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vendredi 13 décembre 2013

Ecole, statistiques et immigration

J'espère que cette accumulation initiale de 13 ne conduira pas à faire à ce livre, dont j'écris aujourd'hui les dernières pages, un sort trop malheureux. Il me faut néanmoins, un jour ou l'autre, mettre un terme à cette divagation sur notre école, mais j’aurais pu mieux choisir la date.
Je suis d'autant plus contraint à conclure que j'ai vu, il y a deux jours, sur France 5, une émission que j'ai déjà évoquée dans un billet précédent à propos de Madame Moisan, directrice, au ministère de l'éducation nationale, de la prévision et de la prospective (Vaste programme – du moins en ce moment -comme avait dit autrefois le Général, certes  sur un autre sujet mais, au fond, pas si éloigné que ça, comme on le verra dans la suite). Elle voisinait dans cette émission avec une rectrice en retraite, le président de quelque association parisienne de parents d'élèves, et un jeune homme qui, au bout de huit années de galère, avait rendu son tablier de professeur de ZEP. Comme souvent dans ce genre d'émission, les propos étaient très parisiens (Calvi veut éviter les frais de déplacement) et, en outre, le pauvre professeur de collège qui connaissait assurément le terrain mieux que les autres, en était réduit, le plus souvent, à faire de la figuration, en particulier du fait de la faconde de Madame Moisan.
Celle-ci, de formation mathématique comme on pouvait le supposer, nous a beaucoup parlé statistique, ce qu'imposait à la fois sa fonction et l'occasion qui avait conduit à réunir ces quatre personnes et qui était évidemment les résultats du PISA. Comme souvent les propos échangés (en dépit de l’absence de l’inévitable Christophe Barbier qui me fait fuir à tout coup) étaient sans grand intérêt. Le seul point qui ait véritablement retenu mon attention, même si ce ne fut guère le cas pour les autres participants, fut une remarque adjacente de Madame Moisan, signalant, au passage et sans s’y attacher, que la chute brutale des résultats scolaires français, du moins en croire les statistiques, se situait vers 1995.
Je ne suis en rien spécialiste de l'histoire de l'éducation et moins encore statisticien et je livre telle quelle une hypothèse en laissant le soin à des spécialistes le soin de la confirmer ou de la réfuter
J’ai en effet été frappé moins par le fait que le début de la chute des résultats scolaires français se situe en 1995 que par l’observation que 1995 se situe en gros une vingtaine d'années après la mise en œuvre de la politique dite du « regroupement familial » par Giscard d'Estaing durant sa présidence. Je me borne ici à quelques remarques sommaires.
Jusqu’à 1960, le taux de natalité de la population immigrée est inférieur à celui des Français, parfois largement. L'immigration féminine est alors rare et la population immigrée est surtout formée, en grande partie, de travailleurs qui sont des hommes isolés dont les familles restent au pays. La situation commence à changer en 1970. Dès 1971, on note 71.000 naissances de mère étrangère pour moins de 3,2 millions d'étrangers.
À partir de 1974, les choses changent radicalement avec la fin de l'immigration de travailleurs masculins isolés ; ce sont surtout dès lors des femmes (et des enfants) qui immigrent au titre du regroupement familial qu’organise le décret d’avril 1976. Ce changement amène un rythme soutenu de naissances au sein de l'immigration, malgré la stagnation et même parfois le recul du nombre des étrangers, surtout dû désormais aux naturalisations.
Pour résumer, depuis les années 1990, on observe une augmentation continuelle de l'immigration familiale en France et l’incidence de ce changement démographique a des incidences majeures sur l’école. Revenons un peu en arrière sur une remarque j'ai fait à plusieurs reprises dans mes blogs
La raison majeure de la dégradation des résultats de notre système éducatif me paraît tenir à deux facteurs essentiels.
D'une part, le changement considérable du public scolaire à la fois sous l'effet de la massification antérieure et sous celui de la nouvelle politique d'immigration à partir de 1975 00dont la principale caractéristique était le regroupement familial.
D'autre part, l'absence de modification des programmes et des objectifs de l'école, alors que le public scolaire a été radicalement modifié, ce qui aurait dû amener une réflexion sur l'adaptation des objectifs scolaires à cette nouvelle population, au moins durant les premières périodes de sa scolarisation.
Même si c'est un point de détail, j'ai tout de même été stupéfait d'entendre l'une de ces spécialistes (je ne sais plus si c'est l'ex rectrice ou la directrice des statistiques) qu'il y a 30 ans, donc vers 1995, les enfants français n'étaient pas tous scolarisés. ! Je vous jure qu’elle a dit ça ! Dans la bouche d’une si haute autorité éducative, une telle affirmation me paraît tout de même relever d’une stupéfiante ignorance ou d’une nullité crasse en calcul mental, les deux pouvant bien sûr coexister 
En tout cas, je n'ai nulle part entendu dire par aucun expert, ni en éducation ni en démographie ou en statistique, que la politique de regroupement familial avait été un facteur très important dans la dégradation de l’état de notre système scolaire et donc qu’il fallait, de toute évidence, en tenir compte et en tirer les conséquences. C'est en effet le regroupement familial qui a fait que, même si les migrants adultes continuent à former dans la population générale un pourcentage relativement modeste et qui se réduit du fait des naturalisations, il en a été tout autrement dans les populations scolarisables et ou scolarisées, en particulier pour ce qui est de l’intégration culturelle et linguistique des nouveaux arrivants ou des enfants nés dans des familles non francophones (mixtes ou non)..
Pour un témoin comme moi qui a habité Marseille durant plusieurs années, cette remarque est évidente, puisque j'y ai vu, durant toute cette période, des mères de famille maghrébines, comoriennes (Marseille est sans doute la ville comorienne la plus importante) ou africaines, tenant par la main ou traînant dans leur jupes ou leurs boubous, une demi-douzaine de marmots, ce qui n'est guère le cas des mères de famille « françaises de souche » comme dit l'autre. De ce fait, assez logiquement l'incidence majeure de ce facteur n'a cessé de croître entre (pour fixer les dates d'une façon arbitraire) 1975 et 1995, les faits majeurs apparaissant dans les statistiques de la réussite scolaire à partir de cette dernière date, selon Madame Moisan, témoin des plus autorisés par sa fonction de DEPP).
Je ne reviens pas sur les problèmes que pose la scolarisation d'enfants qui ne parlent pas le français dans un système scolaire qui n'est pas fait pour eux et où l’on persiste à croire, dur comme fer, (naïvement ou sottement comme vous voudrez) qu'enseigner enfrançais équivaut à enseigner le français ! 
Qu'on n’aille pas m’objecter que les CLIN ; les ZEP ou, ici ou là, les pitreries de cet acabit, poursuivent cet objectif et répondent de façon efficace à ces besoins évidents. Il s'agit là, comme autrefois dans les CEFISEM, de dispositifs qui ont toutes les allures de paysages à la Potemkine ! Il suffit de voir ce qui se passe dans les pays qui ont fait vraiment le choix de mettre en place des dispositifs spécifiques pour les enfants de la migration qui ne parlent pas la langue du pays, pour constater que c'est évidemment la seule solution, mais que c'est précisément celle qu'on se refuse, en France, à mettre en œuvre et même à envisager.
Je suis d'autant plus convaincu de la pertinence de ce point de vue que j'ai vécu de nombreuses années à la Réunion, où le problème a été longtemps le même, du fait que la plupart des enfants qui entraient à l'école parlaient le créole réunionnais et non le français. Je m’y suis heurté, durant toutes ces années, à la résistance farouche des autorités administratives éducatives locales comme à celle de la plupart des enseignants, de français surtout. Les choses ne sont pas réglées actuellement et il suffit pour s'en convaincre de regarder les statistiques de l'échec scolaire qui doivent  être familières à Madame Moisan  et devraient lui donner à réfléchir! 
Je me garderai, au terme de ce parcours, de formuler des conclusions et de suggérer des propositions dont on peut espérer que la plupart des responsables sont parfaitement conscients, même s'ils se refusent tous farouchement à les mettre en œuvre. Il en sera de même sans doute de la « Refondation du système éducatif » par la majorité de gauche actuellement au pouvoir. La ferait-elle d’ailleurs, contre la volonté de ses électeurs et de la plupart des enseignants, que le gouvernement de droite qui lui succédera vraisemblablement s'emploierait aussitôt à remettre en place les bonnes vieilles structures de notre système éducatif qui ont si sûrement et si heureusement fait leurs preuves avec Jules Ferry !

