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mercredi 3 octobre 2012

Prodicos ou Buridan ?

Ce matin, j'hésite entre deux références sur les incertitudes du choix; l'une à Prodicos, l'autre à Buridan.

Assurément le philosophe sophiste grec offre un registre métaphorique plus noble avec Herakles hésitant entre le chemin facile et bordé de roses du Vice et celui, aride et pentu, de la Vertu que le philosophe médiéval avec son âne qui, entre nous, n'a jamais montré ses oreilles dans l'oeuvre buridanesque mais périra, faute d'avoir su choisir entre le seau d'eau et le picotin, également salvateurs.

En effet, vers huit heures ce mercredi matin 3 octobre 2012, deux de nos radios bignoles, France Info et Europe1 (au sein de laquelle je réserve toutefois, bien sûr, une place à part à ma chère Caroline Roux qui est aussi du matin) nous mettaient devant un choix douloureux entre deux interventions sur le même domaine. L'une, sur la première de ces radios, avec une interview de Monsieur Pfimlin (à vos souhaits ! Cet étrange patronyme en forme d'éternuement vous donne l'envie de l'appeler, comme le faisait autrefois le Canard enchaîné pour son ministre homonyme « Petite Prune», ce qui est le sens de ce terme en dialecte alsacien) ; sur la seconde, Europe1, on avait droit à une interview par le patriarche indéboulonnable de l'info, Jean-Pierre Elkabbach, de Madame Aurélie Filipetti, ministre de la culture, et donc, de ce fait, patronne de "Petite Prune".

À dire le vrai, comme disait Eve Ruggieri, je n'ai écouté qu'une partie de l'un et l'autre, ce qui m'a convaincu que je n'ai pas perdu grand-chose, puisque j'aurais assurément pu faire, à leur place, les deux interventions qu'ils ont faites l'un et l'autre.

Langue de bois à tous les étages ! Petite Prune ne touchera surtout à rien (pour ne pas donner de prétexte à le virer comme vestige du sarkozisme) et surtout pas aux privilèges fous d'un personnel pléthorique et inactif que j'évoquais dans mon post d'hier. Madame Filippetti, elle, n'a pas de sous, mais une grosse paire de ciseaux !  En outre, la voilà privée des conseils économiques éclairés de son ex-compagnon que je voyais hier, dans l'émission d'Elizabeth Quin  " 28 minutes" (20 heures 05 en semaine, sur Arte) que je vous signale car elle ne manque pas d'intérêt, comparée aux sinistres journaux télévisés de grande écoute des autres chaînes.

J'ai déjà sauté d'Hercule à l'âne (en passant de Prodicos à Buridan), je peux bien remplacer Héraclès par le coq et sauter, pour compléter ce post, cette fois-ci, du coq à l'âne. Comme je passe, du même coup, de la philosophie au sport, on me pardonnera sans doute cette gambade.

Je ne reviens pas sur l'affaire du handball héraultais, mais je suis frappé par la pauvreté des arguments avancés par la défense. J'apprenais, ce matin, qu'entre deux sanglots, Nicolas K. avait confié qu'il ne pouvait pas être coupable dans cette affaire de match truqué, puisqu'il n'y jouait pas lui-même.  C'est parfaitement vrai et il n'était pas le seul à ne pas jouer puisque les cinq principales vedettes du club de Montpellier (Nikola et Luka Karabatic, Kavticnik, Bojinovic, Honrubia) n'ont pas participé à la rencontre.

Ce détail n'est jamais signalé et je n'ai rien entendu de ce détail, y compris de la bouche des experts qui ont revu à la loupe tout le déroulement du match lui-même. Or un des éléments essentiels du problème était précisément l'absence de ces cinq joueurs majeurs car, sur le match lui-même, il est bien difficile effectivement de se faire une opinion, en dépit de quelques maladresses un peu inhabituelles chez les joueurs de ce niveau.

