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vendredi 9 novembre 2012

La formation audio-visuelle à la fraude sociale


Ce titre doit vous paraître un peu étrange et, de ce fait même, il nécessite quelques explications liminaires qui tiennent, de façon un peu lointaine, à la nature et à  l'évolution de la production audiovisuelle française.

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, nous sommes totalement nuls en matière de production audiovisuelle. Par pitié, ne venez pas me parler de "Fort Boyard" et de "Poubelle la vie" que nous avons vendus à la TV des Iles Cook et à Bélouchistan-TV.

La principale source d'inspiration de nos producteurs télé, devant le total envahissement de nos écrans par les séries, les jeux, les télé-réalités et tous les produits américains, réside, de temps en temps, dans un bref séjour à New York. Ils s'y enferment dans une chambre d'hôtel pour y regarder la télévision à laquelle ils ne comprennent rien, faute de savoir l'anglais et tenter d'y découvrir ce qu'ils pourraient acheter ou, mieux encore, plagier.

En vue de la rédaction de ce post et pour être au fait du dernier cri en la matière, sans me risquer toutefois à la regarder de façon un peu prolongée, j'ai zappé  sur D8, la nouvelle chaîne de Canal+ ; dans une immédiate consternation, je me suis borné à aller sur son site. Après l'ingestion obligée de spots publicitaires intempestifs qui me furent imposés, s'est offert à ma vue le spectacle qui paraît constituer l'attraction majeure de D8. Une exposition de huit paires de cuisses de couleurs (à Canal, on aime la diversité) et de galbes différents, savamment organisée autour de celles de Madame Laurence Ferrari, la vedette des lieux. On comprend que pour 20.000 euros mensuels, une ex-ministre se soit mise au régime!

Sur un plan plus général, sur D8 comme à France2, M6, W9 ou ailleurs, l'innovation française télévisuelle  majeure consiste en de pseudos reportages, fort longs (2 heures avec de multiples passages de pub!), pompeusement baptisés "Enquêtes" pour attirer le client.

Le principal avantager du produit est qu'il est fort peu coûteux.  Pas besoin d'acteurs ; les héros sont censés être filmés dans leur boulot quotidien et beaucoup seraient sans doute même prêts à payer pour passer à la télé (y a-t-on songé au moins?). Pour la technique, il suffit d'un cameraman (il faut faire vrai donc de préférence un maladroit), d'un preneur de son (idem) et de ce qu'on nomme pompeusement en France, Dieu seul sait pourquoi, un "journaliste". Avec ça, à peu de frais, on occupe deux heures d'antenne.

Il s'agit, dans tous les cas, de donner à croire qu'on suit "in vivo" une équipe professionnelle en action sur le terrain, qu'il s'agisse de policiers (c'est le modèle le plus courant), d'agents du fisc, de la douane ou de la répression des fraudes (on commence à en voir souvent ; des sous-flics en somme) et sans doute dans l'avenir de pompiers (dans la mesure où la presse s'est fait l'écho, des journées durant, de la mort de ce jeune pompier volontaire, dont on a souligné l'héroïsme (involontaire lui!) sans songer à préciser qu'il agissait sans doute ainsi pour se payer une mobylette grâce aux émoluments afférents à cette noble tâche).

Compte tenu de l'immensité du gouffre du déficit de la sécurité sociale, dont on commence à percevoir qu'il est, pour une bonne part, dû à la totale et multiple généralisation de la fraude sociale que j'ai eu déjà l'occasion d'évoquer dans ce blog, les équipes d'agents chargées, en principe, de la découverte des fraudeurs commencent à avoir la place et la vogue qu'elles méritent dans ce genre de série documentaire et j'ai déjà vu au moins trois produits sur le sujet.

Ces documentaires sont fort instructifs même si, naturellement, ils sont tous les mêmes et si leurs caractères bidonnés sont suffisamment évidents pour que je m'y arrête pas. On y a toutefois introduit deux éléments qui font le piment des séries policières du même acabit : le frisson du danger (la brave inspectrice de la répression des fraudes qui va contrôler un marchand d'huile d'olive espagnole baptisée pour la circonstance "provençale" revêt, au petit jour, un gilet pare-balles) et le caractère désormais incontournable de la scientificité, car la répression des fraudes alimentaires comme la découverte des magouilles de certains professionnels du corps médical sont devenues scientifiques sur le modèle des méthodes de la police des télés, style NCIS ou Cold Cases!

Tout cela est fait naturellement pour distraire le bon peuple de France ; il faut toutefois reconnaître qu'à la troisième ou quatrième ingestion de pareils documentaires, si certains ne s'en lassent pas, pour beaucoup de téléspectateurs ces émissions deviennent rapidement insupportables à force de redites et de répétitions.
 
Si l'on ne peut contraindre les téléspectateurs à les regarder, on pourrait, en revanche, songer à en faire une utilisation systématique et didactique dans la double formation des agents de la répression de la fraude sociale mais surtout des futurs fraudeurs eux-mêmes, car, lorsqu'ils entrent dans le métier (souvent encore honnêtes et naïfs), ils ne connaissent pas nécessairement toutes les ficelles et toutes les combines de l'exercice frauduleux de leur nouvelle profession. Or la gamme des entourloupes des professionnels concernés est extrêmement vaste et je ne puis guère entamer ici l'évocation que je devrais en faire et que je me vois contraint, par la force des choses et la limitation de mon espace éditorial, à remettre à demain.

 

dimanche 7 octobre 2012

"Ondar Show" : Pif dans le PAF ou paf dans le pif

Pris de je ne sais quelle funeste inspiration, je me suis laissé aller, en ce samedi 6 octobre 2012, vers19 heures, à regarder la télévision qui, pour mon malheur, était sur France2.

Aurais-je été mieux informé des nouveaux programmes, laborieusement élaborés par la nouvelle équipe de cette chaîne, sous la direction éclairée de Monsieur Pfimlin ("Petite Prune" en alsacien à en croire le Canard enchaîné d'antan) que je me serais peut-être méfié, lorsque j'ai vu annoncé, à grand renfort de spots et d'éclairages multicolores, devant un public d'avance hilare et conquis, la première d'une nouvelle émission de l'équipe de Laurent Ruquier dans « On n'demande qu'à en rire »

" Une heure d'humour, de création et de spectacle live sur France 2." Précise la pub. que j'ai consultée, après coup bien sûr, et qui ajoute sans mollir : "En plateau, dans un dispositif original et en public, les meilleurs pensionnaires de « On n'demande qu'a en rire » animeront eux mêmes, en présence d'un invité, un show complet fait de sketchs, de détournements et de parodies.". Au cas où nous n'aurions pas compris, on ajoute : "L'émission réunit les meilleurs humoristes de "On n'demande qu'à en rire"."