dimanche 24 février 2013

L'école 2013 (N° 9). Retour en arrière : Philippe Meirieu ou les méfaits des sciences de l'éducation (blog du 25 avril 2008)


[Vu les événements, politiques en particulier, le dépit poussant notre héros à quitter son cher PS pour Europe-Ecologie-Les Verts, j'ai repris ce texte d'avril 2008 en février 2010, en lui ajoutant quelques modifications qui figurent ci-dessous, selon la bonne règle, entre crochets et en italiques].

Dimanche 20 avril 2008, Moatti, à l’occasion d’un « Ripostes » sur l’éducation, avec en vedettes Lang et Darcos, nous a ressorti Philippe Meirieu qu’on espérait définitivement disparu avec ses programmes et ses IUFM !

Si, par le plus grand des hasards, vous ne connaissez pas Philippe Meirieu, cette lacune peut être aisément comblée par la consultation de son site ou de tous ceux où il figure et dont, lui-même, ne manque pas de mentionner les adresses par des liens. Autre chance pour vous, certaines sources d’information sont agrémentées d’une photo, car, si étonnante que soit la chose, l’homme paraît aussi satisfait de son image que de sa pensée. Louons le Seigneur, mes frères et mes soeurs, car il vous sera même peut-être accordé d’y entendre la voix du Maître !

Soyons modernes et savants, car l’homme l’impose. Donc un peu de sémiologie de sa nouvelle image pour commencer.


Il arborait, chez Moatti, une curieuse chemise rouge sang (éclatant rappel de ses convictions de gauche ?), mais avec une cravate. Un directeur de CNDP ou d’IUFM, même honoraire, doit garder de la tenue, tout en affichant avec force ses convictions. Il faut donner confiance au client. Chevelure et moustache blanches de rigueur, rinçage bleuté, lunettes, tout en lui signifie le pédago ! Au terme d'un étrange parcours, instituteur monté en graine, il se fait professeur de collège avant de l'être de philosophie, il se enfin lance dans les sciences de l’éducation et la pédagogie, domaines propres à abriter et/ou à générer toutes les impostures éducatives.

