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jeudi 3 janvier 2013

A propos des morts opportunes...


Il est des morts opportunes et parmi celles qui le sont le plus, on doit sans doute compter celles qui mettent un terme à l'action de la justice et jettent un voile définitivement pudique sur des affaires douteuses.

On se souvient combien la mort subite de Richard Descoings, survenue dans un hôtel de New York et dans d'étranges circonstances, le 3 avril 2012, a suscité bien des commentaires et s'est entourée de beaucoup de mystères et de non-dits.

Sur le moment, le pouvoir et le gouvernement français en place, qui en avait fait un héros de l'ouverture de Sciences-po vers les banlieues et avait failli, dit-on, en faire un ministre, a presque envisagé les funérailles nationales, voire mieux si affinités.

On a cependant rapidement déchanté et battu en retraite, vu les conditions un peu étranges de sa mort : présence dans sa chambre de jeunes gens subitement disparus, local dans le plus grand désordre avec son ordinateur et son téléphone jetés par la fenêtre, etc.

La police scientifique américaine qui, en 52 minutes, résout, chaque semaine, une bonne demi-douzaine d'affaires, bien plus simples, à la télévision il est vrai, a donné sa langue au chat (formule sans doute très impropre en la circonstance) et s'est déclarée impuissante à définir la cause du décès. Il a fallu des semaines avant qu'on nous déclare, sans autre forme de procès, que Richard Descoings était mort, le plus banalement du monde, d' une crise cardiaque.

Les amateurs de théories du complot, s'ils ont la plume facile et disponible, pourraient tout à fait trouver dans tout cela la matière d'une énigme policière dont la solution résiderait dans la découverte de "Mais qui a tué Richard Descoings ?" (ils ont déjà le titre) ; les suspects ne manquent pas, dans des genres différents en outre ; cette mort arrange beaucoup de gens...y compris et surtout Richard Descoings lui-même.

En effet, la figure de feu le directeur de Sciences-po Paris a bien changé ; elle avait déjà quelque peu pâlie, vu les circonstances étranges de son trépas, mais s'est avérée virer carrément au gris et même au noir quand, par malheur, la Cour des Comptes a commencé à laisser entrevoir le contenu de son rapport sur l'Institut d'études politiques de Paris et les curieuses mœurs financières et professionnelles qui y avaient cours.

Certes, on a aussitôt cherché à rester entre soi pour régler tout ça, en élisant, au plus vite et à la sauvette, un remplaçant au directeur mort, mais, dès le mois de juillet, le ministère a mis un frein à ces ardeurs électorales un peu suspectes, en imposant que cette élection n'ait pas lieu avant que soit publié le rapport de la Cour des Comptes, publication qui ne devait intervenir en principe qu'en novembre 2012. Toutefois dès le 9 juillet, Le Monde publiait quelques éléments essentiels de ce rapport dont le plus étonnant était la rémunération faramineuse que s'était attribuée lui-même le directeur de Sciences-po, en arrosant généreusement autour de lui pour ne pas trop faire de jaloux (pour les détails, le plus souvent savoureux, on peut se reporter aux précédents posts que j'ai faits sur ce sujet ici-même). Il est clair, en tout cas, qu'un directeur, issu de la précédente équipe, aurait tenté, de toute façon, de réduire l'effet dévastateur qu'on pouvait prévoir lors de la publication du rapport intégral et définitif.

Il est, en tout état de cause, sûr et c'est en ce sens que sa mort est fort utile voire miraculeuse, que Richard Descoings n'aura pas à répondre devant la Cour de discipline budgétaire de ses manquements aux règles administratives et financières que la Cour des Comptes a relevées en foule dans sa gestion. On pourra donc lui offrir tout un magasin de chapeaux !

Toutefois, Jean-Claude Casanova et Michel Pébereau sont, à travers la Fondation nationale des sciences politiques, atteints par les vagues du scandale, puisque, en particulier, le premier que F. Hollande a nommé en juillet 2012 dans sa nouvelle "Commission sur la rénovation et la déontologie de la vie publique", aurait dû s'aviser, en tant que président du conseil d'administration de l'IEP, des initiatives et des acrobaties budgétaires de Monsieur Richard Descoings.

Quelles seront les suites de cette affaire ? Il est difficile d'en juger ; tout au plus assistera-t-on à quelques démissions spectaculaires, mais il n'empêche que la mort de Richard Descoings est admirablement et curieusement opportune.

mercredi 31 octobre 2012

Le fusil pour tirer dans les Descoings.