Laurent Ruquier, en effet, après avoir donné quelque espoir de non-conformisme et d'humour, il y a bien des années, est entré, sans doute à force de sous-traitance, dans l'ornière d'une facilité, radiophonique et télévisuelle, qui peut parfois conduire jusqu'à la débilité, ce qui illustre, après tant d'années, les génies de Coluche et de Desproges.

Je ne sais pas quel rôle il tient, au juste, dans cette émission curieusement intitulée « Ondar show» et qui semble fondée, pour une bonne part, en cette époque où l'on fait la chasse aux homophobes sur une homophilie qui confine souvent à l'homomanie.

"Ondar show" serait-il un à peu près pour "au dard chaud" ou "dard au chaud" ?

Bref ce n'est pas le sujet, car on peut être drôle sur n'importe quoi, comme on peut être sinistre et minable sur n'importe quoi également. C'est plutôt à ce second genre que se rattache l'émission en cause dont c'était la première hier, mais dont on peut espérer que ce sera aussi la dernière !.

La principale caractéristique de cette émission est que la stupidité et le plagiat le disputent tout au long à la plus extrême des vulgarités.

On a voulu s'y essayer à la parodie, pas très nouvelle, d'émissions françaises connues (quoique personnellement je n'en ai jamais vu aucune) du style "Une famille en or" qui devient "Une famille du Nord", en surfant sur la double vague des ch'tis et de l'homomanie. C'est si nul qu'il ne vaut même pas la peine de s'y arrêter car tout le monde a pu faire les réflexions qui furent les miennes, même si j'ai craqué à 19h30 en me privant, par là même, de la fin de ce somptueux programme.

On sait que les producteurs de télévision français ont pour principale source d'inspiration et méthode d'élaboration de leurs "propres" produits un court voyage aux États-Unis ; ils s'y enferment deux ou trois jours dans une chambre pour y regarder les programmes américains qu'ils démarqueront ensuite.

L'un des plus volontiers copiés est le show de Jerry Springer qui, une fois de plus, a été ici copié, en l'accommodant à la française. Le principe de Jerry Springer est simple ; il consiste à faire révéler à X par Y un "secret" que Y ne devrait en aucun cas connaître. Pour illustrer ce cas par un exemple réel pris dans une émission de Springer que j'ai vue autrefois, X est une femme qui révèle à son mari Y qu'elle a un amant Z qui va venir sur scène avec eux ; on s'aperçoit alors que l'amant est un nain (ou une lesbienne et je m'étonne que ce cas n'ait pas été choisi). Le mari et l'amant s'injurient puis en viennent naturellement aux mains, la femme se joignant à la bagarre ; tout le monde est finalement séparé par les deux ou trois costauds qui, depuis le début de l'émission, se tiennent à l'arrière de la scène et qui sont là pour ça. Seule innovation du "Ondar Show", on y a fait l'économie, un peu sordide, des malabars pacificateurs.

Jerry Springer a fait d'infinies variations sur ce thème qui est toujours porteur. En la circonstance, dans ce misérable sous-produit présenté par France2, la seule innovation est qu'on y a brodé sur les événements récents - les tumeurs dues à la consommation de maïs OGM - ce qui permet de mettre en scène le "Géant vert" de la publicité qu'on va désigner comme tel, faute d'avoir voulu payer un vrai géant ; il va en venir aux mains avec une version en modèle réduit de Hulk ; on donne ainsi au géant une dimension un peu plus crédible à moindres frais. On voit l'étendue et la nature des efforts d'imagination déployés, les moyens étant limités par la crise.

Tout le reste est à l'avenant ; le seul spectacle visible est celui qu'offre la pauvre vedette (de je ne sais quoi, la chanson je crois) embarquée dans cette galère. Elle se nomme Hélène Ségara et on l'a mise en tenue sexy pour que le téléspectateur ait à se mettre sous l'oeil autre chose que les sinistres protagonistes gays de ce "Au dard chaud". Cela permet aussi , mais vous l'avez déjà deviné, de faire un jeu de mots dûment signalé au public avec le passé simple du verbe pronominal "s'égarer", car il est bien vrai qu'elle s'est vraiment égarée, la pauvre, dans cette lugubre et consternante pantalonnade. Tout cela vous permet de juger du niveau de cette nouvelle et sensationnelle production de rentrée sur France2, le samedi en prime time !

Si cette sinistre émission devait avoir un avenir, je suggérerais de remplacer le titre "Ondar Show", non pas par "Au dard chaud", qui plairait sans doute à la production, mais, puisque l'hiver arrive, par "On dort au chaud", une fois la télévision éteinte bien entendu!

dimanche 5 août 2012

Jeux olympiques : fair-play et humour.

On caractérise souvent, bien à tort à mon sens, les Anglais par le fair-play et l'humour. Les jeux olympiques londoniens viennent de démontrer que mon scepticisme est fondé.

On a d'abord vu, lors d'une course cycliste sur piste, l'un des trois sprinteurs anglais faire une chute alors que son équipe avait pris un mauvais départ. Comme la chose a été réalisée avec assez d'habileté, la chute, quoique jugée un peu étrange, ne pouvait être caractérisée comme volontaire. Il a fallu le témoignage public du héros de l'incident, assez sot pour se vanter de son exploit (il est plus habile qu'intelligent), pour que les choses deviennent évidentes.

Nouvel épisode, du même acabit, en aviron, avec le double anglais, qui étant lui aussi mal parti, a invoqué un incident de parcours, vrai ou faux, pour faire recommencer, la course au mépris de toutes les règles qui n'admettent pas comme faux départ un incident technique de ce genre. Le plus drôle de l'affaire est que le rameur qui dénonçait l'incident, l'a aussitôt réparé, en sortant, on ne sait d'où, un miraculeux tournevis et en revissant (ou du moins en faisant mine de le faire) en une seconde une vis de la glissière de son siège. La réclamation, française en la circonstance, n'a pas été acceptée, après deux heures de simulacre de délibération dont on aurait pu aisément faire l'économie.