La soutenance-éclair d’une thèse (d’Etat, s’il vous plaît, directement, l’homme n’est pas modeste) en sciences de l’éducation, naturellement. Nous sommes en 1983 ; il a 34 ans, ce qui, vu sa carrière antérieure, apparaît quasi fulgurant, du moins dans les disciplines universitaires normales, et cela d’autant que, selon ses termes, ses « engagements militants et professionnels » étaient multiples. Quel homme !

Curieusement pour un homme qui ne nous cache rien (pour ne pas dire qu’il étale tout !), le titre et les références de cette thèse demeurent non précisés. Il faut consulter l’un de ses hagiographes patentés pour apprendre qu’ayant passé son CAP d’instituteur en 1974, il a soutenu une thèse d’Etat en 1983 sur le thème, sinon le sujet suivant : "Apprendre à apprendre". De la bouche même du Docteur Meirieu, on apprend que cette somme était « un énorme pavé de près de 1000 pages » (ce qui est, somme toute, très banal pour une thèse d’Etat), mais surtout qu’elle a exigé de son auteur "dix ans de travail acharné et solitaire" (dixit Ph. Meirieu). Là, il se prend un peu les pieds, sinon dans le tapis, du moins dans la chronologie, car si je compte bien 1983 - 10 = 1973. Ce détail prouve qu’il a commencé sa thèse d’Etat avant même d’être instituteur ! Quel homme (encore !)! Il faut éviter de mettre du sucre sur le miel, comme disait ma grand’mère!

Si la tenue et l’apparence ne changent guère selon les photos, on dispose, en revanche, de deux versions majeures du portrait. La première est, pourrait-on dire, socratique. Un demi-sourire laisse entendre qu’on est allé au bout des choses et qu’on en est revenu. Toutefois, la version officielle, celle du site que notre héros s’est résigné à créer, à la demande générale, est celle du penseur. Le « Penseur » de Rodin appuie sa tête sur son poing droit et regarde le sol ; il ne positive donc pas. Le penseur selon Meirieu (sujet et objet !), tient le précieux think tank, qui lui sert de tête, de sa main gauche (faut-il y voir un signe de son orientation politique majeure ?), l’index est levé (et non le majeur « fuckeur », ne nous y trompons pas !) et le pouce est délicatement allongé sous le menton. Le regard bleu est fixé, non pas sur la ligne de même couleur des Vosges, mais sur l’horizon pédagogique qu’il ne cesse jamais de scruter pour alimenter une réflexion que rien n’interrompt. [Le dernier portrait visible (2010), un troisième, celui de la tête de liste Europe-Ecologie, donne, cette fois, dans le style de la maison Bové-Dany. Plus de cravate, ni de moustache, pull-over de matière et de couleur indéfinissables, plus de pose alambiquée et méditative. Quel homme ! Un vrai Fregoli de la pensée !
].

Philippe Meirieu incarne de façon parfaite tout le mal qu’ont fait à notre école les sciences de l’éducation ; à « Ripostes », la charmante Natacha Polony lui a rappelé, mais avec trop de discrétion à mon sens, qu’il a traîné, vingt ans durant Rue de Grenelle, même s’il paraît l’avoir oublié, et qu’il ne saurait donc fuir les responsabilités qui sont incontestablement les siennes.

Claude Allègre s’est souvent moqué, non sans humour et pertinence, des sciences de l’éducation et de leur jargon. Il aimait à rappeler que le ballon des cours de gym. est, dans cet idiome, le « référentiel bondissant ». Il est donc stupéfiant que, d’abord comme conseiller spécial de Lionel Jospin, puis comme ministre, il ait donné à Philippe Meirieu la place qui fut la sienne. Il est vrai qu’Allègre ne s’intéressait vraiment qu’à l’enseignement supérieur et à la recherche, alors que Meirieu n’est jamais sorti des sciences de l’éducation, dont la maxime suprême est que l’on enseigne bien que ce que l’on ne sait pas.

Philippe Meirieu, qui, depuis un quart de siècle, s’est fait de la pédagogie un superbe fromage où il s’est longtemps et confortablement installé, avant de continuer à en vivre, même après l’avoir quitté, a tenté de rendre à la fromagerie, fût-ce par métaphore, une partie de ce qu’il lui doit, en suggérant, certains s’en souviennent peut-être, de régler enfin les problèmes de la carte scolaire... grâce au camembert.


[ Dernière minute. Ce matin (13 février 2010) entendu sur France-Infos, très tôt (avant 7 heures),que la tête de liste Philippe Meirieu (EEV) centrer sa campagne des régionales sur le sauvetage des moulins à café par les grands-mères! Quel talent!].

dimanche 17 février 2013

L'école 2013 (N° 3). Retour en arrière : Ecole : violence et grammaire.


La campagne électorale [2007; car ce blog est du 11 août 2007] a, curieusement, fait de l’éducation un sujet majeur, sans qu’il soit pour autant traité de façon sérieuse.

En soi, cet intérêt n’a rien d’étonnant, car l’affaire est effectivement d’importance ; ce qui est plus curieux est que domine une double approche, l’une nostalgique, qu’on voit représentée, sur la scène médiatique, par A. Finkielkraut, l’autre irréaliste mais racoleuse, tant sur le plan électoral pour Sarko ( mais c’est naturel) que commercial, pour le pseudo-gourou Bentolila qui, sous couvert de sauver l'école et la France, ne fait que tenter de vendre des livres.

