulier aussi sur le corps enseignant de Sciences po, mais, comme disait Kipling, "Ceci est une autre histoire".

jeudi 21 juin 2012

Foot et bac (suite). « On nous ment !"

Toulouse étant, une fois encore, sous les feux de l'actualité, comment ne pas reprendre la célèbre chanson du groupe toulousain les Fabulous Troubadours « Il nous ment », en l'adaptant à peine.

« On nous ment, on nous ment,
C’est du vent, on nous ballade
On nous vend que des salades
Y’en a marre des boniments »

À propos du bac, on ne nous ment pas trop, en tout cas pas encore, mais pour ce qui est du foot et de la Coupe d'Europe de football, les mensonges le disputent à la langue de bois dans nos médias.

Je ne parle même pas ici des soupçons qu'on peut avoir du fait de la scandaleuse défaite de l'Ukraine contre l'Angleterre. Le but ukrainien de l'égalisation était parfaitement valable et marqué sous les yeux des cinq arbitres, dont celui qui est spécialement affecté à la surveillance expresse de la ligne de but. Il a été refusé, ce qui arrange bien, entre nous, les affaires de la France, décidément spécialiste des qualifications foireuses, celle-ci s'ajoutant à la main de Thierry Henry ; si le but avait été accepté, comme il aurait dû l'être, rien n'empêche de penser que les Ukrainiens auraient pu arracher la victoire dans la dernière partie de la rencontre et priver la France d'un quart de finale, dont sa prestation contre la Suède a démontré qu'il était parfaitement immérité.

Le problème est que la médiocrité de ce match de qualification (ou réputé tel, car il ne le fut guère) a amené à soulever le problème de la prime de match qui, de ce fait, va être versée aux 23 joueurs (et comme on le verra à quelques autres) en dépit de la parfaite nullité de leur prestation. Il est vrai qu'à l'avantage de la France, la suspension de Philippe Mexès, responsable du premier but suédois, donnera peut-être quelques chances de plus à l'équipe de France contre l'Espagne.

Il est apparu hier, au grand jour et au scandale de quelques-uns (trop rares hélas), que cette misérable qualification pour les quarts de finale allait valoir aux joueurs français une prime de 100.000 euros qui avait été âprement discutée avec les autorités de la Fédération par cinq joueurs de l'équipe dont ce même Philippe Mexès et Florent Malouda.

Bien entendu cette prime sera versée à la totalité des 23 joueurs, y compris ceux qui n'ont jamais mis un pied sur le terrain durant ces trois matchs et donc moins encore durant le dernier. Il est vrai que ceux qui ont pris part à cette partie lamentable ne s'y sont guère plus fatigués que ceux qui sont restés sur la touche à cirer le banc.

La première stupeur qu'on peut avoir lieu, même si cette remarque est un peu inattendue, est la médiocrité d'une telle prime. Si l'on considère que se qualifier pour les quarts de finale est une performance remarquable (ce qu'on veut nous faire croire et qui est bien difficile à admettre lorsqu'on a vu, pour son malheur, la médiocrité des matchs de qualification), cette somme est dérisoire et Mexès ou Malouda ne sont pas meilleurs en négociation qu'au foot! En effet, pour la plupart des joueurs qui vont toucher cette prime, une telle somme représente, en gros, trois jours de salaire ce qui est ridicule!

On doit toutefois s'attarder un peu sur ce point, car il est clair que, comme dit la chanson : "On nous ment ! » En effet il a été avancé par la presse, avant l'épreuve, que le total des primes s'élevait aux environs de 4 millions d'euros. La chose apparaît impossible pour quiconque a encore quelques notions vagues de calcul mental puisque le seul total des primes de qualification pour les quarts de finale des 23 joueurs, qui ne sont pas les seuls à les toucher, atteint déjà 2,3 millions d'euros. Pire encore! Si l'on prend le cas où la France gagnerait la Coupe d'Europe, la prime étant alors de 350 000 €, les seules sommes à verser aux seuls joueurs dépasseraient déjà les 8 millions d'euros. « On nous ment ! ».

Il faut ajouter, et personne n'en parle (et surtout pas Laurent Blanc et le président de la FFF qui s'épanchaient hier sur toutes les radios), les joueurs ne sont pas les seuls à toucher cette prime. S'y ajoutent (et le flou du terme utilisé est intéressant) « l'encadrement » de l'équipe ! Quelles sont les limites exactes de cet encadrement et qui en fait partie au juste? Mystère ! Le "staff" comprend certes une cinquantaine de personnes, mais quid des cuisiniers, des vidéastes, des attachés de presse ou des chauffeurs, car les uns et les autres font partie de la caravane de l'équipe de France de football !

Il est donc certain que le coût des primes, au total, dépasse très largement les chiffres qu'on avance en réponse aux indiscrets assez mal élevés pour poser de telles questions.

« On nous ment, on nous ment,
C’est du vent, on nous ballade
On nous vend que des salades
Y’en a marre des boniments »

mercredi 26 janvier 2011

Education nationale : la stratégie des « petits chefs ».

La ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse, a fait une importante découverte stratégique lors de l’élaboration de sa loi LRU sur la prétendue autonomisation des universités. Petit rappel du texte. Il s’agit de la loi 2007-1199 du 10 août 2007 relative aux « libertés et responsabilités des universités », initialement intitulée « loi portant organisation de la nouvelle université » et plus communément appelée « loi d'autonomie des universités » ou même « LRU ».