Et c'est là qu'intervient un rapprochement inattendu avec un match de rugby tout récent (le Toulouse-Toulon de la semaine dernière) où le coach toulonnais, Bernard Laporte, a  mis sur le banc, lors de cette rencontre, une douzaine des joueurs de son XV majeur, pour les récompenser, disait-il, d'avoir gagné la précédente série de matches.  

Le problème est qu'il a fait cette annonce, lui, plusieurs jours avant la rencontre, et que, s'il devait y avoir des paris sur l'issue de ce match Toulouse-Toulon, il est évident que Toulon ne partait pas favori, loin de là, ce qui n'est pas sans incidence sur les cotes proposées aux parieurs. Dans l'affaire du match Cesson-Montpellier, la seule question à se poser est donc de savoir si Montpellier a averti la presse, avant la rencontre, que les cinq meilleurs joueurs de la formation ne prendraient pas part à la rencontre. Le faire amenait, inévitablement, à envisager une défaite de Montpellier et, par conséquent, une cote inintéressante pour ceux qui parieraient sur cette issue du match. C'était précisément le cas de ceux qui ont misé 60 000 € dans l'affaire c'est-à-dire cent fois la mise habituelle en pareil cas.

En matière sportive, comme les paris sont une innovation récente (et funeste), ce cas n'est pas encore  très fréquent. En revanche, il est constant en matière boursière et cela s'appelle même, d'un terme tout à fait spécifique, " le délit d'initié" ! Aux USA, il conduit directement en tôle! Chez nous....

Si Montpellier, avant la rencontre, a fait connaître, urbi et orbi, que ses cinq meilleurs joueurs ne prendraient pas part à ce match, on a là une présomption relativement forte en faveur de l'absence de tricherie et donc de la bonne foi des parieurs-joueurs ou de leurs amies. Si, en revanche, ce détail a été caché ou même simplement minoré (absence d'un ou deux joueurs et non des cinq meilleurs), la présomption est alors très forte en sens inverse ; il serait donc bon de vérifier un tel point, ce qui doit être des plus faciles en consultant les journaux sportifs des jours précédents.

C'est là, une fois de plus, un conseil gratuit d'Usbek Consulting and Co.

lundi 1 octobre 2012

Le vrai sens des mots!

Revenons à notre minuscule hexagone après ces quatre incursions dans les immensités subsahariennes pour y constater que, comme souvent, le sens des mots finit par l'emporter.

J'en veux pour preuve l'affaire qui secoue depuis quatre jours la France sportive dans son ensemble et même la France tout entière. Il s'agit bien entendu de la fraude dans les pronostics sportifs de Montpellier et du handball.

Je n'évoquerai ici que pour mémoire et très rapidement le scandale permanent d'encouragement immoral, dans une France qu'on dit tellement appauvrie, des paris sportifs et de toutes les formes de jeux de hasard qui servent de miroir aux alouettes à tous les fauchés qui hantent nos bistrots et nos bureaux de tabac. On sait bien, me dira-t-on, que c'est toujours dans les pays les plus pauvres que ce type de divertissement connaît le plus grand succès ; il fut un temps (peut-être l'est-il encore) où, à la Réunion avec un chômage record, le chiffre d'affaires de la Française des jeux était équivalent à celui du RMI, ce dernier constituant une sorte de record de France en la matière avec 10% du RMI français pour 1,2% de la population de notre pays. Dans un Etat, où il existe un bureau de vérification de la publicité (sans doute l'une de nos 1244 Agences!), il est tout de même curieux de laisser diffuser sur nos ondes et nos écrans des publicités du type "Nous parions que vous allez gagner!". Nos vedettes handballeuses s'en sont sans doute inspirées, selon une formulation inverse : "Nous parions que nous allons perdre!". C'est le conseil, gratuit comme toujours, d'Usbek Consulting &amp. Co à une défense qui, comme on va le voir, semble en avoir singulièrement besoin.