Le pire dans tout cela n'est pas dans le spectacle olympique lui-même mais plutôt dans les sinistres commentaires des séxagénaires de France Télévision partagés entre les glapissements de l'enthousiasme obligé d'un Gérard Holtz qui, faute d'imagination, à des accès, de temps en temps, de sa scie favorite (« Vive le sport »), les innombrables pages de publicité qui encombrent les reportages, sans parler de l'absence totale de prise en compte de l'intérêt des spectacles proposés.

 La simple présence d'une Française en 29e position au tir au pigeon à la fosse septique ou à l'heptathlon paralympique fait écarter des écrans des spectacles sportifs infiniment plus intéressants mais où les Français n'ont pas leur place.

Que n'a-t-on, en revanche, organisé un match de boxe ou de lutte gréco-romaine entre le sirupeux Nelson Monfort ( 59 ans ) et le grassouillet Patrick Montel (59 ans aussi, l'homme trop occupé pour user d'autre chose que d'abréviations, de l'hepta à la caté en passant par l'athlé!) puisqu'ils ont eu récemment un violent différent médiatique pour de sombres histoires de boutique (Jean René Godart, 62 ans aurait pu faire l'arbitre!).

La surprise du chef a été la victoire du jeune Florent Manaudou (belle bête au demeurant) qui, après avoir eu toutes les peines du monde à réaliser le minimum aux qualifications de Dunkerque, est soudain passé de la position de faire valoir (avant-dernier qualifié pour la finale du 50 mètres) à celle de facile triomphateur lors de la finale. Espérons que les examens antidopage ne viendront pas ternir une si belle performance, qui n'en demeure pas moins (si je si j'ose dire) stupéfiante.

En ce qui me concerne, ma déception a été la finale toutes catégories du judo où l'on attendait un triomphe éclatant de notre Teddy national ; nous n'avons eu qu'à peu près rien (si ce n'est un uchi-mata en qualification et la médaille d'or pour finir, les seuls vainqueurs étant les arbitres). La terreur que notre Guadeloupéen inspira ses adversaires a tout gâché et il a vaincu la plupart d'entre eux à coups de cartons jaunes d'absence de combativité. Le plus comique a été le simulacre de mini-match de boxe dans la lutte, au moment des prises de kumi-kata ! Il devient impératif de changer le règlement et d'obliger les adversaires à laisser assurer, au départ comme autrefois, la prise du kimono. Faute de quoi, on continuera à avoir droit à quatre ou cinq minutes de gesticulations sans intérêt et même grotesques qui n'ont d'autre triste finalité que d'empêcher le combat lui-même.

vendredi 17 février 2012

Haïti : Toussaint-Louverture

Haïti a été à l'honneur en ce début de semaine sur France 2 avec la projection d'un téléfilm en deux épisodes consacré à Toussaint-Louverture. Je ne dirai pas grand chose sur le film lui-même qui est honorable et, par extraordinaire, n'a pas suscité trop de réactions chez les spécialistes français de l'histoire d'Haïti.

Le principal reproche que je ferai à ce film est qu'y alternent sans cesse les séquences situées dans le Fort de Joux, où se déroule l'action finale et où le héros est mort et les flash-backs incessants sur son passé ; cela finit par être un peu pénible, mais on a dû considérer qu'il y avait dans ses séquences alternées une découverte majeure dans l'histoire du télé-cinéma.  En fait, un récit suivi, du début à la fin, aurait été, somme toute, plus agréable et surtout nous aurait épargné l'idylle inutile,et superflue entre l'officier chargé de garder Toussaint-Louverture et la servante qui, n'est là que pour constituer "l'arlequinade" sans laquelle on ne peut plus produire un film à la télévision française.

Je ne dirai donc pas grand-chose sur le film lui-même sinon sur ses aspects linguistiques ; grâce à des figurants haïtiens, on a introduit une partie des dialogues en créole haïtien authentique, alors que la plupart des discours et des propos (aussi bien pour les Français eux-mêmes que pour Toussaint-Louverture et les siens, esclaves, officiers et soldats) sont tous tenus dans une langue moderne et châtiée qui n'était certes pas celle de Saint-Domingue à la fin du XVIIIe siècle. Je reconnais que ce problème n'était pas facile à traiter et que cela n'a pas dû gêner beaucoup de téléspectateurs.

Je trouve, comme les historiens français spécialisés qui se sont exprimés sur ce point, que dans l'ensemble, le personnage central a été assez bien campé dans ses ambiguïtés. Les relations entre Toussaint-Louverture et les blancs sont complexes comme elles l'ont sans doute été dans sa vie, même si ses rapports avec son maître n'ont pas été aussi idylliques qu'ils le sont dans le film. Le fait que c'est bien ce dernier qui, en l'affranchissant dans la trentaine, lui a sans doute ouvert la voie d'abord vers une première partie de vie de "libre" nanti (il aura lui-même des esclaves comme bon nombre de "libres"). Les rapports avec Sonthonax comme avec le général Lavau ou avec Leclerc sont sans doute un peu idéalisées, mais, dans l'ensemble, on peut considérer que l'histoire est, grosso modo, respectée.

L'ambiguïté toutefois se trouve dans la vie même de Toussaint-Louverture puisque, s'il fut, d'une certaine façon, le père de la libération des esclaves et de l'indépendance d'Haïti (qui toutefois ne sera proclamée que par Dessalines), il eut aussi l'intelligence politique et économique de comprendre qu'il fallait d'abord remettre sur pied l'économie sucrière du pays. C'est ce qui l'a conduit à chercher d'abord à restructurer l'économie plantationnaire que l'insurrection avait naturellement conduit à détruire.

C'était déjà là un peu le paradoxe qui préfigurait la suite de l'histoire du pays, puisque la terre qui avait porté la révolte qui devait conduire à l'émergence de la première république noire dans l'histoire du monde, a été aussi celle où, dans la suite, s'est maintenu, à peine changé, le système de grandes propriétés plantationnaires, alors qu'on aurait pensé que les esclaves libérés allaient devenir de petits propriétaires dans le cadre d'une grande révolution agraire. Le seul changement fut celui des bénéficiaires du système qui seront, au XIXe siècle, les généraux noirs dans le Nord et les mulâtres dans l'Ouest et le Sud.

J'ai en revanche très vite arrêté de regarder le débat qui a suivi, en raison de la composition même de cette réunion qui se tenait au Musée du Quai Branly et dont aucun participant n'avait manifestement la moindre connaissance de l'histoire haïtienne, pas même l'historien de service comme on va le voir.

