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vendredi 2 novembre 2012

Universités : Présidents à vendre !


Certains d'entre vous se souviennent peut-être de la délicieuse chanson de Francis Blanche "Le général à vendre". On pourrait désormais en faire une parodie sur les présidents d'universités, eux aussi à vendre. Petit rappel :

"De bon matin me suis levé c'était dimanche
A la carriole, j'ai attelé la jument blanche
Pour m'en aller au marché dans le chef-lieu du comté
Paraît qu'y avait des présidents à vendre ;
Mais le soleil écrasait tant la route blanche
La jument s'arrêtait si souvent sous les branches
Que lorsque je fut rendu, on ne m'avait pas attendu
Et tous les présidents étaient vendus".

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, je vais entreprendre, un de ces jours, de rédiger une série de posts sur un sujet que j'ai déjà abordé à plusieurs reprises, la fameuse loi LRU dite "loi Pécresse", dans laquelle le régime Sarkozy a vu l'une de ses plus belles réussites. J'en ai toujours souligné les inconvénients et même les vices, mais on commence à en voir aujourd'hui les funestes conséquences, ne serait-ce que sur le simple plan financier, puisqu'une bonne partie des universités de France sont d'ores et déjà en état de cessation de paiement ou à peu près.

Je n'avais été frappé, jusqu'alors, que par la façon, au demeurant assez habile, qu'avait eue Madame Valérie Pécresse de faire passer cette loi, stratégie qu'elle n'avait sans doute pas conçue elle-même, mais pour laquelle on lui avait suggéré une démarche, fort adroite il faut le reconnaître.

Valérie Pécresse ne connaît manifestement rien au fonctionnement d'une université (elle n'y a jamais mis les pieds, puisque il s'agit là d'une ancienne élève de HEC) et, quand elle y pense, elle rêve l'université française sur le modèle des universités américaines, dont elle ne connaît pas grand-chose non plus. J'y reviendrai et je laisse donc pour le moment cette question.

La légitime colère qui me fait prendre dès maintenant l'initiative de ce post tient à la réforme des primes des présidents d'université que l'affaire de Sciences po Paris m'a remise en mémoire (voir mes posts précédents). V. Pécresse avait, là aussi, été assez habile (elle ou plutôt l'un de ses conseillers) pour disjoindre de la loi elle-même l'achat à tempérament des présidents d'université qu'elle envisageait. En effet, si la loi elle-même date de 2007, la promesse d'une réforme substantielle des primes présidentielles est intervenue dès octobre 2008 par l'évocation d'un plan de revalorisation des carrières, suivi elle-même, début 2009, lors de la présentation  de l'opération "Campus", de quelques précisions sur les montants comme sur les modes d'attribution de ces primes. Le décret lui-même n'a été publié qu'en juin 2010.

Le premier train de la loi LRU avait été relativement bien admis par tous les présidents d'université puisqu'en fait les principales réformes qu'apportait cette loi était dans le total droit fil des revendications de la Conférence des présidents d'université, la CPU. Pour faire simple, il suffit de rappeler qu'on y autorisait d'abord la principale de leurs revendications, la possibilité d'avoir un deuxième mandat donc de rester huit ans aux commandes de l'université, ce qui permet largement de se ménager un point de chute au ministère ou dans un rectorat, mais aussi et surtout, la mainmise sur les recrutements par la disparition des commissions de spécialité, avec la possibilité de créer, pour tous les recrutements, des commissions ad hoc, en ayant, par ailleurs en outre, un droit de veto sur les décisions qui, par hasard, ne seraient pas en faveur des vœux du président. Tout cela avait suffi à gagner largement à V. Pécresse la sympathie et le soutien des présidents d'université et cela en dépit de toutes ses dispositions assez contestables et de quelques grèves ici ou là ; la loi a été, somme toute, assez bien admise, car on a vu bien des présidents censés être de gauche retourner leur veste dans la mesure où ils y trouvaient un intérêt évident. Vous voulez des noms ?