On ne peut même pas dire que les joueurs en cause ont été grisés par l'ovation nationale qu'on leur a faite, suite à leur victoire aux Jeux Olympiques, puisque les faits incriminés se sont déroulés bien avant. Suite à cette victoire et à ce triomphe, à leur retour, ils se sont bornés (ronds comme des queues de pelles) à mettre à sac le studio d'enregistrement où ils avaient été invités par un journal qui, à leur gré, n'avait pas été suffisamment louangeur à leur propos. Le fait est sans rapport mais il n'en est pas moins assez significatif sur une mentalité.

Bref rappel des faits pour ceux qui auraient réussi à échapper à leur narration depuis quatre jours. L'équipe de handball de Montpellier, qui devait disputer un match sans enjeu devant une formation parisienne (ils avaient déjà en poche le titre de champion de France) a été battue dans des conditions qui n'avaient rien d'exceptionnel, car je crois que quelques-unes de leurs vedettes n'ont pas pris part au match. Jusque-là rien d'anormal. Le seul problème, mais il est majeur, est que l'organisateur des paris a constaté que, dans trois régions de France et en particulier à Montpellier, le montant des paris avait été des dizaines de fois supérieur à ce qu'il était habituellement et que, pour 60 000 euros de mise, quelques joueurs en avaient ramassé 200 000.

On pourrait dire que, vu des salaires de la plupart des joueurs de l'équipe nationale en particulier et de ceux de quelques-uns des joueurs incriminés (quoique présumés innocents bien entendu) dans cette affaire ces gains sont relativement modestes ; gagner ainsi 10 ou 15 000 € ne devraient pas être pour eux une motivation suffisante pour prendre de tels risques, puisque les paris leur sont évidemment interdits dans leur spécialité sportive, même si de telles pratiques, surtout dans le football, sont assez courantes.

Ce qui est plus étrange c'est que les parieurs fraudeurs (ou leurs compagnes puisque certaines dames semblent impliquées dans cette affaire) n'ont pas eu l'idée, pourtant simple, de parier ailleurs que dans leur ville d'origine car le faire était, d'une certaine façon, quelque peu signer leur crime. Cela semble déjà indiquer des capacités intellectuelles assez modestes car il y a là un subterfuge que n'importe qui d'un peu raisonnable semble en mesure de concevoir.

Mais le plus drôle est dans la suite ; soupçonnés depuis quelques jours, les joueurs en cause ont obstinément refusé de parler, attendant sans doute que leurs futurs avocats (qui leur conseillaient, bien entendu, le silence vu leurs errements antérieurs) imaginent, pour leur défense, quelque argument imparable mais insoupçonné. On l'a entendu énoncer hier de la façon suivante : ils reconnaissent qu'ils ont parié mais ils n'ont pas triché ! Fermez le ban !

On peut d'observer que, si leur équipe a effectivement perdu et que si ils et elles ont effectivement gagné 200 000 € dans cette affaire, ils avaient très vraisemblablement parié sur la défaite de Montpellier, dans laquelle ils sont inévitablement eux-mêmes pour quelque chose, soit faute d'avoir joué (et en sachant à l'avance qu'ils ne joueraient pas), soit pour avoir assez mal joué pour perdre devant une équipe contre laquelle ils auraient dû aisément gagner.

On voit que la faiblesse de l'argument confine au ridicule mais, après tout, les choses peuvent peut-être s'expliquer par le simple examen des surnoms qu'on leur a successivement donnés.

Si lors des Jeux Olympiques, on appelait cette équipe de France de handball les "experts", on les avait, dans des compétitions précédentes, surnommées les "barjots". Ce surnom m'avait toujours personnellement étonné (mais j'étais sans doute le seul) car, en argot français, "barjot" signifie tout simplement « fou » et rien d'autre. Ce surnom était donc, à mon sens, tout à fait impropre à l'époque mais il s'avère maintenant qu'il ne l'était pas autant que je pouvais alors le penser.