Je dois ici une courte explication de l’usage que j’ai fait du terme « prétendue », car les universités françaises ne pourront être réellement autonomes que le jour où elles ne dépendront plus, quasi totalement, des financements de l'État. Un tel cas est, par exemple, celui des grandes universités américaines (le « top-ten » des « ivy universities »), qui constitue également le peloton de tête mondial dans le classement de Shanghai, que les autorités universitaires françaises ont sottement pris pour référence, sans connaître grand chose aux réalités ou sans vouloir les prendre en compte.

En France, on paraît ne pas savoir, en effet, que ces universités américaines prestigieuses ont un financement largement privé (à 80%)et des modes de fonctionnement radicalement autres que les nôtres. Aux Etats-Unis, même les universités dites « d'État », ne dépendent des moyens publics que pour 30 ou 40 % de leur budget.

Réforme bidon ou pas, c'est un tout autre problème dont je veux parler aujourd’hui et je laisse donc de côté cet aspect sur lequel je pourrais, le cas échéant, revenir, car mon sentiment n'a pas changé depuis l’époque où j’ai écrit à ce même propos.

Le point important ici est la stratégie habile (une fois n'est pas coutume !), mise en oeuvre en 2007 par le MESR. Je doute, vu la subtilité de la manoeuvre, que Valérie Pécresse ait imaginé elle-même ou, en tout cas, seule, une manoeuvre si adroite. Il est vrai que, comme le sont souvent les bonnes idées, la formule est très simple.

L'astuce a en effet consisté à se gagner, pour la mise en oeuvre de la réforme, le concours et même la complicité des présidents d'universités, les « petits chefs » locaux en la circonstance. La rumeur d'une importante réforme courant ici et là, la conférence des présidents d'universités, la CPU, avait jugé bon d'exprimer officiellement sur ce point les principales revendications de ses membres dans le cas d’une réforme. Il y en avait deux, essentielles à leurs yeux : d’une part, avoir un mandat renouvelable car depuis la loi Edgar Faure, l’une des plus sages mesures prises alors était le mandat unique pour les présidents d’université (ce qui tordait le cou à la fois au clientélisme et à l’électoralisme) ; d’autre part, avoir la haute main sur les recrutements d'enseignants grâce à la mise en place, par les présidents eux-mêmes, de commissions ad hoc qui remplaceraient les commissions de spécialité élues.

Il était évident qu'en inscrivant dans la loi LRU ces deux exigences majeures de la CPU, on faisait des présidents des instruments dociles, voire empressés, de l'acceptation et de la mise en oeuvre de la loi Pécresse. Les choses se sont passées exactement comme on l'avait prévu ; la CPU qui était, auparavant, en fréquent désaccord avec le ministre, s'est aussitôt chargée de la mise en place de la volonté ministérielle et de la propagande en faveur de la loi LRU.

On a ainsi vu des présidents d'université s'employer localement, fût-ce par le recours aux forces de l'ordre (eux qui étaient naguère encore tellement attachés aux franchises universitaires) à entraver et même à briser toutes les tentatives syndicales et/ou estudiantines de contester ou d'entraver la loi LRU.

Il apparaît désormais que la rue de Grenelle (ministère de l’éducation nationale) a compris et retenu la leçon de la rue Descartes (ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche). L. Chatel le montre bien en songeant désormais à faire des chefs d'établissement des « petits chefs » et, par là, les rouages complaisants et dociles des volontés du ministre, à la fois en accroissant leur propre pouvoir (vieille idée qui ne saurait leur déplaire et qu’on a déjà dix fois avancée sous le masque de la déconcentration), mais en alléchant en outre les plus serviles et/ou les plus cupides d’entre eux par une prime (jusqu'à 6000 € tous les trois ans). Vous aurez déjà compris que le ministre jugera naturellement, seul ou à travers ses affidés, des mérites qui seront reconnus à ceux de ces « petits chefs » qui seront les bénéficiaires de cette prime.

On a déjà préparé la chose en faisant le même coup pour les recteurs, pourtant jamais portés à contrarier les vues du ministre, mais naturellement, avec un tarif bien supérieur pour la prime. Dans ce cas, la « modulation » peut atteindre 22.000 € . A « petit chef » petite prime et, dans l’arithmétique ministérielle, un recteur comme « moyen chef » vaut quatre « petits chefs » ou plutôt douze car la prime des recteurs est annuelle!

Les premiers services attendus des recteurs sont, bien entendu, la facilitation maximale de l’ingestion par les enseignants et les syndicats de la pilule, grosse et quelque peu amère, des suppressions de postes.

Qu'il y ait lieu de récompenser le mérite dans la fonction publique, qui pourrait dire le contraire, à part peut-être quelques farouches syndicalistes ? Ces derniers ne veulent entendre parler que de l'ancienneté (qui met strictement sur le même pied tous les enseignants consciencieux ou fumistes, assidus ou absentéistes, etc.) et du principe intangible du « choix » (« grand » ou « petit » dans la terminologie officielle) que les syndicats eux-mêmes contrôlent plus ou moins au bénéfice de leurs membres ou de leurs amis.

Il est à craindre que, dans les universités comme dans les lycées, collèges ou écoles, l'érection (je pèse mes mots) des responsables locaux en « petits chefs », loin de favoriser un meilleur fonctionnement des systèmes éducatifs, ne fasse que les pervertir encore davantage par des dysfonctionnements nouveaux et supplémentaires, allant selon les lieux et les cas, mais sans aucune exclusive, du clientélisme et du simple copinage au droit de cuissage !