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lundi 1 juillet 2013

Gogos à gogo à Gorée

Savez-vous quel est le point commun entre François Hollande et Barak Obama ?
 - Ils sont l'un et l'autre les présidents de deux des principaux Etats du monde? Pas du tout, vous n'y êtes pas !
 - Ils participent au G8 ? Au G 20 et autres fariboles de la même farine ? Que nenni !
Allez, vous le donnerai-je en mille que vous ne trouveriez pas !

Ils viennent d'entrer, l'un et l'autre, dans l'innombrable kyrielle de gogos qu'on a amenés à Gorée (île minuscule au large de Dakar) pour y visiter la "Maison des esclaves" qui est l'une des fumisteries les plus réussies de l'histoire africaine. Ils n'ont pas à en rougir car les ont précédés en ces lieux Jimmy Carter, Bill Clinton (et Hillary), Georges Bush, le Pape Jean-Paul II et bien d'autres!

Pour ce qui concerne le président Obama, je serai indulgent. Chacun sait que, pour les Américains, le reste du monde n'existe à peu près pas et son histoire moins encore. En plus, il a dû profiter de l'occasion pour se dire qu'il pourrait, du même coup, aller aux obsèques de ce pauvre Mandela et que ça lui éviterait un voyage transatlantique. Bizarrement on ne lui a même pas permis d'aller le saluer sur son lit de souffrances et il est toujours vivant car la CIA n'a pas jugé bon d'épargner un nouveau voyage au président en mettant un terme opportun aux jours de ce pauvre Nelson.

A Soweto, par calcul ou ignorance (je penche plutôt pour la seconde hypothèse), les conseillers d'Obama (à moins que ce ne soit ses "gagmen") lui ont évité le choix difficile entre le xhosa et le zoulou, en lui faisant dire quelques mots en SWAHILI ! Un peu comme si Kennedy, arrivant à Berlin en 1963, avait dit "Ich bin ein Berliner!"...en russe. En effet, le swahili ne figure pas parmi les onze langues officielles (dont neuf langues africaines) de la RSA ! Il ne s'est trompé, après tout, que de quelques milliers de kilomètres!

Il en est, en revanche, tout autrement pour François Hollande dont j'avais cru comprendre qu'avant de se rendre en Afrique et en particulier au Sénégal, il avait consulté quelques savants africains et sénégalais en particulier (Je ne vise pas Ségolène !). Je pensais, en particulier, qu'il avait pu s'adresser, grâce à l'un de ses conseillers, à Mamadou Diouf, professeur à Columbia et spécialiste de l'histoire coloniale à laquelle il a consacré sa thèse. Cela lui aurait sans doute évité de se rendre à Gorée, essentiellement pour y voir la fameuse "Maison des esclaves".

Hélas pour les plus récents de tous les nobles visiteurs qui ont accompli cette visite obligée, ils n'ont pu y bénéficier du spectacle folklorique qu'y a longtemps offert Monsieur Ndiaye (mort en 2009 ) et qui fut, des décennies durant, le guide officiel de cette maison des esclaves.

J. B. (non pas Jean Baptiste mais Joseph Boubacar) Ndiaye mettait beaucoup de cœur et d'imagination dans cette fonction, offrant non seulement le récit de ce lieu de passage mais y mimant la servitude, brandissant avec émotion des chaînes qu'il rangeait soigneusement une fois la visite terminée. On l'aurait presque pris pour un fugitif échappé aux traites ou oublié sur place, mais il parlait un excellent français et son bagout lui venait, en fait comme pour nombre d'autres anciens combattants, de son passé militaire (il avait, dit-on, servi en Indochine sous Bigeard !). Mieux encore, il avait même récemment publié un livre, Il fut un jour à Gorée (2006), où il narre évidemment les mêmes histoires.

La maison des esclaves a incontestablement perdu beaucoup avec la disparition de ce personnage qui, lors de la visite de notre président eut même les honneurs de Canal + et du "Grand Journal" de M. Denisot!

Cette fameuse maison, objet de toutes les curiosités, a été, avec quelque imprudence, classée au patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, qui en propose même une visite « virtuelle" sur internet (dakar.unesco.org/gore). L’UNESCO a joué un rôle très important dans la promotion de ce lieu dit "de mémoire", avec l’aide la fondation "France Libertés" de Danielle Mitterrand. Elle est en effet une étape majeure de la « Route des esclaves », entreprise idéologico-touristique lancée en 1997-1998, et visant à être comparable à la fameuse « Route de la soie ».

