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mercredi 16 avril 2014

Université : l'impossible réforme. Edgar, Valérie, Geneviève et les autres...

Université : l'impossible réforme. Edgar, Valérie, Geneviève et les autres.... Comment ne pas être tenté de reprendre pour ce billet le titre même du livre que je viens de faire paraître à l'Harmattan tout récemment et qui recueillait une bonne partie des billets que j'avais consacrés à l'université française durant les dernières années ?
Je n'avais pourtant guère l'intention de revenir sur le sujet, tant ce que j'y ai écrit peut être repris, sans y changer une virgule, dans les circonstances actuelles, l’université française ayant mis deux ans à sortir de sa précédente torpeur quant à la loi dite « LRU ». Je dois dire que je m'amuse beaucoup de la soudaine prise de conscience, (mais le terme est-il bien propre ?), par le plus grand nombre, que Valérie ou Geneviève, c'est, à très peu près, la même chose et que les dispositions de la loi Pécresse ont été très largement rconduites dans le gouvernement actuel en dépit de quelques replâtrages mineurs. Vincent Peillon, plus malin et/ou mieux placé que d'autres, s’est employé à rejoindre Strasbourg en vitesse, avant que les choses tournent trop au vinaigre.
Madame Fioraso, en revanche, lors du prétendu remaniement, a nettement senti le vent du boulet ! Je ne reviens sur le sujet que pour la seule et fortuite raison que je l'ai entendue ce matin sur France-Culture, pendant une demi-heure, entre 8h15 et 8h45, en promenant mon chien, ce qui me condamne à l'oisiveté et m’a donc conduit à l’écouter jusqu'au bout.
Faisant allusion à la pétition ouverte par deux enseignants de Paris 3 et Lyon 3 (Choix hardi mais politiquement habile !) et signée par plusieurs milliers d'universitaires, Madame Fioraso a laissé entendre que ce mouvement visait moins sa politique qu’il ne tendait à pousser la candidature d'un autre au poste qu'elle occupe, même rétrogradé au rang de Secrétaire d'État. Je me suis demandé si, bien qu’aucun nom n’ait été donné, s'il ne s'agissait pas de Thomas Piketty qu’on a pas mal entendu sur ces questions. Je pense toutefois que notre Président,  à moins qu’il ne veuille faire pendant a son inattendue cohabitation gouvernementale avec Ségolène, est suffisamment informé de la chronique people française pour ne pas songer à réunir, dans le même gouvernement et autour de la même table, ne fût-ce que, par moments, Thomas Piketty et notre  ministre de la culture, qui a eu avec lui  des problèmes de couple qui, pires encore que les siens, sont même allés jusqu'à la justice.
Je me suis amusé d’entendre Madame Fioraso, auprès de qui on faisait état de la grande misère de nos universités, nous dire qu'elle avait visité près de la moitié des universités françaises (c’est bien la moindre des choses, même si l’on ne sait pas combien il y en a exactement, après la réduction drastique de leur nombre à coups de regroupements visant à nous faire mieux apprécier par les Chinois, sans changer quoi que ce soit, sinon alourdir encore le système). Au cours de ces visites, nous a-t-elle confié, elle avait été frappée par le confort et le bien-être des étudiants ! Quel humour ! Je pense qu'elle aurait été mieux inspirée d'aller visiter, pour établir une comparaison plus solide, des universités américaines ou canadiennes. En effet, pour ne prendre que l'exemple que je connais le mieux et qui est plus proche de moi, ce n'est assurément pas le cas de l'université d'Aix-Marseille, désormais l’AMU, et dans laquelle les étudiants en sont réduits à s'installer dans les escaliers ou sur l'asphalte des circulations faute d'avoir un endroit quelconque pour travailler ou lire. Il est vrai que, comme très peu d'entre eux, sont tentés par ce genre d'occupation, ils ne souffrent pas trop de cette situation et s’en accommodent. Au passage, l’américanomanie, qui a conduit à nommer l’ensemble universitaire d’Aix-Marseille AMU (Aix-Marseille Université/y), a empêché de voir que ce sigle, des plus communs, est aussi celui de nombre d’autres organismes et même de l’Aligarh Muslim University !
Je ne veux pas m'étendre sur l'ensemble des propos de Madame Fioraso, dans la mesure où j'ai déjà traité de toutes ces questions dans mon livre, mais je n'en retiendrai que deux parmi les plus significatifs.