L’école et la violence sont effectivement deux questions essentielles, à condition toutefois de se garder de les lier de façon stupidement déterministe ! Or, on tente précisément de les réunir dans un propos simpliste qui est celui du rapport sur le grammaire rendu, fin 2006, à Gilles de Robien par ses trois pieds-nickelés (Bento, Orso et Demarcho).

Tout le monde s’est accordé à reconnaître la nullité confondante de ce texte. C’est sans doute ce qui a conduit ce ministre (à qui « tout ce qui est éducatif est étranger », pour transférer à l’école, en l’inversant bien sûr, la formule de Térence « « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger ») à confier à Bento un second rapport sur le vocabulaire!

A ce propos, pourquoi Monsieur de Robien n’est-il pas plutôt ministre de la coiffure ou des Galeries Lafayette, fonctions auxquelles tout en lui semble le qualifier.

Passons dans l’attente angoissée du prochain rapport de Bento, prévu pour mercredi prochain ; tout cela est savamment dosé et programmé ; ça ne devrait pas être triste et je prépare déjà mon escopette car je vois d'avance le contenu de ce texte, au simple examen du catalogue des produits Nathan.

Toujours est-il que la formule selon laquelle le réapprentissage de la grammaire de nos grands'mères (les Français du Sud de la Loire ne vont pas voir le sel de ce pauvre à-peu-près sur la nasalisation de "grammaire" au Sud de la Loire!) est consensuelle au possible, même si chacun y trouve, bien entendu, un intérêt différent.

C’est le principe des bons consensus, bien mous et bien juteux. Bento va faire exploser les ventes de Nathan et, comme meilleur vendeur du mois, gagner un séjour pour deux en Thaïlande (massages et whisky compris); de Robien sauve la patrie et gardera peut-être un maroquin (sans qu’on sache lequel : la coiffure ou les Galeries Lafayette ?) ; Sarko fait plaisir à la fois à Finkielkraut et aux électeurs de Le Pen (qui sont, selon le mot heureux de Djamel, « des communistes qui se sont fait piquer deux fois leur mobylette » et, doit-on désormais ajouter « qui ont un chien et/ou un chat », vu la thématique nouvelle de Jean Marie l’ami des bêtes).

On va même par là jusqu’à diviser l’équipe à Ségo, car comment le miraculé de Belfort pourrait-il résister longtemps au chant de ces sirènes grammatico-patriotiques ?

Ne parlons pas du Vicomte, l’ami des abeilles, qui, se voyant couper l’herbe sous le pied, doit en avoir le bourdon !

Hélas, le problème de l’école dépasse infiniment celui du simple enseignement de la grammaire que des experts bidon ont, depuis trente ans, détruit, au nom de leur prétendue science et compétence de linguistes, aidés en cela, désormais par les spécialistes des sciences de l’éducation, vérole de notre enseignement qui nous est venue d'Amérique du Nord, comme toujours quand elle a commencé à cesser d'y régner. Les « experts » en sciences de l'éduc. sont des gens, qui ignorant à peu près tout des disciplines dont ils parlent, se mêlent, sans les avoir acquises, de la façon dont on doit les enseigner.

La grammaire va éradiquer la violence, tant à l’école que dans la société. La semaine prochaine, quel autre miracle le vocabulaire pourra-t-il bien nous promettre?

jeudi 17 février 2011

Douce France

Rassurez-vous je ne vais pas mettre ce post sous le signe de la célébration du dixième anniversaire de la mort de Charles Trenet ! C'est simplement, et que les visiteurs lointains de ce blog (de l’Australie au Brésil en passant par les Emirats et la Lettonie ! Ô puissance de Google !) me pardonnent, que je vais revenir à un problème tristement franco-français.

Adonc ce matin, mercredi 16 février 2011, dans un moment d'oisiveté et de repos, j'ai écouté sur RMC « les grandes gueules ». On devait y recevoir Bruno Gaccio que j'aime bien, mais qui se fait rare sur nos antennes. Je lui signale que mon logiciel Dragon, à qui je dicte désormais mes textes mais qui est peu informé du paysage audiovisuel français, a écrit ici à son propos « Bruno le tuyau », peut-être par une fine allusion à la suite, comme on va le voir ! Curieusement, comme je l’ai récemment appris, après avoir longtemps perdu sa trace –hormis une brève réapparition médiatique, dans le sillage, si j’ose dire, de Ségolène Royal –, Bruno Gaccio se serait récupéré, avec un très joli poste mais loin des écrans, à Canal Plus, d'où il était parti, avec perte et fracas, après avoir été espionné par cette chaîne.

Comme quoi il n'est pas de malheur irréparable et qu’il n’y a rien de tel qu’une bonne grosse brouille et un procès pour fonder une amitié...A moins toutefois qu’il ne soit revenu là grâce à quelque « tuyau » (d’où le surnom que lui donne mon Dragon) qui, dans la suite, lui aurait donné barre sur ses ex-patrons. Puisqu’il est désormais à Canal Plus, ne pourrait-il, dans une feinte maladresse, pousser Denisot dans les escaliers pour le remplacer ensuite au Grand Journal où, à force de jeunisme et de minorités visibles ( des blacks aux beurs, y compris la miss meteo québécoise à bouche en cul de poule et à facéties laborieuses), on s’ennuie à mourir. Allez Bruno, un bon mouvement... pour une fois !