Dès 2008 mais surtout à partir de 2009, le ministère a commencé à faire miroiter aux yeux présidentiels des avantages supplémentaires, avec en particulier une très forte prime. Si je me souviens bien, la prime d'administration attribuée à un président d'université était, après la loi Edgar Faure (1968), de l'ordre de 1000 francs de l'époque par mois (soit 150 €) donc, pour une année, de 1800 € ; cette prime a été augmentée un peu dans la suite mais elle restait, il faut bien le dire, symbolique, pour ne pas dire ridicule.

Valérie Pécresse, dès 2008, a laissé entendre que cette prime serait très fortement revalorisée ; le minimum envisagé était de 20 000 € avec des modulations qui allaient au-delà, en fonction de la taille de l'université! Notons-le au passage, une telle remarque est parfaitement stupide, car il est certain que la charge de travail d'un président d'université n'est en rien fonction de la taille de l'université ; on pourrait même avancer que plus l'université est grosse et donc plus l'encadrement administratif est important, moins le travail du président est considérable. Nul n'hésite à aller voir le président dans une université de 5 000 étudiants, alors que cette démarche devient à peu près impossible s'il y en a 50 000. Mais une fois encore, je le répète, Madame Pécresse, qui n'a jamais mis les pieds dans une université, ignore évidemment ce genre de détail

Ce qui est plus pittoresque encore est que, dès 2008, en présentant son plan de revalorisation des carrières, Valérie Pécresse avait précisé que l'indemnité de charges administratives des présidents pourrait atteindre 40 000 € et serait mise en vigueur dès la rentrée 2009. Le mode de calcul de cette prime vaut son pesant de cacahuètes, surtout lorsqu'il s'inscrit dans le cadre d'une loi qui vise à établir l'autonomie des universités. L'indemnité de base est de 20 000 €, mais le décret permet de majorer de 50 % cette indemnité en cas de passage de l'établissement aux "responsabilités et compétences élargies" (RCE), l'idée étant, à défaut de convaincre les universités, d'acheter par là, une fois de plus, l'adhésion de leurs présidents aux désirs officiels. La modulation de cette prime est donc clairement définie, au départ, comme étant liée à la servilité vénale des présidents d'université envers les intentions du ministre. Certains ont parlé sur ce point de "vassalisation", ce qui me paraît un terme noble, fort inadéquat à mon sens, ceux de "servilité" et de "vénalité" me paraissant plus précis et mieux adaptés. Ils le sont d'autant plus que les montants individuels de prime, déjà éventuellement majorés de 50 %, peuvent être augmentés (et il faut citer les termes exacts tant ils sont savoureux)  "par décision du ministre chargé de l'enseignement supérieur, dans la limite de 20 % du montant de la prime majorée, en fonction de la réalisation d'objectifs et des résultats d'indicateurs fixés et notifiés en début d'année par ce même ministre" (et de la surface de bottes léchées ?).

On ne saurait être plus clair, même si évidemment, la notion d'autonomie en prend un coup au passage ; en d'autres termes, tout président d'université devra avoir le petit doigt sur la couture du pantalon et la langue pendante, exécuter les décisions du ministre et répondre au moindre de ses vœux, s'il veut voir, de ce fait, sa prime administrative passer de 20 000 € à 36 000 euros (20 000 + 50 % de 20 000 + 20 % de 30 000 €). En huit ans de présidence, de quoi se payer un petit appart. !

Comment ne pas être tenté faire le beau pour un si joli susucre !

Le plus drôle et la fin de toute cette histoire est que Monsieur Lionel Collet, ancien président d'université (Lyon I) et ancien président de la Conférence des présidents d'université, qui se montrait fort critique à l'égard de ces formes de modulation de la prime prévue par le décret, est désormais (ô surprise!) directeur du cabinet de la ministre de l'enseignement supérieur. En son temps et dans son université, en tant que président comme en tant que président de la CPU, il avait pourtant appliqué sans broncher la loi LRU (mais peut-être avec une restriction mentale...).

Que fera-t-il désormais en tant que directeur du cabinet de la ministre compétente dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault? Affaire à suivre !

mardi 5 juin 2012

Haïti : faut-il une Valérie Pécresse à Haïti ?