On avait réuni, sous la direction de Benoit Duquesne qui, comme tous nos journalistes n'avait même pas pris la peine de regarder une carte sans parler même de lire un livre, un étrange ensemble de commentateurs : Françoise Vergès, qui me paraît guère connaître l'histoire et les réalités haïtiennes et dont le principal titre à être présidente du "Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage"  est de descendre directement elle-même, en dépit des apparences, de propriétaires d'esclaves à la Réunion; Marcel Dorigny, membre lui aussi de ce même Comité mais qui n'est guère plus familier de ces réalités dominguoises comme on va le voir; deux des acteurs du film dont le héros, Haïtien lui-même, mais surtout Sonia Rolland (ex Miss France!), dont je ne suis pas sûr qu'avant ce film, elle ait été en mesure de situer Haïti sur un planisphère muet. Enfin, cerise sur le gâteau, l'inénarrable Lilian Thuram, ex-footballeur à lunettes (preuve évidente de grandes capacités intellectuelles), qui est désormais l'invité obligé dans tout débat sur la négritude et/ou l'esclavage.

L'historien de service était donc Marcel Dorigny qui n'a même pas remarqué deux problèmes et/ou erreurs historiques majeures du film sur lesquels je ne m'attarde un instant parce que je n'ai rien à dire d'autre sur ce débat que j'ai rapidement cessé de regarder.

Dans le premier épisode la "cérémonie" du Bois Caïman qu'on regarde souvent comme un épisode fondateur de l'histoire d'Haïti est un événement dont la réalité historique a été mise en doute On peut lire sur ce point l'article de Léon-François Hoffmann, « Histoire, mythe et idéologie : la cérémonie du Bois-Caïman», 1990, Études créoles, 13, no. 1, 9-34. Je suppose que M. Dorigny ne connaît ni ce texte ni, plus généralement, le problème, mais un historien sérieux aurait signalé le problème vu l'importance de cette scène qui est un peu le clou du film!

Seconde ignorance plus incontestable et plus choquante.

Dans le film, en effet, dans la scène où le maître de Toussaint-Louverture lui annonce son affranchissement, il fait un discours à ce propos dans lequel il précise, Dieu sait pourquoi, que la plantation a produit de 300 tonnes de sucre et que Toussaint a été pour beaucoup dans cette réussite économique (d'où son affranchissement). Or cette scène se produit bien avant le moment où la révolution française (en 1795) a pris la décision qui instaurait le système métrique pour les unités de longueur, de volume, de masse ( et de temps). Le kilo et donc, a fortiori, la tonne n'existaient donc pas ; dans le texte français de 1795 on ne parlait d'ailleurs pas de kilo mais de "grave"! On ne pouvait guère user de ce système à Saint-Domingue alors qu'il n'existait pas encore en France !

Un « expert » comme Marcel Dorigny aurait dû, de toute façon, noter et signaler le problème (pour Bois-Caïman) et l'anachronisme qui évidemment ne pouvaient qu'échapper aux autres participants au débat. Un "expert" n'est-il pas là pour ça?

vendredi 1 avril 2011

Blogspot. Le détective et la « journaliste »

Dans mon enfance, en passant devant les kiosques à journaux, je jetais toujours un oeil curieux à la une d'un magazine qui ne manquait jamais d'attirer les regards. Cet hedomadaire, que je crois n’avoir jamais lu mais dont le contenu était clairement affiché par la couverture, avait pour titre Détective. Il offrait toujours en couverture quelque drame horrible, de préférence sanglant, avec parfois une légère touche sexuelle, le tout accompagné d'un titre qui devait attirer les regards et susciter la convoitise du client. C'était donc du genre « Il coupe sa femme en morceaux et la donne à manger à leur chien », « Il a violé toutes les grands-mères du quartier » ou toute autre accroche de la même farine.
A l’époque, les illustrations du thème, toujours pertinentes, hyper-réalistes et, par là-même, expressives, étaient faites à la main par un artiste spécialisé.

Il me semble que, dans la suite, Détective a cessé de paraître et lui a succédé un rival du même tonneau dont le titre était, si je me souviens bien, « Qui Police ? », ce qui est à la fois clair et sibyllin ! Tous ces hebdomadaires ont tour à tour disparu. Leur a succédé, car le genre semble indestructible, une autre publication dont le titre est Le nouveau détective, dont le contenu et la forme ne sont en revanche pas très nouveaux. Je vous donne le titre du dernier numéro, sans pouvoir hélas, par crainte d’un procès de plus, vous reproduire les images de la couverture : « Nancy : derrière la porte, on assassine ses deux enfants, une maman crucifiée ». Le tout est illustré par la photo (on est passé du dessin à la photo !) d’une brune capiteuse (car l’horreur n’interdit pas le glamour) qui hurle en découvrant une superbe denture dont la taille et l'éclat témoignent de l'immensité de son désespoir.

Je laisse aux sociologues spécialistes du journalisme et de la presse en général, (si, si, ça existe !) le soin de se pencher sur les destins, funestes et successifs, de ces magazines. Je pense, en ce qui me concerne, qu'ils ont subi, de plein fouet, la concurrence de nos médias audiovisuels majeurs qui leur offrent, à la maison et souvent à table, la matière richement illustrée de tels faits divers qui faisaient la fortune de ces publications spécialisées. Je ne parle pas ici des multiples « enquêtes » qui se régalent de faits divers, si possible croustillants ou graveleux, mais des journaux télévisés.

Vous pensez que, comme toujours, j'exagère ? Et bien prenons l'exemple du jour en examinant, rapidement je vous l’assure, le journal télévisé de France2, la chaîne nationale, en ce jeudi 31 mars 2011.

Je reconnais que la tâche de la rédaction n'était pas simple. Allait-on ouvrir le journal de 13 heures sur la crise politique française à propos du débat sur la laïcité ? Sur la catastrophe nucléaire du Japon qui, quoique déjà un peu éloignée, s'est néanmoins remise au premier plan puisque notre Président de la République est aujourd'hui même au Japon ? Sur la Libye et les mouvements internationaux qui se succèdent dans la recherche de solutions militaires et/ou politiques ? Sur la Côte d'Ivoire où la situation est grave puisque désormais les troupes de Laurent Gbagbo et celle de Ouattara s'affrontent militairement et probablement vont finir par le faire, ce qui est pire encore, à Abidjan même ? Sur la Syrie puisque Bachar el-Assad, mettant un terme à toutes ses prétendues promesses sur la réforme du régime, a décidé de ne rien faire et de maintenir dans son intégralité l’extravagant régime policier local ? Bref, j’admets qu’il n'était pas facile d'ouvrir le journal télévisé de 13 heures, alors que tant de sujets graves se bousculaient au portillon.