En fait je n’ai pas pu écouter Gaccio car il arrivait trop tard et j'avais déjà perdu patience.

J’ai, en effet, entendu, pendant un gros quart d'heure, le plus singulier ramassis de sottises, suite à la réexpédition au ministère de l'éducation nationale (110 rue de Grenelle, 75007), par les chevaliers pédagos concernés, de 47 arrêtés de nomination dans l'ordre des palmes académiques, en signe de protestation contre la politique de « prime à la casse » de Luc Chatel.

Pour les nobles étrangers qui pourraient me lire sous d’autres cieux, ainsi que pour les visiteurs qui ne seraient pas au fait des pratiques de notre belle éducation nationale, il faut préciser ici que les palmes académiques sont une décoration qu'il est d’usage de donner à peu près à tous les enseignants blanchis sous le harnais, à condition toutefois que, dans la pratique de l'enseignement, ils ne se soient pas livrés à des pratiques par trop condamnables, du style de l'exhibitionnisme ou de la pédophilie. En revanche, si vous vous êtes abstenu d’écarts pédagogiques de ce genre, vous avez des chances raisonnables, au bout de 25 ans ou 30 de carrière, d'être décoré, à votre tour, de ces palmes académiques (ce ne sont pas celles des canards mais celles, plus nobles, des palmiers).

En résumé, le fait d'avoir reçu ce hochet ne signale pas des mérites notables. On devait interviewer, dans l’émission de RMC en cause, un proviseur « honoraire » (ce qui équivaut à « en retraite » dans les autres professions) qui était l'un des initiateurs de cette démarche revendicative qu’on avait sans doute jugée originale. Les jeunes vendeurs de légumes de Tunis ou du Caire s’immolent par le feu en signe de protestation ; les proviseurs « honoraires », eux, se bornent à renvoyer au ministère leurs palmes académiques. C'est tout de même moins désagréable, même si cela devrait les conduire, en bonne logique, à sacrifier ce cher ruban, violet me semble-t-il, qui orne leur veston et même, pour certains, leur pyjama.

On a tout de même fini par entendre ce brave homme qui n'avait pas grand-chose à dire d'ailleurs, mais il nous avait fallu subir auparavant, en l’attendant, des échanges, tous plus ineptes les uns que les autres, à propos de notre école française, dont on connaît les résultats très médiocres dans les classements internationaux, en dépit du fait que les moyens dont elle dispose la placent plutôt dans le peloton de tête pour les investissements éducatifs.

Personnellement, j'ai, pour cette situation dont j’ai déjà parlé, des explications dans le détail desquelles je n'entrerai pas parce que cela nous conduirait trop loin. Parmi les sottises que j’ai pu entendre ce matin, je ne signalerai que les plus grosses.

Ainsi, a-t-on cité, comme le plus apprécié des récents ministres de l'éducation nationale, Jack Lang, ce qui relève de la plaisanterie ; on a évoqué aussi le cas de Claude Allègre qui avait eu la fameuse formule du dégraissage du mammouth. Je préfère ne pas parler ici de Lang, dans un accès de charité dont je suis peu coutumier, mais surtout dans la mesure où il s’est désormais reconverti dans la piraterie, ce qui a, au moins, le mérite de la clarté.

Quant à Claude Allègre, je pense que c'est à peu près effectivement le seul vrai ministre que nous ayons eu, mais ses ambitions étaient sans doute excessives, à vouloir s’attaquer à la fois au SNES et au CNRS ! Son cher ami Jospin l'a renvoyé (encore un ami de trente ans), moins par crainte des syndicats comme on l’a dit ce matin (même si effectivement ce ministre a essayé de les mettre un peu au pas), mais pour satisfaire aux exigences de Lang et de Fabius qui exigeaient la tête d’Allègre pour revenir au gouvernement, retour rendu indispensable au sein du PS en vue des échéances électorales. Cette trahison d'une vieille amitié, au profit de deux hommes qu’il n’estimait guère, n'est sans doute pas l'un des titres de gloire majeurs de Lionel Jospin.

On nous a ressorti aussi la vieille chanson de la solution de tous les problèmes de l'école par la décentralisation. J'en ai déjà parlé il y a peu dans ce blog (à propos des primes aux responsables d'établissements) et je n'y reviens donc pas. Sans être un jacobin farouche et en étant très conscient de la pesanteur de la centralisation du système français de l'éducation nationale, je me demande si je ne préfère pas encore l’autorité lointaine de la rue de Grenelle à celle, plus proche, plus constante et plus pressante des petits chefs (scolaires ou universitaires) qu'une décentralisation plus avancée ne manquerait pas de susciter ou de renforcer. On l'a vu dans d'autres domaines et, au fond, les fonctionnaires de la direction de l'équipement nommés de Paris, à l'époque où ils régnaient sur les permis de construire entre autres choses, avaient moins tendance à monnayer leurs autorisations que ne l’ont fait ensuite, dans le cadre décentralisé, les élus locaux.