Monsieur Richard Descoings fut, des années durant, le gourou quasi déifié des problèmes de l'éducation en France, en dépit d'une manifeste inexpérience et du fait qu'il était à la tête d'une institution des plus curieuses qui n'a pas grand-chose à voir ni avec une université ni avec une "grande" école (l'Institut d'études politiques de Paris, également dit Sciences-po). Chargé de missions diverses, figure de proue de l'innovation socio-pédagogique, couvert d'honneurs, il continue, six mois après sa mort sensationnelle elle aussi, à causer des surprises. Le plus étonnant et le moins prévisible, vu le personnage, dont les traits réels se sont peu à peu révélés, est assurément que Nicolas Sarkozy ait failli en faire un ministre de l'éducation nationale ; cela aurait été sans doute un choix heureux, car il aurait pu ajouter à la riche collection des réformes stupides qui ont été faites, aussi bien dans l'éducation nationale elle-même (avec les IUFM par exemple) que dans les universités avec la loi Pécresse ou loi LRU que j'ai dénoncée en son temps et dont il faudra bien que je reparle un jour car nous en subissons maintenant les conséquences funestes.

La mort de Monsieur Richard Descoings a été, au fond, à l'image de sa vie et de son destin post-mortem c'est-à-dire riche en surprises. On a découvert à l'occasion de la petite fête qu'il avait organisée dans sa chambre d'hôtel à New York qu'il était bien, comme il le disait lui-même, « le premier pédé de Sciences-po », en dépit de son mariage avec une épouse, dont il avait fait d'ailleurs la directrice-adjointe de Sciences-po, ce qui n'était pas sans quelques avantages, tant sur le plan de la promotion professionnelle que de la rémunération. Mais le plus curieux a été effectivement sa mort, car, à lire la presse française du lendemain, on peut penser  qu'on n'a évité que de justesse les funérailles nationales, avant qu'apparaissent les circonstances quelque peu insolites voire étranges de sa disparition. Si la série continue, les notabilités françaises finiront par se voir interdire la fréquentation de tous les grands hôtels de New York, dans la mesure où ils ne semblent n'y causer que des scandales.

Ce qui rendait cette mort un peu suspecte était moins la nudité directoriale qu'à la fois les jeunes gens, un peu bruyants semble-t-il, qu'il avait reçus et qui avaient filé en catastrophe, le désordre qui régnait dans la chambre, avec des alcools et des produits divers répandus un peu partout et surtout le fait, plus étrange encore, que l'ordinateur et le téléphone du mort avaient été lancés par la fenêtre pour atterrir sur une terrasse au troisième étage.

On a, très vite, du côté français, jeté un voile pudique sur tout cela et les causes de la mort n'ont pas pu être déterminées ou en tout cas divulguées tout de suite. Comme nous ne sommes pas dans une série américaine de la télévision, où en 52 minutes, les enquêteurs et les légistes découvrent, illico, au premier examen, le passé de la victime depuis son enfance, on a mis près de deux mois à découvrir que ce pauvre Monsieur Richard Descoings avait été en fait victime d'une banale crise cardiaque, ce que les services de l'identité judiciaire new-yorkais ont fini par déclarer, après deux mois de travaux silencieux, fin mai 2012. Tout est donc rentré dans l'ordre du côté français puisque l'idée d'enterrer Monsieur Descoings au Panthéon avait été depuis longtemps abandonnée et que l'élection présidentielle comme le changement de majorité avaient contribué encore accélérer le cours de l'histoire.

On a toutefois découvert peu à peu les bizarreries de Sciences-po sous son règne ; on est passé ainsi de NCIS aux Mystères de (Sciences-po) Paris. La Cour des Comptes, si elle ne sert pas à grand-chose au plan administratif et financier, rend, en fait, les plus signalés services à la presse française et même à la presse people de notre beau pays. En la circonstance, elle a établi un savoureux rapport sur Sciences-po qui, à vrai dire, révèle quelques aspects cachés du fonctionnement et des finances de ces établissements que les gens du milieu subodoraient quelque peu, même si l'on ne pouvait imaginer l'extravagance de la réalité.

Une version provisoire de ce rapport a été l'objet de fuites dont Le Monde (internet du 8/10/12) a fait état et dont les détails sont inouïs! La plus grande partie de la presse française (y compris l'inattendu Figaro qui auparavant était un chantre inconditionnel de Sciences-po et de Monsieur Richard Descoings) a repris les données parues dans Le Monde puisque le rapport définitif, que j'ai cherché en vain sur le site de la Cour des Comptes, ne paraîtra finalement que le 22 novembre 2012. Quoique le successeur de Richard Descoings ait été, en principe, choisi (il s'agirait de Hervé Cres), sa désignation définitive a été retardée par le gouvernement et, dans l'hypothèse où elle serait acceptée de façon définitive, elle n'interviendra qu'après la publication du rapport.

Comme vous pouvez très facilement lire l'essentiel, en consultant soit Le Monde, qui est le document original, soit tout ceux qui lui ont emboîté le pas, je reviendrai demain sur cette question, car même si les données ne sont pas encore définitives, le moins qu'on puisse dire est qu'elles ne sont pas piquées des vers !