Madame Lucet a fini par choisir et il faut reconnaître que ce choix, pour inattendu qu'il est, mérite qu'on s'y arrête.

Le sujet d'ouverture (le choix le plus délicat) a été la plainte déposée par une mère de famille contre un buraliste qui avait vendu un paquet de cigarettes à sa fille âgée de moins de 16 ans. Elle a déposé officiellement plainte et espère obtenir, je crois, 30.000 euros de dommages-intérêts. Diable, cela met à un prix très élevé le profit de la vente illégale d'un paquet de cigarettes à une fille que son papa avait peut-être chargée de cet achat.

Après un sujet d'une telle importance, il était difficile d'aborder un deuxième sujet. Fort heureusement, une autre mère de famille (elles sont décidément à l'honneur) porte plainte, elle, contre l’établissement scolaire que fréquente son fils. En effet, dans des circonstances encore mal élucidées (mais la police scientifique est sur le coup et la « scène de crime » a été bouclée), il y avait dans la trousse de son fils, enveloppée dans du papier d'aluminium, une barrette de shit (mon imbécile de logiciel Dragon a écrit « chiite » au risque de me faire taxer de racisme !) que le gamin a dévoré en croyant, à l’en croire, que c'était du chocolat. La mère de famille a illico porté plainte contre l'établissement, scandalisée qu'elle est qu’une fouille systématique et totale de tous les cartables et de toutes les trousses de tous les élèves ne soit pas organisée chaque jour, matin et soir, dans cet établissement (sans oublier les poches bien entendu).

On comprendra qu’après ces deux sujets majeurs, il ait été difficile de retenir un troisième sujet. Fort heureusement, on a retrouvé d'abord et identifié ensuite la joggeuse qui avait disparu, il y a trois semaines, dans notre Sud-Ouest. On manque encore un peu de détails sur sa tenue, ses blessures et surtout les sévices qui lui ont été infligés, mais cette ignorance ne durera assurément pas !

Je crains fort que devant une concurrence aussi redoutable, « le nouveau détective » ne soit à son tour, comme ses prédécesseurs, contraints de fermer boutique ; il faut reconnaître qu'il est difficile de rivaliser sur ce terrain avec Mme Elise Lucet. Ces sujets majeurs une fois traités dans leur détail, on a pu dire, en passant, quelques mots de la politique nationale et internationale, qui sont, vous en conviendrez, des sujets mineurs par rapport aux trois dossiers qui ont permis d'ouvrir « votre » journal, comme se plaît à dire Mme Lucet.

En tout cas, je conteste tout à fait l’usage de ce possessif de deuxième personne qu’elle croit habile mais qui me met directement en cause. Je ne voudrais en aucun cas qu’un pareil ramassis de propos lamentables soit, en quoi que ce soit, « mon » journal. C'est, de toute évidence, le « sien » et je lui interdis donc le droit de m’associer à pareille entreprise et d'affirmer que ce prétendu journal pourrait être le « mien » !

lundi 27 décembre 2010

Du désert de l'information.

J'ai déjà souvent eu l'occasion de me lamenter sur la nullité généralisée de l'information en France. Je ne reviendrai donc pas sur le sujet, sauf pour signaler que les meilleures émissions d'information générale, politique et économique qu’il m’ait été donné d’écouter, sont celles qu'on trouve, à un moment où les autres chaînes sont particulièrement désertiques (vouées qu’elles sont, par le week-end, au jardinage ou à l'automobile). Le samedi matin et le dimanche matin, sont diffusées ou rediffusées des émissions intitulées, « Morning je ne sais quoi..." (titre sans doute inspiré de « Morning Viet Nam », plus que des crétineries de M. Young que j’espérais définitivement et médiatiquement disparu), sur la chaîne radio BFM qui est, j'en conviens, la voix du « grand capital », comme on disait au bon temps de Georges Marchais. On peut y entendre des propos intelligents et informés qui sortent un peu du ronron ordinaire et imbécile de nos « grandes » radios et de télévisions.

Compte tenu du système des vacances audiovisuelles que j’ai déjà dénoncé et auprès duquel les congés ordinaires de nos écoliers sont de la roupie de sansonnet, on pourrait imaginer que les « journalistes » remplaçants qui officient pendant que les grosses pointures sont en congé, c'est-à-dire une bonne douzaine de semaines par an, pourraient faire des efforts, ne serait-ce que pour faire apparaître la nullité crasse de ceux et celles qu’ils et elles remplacent.

Je prendrai l'exemple du journal de 13:00 sur France2 que j'ai regardé aujourd'hui surtout pour tenter d’avoir des nouvelles de la Côte d’Ivoire et d’Haïti où ont lieu des crises politiques graves. La charmante brunette, qui remplace, pendant ses innombrables congés, Élise Lucet formée sous J.M. Cavada, ne fait pas le moindre effort sur ce point, alors qu'elle dispose de tout le reste de l'année pour se reposer de ces quelques jours d’antenne. Qu'on ne vienne pas me parler du travail journalistique que ces gens-là devraient avoir à faire puisqu'il se borne à nous ânonner tous la même chose, sur toutes les chaînes et toutes les radios; leur commune activité se limite, en effet, à la lecture, devant un micro, des dépêches de l’AFP.

Aujourd'hui donc à 13:00, nous avons eu essentiellement trois « grands » sujets d'une dizaine de minutes chacun. Le premier sur la neige (ce qui un 27 décembre est d'une originalité puissante) le deuxième sur les jouets de Noël changés dans les grands magasins (d'ailleurs le même sur toutes les chaînes de France-Télévision), le troisième sur les soldes à Londres (que le responsable a pu ainsi aller faire outre-Manche aux frais de la chaïne).

En revanche, la grave situation en Côte d'Ivoire n'a justifié qu’un mini-sujet de deux minutes dans lequel une dizaine de secondes au mieux était consacrée à la grève du lundi matin à Abidjan. C'était le seul élément nouveau depuis le week-end, car par ailleurs on s’est borné à nous refiler les restes du réveillon, pas même réchauffés : réunion de la CEAO (tenue le vendredi 24 me semble-t-il), les menaces des Etats (même date) et le puissant soutien qu'ils apportent par là à la démocratie ivoirienne.