Le vrai problème de l'éducation nationale, pour ne pas dire le seul, est l'incapacité au changement et le conservatisme forcené du corps enseignant. Sur ce point, je propose un principe tout simple : toute corporation est corporatiste par définition, mais la corporation des enseignants l’est en quelque sorte doublement, car tout individu a tendance à souhaiter voir reproduit le modèle éducatif dans lequel il a été lui-même formé. Les enseignants, par ce simple petit raisonnement arithmétique, sont donc corporatistes, non pas au double, mais « au carré ».

Les choses sont d'autant plus fâcheuses que, sur un plan plus général, chacun s'accorde à reconnaître les difficultés majeures que les Français ont avec toute réforme. Pour être plus précis, chacun est pour les réformes, à condition toutefois qu'elles ne s'appliquent qu’aux autres et non à lui-même À partir de là vous voyez ce que peut être la situation d’un ministre de l'éducation nationale en France.

Pour vous donner un exemple simple de l'application de cette règle : il suffit de regarder depuis des décennies, pour ne pas dire plus, les réformes qu'on a tenté de mettre en place à propos des horaires et des programmes scolaires. Tous les enseignants reconnaissent qu’ils sont trop chargés, mais, le moment venu de trancher dans le vif, aucune spécialité disciplinaire ne veut voir réduit son programme, alors que chacune est très favorable à la réduction des programmes des autres. C'est pourquoi, dans les faits, la plupart des prétendues tentatives de réductions dans les programmes, soit ne concernent que des disciplines qui ne sont pas en mesure de se défendre face aux autres, soit conduisent parfois plus à modifier voire à alourdir les programmes qu'à les réduire.

Je suis déjà bien long mais il y a tant à dire sur ce sujet !

samedi 22 mai 2010

Un métier d’avenir : chronopsychologue

Avec la cuisine et l’administration, la psychologie est la troisième mamelle de la France !

Il y a, en effet, dans les universités de France, autant d’étudiants en psychologie que dans l’ensemble des vingt-six autres Etats européens. En réalité, l’une des raisons de cet étrange engouement, que nul n’évoque bien entendu, était, jusqu’à présent, que la licence de psychologie passait pour la plus facile et permettait ainsi, à moindres frais et sans grands efforts, de se présenter au concours des IUFM).

On a beau faire intervenir, sous le plus léger prétexte (chute dans les escaliers, perte d’un objet, escapade d’un chat ou d’un chien) et expédier sous toutes les latitudes lors des catastrophes, nos équipes de psychologues français, le chômage menace. Certains, plus malins, s’installent à leur compte, mais les gogos qui viennent chercher dans leur cabinet des conseils sur leur vie professionnelle ou l’orientation de leurs enfants sont rares et sans doute le marché ne peut que se rétrécir vu la nature des prestations fournies. Restent le « coaching », qui a encore un certain succès, et la voyance, qui marque toutefois une forme de reconversion assez radicale, en apparence du moins.

Ecoutant ce samedi matin, 22 mai 2010, vers 9 heures, sur France-Infos, le quarante-deuxième « sujet » du mois sur les rythmes scolaires, j’ai recueilli, au passage, une information majeure qui éclaire soudain d’un jour nouveau et surtout optimiste, l’avenir des innombrables futurs psychologues français.

La chronopsychologie est née ! Vive la chronopsychologie !

Une bonne nouvelle ne vient jamais seule ! La chronopsychologie est, en effet, accompagnée de ses petites soeurs qui sont la chronobiologie, la chronopédagogie voire l’imminente chronodidactique ! Les lamentables sciences de l’éducation vont, à nouveau, avoir du grain à moudre. Ce brave Chronos qui avait, dans la légende des dieux grecs, la mauvaise habitude de dévorer ses enfants a renoncé, de nos jours, à ces mauvaises manières et produit désormais des sciences nouvelles où vont pouvoir s’engouffrer nos psychologues !

La grande découverte de ces chrono-machins est qu’au lieu d’avoir, dans le monde, le plus petit nombre de jours de classe et le nombre le plus élevé d’heurs de travail par jour, il vaudrait mieux, pour la France, une répartition plus raisonnable des heures d’école dans chacune des journées qui deviendraient par là même plus nombreuses.

Comment parvenir à une conclusion si radicalement novatrice, sans le précieux recours à la chronopsychologie? Mais nous ne sommes pas au bout de nos étonnements devant les révélations de la chronopsychologie ! Elle va bientôt intervenir dans le recrutement des enseignants, tel profil psychologique vous destinant, de façon évidente et incontournable, à l’enseignement de la grammaire ou des sciences naturelles, quels que puissent être, en apparence, vos goûts pour telle ou telle discipline. Mieux encore, nos chronopédagogues et nos chronodidacticiens détermineront enfin, dans des conditions et selon des méthodes scientifiques, quels jours et à quelles heures du jour doivent se situer les cours de maths ou d’histoire.

Je ne suis pas sûr que, finalement, le bon moment pour aborder de si graves sujets soit le samedi d’ouverture du long week-end de la Pentecôte ? Une équipe d’assistance et de conseil chronopsychologique s’impose dans la mise en place de la grille des programmes de France-Infos !

jeudi 20 mai 2010

Haïti : le mirage cubain

On prétend, mais je n’ai jamais vérifié, que, par temps très clait, on peut parfois d’Haïti apercevoir, dans le lointain, la côte orientale de Cuba. Est-ce là une forme d’un mirage cubain dont un avatar s’observe en matière d’éducation?