Elle a déploré, en particulier, que ne soit pas plus reconnu professionnellement chez nous le titre de « docteur », qui, même au plan académique, ne donne pas la qualification, ajoutant au passage que les docteurs les plus nombreux sont maintenant ceux qui sont issus de la francophonie du Sud. Elle a esquissé alors une comparaison avec l'Allemagne où le titre de docteur est mieux et plus reconnu. Si Madame Fioraso était mieux informée de la situation universitaire nationale et internationale, elle saurait que la plupart des doctorats décernés en France, tous pourvus ou presque, de la mention « très honorable », souvent en outre « à l'unanimité » (quand on n'y ajoute pas les « félicitations du jury » qui normalement ne devraient concerner que moins de 10 % des thèses !) ; ces doctorats sont décernés dans des conditions qui s'apparentent plus à l'échange de séné et de rhubarbe entre les membres du jury qu'à une véritable analyse critique des thèses présentées. Une bonne partie de ces thèses ne mérite d'ailleurs en rien ce nom et est d'une nullité et d’un vide à pleurer ; un certain nombre d'entre elles, pour les disciplines littéraires, sont même à peine rédigées en français. Puisque Madame Fioraso a évoqué cette comparaison, je puis lui dire, pour avoir participé à des jurys de thèse en France et en Allemagne, que les procédures allemandes sont très différentes des nôtres ; si la procédure de soutenance ne s'éternise pas comme en France, des heures durant, pour permettre aux membres du jury de faire leur numéro personnel, on y est beaucoup plus rigoureux et attentif au contenu des thèses et l'évaluation repose avant tout sur un certain nombre de notes dont on fait la moyenne en fin d'exercice. Rien de tel en France où on se contente de vagues appréciations, avec le vieux truc des références précises et détaillées à trois pages des trois cents du travail, le reste ayant été à peine lu, avec dans 95 % des cas la mention « très honorable » qui ne veut évidemment rien dire.
Madame Fioraso a aussi souligné l'intérêt du regroupement des universités (on a fait les communautés d'universités, comme on avait fait des communautés de communes) que l'on a multipliées, des années durant, sur tout le territoire, sans la moindre logique ni vision d’ensemble. Le ministère a échoué totalement à constituer une vraie carte universitaire (j’ai pris part autrefois au groupe d’études sur ce point) ; on aurait pu y donner des spécialités scientifiques précises à quelques universités, au lieu de les laisser se répandre, à faire tout et n’importe quoi,  sur tout le territoire national avec les moyens inévitablement réduits, en raison même de multiplication de ces prétendus centres d'excellence. Non seulement, il n'y a eu aucune logique dans cette dissémination des universités, mais on a, des années durant, cédé aux pressions de municipalités qui toutes voulaient leur embryon d’université ou au moins leur IUT. Le mouvement qu’avait esquissé la loi Edgar Faure, avant laquelle il n'y avait qu'une université par académie, a conduit à multiplier les établissements, ce qui a diminué évidemment d'autant les moyens qu'on était en mesure de leur accorder. Comme toujours en France, on a passé d’abord quelques décennies à multiplier les établissements et on en passe ensuite quelques autres à réduire leur nombre, en étouffant en douce ceux qu’on veut supprimer, sans oser le dire. Comme disait ma bonne grand mère, « Faire et défaire, c'est toujours travailler ».
Bref, Madame Fioraso, quoique rétrogradée au Secrétariat d'État pour des raisons aussi sottes qu’inavouables, reste en place, ce qui ne changera rigoureusement rien, mais la met sur la scène, son ministre n’y entendant rien. La gauche universitaire, dont on perçoit, une fois de plus la pertinence et la clarté du jugement, s'élève contre la loi LRU dont un certain nombre de ses représentants, et non des moindres, ont approuvé la mise en place, surtout parce qu'elle favorisait leurs  revendications personnelles, comme, en particulier les présidents d'université que la ministre avait été assez habile pour mettre dans son jeu, ce qui a été à peu près la principale pour ne pas dire la seule de ses réussites.