Le pot aux roses a toutefois été révélé dès 1996 et l'histoire mérite d'être narrée dans son détail, car il est peu connu, voire caché, et on va voir pourquoi.

Les faits sont établis désormais de façon sûre. Cette maison, contrairement à ce qu’on affirme, n’a nuent été construite au XVIIe siècle par les Hollandais, mais vers 1777-1780 par Anne Colas Pépin, une « signare » ( du portugais senhora,; le mot désigne une jeune femme métisse née de l'union d'une Portugais et d'une femme africaine).

Le pire n’est toutefois pas là. Deux chercheurs de l’IFAN (ancien Institut Français d’Afrique Noire, devenu avec une réinterprétation de sigle, dont la décolonisation offre d’autres exemples, l’Institut Fondamental d’Afrique Noire), Abdoulaye Camara et J.R. De Benoist, auteurs, dans la suite, d'une Histoire de Gorée, publient un article qui établit les faits ci-dessus évoqués et précise même que l’ancienne maison a été détruite depuis la dernière guerre.

Manque de chance, par hasard, les conclusions de ces deux chercheurs sont reprises par le journal Le Monde en décembre 1996. Scandale à Dakar ; Sud Quotidien titre « « Le Monde » renie l’historie de Gorée »! Un ministre historien affirme que « l’histoire de Gorée n’a jamais été remise en question ». Très vite, le ton monte ; on parle naturellement de « révisionnisme » et le débat, de mineur, devient une affaire d’Etat. Fort heureusement, si le Père De Benoist est français, A. Camara est sénégalais, ce qui évite la curée antiraciste et anticolonialiste !

Il est vrai que le moment est peu favorable pour rétablir les faits, puisque c’est précisément celui où, comme on l'a vu, l’UNESCO lance son projet sur « la route des esclaves », dont Gorée est une étape essentielle. Ce haut lieu du tourisme sénégalais reçoit, en moyenne dans l'année, 500 visiteurs par jour et fait marcher dans l'île un petit commerce, qui est à peu près la seule activité de l'île. En effet, Gorée ne peut guère compter sur la survie de la fantomatique « Université des mutants » que Roger Garaudy et L.S. Senghor y ont naguère installée !

Abdoulaye Camara, convoqué devant ses autorités de tutelle, se défend comme il peut et affirme « Je ne suis pas un révisionniste ». Rien n’y fait ; la réprobation est aussi violente qu’unanime, en particulier dans la presse. Le « guide », Boubacar Ndiaye n’y va pas de main morte et déclare : "A côté des négriers, les nazis étaient des enfants de choeur".

Condamnations officielles, lynchage médiatique des coupables, injures, etc., l’IFAN organise, à Saint-Louis du Sénégal, un contre-feu sous la forme d’un séminaire national qui se tient, les 7 et 8 avril 1997, sur le thème « Gorée et la traite transatlantique : mythes et réalités ». Le thème comme le moment semblent bien choisis pour ouvrir un débat scientifique, mais le véritable objet est, en réalité, de contraindre les deux chercheurs à faire publiquement amende honorable. Une phrase du rapport final rédigé par un professeur de l’Université de Dakar a le mérite de la clarté, même si elle étonne sous la plume d’un historien : « Nous sommes donc réunis pour interroger l’Histoire […], non à partir d’une position épistémologique privilégiée, non par amour de la Science et de la Connaissance, mais à partir de notre présent qui est aussi - et qui est essentiellement en l’espèce - la place de Gorée dans notre économie symbolique la plus profonde ». Voilà une formule qui aurait pu plaire, en d’autres temps et lieux, à Jdanov ou à Béria.

Jean Luc Angrand, issu lui-même d’une famille de « signares », publiera en 2006 Céleste ou le temps des signares. Il y confirme qu'il n'y a jamais eu d'esclaves dans la "Maison des esclaves". Cet ouvrage a reçu en décembre 2006 le Prix Robert Cornevin de l'Académie des sciences d'Outre-mer, mais peut-être est-ce un signe de plus de l’existence d’un complot raciste et colonialiste.