La proximité géographique des deux îles (Cuba et l’ancienne Hispaniola, où voisinent aujourd’hui, Haïti, pour la partie occidentale, et la République Dominicaine dans la partie orientale) et d’apparents parallèles historiques et économiques (colonisations européennes esclavagistes et agro-industrie sucrière) incitent à les rapprocher sinon on à les comparer.

Sur le plan éducatif, que le séisme du 12 janvier 2010 a mis au centre des préoccupations des gouvernements comme des organisations internationales et des ONG, le modèle cubain fait rêver, que ce rêve soit idyllique ou qu’il prenne la forme d’un cauchemar !

Le modèle cubain est souvent invoqué dans les débats sur l’éducation dans les pays en voie de développement, comme le fut naguère le modèle guinéen. Les choses sont infiniment plus sérieuses à Cuba qu’elles ne le furent dans la Guinée de Sékou Touré ! En prenant le pouvoir en 1959, Fidel Castro, en nationalsant l’éducation, et en l’inscrivant officiellement dans l’idéologie communiste, fit aussi de ce secteur une priorité nationale effective et, par là, une vitrine du régime.

De ce fait, Samuel Pierre, présentant, l’an dernier, en Haïti, les perspectives ouvertes par le Groupe de Travail sur l'Education et la Formation (GTEF) ( qui, depuis deux ans, oeuvrait à élaborer un projet de « Pacte national sur l'éducation et la formation »), après avoir rappelé «qu'aucun pays sur la terre n'a pu progresser ni se développer sans un investissement systématique et soutenu dans l'éducation », a cité Cuba comme première illustration de cette thèse.

Indépendamment des aspects idéologiques qui, somme toute, peuvent être regardés comme relativement secondaires sur le fond du problème, on doit prendre en considération, avant toute chose, la grande différence entre les situations cubaine et haïtienne. Elle tient d’abord et surtout à leurs situations linguistiques.

Il y en effet un mystère historico-linguistique. Il tient à ce que, dans des conditions historiques et économiques, en apparence très voisines sinon identiques, des créoles français sont apparus, en Haïti comme aux petites Antilles, tandis que des langues du même genre ne se sont pas formées dans les colonies espagnoles. En Haïti , la langue première des Haïtiens est un créole français, tandis que, dans les deux Etats les plus proches, à l’Est la République Dominicaine et à l’Ouest Cuba, la seule langue en usage est l’espagnol, à peine marqué par des traits régionaux, mais pas plus qu’il ne l’est dans d’autres Etats hispanophones de la zone américaine.

Ce n’est évidemment pas le lieu de proposer des réponses à cette énigme des sciences du langage (même si le débat est aussi interessant que controversé), mais on voit d’emblée, le problème que pose, dans le cas d’Haïti, l’existence de ce créole qui, quoique reconnu, aux côtés du français, comme langue officielle, n’a qu’une place très modeste dans le système scolaire où le médium éducatif majeur est le français, qui n’est parlé que par moins de 10% de la population et est ignoré, de ce fait, de la plupart des enfants haïtiens qui sont scolarisés (50% d’une classe d’âge environ).

Comme on vient de le constater par les perspectives ouvertes par le GTEF, rares sont ceux ou celles qui, comme Edith Efron (1954), se posent la question suivante « L’analphabétisme est-il toujours un mal ? » et concluent par la négative, en soutenant que la paysan haïtien, sans tirer un réel profit de l’éducation moderne, y perd le contact avec les structures sociales et culturelle traditionnelle.

Avant de rêver sur le modèle cubain, sans voir les profondes différences entre les deux Etats (pour ne citer qu’un fait, assez significatif, les Espagnols créent des universités dans leurs colonies de la zone dès le dix-septième siècle !), on doit poser et résoudre le problème de la langue de l’école.

Depuis un demi-siècle, le rôle du français comme médium scolaire majeur est contesté aussi bien par une minorité d’Haïtiens que par des groupes d’enseignants, haïtiens ou américains, souvent protestants, qui militent pour une éducation de base en créole, où le français, l’anglais et l’espagnol seraient éventuellement enseignés comme langues étrangères. Tout donne à penser que cette idée qui n’est assurément pas nouvelle, est à la base du Plan Vallas (évoqué dans des posts précédents) qui est, semble-t-il, soutenu par la Banque Interaméricaine de Développement (BID). Son président, Luis Alberto Moreno, vient d'ailleurs de venir en mission à Port-au-Prince les 14 et 15 mai 2010.

Le prétexte du changement est tout trouvé, puisque l'article 38 de la Constitution haïtienne de 1987 rend obligatoire l'enseignement primaire gratuit, alors que tout indique que 80% des écoles haïtiennes sont privées, donc payantes, et que seuls 50% des enfants haïtiens sont réellement scolarisés et cela dans des conditions que nul ne considèrent comme convenables.Certes la BID promet d’engager, sur 5 ans, 50 millions de dollars américains, mais si l’on prend en compte que, selon les données officielles (MENFP, 2005), il y a en Haïti 70.000 enseignants, dont 85% n’ont reçu aucun formation professionnelle et dont 30% ont un niveau de scolarisation inférieur à la 9ème année de l’école fondamentale, la pente sera très dure à remonter, même si, depuis un quart de siècle, la non-application du texte de 1987 n'a pas posé beaucoup de problèmes!.