Le débat sur l'université en Haïti, qui n'est qu'un aspect du problème général de la situation globale de ce malheureux Etat, est à nouveau alimenté, le 4 juin 2012, par un article du Nouvelliste qui consiste dans une interview du "Docteur Fritz Dorvilier" (Je me demande d'où sort, en Haïti, cette ridicule manie teutonne qui nous épargne encore le "Professeur Docteur"!), auteur d'un ouvrage intitulé La crise haïtienne du développement qui semble être une version destinée au grand public de sa thèse (belge) d'anthropologie. Les vues générales de cet ouvrage qui rappellent, à certains égard, celle si pertinentes de mon ami André-Marcel d'Ans, ne sont pas fausses bien entendu, mais je voudrais ici m'en tenir au problème de l'université.

On sait qu'elle a été fortement éprouvée par le séisme du 12 janvier 2010, aussi bien dans ses établissements privés (l'Université Quisqueya s'est, elle, vite remise de cette épreuve) que dans ses établissements publics, dont le plus éprouvé a été sans aucun doute la Faculté de linguistique appliquée où l'on a compté plus de 200 victimes parmi les étudiants et les professeurs.

Toutefois, cela n'y a pas changé grand-chose au fonctionnement général de l'Université ; les récents et consternants affrontements internes autour de l'élection du recteur et de ses vice-recteurs ont souligné le caractère dérisoire de tels débats dans pareille situation.

Le paradoxe pour Haïti, et il n'est pas mince, est que des facultés comme celle de linguistique appliquée n'ont pas de locaux et ont longtemps fonctionné sous des tentes (je ne sais pas quel est l'état actuel des choses), tandis que, grâce à la République Dominicaine, on a construit un superbe campus à Limonade qui, pour le moment, est totalement vide, faute de moyens et de personnel, mais aussi parce qu'on n'a toujours pas réussi à en définir exactement le statut ni même le nom !

Comme le dit Fritz Dorvilier, pour l'université haïtienne « il faut une réforme structurelle à la fois administrative et pédagogique ». Il faudrait surtout à mon sens que cette université existe dans un projet cohérent et adapté (les meilleurs étudiants haïtiens à Paris viennent y faire de la PHILOSOPHIE!) et qu'elle soit pourvue en premier lieu, dans cette perspective, des moyens et du personnel nécessaires. Il y a sans doute d'excellents enseignants-chercheurs haïtiens dans le monde (j'en connais plusieurs) ; le malheur est qu'ils sont aux États-Unis, au Québec ou en France et non en Haïti.

La politique actuelle de bourses de doctorat ou de "post-docs", suite au séisme de 1012, qui a consisté à donner des bourses pour envoyer de-ci de là à travers le monde de jeunes chercheurs haïtiens est évidemment une stupidité voire un crime car la plupart d'entre eux ne reviendront jamais au pays. Le feraient-ils d'ailleurs (je pense ici aussi au cas très précis d'une jeune linguiste haïtienne qui a soutenu l'an dernier un doctorat en France avec le désir arrêté dès le départ de revenir en Haïti) qu'on s'emploierait à ne pas leur permettre de trouver un poste qui leur permette de rester définitivement et honorablement dans leur patrie. Il est bien plus rémunérateur en effet de jouer les gratte-papiers subalternes pour une ONG que d'enseigner à l'université!

Il s'agit donc non pas d'investir dans la recherche et l'université que de le faire dans une université qui soit en mesure de permettre réellement l'enseignement supérieur et la recherche.

Cette situation me rappelle tout à fait la conclusion du rapport que j'ai fait lors de ma première visite en Haïti, en 1978 ; j'étais alors en mission pour le compte du ministère français des affaires étrangères afin d'évaluer les chances de succès de la réforme Bernard à laquelle la coopération française apportait une aide considérable (1 million de dollars par an et des dizaines de postes d'enseignants coopérants). Au terme de mon séjour j'ai produit un rapport qui a fait quelque bruit dans le landerneau du Quai d'Orsay et probablement en Haïti aussi, car on a dû s'empresser de l'envoyer au ministère de l'éducation haïtien ; j'y avais écrit, d'une façon un peu brutale mais sincère, que pour réformer un système éducatif où qu'il fût, je pensais que la première et indispensable condition était qu'il EXISTAT. On peut faire, pour l'université haïtienne, à quelques notables exceptions près, la même remarque de bon sens !