On ne peut attendre de ces journalistes-sic quelque réflexion que ce soit sur la délégation prévue pour le rétablissement de la démocratie en Côte d'Ivoire. Elle sera conduite demain par la Guinée, ce qui n'est évidemment drôle que pour ceux qui connaissent un peu l'histoire récente (ou ancienne) de cet Etat et soutenue par le Nigéria où, ces jours-ci, on se massacre joyeusement entre le Nord et le Sud !
Percevoir le comique de la chose suppose naturellement un minimum d’information sur le sujet, ce qui n'est évidemment pas le cas des journalistes de France2.

Quant à Haïti... ! Au fait c’est où Haïti ?

Les téléspectateurs français qui paient une redevance ne méritent-ils pas d'avoir enfin des journaux télévisés dignes de ce nom, pour ne pas parler de l’ineptie et de débilité généralisées des « programmes » des périodes de fêtes (depuis l'avant-avant-veille de Noël au lendemain du surlendemain du Nouvel An) où l'on nous régale inlassablement de bêtisiers, « cent meilleurs », de best-off (avoués ou sournois) et autres âneries de la même farine?

Pauvre France !

mercredi 3 novembre 2010

De Gaulle et Mitterrand.

Dans « l'Edition spéciale » de Canal+ , verc13 heures 30, ce mardi 2 novembre 2010, je viens d'entendre cette pauvre Anne-Elizabeth Lemoine, « chronniqueuse »de son état, se hasarder, pour une fois, hors des sujets futiles ou légers qui lui sont familiers. Toute réjouie, elle croyait, tenir l'intervention du siècle puisqu'elle annonçait, pour le soir et le lendemain, me semble-t-il, deux documentaires sensationnels, l'un sur De Gaulle, l'autre sur Mitterrand. Dans son enthousiasme, elle avait même interrogé à leur propos Dominique de Villepin et Roland Dumas, qui, s’ils ne sont jamais hostile à une passage à la télé, ne constitue nt pas, pour l'un de l'autre cas, le meilleur des choix. On a donc eu ce qu'on devait avoir ; un éloge assez nul du premier et une défense pleine de mauvaise foi du second.

Ce qui a justifié que je me précipite ainsi, contre toutes mes hanitudes, sur mon ordinateur, est que je crains que, d’ici à demain, ne s'affaiblisse ma légitime indignation devant, une fois de plus, la nullité de gens ( Lemoine, mais aussi Colmant, Toussaint, Domenach et Wiezman) qui se prétendent « journalistes » et qui, non seulement sont ignorants, mais ne font même pas l'effort minimal, temporaire et occasionnel, de s'informer un peu sur les sujets de leur émission du jour..
Le document sur De Gaulle est l'oeuvre du retraité mais toujours omniprésent Serge Moati (ce qui est tout dire mais qui nous a évité l’hagiographies supplémentaire de Mitterrand). On y révèle le « vrai visage » de De Gaulle selon Mme Lemoine, mais les révélations sensationnelles qu’elle évoque sont de la plus totale banalité. En gros, on démontre dans ce film que De Gaulle est venu au pouvoir grâce aux partisans de l'Algérie française et qu’il les a « trahis » dans la suite en accordant l'indépendance à l'Algérie. La chose avait toujours été dans ses idées, sans qu'il en parle bien entendu et ce choix se situe naturellement dans le droit fil du discours de Brazzaville. Tout le monde sait ça, y compris et surtout les « pieds-noirs » (comme Moati) et je pense que ces « révélations » ne surprendront personne, n’est-ce pas, cher Marius ! Tout le monde se souvient aussi qu'il imposa ce point de vue à Michel Debré, détail qu'on nous présente comme une révélation exceptionnelle, ce qui ne fait que révéler naturellement l'ignorance encyclopédique de l'histoire chez Mme Lemoine,, ce qui serait, après tout, pardonnable, vu son âge, si elle n'exerçait pas la profession qu'elle prétend être sienne.

Je sais, par hasard mais de source sûre, que De Gaulle dès son arrivée aux affaires en 1959 a commandé à un haut fonctionnaire, dont j’ai connu le fils dans la suite, un rapport sur les mesures qui paraissaient nécessaires à prendre pour garder l'Algérie. Le rapport fait, son auteur vint le remettrer au général qui l’en remercia mais lui dit, en réponse à la question sur l’avenir des mesures préconisées : « Nous ne ferons rien de tout cela, car nous ne garderons pas l'Algérie ! »

Il en est à peu près de même pour le documentaire sur Mitterrand. La grande révélation y tient au comportement de Mitterrand, Garde des sceaux dans le gouvernement de Guy Mollet et au rappel des condamnations à mort en faveur desquelles il se prononça dans les délibérations en conseil des miiustres (Mendès France votant contre) comme à ses refus constants des grâces en faveur des condamnés. Seuls ceux qui ne connaissent ni l’histoire ni le vrai et double visage de Mitterrand peuvent s’étonner des choix du futur grand propagandiste de l'abolition de la peine capitale.

Là encore l’ignorance d'A.E. Lemoine est pardonnable mais on est stupéfait de celle de Nicolas Domenach, journaliste en principe et spécialisé également en politique et en principe, alors que cet éditorialiste (qui est, par ailleuis,le fils de Jean-Marie Domenach !) Il devrait tout de même savoir que, pendant des décennies, l'Humanité et la presse communiste n'ont jamais désigné François Mitterrand autrement que par la formule : « Le dernier ministre qui a fait guillotiner des communistes. »

Comment un journaliste spécialisé peut-il ignorer, ne serait-ce que l'affaire Fernand Yveston, sans doute plus connue que les autres dans la mesure où ce fut, à ma connaissance, le seul non-Algérien guillotiné parmi les dizaines de condamnés qui le furent alors. Ce militant communiste, exécuté en février 1957n’avait au fond que voulu commettre un attentat à l’usine à gaz d’Alger. En réalité, l’attentat fut déjoué. Condamné à mort, il vit son recours en grâce rejeté par René Coty qui suivit sur ce point l’avis du Garde dés sceaux, François Mitterrand. Les derniers mots de F. Yveton qui fut regardé comme un martyr par l’Algérie indépendante, furent, dit-on, « Ma vie compte peu : ce qui compte, c’est l’Algérie, son avenir, et l’Algérie sera libre demain ».