Vu la date de construction de ce petit bâtiment, il est donc peu probable qu'on y ait embarqué, comme le prétendait Joseph Boubacar Ndiaye, des millions d'esclaves ! Un autre obstacle, plus évident et moins contestable, est celui de la taille même de cette maison, somme toute modeste, car la structure des appartements et des pièces de l'étage montrent qu'elles n'étaient évidemment pas destinée aux esclaves, mais aux habitants permanents de cette demeure. Les quelques pièces du rez-de-chaussée ne pouvaient donc guère accueillir, comme on le raconte, des dizaines voire des centaines d'esclaves. Les propriétaires d'ailleurs se livraient, semble-t-il, davantage au commerce de la gomme arabique de l'ivoire et de l'or qu'à celui du bois d'ébène !

Le mieux est toutefois assurément la célèbre porte qui, sur l'arrière du bâtiment, donne sur l'océan et qui était l'objet et le théâtre des trémolos de Monsieur Ndiaye ; il y racontait aux visiteurs qu'auraient passé par là les centaines de milliers d'esclaves qu'on embarquait pour les Isles et l'Amérique. La chose est peu vraisemblable, si grande que fut la conviction du narrateur, quand on voit les dimensions très modestes de cette ouverture et surtout l'aspect peu engageant de la côte rocheuse qui ne permettait guère l'accostage des navires négriers. Il est certain que J.B. Ndiaye était la principale attraction du lieu ; comme je n'y suis pas retourné depuis sa mort, je ne puis guère dire qui l'a remplacé et si ses successeurs déploient, dans cette activité narrative, le même talent que lui.

Je crois en tout cas qu'on aurait pu épargner à ces deux derniers présidents, par ailleurs fort occupés à sauver le monde, la visite de ce lieu qui n'est, somme toute, qu'un piège à gogos.

mercredi 27 février 2013

L'école 2013 (N 12 ). Les mystères de l'Education Nationale : les rythmes scolaires ou "Faire et défaire c'est toujours travailler!" (mon blog du 5 septembre 2008)


Il y a des « marronniers » dans l’éducation nationale, comme dans la presse hebdomadaire. Parmi les plus réguliers et les plus appréciés : les rythmes scolaires surtout et le ratio enseignants-élèves.

Le premier, un peu tombé en désuétude, va sans doute redevenir d’actualité avec la semaine de quatre jours et le soutien scolaire [ Souvenez-vous, un instant, que ce texte date de septembre 2008 et non de 2013!] . Rassurez-vous, le nouveau système est aussi inepte que les précédents.

La France est le pays où il y a le moins de jours de classe (en plus, on oublie de dire que, pour le secondaire, le sacro-saint bac fait perdre un mois de classe, coûte une fortune et ne sert plus à rien), le plus grand nombre d’heures de cours, les programmes les plus ambitieux et les résultats les plus mauvais ! Sur ce dernier point, j’exagère un peu, mais à peine ; nous sommes dans les médiocres, bien loin derrière les inamovibles Finlandais, dont je n’ai jamais constaté d’ailleurs qu’ils brillassent en quoi que ce soit, excepté le lancer du javelot, qui est sans grand rapport avec les acquis scolaires fondamentaux.

Inévitablement caser tous les cours, en y ajoutant les soutiens scolaires sur quatre jours va encore accroître la fatigue des élèves et donc, à terme, réduire ou compromettre encore les acquisitions. En outre, on veut rendre tous les élèves « bilingues » (dixit Darcos!) et on leur fait faire de l'anglais (il faut voir comme !) ; à Aix-en-Provence , on essaye sournoisement, en outre, de rendre le provençal obligatoire . On en fait faire en primaire, alors que, pour ce qui me concerne, en trente ans de séjour, je n’ai jamais entendu un seul mot de provençal à Aix ou à Marseille ; il faut bien céder à la démagogie ambiante et éventuellement employer les "capessiens" de provençal/occitan !

On ne peut songer naturellement à étaler logiquement sur cinq jours, en réduisant le volume horaire quotidien. On doit le mercredi au catéchisme et y toucher mettrait la France catholique dans la rue. Quant au week-end, arraché de haute lutte par les marchands de tous poils et de toutes obédiences, on compte sur lui pour relancer la consommation, unique objectif du gouvernement.

Passons au ratio enseignants-élèves ; j’ai entendu hier encore Xavier Darcos dire qu’il y a en France un enseignant pour onze élèves. D’un autre côté, les syndicats et bien des parents parlent de classes de collège où les élèves sont 30, voire 35. Naguère encore, à ce niveau, on dédoublait ces classes dès 25 élèves ! Qui ment ?

Tout le monde et personne sans doute !
 