mardi 25 juin 2013

Le CNU et la loi ESR

Rassurez-vous ce n'est pas une fable de La Fontaine, mais quelques réflexions inspirées par le déchaînement soudain des passions autour de la Loi Fioraso (la Loi ESR) qui, jusqu'à présent, était entrée en examen en première lecture dans une indifférence un peu étonnante mais quasi générale. Il a fallu, non pas les premières chaleurs d'un été qui tarde à venir, mais un amendement présenté au Sénat le 21 juin 2013 par les écologistes pour que soudain les passions se déchaînent en particulier du côté du Conseil National des Universités, directement concerné par l'amendement en cause, ce qui donne à toute cette affaire un léger parfum de corporatisme. Il en est de même pour les présidents d'université auxquels, après les mamours de V. Pécresse, G. Fioraso avait un peu tordu le bras sans parvenir à les réveiller.

Je ne veux pas reprendre ici les termes de l'excellent texte de Pascal Maillard, publié dans Mediapart le 24 juin 2013 et qui présente l'aspect essentiel de l'événement, c'est-à-dire le vote d'un amendement par une vingtaine de sénateurs (au nombre desquels ne figuraient, semble-t-il, que deux sénateurs socialistes, dont la "rapporteure", Madame Dominique Gillot, bien obligée d'être présente!) et qui visait, en reprenant, il faut bien le dire, l'idée suggérée mais avec beaucoup de prudence, dans le Rapport Berger, de supprimer le premier alinéa de l'article 952-6 du Code de l'éducation qui concerne les procédures de qualification aux fonctions de l'enseignement supérieur dont est chargé le Conseil National des Universités (CNU).

Puisque Pascal Maillard a pris la peine de reproduire ici même les extraits essentiels du compte rendu de cette séance du Sénat, je ne le ferai pas et n'en citerai, en les commentant, que quelques fragments des propos des sénateures vertes.
Madame Corinne Bouchoux d'abord, qui s'est exprimée en ces termes en la circonstance pour justifier sa demande de suppression de cet alinéa : "Les modalités de la qualification sont une originalité française [encore l'exception culturelle !]. La procédure est très chronophage, coûteuse et détourne les enseignants-chercheurs de leurs missions premières, la recherche et la formation. Je reprends ici la proposition 126 du rapport Berger. Faisons confiance aux jurys de thèse et supprimons cette procédure.".

A la suite de ce propos, Madame D. Gillot, rapporteure, et Madame G. Fioraso, ministre, manifestent l'une et l'autre des réticences, la première suggérant le retrait de la proposition d'amendement.

Ces réserves conduisent Madame Marie-Christine Blandin, présidente de la commission de la culture, à intervenir en ces termes pour son maintien: "Le temps n'est pas venu d'installer ce dispositif ? Il ne s'agit pas d'installer mais de supprimer un dispositif qui pénalise tout les doctorants de France…"
Suite à cette intervention, on lit dans le compte rendu : " L'amendement numéro 6 est adopté".

De façon très curieuse pour ne pas dire absurde (Pascal Maillard note à juste titre : « Comble de l'incohérence des sénateurs présents, l'amendement suivant numéro 7 n'est pas adopté »). En effet, cet amendement n° 7, présenté par Monsieur Gattolin et les membres du groupe écologiste, propose d'insérer, après l'alinéa 3, un alinéa ainsi rédigé " Les mots : " dont la qualification est reconnue par l'instance nationale prévue à l'article L. 952-6" sont supprimés". Quoique C. Bouchoux ait fait valoir, à juste titre, qu'il n'y a là qu'un "amendement de cohérence", Mesdames Gillot et Fioraso maintiennent leur avis défavorable et l'amendement numéro 7 est pas adopté, ce qui est évidemment totalement illogique puisque le sixième venait de l'être !