Fritz Dorvilier, s'il fait un tableau sans concession de l'université haïtienne, me semble avoir des illusions concernant les universités occidentales et particulièrement françaises. Je le cite : « Il faut voir comment les occidentaux plus particulièrement gèrent leurs universités. Il faut savoir ce que représentent quatre années d'études doctorales et l'épreuve psycho-cognitive constitue une soutenance de thèse ». Cette appréciation, en particulier pour ce qui touche la gestion des universités est des plus optimistes, pour ne pas dire totalement erronée.

D'abord pour ce qui concerne le titre de docteur ; j'ai vu dans ma vie une foule d'étudiants échouer (parfois à de multiples reprises) à un concours censé être de même niveau comme l'agrégation ; je n'ai jamais vu personne, s'il s'en donne le temps et la peine, ne pas parvenir à soutenir une thèse de doctorat (quitte, dans quelques cas à la faire faire par un(e) autre!).

L'élection comme président d'une université française résulte d'un jeu complexe où interviennent, en dosages subtils et variables, appartenances politiques, rattachements disciplinaires et affinités syndicales ; inévitablement, la recherche comme l'enseignement universitaire n'y ont guère de place. L'ambition de devenir président d'université ne peut guère être, sauf dans quelques cas exceptionnels, le rêve d'un enseignant-chercheur de grande valeur puisqu'il sait d'avance que, dans ces conditions, il devra renoncer pour cinq ou même désormais dix ans à l'enseignement et à la recherche ; ce faisant, il se place donc fatalement sur une trajectoire administrative et finira probablement dans un ministère ou, au pire, dans un rectorat.

La récente loi Pécresse ou loi LRU qu'on encense sans y rien comprendre, loin d'arranger les choses les a empirées. Pour se les gagner et non sans calcul, V. Pécresse a donné aux présidents d'universités tous les pouvoirs qu'ils voulaient et surtout leur a permis de rester dix ans dans cette fonction, ce qui les écarte, définitivement et à tout jamais, des réalités de l'enseignement et de la science.

Pour en revenir à l'université haïtienne, comme je l'ai dit déjà souvent, le problème n'est pas de la reconstruire mais de la PENSER et de la CONSTRUIRE. Pour cela, il faut évidemment des moyens qu'elle n'a pas mais qui abondent par ailleurs dans une aide internationale qui, comme je l'ai montré dans un précédent blog, retournent pour l'essentiel dans les pays donateurs ou sont confisqués à d'autres fins au lieu de s'investir réellement dans le pays. Le modèle cubain n'est certes pas recommandable à tous les égards, mais, sur ce point au moins, il pourrait inspirer, non pas une inutile réforme mais une véritable réflexion sur la création d'une université nationale.

lundi 28 novembre 2011

Sois belle et tais-toi !

Je n'ai pas eu le temps de rédiger le blog que m'a inspiré Anne-Sophie Lapix qui, sur Canal+ recevait hier Valérie Pécresse qui se donne pour ministre du budget. Bel exemple de la nullité de notre presse, en particulier télévisuelle.

À la suite du fameux incident de la correction sournoise par le parti socialiste de l'accord passé avec les écolos, j'ai écrit un blog sur cette question en soulignant que cet accord qui visait à faire coïncider avec le sort de l'EPR l'arrêt de la fabrication de mox me paraissait parfaitement stupide. SI AREVA avait prévenu le PS de l'imbécillité de cette démarche, AREVA avait été parfaitement dans son rôle.