Allègre avait déjà dit ça, ce qui fait que les ministres, de gauche ou de droite, se rejoignent sur le même constat. Ce ratio de un pour onze est, sans doute vrai, dans la globalité des données ; le problème est posé par la répartition des élèves dans les classes où la folle et anarchique multiplication des options complique et alourdit tout (savez-vous qu’il y a dans la région de Biarritz un bac option surf ? Il doit y avoir, en Finlande, une option javelot !), mais surtout par la foule des enseignants planqués hors des classes dans cent niches extra-pédagogiques, pas seulement par le biais des décharges syndicales, mais, aussi et surtout, par le nombre considérable de tous ceux qui se sont trouvé un havre de paix, bien paisible, loin des élèves, dans toutes sortes d’organisations qui relèvent ou ont relevé, plus ou moins directement, du monde des « pédagos » : MGEN, MAIF, CAMIF, missions académiques et /ou rectorales, CASDEN, FOL, UFOLEP, etc…Je dis sûrement une ou deux bêtises de détail dans cet inventaire impromptu et on va me tomber dessus. Ce n’est peut-être pas de bonne guerre vet je le déconseille, car je risque alors de me mettre à fouiller sérieusement le dossier!

Pour finir ... une des plus belles illustrations de la gestion délirante de notre éducation nationale.

Tout le monde sait qu’il y a en France environ 250 professeurs d’allemand qui n’ont pas d’élèves dans cette discipline. Croyez-vous qu’on cesse pour autant d’en recruter ? Que nenni ! En 2008, on a mis 106 postes au concours du CAPES d’allemand ! Pour les langues régionales, dont l’enseignement est un fiasco total ou à peu près, 15 postes sont au concours, alors que, tenez-vous bien, il n'y a que 12 postes pour le chinois et 2 pour le russe !

Aux fous !

jeudi 24 février 2011

La fin des ambassades ?

Si j’osais risquer d’offenser les chastes oreilles de Cimabue et de M’ame C, je dirais volontiers, devant la tempête contre les diplomates qui s’est levée dans les médias, pardonnez-moi d'avance l'irrévérence de cette célèbre contrepèterie : « Le vent souffle dans la rue du Quai ».

Le Quai, comme disait Monsieur de Norpois, est en effet dans la tourmente, suite aux récents événements, de Tunisie d’abord, du Mexique ensuite. Après la publication, mercredi 23 février 2011, du « tract » des « ambassadeurs anonymes » (je ne sais pas si cette association existe et si elle a les mêmes finalités que les autres du même genre : « Je suis diplomate mais je me soigne ! ») on dénonçait hier, sur je ne sais quelle radio du matin, le déplorable et scandaleux anonymat, voici qu’aujourd’hui, des ambassadeurs (en retraite ou démissionnaires) sortent de l'ombre et, jetant les masques, dénoncent dans les médias, sous leur nom, la surdité gouvernementale aux notes qu’ils peuvent adresser. La démonstration, pour l'essentiel, concerne la Tunisie et le Mexique et d'anciens ambassadeurs dans ces deux pays se sont faits entendre dans ce débat.

Ambassadeurs « Ferrero rocher » ou ambassadeurs « Têtu » ? (NDLR pour les lecteurs australiens et japonais, Têtu est un magazine qui s’affiche « Gay et lesbien » et le « Ferrero rocher » est une friandise dont la publicité se fonde sur la consommation qu’on en ferait dans les réceptions élégantes de nos ambassades).

Le nouvel ambassadeur de France en Tunisie, s'il n'a pas contribué à rendre son lustre à la fonction, a au moins conduit à reposer le problème qui était autrefois celui qu'affectionnait le regretté Roger Peyrefitte, auteur de La fin des ambassades. En tout cas, on ne peut pas refuser de constater que la photo de Boris Boillon, dans un slip de bain avantageusement moulant, qui a fait le buzz sur la toile, contribue à restituer, dans toute sa séduction juvénile, l’image du « corps diplomatique ». Le risque est toutefois de faire renaître le stéréotype peyrefittien de « la diplomatie des bains et des piscines » !

Sans qu'on n'y prête tellement attention, l’affaire Wikileaks a rétabli une forme de vérité sur les réalités du discours diplomatique, de la France comme des autres Etats. Il y a probablement, partout et toujours, un écart sensible entre des notes confidentielles à usage interne, souvent verbales même si elles sont écrites, rédigées par les services diplomatiques français dans un Etat et le discours officiel et/ou public de ces mêmes services. La chose est à peu près inévitable et universelle.