Je me limiterai ici car je ne puis aborder, dans un blog qui en deviendrais interminable; tous les problèmes que posent les procédures du CNU, de la qualification, de l'habilitation à diriger des recherches (HDR) devenue équivalente à la thèse d'État, et le doctorat français lui-même. Toute l'université française est à repenser et ni le rapport Le Déaut ni la loi Fioraso ne le font. Je me bornerai donc ici à quelques remarques sur les propos rapportés dans le compte rendu de cette séance du Sénat.

J'avoue mal comprendre le propos de Madame Bouchoux disant que la procédure d'habilitation par le CNU « est très chronophage, coûteuse et détourne des enseignants-chercheurs de leur mission première, la recherche et la formation ». De quels chercheurs s'agit-il ici ? De ceux qui présentent leur candidature à la qualification et qui sont par là obligés de faire un dossier de candidature ou des membres du CNU qui sont inévitablement distraits de leurs autres obligations légales par les sessions du CNU. Les choses ne sont évidemment pas très claires, mais peut-être ne sont-elles pas davantage dans l'esprit de C. Bouchoux.

Je suis également quelque peu étonné par l'évocation par Madame Bouchoux du coût de cette procédure. Pour avoir été quatre fois nommé au CNU (trois fois dans des sections différentes - 9e, 7e et 73e - et une fois en commission de groupe ) sans avoir été jamais candidat puisque j'y ai toujours été nommé par des ministères, aussi bien de droite que de gauche), je vois mal comment cette procédure peut être si coûteuse quand on voit que les tarifs des frais de mission attribués aux membres provinciaux du CNU ne permettent guère de survivre à Paris

Enfin je ne serai guère enclin, par une longue expérience que C. Bouchoux n'a sans doute pas, à "faire confiance aux jurys de thèses". Un tel propos témoigne en effet d'une double ignorance.
D'une part, les thèses sont décernées avec des mentions et les "félicitations du jury", même si elles ne sont, en principe, attribuées au maximum qu'à 10% des thèses soutenues (règle d'ailleurs peu respectée), ne garantissent en rien un poste de maître de conférences. Il y a des dizaines de candidats pour un poste et il est bien plus facile, en ce moment, de devenir professeur avec une HDR bidon.
D'autre part, toute les procédure de préparation et de soutenance des thèses françaises serait à revoir. Les jurys sont souvent composés de façon étrange et on y échange un peu trop souvent le séné et la rhubarbe ! Comparons donc un peu avec ce qui se passe, par exemple, aux Etats-Unis et en Allemagne pour le DEA et la thèse elle-même. Je pense en effet, on l'aura compris, que, avant même de songer à réformer les procédures de qualification, c'est la thèse elle-même et l'HDR qu'on devrait réformer, car je connais peu de pays où les soutenances du doctorat comme de l'HDR se déroulent souvent dans des conditions aussi peu convenables qu'en France.

Le rôle essentiel dans cette affaire est évidemment tenu par M-C Blandin présidente de la Commission de la culture du Sénat dont je ne sais pas si les propos ont été exactement rapportés tant ils paraissent étranges, pour certains du moins. J'en rappelle le début : " Le temps n'est pas venu d'installer ce dispositif ?" Je m'interroge sur le sens d'une telle phrase et il y a probablement là, ou une erreur de transcription de la déclaration de Madame Blandin ou une absence de sa part. Ce qui m'inquiète davantage est de la voir déclarer qu'il s'agit de "supprimer un dispositif qui pénalise tous les doctorants de France."

La procédure de qualification par le CNU concerne à la fois les candidats à des postes de maîtres de conférences ou à des postes de professeurs qui sont, dans les deux cas, des docteurs et non des "doctorants". La formulation utilisée par Madame Blandin prouve, à l'évidence, qu'elle ignore jusqu'au sens de ce terme.