J'ai eu la satisfaction d'être approuvé sur ce point par Olivier qui est un grand expert en la matière et dont j'ai publié le commentaire. Ce qui est évident est que les dirigeants socialistes comme les dirigeants écologistes n'y entendent rien. Il est en effet parfaitement stupide et même absurde de prévoir l'arrêt de la fabrication du mox et de vouloir, en même temps, garder en fonction vingt quatre centrales qui, étant parmi les plus récentes, exigent absolument pour leur fonctionnement l'utilisation de ce mox. Il est donc clair que ni les écologistes ni les socialistes n'ont rien compris au problème et qu'ils n'ont même pas à leurs côtés d'experts en mesure de les éclairer (si j'ose dire).

Le pire de tout est toutefois que les journalistes, innombrables, qui ont rendu compte de cette affaire étaient tout aussi ignorants et que personne parmi eux n'a été en mesure d'expliquer les choses de la seule façon possible, c'est-à-dire en disant qu'on ne pouvait, en aucun cas, arrêter la fabrication du mox et maintenir en fonction de vingt quatre centrales qui toutes exigent son usage pour leur fonctionnement.

Le problème est que les journalistes français, pour la plupart, rivalisent d'ignorance. On pourrait le dire aussi à propos du fameux AAA dont se gargarise toute notre presse, sans prendre en considération que le seul véritable indice sur la confiance que les financiers accordent aux divers Etats est le taux auquel ils leur prêtent. Un journaliste digne de ce nom devrait savoir, par exemple, que si l'Allemagne et la France ont toutes les deux AAA, le taux d'intérêt consenti à l'Allemagne est la moitié de celui qu'on impose à la France. Le Japon, qui a une dette colossale et pas de AAA, bénéficie un taux d'intérêt qui est à peine supérieur à 1 %, dans la mesure où sa puissante production industrielle et l'énormité de son épargne nationale font que les prêteurs ont une totale confiance en lui.

Naturellement la presse audiovisuelle est celle où se trouvent les plus ignorants de toutes ces questions.

Anne-Sophie Lapix était certes très en beauté, mais elle a été consternante de nullité dans son interview de Valérie Pécresse. Non qu'elle ne posât pas les bonnes questions (voilà que je cause Sarko) car quelques-unes auraient pu l'être, mais, comme toujours, elle s'est satisfaite de réponses complètement à côté de la plaque. Parlait-elle de la politique de Sarkozy que Pécresse lui répondait Hollande! J'apprécie infiniment à cet égard Mélenchon, qui est le seul homme politique français à traiter les journalistes comme il convient de faire, c'est-à-dire de la façon la plus rude et la plus brutale, en leur demandant carrément de ne pas le prendre pour un imbécile et en essayant de savoir de quoi ils parlent, car il est très clair que Pécresse prend Anne-Sophie pour une demeurée et que celle-ci se prête tout à fait à ce jeu.

Il est à cet égard ahurissant de voir Pécresse traitée comme un dieu de la politique dans la mesure où elle aurait réussi la loi LRU sur l'autonomie des universités. D'une part, cette loi est sans grande conséquence car, tant que les universités reçoivent 95 % de leur financement de l'État, on voit mal où peut se situer leur autonomie, sauf dans les marges ! La seule chose intelligente faite par Pécresse dans cette affaire a été de reprendre dans sa loi LRU la plupart des voeux de la conférence des présidents d'universités (en particulier la possibilité de deux mandats qui leur permettra de rester au pouvoir et la maîtrise totale sur les recrutements par la suppression des commissions de spécialités qui étaient une instance démocratique). Naturellement, à la suite de cette loi, des présidents d'université se sont tous couchés, y compris les présidents de gauche!) et tous sont venus lui manger dans la main, allant même jusqu'à faire intervenir les forces de l'ordre pour briser les mouvements de grève à l'intérieur des universités.

Pauvre France !

jeudi 27 janvier 2011

Axel Kahn, la loi LRU et la recherche

Dans ce même blog, je disais hier que je pourrais éventuellement revenir sur la question de la loi LRU que j'envisageais alors sous un angle très particulier, celui de la façon dont Valérie Pécresse avait su, avec adresse, mettre dans son jeu les présidents d'université pour faire passer sa loi.