Tout cela est connu de tous ceux qui se sont un peu intéressés à la guerre d'Algérie. Non seulement Mitterrand a été parmi les ministres qui ont voté pour la peine de mort pour les terroristes (Mendès-France avait voté contre lui), mais, en outre, il a rejeté à peu près toutes les demandes en grâce qui lui ont été présentées dans la suite.Question peine de mort, il savait donc de quoi il parlait !

Je n'aurais sans doute pas la possibilité de regarder ces émissions,mais vu la description qui en a été faite par A-E Lemoine, je ne vois pas ce qu’on peut bien y apprendre !En revanche, bonne pub pour le livre de Staura qui, par hasard, sort au même moment !

vendredi 20 août 2010

21 août 2010 : le jour du dépassement, le vrai!

Mercredi 18 août 2010, sur France2 surtout, on a commencé dès la mi-journée à nous bassiner avec la "journée du dépassement".

Personne ne sachant ce que cela voulait dire, le journaliste de service, qui avait découvert la chose, a commencé à nous en donner l'explication. Dans l'année "le jour du dépassement", dans la manie écologique, est celui où la population mondiale a, en théorie, épuisé l'ensemble des ressources naturelles de la terre pour l'année en cours.

Pour l'année 2010, le calcul a été fait par une O.N.G. américaine, GFN, qui a trouvé que le 21 août prochain était le jour du dépassement ; donc à partir de cette date les ressources de la terre pour l'année auraient été utilisées et donc à partir du 22 août les ressources du monde seront donc surexploitées. À titre indicatif, l'an dernier, le jour du dépassement avait été calculé pour le 25 septembre 2009.

Vous avez sans doute observé déjà que la nouvelle a été exploitée sur France2 le 18 août et que c'est cette date qui nous a été présentée, mensongèrement, comme le jour du dépassement, alors que le dépassement ne devait intervenir que trois jours plus tard, le 21. Les journalistes étant obsédés par la recherche du scoop, le remplaçant qui officiait le 18 avril a compris que s'il attendait le 21, la véritable date, il serait sans doute devancé et, ne le serait-il pas, que n'étant pas de service ce jour-là, un samedi, il se verrait souffler la vedette par le confrère à qui reviendrait la présentation du journal ce samedi 21.

Sans la moindre vergogne, il a donc délibérément menti et présenté le 18 août 2010 comme le jour du dépassement alors que le véritable jour avait été fixé au 21 par de savants calculs. Nos journalistes de télévision sont certes ignorants, nous le savions déjà, mais on constate par la qu'ils sont en outre malhonnêtes. Ils ne sont pas les seuls à l'être puisque l'invité du jour, obscur président d'une non moins obscure O.N.G. écolo, s'est bien gardé de faire observer l'imposture, trop heureux qu'il était de se voir invité au journal télévisé.

Tout cela est sans la moindre importance mais la notion même de jour du dépassement m'a donné l'idée d'un jeu de société qui peut se pratiquer entre amis en période de vacances.

Il s'agit d'appliquer cette notion de "journée du dépassement", non pas aux ressources naturelles de la terre, mais à différents objets ou domaines que peuvent nous suggérer votre humeur ou votre caractère.

Sans que je sache exactement quand, j'ai depuis longtemps atteint et dépassé le seuil de ma tolérance pour les annonces, dix fois répétées et hélas quotidiennes, du nombre de jours de captivité des deux journalistes de France3, comme pour les lamentations sur cet événement qui les accompagnent puisque, après tout, ils ont bien cherché ce qui leur est arrivé et que, s'ils appartenaient pas à la noble catégorie des journalistes, on aurait depuis longtemps oublié leur triste condition.

De même, j'ai depuis longtemps dépassé, sans pouvoir dire quel jour il a été atteint, mon seuil de tolérance des publicités schizophrènes qui nous vantent des produits (à acheter à manger, quand il ne s'agit pas désormais de jeux de hasard) dont on nous souligne, en même temps et dans le même mouvement, la dangerosité de la consommation ou de la fréquentation.

Le principe est simple et je suis sûr que vous l'avez depuis longtemps compris.
À vous de jouer donc pour compléter une liste que je n'ai fait ici que commencer.

jeudi 5 août 2010

A mort le commentateur!

Vous vous souvenez peut-être de cette magistrale création de Michel Serrault dans le film de Jean-Pierre Mocky, "A mort l’arbitre". Serrault y campait le personnage, parfait de sottise et de veulerie, d’un supporter de football

Après une semaine de championnat d’Europe d’athlétisme à Barcelone et en attendant une autre semaine de championnat d’Europe de natation à Budapest, je reprendrai volontiers le slogan de Serrault, mais en l’appliquant non pas à l’arbitre, mais au commentateur et en particulier au sinistre Patrick Montel qui sévit sur France2.

Comment cet adipeux, grotesque et impénitent bavard a-t-il pu non seulement s’insinuer dans la rédaction sportive de cette chaîne, mais, depuis 25 ans, y attendre, en toute quiétude, une retraite qu’on devrait bien lui donner tout de suite ? Une telle mesure, si immorale et scandaleuse qu’elle soit, aurait au moins l’avantage de nous débarrasser de sa répugnante, bruyante et insupportable présence.

Je sais bien que la grande tradition de cette chaîne a toujours été de recruter les journalistes sportifs les plus nuls et les plus incompétents. Le rugby y a été commenté, trois décennies durant, par Pierre Salviac qui ignorait les règles et les principes les plus élémentaires de ce jeu. Son alter ego, le « consultant » Pierre Albaladejo, dit « Bala », s’est en vain efforcé, des années durant, de les lui faire comprendre, manifestement sans y parvenir.

Il suffit de voir un instant le Patrick Montel en cause pour comprendre que le bougre n’a jamais mis les pieds dans un stade et que toute activité sportive lui est totalement et définitivement étrangère. On pourrait penser que c’est un physique avantageux (comme Nikos ou Benjy) qui a attiré sur lui l’attention des producteurs mais cette hypothèse est à écarter dès qu’on voit sa face lunaire que je qualifierai volontiers de mongoloïde si je ne craignais pas, par là, d’offenser gravement les trisomiques. Approchant désormais une soixantaine grassouillette, il cultive néanmoins un look qu’il doit juger à la fois sportif et juvénile dont l’élément central est une coiffure « aux enfants d’Edouard », sa tignasse étant régulièrement teinte en noir corbean, à moins qu’il ne s’agisse tout simplement d’une moumoute !