N'est-il pas dans ces conditions infiniment dangereux de donner pareil pouvoir de décision (même si elle n'est que provisoire, dans l'attente de la Commission paritaire du 26 juin 2013 voire de la seconde lecture) à des élus qui ignorent tout du sujet dont ils ont à traiter? Le rapport du Sénat sur le travail "en aveugle" du CNU, loin de lever les inquiétudes, ne fait que les accroître par les ignorances et les incompréhensions dont il témoigne.

L'argument central qui y est, longuement et même lourdement, développé est le suivant : Les sections du CNU se prononcent « en aveugle » et « dans le brouillard »( ce sont là ses propres termes !) sur la qualification des candidats, nombre de postes à pourvoir, décidé par le ministère. "La qualification n'est donc aucunement corrélée avec une politique de l'emploi. C'est ainsi qu'apparaît un phénomène de « reçus-collés », puisqu'un nombre parfois important de candidats qualifiés ne seront pas recrutés par les universités, faute de postes."

Les sénateurs qui siègent dans cette commission sont sans doute, pour bon nombre d'entre eux, des enseignants du secondaire et il est clair qu'ils assimilent les procédures de qualification par le CNU aux concours de recrutement comme le CAPES et l'agrégation. Or, les nominations sur des postes de maîtres de conférences comme de professeurs sont, sous réserve de qualification, du ressort direct et EXCLUSIF des universités et le ministère n'a, en rien, le pouvoir d'y nommer un enseignant.

On lit dans le rapport du Sénat :  Les sections du CNU "doivent faire doivent faire face à un « trop-plein » de bons candidats à la qualification au regard du nombre de postes vacants. Par exemple, en 2000, la section 64 du CNU (biochimie et biologie moléculaire) a reçu plus de 1.000 candidatures à la qualification à la maîtrise de conférences et 200 au professorat, pour un total de 20 postes". Cette disproportion n'a rien à voir avec le processus de qualification et ne tient qu'au laxisme des procédures du doctorat et de l'HDR. Il est d'ailleurs amusant de voir citer l'exemple de la chimie où il y a toujours eu une forte inflation de thèses, la rumeur disant même qu'elles étaient souvent faites surtout par les garçons de laboratoire !

La meilleure phrase de ce rapport du Sénat est peut-être la dernière : "Votre rapporteur s'étonne que le ministère ne soit pas encore en mesure d'établir une liste complète, sans doubles comptes et à jour, du stock des qualifiés non recrutés". Comment et à quoi bon établir une telle liste ?

dimanche 20 janvier 2013

Université et recherche : Rapport Le Déaut (2013)


 
Je n'irai pas jusqu'à vous conseiller la lecture de ce volumineux rapport " Refonder l'université. Dynamiser la recherche. Mieux coopérer pour réussir"; il a été "remis à Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, le 14 janvier 2013, par Jean-Yves Le Déaut, Député du bassin minier de Lorraine". Ce texte est aisément disponible sur Internet et facilement convertible en Word ce qui n'est pas désagréable.