Le hasard est toujours malicieux et, en la circonstance, il l'a même été triplement. Hier, je disais pouvoir revenir sur cette question de la loi LRU, mais je n'avais alors aucune intention de le faire, n’ayant pas grand-chose de nouveau à en dire depuis 2007. En effet, ce hasard farceur s'est employé à me fournir l'occasion de ne pas m’en tenir à ce choix. En effet cette nuit, vers 3:00 du matin, victime comme souvent d'une insomnie, j'ai utilisé le remède que j'emploie habituellement en pareil cas. Il consiste à écouter, un peu au hasard, la radio pour me détourner de mes préoccupations. Je suis tombé en zappant sur BFM qui, quoique aux mains « du grand capital » est, tout de même, une des chaînes radiophoniques les moins débiles de notre paysage audiovisuel.

Premier hasard donc. Le journaliste de service (rassurez-vous, l'émission originale était diurne et, la nuit, on ne fait que repasser les émissions de la journée) interrogeait Axel Kahn président de l'université Paris V qu'on a baptisée, dès la loi Edgar Faure, « René Descartes », ce qui est tout de même mieux même si l’on ne voit guère les raisons d’un tel choix pour une université essentiellement médicale.

Deuxième hasard, la présence d’un président d’université vantant les charmes de la loi LRU alors que je venais de montrer par quelles voies Valérie Pécresse s'était acquis les faveurs des présidents d'université en leur donnant tous les pouvoirs et les privilèges dont ils rêvaient.

Le troisième hasard était Axel Kahn lui-même parlant précisément de la loi LRU, dont il se faisait naturellement le chantre, sans être en mesure d'expliquer en quoi elle pouvait réellement justifier un tel enthousiasme.

Un mot sur Axel Kahn, frère cadet de Jean-François, aussi bavard que ce dernier et quelquefois pas plus convaincant que lui. C'était le cas cette nuit et son argumentaire, dont je ne reprendrai ici qu'un ou deux éléments, étaient des plus faibles.

Je n'ai d’ailleurs jamais bien compris pourquoi Axel Kahn après avoir fait une carrière, sans éclat particulier mais très honorable, à l'INSERM et à l'Institut Cochin, s'est laissé entraîner à accepter de venir à Paris V, essentiellement, pour présider cette université. Certes le bureau présidentiel y est fort agréable et la vue qu'il a sur la place de l’Odéon est très charmante. C'est toutefois un peu court et pour un homme, qui s’est voulu et se veut encore un scientifique (encore que ses principales publications soient plus de l'ordre de la vulgarisation, voire du journalisme, que la recherche elle-même) une faculté de médecine (même la plus importante de France) ne peut guère être regardée comme un temple de la recherche qui, en matière médicale, ne se fait guère dans les universités !

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas la réalité de l'enseignement de la médecine, il faut ajouter ici qu'il n'a pas grand-chose à voir avec la science. Il suffit, pour s'en convaincre, de voir la nature des enseignements scientifiques et les modes de contrôle des connaissances, par exemple en première année d'études médicales. Les cours de sciences « dures » y sont assurés par des médecins qui n'ont avec la physique, la chimie et les mathématiques que des relations généralement anciennes et, de toute façon, très lointaines. Il y règne donc un bachotage absurde, avec pour contrôles des connaissances des QCM où seule la forme compte et dont la correction mécanique est plus que rapide.

Axel Kahn faisait observer hier que l'inscription en première année de médecine est peu coûteuse (autour de 180 €), mais il aurait dû ajouter que cet enseignement en amphithéâtre est tout à fait accessoire voire aboli, par rapport à l'activité des « écuries » privées et payantes, seules garantes de succès mais dix ou vingt fois plus coûteuses, où les mêmes enseignants de médecine répètent ou font répéter leur dérisoire enseignement, en doublant ou triplant leur salaire.