Encore faudrait-il d’abord savoir ce que l’on veut que soit l’école haïtienne sans trop rêver sur le modèle cubain !

dimanche 16 mai 2010

Encore Haïti et son école!

Je me suis rendu compte, un peu tard sans doute, que le raccourcissement final de mon post du 15 mai 2010 (je m’interdis d’être trop long), rendait peu compréhensible ce texte et sa finalité.

En fait, on ne sait pas réellement, je crois, quelles sont les intentions de Paul Vallas et quel sera le contenu de son « plan ». On peut même espérer qu’il ne le sait pas lui-même, ce qui serait, de sa part, une belle preuve de bon sens, qualité dont cet homme ne semble pas dépourvu.

Comment, en effet, concevoir un plan de « construction » de l’école pour un pays dont on ignore tout. Je ne suis même pas sûr que Paul Vallas ait jamais mis les pieds en Haïti. Concevoir un nouveau système éducatif pour Haïti (car c’est, selon les rumeurs du moins, le seul point positif dans le recours à ce « spécialiste ») semble être qu’il ne veut pas « rebâtir à l’identique » l’école haïtienne. Toutefois, un tel choix, si essentiel qu’il soit, ne procède sans doute que du hasard pur et simple et non d’une vraie réflexion prospective. C’est, en fait, je pense, la reprise, un peu machinale, d’un slogan qu’il avait déjà utilisé dans sa mission à la Nouvelle Orléans, dans des conditions et pour une situarion en fait radicalement différentes.

Si l’on regarde de loin et de haut, les actions de Paul Vallas, réformatrices d’abord, à Chicago et à Philadelphie ou rénovatrices, à la Nouvelle-Orléans ensuite, on constate que ces politiques, élaborées dans le contexte de l’école des Etats-Unis, n’ont pas grand chose de pertinent dans la situation haïtienne.
Qu’il y a ait une crise de l'école aux Etats-Unis, les présidents successifs (Clinton, Bush et Obama) l’ont reconnu et les premières actions de P. Vallas s’incrivaient, sans problème, dans le « Plan Bush ». Les choix actuels du Secrétaire d’Etat à l’éducation de B. Obama, Arne Duncan (ancien collaborateur de P. Vallas à Chicago) ne semblent pas marquer de "rupture" : introduire dans la gestion de la carrière des enseignants la notion de mérite, évaluée par la réussite de leurs élèves (d’où les tests et évaluations multiples des résultats et niveaux scolaires, extension de ce principe aux établissements eux-mêmes par le biais des « écoles àc charte », fonctionnant, pour partie, sur des fonds privés, mises en place à côté des écoles traditionnelles. Si ces « écoles à charte » sont gratuites, elles doivent toutefois être gérées de façon à assurer leur autonomie financière, comme une entreprise.

Sans entrer dans le détail, on voit que le principe général est celui d’une privatisation, au moins partielle, des écoles et d’une forme d’autonomisation. En quoi cela peut-il être pertinent en Haïti où l’immense majorité des écoles est déjà privée et où les problèmes majeurs ne sont nullement de cette nature ?

A l’appui de mon propos et pour avoir recours à la source la plus officielle, je citerai le discours de Madame Elisabeth Préval (10 février 2010)

« Il m’a été dit que 77 % des établissements d’enseignement existants (publics et privés confondus) n’étaient pas reliés au réseau électrique. Dans les régions rurales, cette proportion atteint 91 %. 65 % de nos écoles n’ont pas l’eau (et je ne parle pas ici d’eau potable). 74 % d’entre elles n’ont pas de bibliothèque ; 31 % sont situées dans une église, 16 % dans une maison privée et 19 % dans des locaux précaires.

Seuls 29 % des enfants inscrits en première année atteindront la 7ème année. Quel gâchis ! Telles sont les raisons de notre souci de la qualité. Lorsqu’un enfant doit passer 6, 7 ou 8 années à l’école sans être en mesure de lire d’écrire, de calculer, de résoudre des problèmes et de commencer à apprendre par lui-même, c'est un gâchis pour l'enfant lui-même, sa famille et la société dans son ensemble. Nous devons veiller à ce que l’éducation qu’il reçoit soit de qualité.

Je crois savoir que moins de 30 % des enseignants possèdent les qualifications requises pour enseigner. La disponibilité d’enseignants qualifiés est un préalable à une éducation de qualité. Tout en œuvrant pour la reconstruction, nous devons lancer un programme massif de formation des enseignants.3

On peut admettre que Paul Vallas, qui était présent, comme je l’ai rappelé hier, lors de l’intervention de la First Lady haîtienne, a commencé à recevoir, par là même, une forme de première information sur la tâche qui sera la sienne, s’il entreprend de « construire », et non de « reconstruire », le système éducatif haïtien !

Cette remarque me rappelle ce que j’ai dit en conclusion de mon rapport, au terme d’une mission faite pour le Ministère français des affaires étrangères. C’était au moment de la réforme Bernard (introduction du créole pendant les trois première années avec passage progressif au français »). J’ai conclu mon propos en disant qu’à mon sens, la première condition pour réformer un système éducatif était qu’il existât réellement et que cette condition ne me paraissait pas remplie en Haïti.