Monsieur Le Déaut n'étant pas forcément connu de tous les lecteurs, je vous livre donc un extrait de sa biogra phie qui figure en fin de ce rapport : "Député depuis 25 ans d’une circonscription de Meurthe-et-Moselle, Jean-Yves Le Déaut est actuellement Premier vice-président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), dont il a assuré trois fois la présidence depuis 1989. Depuis 2004, il est aussi Premier vice-président du Conseil régional de Lorraine, délégué au Développement et à la Mobilisation économique (Innovation, Recherche, Enseigne­ment supérieur). Il appartient par sa formation initiale à la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche, puisqu’il est docteur es sciences en biochimie, et professeur des universités. Il a dirigé le laboratoire de biosciences de l’aliment, et l’unité de sciences biologiques de l'université de Nancy.
Dans le cadre de l’OPECST, il a réalisé quelque 11 études, concernant lesbiotechnolo­gies, mais aussi les énergies renouvelables, la société de l’information et la gouvernance de l’Internet, ou encore des questions au cœur des controverses entre la science et la société comme les déchets nucléaires, l’amiante, les OGM, le chlordécone. Son dernier rapport, publié en janvier 2012, a concerné l’innovation face aux peurs et aux risques, thème sur lequel il assure depuis plusieurs années un enseignement à Sciences Po Paris."
Parmi les multiples activités de J.Y. Le Déaut, cette dernière référence n'est sans doute pas la meilleure dans le climat que connaît l'institution citée! Toutefois, on doit aussi admettre que toutes ces tâches, aussi diverses que multiples, ont dû quelque peu éloigner le rapporteur des réalités de l'université française, même s'il est clair qu'il n'oublie jamais ni la Lorraine ni les biotechnologies. On le sait dès l'épigraphe un peu insolite de son texte « Des mines de fer ... aux mines de matière grise »... en passant, mine de rien, par les mines de sel ?

Je ne signalerai toutefois ici que quelques points de ce long rapport qui ont attiré mon attention au cours de la lecture cursive que j'en ai faite dans un premier temps. Je ne les classe nullement ici par ordre d'importance mais en fonction de la place que les points évoqués occupent dans ce texte de près de 170 pages.

La question des étudiants étrangers.

L'auteur du rapport remarque avec fierté que "notre pays demeure bien placé en termes d'attractivité : nous accueillons aujourd'hui 284 000 étudiants étrangers. Ces derniers représentent 12 % de nos effectifs et ce pourcentage s'élève à plus de 40 % au niveau du doctorat. Cette performance nous place au troisième ou quatrième rang mondial selon les années. Nous devons veiller à conserver cet atout".

Je serais moins enthousiaste et j'ajouterais une ou deux remarques à ce constat qui marque une si vive satisfaction sur ce point. Par expérience, j'ai observé que bon nombre d'étudiants étrangers, en particulier originaires du Sud, de l'Est ou du Moyen-Orient, sont en fait de faux étudiants ; ils trouvent, dans l'inscription dans nos universités, un moyen commode et peu coûteux à la fois de bénéficier de la sécurité sociale et surtout d'obtenir une carte de séjour.

C'est tout particulièrement vrai au niveau du doctorat, ce qui explique d'ailleurs aisément que le pourcentage d'étrangers s'élève alors à 40 %. Bien entendu, bon nombre de ses étudiants étrangers ont, par ailleurs, un travail illicite qui leur permet de subsister, car leurs pays d'origine n'entretiennent guère les boursiers sur un grand pied ...quand ils ont des bourses. Bien entendu aussi, beaucoup d'entre eux ne parviennent pas jusqu'au terme de leurs études et ils ne s'en soucient guère. Les récentes dispositions pour contrôler et limiter le nombre des inscriptions auront sans doute des effets heureux en la matière.

Il y aurait beaucoup à dire sur le passage du rapport qui concerne les doctorats et plus globalement l'enseignement des sciences "dures" (SSM). Ce point mériterait à lui seul un long développement particulier, car on se trouve en présence de conséquences; parfois fâcheuses, de la prétendue recherche de l'harmonisation enropéenne et, au delà, du fameux processus de Bologne qui visait, en particulier, à harmoniser par le haut les études doctorales en Europe, alors que, dans les faits, rien n'a changé, comme j'ai eu l'occasion de l'évoquer précédemment, avec, par exemple, particulier le cas des co-tutelles franco-allemandes ; se posent, vu les différences de procédures, des problèmes complexes qui vont bien au-delà du port de la toge ou des formules latines des thèses hollandaises!