Sont-ce là les temples universitaires de la recherche dont parle avec tant d’émotion Axel Kahn ? De qui se moque-t-il, en évoquant, à ce propos, les facultés de médecine où, chacun le sait, la recherche est à peu près absente. Les deux seuls Prix Nobel de médecine français du dernier quart de siècle venaient de l’Institut Pasteur et de l’INSERM et non de ParisV ! Il faut reconnaître que, si comme on peut le supposer, Axel Kahn est venu à Paris V pour des motifs extra-scientifique et surtout pour en faire la promotion en même temps que la sienne propre, il réussit assez bien dans cette activité, du moins auprès d'un public qui ne connaît guère le dessous des cartes.

Tout serait donc à reprendre dans son intervention. On y observe en outre des lapsus multiples et significatifs (la chose réjouirait un psychanalyste !) ; ainsi emploie-t-il, à plusieurs reprises, les mots « euro » ou « dollar » à la place du terme « étudiant » (un exemple entre autres : 37.000 € au lieu de 37.000 étudiants). Cela ne vaut certes pas la fellation de Rachida, mais il y a néanmoins là quelques jolis lapsus dont l'interprétation est naturellement évidente.

Axel Kahn, grand amateur de présidences, envisagerait-il celle de la conférence des présidents d'université pour le prochain tour parisien ? Il a fait là, en tout cas, un numéro propre à étoffer son dossier de candidature. Il a soutenu, contre toute vraisemblance mais en argumentant bien à tort, contre les « grandes écoles », que les universités étaient les temples de la science! J'attendais qu'il nous fasse le coup des prix Nobel ou des médailles Field pour lui asséner, sur la tête, les vérités à ce sujet que j'ai déjà exposées ailleurs.

Les propos d' Axel Kahn sont à l'image de la photo qu'en toute modestie, il a donnée pour illustrer le site de Paris V. Détendu, « cool » et sans cravate, il y présente une image aussi racoleuse que les propos qu'il a tenus dans cette émission et qui avaient tout l’air d'une déclaration de candidature à la présidence de la CP U, en même temps que d'un hommage rendu à Valérie Pécresse, sans doute dans l'espoir de quelque retour d'ascenseur, immédiat ou plus tardif.

mercredi 26 janvier 2011

Education nationale : la stratégie des « petits chefs ».

La ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse, a fait une importante découverte stratégique lors de l’élaboration de sa loi LRU sur la prétendue autonomisation des universités. Petit rappel du texte. Il s’agit de la loi 2007-1199 du 10 août 2007 relative aux « libertés et responsabilités des universités », initialement intitulée « loi portant organisation de la nouvelle université » et plus communément appelée « loi d'autonomie des universités » ou même « LRU ».

Je dois ici une courte explication de l’usage que j’ai fait du terme « prétendue », car les universités françaises ne pourront être réellement autonomes que le jour où elles ne dépendront plus, quasi totalement, des financements de l'État. Un tel cas est, par exemple, celui des grandes universités américaines (le « top-ten » des « ivy universities »), qui constitue également le peloton de tête mondial dans le classement de Shanghai, que les autorités universitaires françaises ont sottement pris pour référence, sans connaître grand chose aux réalités ou sans vouloir les prendre en compte.

En France, on paraît ne pas savoir, en effet, que ces universités américaines prestigieuses ont un financement largement privé (à 80%)et des modes de fonctionnement radicalement autres que les nôtres. Aux Etats-Unis, même les universités dites « d'État », ne dépendent des moyens publics que pour 30 ou 40 % de leur budget.

Réforme bidon ou pas, c'est un tout autre problème dont je veux parler aujourd’hui et je laisse donc de côté cet aspect sur lequel je pourrais, le cas échéant, revenir, car mon sentiment n'a pas changé depuis l’époque où j’ai écrit à ce même propos.

Le point important ici est la stratégie habile (une fois n'est pas coutume !), mise en oeuvre en 2007 par le MESR. Je doute, vu la subtilité de la manoeuvre, que Valérie Pécresse ait imaginé elle-même ou, en tout cas, seule, une manoeuvre si adroite. Il est vrai que, comme le sont souvent les bonnes idées, la formule est très simple.