Quand il s’agit d’atlétisme ou d’« athlé » comme il dit, car il cultive , comme le nain Holtz (« small is beautiful » !) l’usage d’abréviations personnelles stupides, du type « déca »(comprendre « décathlon » et non pas « décaféiné") ou « jav » (pour « javelot !), il est flanqué, sur sa droite, de Stéphane Diagana (ancien champion de 400 mètres haies) et, sur sa gauche, de Bernard Faure, modeste marathonien en retraite. Tout autre que Montel aurait la sagesse de laisser parler l’un ou l’autre, en fonction des épreuves mais lui n’en fait rien et naturellement, dès qu’il s’écarte de ses vociférations franchouillardes et chauvines qui constituent le fond de ses propos, ses commentaires tombent le plus souvent à plat et sont régulièrement démentis par le déroulement des épreuves.

Un exemple entre mille. Lors du 10.000 mètres féminin, Patrick Montel ne cesse de prédire l’effondrement imminent de la petite Turque (d’origine éthiopienne) Elvan Abeylegesse qui, très vite, prend seule la tête de la course et tourne en trois minutes au kilomètre ce qui n'a aucun sens pour lui ! Montel voit le signe certain de sa défaite dans le fait qu’elle se retourne fréquemment pour surveiller les autres concurrentes. En fait, Elvan écrase tout le monde et finit son 10.000 mètres dans un impressionnant état de fraîcheur, victoire aisée que l’impudent Montel affirme alors avoir prévue !

Montel nous a confié qu’il faisait ce metier depuis 25 ans ! Voilà un incontestable mérite qu’il partage avec le mulet du Maréchal de Saxe qui, après vingt-cinq ans de campagne, était toujours un mulet. La seule différence est que Montel lui est resté un âne !

mercredi 28 juillet 2010

Vacances ! Vacances !

On nous bassine sans cesse avec les vacances des enseignants, mais il y quelques corporations qui ne se défensent pas si mal sur ce terrain. Je ne parle même pas des aiguilleurs du ciel, qui, avant la si fâcheuse disparition des « clearances », travaillaient, bon an mal an (et sans compter les jours de grève), une petite centaine de jours par an, ni des magistrats dont les vacances ne sont pas mal non plus.

Je veux parler ici des médias audiovisuels (publics ou privés d’ailleurs) qui désormais, dès avant la fin du mois de juin, commencent non seulement à nous accabler de « bests of » et de « redifs » (leur charmante modestie naturelle les incite à penser que nous ne pouvons que nous réjouir de rediffusions multiples de leurs productions), mais ouvrent les micros et écrans qu’ils délaissent pour deux mois à des quantités invraisemblables de figures nouvelles, dont on se demande bien ce qu’elles peuvent faire durant le reste de l’année. Sans que ceci explique tout à fait cela, on peut se demander si l’on ne comprend pas mieux, par de tels détails, les effectifs colossaux d’une société comme France-Télévision par exemple.

Regardant depuis trois ou quatre jours régulièrement le 13 heures de France2, j’ai été frappé par la noria incessante des présentatrices ; une nouvelle chaque jour ! Peut-être un directeur de l’information lubrique (un remplaçant probablement lui aussi), en profite-t-il pour organiser, chaque soir, de petits castings intimes en vue de la sélection de la présentatrice du lendemain ? Elles sont assez girondes dans l’ensemble pour faire face avec succès à ce genre d’épreuve. C’est un peu la même chose pour les hommes, mais je n’ose imaginer que Madame Arlette Chabot, cette femme si respectable, puisse se livrer à pareilles turpitudes.

Sur le plan professionnel, rien à dire ! Je pense que la plupart des individus qui savent à peu près lire sont capables de le faire sur un prompteur pour les dépèches d’agence qui y défilent. J’ai même proposé depuis longtemps, pour assurer à France Télévision quelques revenus supplémentaires et rendre plus divertissants ces lamentables JT, de permettre à n’importe qui, pour une somme assez modique (disons 2000 euros), de venir présentre le JT du jour. Je suis certain que les candidats seraient nombreux et, petit geste commencial auquel ils seraient sensibles, on leur offrirait le DVD de leur prestation à la sortie.


Petit incident rigolo, hier mardi sur France2, où la présentatrice du jour qui nous lisait le sujet sur le malheureux otage français ne s’est pas émue de voir apparaître à l’écran, en illustration, la binette d’Yvan Colonna. La technique doit être aussi en vacances et le maladroit remplaçant avait passé le sujet « Colonna » avant le sujet « otage ». La demoiselle ne s’en est pas émue ! Peut-être n’a t-elle même pas compris et, de ce fait, elle s’est abstenue de présenter des excuses aux téléspectateur un peu plus éveillés qu’elle.

Aurait-elle eu un peu plus d’esprit (mais en demande-t-on dans ce genre d’emploi, au féminin comme au masculin ; on a autrefois fait payer le fait d’en avoir trop à ce pauvre Bruno Masure !) qu’elle aurait pu en plaisanter. Quelle chance pour la France si au lieu de s’en prendre à ce pauvre vieux, les ben ladistes avaient enlevé Yvan Colonna comme les images nous le donnaient à penser ! Bon débarras ; il aurait pu aller là-bas garder des chameaux en lieu et place de ses chèvres corses ; en outre, cela aurait rappelé le bon vieux temps où Khadafi apportait son aide aux autonomistes corses !

Ce même journal de mardi 27 juillet 2010 m’a permis de constater qu’Isabelle Baechler qui nous a régalé, ce jour, de son « sujet » mensuel (sur je ne sais quoi), est toujours « en activité ». On se demande elle aussi ce qu’elle peut bien faire de son temps à France2. Le quintal qu’a pris, en quelques années, cette autrefois charmante journaliste empêche depuis des décennies de la faire apparaître à l’écran, même en 16/9 !. Mais à quoi diable peut-elle employer ses journées elle aussi ? La question est purement rhétorique car quiconque a, comme moi, fréquenté un tant soit peu les bureaux et les studios de nos radios et télés publiques sait qu’entre les « rendez-vous à l’expérieur » (chez le coiffeur, au bistrot du coin ou ailleurs), les causettes dans les bureaux et la cafétéria, on peut tout à fait arriver à passer agréablement sa journée tout en justifiant le paiement de son salaire mensuel !