Le problème a commencé dès 1984 ; auparavant, l'accès aux fonctions de professeur des universités était, en France, strictement conditionné par la thèse de doctorat d'État que de nombreux pays d'Europe nous enviaient. La loi Savary a remplacé le doctorat d'État, dans les faits, par l'imposture du "diplôme d'habilitation à diriger des recherches", l'HDR. Le mot "habilitation" lui-même n'était qu'un calque abusif de ce que les Allemands appellent ainsi mais qui fait suite au doctorat et surtout exige du candidat la rédaction d'une seconde étude, plus importante que la thèse et sur un sujet tout différent, qui doit être soutenue devant un jury similaire à celui du doctorat. Seul ce très gros travail supplémentaire (Privatdozent en Allemagne) ouvre au professorat d'université. Rien de tel avec notre HDR ! L'accès au professorat d'université est bien plus difficile en Allemagne qu'en France, ce qui explique d'ailleurs le nombre des candidatures d'Outre-Rhin à des postes français vacants! Sur ces questions, le rapport contient diverses erreurs sur lesquels je ne reviens pas car j'ai eu l'occasion de les signaler.

En fait, le rapport traite à mon avis fort mal par manque de hauteur de vue ce que souligne le nombre extravagant au "code de l'éducation" dans un texte qui se veut de réflexion et de prospective.

La question des sciences dures à l'université illustre cet aspect. Pour les sciences de la structure et de la matière qui en sont le coeur, la concurrence initiale entre les classes préparatoires (les "prépas") qui, d'emblée, attirent désormais TOUS les très bons et bons étudiants, fait que les filières universitaires ne recueillent que les celles et ceux qui n'ont pas réussi à se faire admettre dans l'une des multiples classes préparatoires qui existent maintenant avec la prolifération des écoles d'ingénieurs. Comment s'étonner de la médiocrité des docteurs issus directement d'un tel système universitaire où les meilleurs éléments, qui sont tous issus des grandes écoles comme tous nos Prix Nobel et Médailles Fields, ne viennent à l'université que pour y inscrire leurs thèses ?

La solution proposée par J-Y Le Déaut me paraît très insatisfaisante, car, en fait, rien n'empêche actuellement les élèves des classes préparatoires de s'inscrire à l'université, ce que faisaient autrefois tous les élèves qui, dans les classes préparatoires littéraires à la rue d'Ulm (hypokhâgnes et khâgnes), s'inscrivaient systématiquement à l'université sans jamais y mettre les pieds et y passaient la propédeutique (ou, dans la suite, le DUEL ou le DEUG selon les époques), puis des certificats de licence, car chacun savait qu'ils n'intégreraient pas tous "l'école" ! Certains "khâgneux" qui faisaient trois années de khâgne (« les cubes ») et étaient parfois, de ce fait, titulaires d'une bonne demi-douzaine de certificat de diverses licences (car on ne pouvait entrer à "l'école" avec une licence complète!), pour lesquels il n'avait jamais suivi le moindre cours à l'université, se contentant des enseignements qu'ils recevaient dans les classes préparatoires. De ce fait, ils n'avaient ensuite aucune difficulté à regagner le système universitaire lui-même, où ils étaient même souvent, vu l'excellence de leur préparation, quatre années durant, les meilleurs éléments.

On espère que la solution proposée par Monsieur Le Déaut n'est pas simplement inspirée, comme on peut le croire à certains propos, par l'idée de tirer 180 € par an aux élèves des classes préparatoires pour alimenter les budgets d'universités où ils ne se rendent jamais !

Je reviendrai sur ce texte mais je vous allèche dès maintenant par quelques perles ou curiosités de ce texte.

Le rapporteur croit aux vertus du verbe comme le montre son goût pour les changements de noms dont on pense qu'ils changeront aussi les choses. Un exemple : "Je propose de donner à la structure de coopération l'appellation de "communauté d'universités" et non celle de "grande université".". Le gras est d'origine et marque l'importance attachée à la formule !

Pour conclure ce blog une dernière formule du rapport, parmi les meilleures :

« Quand on a un socle qui est gravé dans le marbre [sic], il faut donner de la souplesse et le droit d'expérimenter ».

On regrette le nombre excessif de fautes dans ce texte, à commencer par la première ligne de la première page du rapport où, dans les remerciements (page VII), la ministre compétente, Madame Fioraso, est prénommée "Geneviive"!