L'astuce a en effet consisté à se gagner, pour la mise en oeuvre de la réforme, le concours et même la complicité des présidents d'universités, les « petits chefs » locaux en la circonstance. La rumeur d'une importante réforme courant ici et là, la conférence des présidents d'universités, la CPU, avait jugé bon d'exprimer officiellement sur ce point les principales revendications de ses membres dans le cas d’une réforme. Il y en avait deux, essentielles à leurs yeux : d’une part, avoir un mandat renouvelable car depuis la loi Edgar Faure, l’une des plus sages mesures prises alors était le mandat unique pour les présidents d’université (ce qui tordait le cou à la fois au clientélisme et à l’électoralisme) ; d’autre part, avoir la haute main sur les recrutements d'enseignants grâce à la mise en place, par les présidents eux-mêmes, de commissions ad hoc qui remplaceraient les commissions de spécialité élues.

Il était évident qu'en inscrivant dans la loi LRU ces deux exigences majeures de la CPU, on faisait des présidents des instruments dociles, voire empressés, de l'acceptation et de la mise en oeuvre de la loi Pécresse. Les choses se sont passées exactement comme on l'avait prévu ; la CPU qui était, auparavant, en fréquent désaccord avec le ministre, s'est aussitôt chargée de la mise en place de la volonté ministérielle et de la propagande en faveur de la loi LRU.

On a ainsi vu des présidents d'université s'employer localement, fût-ce par le recours aux forces de l'ordre (eux qui étaient naguère encore tellement attachés aux franchises universitaires) à entraver et même à briser toutes les tentatives syndicales et/ou estudiantines de contester ou d'entraver la loi LRU.

Il apparaît désormais que la rue de Grenelle (ministère de l’éducation nationale) a compris et retenu la leçon de la rue Descartes (ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche). L. Chatel le montre bien en songeant désormais à faire des chefs d'établissement des « petits chefs » et, par là, les rouages complaisants et dociles des volontés du ministre, à la fois en accroissant leur propre pouvoir (vieille idée qui ne saurait leur déplaire et qu’on a déjà dix fois avancée sous le masque de la déconcentration), mais en alléchant en outre les plus serviles et/ou les plus cupides d’entre eux par une prime (jusqu'à 6000 € tous les trois ans). Vous aurez déjà compris que le ministre jugera naturellement, seul ou à travers ses affidés, des mérites qui seront reconnus à ceux de ces « petits chefs » qui seront les bénéficiaires de cette prime.

On a déjà préparé la chose en faisant le même coup pour les recteurs, pourtant jamais portés à contrarier les vues du ministre, mais naturellement, avec un tarif bien supérieur pour la prime. Dans ce cas, la « modulation » peut atteindre 22.000 € . A « petit chef » petite prime et, dans l’arithmétique ministérielle, un recteur comme « moyen chef » vaut quatre « petits chefs » ou plutôt douze car la prime des recteurs est annuelle!

Les premiers services attendus des recteurs sont, bien entendu, la facilitation maximale de l’ingestion par les enseignants et les syndicats de la pilule, grosse et quelque peu amère, des suppressions de postes.

Qu'il y ait lieu de récompenser le mérite dans la fonction publique, qui pourrait dire le contraire, à part peut-être quelques farouches syndicalistes ? Ces derniers ne veulent entendre parler que de l'ancienneté (qui met strictement sur le même pied tous les enseignants consciencieux ou fumistes, assidus ou absentéistes, etc.) et du principe intangible du « choix » (« grand » ou « petit » dans la terminologie officielle) que les syndicats eux-mêmes contrôlent plus ou moins au bénéfice de leurs membres ou de leurs amis.

Il est à craindre que, dans les universités comme dans les lycées, collèges ou écoles, l'érection (je pèse mes mots) des responsables locaux en « petits chefs », loin de favoriser un meilleur fonctionnement des systèmes éducatifs, ne fasse que les pervertir encore davantage par des dysfonctionnements nouveaux et supplémentaires, allant selon les lieux et les cas, mais sans aucune exclusive, du clientélisme et du simple copinage au droit de cuissage !