Je pense toutefois, par une expérience assez diverse et déjà longue, que les services diplomatiques français (les seuls auxquels j'ai eu affaire) n'ont pas toujours, avec le pays où ils séjournent, le contact direct qu'on pourrait attendre de leur part, ne serait-ce que faute d’une pratique linguistique courante qui pourrait leur permettre, réellement, des échanges directs avec n'importe quel citoyen de ce pays. Peu de diplomates français en poste en Hongrie parlent hongrois (je reconnais que ce cas n'est pas le plus facile) ou, pour prendre un exemple moins spécifique, parlent le créole local dans un pays comme Haïti, où plus de 90 % de la population n'a pourtant aucun autre moyen de communication linguistique. Il en résulte que, même si un diplomate français en poste à Port-au-Prince a des contacts, multiples et fréquents, avec des Haïtiens, il ne peut les avoir, inévitablement, qu'avec la petite frange francophone qui nécessairement appartient à une classe sociale très particulière (la bourgeoisie ou l'aristocratie), dont les propos ne reflètent pas forcément les idées et les préoccupations du reste, extrêmement majoritaire, de la population du pays.

Dans d'autres cas, j'ai pu observer que les diplomates ont une tendance forte à se réunir d’abord et surtout entre eux, quand il s'agit de festivités internationales locales ; s'il s'agit, en revanche, de réceptions à l'ambassade de France, on y retrouve toujours les mêmes nationaux et nos services n’ont de contacts qu'avec une fraction très réduite de la population nationale, généralement francophone et qui, donc, ne reflètent que, de façon très lointaine, approximative et souvent biaisée, les points de vue de l'ensemble national. Dans des pays de l'Europe centrale et orientale (PECO), j'ai pu, par exemple, constater que l’information de nos diplomates venait largement d’une minorité infime d'intellectuels francophones (friands, bien sûr, d’invitations voire de breloques) ou de responsables ou membres d'associations de professeurs de français qui s'employaient à persuader nos services que la masse de la population bulgare, lettone ou polonaise aspirait, de toutes ses forces, à la francophonie voire à la francophilie. MDR !

Quand on voit que la fortune diplomatique d’un Boris Boillon tient pour l'essentiel à ce qu'il était capable de parler arabe, on comprend qu'on est très loin de l'époque où l’on a mis en place l'ancêtre de l'INALCO actuel pour la formation linguistique de nos diplomates. Ainsi, une grande partie des agents diplomatiques en poste dans les pays arabophones n'a pas, en effet, la moindre connaissance de la langue et de la culture arabes, ce qui entraîne inévitablement des biais fâcheux dans la connaissance qu'ils peuvent avoir du pays où ils se trouvent et, par conséquent, la représentation qu’ils peuvent en donner à Paris.

Pire encore ! Ne parlons même pas au plan scientifique de certains chercheurs « arabisants » de nos institutions scientifiques qui sont spécialisées sur un domaine sans avoir de réelle connaissance de sa langue. On sait que, dans les pays du Sud, pendant très longtemps, les anthropologues français ignoraient souvent totalement les langues des populations qu’ils « étudiaient » et usaient systématiquement d’interprètes et de témoins, allant parfois jusqu’à les faire venir à Paris ! Il est facile de constater qu'il en est tout autrement aux États-Unis, par exemple ; la chose est prouvée par le simple fait que, dans les universités américaines, les départements de linguistique sont presque toujours dans les départements d'anthropologie, ce qui n’est jamais le cas en France.

J'entendais ce matin une formule que j'ai notée tant elle m’a amusé et qui émanait d'un ancien ambassadeur de France au Mexique, à propos de la fameuse affaire Florence Cassez. Je la cite très exactement car je l'ai notée : « Moi, je connais bien les Mexicains, j'ai été ambassadeur au Mexique. ». Défense de rire ! Je ne reviens pas sur ce que j'ai dit plus haut, mais je pourrais citer ici le cas d'une conseillère culturelle française à Madrid qui avait été affectée à ce poste sans avoir la moindre connaissance de l’espagnol. Il est vrai que c'était lors d'un changement de gouvernement et qu'il fallait bien placer quelque part les membres des cabinets ministériels. Ajoutons que la brièveté et les conditions de séjour des ambassadeurs (rarement durant plus de trois ans) font que, même s'ils en ont le désir, le temps leur manque pour acquérir une vraie connaissance du pays, surtout si, en outre, ils n’en connaissent pas la langue.